‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 21 sur 364 · APP · texte numérisé non relu

APP

principale n'est pas pointée, alors l'appoggiature a la moitié de sa durée ; si la note principale est pointée, l'appoggiature a la valeur de la note , et se lie à cette dernière , seulement sur le point : dans ce cas elle s'approprie deux tiers de la valeur de la note pointée.

L'appoggiature au-dessus est l'ornement dont on use le plus souvent et qui est presque indispensable dans les récitatifs, pour ôter la dureté à quelques intervalles, comme ceux de tierces descendantes. L'école italienne rend ses appoggiatures si familières aux chanteurs , que les compositeurs* se dispensent tout à fait de les écrire dans les récitatifs.

Il y a, en outre, des appoggiatures qu'on lie très promptement à la note principale , de manière que cette même note prend l'accent. Ces appoggiatures sont d'une durée indéterminée , et se font avec des petites notes qui valent la quatrième partie de la note principale, comme l'appoggiature d'une double croche devant une ronde. Dans ce cas l'appoggiature ressemble presque à i'acciaccatura (Voy. cet article).

Pacchiarotti introduisit dans le chant une certaine manière d'exécuter les appoggiatures, qu'on pourrait appeler appoggiatures doubles et même appoggiatures aspirées (fig. 22).

APOLLYRICON. — (Voy. pianoforte).

APPREZZABILE = APPRÉCIABLE , adj. — Les sons appréciables sont ceux dont on peut trouver ou sentir l'unisson et calculer les intervalles. On compte huit octaves et demie , depuis le tuyau de trente-deux pieds du grand orgue, jusqu'au son le plus aigu du même instrument, appréciable à notre oreille. Il y a aussi un degré de force audelà duquel le son ne peut plus s'apprécier. On ne saurait apprécier le son d'une grosse cloche dans le clocher même ; il faut en diminuer la force en s'éloignant pour le distin-

AQl 57

guer; de même les sons d'une voix qui crie cessent d'être appréciables : c'est pourquoi ceux qui chantent fort sont sujets à chanter faux. A l'égard du bruit, il ne s'apprécie jamais, et c'est ce qui fait sa différence avec le son.

A ce sujet on peut appliquer à l'ouïe ce qui a lieu pour la vue. Les uns , à deux cents pas de distance, voient parfaitement un objet que d'autres peuvent à peine apercevoir à cinquante pas. C'est pour la même raison qu'un son plus grave, ou plus aigu, est inappréciable à l'ouïe des uns, tandis qu'il peut être appréciable à l'ouïe beaucoup plus délicate de quelques autres.

APYCINI. — Voy. soni mobiles.

A QUATTRO = A QUATRE PARTIES. — Composition musicale dans laquelle quatre voix sont unies si harmoniquement , que chacune d'entr'elles se distingue par une mélodie différente.

Une composition musicale à quatre parties est pour ainsi dire la plus belle et la plus noble. Elle a le privilège de n'être point assujétie à tant de redoublements et d'omissions comme les autres. Le philosophe de Genève, à l'article Quatuor de son dictionnaire , dit à ce sujet ce qui suit : II n'y a point de vrais quatuors, ou Us ne valent rien, II faut que dans un bon quatuor les parties soient presque toujours alternatives , parce que, dans tout accord, il n'y a que deux parties tout au plus qui fassent chant , et que l'oreille puisse distinguer à la fois ; les deux autres ne sont qu'un remplissage et l'on ne doit point mettre de remplissage dans un quatuor. Et à l'article Quinque il dit : Puisqu'il n'y a pas de véritable quatuor , à plus forte raison n'y-a-t-il pas de véritable quinque. Ce qui veut dire à peu près que l'oreille ne peut distinguer, tout au plus, que deux seules parties à la fois, de même que l'œil humain ne peut voir en une seule fois qu'un seul objet, ou deux au plus ; un groupe formé de plus de deux per

sonnes n'est donc dans l'art plastique qu'une chimère. On pourrait aussi demander au compositeur du Devin du village ce que c'est qu'une composition à quatre parties réelles, une fugue à quatre sujets.

A QUATTRO MANI = A QUATRE MAINS. — Voy. Quattro mani.

ARABA = ARABE, adj. — On emploie quelquefois l'expression musique arabe pour désigner une musique inintelligible, pleine de dissonances désagréables et d'une invention irrégulière , obscure , frénétique.

ARABEBBAH. — Pananti dit que c'est un instrument dont on se sert sur les côtes de la Barbarie, et qui consiste dans une veste dominée par une corde.

ARABO-PERSIANA (musica) = musique ARABO-PER- SANE. — Les anciens Perses n'aimaient pas la musique; ils la considéraient comme une chose dangereuse et comme une des principales causes de la mollesse des âmes. Ce n'est que dans quelques rares occasions qu'ils chantaient des hymnes solennels dans les temples de leurs dieux et dans les salons des rois. Ils avaient la même opinion de la danse et la croyaient, aussi, nuisible aux bonnes mœurs. Le mépris qu'ils avaient pour ces deux arts et qui rejaillissait nécessairement sur les musiciens et les danseurs, a passé à leurs descendants. Chardin, dans son Voyage en Perse, vol. V, pag. 66, dit, en parlant des Persans modernes : a On chante d'ordi- »naire chez eux avec le luth et la viole ; les hommes ont les »plus belles voix, mais il n'y en a guères qui sachent bien » chanter, par la raison que le chant comme la danse passent » pour déshonnêtes en Perse. » Les préjugés nationaux et les impressions reçues par un peuple, dès son enfance, ont tant de puissance, que des siècles entiers ne suffisent pas à les effacer, surtout quand la cause de leur durée se trouve dans les lois, dans le climat et dans la religion.

Les Persans septentrionaux, c'est-à-dire, les habitants de

cette chaîne de montagnes qui s'appelle aujourd'hui Aprasin, sont naturellement sérieux, d'une humeur belliqueuse et peu amis des arts. Néanmoins le goût du chant est commun, ainsi que l'affirme Chardin, même au vulgaire : « Cependant, dit- »il, le peuple a une telle pente au chant, qu'en plusieurs «professions ils chantent tout le jour, quoique fort lentement , «pour s'animer et s'exercer. » Il serait réellement extraordinaire qu'un peuple qui aime tant la poésie , fût tout à fait insensible aux charmes du chant, si inhérent au cœur de l'homme et lié d'une manière si intime à ses passions.

L'aurore de la civilisation, ayant pour cortège les arts, passa de la Médie en Perse. Les Persans n'étaient encore que de grossiers pasteurs qui habitaient des montagnes inaccessibles, lorsque déjà la Médie était occupée par un peuple civilisé qui connaissait tous les arts qu'invente le luxe. La volupté et une vie efféminée le rendirent si mou et si lâche , qu'il ne put lutter contre le courage de ses belliqueux voisins. Il fut donc subjugué par les Persans , mais il communiqua à la nation victorieuse ses lois , ses arts, ses mœurs et son langage, comme il arrive presque toujours lorsque les conquérants forment un peuple nomade : il en fut ainsi des Tartares et des Mongols en Chine. Les Perses oublièrent bientôt les mœurs de leurs ancêtres , et devinrent polis et efféminés comme les Mèdes. Ce fut alors qu'ils apprirent de leurs maîtres en civilisation , la musique et les autres arts analogues ; car la musique était l'occupation favorite des Mèdes. Les plaisirs de la table s'accrurent du charme de la musique ; les monarques , eux-mêmes, voulurent prendre part à ces jouissances et à toutes celles qui pouvaientanimer les festins, comme la danse. Il paraît qu'ils firent même de grands progrès en musique , et si nous pouvons nous en rapporter aux témoignages de Strabon, Athénée, Suidas, Quinte-Curce , etc. (recueillis par Brisson )\, ils ne l'exercèrent seulement pas comme un art auxiliaire, subordonné à la poésie et à la partie mimique.

ainsi que les peuples qui en sont encore aux premiers pas dans la civilisation , mais comme un art indépendant et absolu ; dans cette période nous trouvons déjà des intermèdes , des fantaisies et des pr études qui partageaient avec le chant vocal l'attention des auditeurs , afin de donner plus de variété à la mélodie. Ils avaient beaucoup d'instruments de différents genres, et en les comparant aux instruments des Persans modernes, décrits par Kampfer et par Chardin, on pense que ce sont les mêmes conservés chez eux depuis l'antiquité la plus reculée. Nous savons , d'ailleurs , que les Chinois , les Indiens et la plus grande partie des peuples orientaux n'ont amélioré, ni le système musical qu'ils eurent originairement, ni leurs instruments primitifs. La musique des Mèdes fut abandonnée aux femmes ; * ils eurent des chanteuses et des joueuses de lyre, faisant partie du cortège ou plutôt du harem de leurs rois, usage qui , d'après ce que dit Chardin, existe encore aujourd'hui.

L'introduction de la musique des Grecs en Perse, sous Alexandre et ses successeurs , aurait pu avoir une salutaire influence , si on eût cherché à en appliquer les règles aux chants nationaux ; au lieu de cela , les Persans , égarés dans les disputes d'écoles des harmonistes grecs, préféraient l'étude de l'acoustique aux charmes de la modulation, et

* In deliciis tibicinas , fidicinas , psalterias Persici reges habcbant . cujusmodi mulieres a grœcis poxHFàvçfàûç; patrio vero Persarvm sermone Zarba vel fiy.p'Çy. , vocatas Suidas auctor est. — liegum , utique in lias u.ovaovpyovç propensqm animi aflectionem tcslatur Athenœus.— Xenophon quoque in exlremo, lib. IV, Cyropœdiœ narrât: Cyro e preda selectas povo,oup7ovç âvo t*ç noatrurraç, eic.—Harummulierum ut Suidas scribit , aliœ tibia canebant , aliœ psallebant psalterio , tum pentachordo , tum heptachordo. Eadem fidium cantui accinebant. Fidium autem cantus non ad cantilenam accomodatum habcbat meios , sonum aut canorcm , uti apud grœcos ficri consuevcrunt. Se»l crat vcluti cantilcnix» pnuludium. Brisson , de Regno Pers., lib. /, pag. 68..

traitaient la musique , non comme un des beaux arts , mais comme une science spéculative. On ne sait pas d'une manière certaine si le système musical des Indiens était à cette époque connu des Persans, ou s'il ne le fut que plus tard; on peut conjecturer cependant , d'après les recherches historiques faites récemment par la Société littéraire de Calcutta , et d'après divers passages de Ouseley' s orient collections, qu'il existait bien anciennement des relations entre les deux peuples , puisque les rois persans de la tribu de Pishdad conquirent à diverses reprises quelques parties de l'Inde, et que les monarques de l'Hindoustan firent souvent des irruptions dans Iran ; * on en peut conclure avec vraisemblance , qu'il y eut entre eux un échange de connaissances musicales. Si nous réfléchissons ensuite que l'Hindoustan fut toujours considéré comme la plus antique source des sciences et visité par des hommes de tous les pays , qui venaient recueillir 4ans ses livres la sagesse et l'instruction, nous devons croire que si les peuples voisins n'ont pas pris leurs connaissances musicales dans l'Inde, ils les ont au moins enrichies de celles des Indiens et corrigées sur ce modèle. Cela explique ce que dit Jones, dans son Traité sur la musique indienne, que l'on trouve les gammes persannes dans les livres écrits sur la musique en langue shanscrite , et la théorie musicale des Indiens dans les livres persans qui traitent de la musique.

Une nouvelle époque pour la musique commença en Perse avec les Arabes. Lorsque le calife Omar détruisit ce royaume et planta sur ses ruines la bannière de l'islamisme , la lutte fut terrible ; les premières années qui suivirent cette révolution furent pleines de meurtres, de sang et de désolation; mais

* Iran est le nom oriental le plus ancien du pays de l'Asie supérieure jusqu'à l'Hindoustan , dont la Perse fait partie.— Farsis, aujourd'hui Farsitan , n'en est qu'une petite fraction.

Page 1