‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 154 sur 364 · RHÉTORIQUE MUSICALE DES ANCIENS GRECS · texte numérisé non relu

RHÉTORIQUE MUSICALE DES ANCIENS GRECS

1. Mélopée, ou l'art de composer un chant. Les règles auxquelles était soumise la mélopée sont à peu près les suivantes : 1° toute mélodie devait être limitée à un certain ton et genre, et commencer et terminer parle premier; quant au ton on pouvait commencer la mélodie par la quinte du ton principal qu'on avait choisi, et quant au genre on employait ordinairement le diatonique; 2° pour ce qui regarde la progression des intervalles, nous trouvons dans Aristoxène (lib. III, pag. 65, 66) les prescriptions suivantes : 1° on ne doit pas pratiquer plus de deux demi-tons et de deux quarts de tons successifs , autrement il en résulte une progression qui n'est pas mélodieuse; 2° après une tierce majeure il est défendu d'en mettre immédiatement une autre ; 3° on peut faire suivre l'un après l'autre deux tons entiers et trois au plus. Euclide distingue quatre espèces de succession de sons : cLyayn [agoge) ou par degrés; ttaoxm [ploke) par degré et par saut; Trgrre.a (petteia) fréquente répétition du même son; Tovn (tone) prolongation du son. Aristide Quintîlien

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n'adopte que les trois premières espèces , et distingue en outre trois autres parties principales de la mélopée; a«4'* (lat. sumtio, prise); wiit (lat. mistio, mélange); ^pîî^ç (lat. usus, usage). La première apprend quelle est la voix qui doit exécuter une mélodie ; la seconde contient la doctrine de la modulation; la troisième renferme les trois espèces dont on vient de parler, adoptées par Aristide. Ce même théoricien divise la mélopée par rapport au style en trois Modes (rpo7ro;) différents : 1° dans le Mode dithyrambique ou bachique, dédié à Bacchus, appelé aussi mcsoïde, en employant surtout les sons moyens du système ; 2° dans le Mode nomique, autrement dit nétoide , consacré à Apollon, en se servant des sons aigus du système; 3° dans le Mode tragique qu'on nommait aussi hypatoide, parce que le chant régnait dans les sons graves du système. Ces trois espèces de style ont été subdivisées en style erotique^ ou amoureux , en comique , en encomiaque, destiné aux louanges ; en systaitique, ou celui qui inspirait les passions tendres et affectueuses ; en diastaltique , ou propre à exciter la joie, et en euchastique, ou celui qui ramenait l'ame à un état de calme et de contentement.

De la division de ces trois styles on peut conclure avec beaucoup de raison que les voix de femme étaient exclues du Mode tragique et que les voix de basse n'étaient pas employées dans les expressions de sentiments joyeux. Quelle limitation î

2. Rhythmopée. La rhythmopée ou la pratique des règles du rhythme était chez les anciens Grecs une des parties les plus importantes de leur musique; on lui attribuait des effets encore plus grands qu'à la mélopée ; ce qui signifie que la forme que les Grecs donnaient à leurs pensées, était plus importante que les pensées mêmes.

Dans les temps anciens , lorsque la musique était encore très simple et n'était destinée qu'au chant, on réglait exactement le rhythme musical sur le rhythme des vers que l'on

chantait. Toutes les syllabes étaient ou longues ou brèves. Une syllabe longue avait en durée le double d'une syllabe brève; de l'union de plusieurs syllabes longues ou brèves on formait le pied musical, et l'union de ces pieds formait le rhythme. Ces deux sortes de syllabes se divisaient en deux Temps , savoir, en deux parties égales ou inégales ; la première s'appelait thésis (en frappant) , la seconde arsis (en levant).

Les Grecs distinguaient trois genres de rhythme : 1° le rhythme égal, dont le rapport était représenté par 1 : 1 ; il consistait en deux parties égales et ne pouvait contenir plus de seize Temps. Toutes les espèces de ce rhythme ressemblaient à nos Temps 2/4? 4/4? 6/8? 6/4; 2° le rhythme double (diaplasion ), dont le rapport était représenté par 2 : 1 ; il consistait en trois Temps égaux ou deux parties inégales ; la durée de l'une était le double de celle de l'autre. La partie la plus grande pouvait contenir de deux à douze Temps , et la partie moindre en contenait la moitié : toutes les espèces de ce rhythme ne pouvaient donc dépasser dix-huit Temps et ressemblaient à nos Temps S/8, 3/4? 3/ 2 , 9/8 ; 3° le rhythmeèmiotien, dont le rapport était représenté par 3 : 2 ; il consistait en cinq Temps égaux ou deux parties inégales , dont l'une contenait de trois à quinze Temps syllabiques. On essaya quelquefois d'en faire usage et de le représenter par les Temps 5/2, 9/2, 9/4? mais on trouva ce rhythme incommode et on le rejeta. Les Grecs connaissaient en outre un quatrième genre de rhythme où le rapport des deux Temps était de 4 : 3 ; ils l'appelaient épitrite, et ne le pratiquaient que très rarement. Ce genre de rhythnîe pourrait correspondre à nos Temps 7/1, 7/2,7/4,7/8.

Les Grecs avaient eu musique un nombre de pieds considérable; ils en comptaient plus de cent espèces différentes. Isaak Vossius (de viribus rhythmi) en compte cent vingtquatre espèces. En voici quelques exemples : appartiennent au rhythme égal, le spondée — j — , le dispondêe \ ,

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le pyrrique <-> I <> , le dactyle — | <> ^ , etc. ; au rhythme double, le ïambe ^ a | — , le trochée — | ^ , etc. ; au rhythme émiolien le pœon diagien — | ^ | — , le pœon épibathe — | o | o | o. De ces pieds on formait les rhythmes composés, tels qu'un dactyle avec un anapeste, un iambe avec un trochée, et les rhythmes mixtes qui pouvaient se résoudre de deux manières différentes, comme un rhythme de six Temps en deux Temps égaux, c'est-à-dire trois pour chaque Temps, ou en deux Temps inégaux, savoir, quatre pour le premier Temps et deux pour le second.

Aristide qui, parmi les théoriciens grecs, est celui qui s'étend le plus sur le rhythme, donne aussi la description de diverses qualités des rhythmes, et parle de leur effet sur le cœur humain. Mais quoique les anciens écrivains grecs vantent les effets de leur rhythme, la grande variété, l'ordre et la proportion des parties, il faut avouer qu'on y trouve une uniformité insipide , beaucoup de désordre et l'absence totale des proportions agréables. L'exacte observance des Temps longs et brefs devait nécessairement rendre le rhythme uniforme ; une marche inégale et disproportionnée devait être en outre le résultat de ces différentes sortes de rhythmes, dont les parties ne pouvaient pas être divisées en plusieurs mesures comme dans la musique moderne , qui présente la variété et la proportion les plus agréables. On verra du reste à la fin de cet article en quoi consistaient probablement les grands effets de la musique grecque.

3° Variété de style. Comme nous l'avons déjà fait observer plus haut , les Grecs avaient trois espèces de style, savoir : le tragique, le dithyrambique et le nomique; on croit cependant que ces styles se bornaient à la chanson et à une espèce de déclamation théâtrale.

La chanson, qu'on appelait aussi nome (V. ce mot), tire sa dénomination : 1° des peuples, où certains nomes étaient en usage; il y avait par conséquent un nome êoiien, béotien;

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2' des pieds musicaux, employés dans un nome, comme le nome trochaïque; 3° du mode dans lequel on chantait ou Ton jouait; de là vient le nome, appelé o/.vç ou aigu, qui était exécuté dans le mode lydien, hyper-dorien, etc. ; Zf des auteurs; comme serait le nome de Terpandre. Il est parlé de quelques autres nomes dans le cours de cet ouvrage.

La musique dramatique des Grecs était beaucoup plus importante. Au dire d'Aristote, elle appartenait aux parties les plus essentielles de la tragédie , dont elle formait la plus grande beauté. Les poètes étaient à la fois acteurs et chanteurs ; par la suite ces arts ayant fait de sensibles progrès, on assigna ces différents rôles à autant d'individus. De ce que la musique a été considérée comme une des parties essentielles du drame, et d'après les nombreux témoignages des auteurs anciens , on peut conclure que les tragédies des Grecs se déclamaient sur une espèce de récitatif comme le nôtre , accompagné d'instruments. Le chœur, composé de personnes secondaires, telles que d'hommes vieux, de femmes, de soldats de bergers, de satyres, de divinités, chantait en marchant. Les odes qu'il exécutait étaient divisées en strophe, antisstrophe et êpode. Démétrius et Triclinius nous apprennent que la strophe se chantait lorsque le chœur marchait vers la droite, l' anti-strophe quand il se dirigeait vers la gauche , et l'épode lorsqu'après avoir exécuté ces deux évolutions il demeurait en repos. On ne sait rien de précis sur le genre de musique de ce chœur; peut-être n'était-il autre chose qu'une espèce de plain-chant qu'on chantait à l'unisson ou à l'octave. Quelquefois, au lieu des chœurs, c'était un joueur de flûte qui se faisait entendre dans les entr'actes ou dans les intervalles d'une scène à une autre.

l\° Instruments de musique. Ainsi que les anciens Hébreux, les Grecs avaient trois sortes principales d'instruments, savoir : les instruments à vent, les instruments à cordes et les instruments de percussion. Les subdivisions de ces trois Tome i. 31

espèces sont très nombreuses ; voici cependant leurs instruments les plus usités.

A la classe des instruments à vent appartiennent : 1° la flûte ( Auaoç, tibia ). Ses subdivisions étaient la flûte simple ou monaule ( (jlovclvxqç ) , la flûte double, composée de deux flûtes avec une seule embouchure. On les appelait flûtes doubles égales, quand elles avaient la même longueur et la même grosseur ; autrement on les nommait inégales, et alors elles allaient probablement par octaves. Les flûtes prenaient en outre une autre dénomination selon les différents peuples, et l'on distinguait la flûte dorienne, phrygienne, lydienne selon les personnes qui en jouaient, et Ton disait la flûte virginale , puérile, virile selon l'usage qu'on en faisait ; de là les flûtes pour accompagner le chant du chœur ou le récitatif d'une voix, les flûtes qu'on employait pour célébrer les cérémonies des noces, des funérailles, etc. ; enfin on les distinguait selon certains pieds musicaux , comme la flûte spondaïque, dactylique, etc.; 2° le cor (x,ep&s) ; &• la trompette {~Zo.X7ny% , tuba, huccina, lituus). Eustache en compte six différentes espèces : la trompette droite ou argive, recourbée ou égyptienne, gauloise ou celtique, appelée carnix; la trompette paphlagonique, dont le pavillon ressemblait à une tête de bœuf; la trompette moyenne, enfin la trompette thyrennique, qui est probablement la même chose que la flûte thyrennique, qu'on employait dans la guerre et dont le son était très fort ; Zj° la syringe (svp^f, fistula, calamus) ; 5° Y orgue idraulique {fèp<iv\o<;) : Vétruve dans la description qu'il en offre {de Architectural 1. X, chap. 11 , 12 , 33) , n'explique pas assez la qualité de cet instrument , qui donna beaucoup à réfléchir à nos meilleurs antiquaires. Vétruve a pris sa description dans Hérus d'Alexandrie, et probablement il n'a pas compris son auteur. Hérus parle aussi d'une espèce d'orgue pneumatique, qui doit avoir existé antérieurement. Clésibius, célèbre mécani-

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cien d'Alexandrie et maître d'Hérus, n'est donc pas le véritable inventeur de cet orgue , ainsi qu'on le croit généralement, mais seulement il améliora l'orgue pneumatique qui existait déjà , en employant l'eau de manière à ce qu'elle remplaçât le poids que l'on met sur les soufflets de nos orgues modernes. De tout ce qui vient d'être dit, il résulte que la dénomination d'orgue idrautique n'est pas exacte , puisque Feau ne produisait pas le son et ne servait qu'à contrebalancer le vent trop fort.

Appartiennent aux instruments à cordes : 1° la phormingc (Oop^/^l); 2° la cithare ( ztûapa,) ; 3° le luth (Xexvç , testudo) ; [\° la îyre (Avpct) ; 5° le psaltérion (vcLxrpio;) ; 6° le magadis (Ma,ycfJic) , dont les cordes au nombre de vingt étaient accordées de deux en deux à l'octave ; 7° le simikion à trente-cinq cordes; 8° Yépigonion à quarante cordes; et 9° le nabtum ( Net /sac.,). Plusieurs auteurs partagent l'opinion que ces instruments ne différaient entre eux que par le nombre des cordes qui correspondaient à leur forme et à leur grandeur. Les cordes étaient libres des deux côtés comme celles de nos harpes , et l'on pouvait par conséquent en jouer des deux mains. Dans les instruments que nous allons mentionner, les cordes étaient appliquéessurune table d'harmonie comme celles de nos violons. Voici les principaux de ces instruments et les plus connus : le trigonon (Tpiyovoy) , de forme triangulaire, et que quelques uns croient avoir été plutôt une espèce de harpe ; le harhiton (Ba,pfii7of), la samhuque ( xapfiiKti). Les anciens auteurs parlent encore d'un grand nombre d'instruments à cordes ; mais les descriptions qu'ils en donnent sont tellement obscures et confuses, qu'il est impossible de s'en faire une idée claire et précise.

Enfin à la classe des instruments de percussion des Grecs appartiennent : 1° le tympanum (TvuTretyoy); il y en avait de grands et de petits : le plus petit était appelé rv^iytoy {tgmpanum porvum , lympanufum) ; T le ct/mbaium

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( Kvfu.pcf.xoy) ou cymbales, qui avaient la même forme que celles dont nous nous servons et qu'on jouait de la même manière^0 le crotale (KporaAoy),qui était joué particulièrement par des femmes, appelées crotatistries , et qui ressemblait à nos castagnettes. Les Grecs avaient en outre plusieurs autres instruments dont ils se servaient pour faire du bruit, et qui ne méritent pas d'être rangés parmi les instruments de musique. ySiies anciens Grecs ont connunotrc harmonie. — Cette question a toujours occupé la plume de musiciens, de savants critiques et d'antiquaires fort érudits , et , à partir du xve siècle , ce sujet a excité parfois des controverses très sérieuses. Gafforio, (appuyé mal à propos sur le témoignage de Bacchius Senior), Zarlin, Doni, Meibomius, Isaak Vossius, l'abbé Fraguier, Châteauneuf, "William Temple, Stillingfleet et quelques autres accordent l'harmonie aux Grecs. Glarean, Salina, Bottrigari, Artusi, Gérone, Keppler, Mersenne, Rircher, Wallis, Malcolm, Charles et Claude Perrault, Burette, Bougent, Ducerceau, Martini, Marpurk, Forkel et plusieurs autres (Rousseau est en partie de leur avis), sont d'une opinion contraire. D'autres partagent l'avis qu'on ne peut pas entièrement refuser aux Grecs l'harmonie. Le fait est qu'aucun auteur grec ne parle de l'harmonie dans le sens que nous lui donnons , ce qui prouve en faveur de ceux qui leur contestent de l'avoir connue. Nous savons en outre que le mot harmonie désignait en général chez les Grecs le parfait accord des diverses parties formant un tout, et particulièrement la succession mélodieuse des sons, ou la composition d'une mélodie ; cette expression était par conséquent employée tantôt dans le sens de mode, de genre d'octave, d'intervalle, de consonnance , de mélodie, d'octave, de modulation, tantôt dans le sens même d'enharmonie, enfin de toutes les parties de la Mélopée. Lsiodus et Suidas la définissent une succession bien disposée ('Ap^owa. >? 'zvt&tqç a, koxovôiol), ce qui veut dire évidemment mélodie. Tous les traités grecs

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qui ne s'occupent pas entièrement de musique et qui parlent de la mélodie , portent le titre que nous venons d'indiquer. Aristoxène appelle son ouvrage 'xopo-jiKa. uroizeia. [Principes de l'harmonie) ; les œuvres d'Euclide et de Gaudence se nomment Eiacc/ayti 'dtfpuwim (Introduction à l'harmonie); le traité de Nicomaque est intitulé 'AppouiKtiç Eyzeipiftov (Manuel de l'harmonie) ; et l'œuvre de Ptolémée n'a pour titre qu'Ap^owxa (Harmonie). Les partisans de l'harmonie grecque appuient leur opinion, non sur les doctrines des théoriciens grecs, mais sur les passages de quelque auteur qui parle de la musique d'une manière secondaire, comme Cicéron, Sénèque, etc. , où, par le terme harmonie, on fait allusion aux voix graves, moyennes et aiguës; mais ces passages ne contredisent nullement l'assertion de leurs adversaires , que les Grecs chantaient et jouaient à l'unisson et à l'octave. Il n'est pas non plus probable qu'ils aient chanté par tierces ou par sixtes, qu'ils considéraient comme des dissonances, et cela même accordé, cette harmonie aurait été fort pauvre, comparativement au point élevé qu'atteignit la nôtre, et qui ne pouvait se développer que plusieurs siècles plus tard. * 6° Effets de la musique grecque. De tout ce qui vient d'être dit , il résulte qu'il y a quelque exagération dans les récits que nous ont laissés les auteurs sur les grands effets de l'ancienne musique des Grecs ; et il est très probable que la plus grande partie de ces prodiges doivent être attribués à des circonstances particulières plutôt qu'à la musique. Est-il possible que Terpandre, avec les sons de la lyre, ait calmé

* Le baron de Drieburg, auteur de plusieurs ouvrages sur la musique des anciens Grecs, publia, il y a quelques années, un article (Gaz. Mus. de Leipsick, 1825, n. 5) dans lequel il cherche à combattre les raisons de ceux qui refusent aux Grecs l'harmonie, et il déclare que ces raisons sont absurdes et appuyées sur de fausses suppositions.

Il paraît certain , dit-il , que les Grecs ont eu une harmonie dans l'acception que nous donnons à ce mot.

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une émeute populaire à Sparte, à moins que sa musique ne lut magique? Mais Terpandre chantait en même temps, et ses paroles firent vraisemblablement une plus grande impression sur les esprits des rebelles que sa musique; et puis, qui peut nous dire si Terpandre n'a pas profité d'un moment où le peuple était déjà las de la révolte?.... Il ne faut pas oublier que les anciens Grecs,, par le mot musique , comprenaient aussi la poésie , la mimique , la grammaire , la philosophie ; leur musique était donc propre à adoucir les mœurs , à exciter et à refréner les passions, et (ce qui est très naturel) à guérir certaines maladies ; c'est pourquoi les Grecs considéraient cet art comme un excellent moyen d'éducation. En jetant un regard sur les quatre fragments de l'ancienne musique grecque parvenus jusqu'à nous, c'est-à-dire une hymne adressée à Calliope, deux autres hymnes à Apollon et à Némésis , et une ode de Pindare , * il n'y a pas lieu de se faire une idée bien favorable de la musique de ce peuple. Il est vrai que quelques auteurs doutent de l'authenticité de ces fragments , et prétendent qu'ils sont altérés ; mais comme leurs mélodies coïncident avec les préceptes des théoriciens grecs , on peut croire avec raison à leur authenticité reculée ainsi qu'à leur originalité grecque. Néanmoins, s'il ne faut pas pousser les choses trop loin, en élevant la musique grecque au plus haut degré de perfection , et en la croyant meilleure que la nôtre , il ne faut pas non plus la réduire à zéro , parce qu'elle était dépourvue d'harmonie , de cette ame puissante de l'expression musicale. La musique des anciens Grecs était, à proprement parler, la musique du peuple. On l'employait

* Ces hymnes furent d'abord découvertes par Vincent Galilée ; parla suite on en trouva une copie en Irlande parmi les papiers de l'archevêque Usher, et enfin Burette les trouva dans la Bibliothèque de Paris à la fin d'un manuscrit qui contenait les traités d'Aristide Quintilien et de Baci hius Senior. L'Ode de Pindare l'ut découverte par le P. Kircher dans la fameuse Bibliothèque de Saint-Sauveur en Sicile.

comme moyen d'instruction, et elle consistait principalement en des chansons qui avaient pour but de faire pratiquer les devoirs de la vie civile. Les poètes et les musiciens ne chantaient que des sujets patriotiques et avec des mélodies si simples, qu'ils produisaient une grande impression sur la classe même la plus grossière du peuple. Ainsi donc l'esprit et les effets de la musique grecque doivent être recherchés de préférence dans la poésie , qui était la partie principale à laquelle devaient se soumettre le rhythme et la mélodie , en lui servant d'ornement.

GRECI MODERNI = GRECS MODERNES (notice historique sur la musique des ). — Les Grecs modernes tiennent encore beaucoup de leurs ancêtres, surtout en ce qui touche à la langue, aux mœurs, aux penchants ; il est donc probable que leur musique a conservé aussi quelque ressemblance avec la musique de leurs ancêtres.

Les Grecs modernes n'emploient dans leur musique ni les notes dont nous faisons usage , ni les lettres de leur alphabet ainsi que le faisaient leurs ancêtres, mais ils se servent de ce qu'ils appellent accents. Une pareille notation a beaucoup d'imperfections , communes du reste à celle des anciens Grecs, car elle n'indique que l'acuité et la gravité des sons , sans en fixer la durée.

Les principaux signes sont : 1° Vison {tw)9 qui désigne le son fondamental de leur gamme diatonique. On l'appelle ensuite signe muet (cupayoy), non pas en raison de ce qu'on ne le chante ni on le prononce, mais parce qu'on ne le compte pas. Vison est du reste le principe, le milieu et la fin, ou plutôt le système de tous les sons ou signes, car sans lui on ne peut produire aucun son. On dirait que cet ison est une espèce de clé avec laquelle on rend une mélodie plus aiguë ou plus grave. 2° Voligon (o a iyoy), signifie en général son aigu; et 3° Y apostrophe (cLTroarpo foç)9 son grave.

Dans la musique des Grecs modernes on ne fait usage que

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de quatorze sons, dont huit sont ascendants et six descendants. Les ascendants sont : 1° oxt^oy (peu); 2° o£e<et (aigu) ; 3° ^etaffêti (saut) ; 4° kov^kt^a (élévation) ; 5° ttsxo.- (jtq-j ( en approchant ) ; 6° Jvo xgrrMuarct ; 7° "^/a» ( accent serré) ; 8° Keyrnpa,. Les descendants sont : 1° ATroarpo^oa (apostrophe) ; 2° èvo ATrcarpoqoi ou aw^eapoi ( double apostrophe) ; 3° a,7roopoy ; 4° KpctTlftd, V7roppoy ; 5° eAa<ppoy (facile) ; 6° x&fjLcLXu (grave).

Les quatorze sons ascendants et descendants se divisent en corps et en esprits (aaftATA, TryevpATy.). Les corps ascendants qu'on chante à pleine voix sont : Yoiigon, Yoxia, le pedaste, le kuphisma, le petaston et les deux kendemata; les corps descendants sont : Y apostrophe simple et double. Les esprits ascendants sont : kendema et psiie ; et les descendants eiaphron et kamaie; on les chante avec douceur et presqu'aspirés. Vaporrhoe n'est ni corps ni esprit , mais un petit mouvement de gosier qui émet la voix avec douceur; c'est pourquoi on l'appelle aussi [azxoç.

Un grand nombre d'autres signes, qu'on nomme pwy&x&i w7TQ<jTd.<ns et ctçovot, indiquent la mesure et le mouvement et ne sont employés que dans la musique de plain-chant. Nos lecteurs comprendront la qualité de ces signes par la signification de leurs noms; les voici : égal, double, consolant, flexibilité, tremblant, résolu, presto, lento, presto composé, lento composé, fondament, sublime, en priant, prier en tremblant, prier avec résolution, céleste, fraction, section, principe, accent grave, attaque , demi-ton, etc. , etc. Il n'y a cependant pas un seul musicien parmi les Grecs modernes, sans en excepter les plus habiles , qui sache seulement la dixième partie de ces signes.

La même succession des sons prend une diverse dénomination selon qu'elle monte ou qu'elle descend. Ainsi ré, mi , fa, soi, s'appellent annanes , neanes , nana et agia; fa, mi, ré — do se nomment aanes , neheanes, aneanes et neagie. Dans l'usage de ces mots on observe également les

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