i85) FoTANwi, Vmdic. dipL, p
25»6) De re dipL, p. 210.
«5871 Ibid., p. 2H.
'«688) Ibid., p. il2.
(2589) Ibid., p. im.
(«590) Pag. m.
(«591) Chu. 1. 1, col. 465.
actes; mais il soutient (2590) qu*il est démontré par les faits, que jamais les Français ne turent astreints à pareille loi. Aussi trouve-t-il dans la seule collection de Pérard, sans sortir du xir siècle, une infinité de chartes ecclésiastiques manquant de dates. Du Gange (2591) déclare que les chartes non royales d'Angleterre sont presque toutes dépourvues de dates d'années, depuis Guillaume le Conquérant. Dans le seul Monasticum anglicanum nous avons compté près de cent pièces du xii* siècle, qui no sont point datées. « Et combien de semblables chartes, dit le célèbre Cochin (2592), avons-nous dansdifrérenlescollections(2593), qui ne passent pas pour moins vraies et originales, quoiqu'elles aient le môme défaut, qui n'est pas regardé comme essentiel, surtout dans un siècle où la plupart des anciennes chartes manquent de date(2594) i » Connaissait-on au moyen Age dans beaucoup de provinces les lois romaines qui déclarent nul tout acte, lorsqu'il n'est point daté du jour et du consulat, absque die et consule?
Un auteur judicieux, bien loin de suivre les idées de P. Germon, soutint, il y a trentesix ans, qu'on trouve beaucoup de chartes sans date. On avait proposé dans le Mercurs du mois d'août 1723, si les chartes^ qui ne sont point datées f mais munies de sceaux de personnes illustres ^ dont le temps n'est pas douteux f peuvent passer pour certaines et authentiques. Aussitôt divers écrivains entrèrent enjice pour se disputer la gloire de résoudre un problème de cette importance; mais personne ne le fit. avec plus de succès que 1 auteur des Remarques sur la réponse^ qui a paru dans le Mercure^ etc. (2595J.
Après avoir prouvé son sentiment par des diplômes de ducs de Bourgogne et ci'évêques , il ajoute qu'on voit beaucoup de pareilles chartes dans les Traditions de Vabbaye deFulde. Il croit (2596) que cet usage ne lut introduit que vers le x' siècle, et qu'il finit au xiir. Cependant il convient « que les chartes des rois de la première race n'ont quelquefois, pour toute date, aue leur nom, ou les années de leur règne. Ii y en a deux de cette sorte dans le Supplément de la Di^ plomatique, pag. ^ : l'une est de Clotaire II, et l'autre de Dagobertl", et deux autres dans la nouvelle histoire de l'abbaye de Saint- Germain, savoir le testament de Dagobert, Ïui n'a ni date ni signature, et une charte e Thierri II. » L'auteur cite encore du môme recueil une charte sans date ni signature, donnée par'une comtesse vers l'an B'î9. Enfin , il reconnaît (2597) que l'usage de ne
f>as dater n'était pas absolument universel nous ne voudrions pas dire, qu'il fût le plus ordinaire), même dans le xi* et le xu" siècle ;
(«592) Tom. VI, p. «70.
(«393) Capitul. Baluz., t. II, p. 1163 et sea.; Marc, uispan,,, p. 8,1; Marten. , Colleet.^ t. 1, p. 105, etc.
(«594) Gatel, Comte de Toulonss p. 110
(«595)<ranrt>rf7«4, p. 1.
(«596) iW4., p. 4.
(«597) Ibid., p. 6.
llo9
DICTIONNAIRE DE PÂLEOGRAPillE, ETC.
fiuisque Von voit plusieurs titrée avec le mois et le règne du roi y éC autres avec S ^^"^^^ du règne y sans mois ni jour ^ et dautres enfin
CéVeC REGNANTE DoMINO N. PONTIFIGANTB N,
Comité N. sans en marquer les années
Quant aux diplômes de nos rois^ il y en a
sans moiSy ni jour ^ et d'autres avec le mois sans le jour, tels sont^ entre autres^ deux de jP/ulippe-AugustCy rapportés dans Pérard ^ ' i^agr. 340 ; mais Von n'en trouve aucun sans quelque marque chronologique. Ceci ne peut 5'entendre que des plus importants, puisque J'auteur lui-même venait d'excepter des chartes royales datées , celles qui étaient de peu de conséquence y et qui devaient être exé^ cutées sur-le-champ. Mais il ne se trompe pas moins, en supposant qu'aux xi* ot xii* siècles, il ne paraît prévue aucun acte sans date y que ceux qu on appelle notices; qu'en caractérisant ces notices, comme s'il leur était essentiel de commencer par ces mots : Notitiaj notum sitj noveritiSy notifico. Car, h la réserve du premier, tous ces autres commencements ne sont pas plus propres des ^notices, que des autres chartes, quoique très-probablement ils en aient tiré leur origine. Les dates étaient encore fréquemment omises dans les actes en 1237, puisque le concile tenu à Londres, cette année, or- <lonna qu'on les daterait du jour, du temps et du lieu : In principio quoque vel fine cujuslibct scripturœ authenticœ sufficientem datam inseri staluimus diei , temporis et tori (2598). Ce statut fut assez mal exécuté ncôme en Angleterre.
V. Les dates fausses^ ou qui le paraissent ^ rendent-elles toujours les chartes suspectes f Pièces vraies j dont les dates sont très- fautives, — Des actes sans dates ou qui n'en ont que d'ira[:arfaites, passons à ceux qui eu renferment de fausses, sans être pour cela supposés ou suspects. Qu'il y ait des bulles et des chartes orij^inales très-vraies, dont Quelques dates soient absolument fausses , cest une vérité , dont nous fournirons beaucoup de preuves dans les parties suivantes de notre ouvrage. En attendant , il faut ébaucher ici la matière.
Si les fautes de chronologie sont fréquentes dans les inscriptions, les manuscrits, les lois, les conciles et les auteurs (2599), on
(3o98) Ladb., CoftW/., t. Xf , part, n, cap. 58, p. ÎU5.
(2599) L'épitaplie du tombeau de Philippe de Valois, faite par l'ordre de la reine son épouse , porte que ce pnnce mourut le 28 d'août. Cette date est absolument fausse (a). L^inscription mise sur le tomlieau du jeune prince André, fils du dauphin Humhert II, qu'on voit dans 1 église des Jacobins de Grenoble, marque sa mort trois ans après sa véritable époque (6).
Les erreurs dans les dates des conciles ne sont
{>as moins fréquentes. Par exemple , celui de Chaons- sur-Saône est daté de Fan 886 dans toutes les éditions. Cependant il est certainement de Taii-
(a) Ifofttim. de la Mmnrch. franc,, f. T1, p. 284.
[b) VAi.BcmAT«, Eist. de Dauphiné, 1. 1, p. 306.
ne doit pas s'étonner de rencontrer défilasses dates dans les chartes les plus authentiques. Ces anachronismes sont le plus souvent des mécomptes des écrivains, des secrétaires ou de leurs commis (2600). Les notaires, même les plus exacts, se trompent, surtout aux cniffres. Que sera-ce si le notaire est peu attentif ou trop hardi ? Ajoutez à cela le peu d'uniformité dans la manière de dater anciennement les chartes parmi les différents peuples , où Ton fixait diversement le commencement des années, des indictions et des règnes ; pour ne rien dire des notaires ignorants, qui, pour foire parade de leur prétendue habileté dans la chronologie, entassaient à l'aventure dates . sur dates ; ce qui les rend aussi difliciles à concilier entre elles qu'avec notre manière de compter. On ne saurait donc prononcer sur les actes faussement datés avei; trop de circonspection, jusqu'à ce qu'on ait acquis d'ailleurs des preuves convaincantes de leur ■ fausseté. Combien de chartes même originales, vitiées dans leurs dates et néanmoins très-sincères? A-t-on le plus léger 'fondement de douter de la vérité du testament de saint Grégoire de Nazianze? Cependant sa date est fausse, au jugement de Tillemont (â601}. Ce savant homme observe que la lettre de l'empereur Théodose au concile d'Ephèse sur la condamnation de Ncstorius est datée dans le. texte grec du 29 de juin, et à la marge* du 19 du même mois. Les manuscrits latins la datent du premier;|de juillet. « 11 est certain^dit lejudicieux critique (2602Kqn*elle n'est point du 19 juin, puisque la dépositioa de Nestorius ne lut faite que le Sa; et il p«^ étonnant que le P. Petau ait suivi une faute si visible. » Tillemont avertit encore (2603), qu't/ ne faut pas beaucoup se fier sur lirchro^ nologie du code^ fondée sur les dates des lois ass^z souvent fausses, La charte de fondation de Saint-Martin des Champs, dans rimprinié et dans l'exemplaire conservé àClony,porte les dates de l'an 1060 de la vingt-septième année du règne de Henri 1" et de rinaictioa XV. Ces caractères chronologiques se contredisent. L'année 1060 était la vipgt-neuvième année du règne de ce prince et Tindiction XIII. Cette charte néanmoins est reconnue pour très-véritable. Dom Mabillon (2601^) en cite une qui est datée de l'empire de Conrad II en 1039, un mois après sa mort; mais la nouvelle n'en était
née suivante 887. « L'indiction v, dit D. Vaisselte yc\ est marquée dans tous les actes donnés par le même concile , et celte indiclion ne convient nuilenK^iit an mois de mai de Fan 886 mais bien à Tannée sotvante. »
On ne finirait pas si Ton entreprenait de inarqa^ tous les anachronismes qui sont échappés aux auteurs les plus exacts.
(2G00) Baluze, Maison d'Auvergne^ t. I, p. 272 et suiv.
(2601) Tom. IX, note 49, p. 72t.
(2602) Tom. XIV, note 47, p. 769, 770,
(2603) Tom. VI, pag. 57.
(2604) Annal, Bened,, lib. Lvn, n«94.
(c) Uitt. de Long. U U, p. 522», col. i.
PALEOCRAPHIS. — APPENDICE.
ftl»
peuvent être que de la fin du mois mai 1315, en sorte que Fécrivain a mis,
pas tenue à Florence , où cette charte fut dressée.
Ce n*est pas seulement, dans les archives des églises et des monastères qu'il y a des pièces faussement datées; les registres du trésor royal des chartes et du Vatican en fournissent un très-grand nombre. De Laurière (2605) a publié des lettres de Louis X, données à Sens au mois de mars. Tan de grâce 1315. Ces lettres, dit le savant éditeur, ne peuvent être du mois de mars 1315, puisqu'elles contirment des lettres précédentes, qui sont du mois de mai de la tifiême année, et, comme elles sont interprétées par des lettres du mois de septembre 1315, elles ne
" - de
par erreur, mars pour mat.
Toutes les bulles consistorialcs du registre d'Innocent III présentent une fausse date de Tindiction pendant Tannée 1207, comme nous l'exposerons plus au long dans la IV" partie de cet ouvrage. Et qu'on ne s'imagine pas que cette erreur n est que dans le registre , elle règne également dans toutes les expéditions de ces mêmes bulles , quelles que soient les archives où on les conserve. Suivant un ancien commentateur des Clémentines (2606), les mécomptes, au sujet des années des Papes et des indictions ne sont point du nombre de ces fautes où il soit fort difficile de tomber, parce que l'indiction ou l'année du pontificat nest pas aussi connue que celle de Jésus-Christ. D où il conclut à ne pas traiter de fausse une bulle vicieuse, par rapport à Tune ou à l'autre date, mais à rejeter la méprise sur Técrivain.
Il est prouvé, par une charte de saint Louis, gardée aux archives du roi, à Montpellier, qu'au mois de mai 1227 ce prince accorda la confirmation d'une donation faite à révoque de Nîmes par Simon de Montfort. Cependant deux registres originaux de nos rois contiennent la même pièce, datée du mois de mai de Tan 1226. On voit bien d'où vient la méprise : celui qui inséra cette chajTie, dans le registre, aurait dû marquer 1227, depuis le 11 avril, auquel tombait Pâques cette année. Mais comme il était accoutumé à dater de 1226, il continua, par 1n:i t'ntion, à employer cette date quelques lours après qu'il aurait d& cesser de s'en «ervir.
Nous ne mettrons point au rang des fausses datf^s, mais de celles qui le paraissent, une autre disparité remarquable entre les deux monuments qu'on vient de citer. La pièce, couchée sur le registre, est datée de Saint- Germain en Lave et l'expédition de Paris, i]uoique dans •l'une et l'autre Fénoncé de la date porte aciwnj et quil soit d'ailleurs constant que Taffaire fut terminée à Saint- Germain en Laye. Cette difficulté peut être levée, en supposant que le registre tenant
(2605) Ordonn. du Louv., t. 1, p. &iù. (i(»06) Bouifac. de Vitaliiiiis tn Ciementin.y fol II, col. 3, Exirav,
lieu de minute et l'expédition de grosse furent datés en diflférents temps.
Secousse , dans sa préface (2607) , sur le troisième tome des Ordonnances de nos rois,, nous en fait observer plusieurs à la tête des^
Suelles se trouve le nom du roi Jean, datées e Paris, tandis que ce prince était certainement aux extrémités du royaume, ou même en Angleterre. « Il y a, continue ce savant homme (2608), dans les registres publics de ces temps-là, un assez grand nombre de-
fâèces qui présentent les mêmes difficultés.. 1 semblerait d'abord que des alibi si bien/ prouvés devraient sufiire, pour faire rejeterces pièces comme fausses; mais d'un autre côté, elles se trouvent dans des registres publics respectables par leur ancienneté, et. conservés avec soin depuis le cègne du roi Jean sous lequel ils ont été écrits ; et d'ailleurs il y a quelques-unes de ces pièces» qui sont des lois faites pour tout le royaume en général, en sorte qu'il n'est guère })ossible de présumer que quelqu'un ait eu en même temps un intérêt capable de l'engager à supposer une loi qui ne serait pasémanée du prince, assez de témérité pour oser l'entreprendre, et les facilités nécessaires pour y réussir, et pour la faire inscrire^ dans des registres publics. Ces raisons seules pourraient* contre-balancer les faussetés apparentes qui se trouvent dans ces pièces;, mais la connaissance des difi*érentes formalités qui s'observaient sous le règn« du roi Jean pour parvenir à faire imprimer aux lettres royaux le sceau de l'autorité royale,, cette connaissance, dis-jo, puisée dans un. grand nombre de pièces de ce eenre qui' m'ont passé par les mains , m'a fourni des. conjectures très-fortes, qui m'ont persuadé
3 ne' ces pièces ^ qui paraissent si suspectes ans la première vue, sont cependant trèst- VÉRITABLES, ct m'a mis en état d'expliquer comment il s'est pu faire qu'elles portassent des caractères si marqués de fausseté.»
L'habile académicien (2609) prouve en»suite : « 1' qu'il se passait souvent un temps considérable entre le jour auquel on paesaii des lettres royaux au conseil, et celui au-
3uel on les scellait; 2r que les lettres étaient atées du jour qu'elles étaient scellées. >» On laissait la date en blanc, lorsque le sceau ne devait pas être apposé sitôt. La date et le sceau, mis à la fois, revêtaient enfin une ordonnance du dernier degré d'authenticité dont elle était susceptible. Mais quoiqu'on laissât souvent la date en blanc, on mar quait aussi quelquefois expressément et celle de la confection de la pièce, et celle de l'apposition du sceau. Ainsi des lettres ou ordonnances , passées avant la bataille de Poitiers et scellées depuis, sous une seule date laissée en blanc, purent porter le nom du roi Jean , quoiqu'il fût prisonnier à Bordeaux ou en Angleterre.
Le conseil .ayant donné*, sous une autrâ
(i6Q7) Pag. n et suiv.
(2608) Pag. nu (^09) Pag. vu.
tia
DIcnONNAillE DE t>ALEOCaAPiUE, ETC.
Itil
forme, des lettres renfermant [)récisément les mômes privilèges et concessions, accordés auparavant par le même prince aux habitants de certaines villes ou bourgades du royaume, on conserva son nom à la tête de ces nouvelles lettres,, quoiqu'elles eussent dû être expédiées, comme les autres actes, au nom du dauphin, régent du royaume. La faison pourquoi ces nouvelles lettres retinrent le même titre que les précédentes, c'est ou parce qu'elles ne changeaient rien au fond, mais seulement à la forme des privilèges accordés par le roi, ou parce que c'est une erreur, qu'il faut rejeter, avec Secousse, sur Tinattention ou inexactitude du secrétaire. Ce qui parait plus diflicile à croire d'un nombre considérable d'actes du même temps.
Le même auteur donne une autre ouverture pour expliquer comment il se peut faire que diverses lettres ou ordonnances du roi et du dauphin, en qualité de régent ou lieutenant du royaume, aient été datées de Paris, pendant leur absence; c'est, dit-il, qu'une partie du conseil d'Etat avait été laissée a Paris, avec pouvoir do passer ces sortes de pièces. Il ajoute un fait qui ne doit pas moins rendre les critiques réservés à «^inscrire en faux, sous prétexte de dates incompatibles, contre les diplômes émanés de l'autorité souveraine, lorsqu'ils sont adressés à divers officiers de justice* Selon lui (2610), Il y a d'anciennes ordonnances qui ont différentes dates, «r Autrefois, ajoute-t-il, on. hs envoyait à tous les baillis et sénéchaux du royaume, avec des adresses différentes; et il paratt qu'on ne les datait que du jour qu'on les leur envoyait , en sorte qu une même ordonnance avait autant de dates dif^ férentes qu'on avait fait d'envois différents aux baillis et au^ sénéchaux. » Quoiqu'il semble qu'une même pièce ne dût i}orter qu'une même date , dans ces copies authentique.s, il s'en trouve donc à la vérité des-
3uelles on ne doit pas se refuser, malgré la iversité des dates*
VL En quel cas un titre original^ dont la date est fausse , doit'il être réputé faux lui-' même? — En général les seules fautes de chronologie ne sont pas ordinairement une raison légitime de rejeter les actes où elles se trouvent. Les années du règne de David II, roi d'Ecosse (2611), ont été mal comptées par les notaires, dans tous les instruments publics. Ruddiman en donne des preuves in« contestables. Faudra-t-il regarder tous ces actes comme nuls ou supposés, à cause du Vice de leur date? Il y a néanmoins des anachronismes si grossiers qu'ils décèlent d'eux -«mêmes l'imposture des pièces où ils se trouvent. Qui pourrait ne pas reconnaître la supposition des faux actes que l'em- Breur Maximin fit publier sous le nom de late et de Jésus-Christ, lorsqu'on y voit la mort du Sauveur du monde mise en la septième année de Tibère , quoique Pilate ne
(1610) Secousse, /6iii., p. xv»
(i611) Setsctuêdipl. et numisnié Thesaur., Praefat., p. «.
soit venu en Palestine que cinq ans après, selon Josèphe. Le prétendu nrivilége de Lindau, accordé i)ar Louis le Débonnaire , sera, si l'on veut, irréprochable du cêté des formules et du sceau , mais il fait mention deRaban, archevêque de Mayence, qui ne
EDsséda jamais cette dignité du vivant de ouis le Débonnaire. Ce seul anachronisme démontre la fausseté du fameux privilé|j;e, qui a causé une si longue guerre entre les savants d'Allemagne.
Chap. 2. Dates du lieu^ du temps^ des années^ des consuls et de Vindictipn ; différentes sortes d^indictions en usage dans les actes*
L Dates du UeUf dates du temps écrites sans chiffres et avec des chiffres romains ou arabes. — Les dates peuvent se réduire à celles du lieu et du temps. Quoique les unes et les autres soient de tous les siècles , elles ont cela de commun qu'il n'en est peut-être point où 11 ne leur soit également arrivé d'être omises. Les lois néanmoins n'oRt pas ordonné si rigoureusement l'apposltlondela date du lieu que celle du temps. Les Ro^ mains ne reconnaissaient aucun acte pour authentique , s'il ne portait la date <iu jour et du consul. Les lois des Allemands voulaient que le jour et l'année fussent marqués dans tous leurs titres.
La date du lieu apprend dans quelle vHIe, quelle bourgade, çiuel château, quelle place, quel village un diplôme a été dressé. Fac^ tum est Aor, dit un titre d'Evrard, comlc de Chartres, de Tan 1076, apudCastrum Blesium intra curiamy rétro palatium^ prope iurrem , patulo inter caminaïasquidem pamtiisiioxi kaiendas maii , die dominico , post meridia^ fiam (2Gl2). Les palais royaux où se tenait la cour sont les Ucux d'où sont daté:>^ les édits et les diplômes de la plupart de nos rois. Avant le xii'siècle, il était rarequ'après avoir daté d'une ville , on spérificU le palais où la pièce avait été donnée. Mais alors on ne se contenta plus d'exprimer la ville, on voulut déterminer pluspîarticulièrenient le lieu de la confection de l'acte. Au xm% on porta l'exactitude encore plus loin; on marqua jusqu'à la salle dans laquelle* on avait passé tel contrat. Du reste, la date du lieu n'est nécessairement requise que depuis l'ordonnance de lii^62, confirmée par celle de Blois, qui ordonne que les notaires mettront le lieu , la maison où les contrats sont fiasses , et le temps de devant ou après midi. Les actes antérieurs qui ne font point mention du lieu font foi , selon le célèbre jurisconsulte Dumoulin (2613).
Les notes chronologiques sont écrites, ou tout au long ou en chiffres, soit romains, soit arabes; ou bien ces différentes manières de dater se trouvent ensemble mêlées ou confondues. La première espèce de date fut souvent employée sans dessein ; plus souvent elle le fut', comme moins sujette aux mécomptes et aux falsifications que des chif-
(i612) Annal. Bensd., u V, p. 69.
(2015) GuENOYs, Conférenc. des cout^ 1. 1, Ci. sx, Jkt notair.f fol. v, 116.
îliS
fALEOGftAPBIE. -- APPENDICE.
fres qui peuvent facilement être altérés par un léger changement de quelques traks. Au temps où récriture Caroline était en honneur (s'il faut néanmoins en faire une écriture à part), on écrivait la date en caractères approchant du petit romain , et notablement plus menus que le corps de la pièce à l'extrémité inférieure de laquelle cette date était placée. Nous ne répéterons pas ici ce aue nous avons dit dans notre Ur tome (261/i^] suriesflgures et la valeur des chiffres employés dans les dates.
II. Diverses sortes de dates du temps: dates du règne de Jésus-^Christ , des princes^ du ponii/icat et des années. — Parmi les dates du temps, nous en distinguons d'abord de deux sortes : les unes vagues, les autres sçé* ciales. Celles-ci déterminent Tannée^ le mois, le jour, et Quelquefois même, quoique assez rarement, Tneure et le moment de la confection d'un acte et de la date d'une lettre. Celles-là ne spécifient qu'une suite d'années dont la durée n'est pas toujours connue , comme d'une vie, d'un règne , d'un pontificat (2615). Il en est cependant de plujs indéterminées. Nous mettons de ce nombre toutes celles qui portent la formule, régnante Domino nostro Jesu Christo , sans y joindre d'autre date. Avant que de nous expliquer sur les dates particulières , il faut dire (leux mots des générales.
Quelque vague que soit celle du règne de Jésus-Cnrist, dépourvue de toute spécification d'année, noqs ne pouvons mieux commencer queparune date si prénieuseàla foi, si religieuseroeqt employée dans les beaux siècles du christianisme, et d'un usage si fréquent dans ces actes où l'on voit la grâce triompher avec tant d'éclat des supplices et de la mort. On comprend bien que nous ne parlons pas des Actes des martyrs, dressés par les tribunaux, mais de ceux qui l'étaient
Ear les Chrétiens, témoins des glorieux comats de leurs frères. Leç premiers ne laissent pas néanmoins de porter assez souvent cette date. Elle y était ajoutée par les fidèles qui les avaient tirés des mains des païens , et pour ainsi dire enchAssés dans une préfiEice et un épilogue de leur façon. Quoiqu'on puisse citer quelque exemple de la formule régnante Christo^ tiré d'actes sincères de martyrs du second siècle , elle n'y devint ordinaire qu'au ur. Elle ne parut pas d'un usage moins commun dans les chartes, au plus tard depuis le vr siècle iusqu au xii% mais il était rare qu'elle ne fût pas accompagnée d'autres notes chronologiques. Blonde! a fait un livre exprès, pour prouver l'antiquité de cette formule. Elle ne fut jamais ordonnée par aucune loi ; chacun suivait sa dévotion en l'employant; chacun s'en servait ou l'omettait, comme il le jugeait à propos. Les termes qui l'énonçaient étaient sujets à des variations très-considérables. Elle marchait communément à la tète de plusieurs autres, dates, quelquefois aussi elle en était précédée.
(9614) Pag. 511 et suîv.
La formule Regem erspectante^ propre au X' siècle, est toujours à la suite de Christo régnante. Elle s'accrédita à l'occasion de la prison de Charles le Simple et de l'usurpation de Raoul; mais elle n'eut cours qu au delà de la Loire, les Français d'en deçà n'ayant pas montré une égale fidélité pour leur légitime souverain.
^ Une autre date à la vérité moins va^ue, mais qu'il est difficile, et souvent impossible de fixer , c'est celle du pontificat, ou du règne en général des Papes, des évègues et des
«rinces , surtout lorsqu'ils ont siégé ou régné m^temps. Ces sortes de dates sont néanmoins fréquentes dans les chartes des siècles du moyen âge; elles suffisent quelquefois, à la faveur de certaines circonstances historiques ou d'une date, telle que pourrait être celle de la lune, pour déterminer l'année et le jour, même dans les plus longs rè^nes^.. Dom Mâur Dantine a fixé plus d'une fois de
[)areilles époques dans la première partie de 'Art de vérifier les dates ; et l'on peut dire qu'en faisant imprimer ses nouvelles tables, il a mis son secret entre les mains du public, et qu'il en facilite la pratique.
De toutes les dates dont les hommes se servent, il n'en est point de plus utiles et d'un plus grand usage que celles des années ; mais il n'en est point non plus qui soient ex-
Î osées à plus de discussions et de difficultés, «s années des consuls ont les leurs, par les variations des fastes consulaires ; les années de. l'Incarnation, par l'incertitude du point de la naissance du Fils de Dieu, et encore plus par les différentes manières dont cha- , que nation les a comptées , et les divers commencements qu'elle leur a assignés. ' Les indictions varient dans les divers points fixes, dont on les fait partir. Les règnes admettent une multiplicité d'époques, qui, d'une part, jette beaucoup de confusion dans la chronologie^ et qui, de l'autre, fournit des prétextes, pour réprouver les titres les plu5 authentiques. C'est donc ici un des points de diplomatique, lequel demande à être traité avec plus ae soin et de précaution. Les détails et les preuves de fait sont pour les trois Earties suivantes ; maintenant il faut nous orner à donner quelques notiens de ces époques, de leur usage et de leur durée*
[Afin d'éviter un double emploi, nous supprimons ici les détails que donnent les Bénédictins sur les différentes ères employée» en chronologie. On retrouvera ces savantes notions dans la Dissertation sur Us dateSf imprimée dans le Dictionnaire de statistique religieuse, et les autres notions chronologiques du Dictionnaire de Vart de vérifier les aatesy faisant tous les deux partie de notre lEncyclopédie cathalique.]
(2615) Ferraju, De antiq, €rd.eyi.^.,l.ui,c.5.
un
mcnœsNAWE de PALEocitAriiiE, etc.
iiif
titâP. 3. Années des princet et des pre'lait, ranations dts dnte$ d'un même règne: dates hisloriquesj irunitines^ et de divers cyvles,
I. Anne'es du règne des rois: date de leur mort : actes datés du règne de nos rois dans le» provinces détachées ae la couronne, — Les ildlcs <Ju r^nc «ios souverains sont |»eut-élre les plus anciennes des notes chronologiques. Les médailles et les inscriptions prouvent qu*nn datait non-seulement des années du consulat et de la puissance tribuniticnnedes empereurs romains, mais encore de celles de leur empire. Ces dernières dates semblaient 6(rc particulières à certaines villes, et ne sYMenrJaient pas généralement, aux actes publics. Justinien fut le premier c[ui ordonna d y marquer l'année de son empire, sans préjudice des aulres dates.
Avant ce prince, les rois barbares, qui s^étaient établis sur les débris de Tempire romain, ilataient leurs diplômes, et faisaient, sinon nar voie d'aulorilé, du moins par leur exemplis daler les chartes particulières de leurs sujets, des années de leur règne. Cet usage commença dès les premiers temps de la monarchie française, et ne s'y est jamais démenli depuis. Qu'on n en infère pas néanmoins que toutosTes chartes datées (car nous avons vu qu'il en est d'entièrement destituées de dates) contiennent toujours l'année du règne, lors même qu'elles en renfernaent quelques-unes. Il en est bon nombre qui annoncent, comme on l'a déjà remarqué, le règne «le lel roi, sans en spécifier 1 année. Comiiien d'autres qui ne portent ni le nom ni l'année du roi, sous lesquels elles ont éié dressées, sans être dépourvues de toute date? Cela se vérifie principalement et dans les chartes privées et dans les diplômes les moins importants des rois de la troisième race.
Une chose fort remarquable, mais qui n'a nas échappée dom Mabillon (2616), c'est que les rois mérovingiens parlaient dans les formules <les dates, au lieu que les Carlovingiens y laissaient parler leurs chanceliers ou notaires. Les premiers disaient : Donné telle année de notre règne^ cl quelquefois dans no^ tre palais N. ou notre maison de campagne AT. Sous les seconds, les notaires déclaraient mie telle pièce avait été expédiée telle année du rogne de tel roi. Jusqu'à Louis le Débonnaire, l'ancien usage fut observé, ma^s avec iïes exceptions, i\\n préparaient au nouveau. On en aperçoit même déjà quelquesunes <lu lem[)s des rois de la première race. La formule de date des rois de la seconde, ceux de la troisième la suivirent à cet égard sous les trois premiers règnes. Mais Philipoe V varia beaucoup dans l'expression de »a formule de ses dates : tantôt il mit en usage celle dont ses préJécesscurs immédiats s'étaient servis ; tantôt il revint à celle des Mérovingiens; tantôt il en introduisit
(2616) De re diptom,, pag. 492.
(2617) LoBiNEAU, Hist. de Brel., t. Il, p. 315.
(2618) MÉffAGE, HhL de Sablé, p. 88.
(2619) De rediptom,, pag. 215.
de nouvelles. Par exemple, au lieu des termes consacrés, regninostri/il emplo^'a regni mei. Ses successeurs s'attachèrent invariablement à la formule la plus ancienne : et maintenant encore, nous les voyons dale.% de notre règne telle année. Plusieurs écrivains ont soutenu que, pendant tout le temps de l'excommunication du roi Philippe, on avait cessé d'emiTloyer en France, dans la date des actes publics, là formule, Régnante PhiUppo Regey à laquelle, selon eux, on avait substitué Régnante Christo (2617). Mais c'est une opinion abandonnée de tout le monde, depuis que Ilesly et Blondel en ont démoatré la fausseté (2618).
Les grands feudataires delà couronne, tels que les ducs de Normandie, de Bretagne, les comtes de Toulouse et autres, dataient leurs chartes du règne des rois de France; preuve que la supériorité de ceux-ci a toujours été reconnue. Richard I", qui prenait lu qualité de comte des Normands, dataainsi une charte de l'an 968. Actum Brilnevallis jussu Domini Ricardi inclyti Comitis xv Kalend, aprilis anno xiv régnante Hlothario rege, indict. xi. Dom Mabillon [2619] semble avoir été distrait sur cette lormule , lorsqu'il en prend occasion de douter si les dui:^^ de Normandie n'ont pas omis à viô^'JSeii dans leurs dates les années du règne des rois de France. Geoffroi,duc de Bretagne et lilsd'un roi, datait ainsi ses actes : Régnante PhiUppo illusiri Francorum rege^ Henrico paire meo rege Anglorum (2620). Observez qu'il nomnae le roi de France le premier. Les princes dataient encore assez souvent du règne des monar(iues dont ils ne dépendaient point. Les rois d'Aragon firent mention plus d'une fois, des années du règne de nos rois dans leurs chartes. Guillaume le Conquérant data celle de la fondation de la Trinité de Caen du règne de l'Empereur, dont il n'était point feudataire AnnoablncarnationeDominilÙ^ indict. V, Apostolicœ sedis caihedram possidente Papa uregorio VJIy regni mei xvianno, in Francia régnante Philip^K), Romanis in partions Imperiali îure dominante Henrico (2621). Hugues le Moine, seigneur de Vernon, vassal du duc de Normandie, data également un acte du règne de|Henri !•% roi de France, et du duc Guillaume II : J?fj^naRrf impayido rege Henrico et Willelmo iilustrt ComitetenenteNormanniœmonarchiam{éld^).
Les seigneurs des provinces détachées ue la couronne employaient ainsi dans leurs chartes le nom du roi de France, jwirce que sa supériorité n'était nullement contestée par les grand> vassaux. C'est donc l'ignorance de l'ancien droit public français qui a dirigé l'auteur d'un mémoire imprimé, où Ton rejette une charte de Robert de Courci, seigneur normand, parce qu'elle est datée du règne de Louis le Gros.
^ La mort de nos rois a quelquefois servi d'époque aux actes publics. « Nous voyons
(2620) LoBiNRAV, Hist. de Bret., i. il, p. 316.
(2021) Neustriapia, p. 658.
(2C22) Auml. Bencd.î t. IV, p. 5îHk
rALEOGRAPHIE. -- APKNMCE.
liai
çn effet, dit dom Vaissette /2C28) cju^efi 8b2 on ne datait les chartes, dans pFusieurs endroits de la Septimanie et de la Marche d*£9i agne, que depuis la mort de Louis ie Dé- Donnaire, sans aucune mention du prince régnant. C est ce qu*on voii dans quelques actes passés au mois d*août dans le diocèse de Gironne. Un autre du diocèse de Bézicrs, passé au nom des exécuteurs testamentaires d'un seigneur du pays, appelé Teutbert, est daté du 23 décembre de la même année, la m* année avrès la mort de Louis le Débonnaire et après qu'il eut transmis son autorité à Lothaire son fils (2624). »Longuerue (2625) fait la même remarque sur Thierri IV. Pendant l'interrègne qui suivit la mort de ce Ç rince, les actes étaient datés, Post obitum 'heodorici régis. On ne manque pas de diplômes datés du règne des reines comme de celui des rois.
II. Variations des dates de nos rois prouvées. — Souvent les chartes semblent ne s'accorder ni entre elles ni avec ce que l'histoire nous enseigne touchant les dates du règne de nos rois. La difficulté ne serait pas de se décider, si elles contredisaient évidemment, et les monuments les plus indubitables, et les historiens les plus authentiques. Alors le juste décri, où elles mériteraient de tomber, entraînerait dans la même disgrâce les titres qu'elles trahiraient. On n'aurait pas non plus sujet de demeurer fort indécis sur le parti qn'on aurait à prendre , si l'histoire ou une foule de pièces originales attestaient qu'un prince aurait fait usage de telles et telles époques de son règne, et si les diplômes n'en annonçaient point d'autres. UnCharlemagnedaicra de telle année de son règne sur les Français, de telle autre sur les Lombards, et d'une troisième de] son empire, sans que personne trouve rien en cela qui puisse fournir matière à la critique et aux inscriptions en faux. On n'est pas moins accoutumé à voir trois dates de Charles le Simple. « On sait, dit l'auteur du second mémoire de Languet contre l'exemption de Compiègne (2626), qu'il y a eu quelques-uns de nos rois de la seconde race qui ont joint ensemble plusieurs dates du commencement de leur règne, parce qu'ils avaient été couronnés rois de divers royaumes en différents temps : on sait qu'il y en a qui, avant été couronnés. rois du vivant de leurs pères, ont compté d'abord les années de leur règne par le temps de leur sacre et ensuite par l'époque de la mort de leur père. Il en est ainsi du règne de Philippe V\ Ses sujets ont pu compter indifféremment depuis son sacre, ou depuis la mort de Henri I". Les chartes qui suivront l'une de ces deux époques pourront être bonnes et sûres, parce que Yoilà diverses éi)oques de commencement de Tè^ne qui sont connues par l'histoire. »
On peut s'en rapporter à cet auteur, sur les aveux qu'il fait au sujet des variations
Î2623) Hist. de Long., U h p. 534. 2624) Marc. Hispan.^ p. 779 etse<].
i625) AfuuU. francor.y iuter. Galltc. seript. Bouquet, l. m, p. 703.
des dates ; mais il n'en est pas de tnème, par rapport à d'autres époques qu'il combat, ou qui lui sont inconnues , sans en être moins certaines. Après avoir paru déterminé à ne faire grÂce qu'à deux époques du règne de Philippe l", deux pages après il est obligé d'en admettre encore une troisième « Voilà donc, reprend Cochin (2627), suivant M. de Soissons, trois époques différentes, données au commencement du règne de Philippe 1" dans des monuments authentiques. Chaque événement un peu considérable suffisait pour autoriser une manière singulière de compter, le sacre du roi, la mort de son père, la fin de la régence. Mais si on a donné trois époques différentes au commencement d'un règne, n a-t-on pas pu également lui en donner Quatre? Et parce que la*cause de cette quatrième époque ne nous est pas également connue, parce que l'événement qui l'a produite ne nous a pas été fldèlcment transmis, faudrat-il rejeter les chartes qui l'ont suivie?... Mais n'y a-t-il aucun événement qui ait * échappé dans les histoires anciennes? »
(( Souvent, avait dit un peu plus haut le célèbre avocat (2628), la cause de ces différentes époques a été facilement connue^ quelquefois elle a été longtemps incertaine, et s'est manifestée par la suite dans la découverte dequelaue pièce qui n*avait^point encore paru ; eniin d'autres sont demeurées inconnues, et se découvriront peut-être dans la suite. Mais cette difficulté ne diminue
fas la foi des actes; sans cela on serait réduit une affreuse extrémité : car, voyant un certain nombre de chartes qui le font commencer dans une autre, si cette contradiction attirait un juste soupçon de fausseté, il faudrait les rejeter toutes; car pourquoi donner la préférence aux unes sur les autres ?» On n'en voit pas de raison, si ce n'est que guelquesunes seraient appuyées sur l'histoire, tandis que d'autres ne le seraient point ; ou que les unes seraient en plus grand nombre que les autres. Mais comme il est beaucoup de ces époques qui ne sont fondées que sur les diplômes, telles que la plupart de celles qui précèdent le règne de Philippe-Auguste, et qu'on ne peut pas compter sur le plus ou le moins de chartes, puisque tous les jours on en.publie de nouvelles , il faudrait toujours revenir à sacrifier les monuments les plus précieux de l'antiquité. Après tout, ceux qui ne peuvent souffrir de variations de dates dans les années du règne des rois, sont forcés en divers cas de recourir à ce sysfême. On ne voit donc pas de raison pour rejeter ces époques, surtout lorsqu'elles ont un solide fondement dans plusieurs originaux.
Celles que l'histoire justifie nous' doivent rendre probables celles dont elle n'a point parlé.
Quoi de plus singulier que de reconnaître pour première année d'un rèoUe une fin d'année, qui ne consistera quelquefois
(2626) Pag. 152. ^
(2627) OÉuvres de Cochin, t. VI, p.. 593.
(2628) Pag. 30t.
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(|u*en lin mois, tn une semaine, en un joRr ; et, pour seconde année du même rè- ^ne, celle qui ne sera éloignée que de deux jours du commencement de ce règne, uniquement parce que le premier jour de Tan, étant placé entre deux, commence une nou- Yelle année? C'est cependant un fait prouvé dans 1 * Histoire de V Académie des inscrip-^ tiens, <ill faut donc, c*est la conclusion qu'on y tire des preuves déduites auparavant , il faut (donc qu'en Egypte an ait compté la première année de Dioclétien, non du jour précis de son élection, ni du mois Thot, qui la suivit, mais du premier de Thot, qui l'avait précédée, quoique ce jour -là Dioclélien fût encore particulier (2629). »
Ainsi les Egyptiens comptaient presque toujours une année de plus que les autres peuples , quand ils dataient du règne des empereurs créés sur la fin de leur année égyptienne. Mais la preuve de ces sortes d usages résulte moins des autorités qui constatent leur existence, que des monuments antiques qui ne peuvent se concilier 3ue par cette solution. Il en sera de même es années de nos rois (2630). Certains pays ont pu avoir des manières particulières de les compter, comme des faits singuliers ont pu occasionner la multiplicité de ces époques. Il y a plus, D. Mabillon prouve qu'en effet on a mis sans distinction parmi les années du règne de nos rois des années incomplètes ou caves, tant celles où ils avaient commencé que celles où ils avaient cessé de régner. Ceux qui suivaient cette manière de compter pouvaient souvent s'écarter sur la totalité du règne , d'une ou de deux années, de ceux qui s'attachaient à une supputation plus rigoureuse. Enfin tout ce qu'il v a de bons auteurs, et le P. Daniel (2631; même, conviennent des variations des années de nos rois dans leurs diplômes. A cet égard , dit encore Cochin (2632) « les chartes anciennes et souvent les plus sûres varient entre elles, sans que l'on en puisse rendre d'autre raison que la différente manière de compter dont se servaient les chanceliers et les notaires qui rédigeaient les chartes, les uns commençant à compter depuis la mort du roi prédécesseur, les autres depuis le sacre du nouveau roi ; les autres depuis gu'il avait été reconnu dans certaines parties du royaume, quelques-uns de quelque autre époque ({u'on ne connaît pas; et enfin les autres joignaient même quelquefois la date de leur mariage, ou du couronnement de la reine à celle de leur règne. »
111. Années des empereurs^ des exarques <, des Papes et des évéques^ des abbé^^ etc.; date du pontificat. — Les évèques d'Italie ne dataient pas seulement, avant l'empire des
(2629) Tom. YI, édit. de HoU., p. 220.
2650) Voyez notre III* tome, p. 524.
2651) HiU. de Fr., p. 4142.
[2652) Tom. Yl, p. 260.
(2655) Lorsque Simon Machabée eut affranchi le
peuple dlsraéf du Joug des natioDS, on mit sur lea
Français, de celui jdes empereurs de Constantinople, mais encore du gouvernement des exarques de Ravenne. La conquête de la Lombardie, par les Français, fit cnaneer ces dates dans la plus grande partie de 1 Italie. On substitua celles de nos empereurs et de nos rois.
Avant le ix* siècle, les dates du pontificat des Papes ou des évèques étaient rares (2633). Mais la décadence de r£tat , qui fit que les grands s'érigèrent en petits souverains, permit à la plupart des évèques d*aspirer à la même élévation. Ainsi, au lieu qu'auparavant les diocésains dataient quelçiuefois des années de leurs évèqaes, ceui-ci ne balancèrent plus à mettre en usa^e celle date, dans les chartes mêmes qu'ils faisaient ex-
t)édier en leur nom. Bientôt on vit des rois, oin de s'en formaliser, employer cette nouvelle époque, en certaines conjonctures, ei particulièrement quand ils traitaient avec des évèques.
La date de Tépiscopat avait déjà passé en coutume, dès le xi* siècle ; les ducs, comtes et marquis suivirent l'exemple des prélats et s'arrogèrent la même prérogative. Leurs vassaux, d'un autre côté, datèrent des an* nées de leur domination ainsi que du pon* fificat de leurs évèques. Ce qui n'empêchait pas qu'ils ne fissent usage de celles du roi et du Pape, sans parler de l'Incarnation et de bien d'autres dates. 11 était peu ordinaire néanmoins qu'elles concourussent toutes ensemble, quoique cela fût moins rare depuis le X* siècle jusqu'au xiii*. Alors, comme ou faisait parade d'une foule de dates, on j roettait^quelquefois jusqu'à celles des abbés, des archidiacres, etc Dans la suite la mode voulut qu'on insérât l'année du pontiGcat des Papes dans les actes ecclésiastiques. Quant à leurs bulles, la partie suivante ap-
f^rendra en quel temps ils commencèrent à *y faire entrer.
IV. Dates historiques ^ injurieuses ei troniques dans les chartes. — Ce n'est pas ici le lieu de nous étendre beaucoup sur les dates historiques. Nous appelons ainsi celles qui expriment les événements dont on était
{>articulièrement frappé au temps de la conèction des chartes où elles se rencontrent. Tantôt c'était Tannée de la prise de Jérusalem sur les Sarrasins ;[tantôt un voyage de la terre sainte; tantôt la captivité d'un roi, une victoire, une dédicace d'église, etc. Nous nous contenterons d'en donner ici quelques exemples. « Le voyage du Pape Urbain II, en la ville d'Angers, fut si remarquable, qu'on y data les chartes de Tannée ae ce voyage. Actum Andegavis tu ra^ mera episcopij ix cal. Julii^ vigilia saneti Joannis Baptistœ^ anno Domini mxcvi, imdictione iv, q>acta xxiii, anno que titnumerabilis populus ibat m Hierusalem ad
tables et dans les registres publics : La pnmêèft année $ous Simon^ grand pontifê\ chef ei prince an Juifs. Mais sous la troisième année de son pontificat, on At un décret portant, que tous les actes pohlics seraient écrits en son nom.
PALEOGRAPUIE. — ÂI^ENDICR.
depeUendam Pineennaiorum perfidiœ periecutionem^ scilicei secundo anno^ quo Vrbanui Papa Andegavutn visitavit^ Phi" lippo régnante super Francos^ Fulcone ju^ more dominante super Andegavinos^ anno dominationis ipsius xxix, stA Gaufrido de Meduana Andegavorum episcopOy anno 1, ordinationis ipsius^ etc. (2634). v
Ces dates historiques contiennent quelquefois des faits qu'on chercherait peutêtre en vain dans les historiens du temps. Telle est la date d'un diplôme de Tan 1006, publié par Pérard (2635), où il est fait montien d*une conférence que le roi Robert et Henri de Germanie eurent sur la Meuse, sans doute pour terminer le différend qui était survenu entre ces deux princes, au sujet des limites de leurs £tats. Voici cette date : Aetum publiée supra Mosam^ apud regale colloquium gloriosissimi régis Rotberti atque Heinriei régis serenissimi^ anno ab Incamatione Dominiu. vi, indictione quarta^ régnante ^odem rege Rotberio illustrissimo anno ix-x, c'est-à-dire, nono decimo. Plusieurs chartes de Philippe - Auguste sont datées du siège et de la ruine de la ville d'Aumale par ce prince : Facta est concessio û/a, dit un titre, anno ab Incarnations Domini MGxcvi, eo tempore quo Albamarla a Philippo rege Francorum longa obsidione subversa est. L'utilité de ces dates historiques nous engagera à n'en supprimer que Je moins qu'il* sera possible; mais on sent bien que ce détail ne peut convenir qu'à l'histoire critique des formules.
Justel (2636) cite des chartes d'Acfred II, comte d'Auvergne et duc de Guyenne, dont les dates prouvent son attachement au roi Charles le Simple et son indignation contre les seigneurs français, qui avaient mis Raoul sur le trône. Voici une de ces dates : Data anno sexto quo Franci dehonestaverunt regem suum Carolum et contra legem elegerunt Badulphum sibi in regem. Il y a une autre charte d'Elbe II, comte de Poitiers et duc de la seconde Aquitaine, où les Français attachés à Raoul sont traités d'insensés : Data anno tertio régnante Radulpho rege cum infidelibus suis mente captis. Il est des dates ironiques et même séditieuses. Telle est celle-ci de Gui, surnommé Maulaure : Anno ab Incamatione Domini 11 H, indict. 7, imperante Carolo secundo Romanis j Ludovico vero secundo Francis. C'est comme si l'on eût dit : sous l'empire d'un second Charlemagne, et d'un second Louis le Pieux. Il fcut se souvenir que l'empereur Henri V,
(2634) Mémac, Hi$L de Sablé, pag. 91; Yetus. CalL C/ini(., tom. 11, p. 129.
(2636) Mat$on d'Auvergne, 1. ii, c. 2.
(2637) Les anciens Gaulois et Germains avaient eouiume de distinguer l'espace du temps, eu comptant non par jours, mais par nuits, ainsi que le rapporieni César et Corneille Tacite. Cette manière de compter vient originairement de ce que ces peuples croyaient descendre de la race de Pluton, a Dite pâtre prognatot. Le même usage a régné en Danemaik, en Angleterre, chez les Saxons cl les Arala) Ltb. Il, epist 27.
après avoir détrôné son père» et fait le Pape prisonnier» avait été frappé d'excommunication par le concile de Vienne, en 1112» et que le jeune roi» Louis le Gros, était alors en butte à un nombre considérable de seigneurs rebelles » du nombre desquels était sans doute . hauteur de cette charte. D. Ma* billon» qui en rapporte la date, se contente, $ans. aulre explication, de la traiter de monstre, et peut-être même de Tavoir pour suspecte. Elle était du moins aussi séditieuse que bizarre.
• V. Autres dates d'années et de divers cycles. — Non contents des années de l'incar* nation, du pontiûcat des Papes et prélats, de la domination des rois, princes et seigneurs» les notaires, au ix* siècle et surtout aux x% XI' et xtiMaffectèrent diverses-sortes de dates» qui semblaient moins avoir pour but de fixer le temps de la confection des dl* plômes» que de faire parade de leur science du comput ecclésiastique, auquel les gens de lettres donnaient alors un rang distingué parmi les pi us, belles connaissances. On vit donc des actes datés du cycle de xix ans» du cycle pascal, de répacte majeure et mineure» et de Pâques» de la lune» des concurrents» des réguliers» du terme pascal» des clefs, des fêtes mobiles.
Chap. k. Dates desmois, des jours et deslunes^ des calendes, des nones, des idesy du mois
• entrant et sortant, des fériés^ des dimanches f des fêtes et des semaines, etc.
I. Dates desmoiSf des jours et des lunes. ^-' Pour ne point nous arrêter davantage aux chartes datées de l'année sans Têtre du mois» ou du mois sans l'être de Tannée» observons qu'il en est dont la date du mois n'est point accompagnée de celle du jour. Mais la date du jour n'est jamais séparée de celle du moiSf si ce n'est que ce jour fût exprimé par des lunes, des dominicales , des fêtes ou des ferles. Deux chartes datées du même quantième peuvent l'avoir été en deux jours ditl'érenls, parce qu'elles auront été dressées en divers
Î)ays ou le commencement du jour n'est [as e même. Il se prend ici à minuit» comme en France; là au coucher du soleil, comme en Italie; ailleurs à son lever ou même à midi (2637). Au reste» cela ne peut jamais opérer une différence de plus d'un jour.
On date du jour du mois tantôt directe* ment, tantôt indirectement. C'est dater de la première façon que de marquer en termes formels le quantième du mois; c'est le faire de la seconde que d'exprimer seulement la
bes. 11 est souvent parlé des nuits dans les chartes» D. Fél^bien en a publié une de Pépin de Tan 759 qui porte : Tune totem jdûcUum staïuerunt, ut iterum simul ad noctes légitimas concurrerent in valaiio» Les nuits sont prises pour les jours dans d'autres chartes publiées par Pérard, Doublet et D. Mabillon. Geoffroi de Vendôme se sert de la même expiession pour-marquer une suspension de poursuite dans un# affaire. Non noctes, dit-il (a), $ecundum eonsuetudi* nés laicorum, $ed suundum imtituta eanonum inducitt$ postulamui»
fête, le dimanche, la férié, la luno d*où Ton peut inférer le quantième.
II. Jours des calendes^ nones et ides ^ jours du moiSy 1, 2, 3, &, etc.: calendrier des Ro^ mains. — Il y a trois manières de dater le jour du mois expressément, savoir, par les calendes, les nones et les ides, par le quantième du mois, comme le 10, le 20,1e 30, par les jours du mois entrant et du mois sortant.
La date des calendes, nones et ides, est une matière si souvent rebattue que nous croyons devoir nous dispenser d*en expliquer la nature. Les Romains n*employèreut point d autre date du jour et du mois, tandis que dura leur république et leur empire. Depuis cette époque, on commença à lui substituer la date du reste des jours du mois; mais celle des calendes ne laissa pas de se soutenir, au point d*ôtre la plus commune jusqu'au xiii* siècle. Après avoir insensiblement perdu une bonne partie de son crédit, elle fut enfin bannie des actes publics par Tautorité de divers souverains. On dirait qu'elle s'est réfug[iée dans un petit nombre d'actes ecclésiastiques et de lettres de savants qui se piquent d'écrire le latin conformément au goût et aux usages des anciens Romains. Sous les rois de la première race, les chartes des particuliers faisaient ordinairement précéder de ces deux mots, sub die kalendarum , la date des calendes. Nos princes employèrent aussi la même formule , surtout vers la un du vu' siècle.
Personne n'ignore que les calendes sont attachées au premier jour du mois, mais tout le monde ne sait pas que nos anciens appelaient quelquefois dies Kalendarum le jour où l'on commençait à compter les calendes (2638), c'est-à-dire le lendemain des ides, 14' ou 16' du mois, jours auxquels on se servait respectivement de ces dates : xix Kalendasy xviii Kal.^ xvii Kal.j xvi Kal.y etc., suivant que les mois étaient plus ou moins longs et que leurs ides arrivaient le 13 ou le 15. L'équivoque ne se bornait pas au seul jour où l'on commençait à dater des calendes, des nones et des ides, mais à tous ceux où elles étaient énoncées, c'est-à-dire pour les nones depuis le 2 du mois jusqu'au 5 ou au 7, pour les ides depuis le 5 ou le 7 jusqu au 13 ou au 15, oour les calendes depuis le 13 ou le 15 jusqu au premier du mois suivant. Ainsi, au Heu de compter le 1, le '2, le 3, etc., des nones, des ides et calendes en diminuant, on allait tomours en augmentant. &n ne disait plus xix Kal. Februarii^ xviii Kal. Febr., mais^rtma dieKalendarumFebr., secunda die Kalendarum F ebruarii^ etc., quoi-
?u'on voulût également marquer le. 14 et le S de janvier qui, dans le premier cas, sont le 19* et le 18* jour d'avant les calendes de février, et dans le second, le premier et deuxième jour du point où Ton commençait à dater des calendes de février, et à proportioB des autres mois.
(1638) Pâgi, ad annum 31, n* 1, et ad an. 526, Dum. 9.
(2659) Cœnùtaph. Pisan.. distert. 2, c. 17, col.
Quand les Romains dataient do quelque jour avant les nones, ides et calendes, îh comptaient non-seulement dans la supputation qu'ils faisaient ce jour même, mais encore celui des nones, ides ou calendes. Au contraire, dans les chartes du moyen et du bas âge, le jour des calendes, nones et ides n^entre pas en ligne de compte. Par conséquent, ou nous marquerions xix Katendas^ sur le modèle des Romains, on n'aurait mis que xviii. Voilà donc encore de nouveaux mécomptes d'un jour. De savoir si c'était un usage constant en certains temps et en certains litttx, ou si c'était ignorance ou pure méprise de (quelques notaires particuliers ; c'est sur quoi nous nous abstenons maintenant de prononcer. Ces expressions qu'on lit dans plusieurs anciens monuments, tu die Kalendas Martiif vu Kalendas Martias^ ad TU Kdl. MartiaSf antediem jn Kalendas Mar* lias ou Kalendarum Mart.j sont la même chose au jugement du savant cardinal Norris (2639). Mais, quoi qu'en dise fialuze et plusieurs autres auteurs, post vu Kal. Mart. signifie le 7 de mars (2M0).
Les souverains qui proscrivirent la date des calendes, ides et noues, / substituèrent les jours du mois spécifié de la manière la plus simple et la plus naturelle. On data done désormais le 1, 2, 3, 4, 5, etc., de tel mois. Tous les actes civils, tant publics que particuliers, attestent cette pratique. Elle était déjà reçue dans les lettres des Papes au VI* siècle, mais sans exclusion de la date des calendes, qui reprit bientôt le dessus. En France, la nouvelle manière de dater se soutint mieux. Sur le déclin du vu* siècle, elle fit fortune au point de l'emporter sur l'ancienne dans les diplômes de nos rois. Voici la formule singulière dont on Ij voit le plus souvent accompagnée : Datumquodfecit mensisy ou plutôt qiAod ficit mensis N. dies A. Les particuliers se servirent aussi de temps en temps de la même formule. Rarement les chartes des premiers rois carlovingiens remployèrent-elles , et dès le ix* siècle à peine en découvre-t-on quelque trace. Quant au jour du mois, alors quelauefois il fut supprimé, quelauefois énonce tout simplement ; mais pour 1 ordinaire, les calendes, ides et nones y furent rétablies sur le pied des usa-
Ses romains que Charlemagne fit revivre à ivers égards (26&1).
lU. Jours du mois entrant et sortant^ ou commençant et finissant ; date des semaines.— Depuis rân 1000 jusqu'environ le xv* sièNcle, on usa souvent, surtout en Italie, d'une manière de dater qui doit paraître aujourd'hui fort extraordinaire. On partageait chaque mois en deux. Le 15* jour finissait la première partie dans les mois de trente jours, et le 16* dans ceux de trente-un. Les quinze ou seize fpremiers jours étaient caractérisés par ces mots : intrante on întroeunt4 'm$nse, ou mensis introitus. Les suivants avaient uoa
(2640) IM.. col. 548.
(2641) Les Romains se servaient de ces trois termes, qu'ils exprimaienl ainsi : Cal. Non. Id. Le premier jour d« chaque mois s'appelait calendes, les
MLcOGRAPBlE. — AFI^ENDICE.
ifM
autre formule ditersifiée en ces termes : Men$e eseunte^ stante^ instante^ astantey- restante^ exitus mensis. Toutes ces expressions étaient supprimées au premier et au deniier du mois, où les dates ne portaient pas die i tnen$isy mais die prima, aie ultima et quelquefois penultima.
Les jours de la première portion du mois étaient datés le 1, le % le 3, etc., selon Tordre) que nous appelons le plus direct ou naturel. Ceux de la seconde suivaient Tordre rétrograde presqu*à la manière de la date ordinaire des calendes, xv die y exeunteJa* nuario, était par conséquent le 17 janvier; XIV dte eœeunte^ le 18; xuiexitus^ le 19, etc. RaymôndVl, comtede Toulouse, fit son testa* ment le xr jour de Vissue du mois de septembre de Van 1209, c*est-à-dire le 20 de ce mois , comme le dit dom Vaissette (2642). Ces sortes de date paraissent avoir été empruntées des Grecs.
Pour peu qu*on soit au fait de leur langue et de leurs usages , on n'ignore pas qu'ils divisaient leurs mois en trois décades ou dizaines; qu'ils comptaient les deux premières directement, ou suivant Tordre naturel, Mi}vô( cffrcc/iivou ir/M:)Ti9,c'est-à-dire, mensis in€untis prima: fmw: fcia'ovvro; npùxn , mensis m^ediantis prima j ou bien irpà'.n M dtxà^c undecima. La dernière dizaine était ordinaireroment comptée à rebours : f^Oivôvroc fusvof |y';c%«T]|}, desinentis mensis undecima^ si le
six autres dans les mois de mars, mai, juillet et octobre, et les quatre jours après le premier dans les autres mois appartenaient aux nones. Après les noues il y avait toujours huit jours appartenant aux ides, et ce qui restait après les ides était compté par les calendes du mois suivant. De sorte que dans les mois oui avaient' six jours pour les nones ensuite des calendes, le premier jour des nones arrivait le sppliéme, et par conséquent les ides étaient le quin-
mots avait 31 jours, et ^i/cctii deeima^ s'il n'en avait que 30. Dans l'un et l'autre cas» c'était le 21. Le compte était donc rétrograde. 11 semble ({ue dès le iV siècle les Grecs ne partageaient plus leurs mois en trois dizaines , mais en deux parties à peu près égales , et que f^Oivôvrop ^auvôc renfermait toute la seconde, qui pouvait s'étendre jusqu'à 15 jours. En effet, Synésius se sert de la date Toi? xcci dfxorm ^OivôvToff fAnvôc, decima tertia desinentis mensis. On a donc tout lieu de rapporter aux Grecs, qui avaient repris la partie méridionale de Tllalie, la date mensis tn/ran/i^e^ej^eun^Mdcs Italiens. Les Français, à oui cette manière de compter ne parait pas si lamilière., la reçurent sans doute de ces derniers. On ne laisse pas d'en rencontrer nombre d'exemples dans les actes publics. Quelques savants prétendent qu'avant la naissance du Sauveur du monde nulle nation, excepté la Juive, n'a distribué le temps t»ar semaines; que les Hébreux mêmes ne 'ont distribué de la sorte qu'après leur sortie d'Egypte ; qu'à la naissance du christianisme, les Chrétiens observèrent tout ensemble le samedi et le dimanche, et oue depuis ils n'observèrent que le dimanche. Quoi qu'il en soit , depuis les apôtres , le nombre septénaire de jours est devenu en Europe, comme chez les Orientaux , une mesure du temps des plus ordinaires. 11 est cependant rare que la semaine entre dans la date des
zième. Mais dans les autres mois qui n'avalent que quatre jours entre les calendes et les nones, celles-ci arrivaient le cinquième, et par conséquent les ides étaient le treizième. Cette manière de compter le» jours du mois étant ordinaire dans les actes, on ne sera pas fâché de trouver ici le calendrier romain, qu'on ne rencontre que dans quelques livres classiques.
JAHMEK. PEVRISft AOUT. DBUEMBM.