‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 85 sur 542 · CISTRE — CLARINETTE · texte numérisé non relu

CISTRE — CLARINETTE

Cistre, v. Cithare.

Cithare. 1. (gr. Kithara.) Le plus important des instr. à cordes en usage dans la musique artistique de la Grèce antique (cf. grecque [musique] vi). Le crouth (v. ce mot), l'ancien instr. celtique à cordes, est de forme analogue à la c, mais il était employé tantôt comme instr. à cordes pincées, tantôt comme instr. à archet. C'est du nom grec de la c. que sont dérivés les noms de guitare (chitarra), chttarrone et zither (v. cithare 2). — 2. (ail. Zither.) Nom que l'on donne aujourd'hui à un petit instr. à cordes (d'environ 50 centimètres de long, sur 25 de large), composé d'une caisse de résonance plane sur laquelle sont tendues de 31 à 42 cordes. L'accord de la c. varie suivant les pays et les instrumentistes, mais ces variantes se peuvent ramener à deux types : l'accord de Vienne (Wiener Stimmung) et l'accord de Munich {Miinchener Stimmung). Dans celui-ci, le plus répandu, les cinq cordes dites « cordes de chant » sont accordées comme suit :

Elles sont tendues sur la touche fixée au bord de l'instrument, dans le sens de sa plus grande longueur, et divisée en 29 cases (chromatiques). Les autres cordes, dites «d'accompagnement et de basse », sont accordées en quintes et en quartes parcourant trois fois l'échelle des quintes de /a4 à fa tt-1; elles ne passent pas sur la touche et ne sont pas susceptibles de raccourcissement. Quelques instrumentistes ajoutent encore aux cordes de chant une sixième corde donnant le mi4. Les cordes de chant sont en acier ou en cuivre; les cinq cordes d'accompagnement les plus aiguës sont en boyaux, les autres sont filées sur soie ou sur acier. On se sert d'un anneau (plectre) pour faire vibrer les cordes de la c. Un plus grand modèle de c, une c.-basse, porte en Allemagne le nom d'Elegieziiher. Une variété étrange de c. est la c. à archet (Streichzither), en forme de cœur et tendue, comme le violon, de quatre cordes mises en vibration par un archet, ou simplement comme celles de la c. ordinaire (Schlagzither). La c. à archet se construit en trois modèles de différentes grandeurs (c. soprano, alto et basse), dont le diapason correspond à celui du quatuor d'instr. à archet. La forme de l'instrument, quoique variant beaucoup, a le plus souvent de l'analogie avec celle de la viole d'amour. Il existe depuis 1877 une association des clubs allemands de joueurs de cithare, ayant son siège à Munich, où le président, Hans Thauer, rédige un organe spécial (Centralblatt deutscher Zither - Vereine). Cf. Albert 2. Historiquement, tant par son nom que par sa forme, la c. a divers ancêtres, et tout d'abord — 1. la Kithara (v. cithare 1) des Grecs, que l'on ne posait cependant pas à plat sur une table, mais que l'on tenait verticalement; de plus elle n'avait pas de ouche et sa table d'harmonie ne remplissait

pas tout l'espace occupé par les cordes ; — 2. la Chitarra (esp. guitarra; ail. Quintern), qui était à l'origine un petit modèle de luth,l'extrême opposé au chitarrone (v. ce mot). Plus tard, pourvue d'une caisse de résonance plane, elle se transforma en une guitare actuelle ; — 3. le cistre (ital. cetera; alL Cither; angl. Cittern, Cithorn), autre variété de luth ou de guitare, toujours tendue de cordes métalliques et jouée avec un plectre. Son nom se rapproche de celui de l'instrument prototype par excellence de la c. ordinaire : — 3. la citole (du lat. cistella = \*etite caisse; ail. Cistole), instrument du moyen âge, sorte de psalterium ou de tympanon.

Citole, v. Cithare.

Gizos, v. Chéri.

Cl., abr. pour clarinette (clarinetto).

Clairon. 1. C. d'ordonnance, instr. en cuivre, naturel, dont la perce est si large qu'elle rend possible l'émission du son fondamental. Il est généralement en si j?, rarement en ut, et donne les harmoniques de si j?1 ou ut2, jusqu'au son 8 ( si VA ou ut5). Le c. est le type primitif du bugle (v. ce mot), le bugle simple; il est en usage dans la plupart des armées, pour les signaux d'infanterie.— 2. C. ou Clarin (ail. Oktavtrompete ; ital. Clarino ; angl. Clarion), jeu d'orgue de 4 '; dans l'orgue du Panopticum, à Londres, on trouve en plus du Clarion 4' un Octave Clarion 2' ; à l'église Ste-Marie de Lùbeck, le c. 4' est un jeu à bouche (demi-jeu partant de fa3).

Clapisson, Antoine-Louis, né à Naples le 15 sept. 1808, m. à Paris le 19 mars 1866 ; vint en France après 1815, et travailla d'abord l'harmonie avec H. Sonnet, à Bordeaux, où il fut premier violon au Grand-Théâtre. Il entra en 1830 au Conservatoire de Paris et fit partie de l'orchestre des Italiens et de celui de l'Opéra. C. fut nommé professeur d'harmonie au Conservatoire en 1861, puis membre de l'Institut, de préférence à Berlioz qui se présentait en même temps que lui. Il vendit à l'Etat sa collection d'instruments, et fut nommé conservateur du musée du Conservatoire dont elle forma le fonds. C. a écrit une quantité considérable d'œuvres sans aucune valeur (21 opéras, environ 200 romances, etc., etc.).

Clari, Giovanni-Carlo-Maria, né à Pise en 1669, m. vers 1745; élève de Colonna à Bologne, maître de chapelle à Pistoie, auteur de musique d'église remarquable (Messes, psaumes, requiems, etc.), s'est surtout rendu célèbre par ses duos et trios de chambre avec continuo, parus en 1720, et qui peuvent dignement prendre place à côté de ceux de Steffani. C. est aussi l'auteur d'un opéra, Il savio délirante, donné à Bologne.

Clarinette (ital. Clarinetto, dimin. de Clarino [v. ce mot] ; ail. Klarinette ; angl. Clarionet ou aussi Clarinet). 1. Instr. à vent en bois, que l'on trouve dans tous les orchestres et toutes les musiques d'harmonie, composé d'un tuyau cylindrique résonnant au moyen d'une anche simple, battante, fixée à la partie inférieure de l'embouchure en forme de bec (le bec de la c). Cf. Instr. a vent. La c. st un des instruments

CLARINETTE — GLARINO

dont le son saut.', par une plus forte pression du souffle, non pas d'abord à l'octave, mais à la douzième (quinte redoublée, d'où le nom allemand de quiniierendes Instrument); tous les sons pairs de la Belle des harmoniques lui font défaut (\. harmonie). L'agencement des trous et des clefs en est pour cette raison plus compliqué que celui de la flûte et du hautbois, dans lesquels il n'y a que l'espace d'une octave à fournir, an moyen du raccourcissement du tuyau. Le saut à la douzième est facilité par un petit trou (recouvert d'une clef) percé à l'endroit où se trouve le nœud pour la division de la colonne d'air en trois parties égales. C'est par cette invention que Gustave Denner (Nuremberg, vers 1G90) transforma en clarinette l'ancien chalumeau français dont le jeu était restreint au registre grave. Le nom de clarinetto fut donné eu premier lieu seulement au registre aigu du nouvel instrument, séparé du grave (chalumeau) par un intervalle de tierce mineure, et dont Le timbre mordant rappelait celui delà trompette (clarino); plus tard, il fut adopté pour l'instrument Lui-même. L'ancien chalumeau ayaif oeuf trous, était accordé en fa maj. et donnait une échelle diatonique de fa2 à la3; la c. actuelle a dix-huit trous (qui fournissent, de la tonique à la douzième, une série de dixneuf fondamentales), donl treize sont recouverts de clefs. H v;i sans dire que le jeu virtuose d'un instrument aussi compliqué exige un art consommé. La c. donne une échelle chromatique dont retendue est de mt2 à ut6, mais, tandis que 1rs sons Les plus graves sont toujours bons, les plus aigus (au-dessus de sol5) sont mauvais, d'une intonation difficile et criarde. Pour éviter de faire jouer dans des tonalités très éloignées de la tonalité naturelle de l'instrument, on construit des c de différents modèles, dans des tons différents, el tout d'abord en ut, si t? et la (ancieniieineut aussi en si naturel), les c. dites grandes c, seules employées dans l'orchestre. Mais pour toutes 1rs sortes de c, la tonalité naturelle est notée comme ut maj.. autrement dit: mi* (son Le plus grave de la c.) sonne pour l'oreille sur La c. en ut {C-Klarinette) comme mi-, sur la c en si ty (B-Klarinette) comme ré2, sur ■ i-Klarinette) comme w£tts,surla <-. en mi p I Es-Klarinette) comme sol"2 et sur la c. en ré i D-Klarmette) comme fa tt*. Les c. accordées plus haul que celle en ut, dites petites c en /•''. mi :\/" (vieillie) el la ?. donl Le timbre esl criard '-t perçant, ne sont en usage (à dr 3 exceptions près) que dans les musiques militaires ou, d'une manière générale, dans les musiques d'harmonie; elles y remplissent le mêmerôl que les violons dans l'orchestre. Il seml.lr de dos jours «pie La c. en si \> soit sur Le point de refouler de L'orchestre symphonique

Les perfectionnements extraordinaires que Stadler, [wan Muller et «»nt apportés ;i L'instrument, en lui appliquant en partie Le mécanisme inventé par Bôhm

I r la tinte, permettent en ellet de jouer dans

toutes les tonalités avec une pureté d'intonation absolue. De plus, [es excellents clarinettistes

que possèdent aujourd'hui la plupart de nos orchestres, ne se bornent pas à vaincre les difficultés de la technique pure, ils transposent à vue sur la c. en si |? ce qui est écrit pour c. en la ou c. en ut. Cependant il serait des plus regrettables d'abandonner la c. en la, dont le timbre est d'une douceur remarquable ; c'est pourquoi nous croyons devoir recommander aux chefs d'orchestre d'exiger de l'instrumentiste qu'il prenne bien une c. en la, toutes les fois qu'elle est prescrite par le compositeur. — Font en outre partie de la famille des c. : a) la clarinette-alto (A Itklarinette, Baritonklarinette) en fa et en mi I?, sonnant une quinte plus bas que les c. ordinaires en ut et en si 1?; elle n'a jamais atteint la vogue du cor de basset, aujourd'hui hors d'usage, mais différant fort peu de la c.-alto en fa, cf. cor de basset ; b) la clarinette-basse, sonnant une octave au-dessous de la c. ordinaire de ton correspondant, généralement en si p, plus rarement en ut ou aussi, chez Wagner, en la. La c.-basse a tout à fait le son, à la fois doux et nourri, de la c. ordinaire; elle se distingue ainsi avantageusement du basson; c) la clarinette-pédale ou clarinettecontrebasse, inventée récemment parFontaine- Besson (Paris), mais peu répandue encore à cause de la dépense excessive de forces qu'elle exige de l'instrumentiste, énorme instrument sonnant une octave au-dessous de la c.-basse et dont le timbre est de beaucoup plus agréable que celui du contrebasson. — Les plus célèbres clarinettistes anciens et modernes sont : Béer, Tausch, Yost, Lefèvre, Blasius, Blatt, Baarmann (père et fils), Berr, Val. Bender, Iwan Muller, Klosé, Bachmann, Blaes ; les méthodes les plus répandues, celles de : Klosé, Blatt, Bsermann (fils), Berr, Iwan Muller. etc.

2. Dans l'orgue, on donne le nom de c. (angL Clarionet) à un jeu d'anches de 8' et d'intonation plutôt douce.

Clarino. 1. en ital. syn. de tromba, trompette, nom que l'on donnait autrefois, en Allemagne, à la trompette-solo aiguë; celle-ci ne différait du reste de la trompette plus grave (Principaltrompeté) que par son embouchure plus petite. « Jouer du c. » \Clarinblasen) n'est autre chose, dans l'art du trompette au siècle dernier, que jouer une partie de trompette-solo aiguë, de même que jouer une partie de principal (Principal blasen) signifie jouer une partie de trôna pette grave; la partie de basse des morceaux pour plusieurs trompettes (basse qui revient en réalité aux timbales ! ) prend le nom de toccato. La trompette avait autrefois une étendue beau coup plus grande à l'aigu (jusqu'à soi5) que de nos jours ; nous ne prendrions plus aucun plaisir aux sons perçants de son registre suraigu. Cf. Eichborn, Die Trompeté alter und neuer Zeit (1881) et Bas alte Clarinblasen auf Trompeten ( L894).— 2. Nom du registre moyen de la clarinette (si'6 — ut5), produit par le saut à la dou zième supérieure de chacun des sons du chalumeau. Au moment où l'on perdit l'habitude de se servir du registre suraigu de la trompette, le nouvel instr. à anche prit à la fois le nom et lej

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