IX. Réflexions sur les chartes alléguées par
Îjuelques écrivains pour prouver que Guilaume le Conquérant signait lui-même toutes ses chartes. — Il est difficile de s'en laisser, imposer par ces sortes de pièces, lors même qu on ne les examine pas sur les originaux, quand on a déjà foit quelques progrès dans la science de la diplomatique. Quelques écrivains, qui ne trouveraient pas bon qu*on les y crût novices, s'y sont néanmoins laissé ])rendre. Toutes les chartes qui se sont présentées à eux sous cette forme trompeuse, ils les ont reçues avec des cris de victoire et les ont érigées en trophée ; ils les ont r^ardées comme autant de preuves que Guillaume le Conquérant souscrivait toutes ses chartes de donation et de confirmation. La fâcheuse nouvelle, d'apprendre qu'ils ont contribué de leurs propres mains à faire triompher notre cause 1 Quoi 1 s'être fait fort de produire une foule de chartes de Guillaume le Conquérant, toutes signées de sa main: avoir dans cette vue mis a contribution tous les collecteurs français, normands et anglais, et n'avoir fourni que des titres dont les souscriptions sont totalement de récriture des notaires de ce prince sans qu'il y ait une seule lettre de son écriture, quel mécompte I
Est -ce donc ainsi que le succès a répondu à T attente de ces messieurs? Est-ce là le fruit de tant de recherches et d'un travail aussi ingrat? Est-ce là cette réponse solide qu'ils ont la consolation d'avoir trouvée? Fallait-il se donner la torture pour nous procurer tant de nouveaux titres de Yusage^ où nous avions avancé qu'était Cruillaume le Conquérant , de ne pas signer toutes ses chartes^ tandis qu'on s'était au moins engagé à DÉMONTRER quc GuUlaume le Conquérant a toujours été dans Vusage de signer les chartes de donation j faites en faveur des églises y et de les flaire signer encore par plusieurs témoins? Quelle témérité de soutenir qu'une charte originale de ce prince, qui ne porte pas sa signature^ est une pièce supposée par un faussaire mal habile!
Mais si la })lume du notaire a coromunément au xf siècle la vertu de suppléer pour tous les témoins, et en particulier, pour (luillaume le Conquérant, sans qu'ils y lueltent la main, pourvu qu'élu ijoute avint chacun de leurs noms le moi ftgnum^
ne fût-il exprimé que par sa première lettre, par quelle fatalité cette plume n'auraitelle plus le même privilège, lorsqu'elle écrît à l'ordinaire les noms des témoins, et qu'elle substitue testibus à signum plusieurs fois répété, terme qui, à dire vrai, n'est propre qu'à tromper le monde ? Les chartes certifiées véritables par des témoins présents et non soussignés , mais qui n'en imposent pas même aux plus ignorants , ne valentelles pas bien celles qui, sans être mieux signées, font tomber en confusion d'honnêtes gens qui ne se seraient jamais imaginé qu'on pût leur enlever de si beaux titres?
Mais que ces nouveaux antiquaires seraient promptement revenus de leur enchantement, pour donner dans l'extrémité opposée, si d'un côté leur intérêt eût demandé qu'ils se déclarassent contre ces sortes de chartes, et si de l'autre ils avaient eu sous les yeux les originaux des pièces, qu'ils nous ont citées avec tant d'emphase I Alors faute de connaître assez l'usage des anciens temps, ils n'auraient pas manqué de conclure de la ressemblance parfaite des signatures, qu'elles étaient autant de monuments de leur fausseté, quoiqu'il n'en résulte rien autre chose, sinon qu'elles sont toutes écrites de la main du notaire.
Cette parfaite ressemblance se soutient également dans les chartes où Ton rencontre une ou plusieurs croix. Mais ces croix elles-mêmes ne sont pas en assez grand nombre, pour qu'on puisse observer leur différence avec quelque certitude, et d'ailleurs on sent assez que rien n'est plus aisé à des faussaires que de contreiaire des croix. Plus de la moitié des chartes , qu'on nous oppose comme signées de Guillaume le Conquérant et de plusieurs témoins, n'offrent point d'autre trait de leur main que quelques croix. De celles-ci un nombre considérable n'en ont qu'une ou deux.
Quinze au moins n'en ont pas l'ombre. Disons plus, à s'en tenir à l'ouvrage de nos critiques comparé avec l'usage du temps , de toutes les chartes de Guillaume le Conquérant, produites par ces messieurs, à peine s*en trouvera-t-il huit ou neuf de signées par des croix tracées de sa main et pas une seule de son écriture. Toutes choses égales, de pareilles signatures méritentelles aucune préférence sur de simples dénombrements de témoins? Mais si les chartes qui renferment quelques croix ont un degré d'authenticité sur celles qui en sont dépourvues, ces dernières en sont amplement dédommagées par les sceaux, dont l'autorité est depuis longtemps bien audessus de celles des croix. Or, les pièces du XI* siècle revêtues de ce dernier caractère, sont pour la plupart destituées de l'autre. Ainsi les chartes devenues l'objet de la censure des écrivains, que nous réfutons, sont d'une autorité supérieure à celles quils nous vantent comme des modèles
DICTIONNAiUE DE PALEOGRAPHIE» ETC.
IMB
Chap. &>. Troiiième classe des souscriptions ; noms des témoins et leur énumération fubstituis aux signatures réelles ou apparentes dans les chartes; souscriptions mixtes^ quatrième classe,
AIT. I*^ Noms des persoooes présentes à la confection des actes tenant lieu de signatures; erreur dequeh|oes cri!tt]iie9 modernes, qui ont prétendu que l^usage de De point siRniT les chartes n*a coramencé que depuis Guillaume le Conquérant mort en 1087.
1. Trois sortes de chartes ne sont ni ne paraissent signées; diverses espèces de témoins. — Les Charles qui ne sont ni ne paraissent sijjnées peuvent se partager en trois espèces. Les crémières ne sont en aucune manière autorisées par la présence des témoins. Quoique le nombre ae ces pièces soit fort grand depuis le xii* siècle , on en trouve peu qui n'aient été munies d*un ou de plusieurs sceaux.
Les secondes ne contiennent pas à la vérité une énumération de témoins bien formelle » mais dans le corps de Tacte elles font mention de la présence ou du consentement du prince, du seigneur, du père, de la mère, du mari , de Tépouse, des enfants ; en un mot, de tous ou de quelqu'un de ceux çiui avaient autorité sur les donateurs, ou intérêt, soit à Taffaire qu'il était question de conclure , soit à la donation qu'il s'agissait de consommer. On ne manqua pas de chartes de ce genre.
Mais aux xi*, xu% xm* et xiv* siècles, rien de plus commun que celles où des sceaux et des listes de témoins plus ou moins longues tiennent lieu do signatures. Ces témoins dans diverses sortes de contrats 9ont souvent partagés en deux bandes : chaque partie produisant les siens séparément, ceux de la donation et de Tinvestiture sont distingués.
Les témoins furent encore partagés en deux autres espèces. Les premiers donnaient de la' force et de Tautorité anx actes, et on les appelait témoins voyants , témoins écoutants, visores et auditores. De là les formules. Au audientibtiSy ou videntibus. Les autres sous le nom de témoins conûrmateurs, confirmatores 9 choisis parmi les sei-
Sneurs, les magistrats et autres personnages e marque, servaient, dit Du Gange (2771), à fixer 1 Age des contrats.
Ces témoins sont fort différents de ceux qu'on nommait per aurem attracti , auribus tractiy ou per aurem conducti. Les lois des Ripnaires, des Allemands et des Bavarois en font souvent mention. L'usage de tirer les témoins par l'oreille venait des Romains. Mais, pour nous borner à notre sujet, qiiand on vendait une terre chez les Français ou les Allemands» on prenait des témoins du
i)ayement et de l'investiture qui en était aite. Aux témoins adultes on ajoutait un eertain nombre d'enfants. On leur donnait des soufilets (2772)^ on leur tirait les oreil-
(3771) Gtoss., lom. H, p. 955.
2772) AmaL Bened., t. IV, p. 395.
2775) V. notre iU* tome, p. 288.
[2774) Goiis.LXvu 1. ii, tit. ccxxiv, Cod. reg. 1568,
les, afin que, se souvenant de ce traitemea fâcheux , ils ne perdissent pas la mémoire de l'événement qui l'avait accompagné.
IL Formules des énuméraiions de témoins;' sentiment de D. Mabillon sur le progris qu'atait fait cet usage en France aux uf et xir siècles. — Si le corps des actes fait quelquefois des énumérations de témoins, il est bien plus d'usage de les renvoyer à la fin. Les formules servant au dénombrement de ceux qui ne souscSrivent ni ne paraissent le laire, varient beaucoup. Voici néanmoins quelques-unes des plus communes. Bis ou plutdt hiis tesiibus If. , etc. , ki ou At î sunt testes y etc. Inprœsentia horum testium^ etc. Testes f etc. Hujus rei testes ninl, etc. His prœsentipuSf etc.; audientibus^ etc.; laudantibusy etc. Ces formules tirent leur origine du droit romain (2773) où, pour rendre un acte authentique, la présence des . témoins suffit, sans que leur signature soit nécessaire. Nulla autem differentia est y iUrum scripsissmt testes , an prœsentibus sis instrumentum compositum esset (2774].
En général, la nomination de témoins, au lieu de signatures, fut ordinaire au xi* siècle , et au xir presque universelle. D. Mabillon s'en explique en termes si clairs et si précis, qu'on ne sait comment certains critiques ont osé contester la certitude de ce fait, par rapport au xi* siècle. Tandon ^ dit ce savant homine (277<h*), sœculo xi passu , ium sœculo xii fere semper^ testium namina absque ullo signo proprio ascripta sunt a notariisy^ ut sexcenta exempta probant. Avant que cette pratique s'accréditât i ce point en France et en Allemagne, bien des exemples particuliers y avaient préludé (2775). Mais nous n'en connaissons point do plus anciens que le commencement du vm* siècle.
Quant à ce qui s'observait en France au XI* dans les diplômes de nos rois, nous dirions ici quelque chose des énumérations des prélats, des seigneurs et des grands officiers qu'on y voit, si lious ne devions pas le faire ailleurs.
On n'abolit, sous Louis VU, toutes sortes de signatures réelles, apparentes, totales et partielles, que pour y substituer ['énumération des témoins. In regiis liUeris et passim in privatis omnê signum proprium aesiii sub Ludovico YII ae deinceps siUf aliis. Ainsi parle encore D. Mabillon (2776).
IH. Le mime usage en Espagne ^ en AUe^ magne et surtout en Angleterre. Jugement sur les chartes qui annoncent des témoins qu'elles ne font point connaître par leurs nomsy au moins en partie. — La plupart des titres d'Espace, postérieurs au commencement du X* siècle, sont autant de monuments de cet usage. L'Allemagne ne s'y attacha pas avec moins de zèle et y persévéra plus longtemps ,^ puisqu'il y était encore orfol. 85.
(2774*) De rediplom., p. 168.
(2776) De re diptom., p. 166»
PALEOGRâPIUE. -« APPENDICE.
I2ie
diiiaire au XV* siècle (2777). Il fut établi en Angleterre vers le milieu du XI* au plus tard. Le te^ted'Ingulfe cent fois cité par différents auteurs, et plus d'une fois rappelé par nous-môme, en est une preuve qui ne souffre point de réplique. Il est trop formel contre les prétentions de quelques critiques, pour n'être pas ici rapporté tout au long. Les Normands , ditil (2T78), condamnent la manière de dresser les chartes , observée chez les Anglais jusqu'au temps d'Edouard, laquelle consistait aies authentiquer par les signatures de témoins, ornés de croix d'or et d'autres signes sacrés ;les Nopmands voulaient que chacun les scellAt en cire de son propre cachet et sous l'autorité ou la dénomination de trois ou quatre témoins. Ce texte n'est susceptible que de deux sens ; ou dès le règne d'Edouard le confesseur, les Normands qu'il avaitamenés avec lui à son retour en Angleterre, y établirent sous ses auspices lacoutume de sceller les chartes et de les faire attester par quelques témoins présents qui ne souscrivaient point, ou lamèmechosen'arri va que sous Guillaume le Conquérant. Quelque liarti qu'on prenne, l'énumération des témoins se trouvera établie au plus tard en Angleterre dès l'an 1066 (2779). Elle n'y aura été introduite par les Normands, que parce que cet usage était suivi en Normandie. S'iU'élait dès le règne d'Edouard, c'est dix ansplus tôt qii'ii n'est nécessaire à notre charte de Guillaume le Conquérant. S'il ne fut que dix ou douze
(2777) Singularemy dit le savaot auteur de la Chronique de Godwic (a), reperimus $ubscriptionem in diplomate concesso monasterio Gandersheimde anno 1043... Data est haec charta xi Kal. Juniî anno uxlhi, indict. XI. Acta in palatio régie Francofurti in Dei Domine féliciter» prsBsentibus Sigîfrido, Mo{[unlino archiepiscopo , etc. Adelheide Oltonis M. fiha Gandersheimensi abbatissa, etc. Idem occuTrit in diplouuue confirmalionis bonorum atbatiœ Brunwilleriensi a regina Poloniœ Richeza datorum anno 1051... ubi 9imiliter tetlei apparent. On pourrait ajouter une multitude d'autres preuves de la seule présence des témoins dans les chartes allemandes sans qu'ils y aient signé.
(2775) Nam ehirographorum confectionem Anglieanam^ quœ antea wque ad Edwardi régis temptora fideiium nrœsentium subscriptionibuê eum cmdbus aureis^ aliiique $acriê ti^aculiê firma fuerunt^ Norl' manni condemnantee^ chtrograpka char tas vo'cabânt : et chartarum firmitatem cum cerea impressione per uniuscujusque spéciale sigillum sub instillatione triumvet quatuor testium astantium conficere caïucstuebant (6). Instillatio^ terme obscur, est mal rendu dans le nouveau Du Cange par subscriptio, signum. Loin d'avoir cette signi(icatiO]i, Ingulfe Toppose aux signatures. C'est , selon lui, aux souscriptions anglaises que ces énumérations de témoins furent substituées par les Normands. InstiUatio est corriffé iiUiiulatio par l'éditeur d'Oxford. Hickes (c) emploie ce dernier mot dans le texte même d'Ingulpbe. En effet, au pied des chartes dont il est ici question on n'énonçait que les noms et les titres des témoins.
(2779) L'énumération ou nomination de témoins toute seule et sans signature était en usage chez les Anglais avant saint Edouard. Hickes (d) après avoir décrit la manière de dresser les chartes anglo-saxonnes, dit : Non adeo obtinuit aut lege aliqua necessa" nus fuitf quin ab eo ckartœ auctor recedere posset^ et
{b) iRGULra., Hisl • Croyland.^ éiliL Oxon., t. (, p. 70.
ic) Craaunaiie» Âiilo-saxon., p. 1 ï\f.
ans avant laoonquele, il n'enfaut ipas davantage pour démontrer l'absurdité des moyens de supposition, tirés du dénombrement des témoins contre la charte deceprince. Le terme constituebant 9 employé par Ingulfe , semble applicable au roi d'Angleterre ou du moins è des ministres , à des magistrats revêtus de son autorité. Quoi de moins raisonnable aue de s'inscrire en faux contre les chartes d un législateur, parce qu'elles sont dans la forme qu'il prescrivait aux autres?
L'énumération ou nomination des témoins sans signatures, si puissamment autorisée, pouvait-elle manquer de s'accréditer de plus en plus chez les Anglais (2780) ? £t si, sur fa fin du XII* siècle, leurs rois se distinguèrent des autres par la formule célèbre :^«/e meipsoy oti teste.rege: outre qu'elle avait pris naissance dans l'énumération des témoins et que GûillaumeleConquérantlui-mèmes'enétaitservi, elle nebannissail pas ce dénombrement d'autres diplômes royaux plus importants (2781).
11 est aussi singulier que rare de voir des chartes porter la clause hujus rei testes , et ne renfermer les noms d aucun de ces témoins (27ffî). Mais comme on dressait quelquefois des chartes et qu'on les validait ensuite en présence de témoins , il arrivait
Quelquefois que cette dernière cérémonie tait omise par négligence ou par quelque autre raison. S'il s'agit de donations de biens dont on ait été réellement mis en possession,
altquando recessum esset. Elenim in nonnullis chartis tantumrecitantur nomina tesiiumcoramquibus charta erat confectu. Telles sont deux chartes anglo-saxonnes avec énumération de témoins. Lsi première est une convention entre l'archevêque Wulsian et Wulfric, et Tautre est une charte de Tévèque Ealdrèdo. Le docte Anglais juge ces pièces valides, quoique destituées de signatures et même de sceaux. Chartœ hujus formœ, dil-il, sine consignalione testium faetœ^ nihilominus plenissimum robur habuerunt; propterea^ ut ego judico, qnod in maxinia hominum celebritate a notario testium nomina scribebantur»
(2780) De re diplom., p. 160.
(2781) D. Mabillon semble n'avoir point connu de roi d'Angleterre qui ait employé la formule Teste meipso avant Richard I". Cependant le Monasticon Anglicanum (e) nous montre dos leUres patentes de Guillaume le Conquérant de la seconde année de son r^e, terminas par ces paroles : teste meipso apud rfestmon^ etc. • Selon les écrivains que nous réfutons, ces mots teste meipso donnent lieu de croire que GuiUaume avait signe l'original. Le défaut de témoins prouve que la charte n'est pas entière, puisqu'il est certain qu'il y avait des témoins à toutes ses chartes. » Ces messieurs ne sont pas plus heureux dans leurs conjectures que dans leurs preuves. i*" Qui a jamais entendu dire que la formule Teste^ ou Testibus^ formule originairement exclusive par elle-même de toutes souscriptions, donnât lieu de croire que l'acte où elle se rencontre avait été signé par les témoins qu'on cite, ou dont on fait l'énumération? N'est-ce pas précisément tout le contraire? Ne faut-il pas se trouver serré de bien près pour recourir à des paradoxes si contraires a tous les monuments publics ? ^ Comment le défaut de témoins prouve-t-il gue la charte n'est pas entière, lorsqu'on en cite soi-même un qui en vaut mille?
(S782) De re diplom., p* 168.
(d) DIsserL ejnst., p. 70.
(e) Toni. I, p. 32t.
I»ll
DICTIONNAIRE D£ PALEOGRAPHIE, ETC.
{iiS
le défaut de témoins, quoique annoncés, n*es( pà^ un motif suffisant pour rejeter ces pièces, à moins qu'étant postérieures aux siècles où Tusasedes sceaux devint général, il ne soit manireste que jamais elles n'en ont été munies. Il semble qu'alors on aurait sujet de suspecter ces pièces, non d*étre fausses, mais de n'avoir jamais été que des projets d'actes destitués de toutes les marques convenables d'authenticité.
IV. Erreur de quelques critiques qui ont soutenu que Vusage de ne point signer les chartes ne commença qu'après Guillaume le Conquérant. — Plus occupés jusqu'ici de l'exposition des faits et des usages concernant rénumération des témoins, que des objections des contradicteurs , nous avons né- Sligé de les satisfaire. Ne passons pas à [autres objets sans les écouter. Ils remsent d'admettre pour vraie toute charte plus ancienne que la fin du xr siècle , que la mort de Guillaume le Conquérant , si elle n'est signée de la main de son auteur et des témoins. A les entendre , nulle charte de donation ou de confirmation de ce prince, dépourvue de sa signature. Nous avons déjà rempli plus d'une fois le défi solennel qu'ils nous ont fait de leur produire des chartes ori^nales de Guillaume le Conquérant , qui justifient le contraire (2783). Cest déjà un argument invincible en faveur de celle de Saint-Ouen, qu'ils accusent de faux , malgré l'autorité de D. Mabillon qui l'a jugée véritable (278i). Mais pour achever de les convaincre, montrons l'usage des énumérations de témoins sans signatures, établi et du vivant de ce prince et longtemps avant lui. Nous pourrions même nous contenter d'en prouver l'existence depuis le milieu du xi* siècle. Il n'en faudrait pas davantage pour venger la charte cqntre laquelle on s'inscrit en faux, sous prétexte qu'elle n'est pas souscrite, mais attestée. Que sera-ce donc si nous produisons une foule d'exemples de cet usage depuis le commencement du même siècle, et si nous remontons même au x% au ix% au vni* et presque au yii* siècle, sans pouvoir en découvrir l'origine ?
Mais de peur que quelqu'unne s imagine que nous nous forge.ons des chimères à plaisir pour les combattre, il faut citer les pro-
(Î783) V. notrellP tome, p. 690, 691 ; et IV* tome, p. 208. •
(2784) Annal. Bened., i. IV» p. 550.
(2785) Justifie, du Mém. de S. Vtctor en Caux, p. 23.
(2786) Pag. U.
(2787) Ampliss. collecl., t. I, col. 47.
(2788) AuBER. MiR. Op. diplcm. et liiêt.^ I. I, p. 19, nov. édit.
(2789) Parmi les variations sans nombre que le nom de S. Speusippe a éprouvées, on l'a quelquefois écrit Peusipfms. C'est en partie ce qui a fait donner Pérard dans une insigne bévue dont les BB, auteurs du nouveau Gallia thristiana (a), se sont aperçus, puisqu'ils ont rectifié sa citation. Voici
3ueUe est, suivant (6)Pérard, la conclusion de la charte ont il 6*agil. Actum in terrilorio Lingonensi in Abkatia êonctorum Geminorum. Signvii Peusippi^ Eleu
(a) Ton. IV, col. 55.
près paroles de nos censeurs. L usag^ de ne pas signer les chartes n'a commencé qu'après Guillaume le Conquérant (^dS). Et ailleurs: Vusage de signer les chartes était constam' ment observe sous son règne (2786). Cela estil clair? Il ne s'agit donc plus que de prouver tout le contraire. Quand on verra du temps de ce monarque, et même auparavant, un grand nombre de titres non-seulement sans signatures, mais précisément dans la forme du nôtre , c'est-a-dire certifiés par des témoins nommés et non soussignés, qui osera désormais rejeter ses chartes comme fausses, parce qu'elles se trouveront conformes aux usages de ses contemporains et de ceux qui Pavaient devancé T
V. Nomination ou énumération des témoins substituée à leurs signatures ^ remonte jusqu'au vu* siècle. Exemples des ix* et x' siè^ des. — Mous commencerons cette espèce de tradition par un diplôme de 710, dans lequel tout est de la main du notaire ; huit témoins y sont nommés sans signatures (2787). On voit, dans quelques chartes des premières années du viii* siècle, des témoins qui certainement ne signent pas, tandis qu'il est incertain si le donateur les a réellement souscrites. Telle est une charte de Tan 712.
Le IX* siècle nous offre, eu date de 837, le testament du comte Evrard, terminé par ces mots : Coram fidelibus nostris , qui interfuerunt, quorum nomina hœc , etc (2788). Ces témoins sont au nombre de douze. Le même siècle nous fournit une charte de Jouas, évêque d'Autun , datée de Tan 859, dans l'abbave des trois saints Jumeaux , Speusippe (2789), Eleusippeet Meleusippe, appelée vulgairement Saint-Jôme. Les témoins, qui sont des évêques , un chorévèque , un abbé, n'y signent pas ; mais ils y sent nommés, commemorantur. La charte fut accordée en faveur des chanoines, ratifiée la même année au concile de Touzy (Douly ?) , et depuis confirmée par le Pape à la requête d'Hervé, évêque d*Autun. C'est des archives de celte ville qu'elle a été tirée. A ces deux pièces son pourrait en ajouter {)lusieurs autres, ma is contentons-nous d'en citer encore deux : une de l'an 863, dressée en présence de quarante-neuf prélats et seigneurs (2790) ; une autre de 865, attestée par vingt-deux témoins (3791).
sinpi et Meleutipfn, xni Katend. Maii^ xyiii KûtoU gloriosissimi regis^ Indict. vu. Testes adfuenua m- [ra scripli^ quos synodalis celebritas convocarmt^ Remtgius Gralianopoliianus , Godesealdus CnbiionensiSy etc. L*édileurf a visiblement distingué les SS. Jumeaux de Peusippe, Eleuaippe et Moleusippe, quoi- 3ue se soient leurs propres noms. Mal a propos onne-tril ces trois saints pour des témoins de la charte après avoir détaché iS de Speusippi poer en faire signum, parce qu'effectivement eUe a toujoars cette valeur mise devant le nom des témoins. La remarque était nécessaire, de peur que quelqu'un ne retranchât cette pièce du nombre de celles qui ne contiennent qu^ des énumérations de témoins, prétexte de signatures apparentes.
(2790) Ampliss. coUecL, 1. 1, col. 169.
(2791) Ibid.. cxÀ. \U.
iii5
PALEOGRAPHIE. — APPENDICE.
A%ii
Le détail des titres du x* siècle non assignés» mais certifiés par la seule présence des témoins, dont les notaires font Ténumération, quelque abrégé que nous le pussions faire, nous mènerait encore trop loin. Il faut nous contenter d'indiquer dans une note plusieurs de ces pièces, après en avoir fait connaître deux plus particulièrement, afin qu'on puisse, sur cet échantillon, juger des autres (2792). La première est une charte de donation en faveur de la célèbre église dé saint Julien de Brioude, par Dalmace, vicomte de Polignac (2793). Elle finit ainsi : /// non. Junii apud Casorum qwkd vocatur RodumniacuSf régnante Roduffo regeFrancorumnec non A^Uanorum; hœc charta tune temporis conêcrtpta omni tempore firma pertnaneat. Testibus istis Godescalco epiêcoçoy AureliOf Dalmatiot et huit autres témoins. Le roi Baoul mourut en 936. La seconde charte est de Conrard, roi de Bourgogne, donnée Tan 944 i^V^). Ce çrince la termine d'une manière qui prévient toutes les chicanes possibles sur la question que nous examinons. StAbtus , dit-il , fidelium nostrorum nomina juêsimuê inserere ae desigillo nostro siaillarey Aymo episeo]fU8 prœsens. Suivent neuf autres témoins. Puis on (goûte, Vassi Dominici majorée et minoresy qui prœsentes fuere.
VL Preuves qu^ avant le règne et tous le règne de Guillaume le Conquérant les énumérations de témoins^ au lieu de signatures, étaient fréquentes. — Jusqu'ici nous nous sommes borné à un petit nombre d'exempies. Quoique les écrivains, que nous combattons ici, aient positivement dit que l'usage de signer les chartes ne commença qu'après Guillaume Jo Conquérant, nous ne les crovons pas incapables de chicaner sur les siècles oui ont précédé 1c sien. Ainsi, pour ne leur laisser nul prétexte et leur fermer une bonne fois la bouche, nous allons produire un si grand nombre de chartes du xi* siècle, chartes certifiées par des témoins présents, sans qu'ils fassent ou qu'ils fassent faire en leur nom aucune signature, qu'il faudra que les pré-
J'ugés soient extrêmes, s'ils ne cèdent enfin i celte foule d'autorités. Nous nous attacherons encore plus particulièrement à celles, qui furent données durant le règne de Guillaume II, duc de Normandie et I" roi d'Angleterre de ce nom. Mais pour ne pas nous rendre ennuyeux par des détails qui ne sont laits que pourjes critiques, nous les renverrons dans une note qu'ils peuvent consulter (2795). Pour ne pas même la faire d'une longueur prodigieuse, nous nous sommes ordinairement réduit à marquer l'année de
(2792) Chartes de Tan 936. (Ampliss. collect., t. i, col. 283.) Autre de 946. (Ibidem, col. 287.) Charte en faveur de S. Béiiigne de Dijon de la onzième année d'après la mort de Raoul, roi des Français, c^est-à-dire de Tan 946. Alberico Abbate et monachiê adstantibuSf quorum hœc sunt nomina, Guntardtis prœpositus, et quinze autres nommés. (Pérard, p. 162.) Charte de 961. (Amplissima coiUct., t. I, eol. 315.) Chartes de 99i et 993. (Aub. Mir., Oper. àipi.et kiitofic, p. 146, 147, ^2.)Autre de9<)7: autre Uekimème auuce \(lnlL Chmixan. yror., t. Il, cul. 190.)
la date de chaque nièce et le recueil où elle se trouve. Le nombre de nos pièces de comparaison pourra bien aller à quatre-vingts, sans parler d'environ une vingtaine de siècles précédents. Voilà donc cent chartes, ou f)eu s'en faut, qui attestent qu'avant Guilauiiie le Conquérant, de son temps et sous son règne, l'usage de ne pas signer les titres, mais de nommer les témoins de leur confection, loin d'avoir été inconnu, était alors un des plus suivis. Il n'est presque aucune année de ce prince qui ne soit ici marquée par une ou plusieurs pièces de ce genre.
Telle est en particulier l'année 1055, époque de la charte au'on a décriée si mal à propos. Cependant les écrivains, dont nous relevons l'erreur, ne cessent de rebattre, en
Farlant de Guillaume le Conquérant, que usage de signer les chartes était constamment observé sous son règne. On sait maintenant à quoi il faut s'en tenir sur ce ton d'assurance, avec leauel ils ont débité leurs fausses règles de dliplomatique
YII. Autres pièces quon aurait pu citer en preuve que toutes les chartes n'étaient pas souscrites avant la mort de Guillaume le Con-
?fuérant. — Quelque nombreuse gue soit la iste de nos pièces de comparaison, nous aurions pu l'augmenter beaucoup, sans néanmoins en admettre aucune, qui ne bannit d'une part jusqu'aux moindres apparences de signatures, et qui ne leur opposât de l'autre de simples dénombrements de témoins.
Si, d'ailleurs contents de eiter des chartes dont le texte et les signatures fussent de la même main, nous ne nous étions pas rigoureusement restreints aux pièces qui renferment des énumérations de témoins et qui ne renferment que cela, le nombre de nos exemples aurait pu se multiplieer à l'infini.
Combien de diplômes de rois et d'empereurs, où nul témoin n'est allégué ni comme présent, ni comme souscrivant? Combien de pièces des mêmes, où tout, depuis un bout jusqu'à l'autre, est l'ouvrage du notaire? C'est assurément le très-grand nombre, et, à peu d'exceptions près, la totalité.
Si des princes nous passons aux particuliers, combien de chartes de tous les états dont les signatures sont entièrement de ]a façon des écrivains de ces pièces ? Est-ce donc là un caractère plus favorable que la simple énumération de témoins? Ne semblet-il au contraire montrer un certain air de supposition pour qui n'est point initié aux usages de nos ancêtres ?
Combien de chartes de cettç espèce , oui ne sont décorées de pas une seule croix des
Antre de Tan 1000 (Ibid., tom I, col. 112.)
(2793) Biblioth. Sebus., p. 110.
(2794) Ibid., p. 239.
(2795) Charte de 1002. {GalL Christian, itov., tom, II, col. 472.) Charte de 1005. (Ibid., tom. V, col. 467.) Charte d'environ 1007. (Annal. Bencd. tom. IV, p. 698.) Charte de 1012. (Aub. Mir., Oper. dipl.y p. 658.) Charte de 1016. {Ampiiss. collect., tom. i, col. d77.) Charte de 1024. (Aober. Mir., Oper. dipl., tom. I, p. 2G5.) Charte de 1025. ((lait ChrhHan, wor., tom. Il, col. 489.) Etc., etc.
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Bit
gouyerdlns, des témoins, des donateurs?
L*dvaiila;e d'élre muni d*uneoude plusieurs croix est-il mémo de nature à garantir par (ui seul une charte de tout soupçon? Une ou plusieurs croix formées d'une manière très-simple et assez uniforme, peuvent-elles mettre les faussaires bors d*état de contrefaire les chartes où elles sont employées?
Retranchez les pièces destituées de signatures , qui soient totalement de la main des intéressés ou des témoins, que restera-t-il des monuments de l'antiquité ? Presque rien. Les x% XI* et xii* siècles, ajoutons tes xiii% XIV* et XY% qui, chacun en particulier, nous en fournissent une quantité, qu'à peine pourrait-on supputer par estimation, seront dans cette hypothèse plus stériles que les VI* et vu* siècles. Ce serait pour le coup que les archives publiques ne seraient pas plus privilégiées que celles des particuliers, puisque d'une part elles ne remontent guère au delà du xiii* siècle, et que de l'autre elles sont pleines de pièces non signées. Où mène donc nos nouveaux critiques rengagement qu'ils ont pris do rejeter toutes celles des X' et XI' siècles, qui ne sont [)as signées, et de censurer, qui pis est, des titres auxquels on ne saurait reprocher que leur conformité parfaite avec ceux du temps où ils ont vu le jour?
Vin. Utilité des énumératians de témoins dans les chartes ; \pas une seule pièce signée de récriture de Guillaume le Conquérant; abolition de Vusage de nommer les témoins dans les actes,-— Mais f dira-t-on, do quelle utilité pouvaient être des noms do témoins qui ne signaient point?
D. Mabillon (-2796) répondra pour nous.
On employait, selon lui, cette précaution, afm gu en cas de litige on pût consulter les témoins durant l'espace de trente ans, au bout desquels on était censé avoir acquis un droit de possession légitime par voie de prescription. S'il arrivait quelque contestation avant ce terme, les témoins étaient appelés en jugement pour reconnaître la vérité et la validité des pièces produites ; ils savaient s'ils les avaient vu (Tresser ou s'ils s'en étaient rendus garants. Il n'était pas plus facile de leur en imposer sur des faits qu ils avaient vus de leurs yeux que de contrefaire leurs signatures.
Beaumanoir, qui rédigeait les coutumes de Beauvoisis en 1283 , expose les inconvénients qui résultèrent enfin de la nomination des témoins dans les actes, depuis que leur authenticité ne dépendit que du sceau (2797]. Alors les témoins parurent nonseulement inutiles, mais encore dangereux»
m96| De re dipL, lib. ni, c. 4, n» 2, 4.
(2797) c n avient moult sourent, dit o^t ancien magistrat, que 11 témoins muèrent , et après leur mort Ten a mestier des lettres. Si que los lettres n'ont pooir d*étre tesmoignée |)ar les tesmoins, donc convient-il que les lettres si vaillent d'eles ineisme et si font elcs. Car eles ne sont pour cbe faussée : a Joncques y furent mis les noms de chaux pour nient, puisque eles valent par le tesmoignage dou 6éel tant seulement. Mes se 11 Icsmoing sont vif, et
et comme tels on les abolit sur le déclin du XIII* siècle, en certains pays.
Pour dire encore deux mots de la charte de Guillaume le Conquérant, conservée dans les archives de Saint-Ouen de Rouen, et de celles que nos critiques lui opposent, à dessein de la convaincre de faui; eux à qui tout est bon quand il s*agit de nous contredire, ne veulent admettre aucune des nôtres si elles ne sont signées dans toutes les formes, et sans doute si leurs signatures ce sont réellement et entièrement de l'écriture de ceux dont elles portent les noms. Moins difficiles, nous voulons bien leur allouer toutes celles où Guillaume le Conquérant aura mis un seul mot, une seule lettre de sa propre main : n'est-ce pas être de bonne composition? Cependant, à en jueer sur ce pied-là, il ne restera pas une seule des chartes de ce monarque, qu'ils nous étalent avec autant de pompe que de complaisance, qui ne leur soit enlevée, parce qu'il n'y en a pas une où il y ait un seul caractère de sa main, à l'exception de la marque de la cruix. Or, pour emprunter leur style, tant qu'ils ne nous produiront point d'originaux de ce
{mncCf qui renferment des signatures^ dont 'écriture soit au moins en partie de sa maio, nous sommes en droit de publier qu'ils n'ont pu nous opposer une seule charte signée de son écriture. Ainsi les voilà bien loin de leur compte. Au reste, si nous avons tant insisté sur ce point de diplomatique , c'est que 'a vérité (l'une infinité de chartes antérieures à la fin du xi' siècle en dépend.
ABT. ÎI. Quatrième classe des signatures : sousdpfMMs fflhtes, ou mélangées : ordre des sigoatures daas les ori|$inaux.
L Mélanges ae signatures réelles et apparentes. — Le mélange dont nous allons parler ne tombe pas tant sur les signatures que sur les chartes qui renferment et combinent en différentes manières les trois classes dont on Tient de rendre compte. Les souscriptions en elles-mêmes ne sont point susceptibles d'autre mélange que de celui qui consiste à être en partie de la main du notaire et en partie de celle des soussignés.
Toutes les combinaisons des signatures de la classe que nous examinons ici peuvent se réduire à trois principales : assemblage 1** de souscriptions réelles et apparentes; 2** des mêmes, avec énumération de témoins; 3' réunion de tous ou de la plupart des cas qui résultent des combinaisons précédentes.
Parr«i les signatures réelles et apparentes, les unes dans le même acte sont entièrement l'ouvrage des notaires , les autres celui des
il sont a|)elés pour tesmoigner le cooteneare de k lettre, et il tesmoignent le cootraire, ou U lesmoignent que il ni furent pas ; en tel cas puent les feUrcs estre anéanties, tout fust che que êtes vausissent, se il ni eust dedans contenu nul tetfmoing : et pour tel péril estjuiever ne doit Ten pas mettre le nom des tesmoins es-leUres , puisque eie» valent par eles meisine plaine preuve, si Ten ne les deboâie de fausseté dcséd non créable.
PALEOGRAPHIE. ^ APPENDICE.
ms
soussignés ; les ânes en partie de la main des premiers y les autres en partie de celle des seconds , c'est-à-dire que ceux-ci forment quelques lettres, traits, signes, parafes ou croix, tandis que la description du nom et des qualités est le fait de rëcrivain de la pièce. Telle est une charte de 853, de laquelle {Miraissent séparément des signum avec croix et d'autres sans croix (2798). Souvent toutes les signatures sont l'ouvrage du notaire, excepté une croix tracée de Ja main du prince, au donateur, des témoins, du principal personnage. Tel est le diplôme de Guillaume le Conquérant gravé dans notre planche lxxvii, n. 2, d'après Georges Hickes (2799). Cette dernière manière de signer fut extrêmement accréditée durant le xi* siècle ; elle était familière au roi Philippe I*% et encore plus à Richard II , à Robert le Magnifique, à Guillaume le Conquérant, ducs de Normandie , et à bien d*autres princes.
Quand l'énumération des témoins concourt avec les signatures réelles ou apjiarentes, la même charte joint à ce dénombrement, tantôt des signatures totales de la main du donateur, de quelque ecclésiastique, de l'écrivain de l'acte, tantôt ces signatures ne sont que partielles, c'est-à-dire qu'à la réserve d'une ou plusieurs croix, tout est de la façon des notaires. Quoique les signatures en apparence, précédées d'ego ou de signum^ ne soient revêtues d'aucun degré d'authenticité de plus que celles qui se bornent à de simples énumérations de témoins, on ne laisse pas de rencontrer dans les mêmes chartes ces deux caractères à la fois. On y voit aussi marcher de concert les signatures totales, partielles et apparentes, avec rénumération des témoins. Plusieurs de ces nièces paraissent signées, soit d'une partie aes témoins, soit de quelques personnes intéressées ou constituées en dignité. Cependant, qui que ce soit ne les a souscrites; ceux qui l'auraient pu faire y sont partagés en deux ou plusieurs bandes. Les uns ne s'y montrent que pour les attester par leur simple présence, sans en avoir fait davantage, les autres ne semblent les avoir signées que parce que leurs noms sont précédés d'un S. Quelquefois les mêmes personnes sont doublement produites, et comme soussignées et comme comprises* dans rénumération ordinaire des témoins.
Ainsi Robert et Guillaume, fils du conquérant de l'Angleterre, après avoir été rais à la tète des témoins, sont encore du nombre de ceux qui, pour toute signature, forment le signe de la croix au pied d'un diplôme.
Snfin, il est des chartes où tous les cas rapportés se trouvent réunis avec quelques autres que nous passons sous silence pour éviter les minuties. La plupart de ces pièces sont des chartes de fondation composées do plusieurs actes, dressés sucr.essivement les uns après les autres; ce sont, en un mot, des es[)èces de pancartes renfermant non-
(9798) Nov. UalL Christ,, ton). I, col. 803; De re diphm,^ p. 1G7.
seulement les donations des fondateurs principaux , mais celles d'un grand nombre de seigneurs et de particuliers qui , par leurs largesses, ont entré en société de ces bonnes œuvres. Ces donations avaient-elles été faites toutes ensemble? Elles étaient ordinairement renfermées sous les mêmes signes et dénombrements de témoins ; mais il arrivait aussi qu'il fallait attendre bien des années avant qu'il se trouvât nombre de personnes charitables qui voulussent ou qui pussent suffisamment contribuer pour rendre les fondations complètes. Aussi avai4-on coutume de laisser au-dessous de la charte de fondation une espace considérable en blane^ dans la vue d'y ajouter ies donations qui se
Srésenteraient. A mesure qu'il en survenait e nouvelles, elles y étaient référées avec autant de listes des personnes présentées à la confection de chaque acte particulier, ou bien avec autant de suites de signatures réelles, apparentes, totales, partielles, de la main des témoins et de celle des notaires
Ici aucun des témoins, pas même le donateur ni le seigneur, n'Arrivaient rien au bas de la charte : là des croix donnaient du relief à toutes, à la plupart, ou seulement à quelques-unes des souscriptions faites par les notaires. Ici une partie des signatures avait pour auteurs ceux dont elles portaient les noms, sans que le notaire s'en fût mêlé; mais en même temps celui-ci pouvait s'attribuer la plus grande partie d'un certain nombre de seings et la totalité des autres. Là rénumération toute pure d'une portion de témoins n'empêchait pas que les autres ne signassent en apparence, réellement, partiellement, totalement.
Il était d usage , quoique pas tout à fait uniforme, que la pancarte ou charte de fondation à peu près remplie, le fondateur ou son représentant, le prince, le seigneur ou quelqu'un des plus notables ujagistrats ratifiât en détail ces donations, et les relevât par des privilèges et des exemptions, suivant le degré de puissance et d'aulorité dont il était revêtu. Ces ratifications se réduisaient communément à des si^^nes de croix ou à des souscriptions apposée? de la main du notaire, en présence des seiî^neurs qui confirmaient les donations de leurs vassaux. Rarement inséraient-ils plus d'un signe de croix à chaque article. Plus rarement encore y mettaient-ils leurs noms et qualités de leur propre main. Comment ces sortes de nièces ne renfermeraient-elles pas des variétés sans nombre, puisqu'on ne laisse pas d'en découvrir de tres-remarquables dans celles même s qui n'étaient pas rédigées à diflérentes reprises î
II. Rang que les signatures tiennent entre elles; ordre suivant lequel les prélats y princes et seigneurs signent. — L'ordre des signatures regarde le rang qu'elles tiennent entre elles, et Uur situation, celui qu'elles occupent par rapport aux chartes et à leurs formules.
(2790) ùtMert. epî$t., p. 7i, tabula B.
If19
DICTidNNAIRE DB PALEOGRAPHIE» ETC.
Pendant une longue suite de siècles , en fait de souscriptions, les places les plus distinguées furent toujours pour les évoques et les abbés. Si leurs signatures suivaient celles des rois, elles précédaient toutes les autres, sans en excepter les princes mômes. Avec le temps, les nls des souverains prirent le pas sur eux; les seigneurs les plus puissants s'étant élevés à la condition des têtes couronnées par la domination qu'ils exerçaient dans les provinces de leur gouvernement, ou qu'ils avaient envahies, commencèrent à se mettre au-dessus des prélats de leur dépendance. Mais dans les diplômes impériaux ou royaux, les prélats conservèrent plus longtemps la première place. « Les cadets d'une plus grande condition que leurs atnés, et particulièrement ceux qui étaient évoques, se trouvent ordinairement nommés dans les chartes avant leurs aînés (2800).» Si les signatures des laïques précèdent celles des évoques dans quelques diplômes, c'est faute d'attention de la part de ceux qui ont copié les originaux (2801).
En France , non-seulement les évêques , mais même les abbés avaient encore rang, au XII* siècle , sur les grands officiers de la couronne (2802). Il en était de même à peu près en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, Les privilèges des rois d Esmme étaient signés par le roi , la reine, les mtants, les évêques et les grands du royaume. Les anciens rois d'yVngleterre souscrivaient les premiers, ensuite les évêques, puis les abbés , enfin les ducs et les comtes. 11 n'y a que les archevêques de -Mayence, de Trêves et de Cologne qui se soient maintenus en possession de signer après les empereurs , quoiqu'autrefois tous les prélats, sans exception, eussent la préséance et les prérogatives qui y, sont attachées sur tous les seigneurs laïques d'Allemagne. Quant à l'ordre qu'observaient entre eux les ecclésiastiques, les dignitaires des cathédrales et les dovens mêmes n'avaient rang qu'après les abbés. Ils cédaient de plus à ae simples prieurs réguliers titulaires. C'est un fait aont on trouve Ta preuve dans une bulle originale de Jean XXII, conservée dans les archives de l'abbaye de Saint-Ouen (2802*). En général, les chanceliers, les notaires et les écrivains des chartes les signent presaue toujours les derniers. On lit dans les Vies des hommes illustres de France y que Guérin, évêque de Senlis, premier ministre et chancelier sous Louis VIII , signait tous les actes immédiatement après le roi, et avant tous les princes
(2800) Ménage, Bist. de Sablé, p. 40.
(2801) D. MablUon explique (a) pouranoi, dan» une charte de Transmnr, évèqiie de Noyon, de Vva 047, les laïques semblent signer avant les évêques : In diploinatis hujus subscriplionibus duo no^ tanda occurrunt, dit-il, fiempe illud in publico episcaporum ac procerum convenlu Lauduni conc€S$um : deinde episcoporum subscriptiones hic p^cerum omnium subscriptionibut postponiprœter soliium morem, forsan quod iiti post regem continua sene unum tetierent tnstrumenti latus; ecehùastici vero eodem
(a) Àcta SS, Bened,, t. VU, p. 213.
du sang. Lorsque tous nos rois de la troisième race voulurent que leurs diplOmes fussent signés de leurs grands officiers , le sénéchal de France souscrivait toujours le premier : ce qui n'a pu arriver que sous les règnes de Henri I", de Philippe I", de Louis le Gros et de Louis le Jeune. Car Philippe- Auguste supprima , l'an 1191, la charge de sénéchal , parce qu'elle donnait trop de pouvoir. L'acte de donation, .que Foulques, comte d'Anjou, fit du Pont de Ce à l'abbaye de Fontevrault, au commencement du ilmx* ^ siècle, est signé par Lisiard de Sablé et ' Hubert de Champagne, avant Flonis, frère du comte. Il est assez ordinaire, dit Ménage (2803), que des personnes de moindre qualité signent des actes avant des personnes de plus grande qualité. » Dans les souscri)>tions des actes , on voit les noms des chapelains et des clercs de la cour précéder ceux des plus grands seigneurs et des premiers officiers.
III. Situation des signatures dans les actes, '— Les signatures , considérées relativement aux chartes , sont toujours {)laeées au haut ou en bas de l'acte. La première situation a quelque chose d'assez singulier, mais elle n'a nul besoin d'être subdivisée, parce
Ju'elle ne' rane presque jamais. Cette place tait réservée en certains pa^s pour les souscriptions des rois , des prmces ou des donateurs. Si l'on en excepte quelques croix formées à la tète des chartes , ] ar les rois d'Angleterre, les premiers ducs de Normandie et certains particuliers du même temps , nous ne voyons l'usage de ces siwiatures établi qu'en Italie et seulement dans les royaumes de Naples et de Sicile. Mais alors même les souscriptions des témoins étaient renvoyées à l'ordinaire au bas de la pièce (2804).
Cette place est si naturelle aux signatures qu elles en ont pris le nom de souscriptions^ et qu'elles ont donné naissance aux termes de souscrire et de soussigner. L'archevêque de Capoue mettait sa signature en vermillon, au coté droit du feuillet, et le doyen de cette église signait en noir, au côté gauche du même feuillet (2805).
La situation des signatures au bas des actes n'est pas aussi fixes que celles des précédentes. D'autres formules pouvant leur disputer la première place, rendent leur état un peu incertain, quoique, à proprement parler, elles n'aient que les dates pour rivales. Car, à l'exception des bulles-priviléges, très-peu de titres admettent les salutations et les sentences. Mais enfin les sou-
ordine aliud occuparent,
(^02) Cette bulle, datée de la 40* année ou pontificat de Jean XXII, commence ainsi : Joammes episcopus servus servorum Dei, dilectit filtis ahhati mmt^ tetii sanctœ Trinitait in monte sanctœ Catkarinœpnpe Botomagum et priori saneti Laudi ac decano Ecclesim Rotomagen$i8, salulem et apostoiicam benedictionem.
i280â') De re diplom., p. 121, 162.
2803) Hist. de Sablé, 1. iv, c. i, p. 122, 123. 2804) De re diplom., pag. 84; 2805) Italia sacra, t. Yl, col. OlCt*
STENOGRAPHIE OU TACUYGRAPHIE.
t2tt
scriptions ne i'emporlent pas toujours sur les dates. Si quelquefois une partie des signatures ou des témoins se trouve placée devant et l'autre après, ce n*est point nar voie d'accommodement; c'est parce que les actes
(2806) De re diplom., pag. ICI.
étaient quelquefois souscrits à diverses reprises, ou parce que la donation et l'investiture ne se faisaient pas en même temps (2806). On trouve assez rarement des signatures dans le corps des actes.
STENOGRAPHIE OU TACHYGRAPHIE.
La sténographie est Tart d'écrire aussi vite que Ton parle. Cet art n'a point, comme on pourrait le croire, une origine moderne. Les Grecs et les Romains ont fait usage d'une écriture très-abrégée et très-rapide pour recueillir les discours des orateurs et les leçons des maîtres cébèbres. Diogène de laërte nous apprend que chez les Grecs Xénophon employa le premier cette écri- .ture et qu'il s en servit pour recueillir les entretiens de Socrate. De la Grèce cet art passa à Rome où il reçut de nombreux perfectionnements. Isidore de Séville attribue à Ennius l'invention des onze cents premières notes ou caractères d'écriture abrégée : selon d'autres auteurs Tullius Tiron, affranchi deCicéron, serait l'inventeur de ces notes auxquelles il a donné spn nom. Cicéron lui-même ne fut peut-être pas étraiïgorà l'invention et à la propagation des. notes tironiennes, car il s'en servait dans sa correspondance, et Plutarque nous ap-
Erend qu'il fit recueillir par des notaires I harangue que Caton prononça contre les complices de Catilina. L'art tachygraphique se répandit dans l'empire avecrapi-
()ité, et nous lisons dans les historiens que es empereurs eux-mêmes ne dédaignaient pas de le pratiquer. Lorsque l'éloquence politique eut disparu, les notes tironiennes perdirent beaucoup de leur importance et ne servirent plus qu'à recueillir les leçons dès maîtres célèbres, les dépositions des témoins et les interrogatoires des accusés.
Le christianisme naissant utilisa cet art abréviateur, et des évêques eux-mêmes, notamment saint Cyprien, l'approprièrent aux besoins de la religion nouvelle. C'est
frflce h l'emploi des notes que nous ont té conserves les actes des martyrs et les délibérations des conciles. On s'en servait aussi pour recueillir les sermons.
Saint Augustin avait presque toujours des noiairés près de luit et 1 on voit dans une de ses lettres que ces notaires n'ayant point Toaltt, on ne sait pour quelle cause, recueillir un de ses sermons, les fidèles se chargèrent eux-mêmes de ce soin, ce qui prouve combien cet art était encore répandu à cette époque. L'usage des i\ptes se perpétua jusqu'au X* siècle et l'on s'en servait au moyen âge pour transcrire des projets d'actes, des homélies, des psautiers et des recueils de formules.
'. Les manuscrits les plus curieux écrils en notes sont des collections de signes accompagnés d'une traduction. Ces collections de notes sont les seuls documents à l'aide desquels on puisse retrouver les divers procédés employés dans les notes tironiennes. Nous allons exposer succinctement le système sur lequel repose cette écriture abrégée. On verra par cet exposé que la plupart des procèdes tacby graphiques usités de nos jours ne sont pas d'invention moderne et qu'ils étaient connus des Romains.
Le système des notes tironiennes consiste à modifier les lettresde l'alphabet usuel pour en rendre le tracé plus rapide, à séparer la terminaison du radical et à la représenter par des signes particuliers ; enfin à supprimer toutes les lettres que l'on peut facilement restituer. L'alphabet tirouien se compose de capitales romaines, de quelques lettres grecques et de certains signes particuliers Ces caractères dans leur forme primitive étant trop compliqués pour permettre à l'écriture de suivre la parole , on leur fit subir .d^ nombreuses modifications qui peuvent se ramener à ces deux points principaux: 1"* les signes composés de plusieurs traits reçoivent dans la dimension et la direction de ces diverses partiea des changements (jui suffisent pour étendre la signification primitive ; â* les lettres en se liant entre elles perdent ordinairement quelques-unes de leurs parties. L'emploi do ces deux procédés a donné naissance à une nombreuse série de signes extrêmement difficiles à lire et que les inventeurs des notes ont été obligés d'imaginer pour remédier aux imperfections de l'alphabet ordinaire qu'ils avaient pris pour base de leur système et qui ne pouvait satisfaire aux exigences d'une tachygraphie. Pour lier entre eux ces divers signes, on employait un procédé qui est encore usité dans les sténographies modernes, et qui consiste à tracer cnaque si-r f^ne en commençant au point précis où finit e précédent. Lorsque ce genre de liaison ne pouvait pas s'effectuer facilement, on se contentait ae juxta-poser les lettres comme dans la capitale ou de les unir par des traits
Krasites cgmme dans la cursive moderne, théorie des terminaisons est la partie la plus irréprochable du système tironien. EUe consiste à séparer la terminaison du radical et à la représenter par un signe particulier.
DICTIONIUIUE DE PALKOGRAPHIE, ETC.
Les terminaisons se placent tantôt èi c6té, Uutôt au-dessus ou au-dessous du radical dont elles se distinguent par une moiu^grande dimension.Nous verrons plus loin quon re*
[présente les terminaisons d'une manièi^e ana- Ggue dans les sténographies modernes ) mais ces systèmes sténographiques sont sous ce rapport bien inférieurs aux notes tironiennes dans lesquelles, gr&ce au génie de la langue latine,on obtient par l'emploi des lignes des terminaisons une très-^ande rapidité. Pour rendre encore cette écriture plus rapide, on eut recours à des procédés abréyiatifs qui ne portent plus sur la forme des signes » mais sur les mots qu'ils doivent représenter. Ces procédés sont : f la permutation des lettres qui ont un son analogue ; 2* la suppression de toutes les lettres dont la restitution peut s'opérer sans difficulté. Ces deux procédés reposent l'un et l'autre sur un principe évident, c'est que pour être lisible, une écriture n'a pas besoin de s'astreindre aux exigences de lorlhographe et peut se contenter de représenter les sons articulés par la voix. On comprend aisément que des lettres dont les sons ont une certaine analogie aient pu se permuter, le sens de la phrase ne laissant jamais de doute sur les lettres à rétablir. Quant à la suppression des lettres, elle s'exerce d'abord sur celles qu'on peut faire disparaître sans apl^orter une modification essentielle à la prononciation'; elle s'exerce encore sur les voyelles intermédiaires, c'est-à dire sur toutes celles qui ne sont pas la première ou la dernière lettre d'un mot.
' Comme on le verra plus loin, la plupart de ces procédés abréviatifs sont devenus la base de nos sténographies modernes, et les notes tironiennes, abstraction faite des systèmes très-longs et très-difficiles à tracer dont elles étaient formées, ne le cédaient en rien aux systèmes modernes dont nous allons donner un rapide exposé.
Ce fut au XVII* siècle que la sténographie moderne prit naissance en Angleterre. Willis, Shelton et Ramsay publièrent successivement des Traités de sténographie dont le dernier surtout eut un succès mérité et contenait en germe les systèmes les plus ingénieux des sténographies récentes. Ces premiers essais furent suivis d'une foule d'autres systèmes parmi lesquels on doit mettre au premier rang la méthode de Taylor, méthode dont le procédé le plus ingénieux, la suppression des voyelles médiates, est un emprunt fait aux notes tironiennes. « Il balança les avantages et les inconvénients de l'expression des voyelles et le résultat fut qu'il y avait profit à les supprimer. Nous ne nous arrêterons pas à discuter les objections faites contre une sténographie privée de voyelles médiales. Sans doute à Tepoque où elle fut proposée, il a été permis de combattre et de soutenir par des raisonsements et des analogies ce qui n'était qu'une théorie, mais les laits ont prononcé et toute argumentation est désormais interdite. Pratiquée avec un égal succès en France et en Anglc-
tere, la méthode de Taylor est celle oui depuis trente ans a fourm le plus grand nombre d'habiles sténographes < Il est en
sténographie un emoarras plus grand que celui du défaut de vojrelles, <y est la confusion des signes. Taylor mit tous ses soins à l'éviter. Plus il avait réduit les éléments des mots, plus il lui devenait indispensable de rendre clairs et distincts ceux q^ni devaient suffire à retrouver l'ensemble primitif. Sous ce rapport, nul n'a pu contester le mérite de son alphabet. Il est fondé sur les combinaisons les plus simples de la ligne droite et du cercle, et ce n'est qu'en renversant les bases mêmes du système qu'on a pu se dispenser de copier les signes de Taylor. Ces signes se lient entre eux d'une manière commode; leur forme est si distincte, leur valeur tellement intrinsèque, qu'il est toujours focile de les reconnaitre; et ce n'est pas peu de chose dans une écriture où pour suivre l'orateur à la volée, il faut jeter les mots d'un trait de jplume et comme au hasard. Du reste les améliorations générales opérées avant Taylor se retrouvent dans sa méthode avec quelques améliorations nouvelles de détail, soit pour la fusion des lettres qui font double emploi, quant à la prononciation, soit pour la création de signes destinés à rendre par un seul caractère, certains sons ou certaines modifications de son qui dans -récriture en exigent plusieurs.
« Taylor et son école sont placés à Tune des extrémités de l'angle dont Shelton occupe le sommet ; sur la branche opposée dominent Richardson, et Lewis son disciple. Tous deux ont conservé les voyelles et les expriment encore par' des positions relatives; mais ces positions sont déterminées d'avance au moyen de lignes parallèles, ils ont sur leurs prédécesseurs l'avantage d'un alphabet plus simple d'une représentation plus exacte ; ils ont comme eux l'inconvénient d'écrire par syllabes détachées. La précision de mouvement que suppose leur svstème est d'ailleurs inconciliable avec la rapidité, et si nous n'avions eu pour objet que de retracer les véritables progrès de l'art, malgré les éloges prodigués à ces professeurs, leurs noms même eussent été omis. Nous avons présenté (Quelques observations sur les méthodes originales qui, à diverses époques, ont eu le plus de succès en Angleterre; mais une si rapide analyse n'a pu donner qu*une idée bien incomplète des travaux sténographiques de nos voisins. En effet, de tous les systèmes connus, aucun encore vk*di atteint d'une manière directe le but qu'on se propose ; il a donc fallu suppléer à leur insuffisance par des artifices de pratique, et trèssouvent c'est dans ces procédés de détail que consiste tout le mérite d'un auteur. Les sténographies anglaises, comme nous l'arons déjà dit, se rapportent à un très-petit nombre de types caractérisés ; cependant il en existe prés de cent ; qu'on juge d'après cela s'il était possible, dans un cadre aussi resserré que le nôtre, de constater les moindres nuances qui les distinguent. £d fiûsani
STENOGRAPHIE OU TAGHYGRÂPUIË
oonnatfre quelques généralités nous avons cru remplir suffisamment notre tAche. Voici d'ailleurs quelques notions supplémentaires que nous empruntons à VEncyelopédie 6rttannique.
« Parmi les méthodes inventées et çrati-
Suées de nos jours, il n'en est point qui soit erenue d'un usage général^ qui par sa concision ait mérité une préférence universelle. Quelques sténographfies sont surchargées de sjgnes arbitraires qui en rendent l'application pénible et 1 intelligence difficile; en sorte qu'il ne faut pas s'étonner de l'oubli absolu dans lequel on les voit tomber. D'autres emploient une multitude de caractères qui fatiguent la mémoire el n'atteignent point le degré d'accélération convenable; d'autres enfin, après avoir rejeté tout ce que les autres avaient de superflu, les signes arbitraires et les liaisons, n'admettent ni les propositions ni les terminaisons, qui toutefois dans de justes bornes contribuent si puissamment à la vitesse et à la clarté de l'écriture. Chose remarquable Iles auteurs même, qui ont poussé la réduction de leurs signes jusqu'à un nombre insuffisant pour reproduire les différentes articulations de la voix, n'ont pas songé à les rendre simples et commodes. Mais c'est surtout dans la manière de rendre les voyelles que se dévoile l'embarras de la plupart des systèmes. Quelquefois un trait unique est chargé de les représenter toutes, et c'est au jugement du lecteur qij'est confié le soin de retrouver la voyelle dont ce trait occupe la place. Quelquefois toutes les voyelles sont rendues, mais par des signes tellement exigus qu'à moins d'une précision mathématique on ne saurait les reconnaître; et qui ne conçoit qu'une si minutieuse attention est incompatible avec la sténographie, dont le but est de saisir par une écriture rapide les mots d'une rapide improvisation ! Le procédé qui consiste à lever la plume pour mettre une consonne au lieu propre d'une voyelle supprimée^ n'a pas demoindres inconvénients ; et, si l'on veut attribuer à toutes les voyelles des signes particuliers, l'écriture sera trop lente ])Our être employée comme sténograpnie; on lie peut disconvenir que celui qui proposa . d'omettre les voyelles au milieu des mots, et qui inventa des signes faciles à lier entre eux sans lever la plume, fit une amélioration sensible; mais^ nous le répétons, la plupart des systèmes ont, soit dans leurs princfipes soitdans leurs movens d'exécution, > quelque défaut essentiel, d'où résultent des difficultés qui découragent les éièyes et dé- . précient beaucoup le mérite de l'inven- i tion, » etc. >^
Une recommandation louangeuse du traité de M. Mavor termine ce sévère- examen ; en tOttt>oela il n'y aurait que justice si l'au* t0ur de l'article avait rappdé que M. Mavor> a simfdeneut amendé le système de Taylor.
« A Képoque où cette sténographie commençait à se propager en Angleterre , parut en France la tacl^raphiede Coulon de
(^807) Fossé, Cours de $ténographie,
PiGTIONN. PR PaLÉOGBâPHIE, CtC*
Thévenot., 1788. Sous le même titre,* Lavalade avait publié, en 1777, un traité dont les catalogues mêmes des bibliothèques n'ont pas gardé le souvenir. Dix ans après , le Parfait alphabet du curé de Sainte Laurent était également passé inaperçu.
Thévenot fut (plus heureux, et devait l'être. Son procédé infiniment supérieur à ce que nous avons de mieux en ce genre, balance, sous.quelaues rapports, les systèmes les plus accrédités en Angleterre : succès remarquable de la part d un homme qui manquait de pratique. Toutefois il n'obtiendra pas notre complet assentiment, par la raison fort simple . qu'il ne procure pas une suffisante abréviation. L'occasion d en faire répreuve se présenta bientôt pour Thévenot. L'ère du gouvernement représentatif venait de commencer parmi nous et les regards de la France étaient tournés vers l'Assemblée constituante, dont les décrets changèrent la face de notre vieille monarchie. La révolution donna aux journaux une grande importance, et ce fut principalement parce qu'ils reproduisaient les discussions de la tribune nationale , car là venaient se rallier toutes les opinions, aboutir tous les intérêts. Thévenot prit part à la rédaction de quelques feuilles de l'époque, mais il ne paraît pas qu'il y ait déployé l'habileté qu'une application opiniâtre lui fit acquérir plus tard.
« Vers le même temps, 1792, T. P. Bertin introduisait en France la méthode de Taylor, et ietait les fondements d'une école, qui] depuis n'a pas eu de rivale , quoique de nombreux concurrents se soient présentés. Excellente en principe et trèssatisfaisante dans ses moyens d exécution , )â sténographie de Taylor était néanmoins susceptible d'être améliorée ; d'habiles praticiens en Angleterre et en France ont, suivant le cénie particulier de lldiome national , opéré les changements gue l'expérience avait montrés nécessaires; et c'est ainsi que par de constants efforts on est parvenu à dès procédés dont une api ica tion journalière prouve l'effica cité (2807). »
Nous allons exposer le système de Taylor, en lui faisant subir quelques chan-
Sements ; mais nous devons faire connaître 'abord les transformations que Ton doit faire subir à l'écriture avant d'employer les signes sténographiques.
Dans la sténogra{Wiie la première règle à observer est de ne tenir aucun compte de l'orthographe et d'écrire les mots comme on les prononce, en se bornant à peindre les sons que la voix articule. Fartant de ce principe la sténographie n'a à représenter que les dnq voyelles : â, «^ {, o, u; Les deux diphthongues eu y ou; les combinaisons des quatre voyelles a, t, o, ii avec lenan, tn„ on^ ua et les consonnes 6, d, A ff, i, A, I, w, w, Pj r, «, t, v^ X. C'est encore une règle en sténographie que l'on doit supprimer toutes les lettres
DIGTIÛNNAIRE DE PALEOGKAPUIE, £TC.
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inutiles. Ainsi le c ne doit pas figurer dans Talphabet sténographique, il est remplacé tantôt par le kf tantôt par !*«, suivant sa consonnance avec ces deux lettres. Le
Îfait double emploi avec le k et doit être gaiement supprimé. On doit en outre retrancher toutes les lettres qui ne sont pas absolument indispensables à la formation des sons : ainsi lorsque deux mêmes consonnes se suivent immédiatement on n'en écrit qu'une; Ye muet seul ou suivi des lettres nt ne s'exprime jamais; il en est de môme de 1'^ du pluriel des substantifs et des adjectifs. On peut, en un mot, faire porter ces suppressions sur toutes les lettres dont le retranchement ne rend pas l'écriture illisible.
Ce ne serait pas encore assez, pour donner à récriture sténoçraphique une grande rapidité, de supprimer les lettres inutiles. Aussi Taylor crut-il pouvoir se dispenser d'écrire les voyelles intermédiaires en ne conservant que celles qui se trouvent au commencement ou à la fin des mots.
« Nous connaissons aussi bien que personne l'embarras d'une écriture privée de voyelles ; mais ne sait-on pas que, entre deux inconvénients, il faut éviter le pire ? Or, pour un homme qui se propose de recueillir un discours, le pire est ae ne jpouvoir le recueillir. Cette première considération nous a fait ranger du côté des systèmes, au moyen desquels on peut suivre la parole. Cependant l'improvisation une fois saisie, il reste à transcrire ses notes ; le pire alors est de ne pouvoir les déchiffrer, et voilà ce qu'éprou- Tent les partisans des sténographies exactes. Leurs signes, en effet, ne sont pas plus sim-
Îles que les nôtres ; si donc ils parviennent rendre toutes les voyelles sans se ralentir, c'est en adoptant , pour les exprimer , des positions ou des dimensions relatives. Eh hien 1 soit qu'il faille porter incessamment sa
Î)lume à des hauteurs déterminées, soit qu'il ledlle mesurer à un quart de millimètre près la longueur des traits qu'elle forme , le sténographe est soumis à des conditions incompatibles avec la célérité. Pressé par l'orateur, entiravé par les soins minutieux qu'impose sa méthode , il ne jette sur le papier que des signes confus , et tout ce qu'il avait imaginé pour ôtre plus clair devient une cause d'obscurité. Au premier abord, la réunion de consonnes sans voyelles ne paraîtra au jeune élève qu'un chaos d'inflexions indéterminées ; il lui faudra substituer mentalement, entre chacune d'elles, toutes les voyelles de l'alphabet ; mais peu à peu ce soin devien-* dra moins pénible et ne sera plus, avec quelque pratique, qu'une combinaison instantanée. On peut en faire l'épreuve avec les caractères usuels , et pourtant il v a alors une difficulté de plus à vaincre, l'habitude de les employer autrement. Du reste c'est toujours à l'expérience qu'il faut en appeler des promesses de la théorie, et nous 1 avons d^h dit, l'expérience a depuis lon^emps té* moigné en fSaveur de la sténographie de Tay-
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T lor. Pour ceux qui l'ont apprise, la lecture est loin d'être le principal embarras : jamais un élève, assez fort pour suivre la parole, n'a été arrêté, quand il a fallu se transcrire. Efforcez-vous donc, avanttout , de suivre la parole, et si vous trouvez que c'est déjà une assez rude tAche , jugez quels soins vous eût imposés une méthode moins abréviative (2808j 1»
Nous n'avons rien à ajouter à ce témoignage, si ce n'est que les plus habiles praticiens se sont toujours servis et se servent encore de nos jours du système sténographique de.Taylor, et que, de leur aveu, l'absence des voyelles est l'une des moindres difficultés que présente la lecture de la sténographie.
Après avoir indiqué les diverses modifi- // cations et les suppressions que la sténographie fait subir a l'écriture ordinaire pour en accélérer la marche, il nous reste à faire connaître sommairement la forme et l'emploi des signes qui remplacent les lettres de l'alphabet usuel.
Nous donnons ci-après un alphabet sténographique qui n'est autre que celui de Taylor, avec quelques modifications et quelques additions nécessaires pour donner à lalecture une plus grande certitude.
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