TÉLÉGRAPHIE
Le but de la télégraphie (tq^i, loin, 7/^«r«i, f écris) est de transmettre au loin des signes conventionnels et secrets, représentant des lettres de l'alphabet , des mots ou des phrases entières de la langue. On n'attend pas sans doute de trouver ici la liste et Texplication des signes employés encore dans la télégraphie aérienne ; on comprend que ces signes, qui du reste peuvent être perpétuellement modifiés, sont le secret des
Souvemements qui les emploient. Nous irons seulement quelques mots de l'art de la télégraphie en lui-même , art tout français, qui doit sa véritable origine à Tabbé Chappe, mais dont les anciens procédés sont à la veille d'être généralement abandonnés partout, pour être remplacés par la télégraphie électrique, une des plus merveilleuses inventions des temps modernes.
On distingue plusieurs sortes de télégraphie.
La télégraphie aérien/nCf la seule dont l'antiquité ait eu quelque idée et emplové ^uelqu## procédés par ses signaux^ est celle
gnes convenus et auxquels on a attaché une signification particulière.
La télégrajfhie acoustique^ ou mieux la té^ léphonicy qui transmet au loin la parole elle-même, et qui, quoi que l'on fasse, restera toujours dans une immense infériorité.
Enfin la télégraphie électrique; c'est à elle
2 n'appartient l'avenir. C'est la télégraphie leetrique qui, encore quelques années , va mettre en communications presque instantanée, tous nos chefs-lieux de départements avec Paris, toutes les grandes capitales entre elles; c'est la télégraphie électrique qui centuplera les relations des peuples et nous paraît destinée à exercercer la plus immense influence sur les relations diplomatiques et la paix du monde. Courage donc aux savants et aux ingénieurs qui expérimentent, étudient et propagent la télégraphie électrique ! Courage et honneur au savant abbé Moigno, un des plus ardents et des plus habiles propagateurs des méthodes nouvelleSi aux Walker, aux Magnier, aux Dujardin,
{ux giépapns, aux Ffoment. aux Bréguel /j/
itSI
n est probable» dit M. Magnier dans une ifMtessanie Histoire de la télégraphie (2809), il est probable qu'il y a eu de tout temps des télégraphes en rapport avec l'état de civilisation : ainsi , on se fidt bien une idée c(e signaux quelconques dans le temps des peuplades, soit pour exprimer la bonne intelligence entre voisîhs,' soit pour transmettre des ordres et des avertissements en cas de guerrerfrparalt que Ton a des traces de l'enfance dé cet art ou il ne s'agis^it que de montrer des objets pour dire, par exemple : L'ennemi approche. — Pr^arez^ous au cornl)at. — PorteX'Vous à droite ou à gauche. — Mendes^ouê à diecrétion. -^ Hàssaere aéné" ralf etc. Le mojen qui semble avoir été le plus communément employé est celui du leu : on cite que , en différentes occasions , les Chinois allumèrent sur leur grande muraille des feux brillants que n'éteignaient ni le vent ni la pluie ; — il est parlé de signaux de feu dans plusieurs passages de V Iliade:
— dans Apamemnonj tragédie d'Eschyle, ce sent des sisnaux de ce genre qui annoncent la prise de Troye à Cly temnestre ; — enfin , les êignaux par le (eu sont mentionnés dans les écrits d^ Tïte-Live , de Polybe , que j'ai déjà cité , et de Plutarque. Il y a eu, dis-je, de tout 'temps, des correspondances par signiittx, et èe qui le prouve, c'est que , suivant les historiens de Tamerlan , il se servit de divers signaux pour diriger la marche de ses armées ; que les correspondances par signaux étaient en usage parmi les Carthaginois durant leurs guerres en Sicile ; qu'Aristote parle des observateurs de signaux établis de son temps ;**— que les correspondances par signaux sont mentionnées dans Pausanias et dahs'Thticyxlide; — qu'il est certain que les anciens Gaulois s'en servaient; — que César efte^n-ffvis donné* Orléans et transmis, en là heures de temps, de Gergovia des Arvernes à la position qu'il occupait, distante d'environ M lieues ;
— et qu'enfin un télégraphe romain est figuré sur la célèbre colonne Trajane. Nou5 n^vons pas de renseignements sur ces télégraphes, pas plus que sur le moven de correspondance imaginé par le Bénédictin dom Gauthey, dont Condorcet, le 15 juin 1782, entretint l'Académie des sciences, en disant
u'il lui paraissait pratiquable , ingénieux, e pouvoir s'étendre jusqu'à la distance de trente lieues^ sans station intermédiaire et
{^Qd)\Nowsau ffunnie/ eompfeî de la télégraphié électrique^ ou TraUé de VéUciricUé et du magnétisme^ appliqués à la transmission des signaux, par Charles V. Wàlker, directeur des télégraphes ae la compagnie du chemin de fer du sud-est en Angleterre; traduit de l'anglais par M .-D. Magnier, ingénieur civil, auteur de plusieurs ouvrages d*arts industriels, traducteur de rélectricité médicale, etc., etc.; suivi d'un appendice contenant diverses espèces de tâégraphes électriques, un rapport de M. Pocillet, un aperçu général de la tâégraphie et des divers moyens de transmettre des signaux, des comparaisons et des appréciations des télégraphies aérienne et électrique, des recherches sur la vitesse de propagation de rélectricité, et des renseignements sur la télégraphie éi6ctriq[ue entre Douvres et Calais. — Paris,' à la li-
sans appareil trop considérable ; Condorcet disait que , auant à la célérité , il n'y aurait eu que quelques secondes d'une ligne à Tautre, mais que le temps nécessaire pour faire entendre le premier signe aurait été plus long. Le mémoire manuscrit de dom Gauthey, qui est mort depuis fort longtemps, a été remis au secrétariat de l'Académie, mais cependant cette invention singulière n'a pas encore été publiée. — Mentionnons encore que l'abbe Trithème a prétendu connattre un moyen de communiquer la pensée en peu de temps à cent lieues de distance , te correspondant « fut-il mteie « dans un lieu inconiiu à celui qui fAi^it « usage du procédé y» — et que Je philosophe Piotin avait déjà parlé des découvertes merveilleuses opérées à l'aide û*émanatioms que la lumière et le mouvement introduisent dans certains corps:
Quant à Vinvention des signaux sur mer^ attribuée au duc d'York , mais à tort , elle reçut , en 1673 , de grands perfectionnements du maréchal de Tourville.
Ces signaux étaient en usage dès le temps de la reine Elisabeth , et depuis bien longtemps encore, la marine espagnole s*en servait : ainsi, en ISW, une oraohnance royale , publiée par Fadri^ue, grand amiral de Castille, inaiqua la forme et le but d'un grand nombre de signaux à employer à bord d'une flotte de vingt galères et de quarante autres navires, qui venait d'ôtre éqtlipée contre le royaume d'Aragon... -—Maintenant occupons-nous de la véritable télégraphie , telle qu'elle a pris naissance en rrance et telle (Qu'elle est employée de nos jours.
1 La gloire de la fondation de cet art appartient à l'abbé Claude Chappe , qui faisait ses études au séminaire dangers, tandis ^û^ se^ tîèux firères étaient"" diins *ûn pensionnat à.une demi-lieue de la ville. Il parait que cetter séparation lui était très-pénible et
Su'en cherchant, pour l'adoucir, un mojren e correspondre avec ses frères , il imagina de placer des espèces d'ailes aux deux bouts d'une règle et de se servir de cet appareil pour former à volonté , des signaux ou figures au nombre de 192, qui se voyaient distinctement avec une lunette d'approche. Il convint avec ses frères que ces figures re-
Î)résenteraient des lettres et des mots , et ce ùt là, on peut le dire , le germe de fa télégraphie. »
brairie encydmiédîqiiede Roret,nie0aiileièBile,li,
L'on trouve à la librairie encydopédiqnedeRoret:
Manuel de Galvanoplastie^ ou éléments d*ékcCro> métallurgie, contenant Tart de réduire les m êunx i Taide du fluide galvanique, pouf dorer, argenifr, plaiiner, cuivrer, etc. ; par M. Smbi, ottvrace pvbli^
par M. DB ¥AtiGèOBT. 1 vol. 4e pl«s de
orné de figures ; prix : - • 3 ilr. Sic»
Manuel de diMrure et d*argeniure par la Mélhiif électro- chimique et par simple imnersâoB ; bm M. Selmi, publié par M. DE Talicouet. i voL I fr. 75c
Manuel d* électricité médicale^ suïyi d*ùn Traité m» la vition; par M, Smsb. I joli vol, orné de Ag. Sfr
TEXXGRAPBlli:.
tm
Peu après et en ITOl, des, expériences pu- Oliques se firent dans le département de la Sarthe , par leS soins des frères Chappe. Nous en insérons ici les procès-Yerbaui autiientioues (2810).
< Aujouni'nui 2 mars 1791 , sur les onze heures dq matin , nous soussignés olBcjers
« D'abôrà nous somtnes montés avec ik $ieur René Chappe, ft-ère du sieur Claydâ Chappe, à la terrasse pratiquée sur Te haut du cMteau, et y avons trouvé un pend!ule et un tableau mobile h deux faces, dont une blanche et l'autre noire. , ,
K Et de suite le sieur Bené tlhappé nous à fait observer que le sieur Claude Chappe, étant actuellement établi a ^atcé, distapt ào
munMapaux4e Parce .district de fiable, dé- Bnj,û„ je quatre Ileucs, pour recevoir ce qïd
partement de la Sartbe, accompagnés de .1,^11 lui être transmis ïl no ■ ■ ■ "* ■
^M. Franwns Delauney de Fresnty, Julien djcter ïeÙes phrases W'iî no
DelaiMiey de la Motte, Léon Delaan«y,Pros- conséquence, M. Chenou, n
per Delauney, René TaUlay, Jean-André posé la phrase suivante "
Tellot, notaire royal et électeur du dépar- ^ ■ . ■ ...
tement de la MayenDe, tous demeurant à
Laval) Etienne-ËQtrope Brossard , notaire
royal àAvoise; JeaD-Baptiste-Josepfa Gillier
de la CheverollAÎs , cure de Saint-Pierre-de-
Parcé.
« Sur l'invitation qui nous a été faite par M. Claude Chappe, nous nous sommes transportés à la maison de H. Ambroise Perro
« sez, vous serez bientôt coui « Aussitôt ledit -sieur Beni nous avoir fait remarquer était pluvieux, et que l'ai obscurcie par un léger brouil ladite phrase, et ayant 'prow mission par divers mouveme ce qui a duré l'espace de quatre minu- . , ... ,„,,,.„, tes, il nous a dît que la susdite phrase
tiB, située audit bouw de Parce, Ii l'effet de était actuellement parvenue à Parce : que jS constater le résultat dune découverte ayant rapprochement du procès-verbal, dressé pour objet de se communiquer et se coires- par ]es officiers municipaux dudit lieu en pondre dans lespace de temps le plus rap- ferait foi yrocbé.
«D'abord nous sommes montés avec ledit sieur Claude Chappe dans une des chambres de ladite maison, où nous avons trouvé un
Sendule et un télescope dirigé du côté de rulon, distant de Parce de auatre lieues. De suite ledit sieur Claude Ctiappe axant Brulonavec son télescope, nous a annoncé que, bien encore que le temps fut pluvieux, son correspondantàBrulon allait néanmoins commencer à procéder à la transmission de ce qui allait lui être dicté par MM. les officiers municipaux dudit lieu ; et continuant d'avoir l'oeil attaché au télescope , il a successivement, etdans l'espaœ de quatre minutes, dicté ausieur Pierre-François Chappe, son frère, plusieurs caractères , à nous inconnus. Version faite desdits caractères, il en est résulté la phrase suivante : Si voui rtfussUsex, voui serex bientôt couvert de gloire.
e Fait et arrêté à Parce, en la maison du dit sieur Perrotin, avant l'heure de midi du dit jour et an. ■ ('Suivent les signatures.)
■ Aujoura'hui 2 mars 1791, sur les onze heures du matin, nous officiers municipaux de Brulon, district de Sablé, départecqeat de la Sarthe, nous nous sommes rendus avec MM. Avenant, vicaire, et Jean Andruger de
• Fait et arrêté à Brulon, au susdit chAteau, l'heure de midi , lesdits jour et aa que dessus, n (Suivept les.fiigaatures.)
K En 1793 , continue H. Itfagnier , les « frères Chappe , après avoir composé • une langue télégraphique appropriée à « leur instrument, présentèrent k la Con- « vention leur systèine qui, heureusement, « fut inauguré par l'annonce d'une victoire, « et secondé par des événetnents sans les- K quels, comme le dit Claude Chappe lui- « même, il serait peut-être resté à rétat de « projet dans les carions du ministère. » Voici la première dépêciié qui fut envoyée : « La reprise rie ponde sur les Au- « trïchieiis: w A quoi )h Convehtion répondit : « L'afmée dii Nord a bien mérité de la pa- « trie I B Ces deux expéditions furent échangées, séance tenante , et contribuèrent beaucoup & l'adoption définitive de cette invention. ».' .
Le télégraphe Chappe a la forme d'un T, il I se, pompesp/dlime, piège principale appelée régulateur et de deux pièces secondaires nommées indicateurs. Un axe traverse le régulateur, le rend mobile et lui germet de prendre ces Quatre positions difirentes : verticale, horizontale, oblique à gauche, oblique & droite. Les indicateurs sont également mobiles autour d'un axe
la Maison-Neuve, .praticien , demeurant à aux deux bouts du régulateur. Ils peuvent
Brulon, ci -devant château dudit Brulon, prendre des positions diverses et former
sur rinvitation qui nous en a été faite, à avec le régulateur trois angles diff^nts :
l'effet d'être témoins et d'assurer l'authenti- obtus, droits ou aigus ; et en mesurant les
cité d'une découverte de M. Claude Chappe, angles do 45 en W degrés, on peut donner
neveu du célèbre abbé de ce nom, tendante aux régulateurs sept positions très-distlDCtei
à se correspondre el à se transmettre des les unes des autres.
nouvelles dans un très-court espace de temps.
(2810) Voveï ffrtiotre dt la liUgraphie, pu ». Cbapfk l'aîné, p. 254-338.
La correspondance télégraphique une fois éUblie, dit M. Chappe l'alné (2811), la (2811) Bitloire de la tétégraphie, par H. CejlPFI •aiué, p. 129.
If3€
rise de Gondé par les Français fut annoncée l'Assemblée nationale pendant une de ses séances; elle euToya, par le télégraphe, sa réponse à cette dépêche, et un décret qui changeait le nom cie Condé en celui de Nord libre. Le signal de réception fut reçu sur-lechamp, et Ta dépêche, la réponse et le décret furent si peu de temps à parvenir à leur destination , que tout cela passa pendant la même séance, et gue les ennemis crurent que l'Assemblée siégeait au milieu de l'armée.
« La ligne de Paris à Lille fut terminée Ters la fin de 1794; elle fut prolongée à Dunkerque en 1798 , puis à Bruxelles en 1803; et pendant la même année, on y ajouta un embranchement avec Boulogne, continué jusqu'à Anvers et Flessingue en 1809, et d'Amsterdam à Bruxelles en 1810. Plusieurs autres établissements ont été ordonnés à différentes époques, comme faisant suite à la ligne de Lille , tels que ceux de Dunkerque à Ostende en l'an III, des côtes en l'an XII, et du cap Grinez en Tan XIII; mais ils n'ont pas été achevés. Le Directoire avait eu le projet d'établir des télégraphes ambulants pour le service des arix£ées; on en fit quelques-uns; mais les fonds pour finir cette opération ne furent
gis fournis , et cet utile établissement ne t pas terminé.
« Bonaparte voulut renouveler la tentative des télégraphes ambulants, lors de la guerre de Russie, et il attacha à son étatmajor A. Chappe, inspecteur général de Tadministpation teléffrapnique, pour faire usage du téléçrapho à l'armée.
« La ligne de Strabourg a été en activité en 1798; elle fut ramifiée jusqu'à Huningue l'année suivante. »
Depuis lors, les stations et les lignes télé-
fraphiques ne firent que se multiplier en 'rance. Et peu à peu mais lentement ce sys-
tème s'introduisit chez les etraneers. Dès l'année 1796, le gouvernement anglais avait fait exécuter et disposer des appareils sem«* blables à ceux dont on se servait en France.
Après ces notions générales, nous ne sau* rions mieux faire que de donner quelques extraits de l'ouvrage sur la télégraphie, qu*< publié, en IS^^O, M. Chappe l'aîné (2812). U famille Chappe a eu la gloire de doter li France du télégraphe; pendant trente années elle a dévoué son temps et sa fortune à perfectionner une invention que les pays étrangers nous enviaient et qu'ils ont si difficilement imitée. Toutes ces considérations otit été méconnues par le gouvernement de Juillet, et la famille Chappe, dont le dévouement au nouveau gouvernement ne parut pas assez sûr, fut peu à peu évincée de l'administration des télégraphes. Il est vrai qu'en homme aussi courageux qu'honorable, M.
Chappe l'atné refusa de transmettre par le télégraphe de Paris une dépêche du gouvernement insurrectionnel , afin de rester fidèle au serment qu'il avait prêté, comme directeur des télég raphes, dans les mains du roi.
L'auteur de l Histoire de la télégraphie dit tristement à ce sujet :
• (c Les Chappe ont dépensé au moins 30,000 francs pour les dififerentes expériencesi qu'ils ont faites; ils ont fait hommage de leur découverte à la France.
« Us ont travaillé pendant trente-neuf années au perfectionnement d'une partie qui n'était connue de personne.
« Qu'en est-il résulté pour les Chappe?
(( Les Chappe ont été, pour ainsi dire, renvoyés de la télégraphie, sans qu'on puisse reprocher autre cnose à l'un d'eux que de n avoir pas voulu enfreindre le serment qu'il avait fait à Charles X ; et l'infortuné maréchal Ney a été condamné à mort Eour n'avoir pas tenu le serment fait à ouis XYIII. Que faut-il donc faire? »
(2812) Histoire de la télégraphie^ par M. Chappe Tatné, ancien administrateur des lignes télémphi» ques ; avec des planches; m-8'', Le Mans, 1840.