SECTION II
DATES.,' iLBURS FORMULES ET LEURS ESPACES ; t^S FAUSSES DATES REIfDElfT-ELLBS TOUiODftS LES ACTES SUSPECTS? DATES DU LIEU, BBS tCONSUÛ, DE l'iNDICTION ; ÈRES CiméTIKIllf SS , PC MONDE, b'eSPAONE, DES ARABES, ETC., a>ATBS DU R^GNE DES PR1MCB8 ET DU POMTIFICAT PAPES ET DBS tVÉQUBS , ETC., DBS MOIS, DBS JOURS, DES LUNES, DES FÉTTES, BTC.
Les dates marquent le temps et le lieu, où les dipl6mes et les actes sont dressés. i^s anciennes constitutions des Empereurs romains portaient toujours la note du lieu et du temps de leur expédition , et l'énon-
çaient par la formule data. Il ne faut point ehercber dtautre mystère dans rétymoio^pa de oe terme. De tous les caractères intniisèques des actes et des diplômes, il n'en est point do plus impo/tant que la date, parée
tl53
PALEOGRAPHIE. — APPENDICE
1ir>4
Qu*on s^est accoutumé à juger par Ik de leur vérité ou de leur supposition , indépendamment des autres caractères. Il s'en faut pourtant beaucoup que la date seule soit une règle infaillible et à la portée de tout le monde. C'est ce qui nous engage à en donner les notions les plus exactes qu'il nous ' sera possible.
Chap. !•'. Notions des dates; leurs formules^
leur position dans les chartes; celles-ci
sont-etUs toujours datées?
Si l'on n'ajoutait pas toujours à data soit epistolay soit charta^ jamais ces mots ou aautres semblables ne manquaient d'être sous-entendus. C'est ainsi qu'au lieu de data^ Ton employa datum^ parce qu'on sous-entendait edictum^ prœceptumj diploma^ etc. Longtemps après, les locutions barbares datavi et dataro prirent la place de data et de datum; mais elles étaient rares et surtout la dernière. Les siècles de la plus pure latinité avaient fait usage de dabam^ à peu près dans la même signification ; bien qu'il fût encore plus ordinaire de supprimer ce terme. Au vin* siècle les chartes privées, comme les diplômes royaux et particulièrement ceux cfe Pépin et de Charlemagne, substituaient quelquefois à datum ^ netavi ditm. Cette manière de dater, ainsi que cfataviy n'est guère moins fréquente dans les chartes de France, ou plutôt de Bourgogne, que d'Allemagne (2573). Les lois d'Arason appellent tusisia et kalendarium la date qii elles obligent les notaires d'insérer dans les actes publics (!2574>) ; mais les formules mêmes des actes n'usent point de ces expressions. On était en certains siècles entêté de la poésie, au point de versifier jusqu'aux dates. On en trouvera un exemple singulier dans la Diplomatique du P. Mabillon (2575).
1. Différentes formules de dates y mises à diverses reprises dans les mêmes actes. — Datum et da^a, dès le moyen âge, firent souvent place aux formules, acta^ scripta^ facta. }uand elles étaient au singulier, on y joignait donalioy paciio^ notitxa^ char ta ^ sert- Uura^ scriptioy etc., soit au nominatif, soit •i l'ablatif. Quand elles étaient au pluriel, on n'exprimait point le nom de la pièce, mais l'on disait en termes généraux : Facta $unt hœcy etc. Acta sunt hœc^ etc.
Souvent les mêmes titres renfermaient «ne ou deux formules de dates, commençant
Bar datum et actum^ ici réunies, \h séparées. ans le premier cas, ou l'acte avait été fait et exécuté tout à la fois, ou dressé et délivré tout de suite. Dans le second cas, on voulait dire , qu'en tel temps et eu tel lieu Ton avait procédé à l'exécution du contenu de la
inèce, ou seulement qu'on avait résolu de la aire, et qu'en tel autre temps et lieu on l'avait passée ou délivrée; ou bien on prétendait distinscuer le temps et quelquefois le lieu de la confection de la charte de celui de son expédition ; ou enfin on entendait qu'appo-
CKIZ) DêredipL,p.ie\. \
(2574) dossar, Cakg. ad toees^ AssitU et Kalendanum.
2575} De re dipL, p. i88.
ser des formules d'usage, sans qu'il y ait cîi distinction de temps ou de lieu.
Les rois de la pre Lière race se bornaient à la seule formule datum ou data; mais ceux de la seconde, à celle-ci en ajoutèrent une autre commençant par actum. Les princijîales dates du temps étaient affectées à la première formule. Les moins importantes , et constamment celles du lieu étaient réservées pour la seconde. On les confondit dans la suite en se servant de Tune et de l'autre tour "à tour, sans distinguer les différentes idées qu'on y avait attachées d'abord.
• Sous les empereurs romains, on marquait au bas de leurs édits et rescrits les temps et les lieux où ils avaient été donnés, et ceux où ils avaient été reçus ou proposés, c'està-dire afiichés et publiés.
Les doubles formules de dates, et du temps et du lieu se montrèrent aux v* et vr siècles dans les lettres des Papes et quelques autres anciens monuments. Alors datum et suscc^ ptum; data et accepta ^ destinés à faire eoiinaltre les temps et les lieux de l'expédition et de la réception des lettres , étaient d'un usage fort commun. Quoique ces formules ne se soient pas longtemps soutenues sur le même pied, elles n'étaient pas encore totalement abolies en France au x* siècle. Depuis la plus haute antiquité jusqu'au commencement du xir et même un peu au delà, les privilèges accordés par les Papes, ou les bulles consiftorialcs se distinguèrent ordinairement par deux formules de dates, l'une de la mam du notaire archiviste chargé de les dresser, l'autre du chancelier ou bibliothécaire qui avait soin de les revêtir des marques convenables d'authenticité.
Vers le xi* siècle on vit des diplômes, et notamment ceux que nous avons qualifiés pancartes de la seconde espèce, datés en des temps différents, et quelquefois éloignés de dix, vingt, trente et quarante années. Que la première formule de date eût été appliquée à la fondation d'un monastère, la seconde l'était à la confirmation des doiintions qui lui avaient été faites, et la troisième avait pour objet des libéralités plus récentes, insérées après coup dans la charte de fondation (2576). Il n'en fallait pas davantage pour faire éclore dans un seul titre plusieurs dates successives. Les augmentations qu'on faisait à des donations antérieures avaient aussi le même effet. Mais il était encore bien plus ordinaire que ces divers actes ajoutés à la pancarte fussent dépourvus de toute note chronologique. Au xiv siècle les lettres et ordonnances des rois réunissaient souvent deux- dates éloignées l'une de l'autre de près d'une année, parce qu'on datait du jour auquel elles avaient été passées au conseil, et de celui auquel elles avaient été scellées (2577).
IL Inconstance des notaires dans la dis^
' (2576) De te dipL, p. 213 et passim!
(2577) Ordonn.jies rois de France, t. lll, Prœ^.^ p. VI et vn.
DICTIONNAIRR DE PALEOGRAPHIE, ET€.
.position quHU donnèrent aux dates. — Quoique, en général, on puisse distinguer les dates en initiales et finales , il est yrai^de dire crue, depuis Tinondation des barbares jusqu à ces derniers siècles, elles n'eurent Aucune place fixe et permanente, ni au commencement, ni à la fin des diplômes. Ici les dates initiales précédèrent Tinvocalion même, là elles la suivirent. Ici, on les vit marcher à la tète des titres, crue prenaient les princes etlesjévôques;iàelles leur cédèrent te pas : ailleurs elles ne vinrent qu*à la suite de la suscription et môme du préambule. Les' dates finales n'eurent guère plus de consistance. Tantôt elles accompagnaient les salutations ou les signatures et ne faisaient qu'un corps avec elles, tantôt elles étaient placées avant ou après les souscriptions ou Ténumération des témoins. Ordinairement toutes les dates étaient rangées de suite, rarement quelques-unes faisaient , pour ainsi dire , bande à part. Mais alors, ou elles étaient totalement différentes, les unes des autres, ou les mêmes se trou- Taient en partie répétées. C'est ce qu'on remarquait spécialement à l'égard des pièces qui n'étaient point écrites et données, envoyées et reçues , faites et délivrées par les mêmes personnes. Si la situation des dates initiales et finales était sujette à tant de variations, la place que les diverses sortes de dates, comme du mois, du jour et de l'année, de l'indietion, gardaient entre elles, n'avait rien de plus fixe, ni de plus invariable.
III. Formules de dates^ oà 'Von fait entrer publiée er in Dei nomine féliciter, amen, etc. — Dans les temps les plus reculés, elles étaient souvent précédées d'invocations tou* jours fort courtes, et communément rédui-. -tes à ces trois mots, In Dei nomine. Ils faisaient un tout avec elles; mais au lieu d'être exprimés en propres termes, quelquefois ils étaient figurés par des monogrammes ou traits énigmatiques. Ce n'est pas encore 4out: l'invocation formelle, par laquelle était terminée la date finale, l'était à son tour par féliciter^ souvent suivi d'Amen; surtout depuis le commencement du viii* siècle. Cette formule fut d'un usage très-^fréquent dans les diplômes de nos anciens rois. Il n'était pourtant pas absolument rare qu'elle y fût totalement omise, et que Y Amen n'y pardt point , quoiqu'ils fussent postérieurs au VIII* siècle. On rencontre même bon nombre d'exemples, oîi l'invocation finale est totalement supprimée, quoique féliciter y soit conservé. Du temps des rois mérovingiens l'invocation suivie de féliciter était toujours renfermée sous une formule de dates. Mais les diplômes des rois carlovingiens, étant munis de deux de ces formules. Tune du temps, et l'autre du lieu, ont coutume de j)iac&r ces termes : In Dei nomine féliciter. Amen y à la suite de la seconde, comiiençant . par Actum. Le nom du lieu y précè» î immédiatement, comme sous la prem^' ^ *$ race,
mm De re dipL, p. 576.
mi9) /6f(/., p. 192.
(2580) Ibid., p. 210, 212, 471.
l'invocation expresse. Si cette invocation esi passée sous silence, c*est à féliciter que sa place est dévolue. A quoi néanmoins on peut opposer quelques exceptions fort rares. C'en est. une, quoique d'espèce différente, que féliciter marche avant Tinvocation, comme il se voit dans un diplômed'Othon II. Un autre encore plus considérable s'offre dans la formule suivante : Actum Compendio palatio in Dei nomine féliciter. Amen.](2olS), Ce qui distingue celle-ci, c'est qu'elle réunit dans une seule formule toutes les dates du roi Hugues Capet. Mais ce fut à peu près l'époque de l'abolition de l'invocation finale qui entraîna bientôt celle de féliciter.
L'adverbe publiée reçu parmi les dates de lieu s'est soutenu, sous, les trois races, dans les diplômes royaux et*dans les chartes des particuliers. Ces dernières l'admirent plus d'une fois, lorsque le trône était occupé par les Mérovingiens. Elles y substituaient néanmoins t^tco publico et villa publica. C'est ainsi qu'on appelait alors pour l'ordinaire les palais des rois. Car on ne laissait pas de leur donner déjà, même dans les diplômes royaux , le nom de palais , qui devint plus commun sous Charlemagne. surtout depuis qu'il eut réuni sur sa tète l'empire avec la royauté (2579). Empereur des Romains, il n'appela presque plus ses maisons royales que palais publics. Louis le Débonnaire les qualifiait palais royaux, et Charles le Chauve palais impériaux. Charlemagne s'était servi du terme de palais^ avant même que d'être empereur, à l^xemple de ses prédécesseurs. Les chartes des rois de la seconde race firent quelque usage de publiée; mais il devint presque ordinaire dans celles de la troisième durant quelques siècles. On peut observer comme une coutume propre à ces derniers monarques, de dater leurs chartes : In curia solemni Pasehœ ou Penteeostes, etc. , quoi* que cette formule fût souvent négligée, même sous les premiers Capétiens, après lesquels elle s'abolit en partie, et fut du reste transformée en de nouvelles formules^ comme, donné en notre conseil^ etc. (2580).
IV. Chartes sans dettes , ou qui nen ont que d'imparfaites : en sont-elles moins vraies et moins originales f — On trouve un nombre de titres sans date, assex considérable en soi, mais pourtant assez petit en comparaison des actes datés. 11 est des siècles où ils ne sont pas rares« et d'autres où ils le sont plus ou moins. On connaît des exemples du vu* siècle des diplômes royaux en original , dépourvus de toutes dates et néanmoins munis oe sceaux.
Cependant le P. Germon rejette (2581) un diplôme de Dagobert, parce qu'à la date du mois et de l'année il n'ajoute pas celle du jour (2382). Il en réprouve un autre, parce qu'il n'a que la date de l'année (2583). C'est néanmoins quelque chose de plus que d'être
{5581)Discept2, p. 401.
(2582) Doublet, p. 658.
(â58)^ Discept. 2, p. tllSt.