‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 294 sur 364 · SANCTE JOHANN ES · texte numérisé non relu

SANCTE JOHANN ES

Guido ayant remarqué la disposition de ces syllabes, s'en servit pour faciliter la lecture de ces six sons aux enfants de chœur qu'il dirigeait. Dans la lettre que Guido écrit à son ami Micnel , il lui conseille de se graver dans la mémoire , au moyen de ces syllabes initiales , la différence qui existe entre les sons; mais il ne dit pas qu'elles doivent servir à la dénomination des six sons, et ne les considère que comme un simple souvenir, ainsi que cela résulte de l'usage qu'il en lit dans son enseignement. On ne comprend pas cependant comment l'application de ces syllabes aux sons de la gamme a été si générale après l'époque de Guido, qu'elle a produit tous ces inconvénients qui devaient nécessairement dériver de l'insuffisance de six syllabes pour sept sons. Si l'on juge Guido d'après ses propres écrits, il est certain qu'on ne peut pas lui faire reproche d'une chose dont il ne parle pas, et que par conséquent on ne doit pas l'accuser d'être l'auteur de

tous les inconvénients qui ont été le résultat de l'usage mal entendu des six syllabes.

A l'appui de cette assertion on peut ajouter que les auteurs contemporains de Guido ne font aucune mention de sa méthode de solmisation par les six syllabes. Bernon, abbé de Saint Gall, mort en 1048 , n'en parle point. Hermann Contractas., mort en 1054, n'en dit pas davantage; mais il propose une nouvelle notation. Guillaume, abbé d'Hirschau, vers 1068 essaya de réformer le système de Guido , sans parler de ces syllabes; un grand nombre d'auteurs postérieurs se taisent à ce sujet , à l'exception de Jean Cotton . dont on ignore le véritable nom , la patrie et l'époque même où il vécut. L'abbé Gerbert prétend que son véritable nom est celui de Jean Scholasticus, qui vécut vers l'an 1047, dans le couvent de Saint-Mathias à Treveri. Quelques autres auteurs attribuent son ouvrage à Jean XXII , pontife du quatorzième siècle. Le père Martini ( Storia délia Musica , 1. 1, p. 377) croit que Jean Cotton vivait dans le douzième siècle. Quoi qu'il en soit , il semble que cet écrivain a vécu non seulement après Guido , mais après les auteurs dont il vient d'être parlé plus haut. Voici comment il s'exprime : Sex sunt syllabœ, quas eut opus musicee assumimus, diverses quidem apud diversos; verum Angli, Francigenœ, Alemanni utuntur ut, ré, mi, fa, sol, la. Itati autem alias habent , quas qui nosse desidevant stiputentur ab if sis. Ce passage dit clairement que les Italiens seuls ne se sont pas servi de ces syllabes.

Tout ce qui vient d'être dit contre l'invention de la méthode de solmisation par les six syllabes, attribuée à Guido, peut être aussi appliqué a la division de la gamme musicale en hexacordes. Cette division doit être postérieure à Guido, attendu que les écrivains de son siècle et ceux qui vécurent aussitôt après lui, ne parlent jamais d'hexacordes , mais de tétracordes, et que Guido lui-même n'en fait aucune

mention dans ses écrits. Pour qu'on puisse avoir une idée de cette division de la gamme en hexacordes, il est utile d'abord de faire observer ce dont il s'agissait : Guido , ou tout autre quia inventé cette division, avait sous les yeux les tétracordes des anciens où le demi-ton devait se trouver toujours entre le premier et le second degré ; raison pour laquelle les anciens ne pouvaient pas commencer la division de leur système par le son le plus bas, appelé prosiambanomène (la) , mais par Yhypate hypaton (si). Et comme l'inventeur de l'hexacorde voulut commencer par le son le plus bas , c'està-dire par le gamma (r) , il donna au demi-ton une place différente de celle qu'il avait dans les tétracordes , c'est-àdire qu'il le plaça entre le troisième et le quatrième degré : c'était une conséquence naturelle de cette nouvelle division qui commençait deux sons plus bas. L'extension totale du système était donc composée de sept hexacordes, sous chacun desquels on plaçait les six syllabes ut, ré, mi , fa , soi, la, de manière que le mi-fa occupait toujours le demi-ton, et par conséquent l'intervalle entre le troisième et le quatrième degré :

1 Sol, laTsi, do, ré, mi. \ S .§ =

Ut ré mi fa sol la. \ „^ 22 u

2 Do, ré, mi, fa, sol, la. I ** g *

Ut ré mi fa sol la. • I - ~ -

o Fa, sol, la,Tib, do, ré.

Ut ré mi fa sol la.

Il Sol, la, sifdo, ré, mi. { g g) g.

Ut ré mi fa sol la. f a.'Z *> •£

5 Do, ré, miTfa, sol, la. i § s g g

Ut ré mi fa sol la.

q Fa, sol , laTsi b, do, ré.

Ut ré mi fa sol la. ï ] .

7 Sol, la, sifdo, ré. mi. / w -^ -§ 1

Ut ré mi fa sol la. I ■€ "S e.

Ces hexacordes étaient divisés en durs, mois et naturels. Le premier, qui s'étendait de sol à mi, s'appelait hexacorde

Sol fa mi ré

Do

Sol fa mi ré

Do

Sol la si p sol

Fa.

Ré mi fa ré

Ut.

dur {hexaciwrdon durait, ou dururti), parce qu'il contenait le bécarre à la troisième note ; celui de fa à ré se nommait hexacorde moi (hexachordon molle ou mollare) > parce qu'il avait le bémol au si; enfin l'hexacorde de do à la était un hexacorde naturel {hexachordon naturale ou permanens), parce qu'il n'avait aucun de ces signes.

Ainsi toutes les fois que la mélodie ne dépassait point l'étendue d'un hexacorde , le nom des notes ne changeait pas.

Exemple dans l'hexacorde de do :

Do Ré mi fa ré Mi fa sol la Ut Ré mi fa ré Mi fa sol la

Exemple dans l'hexacorde de fa:

Do fa sol la , Si p do la si p Sol ut ré mi Fa sol mi fa

Mais si le chant avait une extension plus grande que celle de l'hexacorde , il fallait changer le nom des notes, afin que l'intervalle exprimé par mi- fa se retrouvât toujours du troisième au quatrième degré.

En supposant qu'on voulût chanter cette octave ,

Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, Ut ré mi fa sol la

ut ré mi fa,

on était obligé de changer le nom de la note sol en celui de ut, celui de la note la en ré, pour que le mi- fa tombât sur le demi ton si-do.

Le tableau ci-joint fera facilement comprendre les différentes espèces de muances et le nom des sons qui résultent de cette méthode ; il fera aussi connaître la raison pour laquelle en Italie on nomme quelquefois le do C sol fa ut, le sot G sol ré ut, et ainsi de suite.

Demi-ton.

Demi-ton.

Demi-ton

Demi-ton

Demi-ton.

Demi-ton

Di mi-ton

Mi (e)

la sol

fa mi ré ut

la

sol

fa

mi

ré ut

la

la sol

fa mi

la sol fa mi

ré ut

Ré(d)

Do (c)

Si (b)

Sib(b)

La (a)

Sol (g) Fa(f)

sol fa mi

ut

(si

ré ut

Mi (e)

es u

Ré (d)

Do (c)

Si (b)

Si b (b)

La (a)

la sol fa mi rc ut

la sol fa mi ré ut

Sol (g)

Fa(f)

Mi (e)

Ré(e)

Do (c)

Si (b)

a es o o

La (a)

Sol (g)

Le tableau suivant servira ensuite à faire comprendre les anciens auteurs latins, italiens et français qui ont écrit sur la musique :

/ A la mi ré.

1 B fa mi.

À la.

B fa mi.

ta

f A mi la.

1 C sol fa ut.

C sol ut.

1 C «OJ tt£.

< D la sol ré.

D la sol.

fa

<, D la ré.

! E la mi.

' F fa ut.

an

es t>

E la mi.

F fa ut.

ces S M H

! E si mi.

\ F ut fa.

\ G sol ré ut.

G sol ré.

V G ré sol.

Cette dernière dénomination française ne fut inventée qu'après l'introduction de la syllabe si. Les écrivains français les plus anciens se servent de la même dénomination employée par les auteurs latins et italiens.

On conçoit que les difficultés occasionnées par ces muances se sont excessivement compliquées à mesure que l'art s'est perfectionné, et que les accidents de modulations se sont multipliés (Voy. Proprietà). Pendant long-temps on essaya d'enseigner la musique par des méthodes différentes, plus simples et moins compliquées; mais il fallut plusieurs siècles pour faire abolir ces vénérables reliques qui avaient été si long-temps admirées et pour ainsi dire adorées , et pour faire adopter un meilleur système de solmisation. En Italie et en France on conserva les six syllabes, en y ajoutant, pour éviter la muance , la syllabe si , inventée, dit-on, vers le milieu du dix-septièmè siècle , par un maître de musique français , appelé Jean Lemaire. Les Italiens substituèrent en outre à la syllabe ut la syllabe do , substitution qui date de 1640 , et dont Doni est l'auteur. Le solfège français moderne admet indistinctement les deux syllabes. La plupart des Allemands et des Anglais ont abandonné toute espèce de syllabisation, et solfient par les lettres de l'alphabet. Us se retrouvent à peu près , sous ce rapport , dans la situation des musiciens du moyen-âge , après la réforme de saint Grégoire ;

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