‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 337 sur 542 · PAGANINI · texte numérisé non relu

PAGANINI

Tellement, en suite de cela, en disgrâce auprès du roi et dut, lorsque celui-ci fut revenu au pouvoir, attendre deux ans avant d'être de nouveau bien en Cour. En 1802, le consul Napoléon demanda au roi de Naples de lui céder P. pour l'organisation et la direction de son orchestre ; Napoléon avait déjà depuis longtemps une prédilection pour la musique de P., lequel avait déjà, en 1797, et sur sa demande, composé une marche funèbre pour le général Hoche. P. trouva naturellement des envieux à Paris, en sorte qu'il n'y resta pas longtemps ; il demanda déjà en 1803 un congé, pour pouvoir rejoindre sa famille à Naples, puis il reprit son ancien poste, qu'il a gardé encore sous Joseph Bonaparte et Murât. La restauration des Bourbons (1815) lui fit perdre sa place ; il recevait cependant toujours son traitement de maître de chapelle, mais n'en jouit plus que quelques mois. P. a écrit plus de cent ouvrages scéniques ; mais on n'a publié que quelques-uns d'entre eux : Nina, II re Teodoro, La serva jmdrona, La molinara, II barbiere di Seviglia, Il marchese di Tulipano et Proserpina. Il a écrit en outre une Passion en musique, une pastorale de Noël, deux Requiem, trois grandes Messes avec orchestre, et environ trente Messes moins importantes à quatre voix, un TeDeum à double chœur, un Miserere à cinq voix avec alto et violoncelle obligés, etc. Ajoutons à cela une quantité de musique instrumentale : douze symphonies pour orchestre (dédiées à Joseph II), six concertos pour piano, douze quatuors avec piano, six quatuors pour instr. à archet, une sonate et un concerto pour harpe, etc. Différents auteurs ont publié des études sur P. : J.-F. Arnold (1810), Gagliardo (1816), Le Sueur (1816), Quatremère de Quincy (1817), Schizzi (1833), etc. Paganini (Paganino), Nigcolo, le plus célèbre de tous les violonistes, un virtuose dont le mécanisme n'a peut-être été égalé par aucun des violonistes postérieurs ; né à Gênes le 27 oct. 1782 (d'après son acte de baptême), m. à Nice le 27 mai 1840: était fils d'un commerçant peu. fortuné, grand amateur de musique quoique sans instruction, et qui, lorsqu'il remarqua le talent musical de l'enfant, lui donna lui-même en premier lieu des leçons régulières de mandoline, mais le confia bientôt à de meilleurs maîtres, en premier lieu au violoniste et maître de chapelle G. Costa, à Gènes. P. joua de bonne heure en public, surtout dans des concerts d'église, puis fut amené, en 1795, auprès de l'excellent violoniste Alexandre Bolla, à Parme, lequel cependant ne lui donna que peu de temps des leçons; Ghiretti (le maître de Paër) lui donna, par contre, assez longtemps des conseils. La nature de P. était si indépendante et si spéciale, que nous pouvons admettre qu'il a été, malgré tous ses maîtres, presque un autodidacte; il ne tarda pas, en tous cas, à donner libre carrière à sa personnalité. La surveillance qu'exerçait son père sur lui, lui pesa bientôt trop lourdement, et il réussit à s'y soustraire en 1798, en ne revenant pas de Lucca, où il était allé donner un concert, mais en partant de là à l'aventure. Le

petit virtuose avait déjà des passions très nettement déclarées, il s'adonnait au jeu avec acharnement et perdit même, au jeu. une nuit, à Livourne, son violon. Mais il reçut un ample dédommagement d'un certain M. Lèvron ; celui-ci lui lit cadeau d'un violon de Joseph Guarnerius, de la plus haute valeur, et qui, dès lors, resta jusqu'à sa mort l'instrument favori de P. (conservé à présent sous verre, comme relique, à Gênes). Ce ne fut qu'en 1804 que P. rentra ;ï Gênes: il étudia alors avec application pendant une année et se voua aussi avec zèle à la composition. Mais l'année suivante déjà il entreprit un nouveau voyage et rencontra partout la plus haute admiration : enfin, en 1805 encore, il fut engagé à Lucca comme violon solo du duc et maître des princes Bacciochi, fonctions qu'il conserva jusqu'en 1808. De 1809 jusqu'à sa mort, il est resté sans place ; l'empereur d'Autriche, il est vrai, le nomma, en 1828, virtuose de la chambre, mais ce n'était qu'un titre honorifique. Sans relâche, l'artiste, toujours plus fêté, alla de ville en ville et de pays en pays, amassant peu à peu de grandes richesses. On sait que P. était avare, et sa passion pour le jeu provenait aussi de sa cupidité; le seul trait qui pourrait prouver le contraire, le don de 20.000 francs qu'il fit à Berlioz (1838), a été taxé plus récemment par Ferdinand Hiller (Kunsilerleben, 1880) de preuve honteuse de son avarice ; selon Hiller, P. se serait même laissé allé à faire sciemment passer sous son nom une donation provenant d'autre part, Après avoir plongé l'Italie en extase jusqu'en 1827 et avoir soutenu de glorieuses luttes contre Lafont, à Milan, et contre Lipinski, à Plaisance, il alla en 1828 à Vienne et en Allemagne, en 1831 jusqu'à Londres, puis il parcourut l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et resta, pendant l'hiver 1833-1834, à Paris, où il est souvent revenu de sa « Villa Gaiona », près de Parme. Mais, en 1839, il se vit forcé par sa santé depuis longtemps chancelante, de rechercher le climat plus doux de Marseille ; enfin, il passa l'hiver 1839 à 1840, le dernier de sa vie, à Nice. La tuberculose du larynx l'enleva après de longues souffrances. P. avait épousé la cantatrice Antonia Bianchi et a laissé à son fils unique, Achille P., une fortune considérable d'environ deux millions de francs. La vie de P. a été ornée des légendes les plus extraordinaires; ainsi il aurait tué sabien-aimée et gémi plusieurs années dans un cachot, où il se vit forcé, après que toutes les autres cordes de son violon eurent sauté, de faire de la musique sur la corde de sol seule, etc. La vérité dans toutes ces histoires est que P. a eu toutes sortes d'aventures galantes et a couru plusieurs fois le danger de devenir victime de la jalousie : que, lorsqu'une corde de son violon sautait, il continuait tranquillement à jouer sur les autres, et que, finalement, il cultivait, comme tour de force de virtuose, l'art de jouer sur la corde de sol seulement. Quant aux véritables particularités du jeu de P.. nous ne saurions en dire grand'chose de spécial, car il possédait, réunies, toutes les qualités dont une seule a rendu

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célèbre tel ou tel autre virtuose : une interprétation géniale, un son énorme, une technique supérieure dans les passages en doubles cordes, dans le staccato et les harmoniques, dans le pizzicato de la main gauche, etc. Certaines impossibilités prétendues, avec lesquelles il stupéfiait les violonistes de son temps, s'expliquent par le fait qu'il accordait différemment les cordes de son violon dans des buts spéciaux, par ex. qu'il montait d'un demi-ton la corde de la. Comme violoniste de quatuor, P. n'a fait preuve d'aucune activité ; il ne se souciait pas de se subordonner à un ensemble. Il a paru sous le nom de Paganini un certain nombre de compositions dont il a décliné luimême la paternité ; il n'existe réellement de lui que : 24 capricciper violino solo (op. 1; transcr. pour piano par Schumann et par Liszt) ; 12 sonate per violino e chitarra (op. 2 et 3; P, jouait aussi de la guitare en grand amateur et avec une parfaite virtuosité ) ,• 3 gran quartçtti a violino, viola, diitarra e violoncello (op. 4 et 5) : puis des œuvres gravées après sa mort: un concerto en mi bémol maj., op. 6 (le violon joue en ré maj. avec les cordes montées d'un demiton) ; un concerto en si min., op. 7 ( « à la clochette»); Le streghe, op. 8 (variations sur un thème de S. Mayr); variations sur God save the King, op. 9; Le carnaval de Venise, op. 10 (variations); Moto perpetuo, op. 11 (allegro de concert); variations sur Non più mesta, op. 12, sur Di tanti palpiti, op. 13, et 60 variations dans tous les tons sur un air populaire génois, Barucaba. On a publié de nombreux ouvrages sur la Vie de P.; notons surtout : Schottky, Paganinis Leben und Treiben (Prague, 1830) ; Fétis, Notice biographique sur N. P (1851; trad. angl. par Guernsey, 1852) ; Guhr, Uttber Paganinis Kunst, die Violine zu spielen (1829 ; trad. anc 1831); A. Niggli, Paganini (1882; N08 44/45 de la « Sammlung musikalischer Vorlrâge »); puis des biographies en italien par Conestabile (1851) et Bruni (1873).

Page, Johx, ténor de la chapelle St-George, à Windsor, de 1790 à 1795, plus lard (1801) vicaire du chœur de l'église St-Paul, à Londres, m. en août 1812 ; il a publié : Harrnonia sacra (1800, 3 vol., contenant 7'i anthems, en partition, des plus remarquables compositeurs anglais des xvic et xvne s. [Purcell, Croft, Boyce, Greene, Blow, Clark, etc.]); A collection of hi/mns by various composers, etc. (1804); Festive harmony (madrigaux, élégies, glees, etc.) ; The burial service, chant, evening service, dirge and anthems appoinled to be perf'ormed at the fanerai of Lord Nelson (1806, compositions de Groft, Purcell, Greene, Attwood et ILendel) et enfin, eu collaboration avec W. Sexton, une nouvelle édition d'un choix de « Ghandos-Anthems » de Haendel (1808).

Paine, John-Knowles, compositeur de l'Amérique du Nord; né à Portland (Maine), le 9 janv. 1889, reçu! son instruction musicale de II. Kotzschmar, à Portland, et se produisit d'abord connue organiste; il étudia de 1858 à 1861 sous la direction de Ilaupt, Fischer et Wie-

precht, à Berlin (orgue, chant et instrumentation), donna des concerts d'orgue à Berlin et, plus tard, dans différentes villes américaines ; fut engagé, en 1862, comme maître de musique à la « Harvard University ■< de Boston (Cambridge) et devint, en 1876, titulaire de la chaire de musique nouvellement créée. Les premières compositions de P. sont empreintes de classicisme, les suivantes (à partir de l'op. 22 environ) de romantisme. Il a publié: variations (op. 3) et préludes (op. 19) pour orgue ; des morceaux pour piano (op. 7, 9, 11, 12, 26) ; des lieder (op. 29) ; une grande Messe (op. 10, exécutée par la « Singakademie » de Berlin, sous la direction de l'auteur, en 1867); un oratorio: St-Pierre, et plusieurs symphonies (N° 2, la maj., « Au printemps »,op.34, exécutée en 1880, à Boston). D'autres œuvres sont restéesjusqu'à présent manuscrites: sa première symphonie en at min. (op. 23, exécutée en 1876, à Boston, par l'orchestre Thomas ) ; la musique pour Oedipe roi (exécutée à Boston); une fantaisie pour orchestre : The tempes t ( » La tempête » ) ; une ouverture pour Comme vous voudrez, de Shakespeare ; des sonates pour piano, des so nates pour violon, des morceaux pour orgue, un quatuor pour instr. à archet, deux trios, un duo concertant pour violon et violoncelle avec orchestre, des lieder, des motets, etc.

Paisiello, v. Paesiello.

Paix, Jakob, organiste allemand, né à Augsbourg en 1550, m. comme organiste à Lauingen, probablement vers 1590 : a publié : Ein Schon Nutz- und Gebrauchlich Orgel Tabulatur (1583, contenant des motets de quatre à douze voix, des lieder, des « passamezzi » et d'autres danses en tablature) ; Selectae, artificiosae et élégantes fugue (1587 [1590], morceaux de deux à quatre voix et plus, arrangés pour orgue, en partie par P. lui-même, en partie par les plus grands maîtres de l'époque) ; de plus Thésaurus motettarum (1589, vingtdeux motets de divers auteurs) et deux Messes #de sa propre composition : une Missa parodia (1587) à six voix et une Missa Helveta (1584) à deux voix et plus. Un petit ouvrage de P. est intitulé : Kurzer Bericht aus Goltes Wort und bewàhrte Kirclienhistorie von der Musift (1589).

Paladilhe, Emile, né dans un village, près de Montpellier, le 3 juin 1844 ; reçut les premières notions musicales de son père, un médecin connu aussi comme littérateur, puis, à Montpellier, de l'organiste de la cathédrale, Sébastien Boixet ; il entra, à l'âge de neuf ans, au Conservatoire de Paris, comme élève, spécialement de Marmontel (piano) et plus tard d'Halévy (composition), jusqu'en 1860, où il remporta le prix de Rome, après avoir été auparavant couronné dans plusieurs concours moins importants. P. est membre de la commission des études du Conservatoire et a été élu, en 1892, membre de l'Académie (successeur de Guiraud) . Parmi ses compositions, notons spécialement des opéras-comiques, représentés à Paris : Le passant (1872). L'amour africain

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