‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 427 sur 542 · SCHUBERT · texte numérisé non relu

SCHUBERT

à faire que lui expliquer les principes d'un art qu'il connaissait à fond déjà par intuition ; ses premières compositions éveillèrent chez eux une admiration justifiée. A l'époque où sa voix mua (1813), S. quitta le séminaire, bien que l'offre d'une bourse lui accordât la faculté d'y rester encore ; mais il semble que le jeune musicien n'avait que peu de goût pour l'étude proprement dite de son art, aussi préféra-t-il prendre une place de maître d'école, pour venir en aide à son père, et enseigna-t-il pendant trois ans dans les classes primaires de Lichtenthal. Il lui resta cependant assez de temps pour écrire huit opéras, quatre Messes et d'autres œuvres religieuses, ainsi qu'un grand nombre de lieder (entre autres Erlhonig, DerWanderer,An Schwager Kronos, etc.). Un ami fidèle et désintéressé, Franz von Schober, aida cependant S., en 1817, à rompre les liens que sa situation imposait à son talent et lui permit de se consacrer exclusivement à la musique ; Schober partagea à diverses reprises avec lui, et pendant des années, sa demeure, et le soutint aussi pécuniairement. Grâce à Schober aussi, S. fit la connaissance du ténor Michael- Vogl (v. ce nom), qui devint un des premiers et des meilleurs interprètes des lieder du maître. Gomme Mozart, S., dont la vie fut encore plus courte, ne parvint pas à s'assurer une position matérielle indépendante. Pendant les mois d'été de 1818 à 1824, il séjourna, comme maître de musique, dans la famille des comtes Esterhazy, dont la maison de campagne était à Zelesz, en Hongrie ; à part cela, il ne quitta Vienne que quelquefois, pour faire des parties de plaisir ou des visites. S. refusa, en 1822, la place d'organiste de la Chapelle de la Cour ; les démarches qu'il fit pour obtenir la place de vice-maître de chapelle, en 1825, n'aboutirent pas; ce fut Weigl qui obtint la place laissée vacante par suite de la mort de Salieri et de l'avancement d'Eybler. S. ne réussit du reste pas davantage à obtenir la place de chef d'orchestre du théâtre de « Kserntnerthor » (1827) ; il ne lui resta donc plus que le revenu de ses compositions, revenu qu'il n'avait malheureusement pas l'art d'augmenter dans la mesure de ses succès. Une seule fois (1827), le maître donna un concert de ses propres compositions qui furent très bien accueillies ( trio en mi bémol majeur, un mouvement du quatuor en ré mineur, lieder, etc.). Parmi les amis de Schubert, il faut encore mentionner le poète Mayrhofer, avec lequel il habita, de 1819 à 1821 ; Je baron de Schônstein, dont il fit la connaissance chez les Esterhazy (le premier chanteur remarquable des lieder essentiellement lyriques de S., surtout des « Mullerlieder ») ; Léopold Sonnleithner, qui se chargea de faire graver les premiers lieder ; Anselm Hûttenbrenner, M. Schwind et, dans les dernières années, Franz Lachner. S. n'est pas entré on relations directes avec Beethoven, bien que leurs demeures fussent très rapprochées l'une de l'autre ; Beethoven n'en admira pas moins les lieder de S., qu'il apprit à connaître seulement pendant sa dernière maladie. La

tombe de S. n'était séparée de celle de Beethoven que par deux autres (le cimetière de Wœhring a été désaffecté, il y a quelques années) Gomme Mozart, comme Mendelssohn, S. était une de ces natures d'artistes qui ne peuvent assez s'enivrer de belles sonorités, ce qui valut souvent à ses œuvres le reproche de longueur. L'harmonisation des œuvres du maître est remarquable à tous les points de vue et l'on y trouve en germes Schumann et Liszt tout entiers S. est le véritable créateur du lied moderne ; son rôle, dans l'histoire de la musique, est analogue à celui de Gœthe, le poète lyrique, dans l'histoire de la poésie. Le premier, il sut donner à la forme du lied que , d'accord avec Gœthe Reichardt et Zelter avaient basée sur l'architecture même du poème, une expression musicale correspondant à sa forme poétique, une vie réelle et intense. La source de ses mélodies coulait, intarissable; il composait ses lieder avec une rapidité inouïe, sans aucun effort, et c'est à peine si le poète eût pu jeter ses vers sur le papier aussi rapidement que S. notait ses! mélodies. Il fit aussi époque par l'adaptation de la forme du lied à la musique de piano ; se « Moments musicals » et ses impromptus sonl le point de départ des miniatures musicales qui, dès lors, abondèrent (des « Lieder ohn< Worte » de Mendelssohn, des « Phantasiestu cke », de Schumann, jusqu'aux morceaux de piano du même genre de Kirchner, etc.). San avoir jamais fait d'études absolument sévères de contrepoint (on prétend qu'en 1827 il demanda à Sechter de lui donner des leçons de fugue), S. était cependant maître absolu de l'écriture musicale, et s'il ne s'est guère adonné aux formes du style strictement imitatif, il n'en est résulté aucun déficit pour l'art musical (aussi peu que dans les œuvres de Beethoven, par ex.). Parmi les œuvres de Schubert, les so nates de piano occupent un rang élevé, surtout la première, en la mineur, si poétique et celle en si majeur, d'une teinte élégiaque ; parmi les œuvres pour piano à quatre mains, la fantaisie en fa mineur et le « Divertissement à la hongroise» sont d'une grande beauté. Notons, en fait de musique de chambre, surtout le trio en mi bémol maj. et le quatuor pour instr. à archet en ré min., qui sont des œuvres du plus haut mérite. La symphonie en ut maj. et Y « inachevée » en si min. sont au nombre des composi tions les plus éminentes, dans le domaine de 11 musique d'orchestre postérieure à Beethoven Le nombre des œuvres que S. a écrites duran sa courte vie est incroyable. On connaît de 1 pour la scène, les opéras et les « singspiele « Des Teufels LustscJiloss, Der vierjâhrige Pos ten, Fernando, Claudine vonVilla Bella (frag' ment), Die Freunde von Salamanca, Adras< (fragment), Die Minnesanger, Der Spiegelrittet (tous de 1815 ; la plupart perdus ; aucun exé cuté), Sakuntala (1820, non terminé), Die Zwil lingsbruder (farce, jouée en 1820), Die Zi berharfe (mélodrame, joué en 1820; l'ouvertur en fut utilisée plus tard pour Rosamunde) Alfonso und Estrella (écrit de 1821 à 1822

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