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Quoique cette explication soit très -nette et très-philosophique , elle laisse , à mon avis , quelque chose à désirer, et ce caractère d'ondulation donné par le balancement du larynx à la voix de chant ne me paroît pas lui être plus essentiel que la marche par sauts , et le séjour sur les tons, qui , de l'aveu de M. Duclos , ne sont pas pour cette voix des caractères spécifiques.
Car , premièrement , on peut à volonté donner ou ôter à la voix cette ondulation quand on chante , et l'on n'en chante pas moins quand on file un son tout uni sans aucune espèce d'ondulation ; secondement , les sons des instruments ne diffèrent en aucune sorte de ceux de la voix chantante, quant à leur nature de sons musicaux , et n'ont rien par eux-mêmes de cette ondulation; troisièmement , cette ondulation se forme dans le ton et non dans le timbre ; la preuve en est que, sur le violon et sur d'autres instruments, on imite cette ondulation , non par aucun balancement semblable an mouvement supposé du larynx , mais par un balancement du doigt sur la corde , laquelle ainsi raccourcie et rallongée alternativement et presque imperceptiblement, rend deux sons alternatifs à mesure que le doigt se recnle ou s'avance. Ainsi l'ondulation , quoi qu'en dise M. Dodard , ne consiste pas dans im balancement très -léger du même son, mais dans l'alternation plus ou
moins fréquente de deux sons très -voisins; et quand les sons sont trop éloignés et que les secousses alternatives sont trop rudes , alors l'ondulation devient chevrotement.
Je penserois que le vrai caractère distinctif de la voix de chant est de former des sons appréciables dont on peut prendre ou sentir l'unisson , et de passer de l'un à l'autre par des intervallesharmouiques et commensurables; au lieu que , dans la voix parlante , ou les sons ne sont pas soutenus, et , pour ainsi dire , assez uns pour pouvoir être appréciés , ou les intervalles qui les séparent ne sont point assez harmoniques , ni leurs rapports assez simples.
Les observations qu'a faites M. Dodard sur les différences de la voix de parole , et de la t'oix de chant dans le même homme , loin de contrarier cette explication , la confirment ; car , comme il y a des langues plus ou moins harmonieuses , dont les accents sont plus ou moins musicaux , on remarque aussi dans ces langues que les voix de parole et de chant se rapprochent ou s'éloignent dans la même proportion : ainsi, comme la langue italienne est plus musicale que la françoise , la parole s'y éloigne moins du chant ; et il est plus aisé d'y reconnoître au chant l'homme qu'on a^entendu parler. Dans une langue qui seroit tout harmonieuse, comme étoit au commencement la langue grecque , la différence de la voix de parole à la voix de chant seroit nulle ; on n'au-
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roit que la même s^oix pour parler et pour chanter : peut-être est-ce encore aujourd'hui le cas des Chinois.
En voilà trop peut - être sur les différents genres de voix : je reviens à la voix de chant , et je m'y bornerai dans le reste de cet article.
Chaque individu a sa voix particulière, qui se distingue de toute autre voix par quelque différence propre , comme un visage se distingue d'vm autre; mais il y a aussi de ces différences qui sont communes à plusieurs , et qui , formant autant d'espèces de t/oi^r , demandent pour chacune une dénomuiation particulière.
Le caractère le plus général qui distmgue les voix n'est pas celui qui se tire de leur timbre ou de leur volume, mais du degré qu'occupe ce volume dans le système général des sons.
On distingue donc généralement les voix en deux classes ; savoir , les voix aiguës , et les voix graves. La différence commune des unes aux autres est à peu près d'une octave; ce qui fait que les voix aiguës chantent réellement à l'octave des voix graves , quand elles semblen'' chanter à l'unisson.
Les voix graves sont les plus ordinaires aux hommes faits ; les voix aiguës sont celles des femmes : les eunuques et les enfants ont aussi à peu près le même diapason de voix que les femmes; tous les hommes en peuvent même XV. 3 1