‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 69 sur 136 · SIS · texte numérisé non relu

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y. Diplômes mérovingiens eidombar digues^ tous fabriqués par des imposteurs: supposi^ tion impossible; travaux a Hercule renouvelés par les prétendus faussaires , selon le P. Hardouin , jpour ruiner les anciens monuments français , lombards^ espagnols. — Cornment donc a-t-on pu représenter ces écritures comme de miséraoles productions de faussaires (649i) , qui cherchaient à donner

far là plus de relief à leurs impostures ? eu s*en faut qu*on ne prononce le même arrêt contre l'écriture Caroline. Mais si Ton n'ose plus s*en e&pliquer aussi ouvertement dans la seconde dissertation (650) qu'on l'avait fait dans la première (651)|, ce n'est que pour ne pas trop révol ter , par la proscription d'une infinité de diplômes , répandus dans les archives de France , d'Aile-

le placer vers le temps de reiiii>ereur Justinîen. Gela ira pas empoché quelques écrivains (a) de le supposef écrit eu caractères lombard iques. C'est-à-dire, que cette écriture aurait été employée en Italie avant Finvasiou des Lombards : preuve qu'elle est foDcièrement romaine.

Quelqu*un niera peut-être que récriture courante soit si ancienne, sous prétexte que d'habiles auteurs semblent la regarder comme une proiiuction monstrueuse des barbares qui inondèrent Tempire romain. Hais on ne voit pas que ces peuples aient jamais rien innové en fait de beaux arts ou de sciences. Us reçurent la plupart des usages romains, sans y rien changer. Et s'ils contribuèrent beaucoup a la décadence des arts , ce fut plutôt par le peu d'estime qu'ils en firent que par les nouveautés auxquelles ils se portèrent. D'ailleurs , dans les premiers temps de la domination des Francs , des Goths , des Wisigoths et des Lombards, les actes continuaient d'être dressés, non par des Itarbarcs, qui ne savaient ordinairement ni lire ni écrire, mais par des Romains d'origine, par des hommes qui, du moins naturalisés parmi eux, étaient également exercés dans leur langue et dans leur écriture. Or, ces Romains ou barbares de naissance ne se servirent, dans' les actes , que de récriture propre du pays qu'ils habitaient. On trouve des pièces semblables, mais purement ro-

en cursivc d'un âge plus reculé. Nous parlons d ori-

§înal sur papier d'Egypte ou sur parchemin. Il est es monuments de marbre , de verre et de terre cuite, d'une plus, haute antiquité où la cursive. paraît. On y remarque non-seulement des. lettres, mais des mots et des lignes même en ce caractère. Quelques-uns portent des dates précises des cmniDenceroents du iv* siècle. Ni leur écriture, ni celle des actes du v«, n*a rien qui sente une nouvelle iuvealion. On reconnaît, au contraire, que plusieurs siècles suffiraient h peine pour lui donner cette hardiesse et cette fierté qu'elle montre, par la multiplicité de ses liaisons, et par sa différence énorme avec la capitale. Autrefois on ne connaissait point d'écriture lapidaire différente de la belle capitale, qui remontât jusqu'au i" siècle. Mais des découvertes postérieures attestent qu'on faisait en même temps usage de caractères qu'on ne peut confondre

(a) kvLxt.^Anhaado,, n. xii.

ib) K. FuRTANmi Fi^Ktic., p. 92, et Allât Anhnadv., p- 46.

ic) Uém. de FAcad. desinseri]^., t. IX, p. 320. {d) V«»y(a la réfttiaiioB de ce dangereux sysK'mc dans

magne et d'f lalie. En effet , malgré cette modération affectée , on n'en tire aucun de ta classe de ces titres suspects, que nulle pièce ' de comparaison ne saurait remettre en honneur. C'est-à-dire qu'on traite d'archives privées et sans autorité, non-seulement celles des communautés de clercs et de moines , quoique l'antiquité les regardât, comme autant de dépôts sacrés ; mais encore celle des évoques et du Pa])e même. Autrement ferait-on envisager comme impossible la vérification des diplômes lombardiques et mérovingiens (652)? Nous avons examiné dans le volume précédent l'autorité des archives; contentons-nous de développer ici les absurdités dans lesquelles on s'engage , en livrant à la fourberie toutes les anciennes écritures diplomatiques (653).

avec elle. Dom Bernard de Montfaucon, dans sa Dissertation sur la plante appelée papyrus (c), observe, au sujet de la cursive grecque, que i les premiers livres que nous trouvons en lettres courantes et liées sont de la (in de Basile le Macédonien. » Hais il avoue en même temps < qu^on peut répondre à cela, qu*à la vérité le caractère courant n'était pas encoi'e en usage pour les livres, mais qu'il Tétait bour les tachygraphes, pour les notaires et poQr les secrétaires des empereurs, non-seulement de Constantin Copronyme, mais encore dans des temps bien plus anciens. » Il ne faut donc pas conclure, de ce qu'on ne trouve point certains monuments d'un tel siècle, qu'il n'en existait pas alors de semblables; encore moins traiter de faux ceux qu'on pourrait rencontrer dans la suite. Au reste, nous connaissons de la cursive Rrccque antérieure au moins de quatre ou cinq siècles au viii*.

(649) Germon discept. 1, p. 59 et seqq. ; dîscept. 2, p. 51, 52, 65 et seqq.

(650) Discept. 2, p. 74.

651) Discept. 1, p. 18.

652) Ibid., D. 41, 42; disceçt. 2, p. 71.

[655) Le P. Germon savait mieux cacher sa marche que le P. Pardouin. Le premier, si vous l'écoutez, n'en veut qu'à des règles trop léffèremest hasardées, n attaque, nous dit-il, des diplômes barbares, dont les vices se manifestent, malgré l'obscurité des temps qui semblaient les dérober à la critique. Il se réduira même à les faire passer pour suspects : tant il se contente de peu de chose. Le second, %,vl contraire, n'épargne rien : il cherche à renverser tout ce qui se présente devant lui. Version desLXX, conciles, saints Pères, bréviaires, missels, auteurs profanes, bulles des Papes, diplômes de rois, d'empereurs, chartes privées, monuments de quelque nature que ce soit : on dirait que tout va tomber sous ses coups redoublés (d). D*un seul, il croit détruire tous les diplômes de nos rois antérieurs à Pépin. Pour les livrer à l'imposture, il n*a besoin que de cette règle. Tous les diplômes des rois de France, dans lesquels ils prennent pour titre rots des Français ont été forgés, depuis l'an 1320. Quœcunque demum monumenta reges Francorum commémorant ante Pippinum, ûcta ea scriptave oost annum Christi 1520 noveris (e). Quand cette règle ne serait pas également applicable aux diplômes de la seconde et troisième race, il attaque en détail tous ceux (|ui lui tombent sous la main, jusqu'au règne de Phibppe^^ Et depuis cette époque, jusqu'au xv* siècle,

le nouveau Dictinmaire de GiauCTepié, à rortic/e Earn douin, i. Il, p. 36, 37.

(f ) Ms. de la BibltoL du roi, 6216. A. Jo. IUmDu:m Opéra varia; Amstetoaaml, 1733, p. 950.

DIGTIOiNNÀlRrË DE P^iiLKOGRAPHIE , ETC.

^ft

La plaisawlo chimère de se figurer quo tdes imposteOTS les auraient inventées exprès , pour se donner le plaisir de fsibriquer une multitude infinie de fawx «titres , dont rinutilité panfaite sera démontrée 1 Mais • combien ee plaisir leur aurait-il coulé chertl Quels travaux insurmontables ne fallait-il pas essuyer pour attirer à des mensonges stériles d'autant plus de vénération que les caractères avec lesquels ils seraient exprimés s'écarteraient aavantage de i^écrilure commune 1 Gomment pouvoir observer tout à la fois, avec un tour naturel et d'une main hardie, cette unité et cette diversité de caractères , cette conformité et cette différence d'écritures, dans tousieufs de^és respectifs , dans toutes leurs espèces, dans toute leur durée? Comment, dans chaque genre d'écriture , pouvoir soutenir, sans se démentir jamais, cette uniformité (jui la constitue, qui la détermine , qui n'en fait qu'un tout, qui la réduit à l'unité, et cette diversité qui la distingue , nous ne disons pas seulement du caractère général des antres nations du même siècle, mais de celui des différents peuples de tous les âges et de tous les temps ? Ce n'est encore nen en comparaison de la difficulté de

les chartes auxquelles il fait grâce sont si rares, qu'à peine sur dix mille en sauve-t-îl une seule.

, Celle fa^Teur ne s'accorde cuèrc qu*à celles qui ont eu le bonbeHr de passer des arcuives monastiques à ceUes de son collège. Mais, comme cet asile ne s^stpoint enrichi des dépouilles de rilalle, leroyauroe des Lombards passera pour une chimère aussi mal concertée, que si Ton prétendait nous donner, une salle de rois Picanls. Jamais roi des Lombards n'exista. Tarn ficium arbilramur regnum Longobardorum quant eê$etPi€ardorum;quantumvisinmuliù monumentis ac prw$ertim diplomalibus Cariuê vel Carolus rex Francorum dicaiur et Longobardorwn..^. rex nuUu$ fuit (a). Point de monument sincère en Espagneavant ranll08(&). Les noms mêmes des rois d'bspagne (c) sonl presque lous faux. Toute cliartc, loui monument qui porte la date de Vère est évidem-

. ment supposé (d). Elle ne fut forgée au plus tel qu'en 1240. Mais depuis iâ44il se peul faire que quelque

' instrument en soit daté. Les preuves alléguées de tant de paradoxes sonl si ridicules, ou si plaisantes, qu'on ne pourrait s'empêcher d'en rire ou d'en avoir pitié. Mais ce détail nous écarterait trop. Â peine même' daignerions-nous remuer les cendres d*un auteur si singulier, si nous n'en voyions renaître en divers pays des écrivains, qui ne craignent pas d'adopter la totalité ou du moins diilérentcs portions

.de ses. égarements (e). Ne pourrait-on pas mettre de ce nombre un P. Abarca, Jésuite espagnol, quoique nous ne le connaissions que par les journaux de ses confrères, et par VHistùire d'Espagne de d'Hermilly? i Un privilège est tenu pour bon, dit-il (/) , un autre est rejeté : il y en a peu qu'on ne conteste, et la plupàiit doivent l'être, ou plutôt ils sont PRESQUE TOUS indignes de fournir matière à la dispute, i De l'aveu des Jésuites de France, selon l'Espagnol, c'en est donc fait des lois et du maintien du bon ordre. Car, disent ceux-ci, èam les aV" thivei^ que deviennent tes /ois, les ordonnances^ les règlements et généralement tout ce qui concerne le

(a) Ms, p. 187 et seqq., edit., p. 601.

(b) Ms., p. 35i.

(c) Ibid,, p. 55t et seqq.

{4) ffr/<f.,p.359,360

réunir tous ces rapports de ressemblance» nial^é la différence des traits d'une in&iité de mains , qui ont dressé ces actes. Car, sans parler des manuscrits, le nombre des dipl6- -mes écrits en lettres romaines (65^), lombardiques,. mérovingiennes et saxonnes est fort -grand ; tous les jojore on en découvre de nouveaux. Hais combien les signatures tn'ajoutent^elles pas encore de nouvelles sortes d'écritures particulières., subordonnées à la générale, sans qu'on y fouisse apercevoir un seul trait qui trahisse es prétendus fourbes et qui découvre le siècle postérieur, où Ton fait entendre ' qu'ils ont tra/vaillé 1 Depuis quand le mensonge s'iaccorde-t-^il si bien avec lui^néme ? Les Chartres sans nombre qui suivent immédiatement les mérovingiennes, et qui ont un rapport nécessaire avec elles , mettent le comme à l'impossibilité de leur supposition. Pour qu'on pût réaliser ce fantôme, il eût donc fallu d'abord que les imposteurs eussent formé une légion entière. Sans cela ils n'auraient pu suiiire à représenter tant d'écritures et de souscriptions toutes également hardies, naturelles et diyersifiées. 11 eût encore fallu que cette troupe innombrable fût devenue invisible. C est l'unique

maintien du bon ordre dans un Etat ? (g)

(654) Quoiqu'on puisse compt'er les actes, diplômes et manuscrits en cursive romaine, ou qui ren- ' ferment certaines portions de cette écriture ; leur nombre n'est pourtant pas aussi borné qu'on le * pourrait croire : et quelques-uns même sonl d'une étendue très-considérable. La France, l'Allemagne et l'Italie en montrent plusieurs. Les caractères lom • bardiques, saxons, et surtout les mérovinsiens, ont avec elle des rapports de ressemblance tres-inlimes et très-multiplies. On ne pourrait assez s'étonner qu'elle eût péri tout d'un coup, si l'on ne la retrouvait, dans les écritures wisigothique, lombardique et saxonne, et dans la gallicane et la mérovingienne, plus qu'en aucune autre. Comment donc supposer, que tous les diplômes mérovingiens sont fabriqués, sans porter le môme jugement des actes romains? 'Faudra-l-jl donc encore sacrifler aux prétcntious des Hardouin et des Germon ces précieux restes de la jurisprudence romaine, que les savants ne regardent qu'avec respect, que les Papes, les empereurs, les rois et les républiques recbercbent avec empres- . sèment, et conservent comme des trésors dont la perte serait irréj^arable? Mais si l'on ne peut se refuser à la sincérité de ces écritures romaines, com *ment pourra-t-on réprouver celles qui en sont émanées, et dont elles prouvent la nécessité? Serait-il possible que, sans aucun milieu, on fût passe tout 'a*un coup d'une écriture semblable à ceUe de la charte de pleine sécurité, à des écritures cursives, telles Que celles qu'on employaH aux xii*et xui* siècles? Quand môme on réparerait pleinement l'honneur de l'écriture Caroline, auquel on a donné tant d'atteintes, combien riniervalle entre elle et la romaine ne paraitrait-il pas énorme? Retrancher les écritures mérovingiennes et lombardi<iues, c'est rompre une des principales chaînes qui nous unit à Tantiquilé. C'est môme, sans y penser, prêter les armes les plus dangereuses à Tirréligiou.

{€) V. les Observ. tur les écrits mdem., i. IIV, p. (/) Préface tiir le tome IV de VHist. dTKsp., n. 4. ig) Mém. de Trév., fcvr. 1716, p. 285.

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PALEOGRAPHIE.

moyen de. rendre raison, pourquoi pas un seul des historiens n'en aurait dit un mot. I) eût follu, en dernier lieu, que toutes les opérations de ces &iseurs de uiplômes mérovingiensi lombardiques e» saxons, fussent demeurées cachées. SanscNtt bientôt on se serait aperçu des ravages qu'ils auraient eausés dans la société, par la multiplication de leurs faux titres répandus de tous côtés , et par la destruction des véritables auxquels ils auraient fait une guerre si cruelle, (ju'il n'en serait pas échappé un seul. Or de la, quelles sources de procès 1 quels troubles dans les familles I Quelle confusion dans es états I Et cependant l'histoire ne nous aurait pas conservé le plus léger souvenir d'un bouleversement si universel! Nul monument, nul acte n'en aurait transmis la mémoire aux siècles suivants I

Mais comment cette fameuse société de faussaires, cette cohorte du P. Hardouin, si nombreuse et si répandue, après avoir impunément changé la face de la religion , des lettres et de la jurisprudence, après avoir dominé dans toute 1 Europe pendant les xiu* et XIV* siècles, aura-t-elle tout d'un COUD disparu.au xv'î Ces siècles ténébreux, où le goût scolastique et une philosophie barbare donnèrent le coup mortel à l'étude de l'antiquité, étaient- ils bien propres à fournir une multitude d'hommes, qui doivent avoir réuni des connaissances très-vas^ les pour inventer de nouveaux caractères « recueillir nne infinité de formules, et pour fabriquer un nombre jprodigieux de monuments et d'actes, qui n'ont nul rapport ni eux mœurs ni au génie de ces bas temps ? Il faut convenir quim aussi savant homme, que le P. Hardomn, était né pour enfanter bien des chimères.

L'écriture cursive mérovingienne passe

(655) Jamais on ne vit de fabrlcateurs d'actes se concerter ensemble, si ce n'est pour le service d'un grand seigneur, pour quelque affaire unique (a). Qu^on suppose néanmoins pareille société, appliquée à fabriquer une multitude prodigieuse et d actes et de manuscrits sur des sujets aussi peu relatifs les uns aux autres, que le sont les monuments lombardiques et mérovingiens. Qu'ils soient convenus de se forger une ou plusieurs écritures à part, pour les faire remonter à tels siècles, qu'il leur aura plu, ou par toat antre motif, qu'on trouvera bon aimaginer. Chacune de ces écritures ne rompra point la chaîne de celles de tous les siècles. Les manuscrits et les diplômes forcés feront corps âi part. Soit que nous partions de Fempire romain ou du règne de Louis XY , nous suivrons tous les degrés des écritures actuellement subsistantes, romaines, gallica* lies, mérovingiennes, carolines, capétiennes, gothiques, renouvelées. A côté de la mérovinfjienne et de la Caroline, nous verrons marcher la visigothique, la loffibardique et la saxonne. Êffalemeut sorties de la romaine, eUes seront collatérales à la francoHiaU llque, et se réuniront avec elle dans la Caroline. Hais les écritures supposées ne naîtront du tronc, ni comme branches principales, ni comme collatérales. Plus <m les dira anciennes, plus elles paraîtront étrangères et dissemblables à celles dont rantiqdité

pour avoir été perfectionnée par les soins de Cbarlemagne. Du moins les changements qu'elle éprouva donnèrent-ils naissance à un nouveau genre d'écriture. Le fait est si certain qu'on n'ose le contester. Mais quoi donc! perfectionne ou altère-t-on un genre d'écriture, qui n'existe pas encore ou qui n'est qu'une invention ténébreuse d'imposteurs, plus modernes de quatre siècles?

L'écriture réformée sous Charlemagne, quelle qu'elle pût être, existait donc sans lui; et celle qui fut renouvelée de son temps est donc la même qu'on retrouve dans les diplômes du ix* siècle. Or, récriture avec laquelle elle a un rapport immédiat et nécessaire est la mérovingienne. On voit même du premier coup d'œil qu elle en tire son origine. Les premières écritures carolines no diffèrent presque pas des dernières mérovingiennes. Lasincérité des plus anciens diplômes dépend de celle des suivants. D'âge en âge, on remarque une gradation d'écritures, dont les rapports croissent ou décroissent, à proportion qu'elles se rapprochent ou qu'eues s'éloignent. Elles nous convainquent par leurs relations non interrompues, que leurs auteurs n'ont i)as été d'assez mauvaise foi, pour vouloir nous en imposer (655) ; et quand bien même ils auraient voulu le faire, le grand nombre de pièces qu'ils nous auraient transmises ne leur eût pas permis de soutenir avec assez de iustesse et de précision les caractères d'uniformité et de diversité , pour venir à bout do nous faire prendre des impostures pour des monuments respectables. La fourberie se^ décèle toujours par quelque endroit.

VL Inconsiqumceg de» lettres des médail^ les à récriture courante^ et de la feuMseté de quelques chartes à leur totalité. — Pour étayer par des faits imposants un svstème

n'est pas douteuse. Rien qui les précède, rien qui les suive, rien à quoi elles tiennent : nulle époque, nulle durée de temps, où elles puissent naturellement se placer. En un mot dles seront isolées de toute autre écriture. Outrelles du rapport avec quelqu'une? Ce sera avec celle du siècle, dont elles sont véritablement, quoique leurs dates les portent bien plus baut. Yeut-on lés lier ^ des temps précis? Les

Ê laces, qu'on leur destinera, se trouveront prises. Iles ne pourront les occuper, qu'aux dépens des véritables, de celles oui ont la possession : et l'on ne pourra retrancher les dernières, sans jeter dans une confusion étrange les autres, auxquelles on ne

S rétend pas donner atteinte. Dès lors tous les canaux e communication avec les siècles précédents et suivants seront coupés : leurs rapports les plus essentiels, la connexité de toutes leurs pardes disparaîtront. Supposons la fabrication des nouvelles écritures de beaucoup postérieure au siècle auquel on se propose de les attacher, elles n*auront avec lui nulle analogie, nul rapport de conformité : encore moins avec celui qui ie précède, et très-peu avec celui qui le suit. (Ten est plus oull n'en faut pour les convaincre d'imposture.

Tout le contraire arrivera, si Ton accuse de supposition de» corps ou des genres entiers d'écritures vendables^ Les déclarer fausses , c'est laisser un vide

à) V, r BUl.de Bobert éTArt^ éÈia , es Kém. de CAcaa. des isncrip., 6dit. dV^, L Xll, p. 409 et tulv.}t lY, 573 et suW.

Diction ïv^ de Paléographie, etc.

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DICTIONNAIRE b£ P.VLEOGRÂPHIE . ETG

imaginaire, on appelle à son secours Tanneau de Childéric I" (656), les médailles de nos anciens rois et les manuscrits mêmes. Tous ces monuments, dit-on, attestent qu'on ne se servait point alors d'écritures mérovingiennes, puisque la seule écriture romaine s'y montre constamment. Sans nous amuser à faire remarquer combien cette prétendue écriture romaine est altérée, à montrer que les auteurs, qui ont publié des ouvrages sur les monnaies de nos rois des deux premières races, ont fait toucher au doigt la différence de leurs caractères d'avec ceux des Romains, et que Bouteroue a même dressé des alphabets sur les anciennes médailles et inscriptions françaises, qui prouvent jusqu'à quel point les lettres romaines avaient dégénéré, depuis qu'elles eurent été employées par nos ancélres; sans nous arrêter à faire valoir toutes ces réponses, quelles conséquences légitimes peut-on tirer des lettres gravées ou moulées à l'écriture courante? ^e sont-ce pas deux genres de caractères totalement disparates? Ya-t-il aujourd'hui bien du rapport entre nos lettres capitales et notre écriture financière? Pourquoi veuton donc qu'il v en ait davantage entre les lettres propres aes monnaies ou des inscriptions de nos premiers rois et l'écriture courante de leurs diplômes? Ce n'est que par le sophisme le plus grossier qu'on cherche

Affreux dans la suite des monuments, qui les perpélueiU de siècle en siècle. C'est en rompre la chaîne, ci nous réduire à rimpossibLlité d'en renouer le fil. Cette mérovingienne, qu'on veut sacrifier à la fraude, s'allie parfaitement avec les écritures antérieures et postérieures. Placez -la depuis le vi" siècle, vous lui trouverez tous les caractères de vérité. Elle produira le même effet qu'un morceau d'écriture défacile de milieu d'une page, puis replacé à l'endroit même qu'il occupait. Tout se rapportera justemeni à ce qui procède, et à ce qui suit.. Biais les faussaires modernes, qu'on suppose l'avoir fabriquée, purentils réformer leur main, au point de se faire une écriture, qui ne fût point la romaine, mais ^ni semblât en être sortie ; qui ne fût point la Caroline, mais âui parût lui avoir donné naissance; qui, distinguée e ia visigothique, de la lombardique, de la saxonne, pût aisément les reconnaître pour soeurs ; qui, depuis son commencement jusqu'à sa fin» tendit sans cesse, mais par des déclins insensibles à sa transformation en une autre sorte d'écriture, sans néanmoins se rapprocher jamais de celle du xiv* siècle, auquel on l'a fabriquée. Si la mérovingienne, la lombardique, la visigothique, la saxonne, sont des écribres faites à plaisir, qu'on nous montre celles qui doivent les remplacer, depuis la romaine jusqu'il la Caroline. Mais s'il est impossible d'en produire aucune autre, qui ait eu cours alors, dans les dipl^ mes de France, d'Espagne, d'Allemagne, d'Italie, qu'on avoue qu'elles firent autrefois en usage dans tous ces royaumes. En effet, pourquoi la romaine subsisterai t-eltc sur des matières aussi fragiles que les papiers d'Egypte , tandis que d'antres plus récentes n'auraient pu se conserver sur des matières aussi durables, que les dîpt6mes de parchemin et lt% manuscrits mêmes, dont toutes les parties semblent faites pour concourir à leur conservation réciproque?

(65o) Geemon , discept, I , p. 51 , 52 et seqq.

(657) Fontanini (a) ne lit qu'avec étonnement celle

. {û) 7Mk difd.,l t, c. 8, p. 9).

à confondre des notions si distinctes. Il en faut dire autant par rapport aux manuscrits , (][ttoiqu'on ne laisse pas d'en rencontrer, plusieurs en caractères mérovingiens, lomoai^ diques , visigothiaues et saxons , et un plus grand nombre ou ces lettres sont mêlées avec les romaines.

On nous demande des preuves de Tusage de l'écriture mérovingienne en France (657], et de la lombardique en Italie. Mais comme les faits parlent trop haut, et que le nombre des diplômes de ces anciens temps forment une réponse trop péremptoire, voici comment on s'y prend pour s'en débarrasser. On exige que leur autorité soit mise à l'écart , sous prétexte qu'ils ont pu être forgés bien des siècles après les rois mérovin^ens et lombards , sur le modèle de cette écriture suranée, qu'on a coutume de leur attribuer (658).

Mais si les faussaires ont imité de vieilles écritures, celles qu'ils ont employées n'étaient donc pas de leur invention. Si l'on pousse la contradiction jusqu'à soutenir qu'elles en étaient, sans nous permettre de constater leur antiquité par les monuments gui sub* sistent , c est nous imposer des conditions si iniques au'on ne saurait les admettre qu'en ouvrant ta porte aux paradoxes les plus monstrueux* Ne pourrait-on pas par ce moyen désarmer quiconque entreprendrait de cona*

proposition du P. Germon : // est inceriatM ai /Vcriture mérovingienne a véritablement jamais été emplettes dans les diplômes et les instruments juridiques (o). Hais, sans nous prévaloir de tant de diplômes mérovingiens en formes d*ordunnances et de Jugements rapportés par domMabillonetdomBouquet, de tant de chartes d échange, de donation, de testa* ment , pièces toutes juridiques par leur nature ; sans nous arrêter aux chartes ecclésiastiques, toujours, quoiqu'à tort, plus en butte que les autres, produiaons-en une tres-mérovingienne de Cbildebert Ifl, de Tan 7ii. Elle n'intéresse en rien aucune église ni monastère. On ne peut pas même prouver qu^elle ait été tirée d*ancune archive ecclésiastique. Nous sommes probablement les premiers qui Tayons déchiffrée; et c'est sur notre copie que dom Bouquet (r) Ta donnée au public. L'original s'est trouré dans.4e cabinet de Maximilien de Béthune, duc de SuUy, ministre de Hrari IV, et maintenant il se conserve dans celui du prince d'Henricbemont. Le modèle, que nous en avons fait tirer avec l'exactitude la plus scrupuleuse, sera l'un dés plus précieux ornements de notre ouvrage. La barbarie du stvle, qui y règne depuis le commencement jusqu'à la fin, égale» si elle ne surpasse, celle de tous les diplômes oue dom Mablllon a mis au jour. C'est assurément une j^èce juridique, s'il en fut jamais. Toutes les formes judiciaires y sont observées. L'affaire se traite au tribunal même du prince : les parties v comparaissent, les titres à la main : lecture en est faite : les intéressés.prèCent interrogatoire. Il s'agit d'un contrat de vente : on examine si toutes les formalités y ont été

Sardées suivant les lois. Ce n'est qu*après toutes ces iscussions, de favis des grands, et sur le rapport du comte du |)aUis ou plutôt de cehil qui en fatsati les fonctions, que l'arrêt déûnitif est prononcé. Qvi' peui^n souhaiter de plus juridique et de moinf suspect?

(658) Gervoic., discent. I, p. 53, 54, eO

{b) Diacept. 1 , p. 5?.

{c\ Xon^SllI p. 676,

PALIÎ.OGRAPHIE.

5Sttf

battre le pyrrhonisme historique? Prouvez lui, dirait-on, que vos prétendus saints Pères et vos auteurs profanes n'ont pas été fabriqués par une troupe d'imposteurs ; mais gardez-tous bien de vous appuyer sur l'autorité de leurs manuscrits, ni sur l'antiquité de leurs caractères (659). Ce sont ces manuscrits mêmes et ces caractères, que nous soutenons avoir été imaginés sur de plus anciens, par les faussaires du xiii* siècle, pour donner plus de poids à leurs mensonges. De peur donc que ces témoins incor ruptibles ne déposent contre nous, nous les récusons tous sans exception. Par une reçu sation générale , fermer la bouche à tous les» témoins qu'on a produits et qu'on pouvait produire, c'est a la vérité une ressource merveilleuse pour le crime. Mais, afin d faire voir que nous ne récusons pas ces témoins sans bonnes raisons, nous en alléguerons deux -.l'antiquité apparente de ces monuments, et le nombre des imposteurs qui ont supposé de fausses pièces (660). Tels sont les grands motifs qui nous 'rendent plus que suspects les anciens manuscrits. Telles sont aussi les preuves qu'on emploie ici contre les diplômes, écrits en caractères mérovingiens ou lombardiques. Ils sont faux ou du moins suspects , parce qu'il en est de supposés où ces écritures sont mises en usage, et qu'ils ont un air trop antique et trop vénérable.

On aperçoit ici le sophisme et Ife paralogisme tout à la fois , la conclusion du particulier au général et du soupçon téméraire à la certitude du crime. Il est des chartes fausses, donc nul diplôme ne mérite créance. Un tel parait trop homme de bien, donc c'est un impie. N'est-ce pas Ih ouvrir la porte au pyrrbonisme historique le plus décidé? N'est-ce pas Iftcher la bride à toute la malignité du cœur humain ?

VII. Lécriture d'un ou de deux siècles bien constatée., on peut de là remonter avec certitude aux plus anciens monuments du même genre. Impossibilité d^une parfaite imitation des anciens titres^ ou que des pièces fausses de nouvelle fabrique et données pour trèsantiques ne soient pas reconnues par éChabiles antiquaires, attentifs à suivre leurs principes. — Mais quand la conclusion du particulier au général serait légitime; quand il s'ensuivrait, de la fausseté de quelques pièces, que toutes celles qu'on présenterait seraient suspectes et sans autorité ; quand tous les dehors de la vertu devraient passer poar la conviction du crime; il n'y aurait encore nulle conséquence à dire : Les diplômes lombardiques et mérovingiens sont faux ou suspects : donc ceux qui portent les

j[659) Ce n'est point ici de ces suppositions en Fair, ott*oii faut valoir pour décréditer Topinion d*oQ adversaire. Le P. Germon n'ignorait pas Qu'elles ne se fussent bien sérieusement réalisées, dans k léle duP.Hardouin, qui du cété de Téruditlon n'eut peut-être ]^int d'égal dans sa compagnie. Plus adroit et moins impétueux que son confrère, si le P. Germon visait au même out, c^était en s'enveloppanl, eu ne laissant apercevoir qu'une partie de ses prn-

mêmes caractères d'éciiiure n'ont pas l'antiquité qu'ils font paraî:re. Car, en remontant de siècle en siècle, on démontrerait avec autant de certitude, que telle écriture apartient au vu* ou viii' siècle-, qu'il serait aisé de discerner et de tixer celle du xvr, du XVII" et du xviii% ou de passer aux caractères du xv% en commençant par ceux de notre temps. Or, qui oserait révoquer en doute qu'on puisse distinguer des écritures si récentes? On ne saurait le nier sans soutenir, nous ne dirons pas que les anciennes écritures des bibliothèques et des archives sont sorties des mains d une pernicieuse cabale des XIII' et XIV* siècles; mais que tous les I manuscrits et tout ce que* renferment les archives du monde entier sont l'ouvrage d'une multitude innombrable de faussaires, répandus daiis tous les lieux , dans tous les temps, et maîtres absolus de tous les dépôts, soit publics, soit particuliers, aussi bien que de tous les manuscrits de l'univers, sans que jamais personne en ait entendu parler pendant près de dix-sept siècles.

Si pareille proposition révolte le sens commun, on ne disconviendra f as que, parmi les écritures qui précédèrent la notre, il no s'en présente de non suspectes qui peuvent servir de règle et de modèle. Or, jourvu qu'il soit accordé un point, d'où Ton |:uisse partir, avec un ou deux siècles qu'on puisse comparer ensemble (chose que le P. Hardouin, tout P. Hardouin qu'il est, n'ose nier], on s'élèvera sans peine, par une continuité de degrés insensibles, jusqu'aux plus anciens monuments. Comme il n'est pas possible qu'une infinité de suites non interrompues de toutes sortes de médailles, de manuscrits et de diplômes de tous les siècles, forment autant d'assemblages do pièces fausses, il ne l'est pas non plus, gu'un enchaînement de toutes les espèces d écritures, alfectées à chacun de ces genres, écri* tures qui se touchent et se prêtent, pour ainsi dire, la main, dont les rapports généraux sont marqués et faciles à saisir, dont les variations immédiates et de proche en proche sont si légères , qu'elles ne sauraient sûrement être aperçues qu'autant qu'on laisse d'intervalle entre les extrémités qui doivent contraster : non, il n'est pas possible que des variétés si constantes , si délicates, si multipliées, jointes à des rapports de ressemblance, qui marchent toujours à côté, soient l'ouvrage de la réflexion, de l'artifice et de l'imposture. On ne le peut dire, sans se précipiter dans les systèmes les plus extravagants. Les connaisseurs sentent parfaitement la force de cette démonstration. Ceux même qui ne le sont pas, en

jets, en déguisant ce qui aurait révolté tout le monde contre ce système. Mais quand il vit celui du P. Hardouin solennellement proscrit par sa société , pour lors il ne pensa plus qu'à séparer sa propre cause de celle de cet autre Jésuite. C'est sans doute ce qui l'a porté à nous le (a) peindre sous des couleurs si vives et avec des traits si ressemblants. (660) Germon, discept. % p. 3, 4.

{a) De veter. hœreL, parte iv, cap. t, p. 860, 861. F. notre oremier volume, p. 8.

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seraient aisément frappés, si quelqu'un leur faisait remarquer, sur une suite d'anciens et de nouveaux titres, les rapports, les proçrès, les variations, qui se manifestent de siècle en siècle, dans les écritures, et qui ne périr) ettent pas de les confondre. Soit en remontant de la nôtre à la mérovingienne, soit en descendant de la mérovingienne à la nôtre, il sera donc facile d'assigner autant de points fixes qu'il y a de siècles qui les séparent, et de sortes d'écritures qui les caractérisent. Or ces points une fois bien connus et bien constatés, rien n'empêche d'envisager de là ce nombre prodigieux de rapports de conformité et d'opposition, qui feraient le désespoir des faussaires , s'ils étaient assez habiles, pour sentir la difficulté de les ex- -primer, et qui les trahiront infailliblement aux yeux des connaisseurs, s'ils ne la sentent point. Ainsi la seule inspection d'une charte peu justifier, par roi>servation ou l'inobservation de tous ou de la plupart de ces rapports, qu'elle a ou qu'eue n'a pas été forgée dans des siècles postérieurs à sa date. Or,';combien cette épreuve sera-t-elle plus forte,' pour constater que la totalité des diplômes lombardiques et mérovingiens n'a pu être fabriquée par des faussaires du bas ou au moyen Age, avec toutes les circonstances et les rapports qui caractérisent ces pièces. Donc leur antiquité, loin d*être un titre de suspicion, est pour eux un caractère d'autant plus favorable qu'il est moins conforme au bon sens, de nous avoir conservé, . depuis tant de siècles, une foule de monuments faux, è l'exclusion des véritables; et au'il est d'ailleurs d'une si grande difficulté e forger aujourd'hui des diplômes revêtus de toutes les qualités qui distinguent les mérovingiens, qu'on pourrait donner un défi solennel aux plus habiles fabricateurs, d'en imposer par de semblables titres, aux personnes consommées dans la connaissance de ces sortes d'antiquités.

Pour achever de confondre les prétentions de ceux qui veulent faire regarder romme supposées les écritures mérovingiennes et lombardiques , nous pourrions ajouter quelques textes d'auteurs des x* et xi* siècles, qui rendent témoignage à leur antiquité, de ' même qu'à la difficulté qu'on trouvait dès lors à les lire. Nous pourrions encore insister sur les manuscrits de France et d'Italie, dans lesquels ces caractères barbares sont employés. Mais comme ce sont des raisons et des autorités, -qui seront développées ailleurs, il doit nous sufire ici d'y renvoyer.

VIII. Discernement des anciennes écritures^ non ' seulement possible^ mais réel. Grand nombre éC anciens originaux fabriqués et conservés néanmoins depuis bien des siècles, supposition sans vraisemblance. — Enfin, après bien des suppositions en l'air, on s'humanise jusqu'à ne plus nier que l'écriture mérovingienne n'ait eu cours sous les descendants de Clovis. Mais c'est assez, dit-on.

qu'elle ait eu dea imitateurs parmi les faussaires, pour qu'elle soit désormais inutile au discernement de vrais et faux diplômes (661]. Ne semble-t-il pas, que rendre avec une aisance inimitable des traits, que les plus habiles ne lisent pas sans peine et sans étude, soit pure bagatelle pour des imposteurs, dont on n'a jamais prouvé la supériorité de savoir et de génie sur leurs contemporains. Mais ces faussaires si privilégiés avaient-ils sous la main du papier d'Egypte? Pourraiton justifier par de bonnes preuves, après avoir constaté l'existence de ces imposteurs, qu'ils avaient le secret d'imiter, avec la dernière perfection, le parchemin et l'encre de onze et douze cents ans, les caractères de vétusté et de dépérissement, et totftes les es-

{lèces d'accidents et d'infortunes, qu'une ongue suite de siècles peut causer à d'anciens titres ? Combien a'autres difficultés à dévorer pour eux du côté des sceaux et des formules I

Qu'on cesse donc de demander aux Habillons mêmes quelle expérience ils ont accniise pour juger des diplômes mérovingiens (662);

au'on ne rebatte plus qu'ils n'eu ont vu que e faux ou de suspects, et couséquemment d'insuffisants, pour servir de règle de vérité. Le P. Germon est forcé de reconnaître (663)

3ue des hommes, qui ont un grand usage es chartes véritables, telles que celles qui sont renfermées dans le trésor royal et autres dépôts publics, peuvent s'être formé un goût de discernement, qui ne leur permette pas de confondre les vraies et fausses chartes. On peut donc, à plus forte raison, par un grand usage, acquérir un goût des différentes écritures, qui fasse qu'on discenie sûrement leurs Âges, quand on suit pas à pas la méthode de remonter des plus récentes aux plus anciennes. Ainsi prononce-t-on avec assurance sur l'antiquité des méiiailles, des inscriptions, des manuscrits! Si les seuls caractères suffisent ordinairement pour ne s'y pas méprendre , combien auront-ils plus de succès pour fixer le siècle des diplftines l Il est en effet incomparablement pins difficile de contrefaire récriture de ces derniers que celle des médailles. Rien de plus aisé que de prêter à celles-ci un air antique, oui en impose au vulgaire et non pas aux baîhiies

f;ens. Mais l'antiquité de l'écriture une fois >ien connue, on est assuré qu'elle n'est point l'ouvrage de faussaires des siècles postérieurs, parce qu'il ne leur a pas été possible d'en imiter d'un air aisé tous les traits, d'en représenter au naturel tous les careictères, d'en réunir tous les rapports; rapports qui, comme on Ta fait voir, ne sauraient être tous saisis , en spéculation, que par des hommes cousommés dans l'étude des archives , quoique, dans la praticj^e» ils ne

imssent pas eux-mêmes les exprimer paràitement.

Reste donc à savoir si telle écriture a été supposée par des contemporains. Or* com*

(66t) Germon, discepl. 2, p. 51, 92.

6(>2) IM., p. 71 et s«qq. .

(665) ibia., p. 73. 75.

PAIJIOGIUPJIIE.

ipaaâment les c-rconstances de la pièce prouvent qu'elle n'a pu être fabriquée dans des temps si reculés. Car, si dès lors on l'eût forgée, c'eût été ou pour la produire, ou pour la tenir cachée. Produite, elle eût été certainement reconnue pour fausse, et couséquemmejit supprimée. Elle visait, on le suppose, à dépouiller les légitimes possesseurs de leurs biens. Or, les auraient-ils abandonnés, ou les en aurait-on chassés sur le vu d'une pièce de fraîche date, dont personne n'était témoin, dont qui que ce fût n'avait entendu parler? Tenue cachée, elle demeurait inutile. Or on ne se porte point à commettre des crimes de cette espèce, sans en espérer quelque avantage. Nemo gratis prœtumitur esse malus,

fX. Les vrais principes du discernement des pièces mis à quartier ^ les autres ou rendus suspects ou insuffisants ; on fait tomber dans le décri tous les monuments de Tantiquité. Objection répondue. Dépôts publics^ où ion a qhssé des pièces fausses. — C'est donc confondre les idées, et resserrer la Diplomatique dans des bornes trop étroites, que de la réduire à ju^er des chartes de chaque siècle sur celles qui auraient été constamment renfermées dans les dépôts publics. Eh! pourquoi veut-on l'assujettir à cette loi? Ne serait-ce point parce que les plus anciennes archives publiques nont que cinq à six cents an$? Ainsi tous les diplômes des siècles antérieurs demeureraient suspects et inutiles. Qui empêcherait après cela qu'on n'en dit autant des manuscrits, des inscriptions, des médailles, et que parla l'on ne répandît un pyrrhonisme affreux sur toute l'antiquité? Il y a plus, jiombre de dépôts publics n'ont-ils jamais admis (664), sans examen juridique, des pièces tirées d'archives particulières? Dans la plupart l'introduction de feux titres, résolue par l'intérêt, obtenue à prix d'argent, consommée par la corruption de ceux à qui 1&. garde en était conQée, est-elle moins pro-

(661) Des auteurs estimés voot bien plus loin que Dous. Ils nomment les dépôts publics où Ton a fait eniror de fausses pièces, c Nous savons , dit Ménard (a), oue ceux à qui on remit la garde des archives du Roi, à Nîmes, ainsi que ceux qui avaient fiotn de celles des autres sénéchaussées de Languedoc, en firent un très^firand abus pour de Fargent, soit en y jetant des actes faux, soit en supprimant les véritables, selon que le demandaient les desseins et les vues de ceux qui les faisaient agir. Ce qui obligea le roi Louis XlV , vers la fin du dernier siède, d'owlonner que les titres de toutes ces archives seraient remis dans un dépôt général à Montpellier, et d*en confier la garde au procureur général de la Chambre des comptes; de sorte. qu*U ' ne serait pas extraordinaire de rencontrer dans ce dépôt, quelques pièces fausses et supposées. Mais il sera toujours facile d'en faire le discernement par fes caractères de la vérité ou de la supposition, que Tusage et la connaissance des anciennes chartes ne manquent |>as de faire :^percevoir. > Le savant académicien cite en marge VEtat de la France , par M. de BottlainvilHers, t. H, p. 557. Muratori soutient fortement (6), qu*il n'est au monde nul dépôt

(m) N(4n mr Chfsl. de Hime».^ L I« p. tOi. (t) Àntii vit. UiU; t. IIJ, ditsen. Si, cul. tO.

bable que la supposition de quelques actes renfermés parmi ceux des communautés ecclésiastiques séculières et régulières f665}? Par conséquent^ à s'en tenir a la manière de raisonner des auteurs que nous réfutons, voilà les archives publiques et particulières également devenues suspectes. 11 ne restera donc nulles pièces, qui puissent servir désormais au discernement du vrai et du faux. tes onze à douze premiers siècles n'en fourniront point. On fait profession de n'y reconnaître nul diplôme exempt de toute suspicion. Les suivants ne seront pas plus privilégiés : leurs actes sont sujets aux nirêmes inconvénients. En effet, où est Timpossibilité morale qu'un titre soit faux, quoique sorti d'un dépôt public? Or, dès là, qui pourra douter de son insuffisance, pour constater la vérité d'une autre pièce devenue suspecte? S'il y a des actes faux dans les archives publiques, le lieu oïl ils sont déposés ne leur imprime donc pas, selon les principes de nos adversaires, un caractère de vérité si infaillible, qu'ils puissent servir et de règle et de preuve aux autres. Leur vérité, comme celle des chartes particulières, doit donc principalement résulter des carao- U-res extérieurs et intérieurs propres de chaque pièce. Ils ne peuvent emprunter que des présomptions du lieu où ils sont garaés. Mais, comme les ennemis de l'antiquité refusent de s'en rapporter aux caractères avantageux ou désavantageux, qui naissent du fond d'un titre et de ses marques extérieures d'authenticité, toute certitude en fait de diplômes est anéantie. A leur avis, on n'a point d'autre voie, pour prononcer sur la vérité ou la fausseté de ces monuments, que l'autorité publique, résidente dans ses archives, ou l'expérience d'un habile antiquaire (666). Or, suivant leurs principes, celle-là se trouve incertaine, et celle-ci n'est d'aucune ressource, qu'autant qu'elle est appuyée sur la première. On ne peut donc

d*actes, où Ton n*en trouve qui no sont point marqués au coin de la vérité. Hearn, <(ul publia en 1722, à Oxford, la Chronique sincère d"tc9sse de Jean For^ dun, observe que les ennemis des rois d'Ecosse de la race des Stuarts, et surtout les Lancastres, ont malicieusement inséré dans les rôles beaucoup de choses peu conformes à la vérité, et qu^ils ont sup^ posé en la place des actes sincères, des pièces fausses, pour obscurcir les droits de la couronne. 06seirvat {e) éditer oplimorum regum advenarios vafrs multa rotulis inseruisse^ veritati minus eonsona , coque factum esssy ut Fordunus magna ex parte historiam ex rotuiis contexens^ figmentis deceptus fuerit : exempli gratta ^ cum Joannem Roberti Mil nomine postea insianem^ et serenissimœ Stuartorum gentis satorem^ illegitimum Roberti II filium fuis$e contendit. Alios, Lancastrenses in primis^ rotulas genuinasy s»b$tituti$ faUis^ ut jura Corùnœ obscurarent^ abolevisse^ ut nulla adeo fides sit^ $i ex chartis attthenlieis contrarium patescat.

(665) HuRÀTORi Àntiquit. ItaL, t. III, coL 10 et dO.

(666) Germom, diso^t. 2, p. 67 et seqq.

(c) Àcta ertidit. mensis moH an, \7$ï

plus compter sur la certitude des actes dé* posés dans quelques archives que ce puisse être. Quel autre parti prendre après cela que de brûler toutes ces pièces inutiles, ou de leur opposer un doute invincible et général ? Ne suffit-il pas de mettre sous les ^eux du public de pareils systèmes, pour lui en inspirer une juste horreur?

Mais, répli((ue-t-on, qu*un étranger nou*veîlement arrivé des pays lointains vous apporte un instrument fait en sa patrie, et souscrit par le notaire du lieu, y ajouterezyous foi, s*il n*est constaté par le témoignage d*un magistrat, ou de quelque autre personne non suspecte, que Tacte est véritablement signé de la main du notaire, dont il porte le nom (667)? Or, pourquoi ne prendrait-on pas les mêmes précautions contre les diplômes, qui nous ont été transmis des temps tes plus reculés? Est-il plus difficile de prêter une fausse signature a un notaire , qui vivait, il

Îa plus de mille ans, cjue d'en supposer une celui qui habiterait aux extrémités de rEurope ?

1" Transplanter tout d'un coup un étranger dans une région nouvelle, sans lui faire f)rendre aucune de ces sages mesures, qui 'aurait aisément fait connaître par la correspondance des cours respectives, ou par les relations des commerçants, pareille supposition jetterait actuellement dans un plus grand embarras, que n'en pourraient causer tous les diplômes mérovingiejis. En effet, pour faire légaliser le prétendu acte, passé par devant notaire, aux termes de l'objection, notre étranger s'adresse au ma^strat, soit du pays qu'irquitte, soit de celui où il va. Car on ne dit point nettement auquel des deux il doit s'adresser. Dans le premier cas, qui peut répondre que l'attestation n'est pas contrefaite, aussi bien que l'acte, puisqu'il est également porteur de Tune et de l'autre? Dans le second, par quel art le magistrat français a-t-il pu découvrir, par quelle autorité a«t-il pu juger que telle signature était celle d'un notaire (|u il ne connaissait pas? Son expérience a bien pu lui apprendre que véritablement cet acte et ces signatures étaient de main étrangère, hongroise, polonaise» suédoise, etc., mais cette observation ne peut mettre l'acte à l'abri des soupçons légi^ times,s'il n'est accom()agné de circonstances qui en donnent une idée plus favorable. 2^ Quand on demande s'il est plus difficile

Î667> Germon, disccp. 2, p. 68 et seqq. 668) Mafféi (a) cite, d'une part , grand nombre de fausses inscriptions publiées pour véritables par de fameux antiquaires ; et de Tautre , des exemples de quelques -unes estimées*fausses par des critiques célèbres, quoique leur vérit.é se trouve aujounl hui démontrée. On ne serait pas tombé, selon lui, dans tant de méprises, si Ton avait eu un bon art critique pour discerner les vraies et fausses inscrip* tions. Après avoir liàté par ses vœux la composition de cet ouvrage, il avait pris sur lui-même de se charger d'une tâche, dont il se sentait plus capable aue bien d'autres, de s'aci|uitler avec succès. Il en Aait encore occupe, iorsqu'en 1 746 il publia (b) ses

(a) Deie iiMria di Verona Ulu$trattt,\\ib. vu, col. J60.

(b) Praslat , p. xxxi, {c) Ibid. p. czvu.

de contrefaire la signature d'un notaire de mille ans que celle d'un notaire de l'extré^ mité de l'Europe, on tombe dans un paralogisme visible ; car on suppose que l'acte en question vient actuellement d'un pays éloigné. Rien n'empêche donc que, fabriqué par quelque .faussaire , il n'ait été apporte par 1 artisan ou le complice de l'imposture, ici tous les caractères des lieux et des temps ont dû être nécessairement observés par des compatriotes et des contemporains. Là ce n'est ni le faussaire, ni son complice, gui nous présentent le titre ancien. Celui qui le produit Ta reçu de ses ancêtres ou de ses prédécesseurs. En tous cas, il n'a pas été maître de lui donner les caractères des siècles mérovingiens. II ne sera donc pas fort difficile à des connaisseurs de discerner la vérité ou la fausseté de la pièce. La disparité parait donc énorme, et la comparaison»

qu'on débitait avec un air de triomphe , n'a pas même d'application à ce sujet.

Chapître 5. — De< travaux entrepris par les modernes^ pour étendre la connaissance des anciennes écritures. Est-il possible de fixer le siècle des manuscrits et des diplômes^ même avant Charlemagne?

Après que l'empire romain eut rendu les derniers soupirs en Occident, la science dos anciennes écritures cessa, comme on l'a vu, d'être cultivée , ou ne le fut qu'imparfaitement. Deux siècles, depuis le renouvellement des lettres, ont à peine suffi pour former un hQmme capable de la remettre en honneur. Mais les lumières, gu'il répandit sur elle, égalèrent les accroissements de richesses

au'elle avait réellement acquises, au milieu es ténèbres dont elle était couverte, depuis f»lus d'un millier d'années. L'art déjuger do 'Age et du mérite des anciens monuments» et d'en faire la vérification sur des principes clairs et certains , parut donc avec un éclat que l'antiquité n^avait jamais connu. Cette science créée, ou du moins ressuscitée par dom Mabillon,fut reçue avec les plus grands applaudissements. Beaucoup d'auteurs tournèrent de ce côté-là leurs études, ets'attachè* rent à diverses portions de ce vaste champ. De grands hommes ont formé des projets plus étendus pour perfectionner la connaissance des anciennes écritures (668). Si les MoRtfaucon et les Bessel se sont distingués dans cette carrière , d'autres n'ont pas laissé

sigles lapidaires clés Grecs. Aussi , son éditeur le \c) place-t-il à la tête des livres, auxquels le savant marijuis se proposait de mettre incessanimeiii la dernière main. 11 ajoute que ses premiers travau\ en ce genre étaient jusqu'alors demeurés imparfaits, négliges, et» pour ^insi dire, laissés dans roublî par leur propre auteur. Si sea promesses renouvelées ne sont pas encore accomplies, il est fort à soubait ter qu'elles le soient. Du moins jouissons-nous de-^ puis vingt-cinq ans de son histoire diplomatique, qu'il qualifie lui-même d'introduction à son art, attendu du public avec tant d'impatience.

Schelestrate (d) avait conçu le dessein de fixer l'antiquité des manuscrits grecs et latins parla forme

(d) Antiquit. eecies, itlustrata, t II, praefai. ; IStutt., Pf criter. mu,, § t.

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