‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 22 sur 364 · B2 ARA · texte numérisé non relu

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la Perse y gagna sous quelques rapports. Le peuple vainqueur était doué d'une organisation plus délicate , ami des arts et de la sociabilité : ce mélange d'esprits différents produisit un effet salutaire aux deux nations. La langue arabe , en s'unissant à la langue persanne , la rendit plus douce et plus sonore ; la musique et la poésie des Persans devinrent les filles chéries de celles des xVrabes. Ce peuple , qui sent si vivement et d'une manière si sublime, qui attache un si grand prix à ses traditions et* à ses poésies , ne pouvait rester insensible au charme de la musique. Dès les temps les plus reculés, la musique et la poésie étaient fort estimées des Arabes, bien que leurs modulations et leurs instruments de musique fussent aussi simples qu'on peut les imaginer chez un peuple nomade. Toute leur musique se bornait à chanter leurs idilles et leurs élégies , * sans que pour cela ils se servissent de notes musicales , et qu'ils eussent un système musical bien arrêté. Telle , elle existait depuis l'origine de la nation. Mais lorsque ce peuple eut abandonné le désert et conquis beaucoup de pays , les images de sa poésie prirent un vol plus élevé , devinrent plus riches, et la même amélioration s'opéra dans sa musique. Les modes mineurs et les modulations des Mèdes se mêlèrent aux modes et aux modulations des Arabes, et de cette réunion naquit un nouveau caractère avantageux aux deux systèmes. Sous les Califes qui succédèrent à Omar et à Osman, commença le siècle d'or de la musique persanne.

Harum al Rashid le Grand prit pour ami et confident le plus fameux joueur de luth de l'Arabie. Abugiafar l'Abasside

* That the Arabs of the Désert had musical instruments , and names for the différent notes , and that they were greatly deliyhted with melody , we know from them selves ; but their lûtes and pipes were probably very simple , and their music. I suspect , was little more than a natural and tuneful recitation of their eleyiac verses and love songs. W. Jones. Discourse on the Arabs. Asiat. Research. Vol. Il, p. 1ô.

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composa lui-môme plusieurs morceaux de musique qui se chantent encore aujourd'hui chez les Arabes et les Persans , et sont leurs mélodies favorites. Le Calife Abunassar Mohamed el Farabi, qui était en même temps poète, philosophe, philologue et physicien, obtint avec justice le nom d'Orphée des arabes. L'exemple des souverains, leur amour pour les sciences , les récompenses qu'ils accordaient aux artistes , en firent naître bientôt en Perse. La langue, mêlée de mots et de phrases arabes , acquit une douceur toute particulière ; les poètes persans luttèrent avec les poètes arabes ; beaucoup , la plus grande partie même étaient à la fois joueurs d'instruments et compositeurs de musique. La poésie persanne est lyrique dans la véritable acception du mot; leurs odes {gazzel) sont toujours accompagnées par une espèce de harpe (chenfc) et chantées par les charlatans (mutrcb) dans les maisons ou sur les places publiques. Si donc la poésie et la musique persanne ont été perfectionnées par les Arabes, ceux-ci, en revanche, ont formé leur système musical en Perse, et ont même donné à leurs gammes des noms de provinces et de villes persannes.

Voici en abrégé les éléments du système musical arabe, tirés de Y Essai sur la musique, 9 par Laborde :

La musique est divisée en deux parties : le teiif (composition), ou la musique considérée relativement à la mélodie, et Yikâa (cadence) qui est la terminaison mesurée d'un chant , et qui regarde seulement la musique instrumentale.

Les modes principaux sont: 1° le rast , ou mode droit; 2° Yirak , ou mode des Chaldéens ; 3° le ziraffcend; et 4° isfehan , ou mode de la capitale de la Perse. Chacun de ces modes a une propriété différente. Ainsi , par exemple , Yirak agite et inquiète l'ame ; le zirafkend fait naître l'amour, etc. Les dérivés de ces modes , appelés fur où ( rameaux) sont au nombre de huit. Leurs noms sont presque

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tous empruntés à quelque ville, à quelque pays, à quelque prince ou à quelque grand homme. Après les huit modes nommés fur où, viennent les six modes appelés èvazat , ou composés et dérivés ; puis sept autres modes , nommés éohar (mers), qui sont autant de phrases musicales commençant chacune par un des sept intervalles qui forment la gamme arabe.

Les Arabes ont pris chez les Persans le nom général de ces intervalles , ghia , ainsi que les noms des nombres qui servent a les désigner chacun en particulier. Ces noms sont :

iek, du, si, tciar, ponj, scesc, faeft. un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.

Ils appellent donc iekghia le mode commençant par le premier intervalle ; dughia celui qui commence par le second , etc. Leur manière de noter la musique consiste à tracer un carré long, traversé par sept lignes droites, qui forment avec les lignes des deux extrémités huit intervalles. Le plus élevé s'appelle : Et hoûd hit kut, c'est-à-dire, intervalle dans tous les tons; les sept autres, en commen çant par le plus bas , portent les noms des sept nombres persans.

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