‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 357 sur 542 · PIANO · texte numérisé non relu

PIANO

(clavis = touche), nous ne devons en fin de compte considérer tous les instr. à cordes joués soit au moyen d'un plectre, soit avec les doigts, comme des précurseurs du p. dont les origines se perdraient ainsi dans la nuit des temps. La tradition fait remonter le p. au monocorde, cet instrument en usage dans l'antiquité déjà pour la fixation des rapports mathématiques des sons et pour la démonstration, au moyen d'un chevalet mobile sur lequel passait une seule corde, des rapports de longueur des cordes vibrant pour donner la série des sons de l'échelle fondamentale. Mais Aristide Quintilien (11e s. après J.-C.) décrit déjà un instrument auquel il donne le nom de héligon et qui, tendu de quatre cordes, peut être regardé comme un perfectionnement du monocorde primitif, permettant de démontrer plus clairement la consonnance des intervalles. Le plus ancien instrument pourvu d'un clavier est I'orgue >(v. ce mot). L'idée d'adapter le clavier au monocorde ne paraît pas devoir se présenter infailliblement à l'esprit; toutefois I'okganistrum (v. ce mot) prouve que, dans le courant des vme et ixe s. au plus tard, cette idée fut réalisée en un système comprenant une série de chevalets disposés à intervalles fixes et mus, chacun isolément, par une touche dont l'enfoncement avait pour effet d'appliquer le chevalet correspondant contre la corde et de ne laisser vibrer qu'une partie de celle-ci (la corde elle-même était mise en vibration par le frottement); c'est à ce même moment que l'orgue commençait à pénétrer dans les couvents, comme instrument didactique (cf. Eiemann, Orgelbau im fruhen Mittelalter, « Allg. Musikzeitung », 1879, n08 4-6). Les plus anciennes dénominations que l'on connaisse pour des instruments du genre du p. sont Exaquir (esp.), Eschiquier ou encore Esquaquiel, etc. (toutes au xive s.); G. de Machault décrit cet instrument, en l'appelant « échiquier d'Angleterre » (cf. l'étude de Krebs citée plus loin), comme «un instrument à cordes du genre de l'orgue ». La construction du p. semble s'être développée en premier lieu en Angleterre; c'est du reste dans ce même pays que se forma la première littérature notable pour le p.

Le glavicorde avait encore au début du xvi« s. beaucoup moins de cordes que de touches; mais longtemps auparavant déjà, les facteurs avaient adopté la double et la triple corde pour chaque son (chaque groupe répondant à plusieurs touches). Les chevalets de bois primitifs de l'organistrum (et de l'ancien monocorde) s'étaient transformés entre temps en languettes de métal (tangentes) qui, fixées à l'extrémité intérieure des touches, ne se bornaient pas à diviser les cordes, mais les faisaient aussi vibrer, tandis que, dans l'ancien monocorde, l'intervention d'un plectre ou du doigt était indispensable. Les cordes étaient tendues dans le sens de la largeur, comme dans les pianos-tables de nos jours, et la partie sonore se trouvait à la droite de l'exécutant; l'exécutant se servait probablement de la main gauche pour étouffer le son de la partie gauche de la corde,

à moins que l'on eût déjà recours à une bandelette de drap passant entre les cordes. L'étendue sonore de ces petits instruments ne dépassait sans doute pas, au début, celle du monocorde de Guy d'Arezzo, autrement dit soft à mi3, sans autres touches noires que si bémolx et si bêmof2; cependant nous trouvons vers 1400 déjà une sorte de tympanon à clavier (dulce melos) dont l'étendue comprend l'échelle chromatique de si{ à laA (Bottée de Toulmon, Instruments de musique employés au moyen âge, 1844) , et Virdung (1511) parle lui aussi d'instruments de cette sorte dont l'étendue dépasse quatre octaves. Ces instruments n'avaient pas de pieds mais, analogues à une simple caisse, se plaçaient sur une table (d'où peutêtre leur ancien nom d' « échiquiers »).

Peu après le clavicorde apparut le clavicembalo que Virdung prétend être issu du psaltérion, sorte de petite harpe triangulaire; toutefois son nom indique clairement qu'on le considérait comme un cymbalum (tympanon) muni d'un clavier (cf. plus haut ce que nous avons dit à propos du « dulce melos »). La caisse de l'instrument était triangulaire, correspondant aux dimensions du cadre sur lequel sont fixées les cordes dont la longueur diminue à mesure qu'on se rapproche de la région aiguë. La différence capitale entre, le clavicorde et le clavicembalo réside dans le fait que ce dernier a pour chaque touche une corde spéciale accordée au son correspondant à la touche et que, par conséquent, il n'a plus besoin du système de chevalets divisant la corde; le clavicembalo, tel que nous en trouvons une reproduction dans l'ouvrage de Virdung, est donc le plus ancien piano sans chevalets. Cet instrument, dont on sentait la nécessité de renforcer le son, ne tarda pas à être pourvu de plusieurs cordes pour chaque son; ces cordes étaient accordées tantôt à l'unisson, tantôt, à en croire Pr«torius (1618), d'après le même système que les jeux de mutation de l'orgue. Le clavicembalo exigea naturellement un toucher tout spécial; les tangentes du clavicorde avaient été remplacées par des bâtons de bois, appelés sautereaux, dont l'extrémité, pourvue d'un fragment pointu de plume de corbeau, pinçait les cordes; cf. plumes. Le clavicorde et le clavicembalo restèrent tous deux en usage, jusqu'au jour où, à la fin du xvnie et au commencement du xixe s., le piano à marteaux prit définitivement leur place; mais au xvie s. déjà, il avait pris des proportions plus considérables. Le clavicorde garda toujours sa forme rectangulaire, mais il fut muni de pieds et d'un ensemble de cordes analogues à celles du clavicembalo, c.-à-d. plus courtes et plus fines à mesure que l'on se rapproche de la région aiguë; en I outre, on réduisit de plus en plus le système [ qui consistait à employer une seule corde pourj plusieurs touches, cependant les premiers clavicordes sans chevalets ne paraissent guère j dater que du début du xvme s.

En Allemagne, le terme de clavicorde était! remplacé par celui, plus simple, de Klavier;\

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