partie, partie
possible à obtenir; pré vention bien extraordinaire sans doute, quand il nous entretient lui-même, à diverses reprises, des travaux de Saboureux de Fontenai, et des conversations qu'il avait avec cet élève dePëreire. L'abbé Sicard a pris soin de publier deux lettres de l'abbé de i'Ëpée, adressées à luimême. Dans la première de ces lettres, du* 45 novembre 1783, son illustre maître lui dit en propres termes : N'espérez pas que vos élèves puissent jamais rendre, par écrit, leurs idées. Notre langue n'est pas leur langue: c'est celle des signes. Qu'il vous suffise qu'ils sachent traduire la nôtre avec la leur, "comme nous traduisons nous-mêmes les langues étrangères, sans savoir ni penser, ni nous exprimer dans ces langues ; que vos élèves sachent, comme les miens, écrire sous la dictée des signes. Il faut convenir que le raisonnement de l'abbé de l'Épée n'est pas plus solide que sa conclusion n est juste. Dans une seconde lettre, du 18 dé* cemfore de la même année, l'illustre maître reproche à son disciple de vouloir faire de "Ses élèves des écrivains, quand sa méthode n'en peut faire que des copistes. Apprenez, dit-il, à vos enfents, la déclinaison et les coujugaisons; apprenez-leur à faire les parties de phrases, d'après le tableau dont vous uvez emporté le modèle, sans vous flatter Jamais que vos élèves s^ expriment en français^ pas plus que je ne m'exprime moi-même en ita'lien, quoique je traduise fort bien cette langue (1^0).
Nous nous abstiendrons de pousser plus îoin les conséquences de ces faits. Plusieurs d'entre nous ont eu occasion de voir encore mettre en pratique, par quelque élève de fabbé de l'Épée, sa méthode d'enseignement, i peu près telle qu'il la leur avait léguée; et nous avons pu, par nos propres observations, nous confirmer dans la conviction de l'exactitude de ces résultats ; mais il ne faut
{)as oublier que le vénérable instituteur fut e premier inventeur du système des signes méthodiques; système dont le développe.^ ment devait être immense, et qu'il commença tard cette vaste entreprise. Nous devons rappeler enfin que seç leçons aux élèves sourdsmuets des deux sexes n'avaient lieu que deux fois par semaine, et seulement pendant quelques heures. Et d'ailleurs, quoiqu'il «tût avoir atteint son but, guelle déi fiance de lui-même 1 quelle sincérité dans l'appel qu'il fait aux observations de ceux qui voudront Téclairer 1 quel désir de rec^ tifier les fautes qu'il peut avoir commi-i
ses(Ul)I
Mais, en reconnaissam ce qui a pu m an* quer aux succès de l'abbé de l'Epee, uous
pages 517 et suiv.
(458) Ihid., chap. 0, art. 5, pages 182 et
suiv.
(459) Institution des sourds et muets , r* païUe. eliap. 5, art. 18, page '89.
(UO) Cours d'instr^tion d'un sourd -muet, par ra!>bé SiCARD.
(141) La rentable manière, etc., r- partie, fajci 85, 96, clc, elc.
DICTIONNAIRE DE PAbEOeRAPHlE, ETU
deironi dire aussi qae ses Iravaux obI été pins a*une fois trop rabaissés par quelques ciltiques, et par Taobé Sicard lui-même. On < are des conséquences tropabsoluesde la difficulté c[u éprouvaient ses élèves à faire un usage libre et spontané de la langue écrite^ pour Texpression de leurs i>ensées. S'ils n'apprenaient point à construire par euxmêmes, dans cette langue, un discours entier, leur intelligence recevait cependant un Cévdloppement très-notable ; ils acauéraient une certaine masse d'idées. Mais c'était dans leur langage des signes, artificiellement développé, que s'exerçait leur esprit; c'était dans ce langage qu'Us continuaient à penser. Us ne devenaient qu'imparfaitement citoyens de notre société; mais la société qu'ils formaient entre eux et avec leur maître offrait, en partie du moins, l'image de la nôtre : ils nous demeuraient étrangers, mais ils devenaient hommes. L'abbe de l'Epée n'a-t-il pas répété sans cesse luimême, « qu'il est contraire à la droite raison, de ne pas apprendre à raisonner, le plus tôt qu'il est possible, à un homme qui est doué d'une &me raisonnable, et qu'on retient dans la classe des perroquets, en ne lui apprenant que des mots;.... que les sourds-muets seraient bien à plaindre, si . son art ne consistait qu'à remuer les mains et à faire des gestes? » Quel est le reproche qu'il faisait aux méthodes différentes de la sienne, si ce n'est leur insuiSsance pour le développement des idées? En quoi faisait-il consister le mérite de la sienne, si ce n'est •n ce qu'elle s'adressait à l'intelligence de l'élève? Si le vénérable instituteur n'a pu, sous ce rapport, atteindre entièrement è son but, du moins il a signalé ce but d'une manière aussi éclatante que constante. C'est lui qui a véritablement ramené l'art d'instruire les sourds-muets dans le domaine de la logique ; c'est lui qui, en le faisant consister essentiellement dans l'interprétation des valeurs de la langue, a imprimé, aux travaux . de ceux qui le cultivent, la direction que dès lors ils ont suivie. Il a déterminé à cet égard, dans la marche de l'art, une révolution importante, s'^il n'a pu l'accomplir luimême.
Les deux écrits dans lesquels l'abbé de l'Epée (1^2) a exposé les principes de sa méthode sont, à quelques égards, comme deux . éditions du même ouvrage; car ils ont quel«
Sues parties entièrement identiques . mais s renferment aussi des parties entièrement distinctes. Cbacun d'eux a son prix, et aucun des deux ne peut remplacer l'autre. Ces ouvrages sont devenus déjà extrêmenent rares; c était pour nous un motif de donner quelque étendue à l'extrait que nous en pré-
.sentons, et de rapporter, autant qu'il était possible, les paroles même de l'auteur. Deux autres considérations nous le commandaient encore : nous devions cet hommage au fondateur de l'Institution confiée- à nos soins; l'intérêt de l'art et celui do la vérité nous contraignant de reconnaître de graves imperfections dans sa méthode, nous devions aussi exposer à cet égard bien moins noire opinion, que les éléments sur lesquels elle s est formée, pour mettre ainsi les bons esprits en mesure d'en porter par eux-mêmes un jugement impartial.
L'abbé de l'Epée annonce, au surplus, que 5es deux ouvrages ne peuvent doaner.de sa méthode qu'une idée sommaire. De nombreux volumes lui eussent été nécessaires pour la faire connaître tout entière (143).
Puissent les instituteurs qui se livreront à l'éducation des sourds-muets se pénétrer de l'esprit qui animait ce bienfaiteur de l'humanité 1 C'est par là qu'ils seront vraiment dignes des fonctions qu'ils exercent, «t les inspirations d'un zèle aussi pur ne seront point étrangères à leurs succès. Nous-même, nous ne saurions quitter ce sujet sans acquitter de nouveau, au nom de notre Institution tout entière, envers la mémoire de l'abbé de l'Epée, l'hommage de notre vénération et de notre reconnaissance. Héritiers de ses travaux, conservons surtout l'exemple et la tradition de ses vertus I
7. Vabbé Sicard ; ses écrits. — Péreire , Ernaud, l'abbé Deschamps n'avaient formé aucun élève, n'avaient laissé aucun successeur; leur mode d'enseignement cessa, en France, avec eux. L'abbé de l'Epée dès iers réena seul sans contestation parmi nous ; la méthode dont il avait posé les bases prévalut seule désorbais. Ses nombreux oisciules l'appliquèrent en divers lieux : à Paris, aans l'Institution dont il avait été le créateur, elle reçut de nombreux et importants perfectionnements. Pour ne point interrompre la filiation des méthodes, nous devons donc maintenant considérer celle-ci sur le théâtre où elle continue à se développer, et voir la découverte se compléter, l'œuvre s'achever entre les mains de l'abbé Sicard. C'est là que le système des signes méthodiques a pris son entier di^veloppement.
Un prélat aussi distingué par ses lumières que par l'intérêt que lui inspirait tout ce qui était utile à l'humanité, M. de Cicé, arcbevêaue de Bordeaux, envoya à Paris, auprès de l'abbé de l'Epée, un jeune prêtre de son diocèse, pour apprendre la théorie et la pratique de la méthode employée par l'illustre instituteur : c'était l'abbé Sicard. L'élève se pénétra bientôt des vues de son maître, s'y associa pleinement, les saisit avec en-
^149) VInstitution des sourds et muets a eu deux éditions, Tune en 477i, Tautre en 1776, in-12. La véritable manière d'instruire les sourds-muets a été réimprimée à Paris en 1784 , in-ii.
(145) La Société royale académiaue des Sciences 4e Paris a proposé au concours Téio^e de Tabbé de
TEpëe ; elle a couronné l'ouvrage de M. Bébian, ouvrage aussi bien écrit que bien pensé (Paris, 4849). M. Bazot, run des concurrents , a aussi publié le sien, où Ton reconnaît du mérite, et auquel est jointe une lettre de M. Paulmier (Paris, 1819, in-8*).
DACTYLOLOGIE
thottsiasme. Il était éminemment {ùropre à tes faire valoir. Doué d'une imagination vive ôt féconde, il avait une sin^lière habileté à revêtir les notions abstraites de fonnea sensibles; il avait un talent particulier pour cette pantomime qui est le langage propre ia 50«4-inttet»^t que TabbéderEpée s'était proposé de porter, dans son système de si-
Snes méthodiques, à un si haut degré de éveloppement : doué d'un esprit actif, flexible, il cnerchait, découvrait des voies nouvelles et variées pour exprimer, expliquer les notions ouïes préceptes. 11 semblait avoir une sorte de vocation naturelle pour commercer avec les sourds-muets.
L'abbé Sicard, en adoptant les principes fondamentaux de son vénérable maître, tels que nous les avons précédemment exposés, saisit surtout cette ioée-mèrequi faisait considérer l'instruction du sourd-muet comme une traduction, les sisnes mimiques comme la langue maternelle du sourd-muet, la langue conventionnelle usitée dans la société comme la langue étrangère qui, à l'aide de la traduction, doit être enseimée au sourd muet. 11 reproduisit cette idée sous de nouvelles formes, la médita sans cesse; on eût dit que la langue des signes était en effet devenue pour lui une langue naturelle, tellement il se l'était appronriée, tellement il raffectionnait, tellementil était habile, nonseulement à l'employer, mais à l'étendre, à l'enrichir, à la plier et la replier en mille manières.
Il -s'aperçut bientôt que l'abbé de l'Ëpée n*avait pas k beaucoup près suivi toutes les conséquences de ses princi])es; que l'ouvrage de l'inventeur était resté inachevé, comme il était inévitable. Il prit, pour point de départ» le terme auquel son maître s'était arrêté. 11 résolut, en suivant toujours la même direction, d'avancer dans la carrière aussi loin qu'il serait possible ; et comme, dans ce système, il s'agissait de construire pour le 60urd*muôt, avec les signes mimiques, une langue qui complétât sa langue naturelle, si pauvre et si décousue; une langue additionnelle qui pût correspondre à nos langues artificielles, par l'étendue de la nomenclature et les formes grammaticales, il entreprit de terminer ce grand ouvrage ébauché par son prédécesseur ; il espéra pouvoir placer enfin, pour le souixl-muet, entre les discours écrits et la pensée, cet intermédiaire qui était cherche par l'abbé de TEpée, et qui devait répondre pleinement aux doubles conditions des deux termes dont il devait être le lien, dont il devait reproduire toutes les combinaisons. Telle fut son entreprise : continuer, réformer, coordonner le système des signes méthodiques , ce fut aussi Touvrage de sa vie entière.
L'abbé de l'Epée avait laissé trois lacunes principales à combler, et l'abbé Sicard se proposa de les combler en effet. L'abbé de l'Epée n'avait donné qu'une nomenclature incomplète, et plusieurs même des signes qui la composaient étaient empreints d'une grande imperfection ; l'abbé Sicard s'attacha è la rec-
tifier et h laterminer. L-alèé de rEpée'n'avaif considéré ks formes grammaticales de nos langues, que eon!kmeune simple convention» et n avait enseigné ces formes, k l'aide des signes, que comme des règles purement matérielles; l'abbé Sicard se proposa de faire comprendre à ses élèves comment les formes grammaticales représentent les vues de l'esprit et les fonctions des idées dans le tableau de la pensée, et de transporter dans les signes grammaticaux une image vivante de ces opérations et de ces fonctions. Enfin l'abbé de l'Epée n'avait point essayé de faire construire la proposition à ses élèves; il ne les avait mis en état de produire par euxmêmes que des mots détachés ; il s'était borné à leur faire copier les phrases sous la dictée ; l'abbé Sicard comprit que le but essentiel de l'instruction du sourd-muet était de le mettre en état d'exprimer sa pensée . par luimêmes, de construire ainsi tous les genres de propositions; que dès lors il fallait nonseulement lui donner les règles de la syntaxe qui préside à nos langues, mais surtout l'initiera l'esprit de ces règles, en tant Qu'elles représentent les lois de la pensée. On ne Eouvait concevoir des vues plus judicieuses, .'abbé Sicard prouva par ses travaux qu'il les avait saisies, plus encore qu'il ne réussit à les définir d'une manière expresse. Mais la continuation, l'achèvement d'un tel ouvrage : était encore une tâche prodigieuse, etdeman» dait, outre des méthodes sévères, un esprit éminemment philosophique.
En examinant maintenant comment l'abbé Sicard a exécuté en effet le plan qu'il avait adopté, nous devons distinguer en lui deux ordres différents de travaux, et, si l'on peut dire ainsi, deux hommes : l'écrivain qui, dans ses ouvrages, a exposé la théorie de l'art; l'instituteur qui, dans une pratique habituelle et longtemps prolongée, a appliqué cette théorie. Nous devons le.s distinguer d'autant plus, que le second a non-seulement mieux déterminé les méthodes nroposées par le premier, mais les a modifiées en beaucoup de points. Souvent ceux qui se sont bornés à lire ses ouvrages y ont été trompés: lesuns, jugeantsesprocédésd'après sa théorie, les ont critiqués, les ont trouvés insulBsants, ont cheirché à les rectifier, et, dans le fait, se sont trouvés pratiquer h peu près comme lui; d'autres, n'ayant étudié que sa théorie, ont cru l'imiter, et n'ont point suivi ses vrais procédés. On a vu des instituteurs qui pensaient s'être formés à son école et s'être dirigés par ses principes, et qui, venant à Paris, témoins des exercices suivis dans l'Institution qu'il dirigeait, ne pouvaient s'y reconnaître, étaient hors d'état non-seulement d'y donner une leçon, mais de suivre même et de comprendre le plus souvent les leçons, telles qu'elles y étaient
données.
Nul instituteur de sourds-muets na autant écrit sur cet art que l'abbé Sicard, et n'a développé avec plus de détail les vues qui le dirigeaient. Ses ouvrages se rapportent à deux objets wincioaux ; la nomeuclalurB et
DICTIONNAIRE DE PALEOGftàTHIE, ETC.
là sjntaxe.Le premier est la base essentiella de sa Théorie aes $ignes; le second, ceUi de son Coun d'in^ruction. Tous ses autres écrits se réfèrent à ces deux points de yue. Quoique la Théorie de$ iignee ait été publiée plus tard, elle doit, dans l'ordre des idées, nous occuper la première : c'est là que nous venons chercher avec empressement, avec avidité, cette langue appelée «a^ureHe; cette langue annoncée comme si féconde, si belle, si expressive, si fidèle, si exacte; cette lan* gue destinée à devenir la langue universelle, ou plutôt qui déjà en possède par elle-même le privilège; cette langue, objet perpétuel de l'enthousiasme de l'abbé de l'Ëpée et de ses disci()les.
Voici Iqs bases sur lesquelles l'abbé Sîcard s'était proposé de construire sa Théorie dee signet : « Renonçant à la forme alphat)éti«
3 ne, il divisait, dit-iJ, tous les mots qui «vaient former la nomenclature, en autant de parties qu'on reconnaitd'éiéments distincts dans le discours; il divisait ensuite les mots, et chaque espèce do mots en autant de familr les, dont chaque primitif était le chef; il suivait Fordre dans iequel tons les motSf s'itê tussent été inventés^ ^auraient été class^^ Ui premiène série était celle des noms des objets physiq^ues ; la seconde, celle des adjec«tifs; la troisièim, eelte des noms abstraotiCs, etc. Chaque nom, chaque adjectif^ cfa»- ^ue verbe, outre la définition qu'il en don^ n'ait, était accompagttéd'une expositioncourte du nombre et de la forme des signes qull fallait faire pour chaque mot. uk vue des objets, de leur couleur et de leur forme, ainsi que des actions physiques et sensibles, devait servir à inventer la pfantomime propre à les exprimer. Pour éviter toute méprise et compléter le signe de chaque ohîet, il aurait figuré aussi la destination de œa- ^n (ihh), » de plan était sans doute aussi sage qu'utile. Pourquoi l'abbé Sicard ne s'y 'e9t-il pas conformé 7 II se contente de nous dire que « ie désir de rendre uniforme le langage des XDuets et d'aller au secours de tuos ceux qui désirent se consacrer à les instruire, ne lui a pas permis de se borner à oet essai (14'5). » Ce gui ferait surooser
Sue, dans l'exécution, il aurait seufement onné plus d'étendue au plan, sans en chan- -ger les bases.
Après avoir justement rappelé que le sourd-muet non encore instruit a déjà des idées, puisqu*il a des expressions, et qu'il a des expressions, puisqull a des signes; que ces signes sincères, éloquents comme la nature qui les inspire, sont le premier moyon de communication entre le maître et son élève ; après avoir recommandé au maître de se saisir avec empressement de ce premier
élément ds la langue de son élève , il lui conseille de placer celui-ci. dans les circonstances nouvelles propres,' en agissant sur lui^ k faire naître en lui de nouvelles impressions et de nouvelles idées, et il l'en • gage À observer les expressions par lesquelles son Ame cherchera alors à les répandre, en empruntant les accents mimiques, « Obtenez ainsi d'abord l^s signes des diverses parties du corps, ceux des actions les plus ordinaires de la vie ; empruntez-les au sourd-muet, tradutsaz-les en mots émts, qui, ^'associant à eux, serviront ensuite à les représenter (iM). »
Il y a dans nos langues deux parties distinctes, dont l'une, la plus bornée, aussi simple que familière, correspond au langage du sourd-muet tel qu'il 1 apporte avant «on instruction, et dont l'autre, mille fois plus étendue et plus savante, suppose une auite d'observations que le sourd-muet n'a pu faire. La première, dit l'abbé Sicard, comprend les signes des objets et de leurs modifications; commencez donc par réduire la Jangue écrite à ces deux éléments, si vous vouiez qu'il puisse vous entendre ; commencez à parler sa langue pour pouvoir lui appremtre la vôtre; échangez votre nomenclature de noms contre la sienne, et faites-en .ensuite autant pour les qualités (147).
« Oubliez donc, continue-t-il, tout ce que vous a appris la communication avec les autres hommes ; étudiez la manière dont se seraient formées les langues ; décoiQposez les mots (148) qui se présentent m)us la forme la plus simple, comme ceux d'Ater, demain,
tduTftourir^ etc Les idées simples qui
ne se défmissent pas et les seules qu'il ne bille pas définir, sont celles au delà des- <quelles on ne trouve ri«n.»«..<!>n ne peut présenter d'abord au sourd-muet que les mots pour lesquels il donne un signe simple «n échange, ou pour lesquels u ne fait «[u'une «action nniqiie. Le nombre de ces idées simples sera fort restreint ; mais elles seront bientôt fécondées^ quand votre élève apprendra de vous à les combiner. C'est à vous à lui fournir les nouveaux signes oui fixeront les résultats fu'il en obtienara. Jamais une idée fausse n^entrera dans sa mémoire, parce que tous tes ^gnes seront donnés à propos, et qu'un seul qui serait équivoque n'y pourra être admis. Aux idées simples suceederont les idées complexes, qui seront simples à teur tour^ relativement
à des idées plus composées Tels seront
les avantages de oette forme d'enseignement, toutes les fois qu'on procédera, dans l'invention des signes, d'après la vénération des idées. Imitez donc la nature ; &ites parcourir^ dans Ycrdre même de leur génération,
\H) Théorie det ngneê, chap. 1*% p. 4.
(145) Théorie dM signes^ iùi9iP^^*\jM^l*
(146) Ibid,, pages sTlî.
(147) Théorie des signes, chap. 1**, "pages 12 et 15. L'abbé Sicard, ddnis le système de graromatre générale qui lui était propre, considérait tons les verbes comme |H>uvaQt se réduire à des adjectifs. Cette opi-
nion^ qne nous soounes loin de partager , explique comment il suppose que ia langue des sourds-maels ne comprend que des noms et des adjectifs ; e*est dans ce sens tfu'il faut entendre le passage qu*on vient de lire.
(148) Il veut dore : Déeomposez les idées complexes eaBpfimées par des mots simples^
DACTÎLOLOGIE.
le iKbleau de (oales les idées qai peuvent être du domaine de Tintelli^ence la moins eiereée, depuis les idées sensibles jusqu'aux notions les plus abstraites qui sont de pures créations de notre esprit (1*9). »
Nous aimons à exposer ces principes placés par l'abbé Sicard en tête de son travail, parce que nous pouvons leur accorder de justes éloges, jouissance qui ne nous sera pas toujours permise quand nous passerons aux applications. Ces principes, Généralement sains, seront médités avec fruit par ceux qui suivront la même carrière, parce
/oire de Fart et y occ-upent une place împortante.
Quoique ce soit à l'instituteur du sourdmuet qu'il appartienne de créer ensuite le second langage mimique» et de le donner au sourd-muet aiMrès avoir reçu de Cé4ui*ci la première provision de siç>e$ mimiques, qui se concentrait dans les insbages les plus simples et les plus familières, l'abbé Sicard fait remarquer, cependant, que, dans cette création même, l'iustitutear s'aidera encore du concours du sourdnnuet» travaillera en commun avec lui, et souvent se laiasera guider par lui.
Les signes artificiels ou méthodiques, objet de l'espèce de dictionnaire am^uel l'abbé Sicard a donné le nom de théorie^ se divisent en deux grandes classes : les signes de nomenclature, et les signes grammatieaux*
Deux modes de distributicm se présentaient
Sour composer un dictionnaire des signes e nomenclature : l'ordre alphabétique, usité dans nos dictionnaires, commode pour Tusage; et l'ordre logique plus eonferme à la nature des choses, demandé par le bes(»n de mettre en évidence la généalogie des idées. L'abbé Sicard s'était prononcé ouvertement contre le premier, avait donné au second une iuste préiérence. Cependant il met la main à l'oBuvrc ; il se borne à adopter l'ordre logique pour la formation de douze classes ; et dans chacune de ces douze classes, il adopte Tordre lilphabétique calqué sur les mots correspondants de la langue française.
Les classes sont présentées dans Tordre suivant :
1* Signes des noms des objets les plus usuels, et de tout ce qui se présente aux veux de Tenfance. .