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organisés à quatre parties, et quelquefois à deux chœurs qui se répondaient. Bientôt , pour répondre à la grandeur des églises et à la magnificence du culte, et obtenir de plus grands effets , on augmenta considérablement le nombre des parties chantantes. On sentit le besoin d'avoir d'excellents chanteurs, et l'on pensa à fonder des établissements propres à en former.
Un grand nombre d'églises ne pouvaient se montrer dans toute leur splendeur, parce qu'elles étaient privées de chanteurs; et il s'éleva entre elles et les églises mieux pourvues une jalousie et une animosité telles que le gouvernement ne crut pouvoir y mettre un terme qu'en créant des écoles où l'on devait apprendre trois choses : prier (fator azione), lire et la musique. Les maîtres pour enseigner à faire la prière étaient en grand nombre ; ceux qui pouvaient montrer à lire étaient plus rares , et les maîtres de musique l'étaient beaucoup plus. Cet inconvénient n'est pas le seul qui nuisit à l'organisation de ces écoles ; car presque tous les élèves, sortis des derniers rangs du peuple, avaient une éducation complète à faire ; et il était à craindre que ces jeunes gens , ayant toute la rudesse et la grossièreté de leur classe, n'eussent point la patience d'étudier assez longtemps pour arriver à un résultat. Ces difficultés rendirent à peu près nuls les efforts que l'on faisait pour établir des écoles de musique.
Les vice-rois qui gouvernaient le royaume de Naples ordonnèrent qu'on leur présentât plusieurs projets concernant la fondation d'une école de musique qui n'eût point les vices des premières ; mais de tous ces projets aucun ne put être mis à exécution ; la seule citation suivante d'un document original qui se trouve dans les archives de Naples, suffira pour le prouver : a Chaque paysan, y est-il dit, qui aura quatre fils, » devra en désigner un cl le faire châtrer pour le service de » la sainte église. Cet enfant sera instruit dans une école aux
» dépens du gouvernement ; quand ses études seront finies, il i devra restituer, dans un certain temps , la somme que son » éducation aura coûtée , au moyen du gain qu'il fera ; et si » un couvent, une église, ou quelque particulier désirent le » posséder, ils seront libres d'en faire l'acquisition, pour en » jouir à perpétuité , en payant une certaine somme dési- » gnée.»
L'auteur de cette proposition fut condamné à dix années de réclusion.
Cependant on voulait arriver au but, et l'on crut réussir plus tôt en prenant un maître de musique dans chaque couvent où il y en avait plusieurs ; ces maîtres devaient former une sorte de collège de musique pour instruire la jeunesse. En retour, il était permis à chaque couvent de choisir, s'il en avait besoin, un élève dans le collège, pour remplacer le maître qu'il aurait perdu.
Des discussions sans cesse renaissantes arrêtèrent l'effet de cette mesure et dégoûtèrent le gouvernement, qui renonça a établir des écoles publiques de musique. Ce fut alors que les bons maîtres prirent du service dans de riches églises ou auprès des grands seigneurs , en Italie et dans d'autres pays.
Comme il arrive souvent, ce que n'avait pu faire le gouvernement avec ses arrêtés et ses ressources, un particulier le fit sans autre secours que sa persévérance et son zèle. Dans la première moitié du xvr siècle , un prêtre espagnol, nommé Giovanni di Tapia, domicilié à Naples, entreprit d'élever une école de chanteurs ecclésiastiques et de vaincre les obstacles qui s'étaient toujours opposés à l'exécution d'un semblable projet. Après avoir employé plusieurs années en tentatives inutiles, afin de se procurer l'argent nécessaire pour une semblable entreprise, il prit l'héroïque résolution & aller mendier de pays en pays et de maison en maison, dans l'espoir de réunir enfin la somme qu'il jugeait indispensable pour l'établissement d'une école de musique. Souvent déçu Tome i. 18
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et bafoué dans ses sollicitations, il ne se rebuta pas, cl après neuf années de courses pénibles il revint à Naples, y vendit une partie de son bien qu'il réunit à l'argent recueilli dans ses voyages, et fonda avec ces capitaux, en 1537, le premier Conservatoire, qui prit le nom de Santa-Maria di Loreto.
Afin d'assurer l'existence de l'école qui lui avait coûté tant de fatigues , Tapia pria le vice-roi et le président du consistoire suprême d'en être les protecteurs; ils y consentirent, et dès lors le nouveau Conservatoire prit de la consistance. Les plus grandes difficultés étant surmontées, il s'occupa d'introduire des améliorations dans son Conservatoire ; mais ce philantrope éclairé et vénérable ne jouit pas long-temps de son ouvrage , car les fatigues de toute espèce qu'il avait supportées avaient usé ses forces, et il mourut en 1540. Ses élèves, reconnaissants, placèrent son tombeau dans l'église de leur Conservatoire, et l'usage d'un service en musique devant le tombeau, à l'anniversaire de sa mort , s'est conservé jusqu'à la fin du xviir siècle.
Les lois et les règlements établis par le premier fondateur des Conservatoires étaient très doux; dans la suite on fut obligé de les rendre plus rigoureux. D'après un de ces règlements on ne devait y admettre que les orphelins qui avaient des dispositions heureuses pour la musique; néanmoins la concurrence devint si grande par la suite , qu'il lut impossible de satisfaire à toutes les demandes. On érigea , à cause de cette concurrence , un deuxième Conservatoire dans l'hôpital delta Nunziata; dans celui-là on ne recevait que les orphelins les plus heureusement organisés pour la musique; les autres étaient destinés à d'autres professions. De là surgit , en 157G, le Conservatoire connu sous le nom deSanT-O/tofrio in Capuana; les règlements y étaient plus sévères qu'à Sainte-Marie de Lorette, et les maîtres qui y furent appelés étaient les plus habiles de l'Italie.
Les vice-rois qui , dans l'origine, avaient eu la haute direction des Conservatoires, considérant que les affaires dont ils étaient chargés étaient peu compatibles avec les soins réclamés par ces établissements , transportèrent leur autorité à la première famille du royaume , celle des ducs de Montéleone , à la condition que l'administration de ces établissements serait toujours transmise à l'aîné de la famille. Ces ducs , possesseurs de très grandes richesses , et tenant le premier rang à la cour, contribuèrent puissamment à la splendeur des écoles qui étaient sous leur protection, en instituant des grands prix qu'ils distribuaient eux-mêmes aux élèves les plus distingués.
Les succès des deux premiers Conservatoires en démontrèrent si bien l'utilité , qu'une confrérie religieuse , dont le siège était dans l'église de Sainte- Marie délia CoronateUa, rue Catatana , prit la résolution de suivre l'exemple de Tapia: elle admit d'abord de jeunes orphelins dans son couvent, et les instruisit dans les arts les mieux organisés.
Bientôt la renommée de ce nouvel institut s'étendit, et les personnes riches s'empressèrent de le soutenir par d'importantes dotations , en sorte que la confrérie put faire l'acquisition d'un vaste emplacement , où elle fit élever une belle église avec une maison considérable ; là fut érigé , en 1607, le troisième Conservatoire, qui prit le nom délia Pietà ou de'Turchini, parce que les élèves de cet établissement étaient vêtus en étoffes de couleur bleue. Ce Conservatoire était le plus considérable et devint par la suite le plus célèbre. Quelques années après sa fondation , on y réunit celui de Sant'-Onofrio , et le Conservatoire de Santa-Maria di Lorcto en resta seulement séparé. Le roi Charles, père de Ferdinand IV, joignit à cet institut une école d'arithmétique, de géométrie, d'astronomie et de philosophie.
Outre ces trois Conservatoires dont il vient d'être parlé, i (Mi existait un quatrième, qu'on appelait de' Porcri Jesu
Christi; il avait été fondé en 1589 ; mais sa durée ne fut pas longue; il finit par n'être plus qu'une dépendance du séminaire diocésain de Naples, qui en fit les frais.
Les trois grandes écoles remplirent complètement le but de leur fondation, et furent administrées avec un zèle audessus de tout éloge. Mais le nombre des élèves s'étant accru considérablement , on fut obligé de chercher, dans les écoles mêmes, les moyens de les soutenir, puisque les rentes provenant de leurs biens particuliers ne pouvaient suffire à combler les dépenses.
On mit donc à profit le travail des élèves : les plus petits furent destinés à servir la messe et à faire diverses fonctions dans les églises; les autres, divisés en plusieurs sections, qu'on nommait Paranze, allaient chanter et exécuter la musique sacrée non seulement dans les chapelles de Naples, mais aussi dans les provinces lointaines, aux fêtes solennelles, sous la direction d'un des maîtres des Conservatoires. Ils chantaient aussi les litanies aux processions , le Libéra nos Domine aux funérailles des personnes riches, exécutaient les divers genres de musique qu'on appelait Flottole; enfin remplissaient les fonctions de choristes dans les théâtres , spécialement à celui de Saint-Charles, et dans toutes les fêtes musicales qui se donnaient dans le royaume.
Tant de ressources, jointes aux revenus des Conservatoires et aux produits considérables des ouvrages des élèves compositeurs, auraient dû fournir les moyens de pourvoir abondamment à l'entretien de ces jeunes artistes ; néanmoins de tels désordres s'introduisirent par la suite des temps dans ces établissements , que la plupart des élèves manquaient du nécessaire , surtout sous le rapport de la nourriture ; et tel était l'état des choses vers la fin du xvmc siècle, que les élèves étaient obligés d'acheter au dehors , sur le produit de leur travail , de quoi apaiser la faim dont ils étaient dévorés. Après les révolutions qui bouleversèrent le royaume de