‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 57 sur 136 · X. Notice biogbaphiqub · texte numérisé non relu

X. Notice biogbaphiqub

« Roch-Ambroise-Gucurron Sicard, né à Fousseret, près de Toulouse, le 20 septembre 17<^2, fit ses études dans cette dernière Tille, et s'y consacra à l'état ecclésiastique. Il quitta bientôt les fonctions de son ministère pour entrer dans une carrière nouvelle.

« M. de Cicé, alors évèque de Bordeaux, voulant former une école de sourds-muets, envoya l'abbé Sicard à Paris, pour y ap-

[>rendre la méthode de l'abbé de Tfipée, et e mit à son retour k la tète de l'établissement de Bordeaux. C'était en 1786, é{)oque où il connut le sourd-muet Massieu, alors Agé de quatorze ans, et dont les étonnants

[)rogrès devaient igouter un si grand éclat à a réputation du maître. Ses succès, utiles pour sa gloire, le furent aussi et sans qu'il le recherchât, pour son avancement ; il fut nommé presque en même temps vicaire général de Condom, chanoine de Bordeaut et membre des académies et du musée de cette ville. En 1790, l'abbé Sicard se présenta au concours établi à Paris pour trouver un successeur à l'abbé de l'Epée, mort au mois de septembre précédent. Des commissaires pris aans lés trois académies examinèrent les prétendants, et l'abbé Sicard fut choisi. Au reste le choix ne fut pas difficile : l'abbé Salvan, qui concourait avec lui, n'avait paru que pour dire que la place était due à l'abbé Sicard. Le digne abbé Salvan, aussi instruit que modeste, a dirigé longtemps depuis l'établissement particulier de sourdes-muettes, ff Depuis ce moment l'abbé Sicard ne fut plus occupé que de ses nouvelles fonctions et du soin de perfectionner l'intelligence des infortunés qui lui étaient confiés. Jusque-là l'établissement n'avait été soutenu gue par les dons de l'abbé de l'Epée, qui v avait consacré sa fortune, et par des libéralités

Earticulières, entre autres par celles de Ottis XVI. L'Assemblée constituante, par un décret du 21 juillet 1791, pourvut à la perpétuité d'une si bonne œuvre en assignatit des fonds pour cet objet, et plaça les souDds-muets dans le couvent des (Jélestins,

SUR l'abbé sicabd (238).

qui avait été supprimé plusieurs années avant la révolution. Ils ont été transférés depuis au séminaire de Saint-Magloire, dans la rue du faubourg Saint-Jaccpies, où ils sont toi\jours demeurés depuis. L'abbé Sicard se présenta à la barre de l'Assemblée pour la remercier de son décret. Il ne fut point astreint à prêter le serment à la cens* titution civile du clergé ; mais a[)rès le 10 août 1792, il prêta le serment de liberté et d'égalité, suivant la nouvelle formule. Cette déférence ne le garantit pas des fureurs de la révolution : peu de jours après il fut enformé dans les prisons de l'Abbaye et allait être égorgé parles assassins du 2 septembre,, lorsqu'il fut sauvé par lé dévouement d'un nommé Monu()t> horloger, et les démarches de Clial>ot, n'iembre de^ l'Assemblée lé^^islative. Sicard reprit alors ses travaux philanthropiques et les continua sans obstacle jusqu'au 18 fructidor ; pendant cet intervalle ]l avait joui de toutes les distinctions qui pouvaient s'accorder alors ; il avait été nommé professeur à l'Ecole centrale, et était entré dans l'Institut, section de gram- . maire ; il avait néanmoins courageusement rédigé les Annales reliaieuses ^ politiques et littéraires^ journal fort réprouvé par les gouvernants du jour: il fut donc proscrit une seconde fois et condamné à être déporté à la Guyane. Ni l'indignation publique, ni les vertus du prosent, ne purent lui obtenir sa radiation de la liste fatale, il sut du moins se dérober à son arrêt, et resta caché dans le faubourg Saint-Marceau, justiu'à la chute des tyrans ; on lui a reproché des désaveux faits à cette époque , qui annonceraient une grande faiblesse de caractère, mais comme ils ne sont consignés gue dans les feuilles du conventionnel Poultier, nous ne croyons pas que ce soit pour nous un motif d'y'^cro ire. Le 18 brumaire le rendit à ses élèves après deux ans d'absence. Tout avait été négligé dans son établissement ; le gouvernement ne fournissait plus aux dépenses de la maison» tous les exercices

(258) Extraite do la Biographie do Rabbk ol Dois(;li.in.

DACTYLOLOGIE

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été interrompus. Heureiiseraent Tabbé Sîcard trouva dans le ministre Cbaptal uo protecteur généreux qui lui donna le moyen de multiplier ses bienfaits. Il conçut et exécuta te projet de former une impri*^ merie desseme par les sourds-muets : ainsi il songeait à leur avenir, tout en leur pro* carant'des distractions utiles.

« Dès le mois de décembre 1800 les sourds-* muets avaient acquis la faculté de travailler arec succès, et ce furent eux qui imprimèrent la plupart des ouvrages de i*abbé Sicard. Depuis ce moment celui-ci n*a cessé de faire des découvertes utiles à ses élèves , et il les a consignées dans plusieurs ouvrages estimés sur la grammaire générale et sur Ja théorie des signes. Avant lui l'abbé de TEpée avait traduit les choses par les signes, et ensuite les signes par les mots : mais n*a|)pliquant son procédé qu'aux objets physiques, il avait adopté la méthode inverse pour les objets intellectuels, c'est-à-dire que désespérant de les faire concevoir à ses élèves par des signes, il leur avait fait connattre matériellement les mots qui les expriment, et les leur avait ensuite traduits par des gestes convenus. Les résultats de cette première opération furent admirables, et le maftre, un volume à la main, figurait des mots par autant de gestes qu'il faisait comprendre à ses élèves de manière que ceux-ci écrivaient sans faute des pages entières sous cette espèce de dictée. Mais ils ne faisaient ainsi que traduire des gestes qui ne disaient rien à leur esprit, par des mots qui n'en disaient pas davantage. L'abbé Sicard est parvenu a étendre aux choses métaphysi-

Sies le procédé qui avait réussi pour les oses matérielles, et ainsi il a donné à l'intelligence de ses élèves le plus grand développement qu'elle pût avoir. Il a donné dans son Cours d'instruction d'un sourdmuet les développements de la marche qu'il a suivie pour introduire les sourds-muets dans le champ de la métaphysique, et Ton jugera combien il lui a fallu de temps, d'adresse et de patience, pour faire arriver à Tesprit de ses élèves des notions auxquelles ils paraissaient être le moins accessibles. Mais la méthode de l'abbé Sicard suppose dans l'enfant un degré d'intelligence peu ordinaire, elle ne peut donc avoir sur tous un succès égal. L'abbé Sicard a sous ce rapport un grand mérite sans doute, mais inférieur à celui de l'abbé de l'Epée, véritable créateur de la science que son successeur n'a fiiit qu'étendre et perfectionner.

c On apprécierait mal cet homme estimable, si on ne le jugeait que d'après ses exercices publics ; il y brillait surtout par les succès de ses élèves et par les preuves étonnantes de leur intelligence ; c'était surtout Massieu, l'écolier favori de Tinstituleur, et qui le premier avait donné de la wofpie et de l'éclat à sa méthode, qu'on se plaisait à entendre et qu'on ne cessait d*adinirer par la vivacité de ses réparties et la justesse de ses définitions.

* Le nom de l'abbé Sicard n'était pas

moins connu au dehors qu'en France, et sef exercices étaient une des premières choses que les étrangers voulaient voir en arrivant à Paris. En 1805, l'abbé Sicard eut l'honneur de recevoir le pape Pie VII dans son établissement. Sa Sainteté bénit la chapelle de la maison, le 23 février, elle assista ensuite à une séance de l'abbé Sicard qui lui adressa un compliment et lui offrit quel-

3ues-uns de ses livres, entre autres un livre e prières composé pour les sourds-muets. On conduisit ensuite le Souverain Pontife à l'imprimerie, et Ton pria Sa Sainteté de prendre elle-même le narreau de la presse pour tirer une feuille, qui lui offrit un com-

S liment en latin. On a ait que Napoléon eut e l'éloignement pour l'abbé Sicard : nous croyons cette assertion inexacte» car des personnes dignes de foi nous ont assuré avoir entendu l'abbé Sicard professer en particulier pour Napoléon une admiration qui paraissait bien sentie de sa part.

« C'est surtout en tSli^ et 1815 que tous les étrangers, et surtout les monarques alliés qui vinrent à Paris, s'empressèrent de le visiter, et tous surent apprécier le zèle éclairé de l'illustre mattre. La reine de Suède lui envoya, en 1815, la décoration de l'ordre de Wasa, en le remerciant, par une lettre très-flatteuse, de ce qu'il voulait bien aider de ses lumières la nouvelle institution des sourds-muets de Stockholm. Il fit, en 1817, un voyage en Angleterre, où il reçut l'accueil le plus honorable. Membre de la deuxième classe de l'Institut, depuis sa création en 1796, il fut conservé membre de l'Académie. française par ordonnance royale du 21 mars 1816. L'abbé Sicard était tombé depuis plusieurs années dans un état progressif et sensible d'affaiblissement. Il succomba le 10 mai 1822, à une heure du matin, dans sa quatre-vingtième année.

«t On a de lui :

« V Mémoire sur Vart éCinstruire les sourde" muets de naissancey 1789, in-S**.

« 2" Catéchisme^ ou instruction chrétienne à Vusage des sourds-muetSy 1796, in-S*", imprimé par les sourds-muets.

« 3** Manuel de l'enfance^ contenant des éléments de lecture et des dialogues instructifs et moraux, 1796, in-12.

ff V Eléments de grammaire générale appli^-

rfe à la langue française y 1799, 2 vol. édition ; 1808, 2 voL in-*.

« ^"^ Annales catholiques y 1797, in-8*; ouvrage périodique dont le litre a souvent varié et auquel MM. Jauffret et Boulogne ont aussi eu beaucoup de part. M. Sicard a seul signé depuis le n* 21 jusqu'au tome III 5 il signait Dracis, anagramme de Sicard, les numéros précédents. L'ouvrage, arrêté au quatrième volume en août 1797, n'a été repris qu'en 1800, sous le titre A" Annales philosopniqueSj morales et littéraires.

fc 6* Cours d'instruction d'un sourd^muet de naissance^ pour servir à l'éducation des sourds-muets, 1800, in^% flg.; 1808, in-«- ; Y Alphabet manuel qui en fait partie a été réimprimé îi part, în-18.

DICTIONNAIRE DE PÂLEOGRAPltlE» ETC.

S3tv

«TDe V homme et àe sei facultés physi^es et intellectuelles^ de ses devoirs et de ses espéran^ cesj ouvrage traduit de l'anglais de D.Hartley, avec des notes explicatives, 1802, 2 vol. in-8*.

a 8^ Des tropesy par Dumarsaisy 5' édition, revue, corrigée et augmentée^ 1802, in-12.

tk 9" Dictionnaire généalogique^ historique et critique de VEcriture sainte^ revu et corrigé, 1803, in-8\

« 10** Journée chrétienne d'im sourd^muet,^ 1803, in-12.

« Jl* Théorie des signes^ 1808, 2 vol. in-8°,

on

y a mis de nouveaux tite€us en 18H.

«( 12° Pasigraphie^ ou premiers éléments: de fart d'écrire et dHmprimer en une langue^ de manière à être entendu en toute autre tanguCf sans traduction^ inventés par D. M. A. M. dl.... et rédigés par Tinventeur luimême et par R. A. Sicard, 1796, in'^\ Co volume n a pas paru.

« IS"* Plusieurs morceaux de grammaire

Générale, etc., dans le Recueil des sciences de Ecole normale, et dans U Collection des mé-, moires de V Institut. »

XI. É1.06B ?UNàBR9 D6 BARON Dt^GÉRANDO, PAIR DE FRANCE, PRONONCÉ PAR M. LE COUTE

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