‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 3)Chapitre 102 sur 112 · ORA · texte numérisé non relu

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Gravé. Ct^ mot marque la lenteur dans le mouvement, et de plus une certaine gravité dans l'exécution.

Grave, Fugue grave. C'est celle dont le mouvement est lent, et les notes d'une longue valeur : cette espèce de fugue est fort rare.

Gravé, ée, Musique gravée. C'est par la gravure, plutôt que par l'impression en caractères mobiles, qu'on est dans l'usage de multiplier aujourd'hui les exemplaires des ouvrages de musique que l'on veut mettre au jour. Cet usage ne remonte guère qu'au commencement du dix-huitième siècle. Tous les opéras de Lulli et de ses contemporains furent imprimés : la gravure ne commença que pour la musique instrumentale. C'est ce moyen qui nous transmit les œuvres de Corelli, de Locatelli, de Tartini, et c'est à la France qu'on en doit l'invention-. Comme on ne gravait alors que sur cuivre, et que cette pratique était excessivement dispendieuse, on ne pouvait guère l'employer que pour des ouvrages peu volumineux; mais on trouva bientôt le moyen de la rendre plus économique en se servant de l'étain, et l'on en vint à graver des opéras entiers.

Graveur, Graveuse. Celui ou celle qui fait profession de graver de la musique.

Gravité. C'est cette modification du son par laquelle on le considère C(»mme grave ou bas, par rapport à d'autres sons qu'on appelle hauts ou aigus. La gravité du son dépend du nombre de vibrations que le corps sonore exécute dans un temps donné; plus il est petit, plus le son est grave ou bas. Autrefois on avait fixé à 32 oscillations ou 16 vibrations par seconde la limite des sons graves perceptibles. Grâce aux travaux de ^!. Savart, on distingue fort bien des sons correspondants à 15 ou 16 oscillations par seconde. Il est très-probable qu'en augmentant

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leur intensité, on pourrait distinguer des sons plus graves encore.

Le mouvement vibratoire est naturellement plus lent, à mesure que le corps vibrant est plus massif ou plus long: voilà pourquoi on dit aussi que la gravité des sons dépend du volume et de la masse des corps sonores.

Grecs anciens ( Musique des). La Grèce reçut sa musique d«^s mains des Phéniciens, qui lui en communiquèrent le système peu à peu, et à mesure que le permirent les circonstances et l'état de la civilisation. Pour bien comprendre ce système et pouvoir en suivre les développements, il faut savoir que le mot lyre, qu'on a depuis appliqué à un instrument de musique en particulier, n'était d'abord qu'un terme générique donné à la musique elle-même, et transporté par extension à l'instrument scientifique, au moyen duquel on en déterminait les lois. Le mot grec lijra exprimait tout ce qui est harmonieux et concordant. Ce qu'on entendait par la lyre à trois ou quatre cordes ne s'appliquait pas à l'uislrument de musique dont on jouait, mais à celui qui en constituait l'accord fondamental.

La lyre à trois cordes dont parle Diodore de Sicile désignait le système des tétracurdes conjoints. C'était le système le plus ancien. Ces trois cordes étaient si, 7»f, la. La lyre à quatre cordes, dont il est question dans Boëce, indiquait le système des tétracordes disjoints. Ces quatre cordes étaient mi, (a, si, mi, ou bien la, ré, mi, la. Indiquer la lyre, c'était indiquer le système; c'était tout indiquer. Car la disposition d'un tétracorde étant mathématiquement fixée dans le genre diatonique, on ne pouvait pas se tromper. Or, cette disposition était, pour chaque tétracorde, en allant de l'aigu au grave à la manière des Phéniciens, de deux tons successifs et d'un semi-Ion.

Dans les deux systèmes des tétracoides conjoints et disjoints, le mode fluctuant entre les toniques la et mi s'arrête de préférence sur le la ; ce qui est très conforme aux idées qu'on a de ce mode consacré à la nature féminine. Cependant, comme la finale, ou grave du système des tétracordes conjoints, s'arrêtait sur le si et laissait un moment dominer le principe assimilé à la nature masculine, les Phéniciens voulurent effacer encore cette dominance, et, pour cet effet, fis ajoutèrent au grave une corde qui se trouva être la double octave du son le plus aigu du système des tétracordes disjoints, c'est-à-dire un la fondamental. Ainsi ils communiquèrent aux Grecs leur mode favori, appelé locrien, léchant de l'alliance^ célèbre par son effet mélancolique. Au moyen de l'adjonction de ces deux cordes, les deux systèmes furent fondus en un seul.

Ce système musical, qu'on peut appeler ionien, étant parvenu à sa perfection, resta longtemps en cet étal parmi les Grecs. Il paraît constant que toute la modulation de ces peuples se bornait d'abord à faire passer les mélodies des tétracordes conjoints aux disjoints, et alternativement. Souvent même ils ne modulaient pas, et alors ils chantaient sur la lyre à trois et quatre cordes, suivant qu'ils voulaient admettre le diapason de septième ou de l'octave. Comme la mélodie se renfermait dans l'étendue du tétracorde, le chant était simple et facile. Il suffisait souvent au chanteur de se donner le son des cordes principales des lyres si, mi, la ou miy la, si, mi, pour improviser le remplissage des cordes secondaires.

Il serait difficile de dire combien de temps la musique ionienne resta dans sa simplicité. Tout ce qu'on peut affirmer de raisonnable à cet égard, c'est que ses variations suivirent celles de la secte qui l'avait adoptée comme un symbole de son alliance. Cette secte

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ne larda pas à se diviser, et il se fondu une foule de systèmes dilTôrents, parmi lesquels ceux qu'on nomma lydien, phrygien, dorien, furent les principaux. Ces systèmes consistaient dans une série de lélracordes conjoints ou disjoints, et différaient entre eux par l'enchaînement de ces mêmes tétracordes, tantôt par la place que le semi-ton y occupait, tontôt par une simple transposition, soit au grave, soit à l'aigu.

Telle est la confusion que le grand nombre de ces systèmes entraîna, et le peu de soin que les écrivains qui en ont parlé ont mis à les distinguer, que même parmi les trois principaux, le lydien, le phrygien et le dorien, il est impossible de dire aujourd'hui rigoureusement si la tonique du lydien était mi ou ut, et celle du dorien ut ou mi. Il n'y a pas un auteur qui sur ce point ne contredise l'autre, et ne se contredise souvent lui-môme. Dans ce conflit d'opinions contradictoires, on en distingue pourtant deux qui autorisent à donner au lydien la tonique nti, et au dorien la tonique ut. La première est celle d'Aristoxène, qui dit que les Doriens exécutaient le môme chant à un ton plus bas que les Phrygiens, et ces derniers à un ton plus bas que les Lydiens. La seconde, qui confirme la première, est du judicieux Saurnaise, qui dans son Commentaire sur les comédies de Térence^ nous apprend que la musique adaptée à ces comédies s'exécutait sur des flûtes appropriées à chaque mode; les unes servant au mode plirygien, les autres au dorien, plus grave que le phrygien, et la troisième au lydien, plus grave que les deux autres modes. Zarlin en Italie, Saxen Allemagne, et J.-J. Piousseau en France, ont adopté cette opinion.

Grecs modernes (Musique des). Les Grecs modernes n'emploient dans leur musique ni les notes dont nous faisons usage, ni les lettres de leur alphabet, ainsi que le faisaif'nt Ipurs ancêtres, mais ils se

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servent de œ qu'ils appellent accents. Une pareille notation a beaucoup d'imperfections, car elle n'indique que la gravité et l'acuité des sons, sans en fixer la durée.

Les principaux signes sont : l» Vison^ qui désigne le ton fondamental de leur gamme diatonique. L'ison est le principe, le milieu et la fin, ou plutôt le système de tous les tons ou signes; car sans lui on ne peut produire aucun son ; 2o VoUgon , signifie en général son aigu, et 3° Vapostroplie, son grave.

La musique des Grecs modernes est extrêmement grossière. Le fifre criard, le monotone tambour, et même l'inharmonieux monocorde slave produisent sur eux le plus grand effet. Et c'est par une semblable mélodie que dans la nouvelle Grèce un voyageur est fêté pendant toute la journée par la société dans laquelle il se trouve.

Grégorien. (Voyez le mot Chant grégorien.)

Gros fa. Certaines vieilles musiques d'église en notes carrées, rondes ou blanches, s'appelaient jadis du gros fa.

Grosse caisse. Instrumenta percussion; gros tambour dont on se sert aujourd'hui dans l'orchestre, et qu'on n'employait autrefois que dans les musiques militaires. On l'utilise encore sur le théâtre pour imiter le bruit du tonnerre.

Groupes. Plusieurs notes réunies ensemble par leurs queues, au moyen d'une ou plusieurs barres, forment un groupe. Il y a des groupes de deux, de trois, de quatre et six notes. Les fusées et les gammes chromatiques présentent des groupes de trente-deux, de soixante, de quatre-vingts notes.

Grlpetto. Mot italien qui signifie petit groupe. C'est un agrément de chant composé de trois petites notes priso> quplquefois sur In valeur de la not<^

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(jui ca esl unktéc, quelquefois au lèvor de la mesure qui précède cette note.

GtDnoK. Nom d'un vîoloîi i^ustlqué à trois cordes en usage parmi les paysans russes.

Guide. C'est une partie sur laquelle on indique toutes les entrées des instruments, et qui sert au chef d'orchestre, lorsqu'il ne conduit pas sur la grande partition.

Guide- MAIN. C'est une espèce de barre attachée au piano devant le clavier, destinée à donner plus d'élasticité aux poignets et à empêcher qu'on ne joue du coude. Ce procédé a été inventé et pratiqué par M. Kalkbrenner.

Guidon. Petit signe de musique qui se met à l'extrémité de la portée, sur le degré où sera placée la note qui doit commencer la portée suivante. Si cette première note est accompagnée accidentellement d'un dièse, d'un bémol ou d'un bécarre, il convient d'en accompagner aussi le guidon.

Guitare. Instrument à six cordes, dont on joue en pinçant. Il est formé de deux tables parallèles, l'une en sapin, l'autre en érable ou en acajou, assemblées par une éclisse dont la valeur varie de trois à quatre pouces. A lune des extrémités est adapté un manche divisé par des touches sur lesquelles on pose les doigts de la main gauche, tandis qu'on pince avec ceux de la main droite. Ce manche est terminé par un sillet, et garni de chevilles pour monter ou descendre les cordes qui sont fixées à l'autre extrémité de l'instrument sur un chevalet fort bas. Au milieu de la table supérieure est pratiquée une ouverture appelée rosace ou rosette. Les cordes sont accordées par quartes justes en montant, excepté la quatrième et la cinquième, entre lesquelles il n'y a que l'intervalle d'une tierce majeure. L'accord de l'instrument est donc, en partant du grave, mi. M, ré, sol, si, nti. La musique

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écrite pour la guitare est notée sur la clef de so/, mais se joue un octave plus bas.

On ne sait rien de certain sur l'origine de cet instrument. On pense généralement qu'il est aussi ancien que la harpe (voy. ce mot), et que les Maures l'ont apporté en Espagne, d'où il s'est ensuite répandu en Portugal et en Italie. Du temps de Louis XTV, il était fort à la mode en France; mais la vogue qu'il eut fut de courte durée, et après avoir brillé d'un éclat tout nouveau, il y a quelques années, sous les doigts d'artistes fort habiles, il est aujourd'hui presque complètement abandonné comme le plus ingrat et le plus monotone de tous les instruments.

GusLi ou GussEL. Harpe russe qui a la forme du psallérion allemand.

GuzLA. Instrument champêtre des Morlaques , sur lequel il n'y a qu'une corde de crin tressée. Cet instrument sert à accompagner les chants nationaux appelés pismes.

Gymnase musical militaire. Le gymnase musical est une école militaire où l'on forme des chefs de musique et des instrumentistes pour les divers régiments de l'armée. Il y a toujours dans cette école deux élèves par chaque régiment d'infanterie, et un par chaque régiment de cavalerie et d'artillerie. Ces élèves restent deux ans et demi à faire leurs études. Après, ils sont dirigés sur les différents corps de musique de nos régiments. Le nombre des élèves du gymnase est de deux cent quatre-vingt-cinq. Cette école a été fondée dans l'année 1836, par M. Béer. M. Carafa, le célèbre compositeur dramatique, lui a succédé en 1838. Sous son intelligente direction, le gymnase musical n'a cessé de marcher dans la voie du progrès. On compte parmi les professeurs de l'établissement nos harmonistes et nos exécutants les plus habiles, MM. Le Borne, F. Bazin, Verroust, Forestier,

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Dieppo, Klosé, Cukkon, Roussclot, Dauverné, Paiilus. Grâce à la soUiciliule de M. Gara fa, le gouvernement a accordé des fonds à cetio école, pour que toutes les années des prix soient donnés aux élèves qui se sont le plus distingués dans les concours.

Gymnopedie. Danse à nu, accompagnée de cliant, que les jeunes filles Spartiates dansaient dans certaines occasions.

n. Lettre qui désigne en Allemagne \esi naturel.

HACiiE (Pas de). On donne ce nom à une danse fortement caractérisée, à cette espèce de pyrrhique moderne qui est exécutée par une troupe de soldats, de Scythes, de sauvages, de csclopes ou de bacchantes, armés de toute pièces ou couverts de peaux de bêtes, et tenant des haches, des massues ou des thyrses à la main. Les airs des pas de hache sont rhythmés avec force, et d'un caractère fier, martial ou sauvage. On les accompagne d'instruments de percussion, tels que timbales, tambours, cymbales, triangles, tambours de basque, dont les frappenients rhythmiques, les vibrations argentines donnent de l'éclat à ces compositions.

Les danses des soldats romains dans la Vestale^ celles des Scythes dans Ipliujénie en TauridCy l'entrée des Africains dans Sémiramis, sont des pas de hache.

Halali. ]Som du ton de chasse que l'on sonne pour annoncer que la bcte se rend. Les chasseurs crient alors : halali î halali ! halali 1 c'est-à-dire victoire ! victoire ! victoire !

Méhul s'est servi du halali pour terminer sa belle ouverture du Jeune Henri. Cet air y forme le motif que

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tous les iiistriimeiits à vent attaquent fortissimo après le point d'arrêt. Philidor et Haydn ont aussi fait entendre le lialali dans la chasse de Tom Jones, et dans celle de l'oratorio des Saisons.

IIarmatias. Nom d'un nome dactylique de la musique grecque, inventé par le premier Olympe phry sien.

ÎÏARMODiON. Chanson que les Athéniens chantaien en faveur d'Armodius, pour avoir délivré Athènes du joug des Pisistrates.

Harmonica. Instrument de musique, d'origine allemande, qui consistait d'abord en une certaine quantité de verres inégalement remplis d'eau et placés par demi-tons, dans une caisse. Ces instruments produisent sur les sens un effet en quelque sorte magnétique. L'harmonica donnait des sons mélodieux lorsqu'on trempait les doigts dans l'eau et qu'on les passait légèrement sur le bord des verres après l'avoir humecté avec une éponge mouillée. Le degré de perfectionnement auquel cet instrument est arrivé aujourd'hui, doit être attribué surtout au célèbre Franklin. C'est à Paris qu'on le fit connaître pour la première fois en 1765. Les derniers perfectionnements sont de MM. Lenormand, Chladni et Dietz; celui du premier consiste à placer des lames de verre de différentes dimensions par demi-tons, et à les frapper avec un petit marteau de liège enveloppé de tafetas.

Harmonica a cordes. Instrument à clavier inventé en 1788. Cet harmonica consiste dans un excellent piano, accordé et uni avec une espèce d'épinette qu'on peut jouer seule, ou conjointement avec le piano. Cette union produisait un effet agréable.

Harmonica double. Cet instrument est composé d'une caisse de deux pieds de longueur, et dont la hauteur est en rapport avec les petites cloches de verre ou de métal qu'elle contient; on fait résonner

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ces cloclielles au moyen d'un archet de violon, dont les crins sont enduits de colophane ou de térébenthine, ou de cire, ou de savon.

Harmonica jiétéorologique. Inventé en 1765 par J. César Gattoni, à Rome. Il fit attacher quinze fils de différentes gnjsseurs à une tour très-élevée, et forma ainsi une espèce de harpe gigantesque, qui allait jusqu'au troisième étage de sa maison, vis-à-vis de la tour; elle était accordée de manière à pouvoir exécuter de petites sonates. Le tout réussit à merveille. Mais Tinfluence des vicissitudes atmosphériques et d'autres circonstances rendirent sans effet celte découverte; l'abbé Gatoni ne se servit de cet instrument que pour faire des observations météorologiques, et pour prédire avec ses sons harmonieux les divers changements de l'atmosphère.

Harmonie. Ce mot a plusieurs sens. Il signifie la réunion de plusieurs accords (voy. ce mot) ; c'est en ce sens que l'on dit : suave harmonie , harmonie aigre et discordante^ le pouvoir de l'harmonie, etc.

11 signifie encore Vart d'écrire des accords, de les enchaîner entre eux et de les faire concourir avec la mélodie, à l'expression des pensées et des sentiments du compositeur. C'est la science enseignée dans les traités d'harmonie.

Les traités de ce genre sont presque innombrables, et il n'entre en aucune façon dans le plan de cet ouvrage de les analyser tous, ni même de les énumérer. Les principaux théoriciens qui font autorité , sont Rameau, Marpurg, dont les idées ont été reproduites par Choron et Delafage; Tartini, Valottiet son école, Yogler et son école, Godefroi Weber, Catcl, Reicha, et aujourd'hui le savant M. Fétis.

Presque tous ont essayé de donner une base scientifique à l'harmonie, dont la vraie base est pour nous la tonalité moderne.

La lonalité moderne est l'ensemble des rapports mutuels qui existent entre les notes de la gamme moderne : nous avons développé cette définition au mot TONALITÉ. De ces relations mutuelles, comme d'une source féconde, jaillit toute entière la vraie théorie de l'harmonie moderne. En voici le résumé :

Lorsqu'on entend simultanément la tonique d'un ton, sa tierce, sa quinte, sa septième et, si l'on veut, son octave, par exemple, ut, mi, sol, ut y dans le ton (\'ut, l'intelligence éprouve le sentiment du repos. C'est un fait connu.

Au contraire, lorsqu'on entend simultanément la dominante d'un ton, sa tierce, sa quinte, sa septième et, si l'on veut, son octave, par exemple, sol, si, ré, fa, sol dans le ton d'ut, l'intelligence éprouve le besoin du mouvement et le désir de passer à un autre accord : c'est encore un fait connu.

Ainsi, rapport de repos entre trois notes de la gamme moderne et rapport de mouvement entre ses quatre autres notes, tels sont, à nos yeux, les éléments constitutifs de la tonalité moderne, et, par suite, de l'harmonie moderne.

Est-ce à dire que l'harnKjnie soit une chose monotone? JNon, certes! elle possède les moyens d'une immense variété.

Si elle n'a que deux accords principaux à employer successivement dans le même ton, elle peut les modifier d'une foule de manières. Elle peut les employer alternativement dans le mode mineur et le mode majeur du même ton ; elle peut doubler ou retrancher quelques-unes de leurs notes, et les disposer de plusieurs manières ; elle peut les écrire dans leur état naturel, comme nous l'avons indiqué plus haut, ou les modifier par le renversement, les altérations

multiples, le retard, V anticipation, la substitution, les

appogiatiires les noies de passage, \es pédales el les progressions. (Voyez chacun de ces mots.)

On peut employer isolément ces moditîcations nombreuses, ou les combiner entre elles.

Le changement de ton fournit des ressources plus grandes encore. Outre les effets multipliés et énergiques qu'il produit par lui-même, il permet d'employer de nouveau toutes les richesses harmoniques que nous venons d'énumérer, et peut se renouveler à son tour aussi fréquemment qu'on le désire. (Voyez

le mot MODULATION.)

Enfin, comme l'harmonie et les autres parties de la musique forment un seul langage, sont solidaires et se prêtent un s9Cours mutuel, l'harmonie hérite de tous les moyens de variété que le reste de la musique possède, et qui sont également nombreux. Tels sont, par exemple, les formes infiniment variables de la mélodie; les différents genres décompositions musicales; le nombre et la marche des parties harmoniques ; les diverses combinaisons possibles des voix et des instruments; la mesure, le mouvement, le rhythme, les nuances d'exécution ; l'accompagnement, dont les formes sont infiniment variables, comme celles de la mélodie; le mélange habile des chœurs, solos, duos^ trios, quatuors, quintettes, etc.; et cent autres moyens qu'un bon maître, un bon livre, l'exercice et l'étude des modèles feront bien vite connaître.

Veut-on une preuve évidente, palpable, irréfragable de cette variété infinie? Voyez les œuvres de tous les grands maîtres. Toutes se réduisent à l'application d'es deux principes énoncés plus haut, et, cependant, nous le répétons, quelle variété infinie ! Sauf en Europe et dans quelques pays civilisés, l'harmonie n'est nulle part ailleurs connue. Ainsi, les Orientaux, comme les Chinois et autres peuples, ne

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peuvent supporter nos mélodies, surtout à cause des accords qui les accompagnent.

Indépendamment de ce qui vient d'être dit, il y a en musique différentes acceptions du mot harmonie. Ainsi, on l'emploie pour désigner la masse des instruments à vent qui entrent dans la composition d'un orchestre; on le prend aussi, quoique à tort, comme synonyme de composition.

Harmonie. Terme de facteur d'orgue. On entend par harmonie, dans la confection des divers jeux de l'orgue, la qualité de sons qui convient à chaque jeu, soit jeu d'anches ou jeu à bouche; on ne dit point : ce jeu est d'un bon timbre, d'une belle qualité; mais on dit : ce jeu a une belle harmonie, il est d'une harmonie ronde, moelleuse, grêle, sourde, éclatante.

Harmonie directe. C'est celle où la basse est fondamentale, et où les parties supérieures conservent Tordre direct entre elles et avec cette basse.

Harmonie figurée. C'est celle où l'on fait passer plusieurs notes sous un accord.

Harmonie première. Quelques auteurs ont donné ce nom à l'accord parfait, en appelant ensuite son premier renversement harmonie seconde , et son deuxième renversement harmonie troisième.

Harmonie rapprochée. Harmonie séparée. La première a les sons de l'accord très-rapprochés, el la seconde les présente différemment.

Harmonie renversée. C'est celle où le son fondamental est dans quelques-unes des parties supérieures, et où quelque autre son de l'accord est transporté à la basse au-dessous des autres.

Harmonie simultanée. C'est la percussion d'un accord.

Harmonie successive. Succession de plusieurs accords. •

Harmonieux. Tout ce qui fait de Teffet dans l'har-

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monie : plusieurs voix réunies dans l'exéculion d'un morceau de musique à plusieurs parties rendent un son harmonieux.

HARMOMPiiON.L'harmoniphon a été inventé en 1837, par M. Paris, de Dijon. L'harmoniphon est un instrument à vent et à clavier, de quinze pouces de longueur sur cinq de large et trois de hauteur, dont les sons ressemblent à ceux du hautbois. Il se joue avec la bouche, au moyen d'un tube élastique qui sert à y introduire l'air, en même temps que les doigts agissent sur le clavier, qui est exactement semblable à celui du piano.

L'harmoniphon produit plusieurs sons en même temps, et paraît se prêter aux accords les plus compliqués.

Harmoniques (Sons). Espèce singulière de sons qu'on tire de certains instruments, tels que le violon, la viole, le violoncelle, par un mouvement particulier de la main et de l'archet, qu'on approche davantage du chevalet, et en posant légèrement la main sur certaines divisions de la corde. Ces sons sont fort différents, pour le timbre et pour le ton, de ce qu'ils seraient si l'on appuyait tout à fait le doigt : quant au ton, par exemple, ils donneront la quinte, quand ils donneraient la tierce, la tierce, quand ils donneraient la sixte, etc.; quant au timbre, ils 'sont beaucoup plus doux que ceux qu'on tire pleins de la même division, en faisant porter la corde sur le manche.

Les sons harmoniques de la harpe s'obtiennent en attaquant la corde à son milieu avec la partie inférieure du pouce.

Harmomste. Musicien savant dans l'harmonie. Haendel, Bach, Mozart, Haydn, Chérubini, sont de grands harmonistes.

Harpe. C'est un des plus antiques instruments que nous connaissions et dont l'Écriture sainte, ainsi que

les ouvrages des anciens font déjà une mention particulière. On lui donnait différents noms, tels que kinnor chez les Hébreux, la cithare chez les Grecs, la cinnara chez les Romains, le nablum, la sambuque et la harp ou hai-pa chez les Celtes et les Cimbres. Il est de forme triangulaire, monté de cordes de boyaux disposées verticalement, et qui, étant pincées avec les deux mains, donnent les sons. On sait bien que le roi David chantait la gloire du Seigneur, et dansait même en s'accompagnant de la harpe.

Quatre pièces principales composent la harpe, savoir: la console, la colonne, le corps sonore et la cuvette ; cette dernière , en réunissant les deux précédentes dans leur partie inférieure, forme la base de l'instrument. Le corps sonore est une caisse convexe faite de bois d'érable, plus large à la base qu'au sommet, et recouverte d'une planche de sapin. Cette planche, sur laquelle se trouvent fixés les boutons qui servent à attacher les cordes, s'appelle table d'hannonie. Quant à la console, c'est une bande courbée en forme d's, et garnie de chevilles qui servent à monter les cordes fixées à l'extrémité opposée sur la table d'harmonie. Pour la colonne, enfin, elle est un montant solide ou creux, selon que la harpe est simple ou à mouvement.

La harpe ancienne n'avait d'abord que treize cordes accordées selon l'ordre de la gamme diatonique. Plus tard, on en ajouta d'autres, et on apporta tour à tour plusieurs perfectionnements à cet instrument, dont les principaux datent du dix-huitième siècle, et sont dus à MM. Hochbruker, Naderman, Érard. D'après ces artistes, la harpe dite à simple mouvement (c'est-à-dire ayant sept pédales, dont une pour chaque note de la gamme), se trouve montée de quarantetrois cordes disposées sur un seul rang et accordées en mi bémol. Les crochets y sont remplacés par des four-

ckettes à deux bascules , de sorte que chaque corde peut recevoir trois intonations, le bémol, le bécarre el le dièse. On accorde la harpe comme le piano, c'està-dire, par tempérament.

Quand il ne s'agit pas d'une musique intime, destinée à être écoutée de près, l'efl'et des harpes est d'autant meilleur quelles sont en plus grand nombre.

Les notes, les accords, les aspéges qu'elles jettent au travers de l'orchestre, sont d'une extrême splendeur. Rien de plus sympathique aux idées de pompes religieuses et de fêtes poétiques que les sons d'une grande masse de harpes ingénieusement employées. l)e tous les timbres connus, c'est le timbre des cors, des trombones et, en général, des instruments en cuivre qui se marie le mieux avec le leur. Les cordes inférieures, à part celles de l'extrémité grave, ont un son pénétrant, riche et mystérieux dont on pourrait tirer un parti magnifique, et, cependant ou les néglige presque toujours!

Les cordes de la dernière octave supérieure ont un son délicat, cristallin, plein de fraîcheur et de volupté. Mais c'est à condition qu'on pince les cordes avec douceur; car si on les pince avec force, elles rendent un son sec et dur, semblable à celui de vitres qu'on brise.

Les sons harmoniques de la harpe, et surtout de plusieurs harpes à l'unisson, ont bien plus de magie encore.

Rien ne saurait être comparé à l'effet de ces notes mystérieuses et féeriques réunies aux doux accords de la clarinette et de la flûte jouant dans le médium.

Les artistes qui se sont le plus distingués sur la harpe sont: Parish Alvars, et Félix Godefroid, les virtuoses les plus extraordinaires, peut-être qu'on ait jamais entendus sur cet instrument; Dalvimare, Naderman, Bochsa, Th. Labarre, LéonGalayes, Prumier, etc., etc.

Harpe chromatique. L'étendue de cet instrument,

inventé au commencement de ce siècle, par un médecin saxon nommé Pfranger, est de cinq octaves. Les cordes de la gamme diatonique sont d'une couleur blanche, et celle de la gamme chromatique d'une couleur rougeâtre.

Harpe d'Éole, ou Harpe éoltenne. Instrument dans lequel les cordes résonnent au moyen d'un courant d'air qui les frappe. Aussitôt qu'il fait un peu de vent, ses cordes commencent à résonner à l'unisson ; mais à mesure que le vent augmente, elles font entendre un charmant mélange de tous les sons de la gamme diatonique, ascendants et descendants, et l'on entend aussi des accords harmonieux et des crescendo et des décrescendo inimitables.

Harpe double. Instrument composé de deux harpes réunies, en usage dans le seizième siècle.

Harpe harmonica-forte. Inventée par M. Keyser de Lisle, en 1809. C'est une harpe ordinaire, à laquelle on a ajouté trente-quatre cordes de laiton, accordées deux à deux, qui forment une espèce de contre-basse de dix-sept demi-tons, et qu'on fait résonner avec le pied, au moyen de dix -sept touches correspondant à autant de marteaux en contact avec les cordes.

Harpe irlandaise. Les grands dommages occasionnés en Irlande par l'irruption danoise furent réparés par O'brien Boiromh, mort en 1014. Il rétablit les collèges des Bardes, et s'occupa de la musique avec un soin particulier. On prétend que la harpe déposée dans le collège de la Trinité, à Dublin, appartient à O'brien. La forme en est gracieuse, et le travail exquis. La harpe irlandaise resta dans le même état pendant plusieurs siècles; mais dans le quinzième siècle, elle fut sensiblement améliorée par le jésuite Nugent, qui demeura quelques temps en Irlande. Henri VIII, quand il fut proclamé roi d'Irlande, adopta pour amoiries une harpe.

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IIarpo-lyre. Cet instrument, qui a la forme d'une lyre antique, est monté de vingt et une cordes réparties sur trois manches. Les cordes du manche du milieu sont les mêmes que celles de la guitare, à six cordes, et sont accordées de la même manière. La conformation de l'instrument, permettant de démancher plus facilement que sur la guitare, a donné la facilité d'y ajouter quinze cordes de plus, ce qui en porte le nombre à vingt-et-une. Ces quinze autres cordes sont réparties sur deux autres manches, et forment dans l'ensemble de l'instrument quatre octaves et demie. L'on obtient sur ces deux manches des effets nouveaux. La harpo-lyre a été inventée, en 1829, par M. Salomon, professeur de musique à Besançon.

Haut. Ce mot signifie la même chose qu'aigu, et ce terme est opposé à bas. C'est ainsi qu'on dit que le ton est trop haiity qu'il faut monter Chutrument plus haut.

Hautbois. Instrument de musique à vent, en cèdre, en chêne, et le plus souvent en buis. H y a deux espèces de hautbois, l'ancien et le moderne. L'ancien avait la taille plus basse d'une quinte que le dessus, et avait un trou de moins, le huitième ne se bouchant point : sa longueur était de quatre pieds deux pouces. Il y avait encore la basse du hautbois, qui avait cinq pieds, et onze trous. Le hautbois moderne a le son plus fort que la flûte : sa cavité intérieure est pyramidale, et se termine par le bas comme une trompette.

Le hautbois est formé de trois pièces entrant les unes dans les autres; l'anche fait la quatrième. Sa longueur est de vingt et un pouces huit lignes, sans compter l'anche : son étendue est à l'unisson du violon ; elle contient deux octaves et quatre demi-tons. Le hautbois de forêt ressemble beaucoup au hautbois militaire : il se démonte en cinq pièces ; il a la même étendue de ton; mais le son, quoique agréable, est moins sonore et plus velouté. Rien n'est plus sunve

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