‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 181 sur 364 · LOI · texte numérisé non relu

LOI

LIUTERE = LUTHIER, s. m. — On donnait autrefois ce nom à l'artiste qui fabriquait des luths et des instruments de la même espèce, tels que Yarchilutli, le théorie et lamancloiine. Par la suite on a étendu ce nom à tous les fabricants d'instruments à archet, ou même à ceux qui faisaient des guitares et des harpes. Dans quelques villes de province en France, on voit même des enseignes de luthier au dessus de la porte des fabricants d'instruments à vent.

LIUTO = LUTH, s. m. — Instrument très cultivé autrefois, et qui a été remplacé par la harpe et la guitare. Il était monté de vingt-quatre cordes, divisées en treize groupes sur un corps arrondi en dessous, en forme de tortue, et ressemblant à celui de la mandoline qui en était le diminutif. Son manche était large et renversé dans son extrémité. Huit de ces cordes, placées en dehors du manche, ne se touchaient qu'à vide.

Comme la lyre antique , le luth , en cessant de servir aux musiciens, a laissé son nom aux poètes, qui le font figurer souvent dans leurs stances erotiques et même dans l'épopée.

LO. — (Voy. Soimisazione).

LOGO (lieu). — Lorsqu' après un passage marqué pour être exécuté à l'octave supérieure ou inférieure, on trouve ce mot italien ioco, il signifie que l'on doit exécuter ce qui suit au lieu même où les notes sont écrites sans transposition d'octaves.

Quelquefois , après les sons harmoniques , on écrit ioco pour indiquer les sons naturels.

LOLICHMIUM. — Édifice public situé près de la ville d'Olympie, qui était ouvert en tout temps à ceux qui voulaient prendre part aux concours en musique.

LONGA = LONGUE, s. f. — C'était une note qui , dans la musique ancienne, valait quatre mesures. Dans le Mode mineur parfait, elle avait la valeur de trois brèves, et dans le Mode mineur imparfait de deux.

LOURE. — Nom d'un certain instrument qui n'est plus

usité, et ressemblant assez à la musette, ainsi que d'un air de danse d'un caractère grave et d'un mouvement lent, en mesure à 3(4 ou à 614; il commence en levant, et se compose de deux reprises de huit, douze ou seize mesures.

LUCERNARIO. — Nom de l'antienne que l'on chante à vêpres selon le rite ambroisien avant le Dixit.

LUCERNITATES. — Chansons, ou plutôt cantiques que les premiers chrétiens chantaient dans leurs assemblées nocturnes et secrètes , à la lueur des lampes.

LUDI MAGISTER, LUDI MODERATOR. —Expressions latines qui signifient organiste.

LUDI SCENICI SPIRITUALI (représentations spirituelles). = MYSTÈRES. — C'étaient des représentations tirées des événements racontés par la Bible. On les entremêlait aux cérémonies de la religion , dans l'église , ou au cimetière qui entourait ordinairement l'église, ou ailleurs. Il n'y avait pas un peuple chrétien qui n'eût ses mystères, dans lesquels la musique faisait toujours partie du spectacle ; mais partout ils étaient une fidèle image de l'esprit du siècle, de la superstition, de l'ignorance et de toutes les absurdités qui en sont la suite. On leur donnait le nom de mystères, parce qu'ils étaient destinés à instruire le peuple dans les mystères de la religion.

Apostolo Zeno [Bibt. Itat., p. 487) raconte avoir découvert, dans de vieilles chroniques, qu'un de ces mystères fut représenté en 1343 à Padoue. Muratori (Scrip. rerum Itat , v. 24, p. 1205) fait mention d'une représentation de la Passion, Résurrection, et Ascension de Jésus-Christ, qui eut lieu en 1298 dans le Frioul (Illyrie). Il y en a quelques uns qui croient que ces représentations n'étaient autre chose qu'une espèce de déguisement, ou des pantomimes où l'on ne parlait ni ne chantait. Riccoboni [Réflexions sur tes différents théâ. très de l'Europe, p. 73) parle de ces spectacles muets encore en usage au xvir siècle dans l'église, à l'occasion de la Fête- Dieu. On croit aussi que la compagnie dite du Gonfalou

( Compagnia del Gonfalone), fondée en 1264, représenta la passion de Jésus-Christ dans la semaine sainte; que ces représentations ont duré en Italie jusqu'en 1549, époque à laquelle le pape Paul III défendit à cette compagnie de les exécuter au Colysée, et que malgré cette défense elles eurent lieu en d'autres pays. Il paraît du reste que ces représentations étaient muettes, et qu'on y employait peu la musique. On leur donnait le nom du sujet traité. Si les sujets étaient pris dans l'ancien testament, on les appelait figures; à ceux tirés du nouveau testament on donnait le nom d'évangiles. Lorsqu'ils renfermaient quelques mystères de la religion , on les appelait mystères; les miracles des saints, on les nommait exemples; l'histoire de leurs vies, histoires; quelquefois on les appelait aussi comédies spirituelles; mais leur dénomination générale était représentations. Au xve siècle on les appelait encore en italien fausti (favorables, utiles) quand ces sujets contenaient quelque chose de moral. Il paraît cependant qu'en Italie les ludi , ou représentations vraiment musicales , n'ont eu lieu qu'à la fin du xve siècle seulement. Crescimbeni parle d'un de ses mystères ou Ludi, représenté dans l'église de Sainte-Madeleine à Florence, en 1449, dont le sujet était Abraham et Isaac. On lui donna pour auteur François Belcari. La Conversion de saint Paul fut représentée, d'après iMénestrier, vers l'année 1480 à Rome, sur un théâtre mobile fait exprès pour cela ; l'auteur Jean Sulpitiusdit, dans la dédicace de son Vitruve, où il en parle, que ce drame fut chanté depuis le commencement jusqu'à la fin. ( Tragœdiam quam non agere et cantare primi hoc œvo docuimus). Quelques uns ont conclu d'après ce passage que Sulpitius a été l'inventeur du drame mis en musique (Voy. Bayle, Dict. hist. et crit., art. Sulpitius). D'autres veulent donner au mot chanter la signification de déclamer.

Les autres pays chrétiens avaient aussi dans le même temps que l'Italie leurs pièces spirituelles. En France, c'étaient les

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mystères et les moralités ; en Espagne les autos sacramentales; en Angleterre les my s ter ies , moral plays, moralities; en Allemagne ils étaient en usage dès l'année 980. Mais, en général, la plus grande partie de ces représentations spirituelles ou mystères étaient un mélange des plus détestables absurdités , et souvent de vrais blasphèmes.

Il y avait en France une autre espèce de spectacles spirituels dits : Fête des Fous et de î Ane, d'une telle extravagance, que l'on ne conçoit pas qu'on ait pu en souffrir les représentations dans l'église ; cependant ils ont continué jusqu'au xvc siècle.

On trouve à ce sujet, * à la Bibliothèque royale de Paris, un livre manuscrit (format in-12, n° 1351) , dans lequel est noté l'office de la fête des Fous, tel qu'on le chantait à l'église de Sens le jour de la Circoncision, sous ce titre : Officium stultorum ad usum metropoleos ac primatialis ecclesiae Senonensis. Une instruction placée à la tête du livre porte que cet office a été composé par Pierre de Gorbolio, archevêque de Sens, au temps du pape Honoré III, et que le livre a été transcrit sur celui qui se conserve dans les archives du chapitre de Sens, et dont la couverture est en ivoire.

Selon Moreri , une lettre circulaire des docteurs en théologie de la faculté de Paris, envoyée en 1444 à tous les prélats de France, pour les engager à abolir cette fête , nous apprend que les clercs et les prêtres créaient un évêque ou un pape qu'ils appelaient l'évêque ou le pape des Fous, entraient dans l'église, les uns habillés en femmes, d'autres en bouffons, ou masqués de différentes manières, dansaient dans la nef et même dans le chœur, en chantant des chansons dissolues et faisant mille folies même à côté de l'autel pendant la célébration de la messe. Ce n'était pas seulement dans les cathédrales et les collégiales qu'on faisait ainsi la fête des Fous,

* Ajouté par le Traducteur.

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cette impiété avait passé dans les monastères de l'un et de l'autre sexe.

Nous apprenons de la plainte que Neuré écrivit à Gassendi en 1645 , sur les coutumes abusives qui se pratiquaient à Aix le jour de la Fête-Dieu à la procession du saint-sacrement, qu'en certains monastères de Provence on célébrait la fête des Innocents avec des cérémonies aussi impertinentes et aussi folles qu'autrefois dans les solennités des faux dieux.

« Ni les religieux prêtres, ni les gardiens ne vont point au chœur ce jour-là. Les frères laïques, les frères coupe-chou, qui vont à la quête , ceux qui travaillent à la cuisine , les marmitons, ceux qui font le jardin, occupent leurs places dans l'église , et disent qu'ils font l'office convenable à une telle fête lorsqu'ils font les fous et les furieux. Ils se revêtent d'ornements sacerdotaux, mais tout déchirés, s'ils en trouvent, et tournés à l'envers. Ils tiennent dans leurs mains des livres renversés et à rebours , où ils font semblant de lire avec des lunettes dont ils ont ôté le verre, et auxquelles ils ont agencé des écorces d'orange, ce qui les rend si difformes et si épouvantables, qu'il faut l'avoir vu pour le croire; surtout après qu'ayant soufflé dans les encensoirs qu'ils tiennent en leurs mains et qu'ils remuent par dérision, ils se sont fait voler de la cendre au visage et s'en sont couvert la tête les uns des autres. Dans cet équipage , ils ne chantent ni des hymnes, ni des psaumes, ni des messes à l'ordinaire , mais ils marmotent certains mots confus , et poussent des cris aussi fous, aussi désagréables et aussi discordants que ceux d'une troupe de pourceaux qui grondent ; de sorte que les bêtes brutes ne feraient pas moins bien qu'eux l'office de ce jour. »

Quant à la fête de l'Ane, c'était une cérémonie qui se faisait anciennement dans la cathédrale de Rouen le jour de Noël. Des ecclésiastiques choisis représentaient dans une procession les prophètes qui avaient prédit la naissance du messie. Balaam y paraissait monté sur une ànesse, et c'est ce

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qui avait donné le nom de cette fête. Outre les prophètes qui ont parlé de la naissance du messie, on voyait encore dans cette cérémonie , non seulement Zacharie , sainte Elisabeth , saint Jean-Baptiste, le vieillard Siméon, mais encore la sibylle Erythrée et le poète Virgile , à cause d'un passage de la quatrième églogue qu'on croyait regarder la sainte Vierge. Chaque acteur récitait son passage, et l'on terminait la cérémonie par un motet, où les personnages se réunissaient tous en chœur.

On peut croire que la fête de l'Ane devait être plus ancienne que celle des Fous, puisqu'on trouve dans l'office de celleci une prose de l'âne, qui se chantait avant le Deus in adjutorium. Le livre dont nous avons parlé commence par une antienne qui précédait la prose , et qu'on chantait à la porte de l'église (injanuis ecciesiœ). Cette antienne, qui était une invitation à la joie, finit par ces paroles remarquables : sint hodie procut invidiœ, procui omnia mœsta; iœta voiunt quicumque cotunt asinaria festa. Vient ensuite la prose de l'âne.

Mais rien n'est plus curieux que ce qui se disait ensuite en entrant dans l'église avec cet âne honoré d'une chape.

Voici la rubrique : Conductus ad tabutam. Suivent les paroles : *

Orientispartibus Adventavit asinus Pulcher et fortissiums Sarcinis aptissimus.

Hé! sire Ane, hé! '*

* Dans Je second registre de l'église cathédrale d'Autun du secrétaire Rotarii , qui commence en 1411 et finit en 1416 , il se voit qu'à la fétc des Fous, follorum, on conduisait un âne, et que l'on chantait: Hé, sire âne, hé, hé! et que plusieurs allaient à l'église déguisés et avec des habits grotesques , ce qui fut alors aboli et abrogé.

" C'était apparemment comme le refrain.

Hic in coliibus sicsen Enulrilus sub Ruben , Transit per Jordanem , Salut in Bethléem.

Hé , sire Ane , hé !

Saltu vincit hinnulos.

Dagmas * et capreolos , Super dromedarios Veloi Madianeos.

Hé , sire Ane. hé!

Aurum de Arabia .

Thus et myrrham de Saba Tulit in ecclesia Virtus asinaria.

Hé, sire Ane, hé!

Dura trahit véhicula Multa cura sarcinula .

Illius mandibula Dura terit pabula.

Hé , sire Ane , hé !

Gum Aristis hordeum Comedit et carduum , Triticum a palea Segregat in area.

Hé , sire Ane , hé !

Amen dicas , asine , Jam satur ex gramine .

Amen , amen itéra , Aspernare vitera.

Hé, sire Ane. hé!

Lecta tabula, incipit sacerdos, Deus in adjutorium nostrum intende, etc. **

' C'est Damas.

"' Encyc. PU. de la Mus.

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On peut voir, pour de plus amples notices sur la fête des Fous et de l'Ane , Ducange , Gioss. med. et inf. Latin, voc. Katenda, et l'ouvrage intitulé : Mémoires pour servir à V histoire de la fête des Fous, qui se faisait autrefois dans plusieurs églises, par M. de Tillot, en

Les représentations théâtrales tirèrent cependant leur origine de celles dont nous venons de parler, ainsi que les oratorios de saint Philippe de Néri, qui furent mis en vogue par les poésies d' Apostolo Zeno et de Métastase, et qui furent composés par les plus célèbres compositeurs d'Italie, par Handel en Angleterre, et par Haydn en Allemagne.

LUNDU ou LANDU. — Danse portugaise dont le chant est en mesure à 2 14 ou à 2 12, avec deux reprises de huit mesures chacune et d'un mouvement lent modéré.

LUGUBRE = LUGUBRE, adj. — Mot qui exprime la tristesse. Aussi on dit une marche lugubre, un chant lugubre, que l'on confond quelquefois avec marche funèbre, chant funèbre.

M. — On se sert de cette lettre en musique comme abréviation du mot mezzo, et souvent on écrit mf. pour mezzo forte.

MA. — - (Voy. Solmisazione).

MAANIM ou MINAGHEGHIM {tympanon à boules). — Ancien instrument des Hébreux, qui consistait en un corps cylindrique auquel était attachée une file de boules.

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