Végétaux
3* Minéraux.
k* De Thomme. •— Famille ; éducation ; o<Bciers d'une maison à la ville et à la campagne ; arts mécsmiqnes et libéraux ; emplois dvlls, militaires et ecclésiastiques.
5* Dieo; les anges et les saints.
6* Eléments ; météores ; corps célestes , globe de la terre.
T Parties du monde; noms des nations s empires» etc.
&" Nombres ; mesures ; temps ; monnaies ; changes ; commerce.
9" Qualités do Thomme organique.
10^ Qualités de la matière, propres à frapper Thomme organique.
iV Actions physiques de Thomme ; expériences par des verbes.
12* Actions morales et intellectuelles de Thomme. Cette classification est jugée dès qu'elle est exposée. Les trois premières elasses sont réellement les seules qui occupent leur vraie place. La dixième devrait leur être réunie, peut-être leur servir d'introduction, au lieu d'occuper l'un des rangs les plus élevés deTécbelIe : car c'est par leurs qualités sensibles que les objets famili^rs, les végétaux, les animaux, se manifestent et se désignent dans le langage do la pantomime. Pourquoi faire fic^urer, dans la Quatrième classe, toutes les fonctions que Thomme est appelé à remplir» lorsque ses facultés organiques ne paraissant quk la neuvième, sies actions pnvsiques, intellectuelles et morales au'aux deux demières, et lorsgue cependant l'homme ne p^ut exercer les K)netions diverses auxquelles il e^i appelé» qu'en exerçant ses organes» en accomplissant lies deux ordres d'action dont il est capable ? Pourquoi séparer les éléoieftta et les météores des autres descri|^ions du tbé&tre de la nature? CoviJDAent présenter les idiénomènes de la nature» avairt d'avoir donné les signes des mesures et des nombres?
Venons maintenant au choix et à la eom- (losition des signes.
Ces signes, avons-nous vu» devaient être de deux espèces : les uns, fonaés par le sourd-muet lui-même, que l'instituteur devait recevoir de lui ; ce sont ceux des idées sensibles, déjà familières à l'élève; les autres qui exigent, pour leur création» te concours de l'instituteur. Nous chercherons vainement cette distinction dans la ThéorU des signes. Les trois premières classes, la dixième surtout, devaient appartenir, en grande partie, au langage que le sourd-muet possède en propre ; cependant, c'est l'instituteur qui les crée, qui les donne ; il n'est pas même question de Tinvention de l'élève; nous ignorons jusqu'à quel point Tinstitnteur conserve ou modifie les signes apportés par Télève.
Nous parcourons ce vaste dictionnaire :
a n'y trouvons-nous sous le nom de pignesT ne suite de descriptions animées, pitto^ resques, souvent ingénieuses, souvent claires, plus ou moins exactes, mais des descriptions qui sont généralement d'une extrême étendue, composées d'un grand nombre te détails, qui doivent à ces détails même ce , qu'elles ont de fidèle et de pittoresque, qui exigent une pantomime presque toi:gours fort développée, et qui demandent un temps assez long pour être fidsèlement exécutées; BOUS y trouvons» en un mot, une suite d'tx*
(U9) Théorie des tignes, pages 2^ et 23.
iGO
plieationtih l'iride de tableaux sensibles, exprimés par une lon^e suite de gestes. liais sont-ce là des signes? Le caractère essentiel d'un signe n'est-il pas la simplicité, Funité môme? ne doit-il pas réunir l'idée complexe autour d'un pivot, bien loin d'en déployer toute l'analyse? On va en juger; on va nous comprendre par quelques exemples que nous avons pris au hasard, ou plutôt que nous avons pris de préférence dans les premiers chapitres, lesquels, traitant des objets les plus familiers, cfevraient offrir les signes les plus simples : encore faut-il remarquer que chacune de ces descriptions renferme plusieurs mots, lesquels, à leur tour, ne s expliquent que par une longue description; que, dans cotte seconde descriptioni on retrouve encore des éléments
3U1 en exigent une troisième, et qu'ainsi, e proche en proche, les signes se multiplient indéfiniment (150).
L*abbé Sicafd prend soin, il est vrai, de nous avertir, à plusieurs reprises, que ces signes, dans l'usage, se simpliûent ; que les soùrds-muets les réduisent par des ellipses, et sont très -habiles dans ces réductions. Mais ne sont-ce donc pas ces si^es réduits, réellement en usage, qu'il fallait nous faire connaître, nous permettre de juger, nous mettre en état d'employer?
Nous reconnaîtrons aonc, dans le système des signes prétendus gu'on met sous nos yeux, Te mérite d'explications, d'exemples qui peuvent être utiles, comme commentaires oes mots écri^ ou des signes véritables : ce sont, sur éhaque mot, des entretiens animés, figurés, orainairement assez étendus, par la voie des gestes ; ce sont de vraies scènes dramatiques ; nous n'y pouvons voir autre chose.
Ainsi, cette- langue des signes méthodiques , simplifiée par la réduction , telle qu'elle a été inventée par les abbés de
(150) Prenons au hasard un exemple :' < Gouverneur. i« Figurer le palais d'un prince #u Thétel d*un srand seigneur; et ce prince ou ce seigneur, les designer par le sisne de la décoration de quelque ordre militaire; et le palais ou Thôtel, par tout ce qui caractérise la magnificence et la Candeur; ff* signe d*un enfant, fils ou fille de ce prince, ou de ce grand ; 3* Faction de celui qui donne des leçons k ce jeune prince, sur la géographie, sur la grammaire, sur la religion, sur la politique, sur la morale, etc.; i* signe de surveillance et de conduite. > (Théorie des itaites, tome 1'% page 69.) Voyez aussi les mots de Famille^ Maître de pension^ MaUre d^hàtel^ Fermier ^ Cultivateur ^ Géographie, IngénUur^ Admimitralion^ Espion, Gouvernement^ Pro" vidence. Saint, Santé, etc. (Ibid., pages 66, 70, 74, 78, 130, 131, 136, 149, 453, 917, 331, 331.) ^ (151) Exemple : c Précepteur. — 1* Faites les signes d un prince, d'un jeune homme, d'un enfant, et faites signe qu'ils sont ignorants ; 2" figurez l'aotiou de chercher un homme savant, et de le donner à ce jeune prince, à ce jeune homme ; 3" figurez l'action de donner des instructions au jeune homme, et de le conduire à Tétat d'homme instruit. [Théorie det $i^ne$,'Unskt I, page 71.) Voyez aussi 1<À mots Hépéttteur, Banquier, JuritcoMtdte, Philoiophe, Com^ mis^aire de» guerres, Vruiumfflable, etc., etc. {Ibid.,
l'Epée et Sicard, et réellement employée par eux ; cette lanzue qui est l'essence, le pivot de leur méthode, tant exaltée par les uns, critiquée par les autres; cette langue, dont le mérite doit décider du mérite de leur méthode, nous ne la découvrons, nous ne la possédons pas encore. L abbé de L'Epée ne nous en a donné aucun exemple ; l*abhé Sicard nous donne une chose toute différente ; Tun et Tautre se contentent de nous dire qu*elle se forme, dans la pratique, par la rédi]Ction et Tellipse des descriptions pantomimiques.
Que SI la Théorie des signes, sous ce rapport, ne remplit point le but qu'elle a annoncé, elle n'en peut pas moins être fort utile, comme recueil des descriptions ; et il est mémo telle opinion suivant laquelle elle serait, sous ce rapport, plus réellement utile.
Si nous examinons de plus près ces explications, en y cherchant ce qu'elles nous promettent, c'est-à-dire du moins une explication par les sienes mimiques, c'est précisément quelquefois cette pantomime ellemême que nous ne trouvons pas décrite par le détail des gestes nécessaires ; nous voyons à sa place une sorte de définition ; en sorte que nous serions fort embarrassés alors pour exécuter la pantomime annoncée, sur des données aussi vagues (151).
Quelquefois la chose est expliquée par la chose même (iSâ) ; quelquefois une description comprend, aans ses éléments, un signe qui, à son tour, supposera le premier parmi les éléments qui le constituent (153).
Malgré la profusion des détails circonstanciés qui composent chacun de ces tableaux, nous en rencontrons à chaciue pas qui sont atteints de vague et d'incertitude (15$) ; nous en rencontrons trop souvent qui sont plus ou moins inexacts (155) ; nous ne voyons point marquer les nuances qui distinguent
nases 71, 91, 131, 134, 143; tome H, page
(152) Voyez, par exemple, le signe des mots Agile, Débile, etc. {Ibid., pages 315, â5.)
(1^) Voyez, oar exemple, le signe de IVaii {Jbid., p. 29), dès le d*ébut , où figure comme élément de description la Fontaine, Vaction d"y boire , dans le creux de la main, ou dan$ un verre; et , plus loin, page 33, le signe de fontaine, où figure une source d'EAC, avec Vaction a"g puiser de Teau avec le cresLS de $a main et d*u boire.
(154) Exemple : i Disciple. — i^ Levez Immizodtalement la main droite, étendue vers la tète, pour faire le si||^ne de maître ; i* figurez raeUon du maître qui paHe, oui fait des signes et (fiâ insiruit; S* figurez 1 action du disciple qui écoute eu r^ardaat les signes manuels du maître, pour ea receTotr la leçon. (Théorie dei ii^nei, tpme I, paye 67.) Voyez aussi les mots Grammatrien,Juaef E^prtt^ Première cause. Etre $upréme, etc., elc. (ibi., oages 130, 156, 213.)
(1 55) Exemple : f S'abstenir.-— 1* Figurer plusieurs actions, comme lire; aller en un lieu quelconque; man^r de tels mets ou dt tels fruits; noire du vin, des liqueurs ; prendre du café, etc.; ^ figurer ^u*ott ne fait aucune de ces actions ; par exempte, au lieu de manger gras, manger maigre; au lieu de boire du TÎn*
Ml
DACTYLOLOGIE
les râleurs des mots analogues, improprement con3idérés comme synonymes (156) ; et d'autrefois nous rencontrons le même signe pour des objets différents (157) : nous Toyons un exemple particulier cité^ comme explication, sans aucune indication qui le généralise (158) ; nous cherchons en vain , à côté de la description du sens propre, celle du sens figuré, qui eût été fort essentielle (159); nous rencontrons des signes pour un grand nombre de mots qui sont à peine en usage, et que le sourd-muet n*aura jamais occasion de voir employés, tandis que nous demandons en vain des mots d'un usage aussi fréquent qu'utile (160).
Les signes méthodiques grammaticaux proposés par l'abbé Sicard, ne présentent point les mêmes inconvénients ; ceux-ci sont en général appropriés à leur objet, simples, clairs, assez bien conçus. Quelques-uns sont encore empruntés à 1 abbé de l'Epée, et ces empnuits ne sont pas heureux. Le plus grand nombre présente la rectiûcation de ceux que Tabbé de FEpée avait conçus, çt que Tabbé Sicard a dû modifier d'après un point de vue entièrement noureau, en s'affranchissant des erreurs de son maf tre.
Ce point de vue, aussi juste que lumineux, consiste, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, à considérer les formes grammaticales comme représentant en relief les opérations de l'esprit et les fonctions que remplissent, dans le tableau de la pensée» les éléments qui la composent. C'est donc en expliquant et rendant sensibles ces opérations et ces fonctions, c'est en remontant aux principes de la grammaire générale, en éclairant ces principes par la lumière d'une sainte métaphysique, que les lois auxquelles sont soumises les formes grammaticales seront justifiées en même temps qu'enseignées ; l'abbé Sicard a voulu que les signes méthodiques destinés à exprimer ces lois fussent eux-
boire de Peau, ne point prendre de calS, ne boire d'aucone liopear : telle estlawgniication du verbe $*ab$' temr; 5" signe du mode indéfini. > {Ibid.f page 405.) ^oycz aussi les mots S*ab$enter^ agir^ falloir^ vouloir j analogie^ analogique^ vrat, etc., etc. (Ibid,^ pam 404,. 4ii, 499, 581; tome 11, pages 52,
(156) Exemple : t Mélancolique. — i^ Figurer ■ne personne triste et d^une humeur sombre et chagrine; 1* figurer qu'elle n'a ni fièvre, ni aucune couffirance qu'elle puisse indiquer , mais seulement un ennui et un malaise dont la cause lui est inconnue; 3« signe d'adjectif. 1 {Ibid.^ p. 325.) Voyez eacore les mots MnUy Abandonner^ Innocent j etc. (IM., pages 521, 402; t. H, pages 216, 367.)
(I57j Voyez, par exemple, Ange^ Eeprit. { /did., paaesiOTet2l3.)
{158) Exemple : f Prétexte, — i** Représenter plusieurs personnes réunies pour une partie d^amusemeut et de |riaisir ; 2" en représenter une qui n'y ait p^s élé invitée, et qui arrive pour l'être ; 3* figurer cette pen»onne se disant chargée d'un UMssage auprès oe «elle qui a invité et réuni toutes leé MitMs; 4* ^ne de mensonge et de fausseté dan« ce rdctt ; • 5*8igMsd6 r^ibstractif. i (Théorie de$ ùgneê. tome ll,Ma348«)
i^ëfendte. — 1« Supposer un mattre et des élè- Tes ; 2" supposer les élèves se répandant dans un
mêmes comme une exi)res8ion abrégée , comme une peinture sensible de Tesprit qui a présidé à ces lois. Mais, pour apprécier le vrai caractère de cet ordre de signes, il est nécessaire de jeter un coup d*œil sur la seconde partie des travaux de Tinventeur, sur celle qui embrasse la grammaire et la syntaxe, ainsi que les notions métaphysiques et logiques qui y président. Etudions donc maintenant son Ùaurs d'instruction; les signes méthodiques grammaticaux en sont une sorte de résumé, en même temps que de corollaire.
Lorsque nous lisons le Cours éCinstruC' tion éFun sourd-muet^ nous croyons presque lire une sorte de roman philosophique ; il en emprunte les formes, il en offre souvent l'intérêt ; on y trouve quelque chose dii roman de Tarabe Thophaïl (161), quelque chose qui semble emprunté aux tableaux de Buffon, à la statue de Condillac, à f Emile de Rousseau. C'est une âme encore assoupie qui s'éveille, un esprit encore aveugle qui s ouvre à la lumière, une vie intelligente qui commence à se développer au milieu de scènes variées et à la voix de l'instituteur. C'est une espèce de sauvage, étranger à nos mœurs, qui est initié h nos idées, à nos connaissances, en même temps qu'à notre langue. L'abbé Sicard sait répandre sur chacun de ces progrès, sur chacun des exercices 3ui les obtient, le charme d'une sorte de rame. Il peint avec chaleur les incertitudes, les joies du maître et de l'élève ; il réussit à faire ressortir ainsi, dans un tableau animé, les iiéOnitions, les procédés qui semblaient les plus arides ae leur nature; il donne une figure, une physionomie aux notions les plus abstraites. On dirait que l'abbé Sicard est le peintre de la syntaxe, le poëte de la grammaire. Cet ouvrage eut plusieurs éditions, et il ne faut pas en être surpris ; car les sourds -muets ne sont pas les
jardin ; Z'* figurer le maître les appelant, et leur ordonnant de sortir du jardin et de nV plus rentrer; 4* mode indéfini. > (Ibidem, pages il 5, etc., «te.)
(159) Exemple : f ùéHcat, — Figurer un objet quelconque composé de parties fines et menues.
c II se dit aussi de la vue, et alors le signe est de .figurer une grande lumière, en exprimant que des yeux dâicats ne peuvent la souffrir; et le signe eal adjectif.
c H se dit aussi de ToreiUe, en exprimant qu'elle sent les moindres dissonances.
c II se dit du nex, qui juse finement des odeurs.
c II se dit des objets lailnès et fragiles, qui ne résistent point aux impressions des corps étrangers.
< Les signes doivent d*abord indiquer tous ces sens, et puis exprimer le jrenre d-impressiens relatives à chacun d^ux. > ( Théorie des signes, t. f *', p. 32i.) Voyez aussi les mots Adoucir^ Aif«fr/fr«fl6îa., p. 409, 414.)
(160) Dans la foule des mots inutiles au timidmuet, il suffirait dindiquer algéhriste^ chronotôaiste^ thef, venir, ambidextre, et la plupart des noms de grades mllitatres ou civils. Parmi les mois nédigés ou omis, queloues exemples donneront une idée de nmportance* ue ces lacunes : Complaisance^ Poli^ tesse. Prévoyance, Prévoir, etc.
(IGf) Le Philosophe ttutodidactique^
MS
SU
seuls autqaels il peut tire profitable. Le Cours d'instrùctwn se compose de yingt-cinq thèmes successifs d*enseisnement, on de vingt-cinq exercices, que 1 auteur appelle, on ne sait pourquoi, par une^ dénomination fortinexacte, autant de moyenêde eommunicatièn. Les deux premiers forment Vintroduction la pins naturelle, la plus sagement conçue^ h cette vaste et difficile carrière où s*ençagent l'instituteur et Télève ; on ne peut débuter plus heureusement.
L'instituteur met son élève en présence des objets les plus usuels, ou de leur figure dessinée, et par un procédé aussi simple qu'ingénieux, l'exerce à associer l'image de cet objet à son nom écrit. Bientôt, pour donner à cette instruction Une matière abondante et variée, il promène son élève sur la double et immense scène de la na*« ture et de la société, lui fait observer, discerner les dons de la première, les arts de la seconde, seulement en ce qui appartient au domaine des sens ; il exerce aussi l'élève h classer ces eibservations, à mesure qu'il les recueille. Quoique cette vaste explora^ tion soit décrite d^itie manière trop succincte peut ainsi ,
lion qu'il doit recevoir, par un cours d'observations méthocKques sur les objets sensibles qui s'ofi^rent aux regards de l'homme, idée qui a été trop m'éconnue ou négligée par la plupart des instituteurs des sourds muets, et dont l'utilité s'étend beaucoup plus loin qu*oii ne le croirait au premier abord.
Nous nous attendons à voir l'instituteur, après un début aussi bien entendu, continuer à se guider d'après les indications de la nature, suivre graduellement et pas à pas la marche logique de la génération des idées. Mais, dès le troisième chapitre, le troisième moyen dfi communication^ pour emprunter le lanzage de l'auteur, fourni par le mattre au disciple, est la connaissance des mots itre^ cho^i et objets c'est^-àdire précisément des trois notioni» les pins générales et les plus i^hstraitas qu'ait pu concevoir l'esprit numain. KentAt, l'instituteur, rentrant dans les sentiers qu'il venait d'abandonner, explique l'origine de l'adjectif ; il se hâte de raire inventer un pronom et le verbe étre^ et tout cela compo^ie le troisième pas que le nuuttre et l'élève font ensemble. Dès ce troisième pas» Vun ^t l'autre n'ont plus de méthode, plus de plan ; ils voyagent dans un pays inconnu, voni à la découverte, tentent au hasard des voles diverses, reviennent fréquemment aux points qu'ils ont d^à visUés, circulent plus encore qu'ils n'avancent» découvrent plus qu'ils ne prévoient. Ainsi, Vadî£ctifesi suivi, da>as le quatrième moyen de commun icatioUf p^r les qualités actives et passives dont il n'ost cependant que l'expression. Ainsi, le verbe être est suivi, dans le quatrième moyen (4e communication, par la théorie de la proposition, dont il est cependant l'Ame et l'es-
sence ; ainsi, dans le cinquième moyen de communication, nous revenons de nouveau à l'explication des mots Are, chose et objets en y joignant ceux de sorte^ espèce^ genre et nature ; ainsi, dans le sixième moyen de communication, nous trouvons iK)nfondus, et les temps absolus^ et les pronoms personnels^ et la double théorie des propositions actives et passives, reproduite une seconde fois; ainsi, entre le septième moyen de communication, où se confondent la préposition et Vadverbe^ et le neuvième, où se rencontre Vartichy se trouve jetée, commeun huitième moyen, Yexplication des noms de nombre et là num/ra^ion, qui, par leur simplicité, leur régularité, eussent réclamé leur rang dans les premiers exercices de l'élève ; ainsi, la théorie des chiffres^ qui n'est qu'un svstème de signes imaginés pour représenter les lois du mécanisme d'après lequel la proposition est construite, survient au dixième moyen de communication, fort éloignée de l'exposition des lois qu'elle explique ; ainsi» l interrogation apparaît seulement aux onzième et treizième moyens dé communication, quoique toute proposition suppose l'interrogation à laquelle elle sert de réponse affirmative ou négative ; ainsi, les pronoms reviennent encore au douzième moyen, les adverbes au dixième; ainsi, la conjonction que occupe le quator;&ièm&, et la tnéorie de la conjonction ne se produit qu'au dix-neuvième ; ainsi, le temps^ ses divisions, figurent au quinzième moven, entré la conjonction que et les adverbes^ taudis que déjà les temps absolus du verbe s'étaient montres dès le sixième, et nous trouvons ici une exposition du système du monde, certainement fort prématurée, etc. Des théories métaphysiques se trouvent jetées comme pêfe-méle au travers des théories grammaticales , sans qu'aucun lien les unisse. Du moins, lorsque l'auteur arrive enfin, dans son vingt et unième moyeu de communication, à la connaissance des fa* cultes intellectuelles, lorsqu'il veut y introduire son élève, il reparaît, comme- l'avait fait son illustre maître, il reparait guidé par la philosophie ; il saisit et suit les analogies
Sui existent entre les opérations de l'entefiement et celles des sens, ' entre les actes intérieurs de la volonté et les actions exté-
aisent ; il s'ai ' passer l'élève
phénomènes,
de l'autre, en l'amenant à se renfermer eu lui-même, et à remarquer la dififérence de l'homme intérieur et de l'homme organique, en même temps que les rapports qui les unissent. Il procède d'une manière semblable, en exjJiquant les notions relevées qui appartiennent au riche domaine de l'ordre intellectuel et moral : irl s'appuie sur les analogies qui font retrouver dan» divers objets sensibles comme une sorte de peinture en relief de ces notions ; il recourt à • ces métaphores qui ont aussi inspii-é les premiers inventeurs de nos langues, et qui ont déterminé le choix des noms imposés a
DV€TY1.0f.0GIE.
cet orJre lie connaissances dont la conscience intime est la source, dont la faculté (l*abstraire est rinstrument. L*abbé Sicard s'^ montre, nous devons rajouter, p!ûs habile peintre que métaphysicien exact ou firofond. Mais, comme if le dit justement ui-méme, il ne s'agit pas de faire du sourdmuet un métaphysicien ; il s*agit de l'initier à l'emploi de notre langue.
^ k Comrs d^ instruction manque entière- \tïéùK de Cet ordre logiaue qui semblait devoir en être le caractère essentieJ, du moins il abonde en procédés ingénieux pour expliquer les actes de l'intelligence et les formes qui, dans le discours, doivent en 4lre le reflet. Ces procédés, Tinventotir les cherche, les tente, les imagme sous nos jeux ; il essaie, et se réforme lui-même. Ne lui demandez pas de les faire dériver «l'^iQ principe commun, de les soumettre à 4es règles î ils varient suivant les circonstances et rinspiration du moment. En général, ce sont des procédés figuratifs^ des espèces d'allégories destinées a peindre les i^pports délicats et tibsliraits qu il s«git de faire discerner ; souvent ils consistent dans r^rt défaire produire à son élève les opél^alions qu'il s'agit de lui faire remarquer et définir, en le plaçant dans la situation propre h déterminer ces actes de son iutelliuenre. C'est ainsi qu'il retrace, dans des Maures, les «bstfvictioas^ les combinaisons les transformations d'idées, en faisant subir aux mots écrits des mouvements et des changements de ()osition analogues à ce qui se passe dans l'esprit. C'est là encore qu'il ex| ose sa théorie des chiffres^ qui, assignante chaque élément du discours la fonction dont il est revêlu, les rapports qu'il observe avec les autres, le rang qu'il doit occuper, servent en quelque sorte, pour là OMistraction de la proposition, de la môme manière que les numéros placés (»ar Vatrchitecte sur les blocs de {>ierre épars encore sur le sol, suident l'ouvrier pour lui assi-
Î;ner leur place en formant les assises dans a construction de l'édifice.
C*est maintenant aue les signes méthodiques grammaticaux de l'abbé Sicard vont se montrer avec le caractère qui leur est propre» comme étant le produit des oréralions qu*il a fait fiiire h son élève sur l'applica^ tien même des lois de la grammaire , et comme servant k peindre ces opérations.
Donnons-en quelques exemples.
L'abbé Sicard a distingué , avec sagacité , une des fonctions que remplit dans notre langue l'article /e, /a, les , celle qui a pour <ibjet de déterminer un objet à choisir dans une collection , et le signe qu'il lui affecte est le résumé des procédés au'il a suivis puur faire 4X)mprendre cette fonction à son ëlève.
m Plusieurs oLgets semblables ont été éta-
lés sous les yeux de l'élève : J'un d'eiUrc eux est indiqué de l'index, en le démêlant du milieu des autres. Voilé le signe de l'article f e, cela , c€a\ etc. , cYi y joignant seu»lement, si c'est le féminin, le signe du genre, qui consiste à laisser torabèi les deux bras, comme pour indiquer la faiblesse; en y joignant, si c'est le pluriel , l'action de fermer tous les doigts pour tes rouvrir ensuite.
*: Pour exDrinKn* /<•, 7o, fesy on répète le sisne précédent; mais on renrésenle le même objet qui a été signalé d'abord, en le montrant par côté, comme déjà connu.
« Au contraire-, pour ex|:rimer un>, une^ h la présence des objets semblabfcs et raul!> p<es, on n'indique aucun ..d'entre eux en particulier , on ferme tous les doigts, on ne lève que le pouce (162). >»
L'abbé Sicard « conservé, pour l\id/wa'/v Ve signe qui consiste à appli(]uer ha main droite sur la gauche; mais il a pris tant do soin à faire saisir à son élève le rapport qui existe entre la qualité et le sujet, que l'im^ perfection de ce signe sera sans inconvônient. Le substantifs par un contraste naturel, «e désigne en plaçant la main droite sous la gauche. L^ nom en général s'indi-
aue en frappant de l'index droit sur Tinex gauche; mais des signes spéciaux sont donnés aux noms propres, communs, col* lectifs et abstractifs. Le nom propre est , dans la langue des signes, remplacé jar la circonstance la plus sensible dans l'extérieur de la personne, de la ville , etc. ; les noms communs et collectifs, par Tindication de la condition k plus caractéristique des objets compris dans le genre ou dans la collection ; enfin» le nom absiraetif, ce nom si difficile, si important par le rôle qu'il joue dans nos langues, se )>eint en ajoutant au si^çne de radjecllf celui du substantif, pour faire en*^ tendre que la qpdiliui est personnifiée par un^ vue de l'esprit (163).
On est surpris de voir l'abbé Sicard ne trouver, pour indiquer en générai le ttrhey d'autre signe que celui d'un v figuré j ar la main droite, se portant en tigzag de haut en bas (164). On ne reconnaît point le caractère du signe méthodique dans ce geste, qui reproduit la premii^re lettre du mot français ; mais^par une singulière infidélité à ses propres principes, l'instituteur a souvent recouru à une semblable ressource. Du reste, il a pris beaucoup de soins pour faire concevoir avec netteté, à ses érèves, la notion des temps relatifs ; les signes qu'il lui donnp l'expriment avec plus ou moins de lonhcur, mais conservent au moins quelque vestige des intentions de l'instituteur. Le mode impératif s'énonce par le signe du commande* ment ; celui du conditionnel^ par lo doute ; celui du subjonctifs par le signe de la conjonction; celui de Vtnfinitifs par celui du présent, en retranchant, par un signe nc^a*
(162) Théorie àes signes^ tome II, cbap. 14, page ^.—Sijfneê des mot$; Paris, iSOS, page 5. ^163) Théorie des signes, tome II, jpi^go 562 —
filCTIO!<nf . PE PALtoanAPHfR, ETC.
Signes des moiSj page 6.
(164) Ce gigue, emprunté h Tabbë de I^Epée, est . resté en pratique dans l'Institution^
dictionnaire: de p^leoguamiie, etc.
ttfy les signes.des pronoms affectés aux per^ sonnes ; celui du participcy enfin, par l'addition de l'adjectif.
Le signe général de la préposition, chez l'abbé Sicard, est. emprunté au chiffre 4, qui sert à marquer son r&le, suivant les procédés des chiffres, et qui est figuré par quatre doigts de la main clroile, le pouce fermé , qui se portent ainsi à la saignée du bras gauche (165). L'auteur retrouve les voies de l'analogie dans la formation des signes S[ éciaux propres à quelquespréposilions. C'ost ainsi que, pour la pri>position àr il dirige l« main vers un but, en montrant un objet, et traçant une licjne droite du point où l'on est h celui qu'on indique ; que, pour la préposition arec, il indique deux êtres, parles deux index qu'il fait ensuite marcher parai* lèlemen» l'un avec l'autre.
Le signe générai de l'adverbe est celui de l'adiectif redoublé, si^ne qui prête encore l>eaucaup h la critique, mais qui repose sur l'idée propre à l'auteur, que Tadverbe ne l)eut modifier qu'un adjectif, parce qu'il raille les verbes dans cette catégorie. Il laut eï\ convenir, on ne saurait imaginer rien do plus iléfectueux que le procédé conçu par rabbé Sicard pour expliquer la formation diC la terminaison ment dans un gra^id nom* \we d'adverbes en la faisant dériver de main forte , comme si cette explication pouvait jeter quelques lumières sur la valeur des adverbes prudemment , sacrement , seulementf etc. ; rien de plus inutile que les circonlocutions imaginées pour rendre compte de quelques autres adverbes qui s'interpréteraient si facilement par la méthode intuitive^ comme, par exemple , aujourd'hui ^ pour lequel Tabbé Sicard commence par écrire dans le jouVj de le jour présent, traduisant peu à peu, de lettre en lettre, dans en a, le en ti, présent en hui, lorsque l'idée dau/ourd'/iui est si familière au sourdmuet, qu'un signe suffit pour la lui rappeler (166). Du reste, les signes spéciaux des adverbes sont donnés par celui du radical exprimant l'idée principale (167), et combiné avec le signe général qui vient d'être indi* qaé.
L'abbé Sicard a ou le malheur de conserver aussi, pour la conjonction en général, le signe qui se compose d'un crochet formé avec les deux index. Du moins a-t-il distribué avec ordre, distingué avec soin les diverses espèces de conjonctions, et saisi souvent , avec sagacité, le moyen de représenter, dans des signes spéciaux, l'office délicat que rem-
i)lissent ces éléments du discours destinés i marquer de simples vues de l'esprit. C'est ici surtout que Tcsprit souple et facile de l'auteur s'est pUé et replié en mille manières, poursuivre nos langues artificielles dans la formation de ces traits figuratifs et déliés qui marquent les rapports des proposi-
(165) La description de ce signe est également omise, mais supposée connue dans la Théorie^ dei iîgnes, (Ibid.f p. 584.)
(166) Cours d'instruction, pages 240 ei suiv.
tions élémentaires avec la proposition complexe (168).
La Grammaire générale do l'abbé Sicard est le fruit des études qu'il avait faites sur les sourds-muets , de l'expérience qu'il avait acquise dans ses efforts pour leur enseigner les lois de nos langues; elle lui a ensuite servi de guide h lui-même dans ses «pplica-* tions. Nous sortirions de notre sujet si nous nous arrêtions ici à l'examen de cet ouvrage. Toutefois, nous ne pouvons nous dispenser de déclarer en passant que nous n'ajuirouvons aucunement deux des idées fouda^' mentales sur lesquelles lautcura établi son système grammatical. : l'une çiui réduit lo verbe être h n'être qu'une simple copule; l'autre, qui réduit tous les verbes à n'être que de simples adjectifs^ comme si une action, un fait, n'était réellement qu'une qualité.
L'abbé Sicard avait adopté ralj.habel manuel de l'abbé de l'Épée et en faisait le même usage. II a publié de nouveau , en 1819, et séparément, sous le titre à* Art de parler, le travail de labbé de TÉpée sur l'articulation artificielle, qui faisait partie de La véritable manière d'instruire les sourds-muets. II déclare, dans l'a van t-propos, que «le sourdmuet n'est totalement rendu à la société que lorsqu'on lui a appris à s'exprimer de vive voix , et à lire la parole dans le mouvement des lèvres. Ce n'est qu'alors seule ment, dit-îl, qu'on \yeui dire que son éducation, est entièrement achevée. »>
Ainsi, le système adopté par Tabbé Sîcan! est encore un système complexe ; il réunit à la fois presque tous les instruments imaj;inés pour suppléer à la parole; il comprend même, do moins dans sa théorie doctrinale, l'alphabet vocal, l'alphabet labial. Mais ce qui le caractérise essentiellement sous re premier rapport, c'est le rôle essentiel qu'il a attribué aux signes artificiels du langage mimique , et le dévelopement qu'il leur a donné.
Il ne se dîstinçue pas moins , en ce qiiî concerne Tintelligence de la langue, par la
frééminence qu'il a justement assignée à interprétation logique, par une constante application à rechercner et à suivre les traces des opérations de l'esprit et de la génération des idées. Il a ainsi essentiellement contribué à ramener l'art d'instruire les sourds-muets à une méthode essentiellement philosophique.
5tii7e du précédent. — Pratique de Vabbé Sicard. — Instituteurs formés à son école. — Manuel, par M. Bébian. — On a pu juger déjà, par la seule exposition de la théorie do l'abbé Sicard , telle qu'il Ta présenté© dans ses ouvrages, que ses procédés pratiques devaient nécessairement en différer dans l'enseignement.
I>'un côté, en effet, en ce qui concerne la
(167) Théorie des signes y tome U, pages 502 ci suiv. Sigines des mots, page 56.
(168) iHrf., pîiges 609 et suiv. — Jbid. , page î-SL
DACTYLOLOGIE
lioiuenclature, oh a tu que sa Théorie des signes , au lieu de nous donner les vrais et r^ls signes méthodiques de rappel, qui, dans le langaze du maître et du disciple, représentent les mots écrits, ne nous avait offert que des descriptions, des scènes et des commentaires qui , pour devenir la matière de signes *iroprement dits, devaient subir, par Tellipse, de nombreuses réductions, et revêtir une forme simple.
D'un autre côté, le Cours Sinstrueiion^si le récit de Tèducation particulière de Massieu. Il nous présente donc l'enseignement du sourd-muet comme im enseignement individuel, et sous les conditions • que renseignement individuel peut seul comporter; il duit subir des modifications essentielles dès qu'il s'agit de l'appliquer à un enseignement collectif et simultané.' De plus , ce récit de l'éducation de Massieu, fidèle comme tabjeau des essais répétés et des secours de son instituteur, n'a rien de normal, si on veut le considérer comme une exposition didactique de préceptes 4 l'espèce de divagation qui y rè^ne ne peut être transportée dans un enseignement régulier. Ce cours d'instruction laissait donc à déterminer les résultats définitifs auxquels l'instituteur s'était fiié, d'après l'expérience de ses essais lépétés, et à établir un ordre convenable et progressif pour les divers degrés de l'enseignement et la matière propre à chacun.
L*expérience acquise, et qui, chaq[ue jour, dans un art aussi nouveau, apportait de nouvelles lumières; la nécessité, le concours des sourds-muets eux-mêmes; les circonstances, l'inspiration du moment ; diverses causes enfin concouraient à faire rectifier, développer, simplifier les procédés pratiques, dans renseignement de l'abbé Sicard ; & modifier ainsi les règles qui semblaient résulter de sa doctrine, et, il faut le dire, à faire inômc varier souvent ces procédés, à les rendre différents d'eux-mêmes, en sorte que la pratique qui ne reposait point sur une théorie propre à la régler avec certitude, n'était pas non plus fixée d'une manière stable, précise , par des habitudes ou des conventions tacites; qu'elle n'avait aucun type uniforme; qu'elle flottait souvent dans une sorte de vague, et, à beaucoup d'égards, restait mobile et indéfinie.
C'est que, ainsi que nous venons de le dire, les circonstances du moment, l'inspiration, influaient beaucoup sur le mode d'ensoi^iiement de l'abbé Sicard ; sa vive imagination n'eût pu se soumettre servilement à un plan rigoureux et tracé d'avance : il obéissait à une sorte d'instinct. Pour enseigner, il entrait en action : il pénétrait dans l'esprit, dans l'Ame de son élève, entrait dans une communication intime avec lui : plein de l'objet qu'il voulait faire comprendre à cet élève, il le peignait sous les formes, avec les couleurs qui se présentaient à lui ; et cela même était rune des principales causes de ses succès : car il agissait fortement sur l'intelligence des sourds-muets; il se faisait en qiichiue îorte sourd-muet lui-même avec
eux; il les faisait concourir avec lui à leur propre instruction.
Pendant plus de vingt-cinq an^ un public nombreux a été témoin, aux exercices donnés par l'abbé Sicard, de ce talent d'improvisation, de cette fécondité et de cette flexibilité (l'esprit dans les explications, de cette facilité à reproduire les mêmes vues dans un cadre toujours nouveau, de cet art à mettre en scène les règles les plus arides, à revêtir les abstractions des formes les plus pittoresques, enfin de cette habileté à raire agir les sourds-muets, à leur faire produire au-dehors leurs propres pensées, qui distinguaient si éminemment 1 abbé Sicard. Au .vif intérêt qu'inspirait cette espèce de drame, à l'élonnemeoft que faisait éprouver cette transformation continue des notions métaphysiques et morales en figures animées et sensibles, se joignait aussi, il faut le dire, chez la plitpart des spectateurs, un autre genre de surprise que redoublait la curiosité, et qui avait sa cause dans le préjugé si généralement accrédité qui fait considérer le sourd-muet comme incapable d'instruction, surprise que les réponses souvent ingénieuses des élèves renouvelaient sans cesse. Des observateurs plus calmes, des juges exercés aux méditations philosophiques, cherchaient à étudier, dans ces exercices, les vrais principes de l'art, y cherchaient quelque méthode raisonnée, et, il faut le dire, en rapportaient une opinion plus sévère
Essayons de soumettre à une exposition didactique cette pratique suivie ijar l'abbé Sicard et par ses collaborateurs, dans le sein de l'Institution, pratique dont une partie, jusqu'à ce jour, n'a point encore été décrite. Montrons comment elle s'est fixée, à quelques égards; comment elle s'est modifiée sous quelques autres rapports.
Et d'abord, en examinant comment les longues descriptions pantomimiques de la Théorie des signes se sont converties en signes deréduction^ elliptiques, simples, invariablement fixés et adoptes dans le commerce entre les maîtres et les élèves, nous nous trouvons enfin conduits à découvrir, à saisir, telle qu'elle existe réellement, cette langue des signes méthodiques qu'il nous était si important de bien connaître. Jusqu'à ce jour, non-seulement elle n'a pas été publiée, mais elle n'a pas même élé décrite : il n'est pas un seul des signes qui la composent qui ait même été exposé par écrit ; elle est demeurée le secret des élèves et des maîtres, qui se la transmettent par tradition : il n'en exibte aucun type ; on ne peut que la voir en exécution ; mais cette exécution est si rapide, si fugitive, qu'il n'est aucun spectateur qui, en la voyant mise en œuvre dans les exercices des sourds- muets et dans la pratique de l'enseignement, puisse se former une image nette et précise du geste qui sert à exprimer une idée déterminée. En même tenq)s que nous allons posséder enfin et avoir sous les yeux la description fidèle de quélquesruns des termes dé cette langue singuhère , et que par là nous pourrons nous pré-
ff7f
I>ICTIONN\IRE DE PALEOGRAPHIE, ETC.
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parer à la juger, nous aurons aussi l'avantage de pouvoir observer par quel ordre de réductions les descriptions mîmiaues, qui servaient d'abord d'explications détaillées, se sont restreintes et converties en signes simples et abrégés ; si ces réductions ont pu avoir lieu sans que les Caractères essentiels de l'analogie en aient reçu une trop grave i^teinte. Nous apercevrons, peut-être, dans cet exemple fort curieux des opérations de Tesprit humain, un indice de la marche qu'ont suivie aussi les écritures symboliques primitives, pour se convertir et se réduire en une écriture plus concise, ^ par là même nlus mystérieuse ou plus arbitraire, comme récriture chinoise, ou les hiéroglyphes égyptiens ; car ce sont des procédés aDsoiument du même ordre
Commençons d'abord par les signés d'idées familières et sensibles; car c'est ici que les procède^ de réduction seront plus faciles à observer :
Sabti. Description de Tabbé Sfcard (169) :
•» 1* Le signe corornun est celui de poussière, formée de petits grains; 2" signe des l>orJs de la mer, où le sable se trouve plus ordinairement; 3" signe de l'emphM qu'on en fait pour la composition du mortier. «
La réduction consiste à se contenter du premier de ces trois signes.
SeL Description de rabbé Sicard (170) :
«< !• Le signe de sel est celui de petits grains blancs qu'on répand dans les mets pour en augmenter la saveur^ et dans certaines her-* bes potagères qu'on mange crues, et auxquelles le sel fait donner le nom de salade ; 2" on peut «goûter encore le signe d'en prendre et d'en mettre sur la langue, avec les picotements qui en sont l'efTcH ordiaaire. »
La réduction s'opère en se bornant à imiter l'action de répandre du sel sur un me 15?, et en indiqoani, du bout de l'index dirigé sur h langue,,le picatemen-t qu'il excite.
iJommtf.DescFiptioodel abhé Sicard (171):
« 1' Porter l'index au front,, comme pour montrer le siège de l'esprit qui pense, et puis au cœur, comme signe de la volonté qui s'incline vers les objets; ^ parcourir toute l'habitude du corps, avec les deux mains, de la tète aux pieds, pour montrer un corps étendu ,. animé, qui respire et qui marche. »
Léf réduction se borne au second signe.
Domestique. Description de Tabbé Sicard (172) :
« 1° Signe d'une maison; 2° signe d'un 9iaîtri> et d'une maîtresse (et ce signe est celui de la supériorité (lui commande); 3* signe d'uA homme ou d une femme qui obéit ; ï" sî^oede tous les devoirs que remplit ordinairement un domestique,, comiuc de faire une chamhre^ct on la fait en la balayant, en faisant le lit,i en battant les fhuteuils, en nettoyant tout ce qui est sniey etc. »
(i69) fliéorie des slgrnSy. tome t, (170) Ibid.
page 47.
Réduction : Les deux mains etcnJuos, h paume en haut, se portent tantôt à droùoTri tantôt à gauche, comme prêtes à servir <q premier signal. — Signe d'homme.
Chasseur. Description de Tabbé Sicard (173):
« l'' Représenter, par gestes^ toutes séries de pièces de gibier, comme dffîms^ eerfs, lièvres, lapin<:, oiseaux, perdrix, bécasses, merles, etc., courant dans les champs, volant dans les airs; 2* ligurer un homme, portant là carnassière, le fusil sur Tépaulo, suivi d'un os de plusieurs chiens; 3" action de tirer et do tuer. »
Réduction : On feint de tirer uii coup de fusil. — Signe d'homme.
Jardinier. Descri{>tioiè do l'abbé Si« card (17.V) :
« !• Signe d*un jardin ; ce rfgne se fait en flgurantles plantes etlôsorbustesqui y croissent et qu'on y cultive; 2^ action de celui ou de celle qui iait cette culture ^ qui arrache les mauvaises herbes, qui ratisse, qui ar*' rose, etc. ; 3* signe du sexe. »
^ Réduction : L'action de bêclicr. — Signe d'homme.
Laèonreur. Description de l'abbé Si-»
card (175).
« !• Signes d'un champ^ d'une charrue, de chevaux, de iKBufs t 2* siçne d'homme
S^ui les attelle, qui les conduit, etqni le» ait labourer : tout cela se figure en feignant qu'on tient les rênes d'une mam, et (fu'on nique ou qu'on fouette les animaux de l'autre. »
Réduction : Signe de hehitt en iitdfquimt ses deux cornes; art les fouette; on feint d'appuyer les deux mains sur la charrue. — Signe d'homme.
Blanchisseuse. Description de Tabbé Si-»
card (17C).
« 1** Signes de draps de lit, de nnppos, de serviettes, chemises, cravates, caleçons ^ bonnets, bas, mouchoirs > 2* signe de sale cl de mal(>ropFe,i e» figurant le groin du cochon; 3"* action de blanchir le linge, \)sr le signe de lessive, de savon trempé dans Teau, et en figurant ce que font les blanchisseuses aux lavoirs. »
Réduction : La main droite fermée» comme si elle tenait du savon, frotte la gauche, également fermée. Signe de féminin.
Horloger. Description defabbé Sicard (177J:
« 1" Signes de pendules, d'horloges et de montres, distinguant les unes par ^es poids et la boite qui les renferme; les auros , pat- le lieu éle%é où on les place ,. leur grand cadran , et la cloche qui soDoe les heures; et les autres, par lo facuKé queTon a do les i)orler sur soi» et de n'avoir qu'un petit rouage bien différent du mécanisme des premières; 2° si^ne du faiseur par Tinnlatton de son travail solitaire^ et la forme de ses outils. »
(174) Théorie de$ signes^ mae 79..
(175) JWrf.,page7y.