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IV. I>« QUELQUES SYSTÈMES DE DACTYLOLOGIE KOLVELLEMBKT PROPOSÉS

Rapport de M, Berthier adressé à M, le di-

rerlenr de rjnslftution nationale des

sourds-muets de Paris, sur une nouvelle

davtt/tologie proposée par M. Lemena-

' ger (217).

Cel7}ttilt«il8ll.

Le mémoire de M. Lemenager, sur lequel vous demandez l'avis des professeurs de rinslitution, afin de remplir le vœu do M. le ministre de l'intérieur, ne tend à rion moins (ju'h rempla'*erla dactylologie usuelle de nos sourds-muets par une nouvelle dactylologie de l'invention de l'auteur.

; D abord, tant s'en faut que le travail de M. Lemenager soit une méthode nouvelle, comme il le prétend. C'est, tout au plus, au contraire, si Ton y voit seulement un jeu de mains ingénieux. Or, il est ici Question d'examiner s'il est vrai, comme il le soutient encore, que son nouveau mode digital de comm inication est plus commoJe , plus prompt , et plus racilc que celui que nous emiloyons. M. Lemenager est aans une étrange erreur, lorsqu'il |:r6le h ce dernier les inconvénients qu'il n'a pas. Ce li'est pas la faute de l'instrument, mais celle de la personne qui en fait usage, si elle ne met pas autant, ou presque autant de rapi« dite dans ses doigts que M. Lemenager dans Tes siens. Cet instrument exige des doigts tant de souplesse ou d'agilité qu'on n'aperçoive pas le plus léger mouvement dans le pras. Je ne prétends pas toutefois que notre {ilphabet manuel ))Uisse suivre la parole à la course. Ce but sembla atteint un instant par le syllabaire dactylologique de M. Rei'oins, qui entreprit "d'instruire lui-même hon fils sourd-muet, travail sur lequel divers rapports furent présentés à notre conse 1 d'administration. Et cependant on ne pensa pas qu'il pût être d'une utilité indispensa* |)le dans notre éducation générale, et l'on allégua, comme l'une des principales raisons de son rejet, le temps considérable qu'exigeait cette élude encore compliquée, quoique déjà fort abrégée depuis.

Quant à l'alphabet nui nous occupe, il ne ine paraît pas plus utile, malgré sa simplicité, de l'appliquer à l'enseignement d'une école de sourds-muets. A quoi bon former nos eafants à apprendre de mémoire un

(216) Voyez ci après VAppendice sur tes signes mi miques de réduction usités dans f'éiabiissemint imni- '^uil des sunrds-muets de Pa'is.

(217) Kn app-nJcc fla'.s Touvragc iriilulc Labbé

alphabet qui seml)le plutôt fait pour les parlants que pour eux? Car, indépendamment des vingt-cinq lettres de l'alphabet ordinaire^ on y trouve des indications représentant une série de voyelles combinées et accom-. pagnées d'autres lettres qui forment de» sons pour l'épellation et la terminaison d'un grand nombre de mots. Ado|)tAt-on, mtom aujourd'hui, cet alphabet de pure conveo-. tion, qui peut répondre que, dans un temps plus ou moins éloigné, il n'en surgirait pa.^,^ comme è l'envî, une multitude d'autres? Dans cette hypothèse, auquel d'entre eux attribuer la stabilité et la prééminence surlesautrest

En raisonnant ainsi, je suis loin, Dieu m'en garde! de me constituer le chevalier de notre dactylologie, originaire de l'Espa-^ gne, et qui, après avoir été introduite par l'abbé de l'Epée, avec quelques modifica-r tions, dans son école, s'est pro[)agée, à l'exception de l'Angleterre, dans presque toutes celles d'Espagne et d'Amérique, bien qu'on puisse lui reprocher, sans injustice, de m^ pas s'adapter parfaitement, dans ses diverses. I)Osilions, aux différents cara tères de Técri ture et de la typographie. Mais pourquoi» au lieu de nous arrêter inutilement à discuter le mérite respectif que peut avoir tel ou tel alphabet daolyloiogique, ne pas nous consacrer au perfectionnement, h la généra* lisation de notre langue naturelle, de no-, tre langue universelle, de la langue des signes? Loin de chercher à étonJre le do-*, maino de la da'^tylologie, pourquoi ne pas travailler à le restreindre au profit de Tintclligence? Dans l'état actuel de renseignement, nous arrivons au point où la dac-. tylologie ne servira plus qu'à tracer les noms propres des personnes ou des lieux, ot encore transitoirement, en attendant qu'on leur impose des signes de convention qui expriment leurs qualités bonnes ou mauvaises, procédant en cela comme les par-^ lants ont procédé dans leur baptême universel des hommes et des lieux! Or, pourxîetlc mission transitoire, dont l'importance diminue chaque jour, la vieille dactylologie espa jmole est plus que suffisante, et elle a Tinimcnse avantage d'être adoptée et connue^

Loin donc de s'occuper à perfectionner cl à réoandre la dactylologie, il faudrait, je le

de rEpée, sa vie, son apostolat, etc., par M. Feixlinaiid Berthier, sourd-muet, doyen des professeurs de rinstiUitiun de Pans, chevalier de la Légion dUiouneur, clc, in-.S" ; Paris, chez Lcvy, 18îJ2, pa^. Ô47.,

tss

bACtVLOLOOïE.

répète, chercher h la restreindre, Iravaillant de plus en phis, dans notre enseignement, à substituer Inintelligence à la matière, ridée k sa représentation brute. Cest ce que n'a pu comprendre M. Lemena^er, étran^^er qu il est au véritable langage mimique. C'est ce langage qui, plus que toutes les dàttylologies possibles, peut nous être d*une immense ressource dans notre inûrmité^ et remporter même de vitesse, comme il le désire, sur la langue parlée.

Ce sujet m'a emporté beaucoup trop loin à propos d'une nouvelle trouvaille dactylologique, trouvmle, selon moi, sans im[)ortance et même sans objet.

Je termine en vous réitérant la nouvelle assurance du profond resj^ect et du sincère dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, mon cher directeur.

Votre aevoué serviteur.

^ppori'dis M. Ferdinand Berihier à MM. les

membres de la commission consultative de rinstitution^ nationale des sourds-muets de Parisj sur ' la nouvelle dactylologie de &f. Charles Wilhorgne{H6).

Ce 4 mai 1817.

Vous m*avez chargé, sur la demande de M. le ministre de l'intérieur, de Vous rendre compte d'un essai de M. Charles Wilhorune, ilTOcat à Rouen, sur la dact vlograph ie ou sténographie des doigts, laquelle, suivant l'auteur, aurait sur ce qu on est convenu d'appeler chez nous la dactylologie l'avantage de rivaliser presque avec la parole elle-même. Pour le prouver, M. Wilhorgno s'efforce d'établir entre Tun et l'autre système un parallèle qui, il faut bien le dire tout d abord, révèle en lui peu de connaissance des procédés c n usage dans nos écoles. A la seule inspection des deux planches gravées que renferme sa brochure, et gui rc()résentent l'alphabet manuel de son invention, on ne voit pas trop en guoi cet instrument peut être utilisé avec fruit dans nos études. La dactylographie de M. Wilhorgne a pour but, non-seulement ifindiquer les lettres ou syllabes sur les phalanges de la main, mais encore, « dit-il, d'exprimer d'une façon abrégée, et sans iamais s'écarter des lois de l'orthographe, une prodigieuse quantité de mots par 1 em-

{>!oi des terminaisons les plus usitées du anga^e, h la représentation desquelles sont affectées certaines parties extérieures de la main gauche. » L'auteur se croit foïidé à en conclure que son nouveau mode digital de communication doit inîailliblcment produire une grande rapidité dans l'expression de la pensée, et il ajoute que, pour éviter la confusion des mots, qui semblerait, au premier abord, inséparable de l'adoption de son procédé, on sera tenu de fermer la main après chacjue mot. Ici il fait jouer d'abord un rôle important h la main gauche; mais, plus tard, «près avoir paru reconnaître l'inconvénient tju'il peut y avoir à employer les deux mains, il se voit obligé do

transférer la fonction de la gauche li la droite, en réservant, toutefois, aux ongles dupouce et du petit doigt de 1^ main gauche^ le privilège de ("eproduire certaines terminaisons chaque fois que l'index de la droite les indique.

Si Von veut que l'importance de tel oti tel alphabet manuel se mesure sur le plus ou le moins de promptitude qu'il offre, celui que nous employons aujourd'hui ne de-* mande, pour être presque aussi rapide que la parole elle-^même> qu'une certaine sou^ plesse dans les doigts, lors même que Tu* sage en serait restreint à représenter, ^àns en omettre une seule^ les letlres comp05ant soit un mot> soit une phrase. Tout bien considéré, nous pensons que celui de M. Wilborgne ne réussira pas mieux que tous ceux qu'on a essavé d'introduire dans notre enseignement a diverses époques, à supplanter le système espagnol adopté par l'abbé do l'Ëpée aVec quelques modiiica;iûns& Celui-ci obtiendra toujours la préférence, non-seulement des sourds-muets, mais des parlants eux*mêjnes.

L'auteur commet une non moins grande erreur lorsqu'il préfend que sa dactylographie présente un avantage marqué sur notre dactylologie en ce qui conccinc les rapports des sourds-muets, devenus aveugles, avec les autres.

Les aveugles de naissance peuvent, aussi facilement que les sourds^nuets devenus aveugles, converser avec les autres hommesi au moyen de notre alphabet manuel ; il leur suffit pour cela de suivre, par le toucher, les contours rapides de la main parlante.

En somme, la dactylographie de M. Wilhorgne ne nous parait guère mériter que la commission consultative en propose I adoption à M. le ministre en faveur de nos jeunes sourds-muets. C'est un système tout conventionnel, qui peut paraître plus ou moins ingénieux à certaines persoi:ncs, mais qui ne saurait aspirer au mérite d'une utilité réelle et d'une pratique générale. Il semble devoir plutôt êlre abandonné au choix des parlants, dont les doiets se montrent rebelles au mécanisme de la dactylologie usuelle des sourds-muets.

A notre avis, la dactylologie de l'abbé de l'Ëpée répond amplement aux besoins de cette branche secondaire de notre enseigne* ment. On a beau faire, les principaux moyens de communication des sourds-muets seront toujours (et de plus en plus), d'abord la mimique naturelle perfectionnée excluant les représentations clactylologiques des lettres d'une langue et peigr.ant, indépendamment des lansues, chaque idée par un signe, puis l'articulation et la lecture §ur les lèvres pour quelques-uns, et le dessin et l'écriture pour le grand nombre.

Essayer de ramener aujourd'hui notre enseignement à une dactylologie ou dactylographie plus ou moins rapide, plus ou moins saisissante, c'est vouloir lui faire rebrousser chemin, c^est chercher à le pousser dans une

(il 8) E^a^îides »p^?)KrK>es]ile Vabbé deCEpée^ etc., pnr Ferdinand Bertuicr, p.. 349.

9di

DICTIONNAIRE DE PALEOCttAPfllE, CTC.

fausse route. L'iuiportanoe de la dactylologie ou de la dactylographie (n'importe) diminue chaque jouir, a mesure du progrès de notre enseignement. Les hommes d'activité et de savoir, au lieu d'user leurs efforts h poursuivre le progrès dans ces moyens secondaires, insu/Tisants, applicables à la seule repr(''sentalion isolée d'une langue et non à Fidéologie de toutes, devraient s'entendre

S our concentrer leurs vues sur des problèmes eaucoup plus importants, dont notre spécialité attend en vain la solution, tels que les meilleurs moyens d'initiation à la connaissance plus ou moins complète de sa langue maternelle, et remploi du peu de loisir que laisse à nos élèves celte élude* toujours longue et diflicile> à quelques tra*^ vaux intellectuels, variés, qui les intéresse* raient en les y ramenant.

Chaque année voit éclore de prétendues

découvertes qui émanent de philanthropes mus nar les meilleures intentions, mais, malheureusement, tout à fait étrangers à l'enseignement des sourds-muets. Il en résulte que souvent ils nous donnent soit \M)\ir du nouveau, soit pour de l'utile, ou ce que nous connaissons depuis fort long^ temps, ou ce qui, en définitive, ne nous offre qu'une utilité plus que contestable. 11 serait à désirer que ces personnes, qui oourraieni rendre de véritables services, si elles étaient éclairées sur un enseignement qu'elles ignorent, voulussent bien consultertes hommes spéciaux avant de bâtir leurs systèmes et de prendre la plume; il eu résulterait une grande économie de temps et pour eux-mêmes et pour les hommes spédaux qu'on chaige ensuite d'examiner leurs écrits. Or, rien n'est plus précieux que le temps à une époque où l'on vit si vite.

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