V. Imprécations et malédictions employées
de tout temps; leur multiplicité; anathèmes
. autorisés par les conciles^ retranchés des bullesj lancés par les laïques, — Les peines pé-
. cuniaires ne paraissant pas un frein capable d'arrêter la cupidité, on emplova les malédictions et les imprécations de toutes les sortes contre quiconque oserait violer les arti-
. clés dont on était convenu, revendiquer les biens qu'on avait donnés ou restitués, attenter aux droits ou privilèges dont on avait décoré les églises. L'antiquité de Fusage de mettre par écrit les malédictions se montre dans les livres de Moïse. Les païens y avaient recours pour empêcher qu'on ne violAt leurs tombeaux et qu'on ne rompit les traités (253i).
Depuis Jésus-Christ, saint Jean Tévangéliste les employa contre ceux qui juteraient à Y Apocalypse ou.qui en retrancheraient q«ielque chose. Les Chrétiens, païens
.d'origine, retinrent une pratique qu*ils trouvèrent autorisée par les livres saints et en firent un fort grand usage. Us empruntèrent toutes les malédictions contenues dans le Deutéronome et dans les Psaumes^ et surtout dans le 108. Us y joignirent des imprécations par lesquelles ils souhaitaient aux usurpateurs la tin de Dathan et d'Abiron, les verges d'Héliodore, la mort d'Antiocbus, la lèpre de Giezi, le sort de Judas, de Pilale, d'Anne et de Caiphe.
Non contents de cela, ils les dévouèrent à la damnation éternelle, aux feux de l'enfer,
^u ver rongeur qui ne meurt point, à la compagnie de Satan et de ses anges. En un mot, ils les chargèrent d'excommunication, d'anathème daMaranathay expression par laquelle (car de deux ils n'en faisaient qu'une} ils prétendaient enchérir encore sur Tanathème (2535).
Quelques-uns employèrent contre les con-
4revenanls la peine de la déposition (2530j ;
n'aiment pas Jésus-Christ, comme pour les menacer de son redoulable jugement. C'est de là qu'elles oui 'passe dans les chartes.
(2556) La formule portant privation des boaueiirs et des aignités est fréquente dans les bulles pontifiq^es, surtout depuis Grégoire VtL
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PâLëOCRAPHIB. ^ APPENMCE.
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ce qui ne pouvait convenir gu'îi des supérieurs à regard de leurs inférieurs. Du reste, les anathèmes et les imprécations étaient ordinairement terminés par Fiat ou par Amen plus ou moins répétés. Souvent même ces deux mots étaient réunis. Les évéques n'épargnaient pas les anathèmes contre leurs successeurs qui aliéneraient ou s'empareraient des biens donnés aux églises. Les saints Pères et les conciles ont plus d'une fois approuvé, par leurs décrets et par leur conduite, les anathèmes et les malédictions dont on frappait des hommes injustes et sans joug, qui se faisaient un jeu d opprimer les faibles et de fouler aux pieds les dernières volontés des testateurs : volontés dont les lois ecclésiastiques et civiles ont sans cesse recommandé j'exécution, volontés qu'ils ont toujours déclarées inviolables (2537). Peut -on donc assurer, comme font quelques écrivains, que rSglise ait aboli 1 usage des imf^récations comme contraires à Pesprit de 'Evangile et à la charité chrétienne?
A la vérité saint Pierre Damien représenta comme un grand abus que presque aucune bulle ne fût exempte d'anatoème. Trop fré-
auemment on les employait, au jugement 'un pieux et savant auteur (2538), pour des fautes assez légères ; on les encourait même quelquefois sans savoir pourquoi. Les bulles furent réformées sur les remontrances du pieux cardinal. Mais les imprécations, les malédictions, les anathèmes allèrent leur train dans les chartes longtemps après qu'elles eurent été bannies des lettres apostoliques.
Ce qpi'il j a de plus singulier, ce n'étaient pas seulement les Papes et les évéques qui ,
Jusqu'au xi* siècle , et môme en certains ieux jusqu'au xiii% prodiguaient les excommunications, les moines et les laïques s'étaient mis en possession de les lancer contre ceux qui donneraient atteinte à leurs chartes, et contre eux-mêmes , s'il se rendaient coupables de cette prévarication (2539) .
Nos rois ont moins fait usa^e des imprécations que des peines pécuniaires. On en rencontre pourtant plusieurs exemoles sous les Mérovingiens. Ils se multiplièrent au IX* siècle. Au xi% lorsque les diplômes de nos princes portaient excommunication ou anatnème, ils les faisaient communément prononcer par les évoques. Les grands vassaux du royaume en usaient de môme. On peut , après tout, regarder la peine d'excommunication, qu'on fait quelquefois entrer dans les .chartes, plutôt comme une imprécation que comme une entreprise sur 1 autorité des évoques.
Avant que d'accabler de malédictions où d'autres peines ceux qui tomberaient dans les contraventions qu'on voulait prévenir , il était assez ordinaire de marquer qu'on ne croyait pas qu'elles dussent arriver, ou de
(2537) De re diplom.^ p. 96 et seq.
(2558) Ibidem.
(2539).0ii voit dans le chapitre second du 4* concile tenu à Elomedu temps du Pape Symmaque, en UWf que lo roi Odoacreiîl publier un ëdit, dans
faire un 'souhâit'pbur dStourner ce malv heur. On l'exprimait par ces formules : Quoà non credo y ouod absit^ quod Deus avertat. Quand on dévouait à la damnation éternelle les usurpateurs des biens ecclésiastiques, on sous-entendait toijgours cette condition : S'appose qu'ils demeurent incorrigibles , et souvent même on l'énonçait positivement.
•C'est une réflexion qui doit rendre moins étonnante la conduite de nos ancêtres, puisqu'ils ne faisaient, en quelaue sorte, que rappeler cette maxime de 1 Evangile : tes ravisseurs du bien d'autrui ne posséderont point le royaume de Dieu^ seulement ils là
• relevaient de couleurs un peu vives, mais par là même plus propres à remuer l'imagination des hommes de ces siècles, où avec une forte dose de barbarie dans les mœurs on réunissait un grand fond de respect pour la religion.
Les Grecs n'ont pas moins fait ^usage des malédictions dans les ^actes publics et privés que les Latins (2540). Empereurs, rois, évoques, princes, ducs, simples particuliers, tous chargent d'imprécations les violateurs de leurs chartes. Tous souhaitent que la malédiction des trois cent dix-huit Pères du . premier concile de Nicée tombe sur eux.