Tome i. L
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quelquefois un plus grand nombre , choisis en raison de leur habileté à exécuter des chants nationaux ; ces soldats forment un chœur et portent le nom de chanteurs de compagnie. La récompense de cet emploi particulier consiste plutôt dans l'honneur du choix que dans les avantages pécuniaires qui y sont attachés , et les soldats en sont très contents. Lorsque le commandant d'un bataillon s'aperçoit que ses soldats commencent à perdre leurs forces dans des marches longues et pénibles, il ordonne 'aux chœurs de marcher à la tête de leurs compagnies et de chanter. C'est alors que les chanteurs, avides des applaudissements de leurs compagnons, commencent, malgré leur fatigue, à exécuter des chansons militaires et nationales ; les soldats continuent leur marche avec plus d'ardeur, et très peu restent en arrière. C'est ainsi qu'un régiment entier, et même toute l'armée, chante quelquefois une chanson militaire au moment d'attaquer l'ennemi, surtout quand il s'agit d'un combat à la baïonnette ou d'un assaut. Cet usage a été du reste pratiqué par les anciens Irlandais, Gaulois et Germains et par les Français modernes, comme le prouvent la chanson de Rolland, la Marseiiiaise, etc. (Voy. l'art. Bardi).
Quelle n'est pas la différence entre le chant exécuté par le soldat pour donner , pendant les marches , de la vigueur à ses forces , et le roulement uniforme et continuel du tambour ! Ce dernier agit assez bien , il est vrai , sur le soldat pour le faire marcher d'un pas égal; mais le tambour a-t-il également le pouvoir de l'alléger du poids de ses fatigues ? Ajoutons à cela que ces chanteurs d'armées exécutent presque toujours des chansons nationales, et l'on aura facilement une idée de lagrande influence que ces chants doivent exercer sur l'étal physique des colonnes fatiguées par de longues marches.
CANTO MOLLE ou CANTO B MOLLE = CHANT MOL ou CHANT B MOL. - Signifiait anciennement un chant qui
modulait dans l'exacorde de fa , ou ce chant dans lequel on se servait de la corde de si h émoi ( Voy. Solmisazionc).
CANTO NATURALE = CHANT NATUREL. — C'est ainsi qu'on appelait, dans les temps anciens, une mélodie dans l'exacorde de do, qui n'avait besoin d'aucune mutation de syllabes (Voy. Soimisazione). Cette expression, aujourd'hui , indique un chant facile qui marche plutôt par degrés que par sauts.
CANTO NAZIONALE = CHANT NATIONAL. — (V. Canto.) CANTO PIANO. — (Voy. Canto Gregoriano.) CANTO ROMANO. — ( Voy. Canto Gregoriano. ) CANTORATO, s. m. — ■ Saint Grégoire-le-Grand fonda à Rome, vers la fin du vr siècle, le Cantorato, c'est-à-dire une école où l'on apprenait à lire et à chanter à la jeunesse. Dans le ixe siècle Charlemagne introduisit les Cantorati en Allemagne. CANTORE = CHANTRE, s. m. En italien, parle mot cantore, on entend en général un chanteur quelconque , et surtout le précenteur ou grand-chantre d'une église. Dans plusieurs pays le chantre est aussi le directeur de la musique d'église, l'inspecteur du chœur, le maître de chant et l'instructeur de la jeunesse.
Dans l'église primitive les chantres étaient regardés comme des parties intégrantes, et comptés parmi les principaux ordres ecclésiastiques, ainsi que cela résulte des premiers conciles de l'église, et même du code Justinien. Par la suite, lorsque saint Sylvestre et saint Grégoire fondèrent les écoles de chant et les divisèrent en plusieurs chœurs, les chantres furent divisés en primicicrs ou prieurs de l'école , et en quatre autre directeurs appelés paraphonistes , archiparaphonistcs , puis en précenteurs, ou ceux qui entonnaient, en ceux qui répondaient, appelés en italien saccentori, et en concentori qui chantaient avec les autres.
C/VNTORI APOSTOLOCI = CHANTEURS APOSTOLI- QUES. — (Voy. Capeita Pontifiera.)
CANTORI EROTIGI =±= CHANTEURS EROTIQUES ou poètes de SouaOe. — Presque à la même époque que les troubadours (Voy. l'art, suivant) existaient en Allemagne ce qu'on appelait les Minnesaenger, de l'ancien mot allemand minhJè, amour, etsaenger, chanteur. L'ardeur chevaleresque et le fanatisme religieux qui réveillèrent en Provence l'esprit poétique, produisirent les mêmes effets en Allemagne. L'amour n'était pas cependant le seul sujet favori de leurs chants. Ils avaient plusieurs autres chansons, satires, ballades, comme les troubadours. Ils aimaient en outre les luttes poétiques, dans lesquelles chaque poète cherchait a faire les plus grands éloges de son Mécène. Une de ces luttes, appelée la guerre de W arthurg , eut lieu en 1206, entre six poètes, à la cour du landgrave Hermann , de Thuringe.
Le nombre de ces chanteurs erotiques était aussi considérable que celui des poètes provençaux. Dans un seul recueil poétique , celui de Manasse, publié à Zurich en 1785, on trouve cent quarante différents auteurs, parmi lesquels plusieurs empereurs , rois , princes , ducs , margraves , comtes, nobles, chevaliers, et même un maître d'école d'Eslingen.
Dans le xe siècle il existait une autre tribu musicale , composée presque toujours d'ouvriers, appelés mai ires chanteurs (meistersaenger), qui avaient reçu des privilèges remarquables de l'empereur Othon Ier et du pontife Léon VIII. Ces maîtres chanteurs se répandirent dans la partie occidentale de l'Allemagne, et parvinrent à fixer l'attention du peuple allemand pendant plus de cinq siècles. Des chants sacrés , des poésies sur des sujets historiques, et populaires , et par la suite des drames héroïques , ont été les fruits de leur muse. Celui qui savait en même temps composer la poésie et la mélodie était appelé maître.
La ville de Mayence était , pour ainsi dire , l'université des chanteurs maîtres , où l'on conservait les statuts et les privi-
iéges de l'affiliation; mais les villes de Strasbourg, Uhna, Augusta et Nuremberg étaient les principaux sièges de la tribu musicale des Meistersaenger.
Cette société perdit beaucoup de sa célébrité en 1500; cependant vers la fin de ce siècle , grâce aux soins de Jean Saxon , appelé H ans Sachs , cordonnier à Nuremberg , elle reconquit sa première splendeur, et put se conserver dans un état florissant pendant tout le xvr siècle. Une partie des maîtres chanteurs existait encore il y a soixante-dix ans j à Nuremberg et à Strasbourg ; dans les autres villes, ils disparurent tout à fait dès le commencement du siècle dernier.
CANTORI PONTIFICI = CHANTEURS PONTIFICAUX. — (Voy. Capctla Pontificia.)
CANTORI PROVENZALJ == CHANTEURS PROVENÇAUX. — Plusieurs auteurs partagent l'opinion que tous les chants des langues populaires modernes ont eu , généralement parlant, leur origine dans la Provence; les ménestriers, dont on parle plus loin, sont, eux aussi, originaires de ce pays. Cependant les événements politiques qui, dans les siècles écoulés , excitèrent un si grand enthousiasme pour la chevalerie, ainsi que pour les croisades, firent passer l'art de versifier et même de chanter entre les mains d'hommes , dont le but, en l'exerçant, n'était pas de pourvoir à leur existence, mais bien de manifester leurs sentiments. Le zèle avec lequel on voulait faire la guerre aux infidèles, les malheurs inévitables qui résultaient de ces exploits, la perte des parents, le désir de revoir l'objet de son amour , étaient des sujets dignes du chant et de la poésie. Il fallait inspirer du courage , consoler les infortunés; les motifs, enfin, pour alléger le poids des cœurs oppressés, ne manquaient pas dans ces circonstances; le pouvoir du chant et du son des instruments était si généralement senti , qu'il devait faire naître nécessairement un grand nombre de poètes et de chanteurs. A cette nouvelle classe de poètes et de chanteurs on donna le nom
de troubadours, (de l'ancien verbe trouba, trouver, Inventer); on les appela aussi trouv aires , trouvères ou trouveurs, parce que ces poètes avaient beaucoup d'invention, et trouvaient des conceptions heureuses, de jolies pensées, des images riantes. Les troubadours contribuèrent beaucoup à donner à la poésie et au chant une direction plus noble que celle qu'avaient ces arts entre les mains des ménestriers errants.
Le nombre des troubadours était considérable. Fouchet en compte cent vingt-sept, qui vivaient encore en 1300. Il y avait, parmi eux, des rois, des princes, des chevaliers, des prêtres de toute espèce. Plus de quatre mille de leurs poésies ont été recueillies par Sainte-Palaie seulement (Voy. son Histoire des troubadours). Les troubadours brillèrent en Europe pendant environ deux cent cinquante ans, c'està-dire depuis 1120 ou 1130 jusqu'au règne de Jeanne Ire, reine de Naples et de Sicile, et comtesse de Provence, morte en 1382. On croit que le plus ancien troubadour dont il existe encore des ouvrages, est Guillaume IX, comte de Poitou et duc d'Aquitaine, né en 1071 et mort en 1122 ou 1126. Après 1382, les troubadours perdirent leur célébrité, non pas, comme quelques uns le croient, parce qu'ils ont manqué de Mécènes , ou à cause de leurs rapports avec des gens peu honorables, mais parce qu'il surgit de meilleurs poètes, tels que Dante, Pétrarque, Boccace qui, bien que formés d'après eux , les laissèrent cependant à une si grande distance qu'ils les firent bientôt oublier.
La langue dont se servaient les troubadours s'appelait langue romane; c'était un mélange de l'ancien langage roman avec plusieurs dialectes; c'est pourquoi les troubadours se nommaient aussi poètes romans. On ne possède de leurs chants que ceux du fameux Châtelain deCoucy, et de Thibault , comte de Champagne et roi de Navarre.
CANTORIA = TRIBUNE , s. f. — Espèce de galerie stable ou momentanément élevée dans les églises pour les ar-
listes qui exécutent la musique vocale et instrumentale. Les tribunes d'Italie sont ordinairement érigées, ou dans le chœur ou au milieu de l'église , Tune vis-à-vis de l'autre. L'orgue est placé dans une de ces galeries , quelquefois cependant il s'en trouve dans toutes les deux.
CANUN, s. m. — C'est le nom d'un instrument à cordes qui ressemble au psaltérion allemand. Il a des cordes à boyau qu'on pince avec les doigts, munis de dés en écaille.
CANZONE = CHANSON, s. f. —Poème lyrique auquel on ajoute un air que tout le monde peut chanter sans avoir appris l'art du chant. Il faut donc que cet air n'ait ni une grande extension de sons, ni des intervalles d'une intonation difficile, ni beaucoup de broderies : ces qualités distinctives du chant artificiel ne peuvent convenir au caractère simple de la chanson. D'après cela, il est évident que celui qui, en composant une chanson, chercherait la véritable expression des sentiments dans des harmonies et des transitions étudiées, sortirait des limites du genre et ferait une chose déplacée.
Dans tous les temps, la chanson a été la première espèce de musique que les hommes ont imaginée. C'est la forme la plus simple et la plus naturelle dans laquelle on révèle l'expression d'un sentiment, et c'est, par cela même, le premier moyen d'expression que les peuples ont employé de préférence à tout autre. La chanson, placée en dehors de toutes les autres productions de la poésie unie à la musique , est la seule création musicale dont on puisse faire usage de son propre mouvement, pour exprimer des sentiments au moyen du chant, et pour se procurer quelque soulagement dans les heures pénibles de la vie.
La chanson roule ordinairement sur des sujets agréables, mais propres à quelque degré de vivacité. Les sentiments forts sont du domaine de l'ode, et les sentiments encore plus forts et présentés avec toute la vivacité possible, apartiennent à l'hymne.
Comme les chansons peuvent traiter des sujets différents , elles peuvent se diviser en chansons spirituelles, populaires, militaires, erotiques et dithyrambiques.
Les chansons spirituelles ou sacrées, destinées à propager des sentiments religieux, contiennent des maximes de religion et des sentiments de morale. Si elles sont chantées par le peuple dans les cérémonies du culte divin, elles appartiennent à cette espèce -de chant qu'on appelle choral; mais si on les fait servir à toute autre destination , elles revêtent alors le caractère du chant figuré (Voy. les art. Cor aie, Laudi).
Le but des chansons populaires est d'éveiller les vertus civiques et domestiques, comme l'amour de la patrie, les plaisirs sociaux et ceux de la famille , les plaisanteries gaies et honnêtes, l'amour, l'affliction causée par la perte des personnes qui nous sont chères. Ces chansons sont composées de manière que toutes les classes du peuple peuvent les comprendre ; et comme la poésie en est claire et les airs très marqués, tout le monde peut les retenir et les chanter : sous ce rapport , la chanson populaire est très importante , et peut contribuer puissamment à propager des sentiments nobles et utiles. Aussi les gouvernements peuvent-ils s'en servir utilement en lui imprimant une sage direction. L'histoire moderne nous a offert des exemples remarquables de la puissance du chant populaire , en faisant un usage convenable de chansons expressives et patriotiques.
Les chansons militaires ont pour objet les vertus militaires, et l'histoire nous offre de nombreux exemples de la valeur et de l'héroïsme produits dans des armées entières par des chansons de ce genre (Voy. Canto militare russo).
Les chansons erotiques ou amoureuses se rapportent à la tendre sympathie d'un sexe pour l'autre, et les cha)isons dithyrambiques sont surtout destinées aux plaisirs de la table et du vin.
CANZONE A BALLO = CHANSON A DANSER. —Poésie que l'on chante en dansant et qu'on appelle byliade, (ballata). Les peuples les plus anciens pratiquaient le chant uni à la danse. La chanson à danser des Israélites , dont parle le chap. xxxn du second livre de Moïse , prouve jusqu'à l'évidence que cet usage a été d'abord introduit par les anciens Égyptiens. Les descriptions des autres parties du monde nous font connaître aussi que la plus grande partie des peuples contemporains unissent ordinairement le chant à leurs danses. En Europe, cet usage n'est conservé que parmi quelques nations policées , surtout parmi les Espagnols , et sur les côtes méridionales de cette partie du monde (Voy. Botero, Seguidilia).
CANZONE NAZIONALE = CHANSON NATIONALE. — Toutes les nations possèdent certaines espèces de rhy thmes , certaines marches caractéristiques dans la modulation de leurs chants (Voy. Canto). Ce caractère distinctif se manifeste principalement dans l'enfance des peuples et s'affaiblit à mesure que leur civilisation augmente, jusqu'à ce qu'il disparaisse entièrement. Tous les peuples , généralement parlant, se ressemblent dans le plus haut degré de civilisation ; et les différences nationales ne se trouvent que parmi cette classe du peuple qui , en raison de ses occupations et de son genre de vie , ne peut aller au-delà d'un certain degré de civilisation. Les musiciens savants d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre , de France et d'Allemagne se ressemblent tellement dans leur composition et dans leur exécution , qu'il est fort difficile de deviner, par leur art, quelle est leur patrie, à moins qu'on ne veuille excepter le chant ou la langue dans laquelle ils chantent. Dans ces pays cependant il existe encore aujourd'hui une musique nationale d'un caractère si distinctif, qu'on la reconnaît sans le moindre effort. La plus grande partie de la France, de l'Espagne, de la Russie ont leurs chansons nationales. L'Italie a ses chansons vénitiennes.
napolitaines et siciliennes; mais, de tous les peuples, les Provençaux peuvent, à juste titre, se considérer comme les premiers chansonniers de l'Europe.
CANZONE DI ROLLANDO = CHANSON DE ROLLAND.— Chanson qui jouissait d'une grande célébrité, surtout du temps de Charlemagne , et même après lui. On ne sait pas précisément quel est ce Rolland, car son histoire est mêlée de beaucoup de fables*; mais il est probable que c'était un des plus vaillants capitaines de Charlemagne. On fit cette chanson en souvenir de ses exploits, lorsqu'il mourut avec plusieurs autres chevaliers à la bataille de Roncevaux. La célébrité de cette chanson était si grande, qu'on regardait comme un grand honneur le choix qu'on faisait de celui qui devait l'entonner dans l'armée. Ducange rapporte qu'un gentilhomme normand, appelé ïaillefer , avant la bataille de Hastings, l'entonna d'une voix si forte et si retentissante qu'il fit une impression profonde sur toute l'armée, et qu'en récompense Guillaume-le-Conquérant lui permit de marcher le premier pour attaquer l'ennemi.
CANZONETTA= CHANSONNETTE, s. f. — Nom qu'avait anciennement une petite composition vocale à une ou à plusieurs voix , chantée pour amusement dans des sociétés particulières : aujourd'hui, ce n'est autre chose qu'une petite poésie lyrique mise en musique, qui n'a rien de recherché ni dans le sujet ni dans l'exécution.
CANZONI DI GESTA = CHANSONS DE GESTES. — Ces chansons probablement sont celles qu'Albéric appelle héroicœ cantitcnœ , c'est-à-dire celles qui célébraient les actions et les exploits fabuleux ou véritables des preux chevaliers. De ce nombre, par exemple, était la chanson de Rolland dont nous avons parlé.
CAPISTRUM ( du grec a>opj3e«*). — Bandage de peau, inventé par un ancien joueur de flûte grec, appelé Mars vas. Au moyen de ce bandage, quand on jouait de cet instrument .
les joues étaient bien unies, et les lèvres se fermaient de manière qu'il ne restait que l'ouverture suffisante pour mettre l'embouchure de la flûte dans la bouche. Le but de ce bandage était d'empêcher une certaine difformité du visage, qui aurait été le résultat inévitable du jeu de la flûte dans l'enfance de la musique grecque.
CAPOBANDA = CHEF DE MUSIQUE, s. m. — L'expression italienne signifie le directeur de la musique citoyenne d'une ville ainsi que celui de la musique militaire. En France on l'appelle aussi maître de musique , et en Allemagne, maître de chapelle.
CAPO D'ORCHESTRA == CHEF D'ORCHESTRE. — Celui qui dirige personnellement un orchestre , et qu'on nomme aussi directeur d'orchestre, maître de musique , premier violon , attendu que cet instrument est le premier dans les orchestres.
Voici les qualités nécessaires d'un bon chef & orchestre et les obligations qui lui sont imposées : 1° il doit connaître la disposition d'orchestre et le nombre proportionné des instruments; si l'opéra que l'on représente réclame de la musique sur la scène , il faut qu'il ait un soin particulier pour établir , entr'elle , l'orchestre , et les chanteurs, un ensemble parfait; 2° il doit faire accorder les instruments, donner les mouvements et les maintenir, non seulement dans l'orchestre, mais encore parmi les acteurs, et surtout parmi les chœurs ; si dans l'exécution on commet quelque faute , il doit savoir y porter remède , sans que l'attention du public en souffre ; 3° il doit saisir le mouvement juste et le vrai sentiment de la composition musicale qu'on exécute, car l'effet en dépend ; 4° il doit maintenir un ensemble rigoureux dans l'orchestre, de manière à ce que tous les exécutants observent les mêmes accents , les mêmes piano et forte, les mêmes crescendo et diminuendo, les mêmes coups d'archets ; 5° il doit avoir des connaissances pratiques sur la voix humaine, et sur les qualités de tous les in-
strumenls qu'on emploie dans l'orchestre ; 6° il doit posséder la science de l'harmonie , tant pour corriger les erreurs de la partition que pour remédier aux fautes que de temps en temps peuvent faire les chanteurs et les instrumentistes; 7° il faut qu'il assiste aux répétitions, où il apprend à connaître le caractère intrinsèque des compositions respectives; 8° quoique, rigoureusement parlant, le chef d'orchestre n'ait pas besoin d'être un exécutant de concerto, il doit cependant jouer de son instrument d'une manière franche et assurée (Voy. les articles Exécution, Intonation, Proportion d'orchestre, Disposition d'orchestre, Répétitions),
CAPOTASTO = SILLET, s. m. — Sorte de petit chevalet d'ivoire ou de bois très dur , fixé à l'extrémité du manche des instruments à cordes , avec des sillets à égale distance , sur lesquels reposent les cordes, afin qu'elles ne portent pas sur le manche et ne le touchent pas quand elles sont mises en vibration.
On donne aussi le nom de capotasto en italien , à ce qu'on appelle en français le BARRÉ, c'est-à-dire à cette position particulière de la main qui consiste à employer sur le violoncelle le pouce à travers les cordes, selon l'octave qu'embrasse le trait, et à faciliter, dans cette position, l'exécution du passage. Le Barré se pratique aussi sur la guitare (Voy. ce mot).
CAPPELLA == CHAPELLE , s. f. — Ce mot signifie originairement une grande chambre ou un petit local dans lequel une nombreuse famille ou une petite commune se rassemble pour assister aux cérémonies du culte divin. En général on entend par chapelle, le lieu, dans une église, où l'on exécute la musique , ainsi que le corps même des musiciens qui exécutent cette musique, et , par extension, tous les musiciens qui sont gagés par un souverain, quand même ils n'exécutent jamais de musique dans les églises.
Quelques chapelles sont composées seulement de chan-
teurs et d'un ou de plusieurs organistes, comme celle de la cathédrale de Milan ; d'autres sont formées par un ensemble complet de chanteurs et d'instrumentistes.
A défaut de castrati, les parties de soprano et de hautecontre sont exécutées par de jeunes élèves attachés au service de la chapelle, et dont l'instruction est presque toujours confiée au maître de chapelle.
Comme l'étymologie qu'on donne ordinairement au mot chapelle est assez singulière , nous la rapporterons ici. On prétend que les rois de France et leurs généraux avaient coutume de porter avec eux , à la guerre , la cape de saint Martin de Tours , qui avait été soldat. Or, comme ils faisaient dire la messe dans la tente où l'on gardait cette cape, on appela cette tente capeite ou chapelle, et l'on nomma chapelain celui qui disait la messe dans ce lieu; par la suite on donna le nom de chapelle à toutes les églises particulières que les grands seigneurs avaient dans leurs maisons.
CAPPELLA PONTIFICIA = CHAPELLE PONTIFICALE. — Cette expression, prise dans sa véritable acception, signifie à Rome, en style du palais , la cour pontificale , ou la messe publique qu'on dit, dans les fêtes solennelles, en présence du pape et des personnes qui ont la permission d'y assister, telles que les cardinaux sans aucune exception , les patriarches, les archevêques, les évêques choisis au service du trône, et plusieurs autres prélats ayant le droit d'y paraître. Dans le sens musical, cette expression indique, à Rome, les chapelains chanteurs > les chanteurs apostoliques, les chanteurs pontificaux. Prise dans ce dernier sens, la chapelle pontificale est composée de chanteurs participants et de surnuméraires, d'un maître de chapelle sans service effectif, d'un directeur de chapelle qui est le vrai maître de chapelle, d'un camerlingue et d'un secrétaire qui est en même temps archiviste. Chacun de ses membres, s'il n'a pas les ordres sacerdotaux , doit être au moins céliba-
taire et vivre dans cet état ; il doit aussi recevoir la tonsure et porter le costume d'abbé.
Il existe deux chapelles pontificales, une dans le palais du Vatican, appelée la chapelle Sixtine, la seconde dans le palais Quirinal (Monte-Cavallo). La fameuse chapelle Sixtine, fondée par Sixte IV (1471-84) ^ dans laquelle se célèbrent les fêtes les plus solennelles , a vraiment une structure contraire à toutes les règles de l'acoustique moderne ; néanmoins on entend très bien la musique qu'on y exécute ; celle du palais Quirinal est beaucoup moins favorable au chant.
La vraie fondation de la chapelle pontificale, comme corporation indépendante, eut lieu sous le règne de saint Grégoire-le-Grand.
GAPPELLANI CANTORI === CHAPELAINS CHANTEURS. — ( Voy. l'article précédent. )
CAPRICIO = CAPRICE, s. m.— Ce mot, depuis un siècle, a eu plusieurs significations. Il y a cent ans on appelait ainsi une composition fuguée pour clavecin, travaillée sur un thème, brillant, sans être cependant rigoureusement soumise aux règles de la fugue. Vers la moitié du siècle dernier, le caprice était le nom d'un morceau d'exercice avec des passages, etc. , pour un instrument à archet. Aujourd'hui, par ce mot, on entend une fantaisie libre qui est en opposition à une pièce d'une conduite régulière, ou une composition écrite sans la régularité des formes ordinaires et sans dessein, dans laquelle les sentiments se croisent d'une manière bizarre et où l'auteur donne un libre essor à son imagination fougueuse.
Les Caprices de Locatelli ont joui d'une grande célébrité.
CARAMILLO, s. m. (esp.). — Espèce de flageolet.
CARATÏERE = CARACTÈRE , s. m. — Celui qui veut créer un bon ouvrage dans l'art musical a besoin d?être bien d'accord avec lui-même sur ce que sa production doit être et doit signifier. Ce travail seul aura donc du caractère, c'est-à-dire une empreinte esthétique ( du grec /.xûà^w ou