X. Inconvénients dtialphabtU par tièchn
— Les alphabets par siècles n entraînent pas après eux tous l«s mêmes inconvénients, mais ils ne laissent pas d*en renfermer beaucoup. Chaque siècle a plusieurs sortes d'écritures très-disparates qu'il fau* drait confondre, si le nombre des alphabets devait se mesurer sur celui des siècles. Réu-^ nir sous un seul alphabet la cursive avec la capitale , ce serait , dans un catalogue de plantes , ranger sous une même espèce la mousse et le cèdre. On se verrait donc forcé de multiplier les alphabets à proportion des diverses sortes d'écritures qu'un seul Qt même siècle produirait. Au lieu d*un alphabet par siècles, on n'en serait pas toujours Quitte pour les tripler et les quadrupler !aoi I vous borneriez chaque siècle à sont unique alphabet, tandis que chacun d'eux^ en seules majuscules, vous fournira de quoi remplir une des plus grandes planches?
C'en serait donc plus de vingt, sans avoiPv. entamé ni les minuscules, ni les cursives , ni les mérovingiennes, ni les wisigothiques,^ ni les lombardiques , ni les anglo-saxonnes, qui de leur côté pourraient en occuper un plus grand nombre. Un pareil arrangement absorberait à pure perte presque toutes les planches de notre ouvrage. Et que devien-^, draient tant d'écritures, tant de sceaux, tant de signatures et de monogrammes dont les modèles smA autant ou plus essentiels que ceux des alphabets?
Mais cette foule, aussi insuffisante que superflue, d'alphabets, serait en pure perte. A chaque siècle, ne faudrait^il pas répéter plus des trois quarts et demi des mêmes caractères ? Car , en passant d'un siècle ■* l'autre, il ne {Aut pas s'imaginer que, par une révolution subite, l'écriture change tout à coup. Elle varie comme les modes ^
(630) Mu$œum ItaL t.l, p. 183; De re dipLy p. (632) HUioria Pandect. Trajecti, 1722, lib. ii^ Cc 657, édit. 1709. 2, p. 111.
(651) De re dipiom,, p, 557;
DlCnONNAIRE DE PALEOGRAPHIE* ETC.
comme les mœurs, comme les arts, mais plus lentement. D'année en année la variation est iaiperceptible. A peine découvrcz- Tous ea cei-tains siècles quelque changement dans récriture, au bout de dix et de vin^t années. Comparez celle de deux demi-siècles consécutifs ; souvent vous commencez à remarquer une diversité qui se fan sentir. Rapprochez les écritures éloignées de cent ans; pour l'ordinaire leur différence vous frappe aussitôt. Encore cette différence estelle susceptible de plus et de moins. Quei- S^efois elle paraît très-grande, quelquefois ie est peu marquée. On suppose que les monuments ne manquent pas. En général, lorsqu'ils sont rares, la dissemblance et la conformité de l'écriture de chaque siècle se manifestent plus, difficilement. Malgré leur abondance,, il est des siècles oi!i la ressemblance fait une vive impression , tandis que certaines menues différences souvent échappent même aux connaisseurs. Rien de plus uniforme que 4)eaucoup d'inscriptions des trois premiers siècles, depuis 1ère chrétienne » quoiqu'il en existe plusieurs autres, dont la diversité se trouve parfaitement caractérisée. Puis donc que les changements dans le goût ou la totalité de l'écriture sont si lents „ çoinbien ceux qui concernent la conformation des lettres le doiventils être davantage 1 Souvent il suffit, pour rendre une écriture tout à fait dliférento d'une autre, que quelques caractères éprouvent une variété constante dans certains traits superflus.
On pa3sera d'un siècle à l'autre sans obr iservèr de variation notable entre la plupart des figures de chaque élément. Il faudra donc se livrer à des répétitions continuelles , si chaque siècle doit avoir son alphabet proi)re. En effet les mi^mes formes de lettres ont coutume de se transmettre de siècle en siècle. Parce qu'on en Hura introduit. un petit Jiombrc do nouvelles,, les anciennes ne sont pas anéanties pour cela. Quelques-unes se soutiendront, quant au contour, quant aux principaux traits, pendant des milliers d'années ; d'autres, pendant plusieurs siècles consécutifs
En vain opposerait-on qu'il suffirait d'attribuer à chacun les figures de lettres .qui lui seraient propres, sans s'embarrasser de eelles qiû lui seraient communes avec d'autres. Mais on conclurait umt naturellement ^e cette omission que toutes les lettres des siècles pirécédents appartiendraient encore, bu n'appartiendraient plus aux siècles poslérieups : et l'on se tromperait également de part et d'autre. Certaines figures de lettres se maintiennent sans discontinuation, d'autres disparaissent bientôt après leur liaissaa^îe, quelq«es-unes tombent insensiblement dans l'oubli; tandis que les autres $e repçôduiseut,. après avoir disparu pour jin temps. Telles se conserveront, au siècle immédiat à t;elui auquel on lesaura placées,
•i$»53) I^is soifiines forcés de supprimer ici Texa- 9)i'n et la (Jescriplion détaillée de tous Icsêléuienls iic iW\i\vM)ei »^!it doBUCiU les Bénédictins. {i\olc de
qui n'existeront pdus au suivant. D*autres n'y commenceront qu'à devenir d'un usage commun ; et ce ne sera qu'après une suite do siècles que, s'abolissant de jour en jour, elles ne paraîtront plus. Ces caractères mêmes que j'aurai assignés à tel siècle, C4)mme spécifiques , non-seulement se montreront dans d'autres , mais souvent ne se rencontreront pas dans telle et telle pièce de celui auquel je les aurai appropriés. Ces lettres, particulièrement fixées a certain siècle, n'y seront pas toujours les plus accréditées. Car il faut bien distinguer entre celles oui n'étaient point aux siècles antérieurs, celles qui ne seront plus aux suivants, et celles qui s y trouvent sur le pied d'ordinaires. Les dernières peuvent conserver la même prérogative pendant une lon^e succession do siècles, et la perdre ensuite par des degrés insensibles jusqu'à cesser d'être. D'où s ensuit qu'il est souvent plus aisé de juger des caractère^ propres à certains siècles, par des lettres extraordinaires que par celles qui sont d'un usage commun. Toutes ces raisons^ et une infinité d'autres qu'on pourrait déduire fort au long, prouvent Tinsuinsance et là superfluité des alphabets restreints à charme siècle, soitqu'ils soient généraux, soit qu'ils soient imputes particuliers.
Qu'on n'en infère pourtant pas que chaque siècle n'a point de ressource pour se faire distinguer des autres, ni même de ses voisins; mais seulement qu'il n'est pas possible de les reconnaître par la voie des alphabets , à moins qu'on n en donne une histoire raisounée. Or, c'est ce qui ne peut s'exécuter par des planches , mais par une exposition des caractères plus spécialement affôctés à chaque siècle (6â3).
Chapitre. 4. — De lu Paléographie ou de la Science dc3 écritures antiques. Que sa connaissance n^est nullement impossible. De sa certitude. Dès moyens assurés de con^ naître les règles critiques {634-).
Sous prétexte d'une prétendue impossi* bilité de parvenir à la connaissance exacte et certaine des anciennes écritures, les regarder toutes comme fausses, ou du moins comme très-suspectes, c'est un effet des fausses lueurs ou plutôt des ténèbres très^ réelles, qu'on s'efforça de répandre sur l'aurore de notre siècle et dont nous n'éprouvons que trop aujourd'hui les pernitiieuses influences. Le pyrrhonisme nistorique fut le premier monstre qui en sortit; et quoiqu'il eût paru étouffé dès le berceau, par combien d'issues ne se fait-il pas jaur, et quels ravages ne cause-t-il pas? Ses pro-
§rès d'abord moins snisibles, mais depuis evenus éclatants , ont «îfm réveillé l'univers sur les maux dont nous sommes témoins , et sur ceux dont il nous menace. ^
Quelques ])ièces fausses se sont-elles glissées par«ii les anciens marbres, bronzes*, manuscrits , diplômes , il ne lui en faut jos
Cvdilcur du Dictionnaire.) ^
(G31) Diplomatique y t. Il, p. ZM<
PALEOGRÀPiilE.
Wfk
av&trra^o poup faire main basse sur tous. U $e propose principalement d'envelopper sous^ leurs ruines ceux qui choquent ses çréju* géSy ou qui mettent un peu à Tétroit ses
fiassions. Notre tâche ne nous appelle pas à e forcer dans tous les postes où il cherche à se maintenir , mais elle nous impose surtout de l'exclure et des bibliothèques et des archives. Elle ne nous invite pas à le combattre avec les armes de la religion , mais elle nous met en main celles de la critique. Ses coups lui seront d'autant plus sensibles qu'il attendait d'elle les plus grands succès. Les écritures, où nous entrons,nous ofTreiit à chaque pas l'occasion de le poursuivre sans relâche , lors même que nous on paraîtrons le moins occupés. La certitude des plus antiques démontrée en général lui enlèvera les principaux moyens pour chicaner en détail sur leur sincérité* , Contre la maxime reçue, que les ancienne» écritures prouvent par elles«-mêmes jusqu'à ce qu'elles soient convaincues de feux : malgré la possession où nous sommes de ces précieux monuments, depuis tant de siècles, il compte pour rien de nous obliger à les mettre à couvert de ses traits ; il exige avec hauteur que nous prouvions l'antiquité de leur existence. Le mensonge est trop faible U)ntre la vérité, pour oser l'attaquer à armes égales. Il faut qu'elle lui porniette de prendre tous ses avantages. Sûre de son triomphe, elle n'appréhendera pas de l'acheter aux conditions les plus iniques qu'on puisse lui faire. Faul-il démontrer l'existence de tel ou tel ancien genre d'écriture, elle le démontrera. L*entreprise n'est pas aussi difficile qu'on pourrait d'abord se l'imaginer.
Qui oserait avancer que nous n'ayons pas aujourd'hui bien des sortes d'écritures, dont les unes sont propres à être gravées S!ir la pierre et sur l'airain, les autres à se prêter aux divers usages de l'imprimerie, KÏes tribunaux, des finances, ainsi qu'à tous les besoins de la vie ? Ces écritures, à quelque^ dissemblances près, n'existaient-elles pas aucommencementdu xTii*siècle,duxTi% du ikV, du XIV ?En remontant près de deux raille ans, ne les retrouverons-nous pas de jiroche en proche, dans tous les siècles ; n;algré les variations qu'elles ont contractées de la part des goûts nationaux et particuliers ? Pour nous arrêter spécialement à celle qui parait le plus en butte à la contradiction, on ne perdra pas sans doute le til de l'écriture cursive, dans l'intervalle des règnes de Philippe le Bel et de Philippe- Autiste, ou de celui-ci et de Philippe 1", ou du dernier et de Hugues Capet. Les archives do France, d'Allemagne, d'Espa^^ne, d'Italie etd'Angleterre, sont trop abondamment fournies de titres, remontant jusqu'à cette épo-
(635) < Je ne comprends pin t, dit Vabbé Desfonlaines (a), dans le nombre de ces critiques qui oui Miiilié'diffimiils éorils sur la Diplemaiique du P. U«v
que, pour que nous ayons sujet de le*. craindre. Or, l'écriture du chef de lafamille^ régnante en France, parallèle à l'écriture des OthonjS en Ailemagne, nous mène droitn quoique par degrés^^ à celle des diplômes de^ Chariemagne; la cârolineàlafranco-galliquA;^ celle-ci à la romaine. Il en sera de môme des autres écritures cursives. Les minuscules, Tes onciales, et surtout les majuscides et lesr capitale5 perceront la durée immense de tous ces siècles, sans qu'on y puisse découvrir leur origine. Nous traverserons l'étendue successive des empires, et nous arriverons Aux premiers monuments de l'Italie et de la Grèce, sans qu'on puisse fixer une époque où quelaue genre transcendant d'écriture ait tout d un coup été forgé, qu'on ne porte le même jugement de ceux qui l'ont précédé ou suivi ; tant leur liaison est intime et? continue ! Nous verrons que toutes les sor* tes d'écritures latines Toat aboatir à un caractère primitif, ou cpi'elles en naissent' insensiblement, comme autant de branches* et de rameaux d'un seul et même tronc.; Ainsi nous réduirons le pyrrhonien à nier! o\i à douter qu'il existe de nos jours aucunci sorte d'écriture , tant qu'il ne confessera pas que presque tous les principaux genresc d'écritures ont existé, sous diflérentes formes, depuis plus de deux mille ans. Nous le forcerons conséquemment à nier ou à douter qu'il écrive, lors même qu'il coni-' pose des ouvrages, pour soutenir ses effarements.
Il n'est pas non plus indifférent (rav4>i^ l'esprit dégagé, par rapport aux écritures, des préventions que la partialité de certains auteurs auraient pu y répandre. L'homme de lettres, mais qui ferait plus' usage de son esprit que de son jugements prévenu de la fausse opinion que les plus vieux manuscrits ou diplômes sont autant d'ouvrages d'imposture, et que plus ils pa^ raisseut vénérables par leur antiquité, plus ils doivent être suspects, se lasserait bientôt d'une étude où il ne trouverait qu'un spec-* tacle stérile, on qu'un amusement frivole. Il semble donc nécessaire de consacrer nos. premiers soins à dissiper ces nuages.
I. Les anciens monuments doivent-ils pas^. ser pour suspects j à proportion de leur anti-^ quité î Ne leur donne-t-elle pas au contra9r^ une autorUé plus grande ? Epcistence actueUe^ des prétendues écritures barbares avouées ;• mais leurs liaisons mee de plus anciennes et de plus récentes méconnues par le P. Germon.: — Rien de plus absurde' que de redoublc^' les soupçons contre les manuscrits et les, diplômes, à raison de leur antiquité. Ce pa-». radoxe n'a pourtant pas laissé d'avoir des. partisans dans notre siècle. On se scrwl attendu à ne le voir paraître aue so«s les auspices du P. liardouin (035) ; mais le P.
bflloi), un certain écrivain, plus fameux encore par, ses prodigieux paradoxes que par sa vaslc éruditioi», qui, ayanl imaginé la supposition de presque tous
(a) Obmviamim fes ccrUi modcxues^ l. XI» p. 7(1
Germon iC fait valoir, avec une confiance égale, contre les anciens diplômes.
Marsham, il est vrai, 1 avait avant eux ha'^ardé, dans sa préface, servant de frontispice au Monasticum Anglicanum. C'en était assez sans doute pour que deux Jésuites dussent, au moins, par antipathie contre les
{protestants, s'écarter d'une opinion dont es conséquences peuvent être très-dangereuses. Hickes lui.mëme, quoique anglican, et en cette qualité aussi peu favorable aux moines qu'aux anciennes chartes , abandonne l'opinion de son compatriote (636), la traite d erreur, et renvoie à Dom Mabillon sur l'un et sur l'autre article (637). Estil étonnant après cela que le zèle d un sa-
vant Sicilien se soit allumé contre le P. Germon, pour avoir prêté main forte aa fameux Marsham contre l'antiquité ? (638)
Une source principale des illusions du savant jésuite, c'est qu'envisageant les anciennes écritures cursives comme isolées , il a méconnu leurs rapports et leurs liaisons intimes avec d'autres et plus anciennes et plus récentes. Leur enchaînement ne s'est point fait sentir à lui, les nuances presque imperceptibles de leurs changements lui ont échappé. De là quelles bévues, quelles assertions téméraires 1 Contentons-nous de relever les plus importantes, à mesure que notre plan 1 exigera. Une discussion suivie de tant de méprises et de sophismes
les auteurs ecclésiastiques et profanes, s'est servi de son dangereux et fabuleux système pour anéantir divers diplômes ou chartes qui le démentaient. Doit-on compter parmi les écrivains graves et sérieux celui qui, domine par une imagination forte et déréglée, a su forger les chimères les plus extravagantes et s'^en rendre idolâtre, sans rcspi^ct pour la raison et pour la vérité? Heureusement les preuves sont si faibles, qu'elles n*ont pu faire illusion à personnr. C*était la crédulité d'un enfant, Faudacc d'un jeune homme, le délire d'un vieillard. • (656) Prœfat.y pag. xxxi, xxxii.
(637) De re diplom., p. 21.
(638) Quoi! vous n'avez (a) pas honte, lui dit-il en l'ajpostrophant, de suivre Vopinion d'un hérétique rejeté par les hétéioJoxes mêmes, d'être d'accord avec un homme qui, au lieu d'appliquer h Jésus- Christ la prophétie de Daniel, la rapj>oi'ie à Âniiochus, qui rait descendre l'ancienne loi des cérémo-. nies égyptiennes, pour ne pas reconnaître que Dieu en lut 1 auteur? Quoi donc ! faudra -t-il (b) tenir pour très-suspects les monuments de TËglise de Ravenne, écrits du temps de Justinien, à cause de leur antiquité? Ces vénérables diplômes des rois lombards, cênservés dans les églises de Lucques et de Milan, doivent-ils passer pour suspects? Tant de très-anciennes lettres des Papes, tant de diplômes* des rois et des empereurs, gardés dans les archives de Home, ne tireront-ils d'autre mérite de leur antiquité gue de faire naître contre eux des soupçons plus violents? 11 fait voir ensuite que les principes au P. Germon tendent à faire regarder également les plus anciens manuscrits comme suspects, à raison de leur antiquité, et qu'ils (c) aboutissent enfin au pjrrhonisme. Le Journal des gens de lettres d'îtahe [d) applaudit à la force des raisons de Scipion Maranta, qu'il expose avec le même feu et beaucoup d'étendue. Nous nous bornerons à ce léger échantillon. On peut par là juger du ton que prennent ces auteurs Italiens.
Quoiqu'ils soient tombés encore plus rudement sur Marsham que sur le P. Germon, le premier s'exprime néanmoins avec beaucoup plus de modération et de réserve. Ses soupçons ne portent pas au delà dès Charles anglo-saxonnes. C'est uni<)uement d'elles qu'il dit (e) inciJemment qu'elles méritent d'autant moins de créance que leur antiquité parait plus grande. Coûte itaqueintuendœ suntistiusmodichartœ, q»œ /idem liabent eo minorem^ quo majorent prœ se feront antiquitatem. Au contraire, le P. Germon en
veut également à toutes les archives du monde, à toutes les espèces d'actes oue leur âge vénérable doit rendre plus précieux. Ce n est point en passant, mais en titre, qu'il publie que les très-anciens diplômes if) sont suspects par leur antiquité même : Vetustissinus instrumenta esse ipsa sua vetustate suspecta. Il rebat encore ailleurs que leur air d'antiquité les rend (g) suspects : Suspectas facit tum illa, quam prœ se fe- Tunty vetustas.
Les maximes des jurisconsultes sont bien opposées à celles du P. Germon. Ils regardent une pièce ancienne comme suffisamment vérifiée par la seule voie de comparaison, ce qu'ils n'accordent point aux récentes. Scriptura antiqua operatur^ quod per splam comparationem dicatur pUne recognita^ quœ 'aiia* non esbet recoanita, si cessaret antiquitas (A). La raison est qu'il se trouve bien plus de pièces nourvellos fausses que d'anciennes, qu'il est aisé d'avoir des preuves testimoniales pour des faits de notre temps, ce qui ne se peut pour les temps reculés. Mais l'antiquité supplée à ce défaut.
De plus, le principe du P. Germon tend à rendre douteux tous les nionumei<t8 anciens et modernes. 11 est démontré parles faiisjounialiers quelesactp» récents sont en général plus suspects que les anciens. Si avec cela les diplômes anciens ne laissent pas d'être suspects à raison de leur antiquité, tout devient suspect. Inutilement, rcpliquera-t-on , que les dépôts publics mettent à couvert de l'impos* ture. Les faits réclament contre cette prclcniîon. Si quelques dépôts publics sont, depuis un temps connu, gardés avec des précautions qui ferment la porte à la fraude, ils ne l'ont pas toujours été (t j. On prouve même qu'il s'est glissé nombre de fausses pièces dans quelques archives du roi (j). Des raisonnements à perte de vue ne tiendront pas contre de» faits. Les raisonnements égarent souvent; les faits avérés ne sauraient tromper. L'opinion du P. Geimon ne peut donc être admise; ou nul monument ne sera plus à l'abri des soupçons et des accusations de faux. Elle ne saurait subsister, qu'en posant pour fondement un pyrrhonisme universel, d'autant plus dangereux qu'd ne tombe pas sur des idées niçtaphvsiques, mais sur des faits les mieux constaté».
Mais, réplique le P. Germon (/s), je n'ai jamais douté qu'on nt'. puisse établir un art de juger des vrais et faux diplômes d'un âge récent. Seulement j'ai peine à nie persuader que cet art puisse s'étendre anx temps très-recules, au bera^au même de la monarchie française. A ce compte, le litre qu'on lit aa
(a) Scip. Maranta Hessan. Expostulalto in Bartlid, (f) £6Mf.,p. 58.
Germ., p. J5, :2l.
(b) Ihid , p. 28 et seqq.
(c) ibid,, p, liul se>iq.
id) Giormle d'e UUeraii d'Halia, tome III, p. 539. 54f)
(f ) UonasL anglie. propgl., p. 16.
g) Discepf. 2, c. 3, p. 29.
(h) Dec. ConsiL 53.
(t) Acta erudiiorum Mensis mail 1714, ad Scou Ctarêmcon Jocinois de Fchidun.
(0 Bist. de Nimes^ par IIuvard, 1. 1. Notes, p. 101. [H) Uiscepf. 2, c, 7,i>. 6Î5^6«
PALEOGRAPHIE.
MO
nous mènerait trop loin (639). Le P. Germon nous accorde volontiers (640) qu'il existe dans les archives de France et d'Italie des monuments barbares, qualiGés mérovin-
E'ens et lombardiques; voilà ce qu'il appelle question de fait : mais il leur conteste l'antiquité qu'ils s'attribuent , et c'est ce qu'il nomme la question de droit. Il fait à dom Mabillon des reproches piquants (641); comme s'il n'avait pas su distinguer ces deux choses. Nous prenons acte de l'aveu solennel qu'il fait de l'existence actuelle de ces écritures. Qu'on nous accorde de plus qu'une autre sorte de cursive est maintenant en usage , et qu'on nous permette de suivre le fil de celles qui l'ont précédée, en remontant de notre siècle jusqu'au vu*. 11 ne nous en faudra pas davantage, pour démontrer que l'écriture mérovingienne eut cours en France depuis le vi* jusou'au ix% et la lombardique en Italie, depuis le vr jusqu'au un*. Pourrai t-K)n nous refuser des demandes si justes ? La chiiîne des écritures, il est vrai, paraîtra dans toute son étendue , sans f[u il y manque un seul anneau. C'est un tissu, où l'on verra entrer tour à tour la gothique, la capétienne , la Caroline, la mérovingienne , l'italo-gothique , la romaine ; sans qu'on en puisse montrer la couture. Cette unité d'écriture, aussi peu contraire à se diversité qu'à sa multiplicité , sape par les fondements toutes les subtilités du P. Germon, et ne lui laisse pour partage qu'un système sans liaison et sans suite, incapable d'établir aucune vérité , mais propre a tout détruire, si les coups ne portaient toujours à faux. Pour mieux développer ces vues, arrêtons-nous guelques moments sur les goûts et le génie qui caractérisent les siècles et les nations, en fait d'écritures comme de toute autre chose.
II . Rapports de conformité entre les écritures du même siècle et de la même nation. Diversité sensible entre les écritures des divers siècles et des diverses nations. On peut distinguer les siècles par la forme du caractère, sans crainte de méprise considérable. — Chaque siècle , chaque pays a un certain caractère qui lui est propre dans ses moeurs, ses arts, ses modes et ses usages. Autre est le goût de rarchitecture du siècle de saint Louis, autre celui du siècle de François I", autre celui du siècle de Louis XIv, autre celui des Grecs et des Boniains , des Turcs, des Chinois , des Mexicains. Il en est à peu près ainsi des écritures. Comme dans les couleurs de l'encre dont elles sont formées ; de même, et plus encore dans les traits des
liant de chaqtie page des trois volumes du P. Germon sera trompeur. L'art de discerner le$ anciens diptômes véritables de ceux qui sont faux suppose la possibilité de ce discernement. Il n*y a plus d'art de discerner les anciens diplômes vrais de ceux qui ne le sont pas, si tous ceux qui paraissent anciens sont faut , s il est impossible de les distinguer des véritablos, si -le succès de cet art doit se borner uniquement aux diplômes motiernes. Le vice du $]y'stcme s«»phistic(ue du P. Germon se manifeste donc ju$«|ue dans le Utrc de sou livre «
lettres ou le contour des caractères, dans l'ensemble de l'écriture, on remarque une certaine gradation et dégradation qui se fait sentir de siècle en siècle , et qui sert beaucoup à déterminer celui auquel chaque siècle appartient. Difficilement en trourera-ton aucun dont les écritures ne présentent des rapports de conformité , qui ne peuvent manquer de frapper les personnes attentives. Ces rapports ne s'aperçoivent pas seulement dans récriture de toute une nation, ni, qui plus est, de différents peuples, ou'une langue savante ou matrice unit m^gré la diversité des idiomes et des dialectes qui les divisent, mais encore dans l'écriture des royaumes, distingués par des langues absolument disparates. Par exemple, qu'on com- {)are, siècle pour siècle, l'écriture latine avec a grecque ( on pourrait en dire autant de la syriaque et de plusieurs autres), et l'on sera saisi des rapports qui s'y manifestent ; rapports de génie , de tours et de traits ; rapports de majesté, de hardiesse et d'élégance ; rapports d'abréviations trop multipliées , rapports de goût déprave, de dépérissement, de décadence : n'^doutons pas et de renouvellement , car 1 oppression sous laquelle f;émissent les Grecs depuis trois siècles ne eur a pas permis de prendre beaucouf) de part au rétablissement des beaux arts, ni de réformer en mieux leur écriture, qui avait dégénéré considérablement de son ancienne beauté lorsqu'ils tombèrent sous la domination des Musulmans. On dirait donc que les écritures des différents peuples d'un même siècle ont entre elles des rapports qu'on ne reconnaît plus, lorsqu'on les compare avec celles des siècles antérieurs et postérieurs ; quoique ceux-ci ressemblent également aux siècles qui leur répondent. Mais il faut toujours se souvenir au'il s'agit de rapports en grand, et qui résultent d'une certaine totalité entre deux écritures, dont la plupart des lettres sont très-différentes; on doit encore moins s'attendre à trouver un rapport parfait, un rapport de ressemblance de traits, de forme, de figure.
Les caractères fussent-ils les mêmes , de la diversité des nations naîtrait une diversité d'écriture. Ainsi, malgré cette espèce d'uniformité qui distingue si bien l'écriture d'un siècle d'avec celle d'un autre , on découvre entre l'écriture latine du même temps, lorsqu'elle est employée par divers peuples, une différence qui fait rendre aisément à chaque nation ce qui lui appartient. Pour peu qu'on ait d'usage de ces écritures^ on dira du premier coup d'œil : Celle-ci est
(6?9) Si Ton prétendait ne lui rien laisser passer de répréliensibic, il faudrait entreprendre un ouvrage en forme et d*une longue étendue. H est vrai qu il a été plus que sulTisamment réfuté par dom Mabilion„ dom Ruinart, dom Constant, Fontanini, Maranta, Montcrchio, Lazarini, etc. Mais il serait h souhaiter que leurs écrits, d'ailleurs trop rares, ne fusseul pas seulement en latin.
(6i0) Discept. 2, p. 56.
(m) i6fV<.,p. 55,57.
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DICTIONNAIRE DE PALEOGItAPUlE, ETC.
française, colbe-là italLonne, cette antre anglaise, cette quatrième allemande y etc. De mdme on discerne encore aujourd'hui , parmi les manuscrits grecs, ceux qui furent écrits en Sicile , en Egypte ou en Chypre, d'arec ceux de Constantinople et des environs ; queicfue de part et d'autre Vantiquîté soit la même (6^2).
Les rapports de conformité et de disparité se réunissent donc ici : conformité dans l'écriture de la même nation pendant un ou
f/èH) Les caractères des roanuscrks grecs de Chypre et d'Egypte ont des rapports sensibles avec récriture cophtê, et se distinguant par là, du premier puup (l'œil, d'avec les autres manuscrits grecs» Quoique récriture de Sicile comparée à celle de Cons*^ tantinopie semble moins étrangère, et que le P. de ftf ontfaucou n'ait point paru s'apercevoir de leur différence, la seule bibliothèque de Saiiit-Germain-des- Prés nous offre entre elles des dissembhinces assez remarquables.
(6^5) Oq est surpris de vcâr ua aussi bon esprit
Sue Joseph Pcrez» bénédictiR d'Espagne (a), traiter argument faible celui qu'on tire de la forme du caractère, sous prétexte que diverses mains ont cha- Cime leur façon d'écrire. Mais, quand il ajoute que ces écritures sont autant différenciées entre elles qu'elles le sont des gothiques et des lombardiques, notre professeur de Salamancfue parle en docteur qui s^est plus exercé dan^ le raisonnement que dans la comparaison des ma Bières d'écrire de chaque siède. Uire que nos écriivres courantes ne diflèrent pas moins entre eUes que de celle, par exemple, du XI u' siècle» la proposition n'est pas plus réflécliie, que si l'on prétentdaît que toutes les chartes origi* nales des xi* et xir siècles ont été écrites de la même inain, quoique tirées d'archives de divers pays fort éloignés les uns des autres. Quelques-uns ne sont pas moins frappés de Tuniformité qui règne dans récriture de «ees siôclos, que Dom Perez l'était de celle dissemblance qu'on remarque entre tes mauières d'éerire de différentes personnes. Daus le vrai, l'unifoi'milé d'écriture d'un siècle n'exclut pas les diiléreuces des mains, ni celles-ci cette uniformité qui caractérise le siècle. Pour bien sentir l'unité d'écriture qui lui est propre, il faut l'avoir, pour 9insi dire, exprimée de la différence qui le distingue des autres, par une comparaison suivie des caractères de tous les siècles. U ne parait pas que notre bénédictin v ait jamais pensé.
Sa seconde raisonsiippose une éeriHire particulière à chaque siècle, e( par conséquent qu'il est possible de discerner. Un faussaire^ à l'entendre, voulant fat^riquer un diplôme , s'il n'était tout à fait imbécile, ne manquerait pas de prendre pour modèle quelque pièce du siècle auquel il voudrait fixer son iinpos- Vnre. Quelle nécessité de chercher des modèles antiques, si les écritures de diverses mains n'ont pas pfus de ressemblance entre elles qu'elles n'en ont avec les gothiques et les lombardiques? Du reste, la
Î^récautie» de se munir d'un modèle ue peut a>oir ieu que par rapport à des imposteurs modernes. A .poinc, avant deux cents ans, quelqu'un avait-il réfléchi s:ir la distinction des écritures des siècles* D'ailleurs, de l'aveu des pjus violents adversaires des archives, tes anciens imposteurs étaient fort ignorants et donnaient dans des bévues grossières qui doivent tout d'un coup les démasquer.
Mais, dit Perez, j'ai vu quelques privilèges de la sincérité desquels il m'est aussi impossible de douter que de la vérité du jour en plein midi. Ces pri-
plusieurs siècles, malgré les changements qu'elles éprouvent; conformité dans les écri* tures des différentes nations du même temps> malgré la diversité des goûts qui les distinguent et qui répandent sur presque tout ce qui vient d'elles un certain air de pérégrinité qui leur est propre, et que l'étranger saisit réciproquement. Ces rapports *de ressemblance et de disparité, voilà le fonds inépuisable (ùk3) sur lequel ceux qui aspirent à la gloire de devenir habiles dans la connais-
viléges représentent au naturel récriture Hîi siècle des empereurs du nom de Henri, telle que le P. Pa*
Sebroc l'a publiée dans son Propylœum; et cepenaiit ils la précèdent de plus de deux cents ans. J'en ai lu d'autres du même &ge, qui ne diffèrent pas moins de ces derniers entre eux que ceux de notre temps des uns et des autres.
Quand il se trouverait deux ou trois siècles en particulier oà se maintiendrait sans altération un ceriain genre d'écriture, eu pourrait-on conclure qu^il n'existe aucun moyen pour discerner la manière d'écrire des autres, ni même celle de ces siècles, qu'on reconnaît être fort différentes d'un certain can ractère oui leur est commun? Qu'il y ait plusieurs sortes d'ccrituies du même siècle, cela ne met pas un obstacle insurmontable à la détermination de leur âge. Tous les siècles ont pu en avoir de différentes façons qui ne laisseront pas de les caractériser. On ne s'y méprendra pas plus que dans la distinction de notre écriture d'avec celle des temps antérieurs. liCS deux ou trois siècles de suite dont récriture a
{)aru la même au savant professeur espagnol , sont e ix% le X' et le xi*. Leur minuscule 9e ressemble, sans doute, et quelques chartes ont été données en cft caractère propre aux manuscrits. Les mêmes siècles usaient d écritures cursives très différentes de celle-ci. Qu^on ait de la peine h fixer leur minuseule, s'en suivra-t-il que leur cursive ne fournira nulle ressource propre à en faire découvrir l'âge? D*ailleurs, quoique leur minuscule paraisse assez semblable dû premier coup d'œil, eu l'examinant de plus près, on peut y saisir bien des difiéreiices que i'eochatnement des parties de notre ouvrage ne nous permet pas d'exposer maintenant. Il nous suffit ici d'avoir montré le peu de solidité des prétentions de Perez et de quelques autres écrivains. Personne n*â eu de meilleures intentions que lui. Il n'en voulait réellement qu'à l'abus. Mais ce n'est pas une bonne manière de la combattre que de donner dansTexccs contraire.
Le P. Germon (h) avait des vues bien différentes de celles de Perez. Pour prouver la faiblesse de largumeni tiré de l'écriture des actes et des souscriptions, il allègue qu'il y a eu des faussaires qui poti<vaient imiter toute sorte d'écriture, et qu^il n^'est personne qui puisse aujourd'hui reconnaître la main des rois et des notaires royaux des vu*, viii* et ix* siècles.
Sa première preuve n*est qu'un paralogisme. Des faussaires ont pu imiter toutes sortes d^ritures : donc ofî i^e peut pas en faire le discernemeni! Des pièces imitées et des titres originaux sont-ils une même chose? Est-il impossible d'y saisir quelque différence? Personne, suivant sa seconde preuve* n'est aujourd'iiul capable de vérifler les signatures des rois, faites au vu* siècle. Cependant le P. Germon (c) prétend démontrer la fausseté de deux diplômes ou roi Thiem , ou du moins les rendre suspccls, par la confi'ontalion de ses sipiaturca. Une contradiction si manifeste fait bien voir que le
(ai Disurtatiftnes KeeU^asl'cœ ; 1688, p. SS3, 95i. {b) Discepi. 1,p. 43, il, 45.
<r) !bié,, p. 183.
PALEOGRAPHIE.
sancc des anciennes écritures doivent principalement se former. C*est de le qu*ils doi* vent partir et qu'ils tireront les plus grands secours pour la vérification des titres. S'ils sont fermes sur leurs principes, et s'ils ne les perdent pas de vue au besoin, il sera comme impossible de leur en imposer par des pièces récentes données pour antiques, avec quelque art qu'elles soient fabriquées (644).
III. vartatton^ décadence^ transmutation^ renouvellement d'écritures^ sources de lumières pour en bien juger. Petites notices endossées sur les chartes peuvent contribuera découvrir leur dje, leur vérité ou leur supposition. — C'est principalement dans l'exacte eontiaissance des déclins des diverses sortes d'écritures, des degrés par lesquels elles sont arrivées soit au plus haut point de leur perfection, soit au dernier période de la barbarie, et des époques de leurs plus insignes changements, que consiste l'habileté d'un antiquaire. C'est
f)ar là quilfail placer chaque pièce et dans a classe, et dans le siècle, qui lui convient. Comme les écritures du môme âge ont d'ordinaire des rapports de ressemblance trèsmarqués, celles des différents temps en ont de dissemblance qui ne le sont pas moins. Les écritures ne changent pourtant pas, quant à leurs rapports essentiels, d'une année à l'autre, ni avec une promptitude égale
censeor de 1>. Mabillon n*était pas fort délicat sur les moyens qu^il employait contre son adversaire; que le pour et le contre lui était égal; quand il sV ffissait de faire des. objections : ou que n'ayant rien de lié ni de suivi dans son système; une contradiction grossière avec lui-même ne suQisait pas pour réveiller sa mémoire sur des propositions incompatibles avec celles quMl avait avancées. Quant au dëlail de ta confrontation de deux signatures, dont il remplit trois pages entières, rien de plus faux, rien de plus frivole. Mais, pour en faire actuellement la preuve , il faudrait se jeter dans des discussions qui trouveront ailleurs une place plus convenable.
(644) Qu*on soumette ces prétendus anciens di-
ÏiMmes an jugement d'un antiquaire moins proond, moins exercé, jnais judicieux : si les précautîoDS et rbabileté de Timposteur le font hésiter sur la réprobation de quelques chartes fausses, elles ne laisseront pas de lui paraître suspectes, il ne les tiendra pas pour indubitables. Au contraire, présentez-lui des titres vrais, quoique*coofondus avec des pièces supposées, il ne balancera presque jamais à décider en leur faveur. Peu s'en faudrait que ee moyen seul ne fût infaillible, si Ton pouvait toujours être assuré que la pièce en question n'aurait pas été forgée au temps même auquel il ne serait pas douteux que tous ces caractères ne dussent la fixer. Si ceux qui ont la réputation d*étre connaisseurs se trompent quekfuefois , c'est la faute de Tbomme, et nullement celle de l'art. Une science n'en est pas moins fondée sur des principes oertûns, parce que ceux qui passent pour y exceller pèchent quelquefois contre eux. Cette seule réflexion fait toml)er toutes les objections, qu'on prétend (a) tirer de la dissertation préliminaire de Cbristopne Pfaflias, Sur l'abrégé diss InsHtuiions divines de Lactance, et des écrits du P. du Moulinet, dianoine régulier.
11 est des siècles dont un liabile antiquaire pour-
en divers lieux. L*anciennc manière se sôiitient pendant une durée plus considérable dans certaines provinces que dans d'autres. La même contrée voit sa jeunesse donner 'à son écriture un nouveau tour, tandis que les anciens conservent celui qu'ils avaient appris dans leur enfance. Enfin, parmi les particuliers, les uns retiennent les anciens caractères, et les autres s'en écartent plus ou moins. Les changements d'écriture ne soilt pas si rapides que les modes, et cependant on voit encore des personnes s'attacner à la vieille mode longtemps après qu'elle est surannée. Il est donc nécessaire de supposer un espace de temps assez long, comme d'un demi-siècle, d'un siècle (645j, et quelquefois même de deux, pour établir une règle qui ne soit pas sujette à de fréquentes exceptions. Au jLiiVj on pourrait se contenter d'un demi-siècle, et de moins encore, parce qijie les changements y sont plus remarquables et se suivent de plus près qu'en aucun autre. Ces précautions présupposées, on peut assurer que les écritures des divers siècles montrent des diiférences si setisibles, que la plus légère connaissance des chartes et des manuscrits suffit presque toujours pour en faire le discernement. Il n'est pas plus difficile, à qui les caractères propres de chaque siècle sont présents, de ne pas prendre, pai exemple, l'écriture du xin* pour celle du xi*
rait, du moins par rapport à certains pays, discerner les écritures de vingt en vingt années, tandis qu'il en est d'autres où il ne hasarderait pas de se renfermer dans une étendue plus étroite que de cent ans : s'il n'*^ était déterminé par des circonstanices fort différentes du caractère des lettres, de la forme du parchemin et de -la- couleur He l'encre. En geiïre de- manuscrits beaucotrp plus qiie'de chartes, tout ce qui précède le ix* siècle, quand 41 est dépourvu de dates, a fait jusqu*ici la croix des ainciquaires : parce que les temps antérieurs ne leur ont pas assez fourni de pièces de comparaison, p^our résoudre aisément toutes les difficultés. Ils seraient bien plus embarrassés sur les suivants, si la multitude des pièces ne sauvait les variations sans nombre qui s*y remarquent. Il n*y a point de monuments qu'on examine avec plus'de rigueur que ceux des premiers siècles. H semble, toutefois, que tant d'actes qui ont péri par l'injure du temps ne pouvant plus venir a l'appui de ceux qu'il a épargnée, on devrait à l'égard, des derniers, user d'un peu plus d'indulgence. C'est une justice que les tribunaux ne refusent pas à ceux à qui des accidents funestes ont fait perdre la meilleure partie de lears titres. Mais les mouuments pour lesquels nous réclamoiis n'ont pas l)esoin de grâce. Ils n'appréhendent rien de réquité la plus inw*xible.
(645) On se voit ici forcé d'écarter «ne chicano, dans laquelle ont donné certains écrivains, sur Tarticle de Guillaume le Conquérant. En moins devinât et même de dix années, supposant différents siècles, ils argumentent des uns aux autres : comme si, quand on parle des usages d'un siècle, on n*eiiten&it pas l'espace de cent ans ; ou que, quand on part d'une année du xi« siècle prêt à finir, on pouvait remplir tonte l'idée -et toute rétendue d'un siècle en moins d'une vingtaine ou d'une dizaine d'années. Qui ne voit qu'an doit en reprendre autant sur le siècle suivant, qu'il en iunt iiour rendre à peu près complet celui qui le précède?
(a) GcuoR., De vêler. fjtœretici$ coi. c$rrupt., 1. n, parle n, p I3i el sern-, 43S et se^q
OU du XT% <iuli un homme tant soit peu lettré de distinguer le grec du latin.
Si Ton en excepte les testaments» depuis trois ou quatre siècles, la plupart des chartes ne sont écrites que d'un côté; leur dos, demeuré vide, parait ordinairement chargé d'écritures de divers siècles. Elles contiennent tantôt le précis de ces pièces, tantôt le nom de leurs auteurs, des personnes à oui elles ont été accordées, et des lieux qu'elles concernent; tantôt elles présentent toutes ces choses à la fois, plus ou moins répétées, suivant le goût des siècles et des propriétaires qui en ont fait usage. Un imposteur pourrait aisément ne pas porter son attention sur de si minces objets; mais quand ils ne lui échapperaient pas, et qu'if aurait d'ailleurs pris des mesures assez justes pour imiter de près l'encre et l'écriture du siècle auquel il prétendrait rapporter sa charte, il cx)urrait risque de ne pas saisir avec tant de justesse le goût, le tour, l'encre et les traits de ceux avec lesquels doivent cadrer ces petites notices. A moins que de lui supposer, dans le plus haut degré, une étendue et une précision de connaissance des écritures particulières à chaque ftge (Qualités qu'il n'était presque pas possible d acquérir autrefois), il aurait été^ en grand danger d'apposer, sur le dos des pièces de sa façon, des caractères trop vieux ou trop récents. Dans le premier cas, l'imposture devenait manifeste; dans le second, on était sur les voies de la découvrir. A la vue de notes de trop fraîche date (646), relativement à l'antiquité, il était naturel d'être sur ses gardes, de tout examiner avec une attention nouvelle, et de multiplier les précautions. En un mot, ces seuls petits sommaires, quand il s'agit de discerner entre de vrais et de faux titres, seraient suffisants pour fournir aux connaisseurs le moyen de faire souvent des coups de maître. De ces notions générales, {tassons à des applications particulières.
IV. Les barbares^ devenus maîtres des provinces romaines de f Occident ^ en (adoptèrent récriture ; les rapports et la diversité de leurs caractères et de ceux des Romains en prouvent la certitude et la sincérité, — Les écritures capitales n'ont point encore rencontré de sceptique qui ait osé révoquer en doute leur existence ; mais les cursives, et surtout celles
((116) n ne s'agit pas ici de ces éliquctles ou notices modernes, faites pour mettre en ordre des ehartriers, quoiqu'un antiquaire y doive aussi faire quelque attention. Il peut arriver que le dos d'anciens diplômes soit totalement dépourvu de ces petites nouces, ou qu'il n'en porte que de très-récentes. Ce défaut n'est pas un moyen suffisant d'une suspicion légitime, s il est seul. Mais le contraire om« un caractère favorable, pourvu qu'il soit assorti à la date du diplôme.
(647) Le marquis Mafiéi dans son Histoire dipto-
nuuique (a) se fait fort de prouver cette vérité par
des principes aussi évidents que le sont i^ux qu'em-
f ploie la géométrie. Nous avions été frappés d'une
évidence presque égale, avant que d'avoir lu aucun
(a)Paï.ll5.
(6) Âittdmado. m anliquH. etrusc. /Vrr^m.^p. 45 e( seqq.
qu'on connaît sous les noms des peuples barbares gui ruinèrent l'empire romain, ont été depuis un demi-siècle exposées à do rudes assauts. Les Hardouin et les Germon ont trouvé bien plus court de les décrier toutes comme des inventions de faussaires, que d'attaquer en particulier chaque manuscrit, chaque diplôme écrits en ces caractères. Comme jusqu à leur temps on s'était plus appliqué à faire sentir la différence que la conformité des écritures italo-gothiques , franco-galliques, visigothiques , lombiBrdiques, saxonnes, ils tn prirent occasion d'à* vancer ou d'insinuer qu'elles sont de purs artifices de l'imposture, et de supposer qu elles n'ont jamais été employées par les rois ni les peuples de qui elles portent les noms, ou du moins qu'il n'en reste plus de monuments non suspects; imagination dont nous développerons bientôt les absurdités, et dont le ridicule se fait sentir dès qu on remonte à l'origine des choses 1 Alors on reconnaît que toutes ces écritures ont leur source dans la romaine (647). Cette unique écriture prit diverses formes, ou pour mieux dire certains airs étrangers, surtout depuis qu'elle fut adoptée par les Francs, les (toths, les Saxons et les Lombards. La différence de ces écritures n'est pas plus grande que celle qu'on remarque aujourd'hui entre la française, l'allemande et l'anglaise. A la périgrinité près, on trouverait des disparités autant ou
I)lus considérables entre nos lettres itaiennes, bâtardes, rondes et financières. On en demeurera convaincu pour peu qu'on se donne la peine de comparer les diplômes du même siècle, mérovingiens, saxons, romains, lombardiques, et qu'ensuite on continue d'observer de siècle en siècle les rapports que ces pièces ont ensemble. On peut commencer par la charte de Ravenue, imprimée dans le Supplément de la Diptomatxque , 9i de là passer aux plus anciens diplômes mérovingiens et lombardiques; on peut même s'aider de certains manuscrits anciens en écriture cursive romaine. Tel est, your le dire en passant, lé Josèphe de l'interprétation de Rufin, conservé dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan (6tô). On fera connaître dans la suite bien d'autres manuscrits et diplômes dont on pourrait tirer le même avantage et de plus grands encore.
de ses ouvrages, et même sans savoir qu'il eût écrit sur ce sujet. La seule inspection des écritai^es de la Diplomatique du P. Mabillon nous en avait tait nattre ridée, et nous nous serions crus les auteurs de cette découverte, si quelques livres, qui nous tombèrent depuis entre les mams, ne nous avaient détrompés. Mafféi n'est pourtant pas le premier oui ait jelé les fondements de ce système. AUatius (6) cite des auteurs qui prétendaient que les Romains avaient une écriture courante. Or , ce point une fois admis , l'unité d'écriture cursive chez les peuples, dont le latin est la langue savante, ne peut manquer d^étre reconnue.
(6tô) Quelques auteurs lui donnent près de quatorze cents ans. Mais dom Mabillon (c) secontente*de
{€) Mus, itaiie.t 1. 1, p. tS.
PALEOUilAPHIE.