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l>AlJ!iOGRAPHIE.

d*j courir avec succès. Les livres où» diaprés les originaux, on a publié des modèles d inscriptions, de manuscrits et de chartes, ont utilement contribué aux progrès de cette science, surtout lorsqu'ils ont été accompagnés d'observations capables de lui prêter un nouveau jour. Cependant Trotz, jurisconsulte d'une érudition fort vaste, souhaite encore (669) qu'on donne des règles de critique, par lesquelles on puisse s assurer de Tantiquité, du mérite, du prix des manuscrits et des causes des fiiutes qui s'y sont glissées. 11 voudrait que ceux qui ont accès dans les grandes bibliothèques, examinassent à fond les manuscrits de chaque âge, et qu'ils en dressassent une histoire critique plus exacte. Mabillon, Montfaucon, Brencman et Le Clerc ont, dit-il, déjà traité ce sujet. Néanmoins, continue-t-il , ce qui reste à faire est incroyable, comme le reconnaissent aisément ceux qui manientdes manuscrits. L'exagératien ne nous paratt pas fort outrée. Mais quelques efforts que nous prétendions faire, Cmr pousser plus loin les travaux, nous isserons sans doute beaucoup à faire à ceux qui nous suivront. Maintenant nous nous bornerons à quelques principes généraux, propres à fixer 1 Age des manuscrits. L Distinction aisée des écritures anciennes et modernes. Peut^on en fiœer le siècle ? Ré" panse au marquis Mafféi. — Discerner les écritures anciennes des modernes , rien de

Elus facile, au jugement d'un professeur al- »nand, dont la grande réputation est encore au-dessous du savoir (670j. Bornons-nous à cette unique autorité; l'évidence parle trop haut pour qu'il soit nécessaire de recourir

de leurs caractères; mais sod entreprise n*a pa&eu d*eïéciition. Ou n*en découvrit dans ses papiers que quelques essais trop informes pour que le public en profitât.

'Wanley [Préface itcr les livres septentrionaux tant imprimés que mamucrits) s'offrait, en 1705, de composer, aux dépens du public, une histoire des lettres, dont en tout temps les Grecs, Romains, Goths, AUemanës, Espagnols, Français, Irlandais, Anglo- Normands, se sont servis. Il ne se bornait pas a la description de leurs lettres; il compuit faire représenter, suivant Tordre des siècles et des lieux, les écritares des Grecs, des Romains et des barbares, d''après leurs manuscrits, leurs diplômes et leurs marbres. Th, Hearn, dans sa préface sur la Chronique ou Annales du monastère de Dimstaple, rend témoignaffe aux connaissances qu'avait acquises Wanley du caractère des difiérents Âges, et des anciens manuscrits, principalement de ceux d'Angleterre. Mais il attribue Tinexécution de ce projet à son inconstance autant qu'à ses occupations , sans nous dire si son entreprise fut assez puissamment secondée, pour qu'il osât s'y livrer. C'est, selon les Anglais, une grande perte pour le public. Mais la paléographie peut suspendre nos regrets, par rapport aux écritures grecques ; la Diplomatique , par rapport aux latines, et le catalogue des manuscrits du roi d'Angleterre, par rapport aux saxonnes. Ces dernières auraient apparemment été le fond le plus abondant, où Wanley aurait puisé des morceanx, jiisqtt.^alors inconnus à la plupart des gens de lel* très.

(G69) De prima serib, orig.y p. 501.

(a) Istor. iiplom, p. ii7. ^

aux témoignages. Est-41 un seui nomme« médiocrement versé dans la connaissance de l'antiquité, qui, du premier coup d'œil, ne distingue les inscriptions gothiques des romaines; les manuscrits antérieurs à Cbarlema- Sne de ceux des cinq derniers siècles ; les iplômes mérovingiens de ceux de nos rois . de \a troisième race? Aussi demande-t-on uelque chose de plus. Peut-on, sur le vu es pièces antiques, déterminer avec quel-

3ue certitude le siècle auquel elles ont été ressées ? C'est sans doute ce qu'ont pensé les Mabillon, les Montfaucon, les Baluze, les Constant, les derniers éditeurs des saints Pères. Tous ont rendu compte de l'Age des manuscrits dont ils avaient fait usage. Les . auteurs de l'incomparable Catalogue de la bibliothèque du roi sont aussi attentifs à tixer le siècle des manuscrits dont ils donnent la notice, qu'à ne pas porter trop haut leur antiquité. L'omission de ce point important est regardée comme un grand défaut par l'auteur de la préface (671), mise.à la t^te du Catalogue dé la bibliothèque du roi d'Aur gleterre. Schelestrate et Wanley partaient de cette vérité reconnue, sans quoi leurs projets auraient été presque inutiles. Bianchini, cet auteur d*u ne érudition également judicieuse et profonde, présente ce moyen, nonseulement comme le plus infaillible, mais comme le seul décisif (672). Aussi, dejpuis un demi-siècle, ne croirait-on pas avoir suffisamment fait connaître un manuscrit, si l'on n'en marquait à peu près l'âge (673). Il ne s'est trouvé que le marquis Manéi, qui se soit élevé contre l'unanimité des gens de lettres à cet égard (67i^). C*est, à l'entendre».

(670) Jo. HcvuANNi, Commentar, de re diplom.^

€. 1, § i^, p. 8- (§71) Caslet. The préface, p. vi.

(672) Vindiciœ can. scriptur,, 1. 1, p. i74.

(673) Nous ne mettons point en ligne de compte les préjugés de certains auteurs méprisables ou pjTrhoniens.

(674) Il (a) menace depuis vingt-cinq ans de ruiner cette prétendue erreur, dans son Art critique. Il en veut beaucoup (b) à certains étrangers» qui sur les manuscrits des bibliothèques d'Italie ont écrit' annorum 600, annorum 700, ahnorum 900, comme si Tannée leur avait été connue! Ces étrangers sont donc bien coupables d'avoir fait part à des bibliothécaires italiens des connaissances qu'ils avaient* acquises sur Tâge des manuscrits, ou d'avoir ap^ posé ces notes à leurs sollicitations? Est-ce se donner pour capable de deviner Tannée de la traiiscriplion d'un manuscrit que d'en marquer le siècle? Mais encore, quelles| sont donc les notes audacieuses inscrites sur les manuscrits italiens? Des dates, qui énoncent en général les xir, xi* et ix* siècles, sur lesquels ordinairement il est si facile de se décider, qu'un novice antiquaire ne s'y trompe-* rait pas. Et un homme de la réputation de Mafféi trouve cette décision aussi téméraire, que si Ton avait osé tenter Timpossible! Le très -savant P. Bianchini témoigne au contraire sa reconnaissance aux étrangers, des lumières ^u*ils ont comrouni-

Suées à sa nation, et de ce qu'ils l'ont mise en état 'en répandre à son tour sur une matière si difficile. Nous supprimons les éloges qu'il donne è celte

(A) OpusCnt p. 61, col. l.

DICTIONNAIRE DE PALEOGRâPIIIIî:. ETC.

une erreur, qui de nos jours a prévafù, de juger du siècle des manuscrits par récriture (675) , comme si la même manière d'écrire n'avait pas cours dans plusieurs siècles, ou que dans le même on n*eût pas écrit de diverses façons 1 Cependant tout de suite il donne atteinte à son propre système, cti avouant que jusqu'à la fin du x* siècle la belle majuscule fut en usage dans les manuscrits liturgiques. Ainsi, continue-t-il , on pourra quelquefois former sur ce sujet une décision précise, mais à raison des circonstances particulières. E$t-ce donc que la majuscule est autre chose qu*une espèce d'écriture? Si la cessation de la majuscule au X* siècle m'apprend qu'un manuscrit en ce caractère ne saurait être du xi* siècle ni des suivants, une autr« observation sur telle autre forme de la même écriture ne pourra-t-elle pas m'instruire d'un autre fait nislorique , qui me tirera de l'incertitude, où me laisse le marquis Mafféi? Elle s'étend ici, comme on voit, à l'Age de tous les manuscrits en onciale, antérieurs au xr siècle. Prétend-on, du reste, se décider autrement sur le temps inconnu ou difficile à connaître,

Jue par des faits et des usages , dont on a écouvert la durée? Qu'importe que ce soit l'abolition totale d'une écriture, ou quelque changement survenu dans sa forme, ses traits, ses points, ses abréviations, etc. ?

Mais, réplique notre savant antiquaire, on trouve des diplômes, où parmi des souscriptions faites à la même heure, l'une est en majuscule, l'autre en minuscule, l'autre en cursive : il faudra donc conclure que les mains,, qui les ont tracées, sont de divers

occasion en un autre (a) eodrpit aux éditeurs de la Congrég. de Saint -Maur, et particulièrement aui auteurs de la Diplomatique et de la Paléographie. Ils sont trop magnifiques pour que nous osions les rapporter.

(675) Opusc, eccles.^ p. 60, col. 2.

676) Les pièces auxquelles en a]>pelle MafftU sont visiblement quelques actes synodique.s (b) du IX' siècle. Or, qu'il nous dise Laquelle de la majuscule, de la minuscule ou de la cursive, avait cours à Texclusion des autres? Assurément, jamais antiquaire ne uia qu'elles ne fussent alors toutes les trois également en usage.

^6771 Bist. d'un voyage littàr,, p. I5J.

(678) Un antiquaire médiocre ne tombera jamais dans une erreur aussi considérable , par rapport aux manuscrits postérieurs au viu' siècle. S'il est véritablement habile, il ne courra guère de plus grands risques à Tégard de ceux des trois précédents. En remontant pllis baut, les choses changent de face. On pourrait être excellent antiquaire, et néanmoias croire du v* siècle un manuscrit du iir. Au-dessus du v, le nombre des |>ièces de comparaison est trop petit et trop incertain, pour pouvoir se décider avec quelque assurance sur ce seul rooven. D'un autre côte, les indices ne sont ni assez, multipliés, ni assez déterminés, pour porter un juinsment fixe sur Page de manuscrits si anciens. Peui-ètre qu'à force d'observations combinées, on

Kurra quelque jour arriver au de^é de lumière où . 0 aspire , mais auquel on ne doit pas encore se flatter d'être parvenu. On peut touterois avoir des probabilités très-fortes, qu'un manuscrit sera du iv

(a)jP CCLXXllI, CCLXXIT.

(*) r. Madilloit., Vere diplotn.^ lab. tiif, uv, tv, tni.

siècles et ae différentes nations? Point du tout. Quand ces diplômes furent dressés, un peuple se servait-il de ia majuscule, un autre de la minuscule, un troisième de la cursive? Pourrait-on citer quelque auteur qui eût avancé qu'alors, ou la m^guscule, ou la minuscule, ou la cursive n'existait pas, ou que chacune de ces écritures ne pouvait convenir quà trois siècles distingués (676)? Quand on entreprit de juger de Tiee des manuscrits ou des actes publics par récriture, jamais on ne crut y réussir, en donnant la majuscule à Tun, et la ipinuscule ou la cursive a Tautre ; mais on s*appuya principalement sur la diversité des lormes, que ]>rennent ces caractères, suivant la diversité des siècles. On peut pousser loin ces connaissances par une étude profonde des figu» res des lettres.

II. VimUttiiôn de Vancienne écriture par des copistes aniérieun rend-elle la fixation de Vâçe de plusieurs manuserUs extrêmement difficile? Peut-on assigner le siècle de ceux qui ont plus de fniUe ans? — La difficulté de connaître Tftge des manuscrits ne parait

frande à quelques auteurs , que parce que, leur avis , les écrivains se sont gênés à rendre le caractère des modèles qu'ils avaient à copier. Jordan fait tenir à Hasson un discours peu digne d'un bon antiquaire , tel qu'il le suppose (677), quand, sans autre exception que celle qui regarde les manuscrits du xu' siècle, dont la distinction d'avee les autres lui parait très-aisée , il lui met dans la boudie qu'on peut se tromper de deux cents ans au sujet de leur Age (678). S'il s'en était tenu à réduire le mécompte à

siècle, lorsque les Indices favorables sont sootCDus de quelques traits historiques. Par exemple, les luliens nous donnent le manuscrit des évannles de Verceii, comme écrit de la main de saint Eusèbe. Qs font aisément remonter cette tradition jusqu'au déclin du ix' siècle. Mais l'intervalle, qui reste à franchir de là jusqu'au milieu du iv, est au-<Iesso9 des ressources qu'on peut attendre de ce moyen. Un antiquaire, if est vrai, qui, sur les seuls meœles qu'on en a publiés, hésiterait à le faire au moios remonter au vu' siècle, ne saurait pas son métier. Bientbt on y découvre d'autres indices qui relèvent au VI* siècle, et peut-être même au v*. il reste donc encore cent cinquante ans à remonter, et c*est snr quoi les indices puisés dans l'écriture, et tout ce qui raccompagne, nous laissent dans le doute. Mais un texte de révangile de saint Jean (c), consigné dans le manuscrit de Verceii, annonce le iv* siècle, sinon avec une pleine certitude, du moins avec une trèsgrande vraisemblance. En voici les paroles : Quod natum est de carne^ caro est, quia de CAjtins natux RST ; et quod natum est de spiritn, spiritus est, Qcu

DeUS SPIRITUS EST, ET EX DeO NATUS EST. Tout CC

oui se trouve en teurcs majuscules a disparu de 1 évangile depuis le iv* siècle. Cependant jusqu'alors il se lisait dans les exemplaires d'Afrique et d'Italie. Tertullien (d) le cite en termes formels. Il fut allégué dans le concile de Garthage, tenu Tan 256. Saint Ambroise insiste avec beaucoup de force dans son livre du Saint-Esprit, sur la suppression que les ariens avaient faîte de ces mots : ifuomam Vent Spiritus est. Il leur reproche db les avoir retranches de leurs livres et de ceux de l'Eglise. €'est donc ano

(c) Joan. III. 6.

Ça) De carne Christi^ c. 18.

PALEOGRAPHIE.

cûMluante et mémo quelquefois à cent ans , sa . prétention n'aurait rien d'incompatible avec Pexpérience. Mais, oùa-t^n pris que les anciens copistes imitaient Ja lettre des manuscrits qu'ils étaient chargés de transcrire? C'est une supposition hasardée par Richard Simon; mais ce tro|i hardi critique en a-t-il jamais donné la moindre preuve? Dom Rernard de Montfaucon dit bien (679) qu'aux siècles postérieurs au xr, quelques Grecs tâchèrent de t^enir l'écriture des ix' et X*; mais, ajoute-t-il» tout de suite, les habiles gens s'aperçoivent de la diversité du caractère (680), i)arce que, à la longue, il s'y glisse toujours quelaue chose de nouveau. D'un autre c6té, selon le même auteur, on introduisit alors des genres d'écriture tout à fait différents de l'ancienne, on s'éloigna beaucoup de l'élégance des siècles précédents , on en corrompit la beauté par des traits insolites, arbitraires et diversifiés au

S ré des copistes. Voilà donc les écritures es neuf premiers siècles d'autant mieux distinctes, qu'on n'a pas tenté de les imiter. La difficulté ne commençait donc qu^au IX*. Les manuscrits, où l'on ne s'est point efforcé ae peindre l'ancienne écriture, ne présentent donc aucun emi)arras : et c'est sans doute le plus jgrand nombre. Les autres

marque d^antiquité supérieure à Tentreprise des ariens, de retrouver ces termes essentiels dans les évaiiffiles de Yerceil.

(679) Palœoaraph., 1. iv, c. 6, p. 299.

(680) Dom de Montfaucon donnant la notice (a) du manuscrit grée 121 , de Fabbaye de Saint-Germain des Prés, ârifTan 1545, observe qu'il imite le caradèredu x* siècle. Mais en renvoyant à sa Paléo- ^phie, il fait assez entendre combien cette imitation était imparfaite. Ainsi, quand ce manuscrit de papier de coton ne serait pas daté, un anUnuaire ne te troinjp^eraU jamais sur son ftge, jusqu'à le croire du X* siècle , pourvu qu'on ne suppose pas en cet homme une témérité ^prodigieuse, jointe à Tlgnorance la pUis profende. Cependant, sur Taveu de dom de Montfaucon, au sujet des efforts faits par quelques copistes postérieurs aux ix' et x* siècles, pour en Imiter récriture, de nouveaux Germons eoncluraient, à force de subtilité, que le discernement de rage des manuscrits grecs copiés depuis Tan 800 est impossible. Nais, sans prévenir leurs sopbismes : pour prouver que rimitation des copistes n'erapecbe pas les habiles gens de reconnaître chaciui des neuf derniers siècles, à la différence du earaclére, nous n'avons besoin que d'une épreuve, oè fut mis dom Bernard de Montfaucon lui-même,

Gir rapport à oudques manuscrits. « Le sous-biiolbécaire du Vatican, dit M. de Boze, dans son excellent éloge du savant Bénédictin (6), s'étudia à lui tendre tous les pièges capables de diminuer la bonne opinion qu'on avait de lui. Un jour, entre autres, que dom Bernard était à la bibliothèque avec beaucoup de monde, M. Zacagni, mettant devant lui un manuscrit grec tout ouvert, lui dit avec une politesse affectée : Vou$ éteê trop connuisseur pour ne pmi nous instruire de Vàge de ce numuscritf et nous vouê en prions, Dom Bernard, ayant examiné un moment la page, lui répondit, que le manuscrit avait plus de 700 ans. Vous vous trompez , répliqua alors sèchement le sous-btbliotliécaire , il est d^une bien

a) Bibliolh Cott/fiuoia, p. 19S.

(b^ Hi$i âe Cacadé^n. rounte des tnuirîpt^ t XYI, p. ?i7, S3S.

se décèlent par la fausse imitation, par oes tours d'un goût nouveau , et de temps en temps même par des dates.

Au reste, tout cela ne fait rien aux manuscrits latins. Nous ne voyons pas qu'on ait essayé d'imiter récriture avant le milieu du XV' siècle. A la Renaissance àes lettres, on ût, à la vérité, quelques efforts pour rendre les majuscules des titres et la minuspuie du texte des manuscrits qu'on transcrivait d'après ceux du ix' siècle ; mais on ne tenta peut-être jamais de figurer totalement les livres écrits en onciale. Casley borne les moyens de discerner les manuscrits imités d'avec les anciens au parchemin (681), à la fraîcheur de Fencre, à des défauts d'imitation, qu'il ne spécifie pas (662).

Si Ton écoute Christophe Pfaffius (083), dans son édition de l'épitome des Institua lions divines de Lactance, quand un manuscrit a mille ans, il n'est plus possible d'en déterminer l'âge. Il faut alors se renfermer dans une étendue de quelques siècles. Jusqu'à présent, il ne s'est trouvé personne qui se soit cru capable de donner dos règles sûres pour distinguer le siècle des plus vieux manuscrits. On ne saurait en juger que par conjectures : ce qui, selon lui, n'est qu'une affaire de pur hasard (68^). Qui con-

plus grande antiquité , et le nom de Vempereur Basile le Macédonien^ qui se trouve à la téte^ en fait yb*. — - Voyons^ reprit dom Bernard en souriant, st ce ne serait pas plutôt Basile le Porphiropénète^ qui^ comme vous saveZy est d'un siècle et demi plus bas. On lui montre l'endroit, et dès la seconde ligne il y trouva ces mots : Ex rôc 'Kop^xtpv.ç^ né dans la jfour^re. — Ce soni les Bollandistes^ ajouta M. Zacagni, qui m^ont induit en erreur : passons à quelque autre chose. Ces autres choses ne lui réussirent pas mieux.. Dom Bernard accusa toujours juste, et releva si souvent son captieux émule, que la nombreuse compaj^niCt qu'il avait lui-même assemblée pour être témom de ses succès, en fut honteuse et embarrassée pour lui. >

(681) The préface y p. vu.

(682) Nous pourrions donner bien des exemples de ces défauts d'imitalion ; mais il suffit d'observer qu'on y trouve souvent des acu^nts ou des points sur les i : usage absolument inconnu au jx* siècle. On y voit de vraies réclames, dont à peine pourraiton faire remonter llnvention au commencement du XI* siècle. Des lignes servant à régler l'écriture y sont en crayon noir ou rouge : indice de nouveauté également certain.

(683) Dissert, praslim., § 9.

(684) On n'est pas surpris dé voir le P. Germon embrasser (c) avec chaleur les idées de Pfaffius; on le serait, s il n'enchérissait pas sur elles. Un manuscrit de S.-Ililaire, de la bibliothèaue du roi, sera, selon lui, postérieur à Félix d'Urgel, c'est-à-dire à la fln du vin* siècle ; parce qu'on lui aura donné environ mille ans, et qu'il faut pour son intérêt entendre ces paroles, expliquées d'ailleurs (d) sans équivoque, d'un siècle plus tard et non pas d'un dcmi-siècle plus tard ou plus tét. Mais, comme le poste n'est pas tenable, u se rabat à soutenir quo dom Gouslant n'a point la certitude de son côté, qu'il n'a pour lui que des conjeaures. Le Bénédictin, aa contraire, déclare nettement qu'on peut prononcer

{c) De ve er, hœret,, p. 437 et seqq. (d) Vindiv. veter. co4d., p. «6, 67. ;

jecturera le mieux passera pour le critique le plus propre à discerner Tâge de ces ma* nuscrits, c'est-à-dire qu*au-dessus du tiii* siècle, tout ce qui concerne l'Age des manuscrits n*est qu'une énigme impénétrable, mais qu'on devine» comme on peut, sans principes et sans règles*

Nous prétendons au contraire que, quoique les manuscrits des y*, yi* et yii* siècles soient plus difficiles à reconnaître que ceux des suivants, on a toutefois plusieurs moyens pour en fixer l'Âge. V Parmi ces manuscrits il s'en trouve qui sont munis de notes chronologiques non suspectes. Pfaffius lui-même en tombe d'accord. Par conséquent, on en peut juger avec plus de certitude que si l'on avait des démonstrations uniquement fondées sur le raisonnement. 2r Ces manuscrits datés servent de pièces de comparaison pour juger des autres. Si elles ne suffisent pas toujours pour fixer le jugement qu'on portera de certains manuscrits antiques, elles pourront au moins le diriger. 3" Les monuments lapidaires et métalliques, et les diplômes des mêmes siècles, revêtus de dates, ouvrent une nouvelle source de caractères , applicables au même usage. La voie de comparaison ne se refuse donc pas à la découverte de l'Age des manuscrits extrêmement antiques, non plus que des récents : le plus et le moins en font toute la différence. Copiés depuis neuf cents ans, ils offrent en bien des cas une surabondance de preuves. Avant ce terme, on est borné quelquefois au pur nécessaire; quelquefois même on ne

avec une pleine certitude que des manuscrits sont antérieurs ou postérieurs à tel ou tel siècle ; que sur la seule inspection des manuscrits de Tordre de Ctteaul (a), on ne les jugera pas plus anciens que le xii* siècle, et qu^on le fera sans craindre de se tromper ; qu*on n^hésitera |)as davantage à ne point porter au-dessus de lempire de Chariemagne, la plupart des manuscrits copiés depuis ce monarque ; qu*à la faveur des mêmes principes, il fait remonter, a%'ec la même assurance, le manuscrit de St.-Hilaîre avant le temps de Félix.

Le P. Germon demande à dom Constant sur auelles règles il établit sa certitude : i* Répond celui-ci, combien de connaissances, qu*on acquiert plutôt par Tetpérience que par les règles ! Distin^ue-t-on autrement les méaailles fausses des véritables, les chefs-d*œuvre de peinture de leurs copies? i"* le manuscrit, dont le siècle est en litige, fut écrit hn lettres romaines appelées onciales; 5* tous ses mots semblent n^en faire qu'un, tant ils sontétroitement unis ensemble; A* les distinctions et de points et de virgules n'y paraissent pas. Ces caractères annoncent donc un livre plus ancien que Charlemagne, puisque, ^ suivant Topinion générale de nos critiques, ce prince * introduisit dans les manuscrits les usages contraires. ÏDom Constant, loin de prétendre, comme on le lui faisait avouer à force de sophismes, que le manuscrit en question ne fût que du viif siècle ou tout au plus de la tin du vn", s*appuyait sur une tradition et même sur un fait historique pour en reculer Tàse au delà du règne de Da^obert. Il conjecturait de plus qu'il avaltété transcritsurrautographedeSainiifilaire ou sur un exemplaire copié de son vivant. SMl était permis, après un examen très-exact de ce

(a) Vindi^, veier. codd. ccnfinriM, p. 165 cl seqq. {t)Devetcr.hœret.,p 430.

f)eut atteindre qu*à la plus grande probabi* ité, quand on veut absolument fixer le siècle. Mais sait-on saisir les moyens que fournira quelque manuscrit que ce soit pour découvrir le secret de son Age, jamais on ne se verra réduit à deviner au liasard.

m. Le coup d'ail de Vantiqturire décide ordinairement avec succès de Tdge des anciennes écritures. — Le coup d'œiï de l'antiquaire est sans doute un des plus prompts et des plus sûrs moyens i>our distinguer à peu près le siècle d une ancienne écriture. Comme au visage on devine l'Age des personnes, sans gu'on puisse souvent rendre une bonne raison onysique pourquoi l'on fait l'une plus vieille que Tautre, de même l'usase et l'expérience apprendront à peu près Te temps de la transcription des manuscrits et des diplômes, indépendamment de leurs dates. On pourra se tromper si Ton veut précisément assigner l'Age -d'un tel homme; mais on ne se trompera guère quand on se contentera de lui donner environ vingt, trente, quarante, cinquante ou soixante ans. C'est sur ce nrincipe et avec cette retenue qu'on jugera ae l'Age des manuscrits par le seul coup d'œil. On n'y procédera ni par années, ni même par diiaine d'années, mais par siècles.

Peut-être arrivera-t-il quelquefois, que tel manuscrit que vous fixerez au ix' siècle, sera du x' ou du viif (685). Eh I ne vaut-il

f>as mieux se tromper en cela, aue de laisser e monde dans l'ignorance sur l'Age des manuscrits, dont on publie la notice (686)?

manuscrit, d'interposer ici notre jugement, no«s le fonderions moins sur notre expérience que sur uae foule d*iudices incompatibles, au moins dans leur réunion, avec des temps postérieurs au vr siècle. Nous en avons les mémoires tout prêts, mais ici œ détail serait trop long. Le P. Germon qui ne voulait

Ïtas qu*on pût juger avec certitude qu'un manuscrit ût antérieur ou postérieur à tel siècle, surtout quand il approche d'u.n millier d'années, décide (6) hardiment, sur la seule écriture figurée d'un manoscrit de Saint-Hilaire, de la bibliothèque vaticaoe, daté du VI' siècle, qu'il est du ix* ou même de quelque siècle inférieur. Il va plus loin : il prononce avec la même confiance qu'un manuscrit des évanj^es de sa bibliothèque, dont l'écriture est, selon lui, ]Mrfaitement semblable à celle du S.-Hilaire, du Vatican, lie passe pas le ix*, quoiqu'il porte* suivant son rapport, divers caractères nécessairement supérieurs au viii** Mais si c'est là reconnaître bien solennellemeiit qu'on peut juger de l'âge des manuscrits par réerLture, c'est authentiquement prouver qu*en cette science comme dans toutes les autres, on peuts^écar ter étranc[ement du but, lorsau'on n'est pas guidé dans SCS jugements, ou par la lumière on oar un assez grand fond de droiture.

(685) A catalog. ofthe ms9. of tke king's Itprury ; pr.-ef., p. VI.

(686) < Gasley avoue, dit l'auteur de la i^w.io-> theque britannique (r), qu'il a pu se tromper en marquant l'âge des manuscrits, et qu'au lieu du ix* siècle il peut avoir indiqué le vni* ou le x**. > Les propres termes de Ca»ley, quoif^ue fidèlement rapportés , ne donneraient pas une opinion avantageuse de son savoic s'ils n'étaient restreints aux seuls manuscrits saxons».

(c) Tom. V, part, ii, art. 8, p. 513.

5il

PALEOGRAPHIE.

5ii

Si Ton peut juger de Tâge des manuscrits par le ooup aœiU on en jugera consé* quemment paj* récriture. Car, quoique le Yélin ou le papier et Tencre entrent pour quelque chose dans le jugement qu*on en porte, il emprunte sa pnncipale force do l'écriture même. Quiconque croira qu'on ne saurait se décider sur Tâge des manuscrits par récriture, sera forcé de nier qu'on puisse rien conclure du coup d'œil. Cette opinion, toute singulière qu'elle est, ne déplaît pas au marquis Manéi. Il n'en infère pourtant pas qu'u soit impossible de rien statuer sur l'antiquité des manuscrits sans date. Biais il a recours à des moyens étrangers à l'écriture.

Au reste ce coup d'oeil, qui décide souvent avec un souverain empire, et même avec une pleine certitude pour l'aptiquaire , doit être appuyé d'autres mojrens pour celui qui, sans aspirera le devenir, voudrait juger néanmoins, avec quelque lumière, de l'Age des monuments dressés par nos ancêtres.

L'antiquaire lui-même, sage et circonspect, a quelquefois besoin de recourir à différentes ressources, propres à le rassurer dans ses scrupules, quoiqu'il ne soit pas fort rare, qu'après avoir annoncé le siècle d'un manuscrit sur le seul coup d'œil , il ait la satisfaction de voir sa conjecture vérifiée, par les dates formelles qu'il y découvre en Texaminant de plus près. Mais si la date constate l'Age de l'écriture , l'écriture à son tour justifie la sincérité de la date. Celle-^^i n'est plus suspecte d'avoir été insérée après coup, dès que la même main, le même caractère se font sentir aux yeux des connaisseurs

IV. Le$manuseril$ et les diplômes datés [ournissent des pièces de comparaison pour juger de ceux qut ne le sont pas. Ces dates ne doi- Tint pas être admises sans examen. Par quels signes s^assure^t-on de Vàge des manuscrits hébreux. ^ Les notes chronologiques, sou-

ble pour juger de leur Age. Lorsqu'il n'y a nul sujet d'y soupçonner de la fraude, elles ne servent pas seulement è fixer tout d'un coup l'Age des manusmts où elles paraissent, elles offrent encore des pièces de comparaison, pour juger de celui des monu-

Par rap|K>rt aux autres, il faudrait être mal habile pour assigner au tiii* siècle un manuscrit du x* ou un manuscrit du x* au vni*. Cependant comme du u* au X' ou du vin' au ix' Tinteryalle est nul, on peut, sans eiTeur, attribuer à un siècle ce qui appartient à son voisin, parce qu'on sou s-entend toujours qu'un manuscrit qui peut être de la fin d'un siècle peut aussi n'avoir été copié qu'au commencement du suivant. Si c'était là l'idée de cet écrivain^ il aurait bien pensé, mais il se serait mal eiprimé.

(687) Un des volumes suivants doit renfermer une suite de modèles de manuscrits qui tous énonoeront formellement leur date. La plupart des diplêmes que nous représenterons seront munis de notes chroDOlogiques. Ainsi nous ne manquerons pas ée pièces de comparaison.

(a) Ton. T, p. cclxxiv.

ments où elles sont omises. Le nombre don manuscrits datés, assez considérable, dans chaque siècle, en remontant jusau'au vui% met à portée de prononcer sur l'A^e d'autres manuscrits contemporains , destitués de dates (687). Les écritures d'une fbrme et d'un goût, fort différentes de celles qu'on découvre durant les neuf derniers siècles, seront donc communément et à juste titre estimées plus anciennes, puisqu'elles ne peuvent s y rapporter. Comme les écritures des marbres et des bronzes ont des rapports marqués avec colles des manuscrits et des diplômes, au moins dans quelques-unes de leurs lettres, l'^go connu des premières peut conduire à la découverte du temps des secondes. C'est à la faveur de cette ressemblance aue dom Bernard de Montfaucon (688) a su istinguer les plus anciens manuscrits grecs d'avec ceux qui Tétaient moins. Diverses inscriptions, rapportées par le sénateur Buonarruoti, dans ses Fragments d'anciens rases deverre^ nous montrent des caractères et des écritures, non->seulement conformes à celles des manuscrits, mais encore à celles des diplômes. Grand nombre d'autres recueils de monuments antiques viennent à l'appui de ces inscriptions. Plusieurs d'entre elles étant datées fourniront des pièces de comparaison pour juger des écritures approchantes ou semblables. Les manuscrits et les diplômes antérieurs au vc siècle ont d'ailleurs des pièces de comparaison qui leur sont propres. Après les notes chronologiques , s'il n'es »

Kint de moyen plus sûr, pour découvrit ^e d'une charte ou d'un manuscrit, que la voie de comparaison, c'est à condition qu'elle ne sera t^as moins exacte que rigoureuse. La faire sur les manuscrits mêmes, ou sur les modèles qui en sont tirés , c'est toute autre chose. Les planches ne laissent cependant pas d'être d'une grande ressource pour ceux qui n'ont pas la facilité de comparer les originaux (689). Elles donnent avec peu de travail bien de l'avance si l'on est à portée de se livrer à cette élude. Quand elles sont formées avec choix, disposées avec ordre, corrigées avec soin, elles épargnent à tous des peines infinies. Comme ce moyen est le plus fécond à tous égards, nous en ferons grand usage dans la suite.

Les notes chronologiques ne doivent pour-

(68ft) Palœogr., p. 494, 185.

(689) Le P, Bianchini (a) ne compte pas moins

Sue nous sur les avantages des planches. A Tombre e leur suppression on pourra, dit-il, vous donner pour fort anciens des manuscrits très-récents A la faveur des modèles on fixera sûrement leur 2^ge. Tempns membranes definiat spécimen characterum^ eut juê et norma docendi e%f. Le génie , la ma^ nière et Tair de récriture fournissent toujours les moyens les plus décisifs pour faire connaître de quel temps et de quel pays elle est. Aussi paratt-ii convaincu par les plus solides raisons,- que la preuve d'antiquité d'un monument dépend de la nature du caractère. Probe enim inuUigo ex génère characlerum totam pcndere causam antiauilatiê.

DICTIONNAIRE DE PALEOGRAPHlEt ETC.

tant pas être admises saHs examen; Il s'en trouve plusieurs de fausses dans les manuscrits hébraïques et quelques-unes dans les autres. Celles des premiers, qui remontent au delà du x." siècle, passent, au jugement des meilleurs critiques, pour autant d'impostures. On n*a point effectivement encore découvert de manuscrit hébreu, d'un âge antérieur à cette époque. Les prétentions contraires de M. Fourmont l'atne n'ont pas fait fortune.. On juge plus favorablement de ceux qui portent une date postérieure au xi* siècle, pourvu qu'ils n'aient pas d'autres marques de supposition. Mais communément les manuscrits hébreux, grecs et latins, n'annoncent point leur âge. II faut donc employer diverses règles Je critique pour se détcrminer,'surlout si l'on manque de pièces, de comparaison. Les mêmes règles ne servent pas indifféremment aux uns et aux autres. Les Hébreux, les Grecs et les Latins ont ies leur à part. Nous disons quelque chose dans la note des signes par lesquels on s'assure de l'antiauité des hébraïques (690). Ceux qui ne vouaront [pas prendre la peine de consulter la Paléographie éedom Bernard de Montfaucon sur les Grecs, pourront se contenter de ce qu'on a dit (691), au sujet des plus anciens, et de ce qu'on ajoutera bientôt touchant ceux des dix à onze derniers siècles.

V. Moyens de Maffiiy insuffisante pour reconnaître le siècle de récriture : ceux de Casley, réunis^ servent à le découvrir; isolés, ils n'y parviennent pas sûrement, — Venons à l'examen des signes particuliers propres à fixer l'â^e inconnu des écritures latines. Plusieurs seront applicables aux chartes comme aux manuscrits. Il est des siècles où larement les actes se trouvent datés. Il en est, qui par vétusté ou d'autres accidents ont perdu leurs notes chronologiques, quoi-

3ue annoncées dans le texte. Peut-on reméier à ce défaut? Jusqu'à quel point et par auels moyens le peut-on? Déjà nous l'avons it : c'est dans l'écriture même qu'il faut

(C90) Le savant Jablonski (a), dans sa préface sur les bibles hébraïques de Berlin, § 57, indique quatre moyens pour suppléer aux dates dont la plupart des inanuscrits hébreux sont dépourvus : 1** Pour les estimer de h plus haute antiquité, il faut que récriture en soit simple et d'une élégance sans affectation; maîssurtoutqu'onn^y voie pas les notes ^v^ri eikeUnb^

Sar lesquelles on est averti qu'autre est la manière e prononcer, autre celle d*ecrire; 9^ que la massore n^ y paraisse fK)int du tout, puisque ancienneinent on la conservait dans des livres particuliers fort différents des oracles sacrés. Une Bible manuscrite, d*où la massore serait absolument bannie, passera donc pour très-ancienne, pourvu que les autres signes d^antiquitité concourent à la fois. Elle n'aura perdu que peu de chose de la prérogative de Tàge, si Ton n'y remarque qu'un petit nombre de traits de la massore. Un manuscrit, qui ne contient que la petite, doit appartenir au moyen âge. Renferme-t-ii Tune etTautre, il sera récent; la nouveauté tombera seulement sur les deux massores, supposé que Je texte Sorte, d'ailleurs, des mar(^ues certaines d'antiquité ; * on la jugera trés-reculee, si les cinq livres de

^0) WoLF, Biblkfih. fielfraic, part, u, tib. n, tect. 3, p.

cherdier ces moyens. Les uns $e tirent de la forme; les autres de ses classes, genres, espèces; d'autres des circonstances qu'elle renferme ou qui l'accompagnent; d'autres même lui sont en Quelque sorte étrangers. On avoue qu'un seul indice, quoique tiré de l'écriture, ne suffit pas toujours ; il es4 même rare ou'il suffise. La réunion de tous ceux qui résultent d'un examen sérieux des pièces est souvent nécessaire. Qu'on y fas.se donc entrer l'orthographe, les changements des lettres occasionnes par l'ancienne prononciation populaire (iSm) ; qu'on mette en ligne de cocipte les intervalles entre les mots et leur continuité sans interruption ; qu'on observe ies abréviations plus ou moins nonabreuses, les titres en rouge, la couleur de Tencre, les erreurs, le contenu du texte, la multiplicité des colonnes , quelque équivoques et faibles que soient la plupart de ces caractères, non-seulement en particulier mais même réunis, tant qu'ils seront présentés d'une manière aussi vague, on accordera volontiers è Mafféi qu'ils peuvent dans cette généralité servir, non à déterminer au juste le siècle, mais une certaine étendue de temps , où l'on pouira placer les monuments distingués par ces signes.

Si toutefois plusieurs de ces caractères étaient réduits a quelque notion plus précise, on pourrait resserrer à proportion cet espace indéterminé, qui fait l'unique ressource du docte marquis. Quand, au lieu de nous arrêter à des titres en rouge , on nous les fera voir h lignes alternativensent Touges et noires, et cela constamment; quand on nous montrera des traités , commençant toujours ou presque toujours par trois ou quatre lignes rouges, nous ive serons pas tentés de rabattre au-dessous du vi' siècle Jes manuscrits où pareils indices se manifesteront, pour peu que les autres caractères ne démentent, pas ceux-ci.

Castey paratt aussi décidé que Mafféi difficultueux sur l'âge des manuscrits(693). Celui-^i se croit à peine en sûreté , lorsqu'il

Moïse ne sont point distingués entre eux non plas quft les autres sections de la loi ; A" un manuscrit, sans corrections et sans interpolations critiques, tirera de leur omission un grand relief, quoiqu'elles [iiiiss^nt se rencontrer dans un manuscrit fort ancien. En effet, souvent les Juifs les ont ajoutées après coup, souvent ils ont réformé leurs bibles antiqnes sur les règles de la massore. Mais alors la diversité des mains dçcélera celle du texte et les interpolations. Les manuscrits hébreux des Espagnols sont plus estimés par leur élégance et même par leur ancienneté, qae ceux des autres nations, qui ne se trouvent guère

au'en Orient. Les caractères en sont carrés, ceux es Italiens et des Français plus arrondis, ceux des Allemands hérissés de pointes. On y reconnaît le goût gothique des xiv* et xv* siècles.

(691) Nouv. Iraiié de diplom., t. 1, p. 686 et suiv.

(692) Mafféi, Ovotc. eccles., p. 60, 61.

(693) Voici quelles sontses rifles : l*" Les maous^ crits en capitale, sans aucune distinction de mots, ont douEC cents ans, et quelques-uns d'entre eux encore davantage. ^ Beaucoup de roots ne sont4riU tiares

PALEOGRAPHIE.

les renferme dans des périodes de plusieurs siècles. Celui-là n'a besoin que a'un œ^ d^un & et d'un tstj d'un accent, d'un rien , pour prononcer sur l'Age des manuscrits pendant six ou sept siècles. Ses observations , empruntées pour la plupart de la Diplomatique dedomMabillon, ne laissent pas d aller assez droit au but. Mais ordinairement elles ne suffisent pas pour déterminer le siècle. Plusieurs même sont susceptibles de restrictions considérables. Sa règle entre autres sur les abréviations n'est rien moins qu'exacte.

Sans donc rejeter les moyens de Mafféi et de Casley, et sans nous y borner, voyons comment, indépendamment des dates , du coup d'œil et de la voie de comparaison, on pourra fixer l'ftge des manuscrits sur de simi)ies indices. Nous ne prétendons point en aire ici le dénombrement. Chaqurjour en découvre de nouveaux. Toutes les parties de notre ouvrage en multiplient le nombre, ou du moins le constatent. Il n'est presqu'aucune page de ce volume, qui n'en rai> pelle plusieurs. Attachons-nous donc seulement à quelques-unes des plus propres à déterminer l'Age des manuscrits antérieurs au X* siècle (694), ceux dès suivants souffrent peu de difficulté.

VL Quels sont les moyens distingués de ^réerUurej pour juger de f âge des anciens ma» nuscrits ? Le plus ou le moins de changements de lettres^ de solécismes si de barbarismes, — Si l'orthographe d'un manuscrit en caractère bncial , comparée à la nôtre, se trouve assez régulière; si leur différence ne se fait remarquer qu'en trois ou quatre mots par pages ; si les changements de lettres se réduisent pres-^

par aucun intervalle, récriture est de mille ans et plus. 3* Les manuscrits grecs sans accents n'auront pas moins de dix siècles, i"* Les latins, où la dîphlhongue ae se tfoure divisée avec peu d*(B, ne remonteront pas à moins de sept, mais communément à huit et même plus liaut. l\ n'en excepte que quelques livres écrits vers le temps de Tinvention de Timprimerie, auquel les copistes imitèrent la main des livres qu'ils transcrivaient. S"" Les manuscrits où Ion voit V'e cédille et jamais Vœ doivent être placés entre cinq et sept cents ans. 6** Ecrits depuis cinq siècles, ils n'ont point de dlgpltthongue, mais toujours Ve simple. 7* Les manuscrits passent-ils six cents ans, ils font souvent voir le mot est écrit par un trait ^ au milieu de deux points. 8** Dans les manuscrits de huit siècles et plus, le mot autem s'écrit avec l'abréviation suivante ]î (mais le lombardique et surtout le saxon profitent presque seuls de cette remarque). 9* Les manuscrits ou r& est admis dans le corps des inots/confniep&, ?iâr, etc. vont au delà de six cents ans^ 1<>* Antérieurs à cet âge, ils n'ont pas beaucoup d'abréviations qui fourmillent dans ceux de trois a quatre cents ans. i 1** Au xn' siècle, les copistes tommeneent à mettre sur l'i un accent, dont l'extrémité se termine fréquemment en courbe. 12'' Au xv* U dégénère en point. Tel est le tarif par lequel Casley ûie i&ge des manuscrits.

(694) Quel(|ii*un serapeut^trc surpris de nous voir poser des règles souvent détachées des preuves dont elles sont susceptibles, et oui les feraient triompher de la criliflOe la plus sévère, pourvu qu^on la suppose équitable. Pourquoi donc les supprimer ? C^est iKNiren épargner av -ledenr Tennui, et ne pas franchir les bornes qui nous sont prescrites ; -une

que à des 6 pour des i, à des & pour des», à des a pour des t , à des o pour des u et réciproquement ; si dans les composés d'eid le d se maintient souvent, à l'exclusion dup devant le p. et dans les mots où la préposition in entre ; si Vn conserve toutes les mêmes pré^ rogatives , tandis que l'm devant Vn est préférée au df comme ammoneo pour admonee; si l'on découvre à peine quelques solécismes ou barbarismes dans ce manuscrit » tous les autres caractères d'antiquité présupposés , ou du moins non contredits , on aura une forte conjecture pour le porter jusqu'au y siècle.

Un manuscrit plein de solécismes et de barbarismes, dont les fautes d'orthographe se reproduisent h chaque liçne, et d'ailleurs en caractère oncial , ou différent du minuscule ordinaire , pourra se renfermer à peu près entre le milieu du vir siècle et le déclinfdu suivant (695). A proportion que ces défauts disparaîtront, son antiquité sera reconnue plus grande.

Au contraire , donnez-nous un manuscrit, dont l'orthographe paraisse si parfaite aux yeux vulgaires, qu on n'y puisse déterrer d'autres fautes que celles qui nécessairement échappent a l'humanité, dont le texte en minuscule soit orné de titres en onciale à

fros œil bien tranchée; on ne balancera pas le déclarer du ix* siècle. Les moyens tirés de l'orthographe , des solécismes et des barbarismes, peuvent convenir à tous les manuscrits; en voici de propres à quelques-uns seulement (696). Les uns et les autres sont égaleraenl isolés de récriture. VIL Yélin tris-mince ^ lignes tirées ^ points

étude suivie et combinée de r5ge des anciens manuscrits nous a mis à portée d'en recueillir les fruits* Nous les offrons au public, dégagés des épines qui les offusquent. Ces preuves, qu'on nous demande, nous les avons en mam ; mais leur discussion mènerait à des détails inAnis. Qui ne serait effrayé de trente ou quarante pages de preuves dont chacune de ces r^les serait étayée ? Que sont-elles, après tout, ces règles, sinon les résultats des diverses portions de notre ouvrage auxquelles elles se rapportent. Les antiquaires les plus savants ont, d'ailleurs, fourni une partie considérable de nos pièces justificalives. Le grand nombre de notes caractéristiques de Tàge des pins vieux manuscrits que nous ajoutons aux leurs, n*y donne point atteinte, mais les fortiûe, en facilite l'usage, rend leur application plus exacte et plus commune. Ce n'est pas qu'on prétende se dispenser d'entrer dans l'examen de ce qui concerne l'orthographe, la ponctuation, le style, etc.; chacun de ces articles aura sa place. Les prévenir, ce serait tout confondre; pousser les preuves jusqu' aux derniers détails sur des choses qui ne sont pas contestées et

2ui le seront peut-être, ce serait ne vouloir jamais nir. Ici cepcudanr on ne se refusera pas à l'exposition des preuves, lorsqu'elle pourra se faire en peu de mots.

(695) On connaît une écriture minnscule plus ancienne a laquelle le nom de demi-onciaie conviendrait mieux. Elle emploie Va cursif au pr^udice de l'a minuscule ; ses e, ses t ont des traverses plus loncues, et ses r des queues, ou le côté droit plus Abaissé; outre les N communément majuscules, etc. (G96) Il ne faut pas perdre de vue que nos règles sont positives et non pas exclusives. Xa muUitudt

Sift

perçants, alinéagfmanuicrUs carrés, colonnes. — Le vélin très-blanc et si mince que ses feuilles se roulent ou se recoquillent d'elles-mêmes, à la seule chaleur de la main, présente un caractère d'antiguité très-certaine. Jamais nous n'avons rien vu de sem* blable dans des manuscrits postérieurs au VI* siècle, et antérieurs au il*, à moins qu'on n'eût tiré ces feuilles de manuscrits plus anciens, pour en former de plus récents. Si quelques-uns de ces temps ont du vélin susceptible des mêmes affections , on pourrait assigner de part et d'autre bien des différences, par rapport à la qualité de la matière. Mais le seul coup d'orâl découvre une dissemblance énorme, entre les manuscrits si éloignés d'fl^e. On ne peut donc jamais courir aucun risgue de les confondre. Les lignes tirées horizontalement, pour es-

Kcer également et rendre droites celles de criture , et perpendiculairement , pour déterminer l'étendue de la paçe ou de la colonne , peuvent encore servir à fixer FAge des manuscrits. En rouge , elles ne conviennent qu'aux i^lus bas temps; au crayon, ou bien a la mine de plomb, elles décèlent les xii% XIII' et XIV* siècles. On en trouve

Ç^urtant déjà quelques exemples dès le xi*. racées seulement avec le stvlet', elles se rjipportent aux siècles précédents , et s*é« tendent jusqu'au xiu*.

des solécismes, desborbarismes et des changements de leiU'es convient spéciatement aux vjf et vni* siècles, mais n*exclut pas le vi* ni même quelquefois les préoédeDts, si le copiste était mal habile. . Leheau Saiot-G^rprien de Tabbaye de SainMîerinain des Prés réunit tant de caractères d*antlquité, qu*ii u^estjoa» possible de le rabaisser au-dessous du V* siècle. Il en renfenne qui sembleraient pouvoir le porter jusqu'au iv* et même au ni*. Cependant il n*est pas exempt de solécismes. Ils sont a la vérité beaucoup plus rares dans les ouvrages de saint Gyprien. mais il s'en rencontre nombre d*exemples dans les suffrages des évéques de son srand concile de Cartbage. 11 ne s'ensuit'pas qu'il faille reléguer ce manuscrit au vu* siècle. Du temps que le ktm était le plus florissant à Rome, les habitants de la camp^ne voisine et même, en général, ceux oui ne l'avaient point étudié, selon les règles, le parlaient fort mai et tombaient dans de fréquents solécismes. Gomment des Africains, qui n'auraient point été instruits desbeliefr4eures, pouvaient-ils donc leparler|correct^ ment? Du vivant de saint Augustin, où le christianisme était dominant, ne voyait-on pas des évéques et ée% prêtres en Afrique qui n'avaient jamais fait d^étude des lettres humaines? A combien plus forte raison, lorsque la religîon chrétienne était exposée à des persécutions continuelles? C€» évéques, dont les opinions sont défigurées par de gros solécismes, ont pu les faire réellement, et les notaires n'auront pas voulu prendre sur eux de rien corriger à leurs expressions. Ainsi plus le manuscrit est ancien, plus il doit se trouver chargé de solécismes. Des correcteurs, dans la suite, n'auront pas manquer de les ôter en les prenant pour des fautes de copistes. Ceux-ci c^mme Chrétiens, surtout avant la conversion de Constantin, pouvaient fort bien n'avoir eux-mêmes aucune teinture de grammaii-e, et conséqucmmeut introduiredans l'écriture bien des mécomptes de leur façon.

Au reste, le grand nombre d'erreurs contre la syntaxe et l'ortographe n'est guère moins applicable

Les lignes blanches horizontales , prolongées d'un bout à Tautre de la feuille, indiqueront du moins le vu*. Bornées à la largeur de la colonne ou de la page, on n'en pourra rien conclure. Mais, si tandis que les autres horizontales sont ainsi terminées, deux parallèles au haut et deux au bas de la page sont portées depuis l'extrémité du feuillet jusqu au fond de la page, on aura le signe d'un Age qui ne peut s'élever au-dessus du XI* siècle. Les points perçants placés au bout de ces lignes ne marquent rien de bien précis; au contraire, cachés dans le texte, ils désigneront le vu' et plus.

Les alinéas précédés d'un vide dans le corps du texte, surtout s'ils ne commencent point par une initiale plus grande qu« les autres lettres, n'annoncent point une moins grande antiquité (697). Il ne s'ensuit pas que d^autres anciens alinéas ne soient

Kas saillants , ou n'avancent pas au delà des ornes de la colonne ou de la page.

On compte parmi les marques de la plus haute antiquité la forme presque carrée d'un manuscrit , et la disposition ae ses pages en deux colonnes. Il s'en faut bien, néanmoins,

3ue l'un et l'autre de ses caractères soient écisifs. 11 est des manuscrits très-anciens ui n*ont qu'une colonne par page. 11 en est e très-récents, où chaque page procède, toujours par deux colonnes. Le nomore des*

aux temps postérieurs à Charlemagne, à regard des pays étrangers à son empire et des provinces mëriîlionaies de la France qui profitèrent, moins oue los autres, de U réforme dans l'orthographe, établie par les ordres dece prince.

Au contraire, un manuscrit des vu* et vni* siècles pourrait être presque exempt de barbarismes et de solécismes, parce que l'écrivain aurait été d'une capacité supérieure aux hommes de son temps, ou dVne exactitude scrupuleuse à bien copier un excellent original. Mais comme ce manuscrit n'était pas purgé des mutations réciproques des lettres, il les aura conservées, il en aura multiplié le nombre, parce qu'alors la prononciation n'était pas conforme à la nôtre. Après tout, les règles qui nous occupent ne sont, à proprem^t parler, que des indices, us doivent être tempérés les uns nar| les autres. On ne peut juger avec certitude morale que sur leur concert, avec très- grande probabilité que sur le concoors de la plupart. Ainsi des autres degrés de certitude et de vraisemblance, à raison de leur opposition ou de leur accord plus ou moins marqué.

(697) Ces caractères sont ceux du Virgile d*Âsper, du saint Gyprien, du Psautier à l'usage de saint Germain de Paris; des Evangiles de Tienne en Au* triche et autres manuscrits contemporains. Les initiales des alinéas sont néanmoins tant soit peu plus grandes dans de très-anciens manuscrits , surtout, quand elles avancent plus que les autres lignes. Mata elles n'y sont pas emoellies d'ornements. Xes Tîdea en blanc étalent encore fréquents dans les diplômes de Louis le Débonaire. I/étendue jklas ou moins grande de ces vides fut, pour ainsi dire, la |dus ancienne manière de ponctuer les actes publics. Ainsi les espaces des alinéas surpassaient ceux des simples points : ces derniers ceux de deux points, et à proportion des plus petites distinctions. Au .ix« siècle* on s'accoutuma par degrés à mettre des points à la tète de ces intervales, sans diminuer leur étendue proportionnelle.

Sia

moderDes est sans contredit le plus grand. On rencontre aussi des manuscrits carrés » sans qu'ils soient pour cela fort anciens. Toutefois comme l'antiquité produit plus fréquemment des manuscrits presque carrés , ce signe en est à juste titre un préjugé favorable. Les colonnes ne semblent mériter attention qu'autant qu'elles sont écrites per eola et eommata. Chaque ligne alors répond tout au plus à un demi • membre.

Souvent elle ne consiste qu'en un mot. Pareil indice, qui n'a lieu que par rapport à l'écriture sainte, annoncera du moins le commencement du VI' siècle.

yiIL Stiques ou versets : divisions des livres saints en chapitres, indices des passages dé l'Ecriture^ rang desévangélisles cmngé; saint

(698) Leur division se faisait par membres et par tùus'Uiemtres^ qu*on nous passe ce mot, pour rendre per eola et commuta. Elle était fort diJÛTércnte de notre division de FAncieh Testament, par chapitres et par versets. Les uns (a) attribuent celte- ci à Etienne Langthon, créé cardinal en 12ti; les aot.cs (b) à Jaquet Hugue, qui vivait, 11 y a /(uatre à cinq ceiits ans. Selen Dupiii {«r), ce fut lecattllnal Hugues, qui au xiii* siècle divisa les livret sacr<^s en Gbapitre« et versets, tels que nous les avons aujourd'hui. Ainsi les manuscrits où leur division est ilifférente (d) doivent être estimés plus anciens* Quoique Génébrard ait fait auteur de la division du Nouveau Testament en chapitres, Justinien, évoque de Nebbio, Henri Etien|^, dans sa Concordance du Nouveau Testament^ la revendique à son père. Charles Etienne Jordan, dans son Yoyaae littéraire fait en f 755 en France, enAngleterre, en noUaitde, parle (r) d*une édition du Nouveau Testament de Robert Etienne de f55l, qui est, selon lui, la première, où les versets sont distingués. Un autre Henri Etienne; dès {f) 1509, non content de la division du Psau^ lier de Jacques Lefèvre d'ËstapIeif par versets, Ir^s lit encore précéder de chiffres aralMîS, pour en désigner le nombre. Au commencement du iv* siècle les évangiles avaient leurs divisions et subdivisions ; mais leurs chapitres ne s*accordaient pas toujoui s avec les ndtres. Rien de plu$ célèbre en ce genre que le canon d^Eusèlie. Les épitres de saint Paul furent aussi divisées en chapitres sur la Gn du même siè* de. Ce fait est constaté dans la préface d'Euthalius, rapportée par Zaccagni. Alors on appelait les pre^ roiersy chapitres ou capitules majeurs, et les seconds, mineurs. Ceux-ci n*étaient quelquefois pas plus longs que nos versets, quelquefois ils en valaient sept ou nuit. Aussi ces petites divisions ne s*étendent-eiles en saint Matthieu, qu*à 565; mais, quoique le nombre des grands chapitres y soit le môme que celui des nôtres , leur distribution est plus d'une fois différente. Les chapitres des autres évangélistes ne s'accordent pas avec les nôtres, même quant au nombre. Les anciens ne pouvaient manquer d'en avoir moins, puisqu'ils les faisaient plus j^rands. Au rapport {g) d^Eusèbe de Césarée, Origene distingua les livres sacrés par membres ou par versets. Avant lui, les livres Doéiiques Tétaient déjà. C'est même ainsi

Îiu'on écrivait les orateurs profanes. Au moins saint érôme nous le dit-il de Démosthènes et de Cicéron. Mais jusqu'au temps des divisions modernes, si l'on en excepte les évangiles, le nombre (/i) des capitu^

(a) Georg. Jos. Ecoi Pwpura docta,, 1. 1« n.6l ; Joan. Aadr. Ibici tnewMif. cod, S. Hussbiif prœf., |>. iviii. {b) Troi-z, DeitrimaiCnb. oria., p. 29\ \e) ProUgomeu. 1. 1, pan. ii, cli.11, p. 018. (d) Bibliotlt. PfOorieMh.f Itt). i, part, ti, e. t, p. 4 e^ Pag. 17.

Luc appelé Lucanus : usage de *a version iia-» ligue: titre de saint supprimé. — L'introduction des stiaues (698) aans les livres prosaïques de FAncien Testament étant due à saint Jérôme (699), les manuscrits latins où elle est observée ne doivent pas être estimés antérieurs à ce saint docteur. On prouve néanmoins par lui-même, qu*on observait déjà quelque^ divisions de versets avant lui (700).

Au lieu d'être précédé de guillemets (701) en forme de virgules, ou de petites s, de trois

Joints ou d'obèles, chaque commencement e ligne d'un texte cité de l'Ecriture sainte avance-t-il dans l'intérieur de la colonne ou de la page, à la manière des vers ; c*est un signe d'antiquité, qu'on pourrait à peine

/es, titres, ou brefs de chacun des livres sacrés et même des versets n*eut rieu de lixe. Presque chaque copiste les diminuait ou les augmentait k son gré. Ce qu'on peut avancer de plus certain, relativement à notre objet , c'est que plus les manuscrits sont anciens, plus le nombre des versets s'y trouve multiplié. Ceux qui ne se bornent pas à diviser les périodes par membres , mais qui les partagent encorf^ par sous-membreif ranontent à Tantiquiié la jrfus reculée. La totalité des capitules a'appdait capitulatiOj breviarium,

(690) Prœfat, t» haiam^ Apolog, ta Rufin.* h ii, col. 427.

(700) Dupin en donne pour preuve une remarque de saint Jérôme, dans sa lettre à Sunnia et à Fretela. 11 y est fait mention d'un (î) verset, qui ne contenait que ces mots : grando et carbones ignis. Mais quoique les habiles gens d'alors tàehassent de régler les versets des poèmes sacrés, sur les vers hébrai-

ânes , par la faute des copistes, il se voi4 anjour- *hui bien peu de manuscrits où quelque Psaume se soit maintenu en cet état, depuis le commencement jusqu'à la fin. Tel est pourtant le vi*. Saint Jérôme, qui savait distinguer le mètre des vers hébreux, ne voulait peut-être pas moins indi<(uer un petit vers qu'un verset, lorsqu'il qualifie amsi ces paroles : grando et carbones ignh. En effet le xvh* Psaume renferme 1 16 v^*s anacrconliques, appelés par les Grecs Ephthèmimères^ et par eonséquent tous de la même mesure de sept syllabes. Or ces mots, grando et carbones i^nts^ répondent exactement par oeux fois au vers bebreu, que nous y trouvons. Il en est de même de ces deux autres yers : Intonnit de cœlo Dominus^ et AlHtsimus dédit voeem suam^ qui occupent, nous dit saint Jerôme(j), l'espace intermédiaire du vers barad ve gachalet esck à saa répétition, selon le texte hébreu. Cepenaani nous ignoriuns cette division particulière de ver», attestée par le saint docteur, quand nous la fîmes, conformément aux principes de l'anciemie prosodie lié* braique, que nous croyons avoir retrouvée.

(701) Ces guillemets ne laissent pas d'être fort anciens. On en remarque, sans enfoncaonents de lignes dans des manuscrits du v* siècle. On voU au teste des manuscrits de tous les âges, où nul de ces caractères n^est observé. On ne peut donc rien conclure de leur omission, mais seulement des passages de l'écriture, dont les lisnes n'égalent pas les autres en longueur. Ceux-là désignent sûrement la plus haute antiquité.

(/) Cbktillieii, Origine de Vimprimé de Puris, part, a, C.5, p. 145.

ig) Hisl., l. vi|C. 16, F. Kesych.

(/i) S. lIiERON. Opéra, t. I. TroteKom., 4» ( t ) Probg )men, sur la bibU., 1. 1« c» i ) , p. 9t6. {}} S. UuROD., I. Il, col. C31 ei 070.

fêi

faire descendre au dessous du vi' siècle. Le second degré d'un Age fort reculé, tel que le vr siècle ou du moins le vu* sera d'avoir des passages également rentrant dans Tiulérieur de la page, dont toutes les lignes soient précédées d' c» couchées , souvent accompagnées de deux points.

Les manuscrits des évangiles, où saint Luc est appelé Lucanus (702) , où saint Jean se (rouve soit avant saint Marc, soit avant saint Luc (703), s'annoncent par ces indices singuliers, d'un âge très-reculé. Aussi les beaux manuscrits grecs et latins des épîtres de saint Paul de la bibliothèque du roi et de l'abbaye de Saint-Germain des Prés renferment-ils deux catalogues des livres canoniques , où les évangiles sont disposés, selon cet ordre : saint Matthieu, saint Jean, saint Marc, saint Luc ; quoicjue Origène, Eusèbe et saint Jérôme lui donnassent déjà les mêmes rangs, qu'ils gardent depuis plus de douze siècles.

S'il ne s'ensuit pas que ces manuscrits précèdent Origène, Eusèbe et saint Jérôme, on ne peut guère les rabaisser au-dessous du dernier, ou tout au moins du temps auquel sa version fit presque tomber l'italique dans le discrédit.

Les manuscrits renfermant quelque livre de l'Ecriture sainte, dont la version n'est ni double ni triple, et qui néanmoins suivent l'italique, et non celle de saint Jérôme,

(703) Le saint évangéliste est désigné sous ce doid dans les manuscrits de Corbie, de Vienne en Autri < che et de Veroeil, qu'on prétend avoir été copié par SâiBt Eusèbe. 11 Test auf«i dans un manuscrit des Auffustins de Saint-Jean de Garbonaria deNaples (a), et dans un autre de Bobio. Un manuscrit des évan-

Sites {b) écrit de la main de saint Eadfrid, évéque e Lindjsfarne entre les années 686 et 721 appelle saint Luc Lucas dans le titre initial, com^e dans son image. Mais dans le titre Hnal et au haut de chaque page il se nomme Lucanum. Cette variété peut caraclérîser un usage finissant.

(703) Druthmar (<;), moine de Corbie, au ix* siècle, rapporte, dans son exposition sur le i" chapitre de saint Matthieu, quUi fut fort étonné de voir un ma* uuscrit grec des évangiles qu'on disait avoir appartenu k saint Hilaire, dans lequel Tévangile de saint Jeftu suivait immédiatement celui de saint Matthieu. Sa surprise et le raisonnement ridicule du Grec de nation, quMl consulta, supposent que cet ordre des évangiles était inou! depuis longtemps. Quatre siè* clés plus tôt, on n'aurait pas eu Desoin de consulter un Grec, pour savoir que saint Jean était filaeé avant saint Marc et saint Luc, à raison de sa dignité dV pôtre. C'était alors un fait constaté par un usage, sinon général, du moins assez fréquent et de plus attesté par Tertullien. On serait surpris, au reste, de rétonnement de Druthmar, si le celèb^ manuscrit des évangiles de Corbie n. 195, servait de son temps, comme il a fait depuis, aux messes solennelles, ou même s'il avait dès lors appartenu à cette abbaye , puisque saint Jean y tient le second rang, saint Luc le troisième et saint Marc le quatrième. Le même ordre est observé (d) dans le fameux manuscrit de Cambridge. Il l'est dans ceux de Yienueeu Autriche, de Vérone, de Sainte-Julie de Brescia tous deux en

ta) Mab., Mum. liaL, t. T, p. 100.

Ib) Amiq. Huer. Sepientr.^ I. ii, p. Sol.

[e) Uisi, Huer, de laVr{>nce, L V, p. 88.

(d) Vindic. comme, script.t t I, p. ccclxxzti.

remontent à des temps fort reculés (70W. Comme, dès le siècle de saint Grégoire le Grand, la dernière avait déjà pris le dessus, et qu'on ne fit depuis presque aucun usage des autres, il s'ensuit qu'on cessa de transcrire les manuscrits des autres versions, et que dans la suite, si quelques curieux voulurent conserver l'ancienne, ce ne fut qu'en la joignant à celle de saint Jérôme Ainsi, lorsqu'^une version solitaire présentera

Suelque insigne variante, qu'on sait avoir té certainement dans les Septante, et conçéquemment dans l'italique, tel, par exemple, que Dominus regfxavU a lignoj on aura raison de porter fort haut le manuscrit où ce texte se sera conservé (705).

Le titre de saint ou de bienheureux supprimé dans l'épigraphe d'un manuscrit cle quelque saint Père aes quatre ou cinq premiers siècles , surtout s'il était revelu du caractère épiscopal, ne donnera pas une preuve formelle d'antiquité, presque égale au saint docteur ; mais c'en est au moins un préjugé très-légitime (706).

Voilà des marques caractéristiques de l'âge des manuscrits, auxquelles on pour* rait en ajouter beaucoup d'autres. Sans être, pour la plupart, tout à fait indépendantes de l'écriture elles en sont ^pourtant distinguées.

IX. Indices de l'âge des anciennes écrituret tirés des circonstances qui les accompagnent;

vélin pourpré, tous deux de la plus haute antiquité. C'est aussi suivant cet arrangement c|ue les noms des évangélistes sont rapportés au chapitre 57 du n* livre des ConstiiutUms apostoliaues. On croit que le rang des évangélistes saint Marc et saint Luc, ou saint Luc et saint Marc(«)*fut différemment disposé, selon que leurs évangdes furent plus tdt ou plus tard reçus des anciennes Eglises.

(704) D. Sabbatrieb, Bibliorum sacr. vers antiq, t. I,^pr9ef., part, u, p. lxI, lxh.

(705) Saint Justin, dans son Dialogue avec TryphoUy reproche aux Juifs d'avoir retranché ces paroles du texte sacré, en haine de la croix. Cependant Origène^ suivi par saint Jérème, supprima le mot à ligfio, sur la foi d'un de ces manuscrits hébreux mutilés. Quoique l'Eglise Tait retenu dans une hjjrmne et dans un verset du temps pascal, il s est trouvé banni de son Psautier, depuis que k correction de saint Jérôme eut pfévalu. Que cette locution apoartint véritablement au texte de la version des Septante, on le prouve par une allosion assez manifeste de l'é^ttre qui porte le nom de saint Barnabe, par le témoignage formel de Cassiodore, par les versions syriaque, cophtique, gothique, italique, par Tusage qu'en ont fait Tertullteu, saint Léon, \iKile de Tapse ((); par le célèbre Psautier de saint Germain de Paris, par le Mozarabique, par un autre manuscrit en trois colones de Saml-Germain des Prés, n"" iOO; par ceu\ de Chartres, de Rome et de Vérone. Ce dernier est en grec ei en latin. Le P. Bianchini (§) prétend qu^il lenferme la pure version des Septante, mais différente de oèUe les Hexanles.

(706) Tel est le manuscrit de saint Hilaire de la bibliotnèque du roi n** 630, auparavant de celle de Colberi. Presque à la fiu de chacun des treije

e) Ibid., pâg cccxciti.

0 D. Subbalkr. t. H, p. 191, not. tO. \g) FindiCt t. * Psallerium dupUx, p. IGd.

PALEOGRAPHIE.

ïiii

p.7n€tu(Uionj verseiSj continuité de récriture^ intervalles entre les mots^ point sur les F, ancienne nuinière d^écrire les orateurs, les liwres sacrés et les actes. — Il en est plusieurs qui n'afifectent ni la forme ni lé goût de récriture, mais qui n'en sont pas moins intimement liées avec elle. L*omission des virgules et des points pour distinguer. les pénodes et leurs membres caractérise un Age très-reculé. VeutK)n parler de leur suppression ou totale, ou presque entière ? Les exemples en sont rares , et Ton n'en pourra trouver qu'aux vi% vu* et viir siècles. S'il

livres sar la Trinité, V^n marque le nom d'Hilairc seul, ou Ton y joint tout au plus celui d'évèc^ue; D. Cottslant, dans sa préface générale sur son edi> lion de saint Uilaire, n'osant dire que c'est Tautographe, ou un manuscrit copié du temps même du saint docteur, prétend qu'il fut transcrit sur Tun ou sur Vautre. Il lut probablement du nombre des précieux monuments que Dagobert I*' fit transporter de Poitiers à Tabbaye de Saint- Denis, à laquelle il appartenait autrefois.

Le titre de Beatœ memoria: Ambroiii confessons et ejnscûpi, employé dans le manuscrit de la bibliothèque royale^ n'indique pas un temps aussi reculé. C'est néanmoins un caractère qui ne peut guère convenir à un siècle postérieur au v. Nou^ parlons de la première partie de ce manuscrit. Dès la seconde, quon peut placer au vi' ou \iv^ le titre de saint est substitué à beatw memoriœ. La troisième n'est que du ix*. G*est la seule indication d'âge à laqudie on se soit attaché dans le célèbre catalogue de la bibliothèque du roi ; mais ce sont réellement trois manuscrits de différents siècles^ reliés en un seul volume.

(707) 11 faut en excepter un de ceux de VEncyctopidie nouvelle, c Quoiqu'on montre, dit-il (a), des

Inanuscrits de mille'ans où les mots sont écrits

de suite, sans être séparés les uns des autres... j'ai bien de la peine à me persuader qu'alors les copistes habiles n'aient pas fait tout ce qu'il fallait poiir peindre la parole avec toute Texactitude dont ds étaient capables, qu'ils n'aient pas séparé les mots par de petits intervalles , comme nous les sé- PARons, et qn ils ne se soient pas servis de quelque» signes pour indiquer la bmine prononciation. Les anciens^ dit Cicéron (Oral., liv. m, c. 44), ont voulu ftt'i/ jf etll, dam la prose même, des intervalles ^ des séparations ; du nombre et de la mesure dans les vers : et par ces intervallesi, cette mesure, ce nombre, ils ne ventent pas parler ici de ce gm est déjà établi pour la facilité de la respiration, et pour soulager la poitrine de l^orateur, ni des notes ou des signes des copistes ; mais ils veulent parler de cette manière de prononcer oui donne de tàm^et du sentiment aux mots et aux phrases, par une sorte de modulation* t

Les copistes du vi« siècle ont sans doute écrit iivec toute Texactitude dont ils étaient capables. Celte exactitude n'allait pourtant pas à séparer les mots par des intervalles semblables aux nétres* C'est une invention postérieure. Si quelquefois les distances étaient observées entre les mots de certains manuscrits antérieurs au vn* siècle, ce D^était qu'aux titres des livres, aux alinéas placés dans rintérieur des lignes, aux endroits où l'on apposait, soit des points, soit des virgules. Qo'oa remonte au temps de Cicéron ou de oénèque, on ny trouvera nul vestige d'intervalles entre chaque mot des écritures, faites sur le papier ou le parebemin. En vain notre encyclopédiste oppose-t-il un

(a) Tom. I, p. 61.

{b) De veter. sigil., p. 187.

(c) De or ai,, K ui^ c. 46.

DicTio?tN. DE Paléographie, etc.

s'agitd'inexactitude à les matquer partout o& nous les jugerions nécessaires, rien de plus commun avant nos rois de la seconde race. Les points, et quelquefois mêmes les autres signes de distinction et sous'Klistinction des diverses parties du discours n'ont pourtant pas coutume de manquer dans les manus*' crits anciens, où l'on affecte une grande correction avec une élégance singulière.

Vindistinction des mots entre eux est uA signe des temps antérieurs au ix' siècle^ généralement reconnu de tous les au-* teurs (707). C*est sur quoi D. Mabillon^

f>assage du premier auteur. Si nous entendons le atin , il lui fait dire ce qu'il ne dit pas, et le con • traire de ce qu'il dit. Voici le texte de Cicéron^ ^u'on a prétendu traduire : Versus enim veteres (lit in hac soluta oratione propemodum, hoc est^ nume^ ros quosdam nobis esse adhibendos putaverunt. inter-^ sjfirationis enim , non defatigationis nostrœ, neqné librariorum notis, sed verborum et sentehtiarum modo interpunclas clausulas in orationibus esse voIm-^ runt. Ici nous ne voyons ni intervalles, ni sépara^ tiens de mots; mais nous voyons que dans la prose oratoire il faut presque faire entrer des vers, c'està-dire , une sorte de discours nombreux. Nons voyons ^ que la ponctuation fut établie, non pour fixer les bornes d'une étendue à perte d'haleine 4 mais pour régler les repos de la respiration : non tels qu'ils se trouvent déterminés par les marques des copistes, mais tels qu'ils le sont par la mesure des paroles et des sentences*

Cicéron suppose donc visiolement une ponctua-" tipn, servant à fixer les limites des membres et des périodes ; mais nullement des intervalles distinciifs de chaque terme. Presque tous les siècles fournissent des exemples d*inscription8 où les mots sont divisés par des points, des feuilles» des rosettes» des étoiles^ etc; mais* cet usage ne s'étendait ps plus aux manuscrits qu'aux diplômes : si ce n est •quelquefois aux titres des premiers et souvent aux sceaux des seconds. L'application faite par Hcineccius (6) de ïinterpuncta {c) verborum de Cicéron, et de ïinterpungere (d) consuevimus de Sénèque à la distinction de chaque mot par des points, n a pas de fondement solide dans ces auteurs. Ils ne parlent'que de points qui terminent les membres du discours.

Pour en faciliter la prononciation, indépendaoH ment des points et des vir^^ules, on avait introduit la méthode d'écrire les 'oraisons de Démostbènes et de Cicéron per cola et commata. Saint Jéréme la fit (e) aussi servir aux livres saints, auoique absolument prosaïques. Elle consistait d'anora à rendre chaque partie du discours par autant de lignes : et c'est ce qu'on appelait alors stiques ou versets^ Dans la suite, quand quelque membre s'étendait audelà d'une ligne, le suiplus du verset en formait une seconde ou troislémei Jamais le membre suivant ne commençaii qu'alinéa. Ainsi le lecteur, qui ne savait pas s'arrôier (fj aux ms^rques instituées pour les différentes pauses, les faisait naturellement t parce que le bout de la ligne en était Tindics et met* tait dans la nécessité de lire à peu près là prose comme les vers libres* Hais« soit i^orance, isoit é*pargne, dès le vu* siècle on n'écrivit plus dans ce goût les livres sacrés. On n'en excepte que les psau*^ mes« les cantiques, les paraboles, etc. Bientèt aprèsi chez les Grecs, comme chez les Latins, loin de cou*^ per la prose en forme de vers, on écrivit souvent les vers en forme de prose. Chaque vers fut seule ment distingué par un point. Cependant comme od

id) Kpist. 40.

(e) Prœfal. in trantlai. luàœ,

\f) Cassiod., De divin, le t.,c. 19.

ACTIONNAIRE DlE.PALEOCRAPniE, ETC.

T) doMonlfaucon, D.Coustaut,Mafféi,Slruve, Casley, Heineccius, Saumaise, etc., sont parfaitement d'accord. Le P. Germon ne craint pas cependant de supposer qu'on rencontre des manuscrits du temps de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, où les mots ne sont

f)oint du tout séparés, ni les périodes et eurs membres distinj^ués par des' points et des virgules (708). Mais que peut-il contre les témoignages unanimes de tous les gens de lettres, ou plutôt contre l'évidence de faits consi^és dans un si grand nombre de manuscrits?

S'il voulait contredire la foule des auteurs, que ne faisait-il plutôt remonter la séparation des mots avant Charlemagne t il n'aurait pas manqué d'exemples antérieurs des commencements de ce nouvel usage.

Est-il question d'espace entre les mots d'une petitesse extrême «l fort inégale à celle que nous leur donnons? On la découvrira plus d'un siècle au delà du règne de ce grand prince. On distinguait effectivement alors les mots dans certains manuscrits, mais par des intervalles si peu sensibles, qu'il faut de l'attention pour s'en apereevair. Au vni* siècle, on commence à séparer le» mots par des distances plus grandes et plus régulières. Ces espaces son dès le ix* exactement observés, aans certains manus'» crits et diplômes : dÀns d'autres, ils ne le sont qu'en partie. Cn défaut qui manifeste tout aun coup les manuscrits de la Tm du VIII' ou du commencement du ix' siècle , c'est d'avoir une partie des mots bien et l'autre mal distinguée ; c'est surtout de couper souvent les mots par un ou deux intervales.

Moins on trouve d*Y surmontésd'un point/ plus on doit estimer anciens les manuscrits qui les renferment.

X. Abréviations singulières , sigles fréquent tes , initiales des ^agesy places des conjonctions de lettres^ signatures^ réclames, — Le 1)oint à la suite des abréviations de mots hé- )reux, grecs, etc., donne un signe des siècles antérieurs au IX' au viii* môme ; pourvu qu'un

Eremier point paraisse avant lé mot d'origine ébraïque. Autre indice d'un antiquité trèsreculée : c'est la marque d'abréviation — ou c#2, seule ou accompagnée de deux points, l'un supérieur et l'autre inférieur. Qu elle ne soit presque jamais placée qu'à la lin de la ligne , pour représenter la suppression, d une M ou d'une N, et qu'au lieu d'être élevée sur la dernière lettre, elle soit tout à fait, ou du moins en partie, portée au-delà; ce caractère désignera sans difficulté les siècles antérieurs au vr, et ne pourra qu'à peine être abaissé jusqu'au vu'.

n^éiait pas toojours exact à le remarquer, et que d*avHeurs on remployait à la fin des phrases, le si^ne devenait équivoque. Aussi n'est on-pas encore bien sûr d'avoir distribué comme il faut tous les vers de plusieurs poésies dramatiques. De là ces disputes sur la mesure des vers de Térence, etc. (708) De veter. hœret. p. 4i4.

^ (709) Les signatures sont tantôt en chilfires romains, tantôt en lettres. L'A répond à I, le B à II,

L'abréviation DJïs pour Dominus^ égalo peut-être en antiquité celle-ci Dms. Toujours constante dans un manuscrit, la dernière s'a-^ juste aisément avec ks m et iv' si^i^cles, et ne peut, sans cesser d'être invariable, quadrer avec le vr. Encore faudràit-il supjpo;ser les manuscrits où les abréviations Dm% et Dm seraient employées tour à tour, alors aussi rares qu'inconnus aux siècles suivants;

Un manuscrit rempli de sigles annonce un ftge qui pourrait également convenir au haut comme au moyen empire. Par cette conformité avec les inscriptions métalliques et lapidaires des anciens Romains, il rappellera le temps où celte manière d*écrire avait cours.De quel prix ne sera donc point le Virgile d'Asper de 1 abbaye de Saint-(iermain*<les-Prés, dans lequel on voit concourir ce caractère singulier avec l«s autres signes de l'antiquité la plus reculée?

Les colonnes ou pages commençant par une lettre plus grande que les autres, tandis que les initiales des phrases et des alinéas ne passent point celles du texte, nous offrent une indication d'antiquité qu'on rabaisserait difficilement au vu* siècle.

Dans les plus anciens manuscrits, on ne faisait nulle difficulté de porter une fin de mot à la ligne suivante. Plusieurs de cette nature affectent souvent néanmoins de terminer les mots avec les Ugnes. Pour y réussir, on passe les bornes prescrites par des lignes perpendiculaires, on emploie des lettres plus petites, on fait des conjonctions de caractères, on réunit plusieurs de ces moyens. Les lettres conjointes n'ont coutume de se montrer qu*à la fin des lignes des manuscrits de la plus haute antiquité. Moins ils sont anciens, à compter depuis le vr siè* cle jusqu'au x*, plus ces conjonctions se ré^ pandeut dans Fintérieur delà ligne et sa^^ vancent vers son commencement. lndiffé-> remment insérées au milieu, comme à la fin, sans qu'on y soit forcé par une espace trop étroit pour terminer le vers, le verse t» ou quelque mot un peu long, c'est beaucoup si 1 on pousse ce si^jne jusqu'au vr siècle. Les indices, au reste, qu'on vient d'accumuler, regardent tous l'écriture onciale. La minuscule des viii* et ix' siècles est pleine d'exemples de lettres onciales conjointes à la fin, au milieu et même au commencement des lignes.

Anciennement les signatures des livres n'étaient pas comme aujourd'hui placées sur la première page de chaque cahier, encore moins répétées sur celles des feuilles suivantes, mais presque uniquement sur la dernière page [709). Leur situation au bas do la marge inférieure, selon qu'elle approche

et ainsi des autres. Si la signature en chiffre n'est pas plus ancienne que la signature en lettres, du moins la haute antiquité faisait-elle de la première un usa^e plus fréquent. Relevée par des ornements* elle désigne un âge postérieur. Le mot quatemio en sigle, en monogramme, en abréviation, précédant quelquefois la signature, n'est pas moins qu*eUe susceptible d'ornements relatifs a T&ge des manuscrits. Ces ornements ne commencent guère qa^aa

PALEÛGhÂPHlË.

55ft

S\ns du fond d*uii manuscrit, décide de son ;e. Si elle n*eik est éloignée que d'un pouce au plus, le manuscrit sera régulièrement au moins du vi* siècle ; portée au milieu du VIII* jusqu'à la marge extérieure ou totalement supprimée, elle désignera le ik* ou tous les temps postérieurs. Mais, à l'excepocption dô la première observation, qui ne semble pas pouvoir se vérifier, si ce n'est, comme par hasard, sur des manuscrits plus récents que le viï* siècle, les autres peuvent quelqueiois se montrer, même depuis le ix*. La forme des lettres et des chiffres employés aux signatures distinguent aisément le bas et le mojren âge : leur posi^ tion et leur suppression seules seraient .souvent des marques équivoques depuis le IX* siècle. Au contraire les réclames, inconnues pendant les dix premiers siècles, deviennent ordinaires vers le xiv siècle, et sont toujours placées sur la dernière page de chaque cahier qui n'en est pas dépourvu. Passons aux marques d'antiquité tirées du l>ropre fond de l'écriture (710).

\L Moyens tirés de f écriture même pour juger de son âge. — Examinée avec soin, elle fournira des caractères exclusifs de certains siècles, et convenables à d'autres. Ces caractères seront, à quelques égards, décisifs. Sous une face différente, ils n'offriront séparément que des dearés de probabilité, qu'il faudra réunir et calculer : c est-à-dire, qu'ils appartiendront au même ordre de preuves que celles qui naissent des indices qu'on vient de parcourir. Le résultat des uns et des autres opère la certitude» quelquefois on ne saurait les tirer du cercle de la vraisemblance. Mais le plus souvent cela n'arrive que parce qu'on n'a pas su saisir oufaire valoir tout ce qui pouvait concourir à fixer l'âge d'un ancien monument, ou parce qu'on a prétendu se renfermer dans un espace de temps trop étroit. £n ét<)ndant cette durée on parvient à la certitude.

Quoique lé même siècle et la même province ne fussent pas bornés à un seul genre, il ne s'ensuit pas qu'on ne puisse discerner celle qiK convient à chaque âge, et même quelquefois à chaque pays. Les goûts, les

vu* siècle. Quoique noud ne rcnconirlons presque jamais la signaiure sur la première page du caiiîer avant le ix*, on en peut toutefois produire quelques oxcmplcs des temps les plus reculés. Depuis le commencement du i\* siècle, les signatures sont souvent n^ligées. Outre qu'elles sen'enl à lixer Tàgc «les manuscrits, elles ont encore Tavanlage d'en manifester les iiilerpollations considérables et d'en indic^uer les lacunes. Rarement le chiffre et la lettre numérale se trouvent-ils réunis sur les mêmes dernières pages des cahiers d'un nianubcrit.

(710) Ce n^est pas qu'alors on ne rencontre souvent quelque chose de semblable au-ilessous de la dernière ligne d'une page quelconque des plus anciens manuscrits. Ccst une portion de mot, un mot entier , et' quelquefois même c'en sont deux. Mais iamals ces syllabes ou ces mots ne se voient répètes au haut de la page suivante : condition essentielle à la nauire de toute réclame. Celles des xur, iiv*etxv* siècles sont ordinairement placée:* au plus basdc la page; à moins qu'elles ne soient écriios per-

manières et les modes changent pour l'ordinaire insensiblement; mais^ quand on les réunit sous un coup d'œil, et qu'on les compare , au bout d'un ou deux siècles ou y découvre bien de la différence.

A ne considérer les diverses sortes d'écritures que par leurs classes ou leurs genres, elles ne laisseront pas de concourir à manifester leur âçe. Des manuscrits totalement écrits en capitales, en tant que distinguées des onciales, ne seront pas postérieur3 au vni* siècle. Ceux mêmes qui sont en onciale, s'ils ne font point partie de l'Ecriture sainte, s'ils ne sont point à l'usage des offices divins, s'ils n'ont point été faits pour quelque prince, seront au moins du viii". Mais quelque livre gue ce soit, entièrement en onciaie, sera jugé antérieur à la fin du x* siècle. Cette règle est applicable même aux manuscrits grecs.

Un manuscrit en onciaie, dont les titres des livres, répétés au haut de chaque page, et ceux des livres, placés tant à la lin qu^u commencement de chaque traité, et les lettres initiales des alinéas paraissent sans ornements, appartient ^ la plus haute anti« qui té (711). Les manuscrits néanmoins dont les titres des traités seraient en capitale» rustique ou négligée, pourraient être du même flge.

Lorsque la capitale commence à se mêler avec Tonciale dans les titres, et que les initiales des alinéas sont souvent en capitale, quoique Mafféi nous donne ce caractère pour un signe de la plus grande antiquité, nous le regardons, au contraire, comme un indice d'un âge plus récent. Il est ordinaire au il* siècle, dans les manuscrits même en minuscule et fréquent dès le viii*. Nous ne pourrions néanmoins regarder cet indice, comme absolument incompatible avec quelques-uns des plus anciens manuscrits, sans les rabaisser considérablement au-dessous de l'âge, que leur ont assigné les plus savants hommes. Mais nous jugeons beaucoup plus favorablement du mélange de ces quatre minuscu-

lese ^ro% avecronciale. Nous ne les avons

jamais rencontrées à la fois dans des manus-

pendiculairement. Il est alors assez d'usage qu'elles renferment plusieurs mois, et qu'elles tiennent lieu de signatures. La plus haute antiquité des réclames remonte, ce semble, jusqu'au xr siècle.

(711) Les litres en pure onciaie, mais plus petite que le texte même, donnent un excellent indice de la plus haute antiquité. Cet indiee est vérifié par les manuscrits 452, 2650, 107, de la bibliotliètjue du Roi, par le saint Cyprien de Saint-Germam-des- Prcs, par le Virgile d Asper de la même abbaye. Les titres des pages en capitale peuvent convenir aux plus anciens manuscrits où l'on emploie le même caractère. Des manuscrits des vu' et viii* siècles, soit en onciaie , soit en demi-onciale , soit en quelque autre sorte d'écriture, ne seront point constants à marquer le titre au haut des pages :'ou bien le genre^ de récriture variera, ou , s'ils usent constamment d'onciale, elle ne sera pas beaucoup plus petite que le texte. Ces variations augmenterojit encore aux siècles suivants. Les orneiiionls qui relèvent les ti très de chaque page coinmencenl vers le viu\

àGO

crils en onciale qui ne fussent antérieurs au VII* siècle.

L'onciale à jambages tortus, à traits brisés t)u détachés^ et d'ailleurs soutenue du con* cert des autres indices, également avantageux, se fera pour l'ordinaire déclarer du V siècle. Seule elle n'exclurait pas le vi% ni peut-être même totalement le vu' mais sa Hn et les suivants.

La petite onciale d'une élégante simplicité, sans bases ni sommets, anguleuse dans ses contours, à queues plut6t terminées par des demi-pleins que par des déliés, s'annonce, au coupa'œil, pour tout ce qu'on peut imaginer de plus ancien en fait de manuscrits.

L'onciale demi-tranchée sent le vu* siècle ou le commencement du viir , sans exclusion des précédents. £Ile est déjà quelquefois pleinement tranchée aux V et vi*. Alors ses traits sont souvent si massifs, qu'ils semblent doubles ou triples. C'est apparemment sur leur modèle qu'on réforma 1 onciale, aux viii* et IX* siècles. L'air de celle-ci est pourtant plus vif, le tour plus recherché et la coupe plus nette. Faute d'avoir bien saisi cette disparité, sur les rap[H)rts généraux de ressemblance, peut^lre serait-on quelauefois tenté de rabaisser au ix* siècle ces écritures du vi*. Mais )e plus léger examen des autres caractères remettra sur les voies.

La minuscule des v* et vr siècles est communément plus large et que la nôtre, et que celle des temps postérieurs. Elle conserve ordinairement plusieurs lettres majuscules, comme TN et l'il. Quand la dernière est minuscule, elle prend quelquefois la forme de Vn, ou du moins le jambage çauche descendil beaucoup plus qu'il ne fait dans nos petites r romaines. La grosse minuscule n'a pas l'air de la nôtre, avant le viif siècle. La conformité ne fut jamais plus grande que sur le déclin du i\' et le commencement du X*. Au vii% elle présente quelque chose de mitoyen entre la dernière et celle du vr. Au XI*, les rondeurs de la minuscule commencent è se perdre. Les angles y succèdent et bientôt les pointes, qui consomment enfm le gothique.

Une autre sorte de minuscule romaine, souvent très^petite, approchait de notre plus belle cursive. Quoique d'un assez grand usage aux v* et vi* siècles, elle ne servait dans les manuscrits que pour apposer des notes ou des sommaires, ou pour représenter d anciennes souscriptions. Peut-être étaitelle propre à plusieurs de ceux qui n'avaient pas exercé leur main à l'écriture des actes publics.

La cursive romaine, telle qu'elle était employée dans les tribunaux, change sensiblement de forme de siècle en siècle. Ce changement devient plus remarquable depuis le VI*. Alors elle semble dégénérer en mérovingienne et lombardique. Celle-ci, depuis le X*, contracte une tournure, qui mène droit au gothique.

La franco-gallique cursive bieh caractérisée s'annonce au moins du viii' siècle. Si elle est très-liée et compliquée, elle remonte au vu*. La saxonne, à ce seul titre i quoique rare au xi* siècle, surtout dans les manuscrits, si l'on en excepte ceux d'Irlande^ pourrait absolument n'être pas plus moderne.

Mais les diverses formes qu elle prend décideront plus précisément ae son âge.

Nous n'insisterons pas sur les indices qpe ces divers genres d'écritures et leurs différentes espèces pourraient &ous fournir, pour juger de l'âge des écritures des manuscrits et des chartes. Il nous suffit de présenter à cet égard des vues générales, que la suite de notre ouvrage développera et mettra dans tout leur jour. '

. Xn. Est'il impossible dé discerner du^èl des IX', X* ou XI* siècles appartiennent les manuscrits copiés depuis lan 800 jusqu^eH 1100. Méprises sur Vàge des manuscrits. On n'en peut rien conclure, — Jusqu'ici l'on a représenté les^ manuscrits des siècles postérieurs au VIII' comme très-faciles à distinguer les uns des autres. Voici cependant une objection qui mérite d'autant plus d'être éclaircie, qu'elle semble fondée sur le témoignage de Dom Mabillon. L'abbé Desfontaines wl^)» après avoir rapporté que le savant Bénédictin avait trouve dans l'abbaye de Lobbes un manuscrit sous ce titre : /nctpit liber Berlrami presbyteri de corpore et sanguine Dominij dont le caractère lui paraissait du IX* siècle, combat son jugement en ces termes : a Mais puisque dans -son Traité de la diplomatique il assure |]ue le caractère des ix*, x* et xi* siècles était lout à fait semblable f ce qu'il dit du ix* siècle peut être de la un du xi*. »

Nous ne prétendons point donner un démenti à l'abbé Desfontaines; mais il nous aurait fait grand plaisir, s'il nous avait appris en quel endroit de la Diplomatique Dom Mabillon a parlé de la sorte. En supposant le critique en règle, notre Bénédictin n'aura pu avoir en vue que le caractère minuscule, très-usité durant les ix*, x' etxr siècles. En effet, sa forme paraît d'abord assez semblable ; mais quand on l'examine de plus

f)rès, on y découvre bien des différences. 11 aul encore ajouter que, parmi les espèces do minuscules, il s'en trouve une petite et serrée, dont il est plus difficile de dire auquel des trois siècles mentionnés elle doit appartenir. On peut néanmoins saisir bien des disparités propres à faire ce discernement. Au IX* siècle, les conjonctions des lettres m, re, sont encore assez fréquentes* On n*en voit plus au X*, à l'exception de et et de si» Les jambages supérieurs des Ih klse trouvent encore assez souvent au ix*^ formés en battants dans beaucoup de manuscrits ; dans ceux du X*, ils sont rares ; dans ceux du xi'» ils se terminent ordinairement en pointes rabattues et quelquefois en fourche. Les fei les s y au IX*, se divisent communément en

(712) Observât, sur les écrits des modernes, t. IX, p. 5G^

PALEOGRAPHIE.

deux branches, dont la plus courte s'élève en haut du côté gauche. Aux deux siècles suivants, cette branche est presque toujours ftbaissée,^ et ne manaue guère, au xi% d'être en angle «gu^dopt 1 ouverture regarde presque vers le pied dç la lettre. Au ix" siècle, on rencontre nombre d'à encore ouverts en dessus. Us ç^e paraissent plus guère, même fermés, aux x* et x\\ Plusieurs manuscrits du dernier ont beaucoup de t dont la haste traverse la tôte, tandis que ceux des deux précédents gardent bien plus régulièrement fa figure d'une ^ couchée et renversée sur le haut d*un c^ qui lui sert d'appui. Au i\\ les pieds des m et des n sont souvent tourné^ en pointes obliques vers la gauche. Cette Observation n'est presque point applicable çiux siècles postérieurs. Et quand elle l'est, ordinairement ce caractère se soutient mal. On peut faire beaucoup d'autres remarques semblables sur I4 différence de la minuscule de ces trois siècles. Mais qu'importe que leur minuscule puisse être confondue, si les manuscrits portent d'autres indices qui les feront sûrement reconnaître? Or on y réussira sans peine avec le secours des litres, des lettres historiées ou grises, des écritures majuscules, et de grand nombre d'autres caractères qui ne permettront pas que les manuscrits de ces trois siècles puissent être confondus. Par exemple, les abréviations, quoique assez fréquentes en quel- 3ues manuscrits dès le xi*, proportion garée, le sont moins qu'au x' ; au xr, elles se multiplient epcore dipivantage. Les accents

(715) Par exemple, qu^on choisisse cent manuscrits dat^ des ix*, x* et xi* siècles.. Après les avoir confondus ensemble, qu'on prie M. Melot de dire auquel ils appartiennent, sans lui permettre de voir leurs notes ciironoiogiques. On repond, que quand pn ne lui accorderait qu'une minute ou deux, pour examiner chacun de ces manuscrits, il ne lui arri^ vera pas trois fois , et peut-être pas une seule, de se tromper de cent ans sur Tàge des manuscrits de ces trois siècles. S'U n'en veut pas convenir avant t'épreuve, nous né craindrons pas de dire que c'est par modestie.

(714) f U est surprenant, dit-il (a), que D. Bernard de Montfaucon, savant religieux Bénédictin, ^it inisau nombre des manuscriis grecs, çui ne cèdent en rien pour l'antiquité aux manuscrits du Vatican, le manuscrit des Jésuites de Paris, qui n'est point en lettres quciales, ni sans accents, comme ce religieux l'assure dans son Diarium Itulicum. Les connaisseurs ne lui donneront guère plus de huit cents ans. Cela doit faire douter de la vérité des manuscrits que D. Bernard a vus en Italie, pour ce qui est de leur antiquité et de leurs autres qualités; puisqu'il s'est trompé manifestement dans un manuscrit qui est dans Paris, et dans une bibliothèque

fût trompé sur ceux d Italie postérieurs à cette date? Mais si I). Bernard n'avait point vu ce manuscrit , s'il n'en pariait que sur le témoignage des autres : qu^en pourrait-on conclure? Quand même il l'aurait To quelques années aupsiravant, faut-il rigoureusement compter sur ce qu'on rapporte de mémoire?

se montrent, au xr, souvent sur les deux tï, ce qui n'arrive presque jamais durant les deux précédents. La majuscule du xi* renferme communément un si erand mélange de capitale et d'onciale, qu'il semble qu'on ne savait plus les distinguer; leur figure devient d'ailleurs fort hétéroclite. On pourrait entasser une inflnité d'indices pareils ; mais il vaut mieux les remarquer à mesure qu'ils se présenteront d'eux-^mémes, ou qu'ils naîtront des diverses matières que nous avons à traiter. Finissons la réponse à Tobjection par en appeler à l'air des écritures de ces siècles, et de plus au coup d'œil des antiquaires (713). Dom Mabillon sûrement n'y aurait pas été fort embarrassé. Nous avons vu plus haut avec quel succès D. Bernard de Montfaucon soutint les différentes attaques d'un adversaire jaloux de sa répu* tation^ au sujet de la connaissance des ma* nuscrits.

Mais, nous objecte Richard Simon {lik)^ ce religieux s'est trompé sur l'âge d'un manuscrit de la bibliothèque des Jésuites : comment donc pourrait-on s'en rapporter à lui sur celui des manuscrits d'Italie Jf Quoi! Dom Bernard ne dit-il pas en termes for-* mels (715) qu'après avoir comparé ce manus'»' crit avec a autres plus anciens et plus récents^ il se détermine volontiers à le fixer (716) au y m' siècle ? La Paléographie parut en 1708, et la Bibliothèque critique de Simon en 1709. Pourquoi donc hasarder une accusation dé« mentie avant qu'elle parût?

Xlll. On juge de /'49^e des manuscrits par

Qu'entend M. Simon par la vérité des manuscrits ? Ce n'est pas, sans doute, leur existence : il semble exclure cette acception. En veut-il à leur sincérité? Croit-il, avec le P. Hardouin, qu'ils sont fabriqués par des imposteurs? Prétend-il se plaindre de ce que rage des manuscrits d'Italie aurait été porté trop haut par D. Bernard? L'éloge de ce Bénédictin, çajUxposé par H. de Boze, le justifle pleinement sur cet article.

(715) Palœograph, grœca, p. 2ÎS.

(716) D. Bernard, dans son Diarium Ilalicum , a¥ait ^alé le manuscrit des Jésuites à celui du Va-« tican. Que n'ajoutait-on encore, et à ceux de Colberi et de Séguier : Que s'ensuit-il. au reste, de ce parallèle? Tout au plus, que ta mémoire du célèbre Bénédictin ne Ta pas servi fidèlement dans une occasion. Il met ici le manuscrit des Jésuites au nombre de ceux qui sont dépourvus d'accents : et lui-même dans sa Paléographie en a fait représenter un modèle, où ils se trouvent répandus sur tous les mots. 11 range à côté du manuscrit du Vatican trois manuscrits de France : et dans sa Paléographie il en fait monter un au-dessus, et rabaisse l'autre audessous; parce qu'alors il ne les rappelle plus eu passant, mais les examine avec toute l'exactitude possible. Les paroles mêmes dont Simon fait tant de bruit furent probablement écrites ^ Rome. D. Bernard n'avait donc pas sous les yeux les manusciits de Fiance. Celui du Vatican est visiblement son unique objet. Peut-être n'avait-il jamais vu celui des PP. Jésuites, et ne le fait-il connaître que sur le témoignage d'autrui. Depuis son relbur en France, sa Paléographie vit le iour, sans avoir pu trouver d'accès à la bibliotbcqiie de Sc^guier. Toutes les r^-

(«) Blbfm^ çrk,, t. f, p. 179.

hs chartes , €t dt celui des chartes par les manuscrits, — La connaissance de Tflge des inscriptions mène quelquefois assez diree* tement à la découverte de celui des diplômes et des manuscrits^ par la comparaison de leurs écritures. C'est a la faveur du même moyen, et avec le même succès, au'on juge de l'antiquité des diplômes par celle des ma* nuscrits, ou des manuscrits par la date connue des diplômes. Cependant, puisque les uns et les autres semblent avoir des écritures fort dissemblables et qui leur sont propres , le parallèle ne devient^il pas impraticable? A considérer d'une part les manuscrits en lettres majuscules, et de l'autre les diplômes en écriture cursive , ils se refusent sans doute à toute voie de comparaison; mais il est des diplômes en écriture onciale , il en est en capitale. On voit ici des signatures, là des dates, ailleurs des noms propres en majuscules (717). Beaucoup de chartes sont en minuscule ; plusieurs renferment quelques portions en ce caractère. Parmi les manuscrits, les uns sont quelquefois totale-» ment en cursive, les autres le sont en partie; d'autres Qnt les marges chargées tantôt de notes, tantôt de sommaires, où reparaît souvent cette écriture. La minuscule est très-usitée dans les manuscrits; ceux mêmes en lettres onciales et capitales en fournis-sent de fréquents exemples. 11 y a plus : point ou presque point de cursive dont plu^ «leurs éléments ne soient conformes à ceux de la minuscule. De quelque côté qu'on en^ visage donc les manuscrits , leurs rapports avec les diplômes se manifestent de toutes parts. On prononcera donc d'autant plus sûrement sur l'Age des manuscrits par celui des diplômes, que ceux-ci portent ordinal -^ rement des dates qui'fixent tout d'un coup le temps précis de l'écriture. Voilà donc des pièces de comparaison toujours prêtes pour s'assurer du siècle des manuscrits.

Mais on ne doit pas toujours juger de l'écriture des diplômes par celle des manuscrits, ni réciproquement (718). Si l'on en rapproche les originaux, souvent Tune pa-

gles d'équité sont donc violées dans les conséquences outrées que tire Simon d'une bute aussi légère. Non content de Tavoir une fois révélée (a), il y revient avec un acharnement qui décèle plus de fiel que d*amour de la vérité. C'est en quoi nou» le jugeons bien digne de compassion. Mais cette eompassion ne doit pas aller jusqu'à le laisser impunément en imposer au pu))lic.

(717) On verra cette maiière'approfondle , quand on traitera de récriture majuscule.

(7J8) Heouan, Comment, de re dipiom,^ p. 8.

(710) On à peine à croire qu'on puisse tirer quelques inductions de la distance des lignes* C'est néanmoins un fond, qui n'est pas tout a fait stérile. La distance des lignes varie dans les dipldnfes dos rois, suivant la diversité des siècles, et quelquefois même des âges. Du temps des Romains, elle n allait guère qu'à un demi-pouce dans les actes publics. Elle se soutint à psu près sur le même pied sous les premiers rois mérovingiens : c'est-à-dire, jusgu'à la moitié du vu* siècle. Souvent depuis, elle fut ré-

raît très-différente de l'autre. En récompense, certains morceaux d'un manuscrit ou d'un diplÔJSQe fourniront quelquefois des rapports très-frappants avec le caractère du monument sur lequel on veut prononcer. A leur défaut, on en trouve dans les accessoires. Tels sont Torthographe, la division ou l'union des mots, les distances des lignes, la ponctuation , les accents, etc. (719). Comme les chartes portent le plus souvent des dates, elles ont moins besoin du secours des manuscrits pour fi^er leur ftçe que les manusn crits n'ont besoin de celui des chartes pour faire connaître leur siècle. Mais la comparaison de caractère des manuscrits à caractère des chartes n'est pas toujours inutile à ces dernières. Jamais récriture des manus-* crits ne ressembla mieux à celles des chartes qu'aux xi% xii' et xiii* siècles. Jamais aussi les actes ou chartes ne furent plus souvent qu'alors dépourvues de dates. Les manuscrits peuvent donc alors être de quelque secours pour manifester le temps auquel on doit les rapporter.

CHAPrrAE 6. —Delà difficulté de lire les plus anciennes écritures. Cette difficulté^ constatée depuis le vir sièxlcy prouve Vantiqisiti de leur existence. Inconvénients nés ae la peine qu'on avait à déchiffrer ces vieux monuments. Vart de Vécriture est négligé.

Conséquences de cette négligence (720).

Quoique le nombre des personnes qui surent manier la plume n'ait jamais égalé ce* lui des hommes et des femmes qui se contentèrent d'avoir appris à lire , anciennement il était rare que la main refusait de fonnes des caractères dont les yeux connaissaient la valeur. Quand on était une fois initié àla lecture, on n'avait pas coutume d'en demeurer là, l'on voulait encore se rendre au moins capable de signer son nom. Mais il y avait bien des degrés dans la faculté d'écrire» et souvent ils étaient partagés. Tel savait peindre en onciale, capitale ou majuscule ♦ qui n'aurait pu le faire en minuscule. La

duite à un quart de pouce. Telle fut presque toujours son étendue dans les chartes privées. Celte distance fut portée jusqu'aux trois quarts de pouce et même au delà , dans les dinlômes de Gharlentagne. Elle s'étendit encore plus dans ceux de Louis le Débonnaire. Elle fut poussée à rextrêrae dans ceux de Charles le Chauve : de sorte qu'on en voit où les Xvgnes sont écartées de deux pouces, particulièrement dans ceux des dernières années de son règne. Les lignes se rapprochèrent sous ses successeurs, environ à la distance d'un pouce. Cet intervalle diminua presque insensiblement pendant trois siècles. Pu temps de PhiHppe-AugusIe , les lignes n^étaîent plus éloignées que d'un quart de pouce. La mém^s réduction eut lieu en Allemagne, sous Frédéric II. On poun'ait sur ce point porter beaucoup plus loin les détails. Mais il y a moins d'inconvénient à «e laire qu'effleurer certaines matières qu'à prétendie les épuiser.

(720) Diplomaliquej t. Il, p. 409

(a) BM. criliqu t. h P- 435

PALtOGRAPHlE*

im

corsiTe semblait rèsefyée, tant aux écrivains de profession, qu'à ceux qui en avaient fait une étude particulière ; c'était aus$i la plus difficile. Si sa formatioa n'était pas uqe cnose aisée y il n'en coûtait guère moins pour la lire. Eq générAU.Ia lecture de tout manuscrit et de4out acte antérieur à Charlemagne avait ses difficultés. Quand on voit des écritures actuellement eu usage demander une espèce d'étude pour être lues couramment , combien ce travail da]t-il augn^enter depiuis qu'elles cessèrent d'ayoii: cour^ î Que serace donc si l'on ig[oute qu'ou.tomba dan^ des siècles d'içnor^uce,, où les grands, les priur ces, les rois qe savaient ni lire ni écrire, et n en rougissaient pas ? Cette ignorance eut des suites infinies pour l^i littérature. Presque toutes les formules de la diplomatique lurent, en conséquence,, changées, altérées, supprimées. L'ignorance des lettres étant devenue parmi les laïques presque universelle , les ecclésiastiques et tes moines cour tinuèrent de les cultiver. Ils tournèrent, à la vérité, leur principale application vers la morale, le dogme, la discipline. Si les au*tres sciences ne leur furent pas absolumenjt étrangèiees,. ils ne s'y. livrèrent pas assez , ou ne s'y piijrent pas de façon à s y rendre un peu plus que superficiels. Mais comme lire et écrire passaient à juste titre pour les deux clés les plus nécessaires des connaissances divines et humaines, il ne fiit jamais permis aux gens d'église de les néeliger , quoiqu'on n'exigeât pas de tous qu ils les eussent acquises.

I. La grande, difficulté de lire les anciennes écritures pour tfurs. contemporains^ plus grande pour les siècles postérieurs ; n'a ét£ surmontée que longtemps après la renaissance des lettres. Conséquence, de cette difficulté par rapport aux manuscrits et aux chartes dont les originaux sont perdus. ^ Cependant l'écriture, et particuhèrement la cursive,, dé- ))érit bientôt entre leurs mains. lis ne lurent pas toujours exactement les manuscrits ; quelque familiarisés qu'ils pussent être avec les caractères de leur temps, la lecture leur en devjait coûter presçiue autant qu'à nous. S'a^issajt-il alors de lire, non-seulement les écritures liées et compliquées, mais encore les plus détachées et les plus élégantes, on devait s'être prémuni a une tout autre habileté que celle dont on a besoin aujourd'hui pour se tirer avec honneur de la lectore de nos livres. Les plus belles écritures onciales, capitales,. minuscules, avaient leurs mots si peu distii^gués les uns des autres, qn*on eût dit que chaque ligne n'en faisait qu'un ; et comme quelque poi:tion du derqier mot d'une, ligne était de temps en

(791), C*e8t poor cela que saint Benoit (a) ne per,met pa$ îndiiÉnpreinment au premier venu de prendre le livre et de faire la lecture pemlant la réfection : nec foriui^o caiv, qui arrifueiit codicem, légère audeat. C*e8t pour cela qu'il uiterdit à ses religieux de lire chacun à leur tour, et qu'il n'accorde cette disimciion qu'à ceux qui peuvent édiûer : non per or-

{a) BffffU., e. 39.

temps portée à la suivante ^ tout paraissait confondu. C'était sur la totalité d'une page que le lecteur était obligé de fermer à l'instant des paroles, de leur prescrire. des bornes et des séparations, de distinguer dans un discours ses membres, et quelquefois ses périodes. Les virgules, les diistinctions et sous-distinctions totdement négligées, il n'avait tout au plus d'fi^ppui que dans les points ou leurs équivalents. Quel travail pour, un homme mal préparé, ou d'une érudition fort mince I Eût-on contracté la plus loi^gue habitude de lire» il était presque impossible d'y réussir, si l'on ne com- [ prenait parfaitement ce qu'on lisait (721), e fit-on a tète ceposéew Souvent on hésitait, on prenait à gauche, si l'on n'était aussi savant Qu'attentif et judicieux. Combien donc les défauts contraires n'ont-ils pas occasionné de mécomptes dans les manuscrits ; combien s'y sont glissé d'expressions monstrueuses,

3ue les copistes croyaient voir, dans les moèles qu'ils s'étaient chargés de transcrire , sans avoir pour s'en acquiUev. tous les talents nécessaires ;. combien de mots coupés en deux ou joints mal à propos (722) ; quel exercice pour nos critiques, nos philologues, nos éditeurs 1

Un surcroît de difficulté se manifesta dès le IX' siècle. On s'était insensiblement accoutumé à mettre de petites distances entre chaque expression; et quoiqu'on ne le fit pas encore avec cette exactitude qu'on jr apporta dans la suite, peu à peu l'on perdait l'nabitudede lire des livres,, des pièces ou des discours , dont les parties n'étaient pas plus distinguées que celles d'un mot. Aussi, quand les plus savants entreprirent alors la lecture d'anciens manuscrits, les y vit^on multiplier les points et les virgules : comme s'ils eussent voulu réparer les négligences de leurs prédécesseurs ; mais réellement iU avaient plus qu'e.ux besoin d'un tel secours pour, lire ces ouvrages.

Les moins habiles pratiquaient une autre méthode, qui ne pouvait manquer de dés* honorer les' beaux manuscrits en oneiale. C'était d'insérer un point ou une barre entre chaque mot, aux risques quelquefois de les

[(lacer mal. Us nous ont donne par là , sans è vouloir, acte de leur insuffisance : tandis 1)eut-étre qu'ils ont. prétendu nous épargner a peine, qu'ils avaient eux-«nêimes éprouvée, dans la fixation de chaque mot. Aux siècles suivants , cet abus redoubla. Mais, depuis le XII* jusqu'à la renaissance des lettres, on laissa la plupart de ces précieux manuscrits fort en repos. Les premiers qui tentèrent de les déchiffrer, lorsque le goût pour les belles choses se réveilla, s'y pricient comipe on

dinem tegflnt aut cannent, sedaui œdificent audientei. C'est pour cela qu'il défend (b) encore d'être assez téméraire pour oser lire ou chanter, si Ton n'est pas en état de remplir cet office avec édification.

(722) CocsTAMT, Vindiciœ veter, cod.^ p. 23 et seqq.; Vindic. vet, cod, confirm,^ p. 718.

{b} Ibidu e. 47.

DiGTIONMAlRE DE PALEOGRAPHIE, ETC.

levait fait avant eux, pour séparer les mots. Peu de très-anciens manuscrits, par conséquent qui aient pu se garantir tout à fait de cette disgrâce. Les chartes antiques l*ont aussi plus d'une fois partagée.

Si la lecture des manuscrits en lettres majuscules ^ouffrït tant de difficultés, les écritures cursives romaines, mérovingiennes, lombardiques, saionnes, endurent causer bien davantage (723]. Les yeux des vieillards surtout s'^ reiusaient entièrement, ou ne les supportaient qu*ayec peine.

Comme au x* siècle l'ignorance s'était considérablement accrue, et que la forme du caractère cursif avait beaucoup changé i une autre sorte de dilOTiculté commença bientôt à se faire sentii^. Elle remaniait spéciale- Sent les chartes en lettres lombardiques et anco-galliques. L'appât de l'intérêt excitait quelquefois à faire des efforts pour la vain-^ cre. Mais souvent le succès n'y répondait pas, ou ce n'était qu'imparfaitement. Elle n'arrêtait pas seulement le commun des lettres, les auteurs l'es plus appliqués à recueillir les monuments antiques , pour les faire servir àl'histoire, y succombaient (72i!^). On ne se rebuta pourtant pas, généralement, aux x% xr, xn* siècles (725). 11 y eut encore

(725) Saint Bonifacc, archevêque de Mayencïe, éprouvait Fincommodité de ces sortes d'écritures,

e surtout de la mérovingieoqe et de la saxonne : >rsqu*il se plaint (a) de ne pouvoir trouver, dans }fi France orientale, de livres en lettres distinctes, c Ma vue , dit-il , s'affaiblissant, les lettres menues ^t liées ne peuvent plus lui convenir, i

Les liaisons et les entrelacen^ents de traits étaient presque également propres à la cursive ro- 9iaîne et àla franco-gaUique. La saxonne, incomparablement moins liée, était souvent beaucoup plus menue. La minuscule usitée alors en Allemagne tenait de Tune et de Tautre. Les personnes âgées, dépourvues du secours des lunettes, n'avaient pour toute ressource que les caractères majuscules ou les minuscules très-gros et très-disiincts. C'est ce qui fit continuer Tusage de Tonciale jusqu'à ce que la minuscule fftt devenue assez dégagée pour être proportionna à toutes les vues.

(724) L*auteur de la Vie de saint Beregise, abbé fondateur du monastère de Saint-Hubert en Âr- (lennes, se trouva très-embarrassé (b) à lire une charte originale du comte Grimbert. À peine put-il y déchiffrer la v* année du règne de Thierri IV. tlopendant cet anonyme n'écrivait qu'en Tan 937 : c'est-à-dire un peu plus de deux cents ans depuis la date du diplôme, dont il jugeait l'écriture si barbare.

(725) Quoiqi^e D. Rivet nous donne (c), comme un de^ phis habiles antiquaires et déchiffreurs du xn^ siècle, Gaultier, oui rétablit la plupart des registres publics, enlevés par Richard l"', roi d'Aneleterre , à Philippe-Auguste, nous ne yoyons nul fondemeiit à cet éloge, ni dans les qualités que Guil-

iaume le Breton attribue à son esprit (d), ni dans le létail qu^il fai^ dés matières contenues oans ces reg'stres pillés. Le travail auquel présida Gaultier le , une n*avait besoin que crun homme judicieux, actif et fort laborieux. Aussi les louantes que lui donne la PhjUppidfi ne vont-elles pas au-delà, i il ne reste aucune trace d'un ouvrage si singulier, dit Tabbé Sallier (e) , dans sa savante Notice d'un regis-

(a\ Epist. 3 ad Daniel, episc. Winton,

ib) Sœcnl, iv Bened-, piria. i, p. 291: AnnaU Bencd.,

t. IL p. te.

(c) l/i*/. /!// , i. IX, p. 16 i, ICj,

des hommes assez courageux ppur essayer de déchiffrer les diplômes mérovingiens : mais, durant les quatre siècles suiTants, ou se contenta des anciennes copies, lorsqu'on en avait. A leur défaut, ces pièces passaient pour indéchiffrables. C'était leur faire grâce que do ne les pas ju2er indignes d'être transmises à la postérité. L'oubli auquel on les condamna servit peut-être autant à nous les conserver, qu'un reste de vénération pour des monuments d'autant plus ^respectables

3u ils étaient moins coimus. Ce qu on a dit e la cursive mérovingienne est également applicable à la romaine et h la lombardique. Les actes en cursive romaine n étaient pas à la vérité si répandus qu'ils le sont de nos jours. La plupart, renfermésdans les archives de Ravenne, ne piquèrent la curiosité d'aucun antiquaire avant le xvi* siècle. 11 n'en était pas de même des écritures lombardiques. Peu de contrées en Europe où elles n'eussent pénétré, parle moyen des bulles des Papes, Quelqu un néanmoins savait-il les déchiffrer au X* siècle , il ne laissait pas d'être, en France, regardé comme un homme presque unique dans sa province. (726) Tout uq diocèse avait recours à ses lumières. Mais les pièces étaient-elles anciennes, au moins

ire de PhiHppe-Auguste ; à moins qu'on ne dise qu'il se retrouve dans ce que le Trésor des chartes possède d'antérieur à Tannée li9i, oui estTépoque de la journée de Fréteval. En ce cas uaultier n'aurait pas fait un aussi gr^nd effort deniérooireque nous Iç pensions, et ses recherches n'auraient pas remonté bien haut ; puisqu'il li'y a , dit Dupuy, aucune pièce au Trésor des chartes, que devuis le roi Louis le Jeune^ dont le règne finit en 1180, > On ne peut donc pas conclure des travaux de Gai\ltier le jeune qu'il fàt ni habile déchiffreur, bien moina encore qu'il fût antiquaire. Les divers registres des chartes émanées de Philippe, depuis 1195 jusqu'en 1222, et conservés au Trésor des chartes et a la Bibiioihèque du roi, furent recueillis par les soins de Garin ou Gucrin, évoque de Sentis et chancelier. Nous |K>uvons juger de l'utilité de son entreprise par les registres mêmes qui sont parvenus jusqu'à nous : m(iis ils ne sont pas de nature à lui procurer les ti* très d'antiquaire et de déchiffreur. Le dernier peur» rait convenir, avec quelque raison, à ceux qui dressèrent alors et dans )es deux siècles précédents les cartulaires de plusieurs anciennes églises : puis-

3u'on y trouve souvent^à la tète quelques diplômes e la première ou de la seconde race de nos rois. (726) En 1075 (H, l'élite du clergé de Tours u« pouvant lire la bulle de Grégoire V, de l'an 926, appartenant à la collégiale de Saint-Martin; l'archevêque Raoul députa deux dignitaires à Barthélemi, abbé de Marmoutiers, comme au seul déchiffreur qui pût rendre le contenu de ce titre. L'écriture romaine ou lombardique. en laqueUe il était écrit, en faisait sans doute la difficulté la moins factle à vaincre. Il n'était toutefois ancien que d^un sièile et demi. Il n'aurait pas apparemment embarrassé des notaires ni des archivistes d'Italie, où cette écriture n'avait pas encore cessé d'être en usage. Quoi qv*il en soit, ces sortes de fait prouvent, d'une ijart, que les hommes capables de lire les anciennes écritures cursives étaient rares, et, de l'autre, qu'eUes étaient alors connues, et qu'elles n'ont pas, comme

\d) Pli:tipi)i(i.^ I. IV.

{e) UiH. de VAcadém. des Inscript., t. XVI, p 168,

\f} De rc f//V/ciîi., p. 6j9; AnnaU Bened., l. V, p. 3Ç.

de deux ou trois siècles (727), leur difficulté

Earaîssait au-dessus des forces de Vespiit umaiu. A peine y pouvait-on entrevoir quelques mots. A la renaissance des lettres » nos savants y furent étrangement embarrassés. C*est une chose plaisante de voir en quels termes Paradin (728) exagère la diffi* culte de lire un manuscrit de saint A vit, aujourd'hui placé parmi cem de la Bibliothèque du roi , et dont la lecture n'est plus regardée comme une affaire de conséquence, pour un antiquaire. Si quelques littérale prétend le P. Hardouin, été supposées au xiii* et iiv" siècles. La même conséquence suit de la difficulté qu^avait, au viu* siècle, saint Boniface à lire les livres de France; ce qui Tobligeait d'eu faire venir d'Angleterre. En parlant (a) du B. Barthélemi, deux fautes sent échappées à la plume du vénérable D. Rivet, c Raoul, dit- il, archevêque de Tours, ayant reçu, du pape Grégoire YII, une bulle, que ni lui ui ses chanoines ne pouvaient déchiffrer, renvoya à Tabbé, pour la lire et lui en faire une copie. On jugerait par là que Rome employait dès lors un caractère |>articulier dans ses bulles et ses res* crits. > Mais, i"* c'était une bulle de Grégoire V et non de Gréroire YII. ^ Le caractère de nos jours, dans les buUes, lom d'être une continuation de celui de oe temps-là, n*a nul rapport avec lui. Il était alors ordinairement lombaroique. Avant le milieu da xn* siècle, il céda la place , daus les rescrits des Papes y à l'écriture française. Cette dernière y persévéra, jusqu'à la renaissance des lettres, en oégénérant toujours un peu. EUe était devenue déjà fort gothique, il y a trois cents ans. On a dépuis affecte de la retenir daus les bulles, et non dans les brefs, et de la rendre à la longue encore plus go- Ihique que n'a jamais été le gotbigue le plus affreux.

(727) Au sujet d'une bulle de Nicolas I*% référée dans le cartnlalre de la cathédrale de Beauvais, on voit ime note (b) d'une main die quatre à cinq cents ans^ portant que ces lettres furent prises sur une copie, oui devait être ancienne, vers le milieu du XI* siècle, auquel on fixe Tàge de ce cartulaire. Quant à la bulle même , on ajoute que la manière dont elle est écrite la rend presque indécbiffirable.

(728) c Je ne veux (c) pas omettre, dit-il, qu'en régllse de Saint-Jean (de Lyon) se trouvent certains livres fort ancieus, écrits en écorces d'arbres, dont run est lisible, et contient un commentaire sur les psalmes; l'autre, qui n'est relié, ains lacéré et imparfait, est écrit en caractères antiques, et qui bonnement ne se peuvent lire (combien que la le^^ soit belle et nette), et semble à plusieurs, qui ne sont stylez à tels caractères, que ce soit lettres grecques: mais véritablement ce sont lettres latines, dont la forme est dissemblable aux nôtres, pour la diversité des caractères : qui fait que quelque bou esprit que ce soit, i| lui seroit mai aisé d'en lire une page en bult jours. A la vérité ce sont des œuvres «f Avitus« archevêque de Yieniâe, qui florissoit environ Tau cinq cents et vingt, i

Eu l468,Ferriz, depuis cardinal et archo'èque de Tarragone, envoyé à Liège par Paul U, avec la qua* iité de coramissaure apostolique , vit chez les Croisiers d'Aix-la-Gh.apelle un manuscrit du concile de Çbalcédpine, qu'on croyait avoir été trauscrit peu de lenps après sa célébration. Pour satisfaire au désir qu'il eut d'en avoir une copie, on ne put découvrir qu'un seul homme, à Cologne , qui osât entreprendre ce travail, TanUB quidam vetustalis fuit,

{a) HiU. Uuer., t. VIll. p. tS5.

(6 De m dipkfm ., p. 640.

U) Km de tjMM, p. ta5.

(rf) Cowf., i, |\, roi. 888.

(€) Pa|. 947.

teurs (729) do xvi* et même du xvii* sièele» avant dom Habillon, parvinrent k déchiGTrer des mâinuscrits de cette nature, ils lui lais-i sërent toute la gloire d'aplanir la lecture des diplômes. Une seule pièce en cursive romaine (730) fut capable d arrêter tout court le célèbre Lambécius (731). Ce fut pour lui un chiffre où jamais il ne put rien comprendre. Voilà quelles sont ces écritures fabriquées par desjimposteurs, au jugement des PP. Ger^ mon et Hardouin (731^). Ne rappelons pas les inconvénients sans nombre qu*entralne ce

ul nût cum dificuitaU UgeretuT ^ et unai duntaxaî in Coloniensi civitate excopiare prœ$umeret. Le P. Labbe (d) dous apprend ce fait dans une note tirée de (e) CraM)e. Il y a du reste tout sujet de coire que ce n'était pas une cursive romaine qu'il fût question de rendre en écriture ordinaire. Il aurait lallu chercher un décbiffreur ailleurs qu'à Cologne. Probablement on ne l'eût pas trouve dans toute TAliemagne, ni même nulle part: puisqu'encore deux cents ans après, le célèbre Lambécius fut réduit à faire graver une charte de l'an 504, sans pou* voir la déchiffrer.

(729) Aide Manuce rapporta de France h Venise un Pline le Jeune en écriture si différente de la nôtre (/*), qu'il n'était pas possible, selon lui, de la lire, à moins qu'on ne se fût familiarisé avec elle à force de l'étudier. D. Mabillon (g) conjecturait que cette écriture n'était pas différente de la mérovingienne. Adrien de Yaiois {h) s'exdUque ainsi sur le manuscrit de saint Grégoire de Tours, dont Joli a lait présent à la cathédrale de Paris : c II est écrit en lettres barbares si liées ensemble, et tellement entrelacées, qu'il faut presque deviner pour le lire, t Ce n'est pourtant qu une écriture mérovingienne, qui n'est pas des plus difficiles.

(750) De re dipJom., p. 568, 458 \

(734) Quelque torture que ce savant homme eût donnée à son esprit pour se mettre an fait du papier d'Egypte, que D. Manillon a fait, d'après lui, graver à la fin de son v* livre de la Diplomati4fue ^ il (t) fui forcé de reconnaître qu'il n'avait pu ni le lire ni le deviner, tant cette ancienne écriture, quoique latine, lui avait paru obscure, embarrassée et difficile à lire. LU tpse, dît-il, hactenu9 nec veram Uctionem^ nec verum sensnm ratiocinando , $eu potius divinando^ (usequi potuerim. D. Mabillon s'en tira as$îez heureusement ; mais il n'en fut que plus frappé des conséquences qui s'ensuivent des diflicullés, éprouvées , dans pareil cas, par des hommes de la volée d'un Lambécius, d'un Brisson, d'un Goscelin, garcîc de la Bibliothèque du roi. Si des (j) savants d'une érudition si consommée n'ont rien compris dans ces monuments antiques ; si les plus clairvoyants y ont fait autant de fautes qu'on en remarque dans la

{première copie de la charte de pleine sécurité, dont 'original est gardé à U Bibliothèque du roi, comment s'en seraient tirés des écrivains du commun ? Comment d'anciens copistes de chartes n'y auraient^ Ils pas fait des bévues énormes? Qu'on cesse donc de tenir pour supposées certaines copies pleines de fautes , tandis que* le» originaux mêmes n'en sont

Îms exempts. C est le précis des réflexions de ce* udicieux auteur. Ajoutons, avec tout le respect dû. \ ce grand homme, qu'il n'a point lu, ou qu'il a mal lu plusieurs endroits de cette charte, qui ne sont paà

^QU0in4

' (751') Discept. i, c. 4.

if) Bpi9ê.adAloyshnn8mm. vmei.

{ g) De re dipicnLf p. 50. - ^

(n) BeàM rirancw. \. lUVt^ùA.

BiblioUi. Cœsar. t. Vlil, p. 647.

{) VeH diplom., p. 457*.

DICTIONNAIRE D£ PALEOGRAPHIE» ETC.

système révoltant : ne nous amusons pas à le combaUre par la difficulté, constatée dans

Sresqutf tous les siècles, de les lire, et surtout epuis qu'elles eurent cessé d'être en usage. Nous ne manquerons pas d'occasions pour pjrouver de plus en plus l^ur sincéri^.

L'écriture cursive Caroline, quoiquebeaut coup plus a\séf} que la corafl(ine^ la méroviur gienne, et la lorobardique, ne laissait pas d'embarrasseç fort ceux qui entreprenaient de la lire , sui'^out depuis qu'elle eut été tolal,epfieJit abolie au x\V siècle (732).

Mais que peut-on penser de l'exactitude des copies qu'on cite des plus anciennes écritures, dans les temps où l'art de déchiffrer était yoilé des plus épaisses ténèbres? Il n'est pas absolument impossible qu'on n'ait fait alors de quelques dipUlim.es des copies très-fidèles. Tous les ft^es ont produit des hommes crune pénétration , d'une pa-t tience et d'une sagacité à laquelle rien de possible ne peut se refuser. Mais, il faut en tomber d'accord , avant ces derniers temps ils devaient être très-rares. Les copies prises sur des originaux si difficiles à pénétrer, lorsqu'on n était point guidé par d'anciens transumpts, durent pour Tordinaire être ex-, trèmement fautives. De là tant de pièces rejetées ,. flétries , parce que leurs oriçinaux n'auraient pas manqi]^ de l'être , s*iTs leuic eussent été conformes. Mais lorsqu'ils ont vu le jour, l'honneur de ces pièces a été rétabli , parce qu'ils ne ressemblaient point aux copies inudèles qu'on en avait tirées faute de les savoir bien lire. Au contraire, la perte des autographes a souvent entraîné celle de leur réputation , sans que l'intidélité des copies présumée, mais non démontrée» ait fait suspendre des jugements trop sé-t ▼ères ou trop précipités. (Ten est assez sur la difficulté de lire les manuscrits et les diplômes : voyons maintenant quel fut le sort de l'écriture.

IL L'art dCécrire estimé des Homains; les

néanmoins indéchiffrables. Nous n'en citerons qu*iin exemple. H lit, pour note chronologique, Rufio Peironomieo Magno Cetkegon ou Cethegone cotunks. U doute, à la vérité, s'il ne faut pas viro ctarissimo. Au surplus, il reconnaît de grandes difficultés dans les prénoms, et surtout dans Petromonicoy qui n'est pas même latin. Mais en vain a-t-ii recours (a) à des conjectures. Il fallait, pour dissiper les nuages, lire Rufio Petronio Nicomago , autrement : ( Ntco-

(733) Eymeric de Peyrat, abbé de Molssae, transf crivit, au xiy* siècle, un diplôme accordé, l'an 8tô, en faveur de son monastère, par Pépin U, roi d'Aquitaine. Mais il avoue quUl était difficile à lire, attendu que l'écriture était très-ancienne. C'est probablement de cette difficulté que naissent certaines fautes d*écriture qu'on remarque dans les copies de ee dipléme. Le nom de gemtor pour pragenitor, donné à Louis le Débonnaire, pourrait bien être de ce nombre. Dom Vaissette (b) soutient cependant qu'en riffueur, la .dénomination de geniior a pu être attrinuée au grand-père, et qu'on ne voit rien, d'ailleurs, dans ce diplème dont on n'a plus l'original, qui ne convienne au style des autres rois de la seconde race.

(753) Le tachygraphe des Grvcs était le notaire

{a) Veredip!om.,p. 437.

sénateurs et les esclaves le cultivmi ; les bar^* bares le négligent par une suite d<t leur mé* pris pour les lettres. — Tous les peuples polices estimèrent Tart d'écrire. Les Gtecs et les Romains regardaient » comme idiots et rustiques les hommes . qui Tignoraiént. Us ne négligeaient pas de le faire appren-. dre à leurs esclaves , à ceux mêmes dont ils ne prétendaient pas orner l'esprit de diverses connaissances. Les Romams, non contents de s'être déchargés sur eux du soin d'écrire en notes , leur firent exercer une partie des fonctions de notaires, avant qu'elles fassent érigées en charges publiques. Ce furent des notaires affranchis qui formèrent une science réglée des abrévia-. tions et des notes , auparavant livrées eu caprice de chaque écrivain , coqime elles le sont encore aujourd'hui. Ils dressèrent d'am-r pies recueils de celles dont ou ét^it en pos-i session ; ils en inventèrent de nouvelles et les réduisirent pap classes. C'était parmi les esclaves que les Romains trouvaient des copistes capables de recueillir les discours privés ou publics, avec quelque rapidité qu'ils (ûssent dictés ou prononcés. Les Grecs les appelaient tachygraphes ; et calligraphes ,. ceux dont Tofïice était de mettra au net les minutes (733). Mais souvent ces deux emplois étaient réunis dans la même personne.

Si les Romains abandonnaient ordinairement aux esctaves l'emploi de copistes ^ ils n'en avaient pas moins d^estime pour fart d'écrire. Ils faisaient gloire de s'y ap^ pliquer, et plus encore d'en tirer parti pour les compositions qu'ils méditaient. Ils écri-^ valent souvent leurs lettres de leur propre main. Les empereurs mêmes ne s'en dispensaient pas toujours.. Plus de deux cents ans avant Jésus-Cnrist les femmes savaient écrire (73^). Celles qui n'avaient pas le talent de le faire avec grâce ne laissaient pas de s'en tirer comme elles pouvaient (735). Quin->

macho) viro Hariisimo consuls. Quoique cette vraie leçon ne change rien à la date, il en faut souvent beaucoup moins pour tout déranger. Encore une Cois» si un antiquaire aussi habile que 0. MabiUon hésite et même bronche quelquefois dans la lecture d'une charte romaine, que peut-on attendre de co-

gistes postérieurs au ix* siècle, lorsau'iis sont tomes sur des monuments presque également difficiles ?

des Romains; et le calligraphe des premiers, Pantiquaire , le iyi)raire , et quelquefois le scribe de ceux-ci.

n34) Plaiit., PteudoL^ act. i, se. i.

(735) Les mauvaises écritures furent de tous les siècles. Elles ne décrient que ceux où elles sont familières aux personnes qui, par état, dcvraieat le mieux écrire. Qu'une femme traçât des lignes si peu* droites que les lettres semblassent montées les ânes sur les autres et tracées de la patte d'une poule ;

Stt'il fallût une sibylle pour les déchiffrer , on ne oit pas conclure de ces plaisanteries de Piaule, que , de son temps , récriture fût fort mauvaise, mais plutôt qu'elle avait coutume d'être lisible, droite et bien formée ; qu'il v avait toutefois des mains griffonnantes, et que telles étaient pour Tor-

(6) UUL de Imgued,^ 1. 1, Fretft^s, p. 92.

PAL£0GRâPH1E.

bU

tilieo (736) semble se plaindre que^ de son temps» on le négligeait, non pas jusqu'à dé daigner d'apprendre à écrire , mais jusqu'à ne pas se soucier de le faire avec élégance et promptitude. L'empereur Carin est blâmé par Vopisaue d'avoir porté le dégoût pour récriture, jusqu'à se décharger sur un subalterne du soin de contrefaire sa main dans les rescrits et dépêches où sa signature devait paraître. Lorsque l'empire romain subsistait encore dans toute sa splendeur » l'estime que les barbares faisaient des Romains rejaillissait sur leurs mœurs , leurs arts et leurs usages. Mais quand ils les virent domptés et détruits par des hommes sans savoir , comme ils n'apercevaient rien qui mît plus de différence entre eui et les Romains que les arts et les sciences , ils se figurèrent que les lettres énervaient le courage , et qu'il ne fallait pas chercher d'autre cause de la chute des Césars, du renversement de Rome et des victoires continuelles , remportées par les peuples incultes et grossiers du Nord sur les Romains. , polis et cultivés par les lettres. Prévenus de ces fausses idées , ils n'avaient garde de s'appliquer à l'étude (737). Et pour ne point s'exposer à la tentation de se passionner pour elle , ils s'en fermaient pour toujours la porte , en ne voulant pas même souffrir que leurs enfants apprissent à lire et à écrire.

III. Rois , reines , empereurs^ qui ne sc^ raient pas écrire. Charlemagne était^il de ce nombre ? Autres rois , princes et grands , â qui Vart d'écrire fut toujours inconnu. — Rien alors de plus ordinaire que de voir des ffrands et des princes incapables de mettre leur nom par écrit. Théodonc, roi des Ostrogoths , quoiqu'élevé àla cour de Consiantinople, ne le savait pas. Il fallait bien que le roi son père eût à cet égard notifié ses m-

diuatre celles des femmes. Au reste , difficilement |iourraii-on entendre les expressions du poète comique de toute autre écriture que de la cursive roniame. Peut-être aussi fait-il allusion à la forme. Plusieurs de ses lettres sont communément appuyées, et pour ainsi dire entées les unes sur les autres. Telles sont Va et le c, mais surtout Ve et le r, sans parier de celles qui leur servent de base, en bien plus grand nombre. Sur la fin du v'ii* siècle et vers le commencement du vnr, les lignes des écritures mérovingienues, de celles mêmes des diplômes royaux, sont assez sujettes à monter et à descendre. On en voit aussi de peu droites dans quelques diplômes du roi Eudes, malgré les lisnes blanches urées exprès pour r^ler récriture. Mais , en fait de mauvaise écriture, vit-on jamais rien de plus détestable que les pieds de mouche du xv* siècle, les tirades du xvi* et le griffonnage de nos sergents ?

(756) In$tU. orat,, lib. i, c. 1.

(757) Us ne concevaient rien de plus beau qu*une bravoure aveugle. Se rendre redoutable à tout le monde,, piller impunément ses voisins, c'était là, selon eux, le comble de la grandeur, la source de la vraie illustration, de la gloire et du mérite. Leur manière d'envisager les sciences, et celle de Rousseau de Genève, n'éuient pas fort différentes. Mais Us se seraient crus dégénères en Romains s'ils avaient su, comme lui, plaider la cause de rignorance.

(738) La politique des Romains, depuis *^-""'' l

{O) DiKopl. i| p. 13S él scqci.

tentions. Sans cela l'éducation d'un jeune prince de dix ans, donné en ola^e à l'empereur Léon , aurait-elle été négligée jusqu'à ne pas le rendre capable d'écrire sou nom (738)? Mais ce qui fait bien voir que c'était une ignorance affectée et par goût de nation, c'est que Théodoric lui-même, devenu souverain de l'Italie , ne permettait pas à ses Goths de fréquenter les écoles des anciens habitants du pays (739). Les principaux d'entre les Gotbs, indignés de ce que Amalasunte faisait étudier son fils Athalaric, successeur de Théodoric, s'en plaignirent commode la chose du monde 'la puis opposée aux mœurs d'une nation belliqueuse

L'empereur Justin, ïhrace d'origine et de basse naissance, ne savait ni lire ni écrire. Sa condition, sa patrie demi-bar-* bare, et depuis longtemps en proie aux peuples du Nord» qui Tétaient tout à fait» rena moins surprenante l'ignorance d'un empereur qui d ailleurs avait commencé par le métier de simple soldat.

Nos rois Francs ne parurent pas d'abord plus affectionnés aux lettres que les Goths » quoiqu'ils en fussent moins ennemis. Quelque superficiel que fût le savoir de Chilpéric (7i!k0), on le regarda comme quelque chose de rare. Depuis lui toutefois les exemples de rois et de reines qui ne pouvaient pas seulement écrire leur nom devinrent moins fréquents. On en connaît cependant plusieurs. Tels sont Clovis ]I (74i) , Childéric II (742) et Clovis III ; telles sont Nanthilde, Bathiide, et Clotilde mère de Clovis III.

Sur la fin de la d vnastie des MéroYingiens, les secousses terribles dont l'état fut agité achevèrent de détruire le peu de goût qu on avait repris pour les lettres. Les chefs de la race des Carlovingiens ne savaient pas écrire.

qu'ils se furent métamorphosés en Grecs, alla bien jusqu'à cacher soigneusemeut à leurs voisins les secrets de leur tactique ; mais, loin de leur faire un mystère de Tari dTecrire, ils auraient cru adoucir utilement pour eux-mêmes la férocité des barbares, s'ils avaient pu leur communiquer leur goût pour rétude et pour les sciences.

(759) Procop., De bello goth.^h i, c. 2.

(740) Chilpéric fut le premier de nos rois qui eut quelque teinture des sciences et des belles-lettres. Peut être fut-il aussi le premier de ceux qui surent YéritaMement écrire. Depuis lui, les rois mérovingiens, ou du moins la plupart d'entre eux, ne Fignorèrent pas. Nous ne voyons même que des rois enfants sur qui puisse tomber cette ignorance. Mais on ne peut dire qu'elle ait toujurs duré, si ce n'est qu'ils n'aient pas assez vécu pour acquérir la disposition contraire.

• (74i) De te diplom., p. 4iO, 376 et seqq. 6Ô(« et 608. Le P. Germon (a) et Raguet (b) entassent ciulion sur citation, pour prouver que Clovis II, c'està-dire un enfant de quatre ans, savait écrire et signer. Mais toiites ces prétendues signatures ne sont que de purs monogrammes, faits soit avecdesestarapilles, soit avec ces tablettes percées, dans les ouvertures desçiuelles on faisait passer le calamus, eu tenant la main du jeune prince.

(7i2) Longuevàl, t. IV, p. 4*.

{b\ Hi$f,d€i cciUesL sur la rf/pfom., p; 19^ el lulr*

UCTIONNAIRË DE PALEOGRAPHIE, ETC.

C'est au moins ce qu'on peut dire de Pépin le Bref et de Garloman. Charlemagne lui* même ne Tavait pas appris d'enfance (lk3). Les tentatives qu'il fit, dans un flge plus avancé , pour façonner sa main à l'écriture, et le peu de succès de ses efforts, le prouvent lissez.

(745) Plusieurs auteurs ont mis en problème 8*il savait écrire. Les uns ont répondu {a) négativement, les autres ont {b} soutenu ratTirmative : d autres, en plus grand nombre, disent qu'il ne put jamais par* venir à peindre les beaux caractères, tels qu'étaient les majuscules, usités soit dans les manuscrits, soit ii la chancellerie: qu'il était néanmoins capable de tracer ceux de récriture ordinaire. Celle à laquelle il s^ppliqua sans succès n'était autre, au sentiment de (ç) JPurchard, que l'ancienne germanique, dont la forme grqssièr*; et rustique ne méritait pas qu'un si bon esprit prit tant de peine pour ne rien apprendre. LesdilBcultés qui, relativement à l'acquisition de l'art d^écrire , arrêtèrent les progrès de Cliarleroagiie,Franziu8,dans sa \ie,les réduit à n'avoir pu rendre exactement par des images les mouvements des astres. L'application du monarque eut nn tout autre objet aux termes d'Ëginhart, oui ne dissimule pas son ardeur pour l'astronomie, nafféi non content de se ((f) déclarer pour la première opinion conclut que D. Mabillon inclinait pour elle, de ce qu'il fait commencer sous ce roi l'usage des monogrammes, n aurait pu s'aqtoriser d'un texte bien plus précis, où le célènre Bénédictin (e) se croit appuyé d'Ëginhart, pour avancer qu'un prince d*un si vaste génie et d'une si grande érudition ne savait pourtant pas mettre son nom par écrit. Le docte marquis s'élève contre Lambécius et le P. Pagi : parce qu^Us out, selon lui, prétendu faire consister dans la formafien des grandes lettres, dont on use à la çhànchellerie, l'écriture à laquelle Gharlemagpe avait essayé d*accoutumer sa main sans pouvoir y réussir. Les expressions de Lambécius (f) semblent n*avoir pour but que les lettres historiées ; Ëginhard aurait donc plutôt refusé à Charles la qualité de peintreAue celle d^écrivain* Mais qui croira qu^un (g) si grand roi ait perdu le temps a peindre de belles majuscules? Baudelôt était pourtant si enchanté de cette manière d'expliauerËgiubard, que, pour la faire triompher de toutes les autres, il propose sérieusement \h) de changer son scribere en pintjerc et Utteris en HneameMh. Qui pourrait soutenir pareille licence, ^ous priétexte de correction?

Mauéi est à son tour combaUu par (t) D. Nas- 0are. Ce dernier lui reproche ainsi qu'à D. Mabillon de ne pas entendre Ëginhard. Heuman (;') n'est pas moins persuadé qu'on ne le comprend pas, quand on conclut de ses paroles que Gharlemagne ne savait pas écrire. Il fautj jk soii avis, les restreindre à la belle écriture des ( calligraphes. C'est aussi le parti que prennent D. Rivet, D. Bouquet, Jean- Georffe Ëckfaart, d'après Schminck. Le P. Longueval (k) interprète de même la prétendue incapacité de cet empereur, f II s'agissait apparemment, ditril, de l'écriture dont on se servait pour transcrire les livres, et qui était différente de l'écriture usuelle. P^ailleurs on conserve, a ce qu'on croit, les origînaux de plusieurs chartes, où Charlemagne a sous- ^it de sa propre main par un monogramme, dont

{a) Pleimt. BM.ecûl^j t. IX, I. xuv, p. 472; Leblanc, Trmédamm,,, p. 90; FoNTAninf, Tbuiie. dip/f p. \'(^

(b) Àwguiaqumiiue CarofonunMtioria »b Adamo a Za- Iisda; Novê ofta etudit,^ nov. 1757.

(c) De Imguœ lain. in Cermaina falis, c. 3, p. 61. (4) ^erona H'tulrma,, col. 337.

le) De re iliplmi,, Su|»plefn., p. 20.

(0 BibHaiH. Cϐor., lib. ri . c. 5, p. 263, 361.

(g) RcKAUT, It^Kfit Vranè.f t. !» lib. xxiv, p. G81.

La même ignorance avait cours en Angleterre, et les rois anglo-saxons n'en étaient Êas exempts. Withred^ qui régnait sur la n du vil* siècle et le comcQencement du viii% ne savait pas signer son nom (7W). A peine Tassilon, duo de Bavière, en pouvait-il former les premières lettres (7W).

les lettres, qui composent son nom, sont très-bien formées, i Nous passons ce monogramme, que le P. Longueval a soin de faire représenter : quoiqu'en bon hardouiniste, il ne crût pas au'on ait aujourd'hui les originaux d'après lesquels il est tiré. Mais aui ne le prendra pour un grand antiquaire, quand prouve qu'un prince savait écrire, parce que les lettres qui composaient le mono^ammede son nom, étaient bien formées? Comme si elles n'avaient pas été tantôt imprimées avec des estampilles, tantôt tracées au travers de tablettes percées, tantôt formées par les mains des secrétaires! C'est ce que nous ne tarderons pas d'exposer en peii de mots, en attendant que nous traitions des monogramjmes. Si notre sentiment pouvait être de quelque poids, pour concilier ceux de tant de grands hommes autant qu'il est possible , nous accorderions à D. Mabillon qu'au temps où Charlemagne introduisit l'usage des motiogrammes il ne savait pas encore écrire. Nous ajouterions qu'après Tavoir appris, il ne se départit jamais de sa première façon de signer. Nous ne voyons, dans la Vie de Charles par Egi-. nhard (() , ni cette ignorance totale de l'art d'écrire, ni cette oipacité pour une sorte d'écriture, à l'exclusion des autres, que plusieurs lui s^ttribuent. En un mot il savait écrire, m^ls il oedevint jamais habile dans cet art. C'est, ce semble, (out ce qu'on peut inférer de ce texte : tenlabat et icribere^ tabulasque ei codiciltos ad hoc in tèctulù sub cervica{ibus circum^ ferre solebat, ut^ cum vacnum tpnpus eneiy manun, efiffiendis iitteriê assuefaceret : ud V^pi^'"^ mccestix iabor prœpotterus ac sera inchoatu$. S'il restait quelque doute, il serait résolu par un autre passace dii mène auteur. Il y ei^t (m) expres.séii^ent porté qu'il ÉCRIVIT et ou 'il apprit par cœur les vieilles chansons barbares, ou Ton célébrait les exploits et les guerres des anciens rois : barbard et aniiquUsima carmna, guibus veterum reaum aetu^ ae belia caneban tur^ scripsit. Ce qu'il Ut par lui-même pour la correction des livres (n) suppose aussi qm^il savait écrire. Lambécius (o) atteste que, dans la fiibliothè-

Sue impériale, on coiftserve un mf nuserit corrigé e sa propre main. Mais ce qui parait encore plus décisif, un concile tenu à Fismes, au diocèse de Reims, et dont on croit les actes dressés par le fameux liincniar, porte que Charlemagne avait aa chevet de son lit des tablettes avec un stylet, qu'il y marquait ses réflexions les plus avantageuses au b^n de l'Eglise et de l'Ëtat, et qu'il les compiuniquait ensuite à son conseil. Le fait est apuyé sur le rapport de (éiuoins oculaires, ab Hlis audivit qui iH'' terfuerunt, Ëckart fait célébrer ce concile, qu'on ap : pelle apud $a»çtam Macram, sous Charles le Chauve. D'autes le fixentà l'an 881. Quoi qu'il en soit i ce témoignage peut servir de commentaire au texte d'Eginhard. Il sera donc restreint à une écriture ni belle, ni hardie, et non à l'impuissance d'écrire

(744) Spelman, conciL^ t. 1, p. 193, 19S.

(745) Metropol. Salisb., L I, p. 125.

(A) De C'utitité des vùuagfi$, t. H, p. t2&

(() BiliiHh. wwerstu,^ prologo, fol. ixxin, v*.

(;| Comment, de re diploM.^ cap. 2, § 62, p; 1 18. . {h) Toin. IV, p. 526,

{ i ) Bouquet, t. V, p. 99, n. 29.

(m) IMd., D 29.

' (n) Nul. littér., t lY, p. 370, 409, 410.

(o) Lib. Yiii, p. 615.

PALEOGRAPHIli:.

bii

Herbaud, comte du sacré palais, ei par conséquent le chef de la justice de rempire, en 874, était encore moins habile (74.6), Pliiaieurs autres seigneurs d'Allemagne se Irouraient dans le même cas (74-7). Quoiqu'en Orient l'art d'écrire fût plus cultivé, on y vit un Basile le Macédonien augmenter le nombre des princes incapables de signer un acte dans toutes les formes (7W). « LMenorance^ qui régnait dans le ix* siècle et les suivants, dit D. Hyacinthe Mo* rice (7W)i était si grande, que les laïques nesavaient pas même écrire leurs noms (750) . » Ce mal empira durant les x% %v etxii* (751). Guillaume le Conquérant, tout amateur des savants et tout grand monarque qu'il fût, ne se distinguait point par cet endroit. Phi-» lippe I", son seigneur suzerain, quoique son

(116) Annal. Bened., t. IH, p 186.

(747) U ne faut pas douter, dît (a) Ludewig, qtt^il h^jraîteu des empereurs qui ne savaient pas écrire:

Elsque les princes mémefi n*avaient pas nonte d'atter leur ignorance dans les dipidttied, par cette mole solenndie : quia Httera$ nescio; caractere$ pingere ignora; propter i^norantiam litterarum: et en allemand : Weitich schreibens uner fahren. Cependant cela ne doit pas s'étendre, continue Ludewig, k un si gritnd nombre. D^ailleurs ceux qui ne savaient 'pas écrire imprîmaierit leur nom avec des estampes de bois on de cuivre, ou bien dirigeaient, au travers de lames percées, les mouvements de la plume. Hs suppléaient encore à leur ignorance par des marques, que nous appelons handgemerk, handxeicfien^ par des croix, par des Âgures monstrueuses. Enfin les témoins, les dates, les sceaux, les chanceliers, les chapelains ou les notaires suffisaient pour revêtir les chartes de toute Tauthenticité qu'on exigeait alors. Ainsi Ton ne peut rien conclure de là contre la multitude ni contre la sincérité de ces pièces.

J748) VLCimY, t. XI, p. i97, i98.

749) Mémoire pour servir à thist. de Brei.^ t. 1, r.,jp. 8,

(7S0) U n'en faut pourtant pas inférer que celle ignorance s'étendit à tous les laïques, mais seulement à leur très-grand nombre. Nous en voyons encore alors quelques-uns signer des diplômes, nonseulement en Italie, où cet usage se soutint bien plus longtemps, mais même eu France.

(•75l)L'illustre auteur du Nouvel abrégé chrono» logique de Vhistoire (b) de France n'en dit peut-être pas assez , lorsqu'au x« siècle il représente Vigno^ rance comme si profonde^ qu^à peine les rois, les princes. Us seigneurs, encore moins le peuple, <ataient lire : mais n'en dit-il pas un peu trop , quand il ajoute qu'ils connaissaient leurs possessions par tusage, et n'avaient garde de les soutenir par des titres : puisauHls ignoraient l^tuaçe de l'écrilure ? Sur Tannée 929 il avait déjà dit : Ici finissent les capitU' laires (e) de nos rois. Les plus anciens litres, dont nous agons connaissance depuis, ne comtfiencent qu'à Louis le Gros, à l'an iiOO ; encore jusqu'à saint Louis, si ton en excepte Vordonnance de Philippe Auguste de Van 1190, ^e ne sont que chartes parlicu" itères accordées à des églises, etc. i* Les exceptions à rignorance générale s étendaient alors si rarement aux seigneurs, qu'il n'était pas nécessaire d'y recourir en leur faveur. ^ Quoique presque aucun laïque ne sût écrire , on ne laissait pas de soutenir

la) Miliqmœ nus. et dipkm.^ L L Prsf., p. 99, 93. it) 4*âit.lo»>,p fô.

ic) Pag. 7i.

{d} V. les recoetlsde Balvze, des Pères d'AcanT, M akeknm H DuRAifi», le?r Itvrede {sViptomaHque, lelPtouie

inférieur à divers égards, n'était, h celui-ci, que son égal. Les xi* et xii* siècles ont néanmoins eu deux rois de France lettrés. Robert et Louis le Jeune : mais alors diiBcilen^ent trouvait-^on quelque homme qui ne fût pas d'église, et qui sût écrire (752).

IV. Ecclésiastiques qui ne savaient pàê écrire f ou qui ne daignaient pas signer, — On n'est pas éionné de voir des laïques ignorer Tart d'écrire , surtout depuis que U barbarie eut couvert la face de la terre. Que des ecclésiastiques ne Tarent pas su, qu'ils l'aient déclaré nettement, c'est ce que certains écrivains de nos jours, qui jugent des mœurs antiques paries nôtres, ne sauraient digérer. Quelle sera donc leur surprise, lors* qu en Occident, comme en Orient, on leur prouvera ces faits par des exemples aiité»

souvent ses possessions par des titres antérieurs ail x^ siècle. Il y a plus, malgré les divers moyens pratiqués pour se dispaiser de dresser des actes, la coutume et les lois mêmes obligeaient de se faire expédier des chartes en difiërenies occasions. L'obligalion étroite cessant, les plus sa^ ne laissaieut pas de donner la préférence aux titres sur les symboles d'investiture et les contrats non écrits. Dès le X' siècle, la mode fort accréditée des notices historiques, dressées avec des formalité plus ou moins solennelles, prouve assez qu* on n'aimait pas à s'en tenir à des conventions ou donations verbales, quoiqu'en présence de témoins. Enfin un nombre tres-considérable de chartes (d), dont les originaux subsistent encore, ou tirées de cartulaires des x<» et xi« siècles, pour ne rien dire des suivants* attestent qu'on ne discontinua jamais de soutenir ses possessions par des titres.

Il serait absurde et contrmre aux notions les plus communes de croire qu'il ny ail point eu de titres depuis 919 jusqu'à fan liOO (e). Ce ne fut jamais la pensée de l'illustre auteur : nous en sommes certains par son propre témoignage. U passe si rapîdénient des capitulaires de nos rois à ce qu'il appelle les anciens titres, de ceux-ci aux ordonnances, et de ces dernières aux chartes , qu'oii a lieu de juger qu'il n'a pas prétendu approfondir la matière: aussi pourrait-on dire qu'il en élait en quelque sorte dispensé par la nature même de son ouvrage. N'exigeons pas d'un savant historien, oui se pro« pose uniquement d'offrir des vues, générales, qu*il parle avec la précision qu'on a droit d'attendre d'un disseruteur, qui n'embrasse qu'un point parti-' culier.

(752) Sur la fin du xin* siècle l'art d'écrire com« mençait à reprendre faveur parmi les laïques. Cependant M. de Valbonais (/) npus apprend qu'il était encore fort rare de voir des personnes qnà sussent lire et écrire, t De huit témoins, qui iureni

Srésents à l'ouverture du testament de Guillaume e Beauvoir, il y en avait cinq qui ne sayaienl pas écrire, et qui s'en remirent à une maîa étraii». gère, pour la souscriytion de leur nom. » C'étail en 1177. Au commencenient de ce siècle, peut-être ne s'en serait-il pas trouvé un qui pài souscrire. Ou comprend bien que nous ne parlons ni des ecclésiastiques, ni des juges et notaires laïques, qui cosh mençaient à être distingués des vrais dercs : quoî^ que ceux-ci exerçassent encore asçez fréquemmenl les fonctions des uns et des autres,

de l'Histoire générale de Imgusdfie, et le iX« des ttislo^ riens de France, recoellUs p«r D. Boooukt, eio.

(e) UUr. de M. le Président Hénault.

(/) Uisl, d; Dauphiné, t. I, p. ttS.

DtCTKKOlàmE DE PAtEOCRAPBtE, ETC.

wOV

rieurs i l^innondalion des baitwes, et rontemporaiiis aux siècles les plus florissants de rempire de Conslantinople ? Que répliquer, quand on leur fera voir en 411, a la conférence de Carthage (753), un évêque, par pure incapacité, hors d'état d'écrire son nom ; deux prélats, revêtus de la même di*gnité dans le conciliabule d'Ephèse, ne pouvoir signer : plus de quarante évêques, au concile de Chàlcédoine, réduits à signer par les mains d'autres évêques, ou recourir à celles de leurs prêtres ou de leurs diacres? (754)

Si des évêques obligés d'attester par leurs signatures les actes des conciles généraux auxquels ils étalent députés, s'en déchargèrent sur des mains étrangères , on n^exigea pas des abbés, des prêtres et des clercs, qu'ils signassent toujours par eux-mêmes. Le concile sous Menas f755) nous fait connaître deux supérieurs ae monastères, dont la capacité n'allait pas jusqu'à savoir mettre leur nom au bas d'un acte. Plusieurs des moines d'Orient (756), qui présentèrent contre Sévère (757) une requête à ce patriarche, quoique archimandrites ou supérieurs de monastères, et même prêtres, se virent car le même motif dans la nécessité de la faire souscrire en leur nom. De ce nombre fut Sâbbatius, prêtre et supérieur du monastère d'Hypace. Nous ne parlerons point d'un Gratien, sous-diacre, qui ne put mettre son nom à la célèbre charte de Ravenne, publiée et figurée dans le supplément h la Diplomatnaiique de D. Mabillon. Saint Benoit n'exigeait pas qu'on sût écrire (758), pour faire Îirofession de sa règle. Tous les moines ne e savaient pas encore au commencement du xr siècle (750).

(755) Collai., aie i,c. 433.

(754) LABBE,Co»ct/., t. lV,act.6, col. 58ietseqq.

(755) Acl. 1, col. 34, 35.

(756) On en compte au moins sept, dont quelqaes-uns étaient prêtres,

(757) Un., ConciL, t. V, col. 130, 155.

(758) Reg., c. 58.

Î759) Ft'LBfiRT. Garnot., ep. %i, 760) Lib. u, c. 22, n. 5, 10.

761) Hht. des ContesL, p. Id9.

(762) Geeu., disccpl. 1, p. US, U3.

(765) 1'' suppknt. à ladéfente de Saini-Ouen, p. 17.

(764) La preuve que la signature des rois était inutile à la validité îles diplômes , c'est qne D. Mabillon a publié treize précepteê ou plaids, tous tirés sur les originaui, tous de rois mérovingiens, où ils ne signent pas : et eependant ils n*en font point d^exeuse* Mads il ne faut que deux observations pour résoudre la diiBeulté. i^ Les anciens plaids sont des arrêts, où Ton renferme les jugements prononcés sur les procès discutés en présence du roi et des principaux ministres. Jamais roi mérovingien ne les signa : seulement il les faisait vérifier par un de ses référendaires, sous la clause recogneviL Or, sur les treize diplômes cités par le P. Germon, neuf sont des plaids, ils en portent le titre. Tels sont les onzième, quinzième, seizième, dix-neuvième, vingt-unième, vingt-cinquième, vingtseptième, vingt-huitième, trente-deuxième. Au treizième, nommément allégué par le Jésuiie, comme non souscrit, quoique signé au roi dans toutes les formes, nous substituons le quinzième qui ne 1 est

Hais il était réservé au moyen âge de ne pas vouloir prendre la peine de bigner, soit qu*on sût écrire, ou qu'on nelc sût pas. Les ecclésiastiques elles évoques mêmes n*ont que trop souvent copié les mœurs séculières dans des choses beaucoup plus importantes. L'usage introduit par nos rois carlovin^ens de ne plus faire de signatures ordinaires, ne pouvait donc manquer d'avoir bien des imitateurs, même parmi les évêques et les ab* bés. On peut en voir des exemples dans la Diplomatique de D. Mabillon (760).

V. Etait-il d'usage de faire dans les actes ]fublics et privés un aveu solennel de son tuincapacité décrire ? Diplômes différents^ où la signature des rois mérovingiens était et n'était pas employée. — Quoiqu'il y ail eu des peuples assez barbares pour se laisser prévenir contre l'art d'écrire , nous nô voyons personne qnui se soit glorifié de cette ignorance, lorsquil s*agissait de souscrire quelque acte» auquel il était intéressé. Mais, soit humilité, soit soumission aux lois, soit différence de mœurs et de coutumes, l'aveu de cette impuissance coûtait peu , ou s'il coûtait quelque chose h Tamour-propre, on savait le sacrifier de bonne grâce. La franchise de ces bons vieux temps paraît incroyable aux Germon, aux Raguet (7Gi) et à leurs partisans. Quand Clovis U et la reine Nanthilde sa mère n'auraient pas su écrire (762), ils ne devaient pas, à les en-^ tendre , faire parade dune ignorance si extraordinaire dans un acte public (763). Qu'é* tait-il besoin que des rois s'excusassent de souscrire, lorsque leur signature n'était pas nécessaire (764) ? Mais que peuvent des raisonnements contre des faits? L'impuissance d'écrire d'un roi seulement âgé de quatre

pas, et qu*il aura voulu indiquer. A ces neuf diplômes, il faut encore joindre le vinjgt-quatrième, mal à propos intitulé précepte dans la Diplomatique. Et qu'on ne nous oppose pas le dixième diplôme, portant le titre de plaettum, et toutefois signe par le roi Thierry IIL C'est encore un titre démenti par le texte, qui se qualifie lui-même une fois précepte ei deux fois autorité. Aussi, loin de Fobjecter, le P. Germon n*en tire-t-il aucun avantage. Il n^élait pas homme à prévenir la réponse à ses objections, quand même il Taurait prévue : et il ne pou%'ait, sans la prévenir, faire valoir ceue instance. Il ne reste donc plus que trois préceptes non souscrits. Mais 2* distinguez-en de deux sortes, sans préjudice des autres distinctions, qui ne font nen à notre sujet. Les uns contiennent des donations, restitutions ou confirmations de tous les biens d^one église ou seulement de quelque fonds considérable de donation royale. Ces préceptes sont toujours sisnés du roi mérovingien et d'un de ses référendaires. Les autres se bornent à des immunités, ou bien à des confirmations d'exemptions ou de péages. Cea xci ne sont point signés durant le vn* siècle, et pas même constamment au vni% ils sont plutôt appelés ordonnances urdenatio, que préceptes. Cest ainsi que se nomment les diplômes douzième, dix-septième, trente-unième, allégués par le P. Germon. Ils confirment uniquement des immunités de péages. Le douzième n'est non plus qu'une exemption des droits, que percevait le roi sur les navires et charrois. Us ne devaient donc pas être souscrits de sa main. Le diplôme accusé par le P. Germoo

I^ÂLEOOBAPlfliL

aos e( de sa mè^e, de la coiiditi(»n seryile appelée au trône , est constatée par un inonument au-dessus de tous les sophis* mes (765). L'usage d'avouer pareille ignorance est attesté par tant de traits historiques, que toutes les chicanes de l'esprit humain ne f ourront -en obscurcir l'éclat. Il sufllra d'en rappeler quelques-uns dans les notes (766).

Voyons maintenant quelles furent les suites de cette ignorance, par rapport à la diplomatique. Les investitures, les sceaux, les souscriptions, les monogrammes, ne pouvant être envisagés que comme des moyens inventés pour supplécT à l'ignorance où Ion élait de l'art aémi'e , et devant être aill<!urs traités avec une juste étendue, nous ne saurions ici les parcourir trop ra>pidement.

YL Contrats êons écriture : an y supplée

i*'est évidemment pas un arrêt. G*est un précepte, mais non du nombre de ceux qui ne font qu'aceorder des exemptions de péages, ou même que les confirmer. On peut deuter si ce n'est pas une véritable donation, ou du moins Fampiiation d'une concession précédente. Gontentous-nous de Tenvisager comme la confirmation d'un diplôme de Da|;obert, par lequel il donnait une terre. C'en était assez pour que sa confirmation dût être sianée et du jeune roi et de sa mère. S'ils ne le faisaient pas, il fallait dire pourquoi : lein* excuse les dispensait de la souscription ordinaire aux rois mérovingiens, et non pas de quelqu'une des signatures de ceux qui ne savaient pas écrire. Aussi la pièce est-elle signée par des mouogrammes. Les triomphes du P. Germon sur sa fausseté sont doue bien chimériques.

(765) FafiDEGAa, SchoL ehron,^ col. 635, apud Ruinan.

(766) Quintus (a) signe pour Paulin, évêoue de Zure, a la conférence des catholiques avec les donatistes. En présence du prélat non lettré, l'on énonce qu'il ne savait pas écrire. Hueras nesciente^ Au cimciliabule (b) d'ETphése, Elie, évèque d'Andnnople, signe par la main de Romain, évêoue de Uyre : parce que, dit-il, je ne sais pas écrire, eo qnod nesciam hiteras. Un autre évèque (c) en fait autant pour la même raison : propterea quod Utteras ignorem, La mémeexpression est employée dans (d) les souscriptions de la charte de pleine sécurité. Un papier (e) d'Egypte publié par le marquis Mafféi, et renfermant une donation faite à Téglise de Ra-

(f) la pièce

476. Mais qu*elle soit du v* siècle ou du suivant, cet aveu nous est égal. D. M abillon a publié (9) deux papiers d'Egypte, dans lesquels une donatrice et un donateur, quoique celui-ci fût revêtu de di- Knités militaires très-distinguées, reconnaissent (ormelleinent qu'ils ne savent pas écrire : ^titii ifHoro tUteras^ dit la première : prapter ignorantiam lituramm^ ainsi s'exprime te second. Un autre papier d'Egypte (h) de Maflëi, contenant une vente, répète, dans les mêmes termes, que le vendeur fait un.

(«) Lab., CcndL, t. IF, col. 13^.

(*) iHil., L IV, col. 3i0.

(e) IHd.

{dt De re dirkm.^ Sapplem., p. 76. *

ie) lafor.iffp/om., p. 144.

(/) IWrf.p. 147.

(9) De re diplom., 8upt>1eai.|. p. 89.

par les investitures^ tes serments^ les duelSf les notices. Moines et clercs dressent presque tous ies actes. — Donner des fonds, les vendre, les acheter sans contrats par écrite com»mencer et poursuivre les procès sans écriture, fut une des principales suite de Tisno»* Tance où les baroares étaient plongés, soif avant, soit depuis qulls«eurent fait la con« quête des provinces occidentales dereinpire romain (767). Delà les investitures et leurs symboles, variés presqu'à l'infini. De là les serments multipliés à Texcès (768). Mais on sentit bientôt lc:>inconvénientsde ces contrats sans écriture, et des injustices sans nomltre causées par les faux serments. Quelques lois, même barbares, obligèrent de contracter par écrit, sous peine de nullité, du moins dans toutes les affaires qui concernaient les églises (769). D*autres admirent indifféremment les Tentes foites par écrits et devant témoins (770). Quelques-unes, pour retrancher

signe au défaut de la souscription ordinaire. 11 est de 57â. Un fragment très-considérable des acte-» publics de Ravenne nous apprend ies formes obser • vées à l'ouverture des testaments faits aux v* et vi* siècles en faveur de Féglise de cette viUe célèbre. Or, un des testateurs y déclare qu'il ne sait pas écrire, ip$e Hueras ignorons. Le testament dont il s'agit remonte au delà de l'empire de Justinien. Veut -on encore un aveu bien précis de l'ignorance d'un prêtre et d'uu abbét on le voit dans la reguèie des moines présentée à Menas, patriarche de Constantinople. Jean, diacre, y signe pour son supérieur, et lui fait déclarer qu'il ne savait (t) pas ^rire . eo quod nesciam ego liUeras. Tous ces exemples sont antérieurs au vu* siècle, et prouvent que ceux qui dressèrent le dipléme de Clovis U ne le déshonoraient pas en lui faisant avouer que ni lui ni sa mère n'étaient pas en état de souscrire à la manière accoutumée.

Les rois et les grands continuèrent dans la suite de s'expliquer avec la même candeur sur leur ignorance, et les notaires de l'énoncer dans plusieurs actes sigirés par des marques ou par des croix. Sur la fin du vu' siècle un roi de Cantorbéry ne rougit pas qu'on lui mit dans la bouche l'aveu de son impéritie, ^ro(j)ignorantia liuerarum. Un comte du palais impérial tient (k) le même langage, Tan 874, propter ign&rantiam litterarum. Encore au commencement du XII* siècle. Gui iGuerra (i) comte en Toscane, lait faire en son ' nom dans une charte le même aveu, ^vta scribere nesciebat. Il serait superflu d'accumuler un plus grand nombre de faits, pour vérifier un usage dont Ja certitude est démontrée.

• (767) Les Romains ne laissaient pas de contracter entre eux sans écriture, surtout dans les campa^ gnes(m).

(768) Ces usages ne regardèrent pourtant pas, du moins pendant quelques siècles , les anciens habi • tants. ils continuaient toujours d'être gouvernés par l'ancien droit romain , peut-être aussi par quelques coutumes particulières.

(769) Alamun. teg.^ 1 9 et 20; Lindèiibroc,, p. 368.

(770) Yenditio (it) per scripturam facta plénum haheal firmUaUm. Siautem scrtptura facta m^n fuer.U

(h) ïstor. dtptoii., p. 165.

h) Lab., (kmcil.. L V. col 153.

U) Spiui., Cotid/., t. h p. 19.

îk) De reafp^flin., f. fi, p 514.

(0 FoRTANim, Vindic difUmk, p. 1C6. IG7.

(m) JuSTW , ooTot. 73, cap. 8 et 9.

(n) Bdit., lib. v, lU. 4, leg. 3, auli^

UK

DlCTlOiN^AiBE ME PALEOGRAPHIE, EÎG

les semienls, autorisèrent les diieb (771). L^abus des donations sans écriture eut cours eH France jusqu'environ le xii* siècle. On ne s'avisa guère avant la fin du x* d'y suppléer par des notices privées et proprement dites (772). Elles ne continuèrent pas au delà de la moitié du xii% preuve qu'on avait cessé pour lors de faire des donations de terres sans écriture (773).

Tant que les tribunaux romains se sou* tinrent au milieu des nouveaux maîtres ve-r nus 'du Nord, on s'aperçut peu de la diminution des contrats écrits. Les formules angevines de Marculfe et autres en font ibi. Les ravages des Huns et des Normands, l'é* tablissement des (iefs, la tyrannie d'une foule de grands et petits seigneurs, qui se .cantonnaient chacun dans les domaines qu'ils avaient usurpés , et qu'ils gouvernaient en souverain, aurait achevé la ruine des let^^ très, si les moines. et quelques clercs n'en avaient sauvé les débris (77/*). Toutes les sciences et les arts libéraux roulèrent uni-*

datum pretium comprobetur^et emptio habeai firmita" tetn. Ainsi parlent les anciennes lois des Wisigoths, Urées du manuscrit de saint GermainKies-Prés, 4278.

(771) Telles furent. la loi imposée par Gondebaud (a) aux Bourguignons au v siècle, et la loi donnée aux Italiens par Otton H, au x* (&)•

(772) F. /)ip/om.,l.I,p.5H.

(773) Les chartes» déjà tort communes au xi* siècle, se multiplièrent beaucoup au xii% et prodigieu-' sèment au xui% Toutefois, on prétend (c) qu'ordinairement alors les seuls contrats des personnes riches et qualiliée» étaient rédigés par écrit ; que, faute de savoir écrire, on avait souvent recours au serment et aux gages de bataille : comme il est prouvé, dit-on, par le chapitre 148 et plusieurs autres des EtabiU$emenu de Saint-Louis. N*y s'agit-il pas plutôt de différends que d'échanges , de ventes, de donations? Elles se Taisaient régulièrement depuis longtemps par écrit. Dès le règne de Philippe-Auguste (a), chaque ville avait un écrivain chargé de rédiger les obligations passées au profit des Juifs. A combien plus forte raison les contrats de vente et d'achat de (erres ne se faisaient-ils plus sans écriiure* H en était de même des donations et des testaments. En fait de procès, il est vrai qu'on ne mettait par écrit que les sentences ou les arrêts, t^resque toutes les autres procédures étaient supprimées. A peine commencèrent*elles avant le xiii' siècle. Mais on peut dire que vers sa fin on n'épaj^nait pas récriture. Les actes de tout genre devinrent irès-prolixes. Les chicanes les plus manifestes empruntées de la scolastique, et déduites avec un. vain étalage d'arguments aussi secs que frivoles, prirent la place et des raisons solides et de précision. Les formalités et les précautions furent entassées les unes sur les autres, avec une si grande profusion de paroles demi-barbares, qu'il n'est presqo.e pas possible d'en supporter la lecture.

(774) Monachatus enim, dit le chevalier Marsiiam (e), olim maxima fuit pars geniis eecUsioâticœ :. et parietes ccmobiale$ diu sanctitati$ et meliôm /tfteralurœ (uerunt sepes» < Les moines , dit Ricfiard Simon (/), ont été les maîtres des Stcicnces pendant

(a) BoDQiTET, t. IV, p. i68.

{b) Lex Lng.^ lib. ii, ut. 5!S, n. Si. ie) LAuaièmt, Ordon. de§ rm, t: J, p. 207. (») Md.. p. iv, 45. (e) Propyl. nwuiu. angtie,

(/) UUr. crUiq, p. »«. 127; BibtùHh. c!ioUïe\, l. !î, p. iS3.

quementsureux. lisfurent^ pour ainsi dire, les seuls qui sussent écrire : nulle cbarte, nul acte ne se faisait que par leur ministère. Ils ne commencèrent pourtant pas alors Texercice de ces fonctions. Sous le règne des premiers rois de la seconde race , on ne voyait, pour ainsi dire, en cour^ que des diacres, sous-diacres et autres clercs séculiers ou réguliers remplir les charges de chanceliers ou de notaires (775) ; c'était souvent un degré pour parvenir à Tépiscopat, Dans la suite les grands, comme les rois et les empereurs , eurent leur archichapclainj ou chapelain, chargés d'écrire tous les actes émanés de leur autorité, faits en leur nom^ ou pour leurs vassaux .L'écrivain des chartes souvent se fait connaître par sa signature. Une manque guère d'exprimer sa Qualité dé diacre ouHévite, de sous-diacre, ae prêtre^ de moine ou de clerci lorsqu'il n'a pas celle de chancelier, de chapelain ou de notaire< Quelquefois il unit plusieurs de ces ti^ très (776).

plusieurs siècles. C'est d^eux principalement d*oj| nous sont venus tant de livres manuscrits. On leur doit rendre cette justice, qu'ils ont été tb^s-utiles à la religion et à la république des lettres. » U n'y â que la force de la vérité qui ait pu arracher à cet deux critiques de pareils éloges

(775) Mabill., Annaléf t. UI, p. 20i.

(776) Fleury (g) prouve^ par l'exemple de Màt* culfe, qui vivait au vir siècle, que dé» lors il y avait des moines appliqués à écrire les actes publics, et que c'éuit un effet de Tiffuerance des laïques, barbares ou serfs pour la plupart. D. MabiUon trouve des preuves au vui« siècle que les abbés (/«) faisaient les fonctions de juge* Qu on voie des moines nonseulement dresser des chartes, mais encore des diplômes royaux, c'est un fait dont bn pourrait multiplier les exemples s'il en était besoin^ Un ou deux sviifont. La suscription d'une charte du roi Robert IK)ur l'abbaye de Gormeri est conçue eo ces termes : Gotfridus (t) monachut icripsit ad ticem Franeomi cancellariit et ipte Franco manu propria êubscripùt. Vers le milieu du xn* siècle, les (j\ moines vieegé' rants des notaires ou chanceliers écriveni encore des diplômes d empereurs.

Beaucoup de chartes (k) sont ainsi terminées t Paulu$ monackus geripHt^ ou Paulut motmehui «tstitU notarius^ etc. Les moines n'étaient pas bornés à remplir les fonctions de notaires dans les afftûres QÙ ils étaient intéressés ( ce qui se rénûe par une infinité de faits), ils exerçaient réellement œUes des notaires publics {l). Quoiqu'il fût plus d^nsage que ceux des conciles fussent clercs séculiers, on voit aussi des moineschargés de cet important emploi (m). A l'égard des antres eodésiastiques ou deres,c<mteD' tons-nous des observations suivantes. On ne recevait point de charte (n) relative à r£||(lised' Angers, aacom- «mencement du xir siècle, qui n'^t été dicîée et approuvée par l'écolàtre. Menard, dans son HisUnn des évêques de Nimes^ observe qu'au ix* sièele les prêtres servaient de notaires dans 1^ actes passés en faveur de l'Eglise, et de greffiers dans les causes ecclésiastiques. Le même savant auteur en donne des preuves encore plus précises et plus nbmidantesi

{h) Annal* Bened.^ t H. p. 177.

(i) IM., tom. IV,p. 693.

(;') /Md., tom. VI, p. 287.

{k) Hist. Unérw, t. VIII, p, ^7.

(0 Annal. Bened., t. tV, p. 1S5.

(m) Ibil,, lom. VI, p. dS.

{H) Bali:ze, kîisceU. i. Il, p. ^8.

VII. Divers moyens dE suppléer aux slgna^iuresy en faveur de ceux qui ne savaient pas écrire. Souscriptions pour d'autres : sceaux^ témoins^ croiXj marques^ monogrammes avec des estampilles ou lames en tenant lieu. — Que tous les contrats se fissent par écrit, cela n*élait {las nécessaire ; mais quand on en avait à passer, il semblait indispensable de les souscrire (777). Sous l'empire des Romains, où récriture était à peu près aussi cultivée qu'à présent, on souscrivait néanmoins au besoin les uns pour les autres , et l'on se contentait de faire mettre une marque de la main de celui gui ne savait pas écrire (778). Depuis l'établissement du christianisme, cette marque était ordinairement le signe de la crois. Les ecciésiastiçiues surtout ne se dispensaiont presque jamais de l'employer, lors même qu'ils faisaient les souscriptions les plus étendues. En Angleterre les croix tenaient lieu de toute sous-

pour le X* siècle, oans 'son Histoiit de Nînies (a). Comme alors il était difficile de trouver quel(^uo laïque qui sût lire et écrire, les notaires étaient trèsrares; si les traités ne se (b) passaient pas verbalement, en présence de Tévéïiue, on avait recours aux ecclésiastiques ou bien auik moines. De là, pour ne pas revenir au nom de clercs donné aux jeunes pralideos, toutes les charges {c) de judicature occupées par les clercs. C'étaient eux aussi qui tenaient Ueu {dy d^avocats et de procureurs, comme de greffiers et de notaires. Les clercs des seigneurs leur servaient de secrétaires et de trésoriers, tenant les registres de leurs comptes et de leurs revenus. Toute profession •où U falnit savoir écrire, n'était point exercée par d'autres.

777) Si Ton en croit Brunet , dans son Parfait notaire (e), pour qu'un acte ne fût pas tout à fait dépourvu de la signature des contractants, un des témoins conduisait la main de celui qui ne savait pas écrire , et i^irès lui avoir fait tracer quelques lettres , il achevait la souscription lui-même. Qui scribit pro contrahente aui toium, aut postea auœ po$t paucas liltera» iiiius posita sunt .(f). Mais Jiistinien n'oblige point ceux qui ne savent pas iNcrire à former des lettres sous la conduite d'une autre main ; il ne parle que de ceux qui savent faire certains caractères de leur nom, mais qui n en savent pas assez pour rendre leur' signature complète. On tenait pourtant quelquefois la main de ceux qui ne p:iuvaient pas écrire , soit par ignorance, soit parce qu'ils étaient aveugles (g) , ou que la main leur tremblait , ou pour quelque autre inllrmilé. C'est ainsi qu'«n faisait (A) quelquefois souscrire des enfants dont on voulait faire intervenir le consenlement dans certains actes.

(778) c Si l'une des parties, dit encore Brunet (t), ne savait pas signer, celui des clercs qui avait passé i*a€te, signait pour elle. Tel était l'acte qui a donné lieu à la novelle 4-4. i Substituez au nom de clerc l'olyi de notaire , l'expression sera plus conforme aux usages des Romains, Les notaires souscrivaiewt sans doute quelquefois pour les contractants qui ne fiouvaicnt mettre leur nom par écrit, comme il parait par la novelle citée. Cependant, nous voyons par la 73*, c 8, que c'était quelqu'un des témoins <|ui

(ff) Tom. T. Prew!<es. p. 1», I9« 20, 3L

(b) aist,littér.,i,yU p. 2.

(c) I/;td., ttNn. vu, p. tSX.

{d) Klburt, 7* (liiicourit.

if) AuUient- ciill , vi, 1 1. 2, r. 8.

ig) Observa'ionM tur les écrits imdtrmt^ t. XI, p. 106.

DlCTIONN. DE PALÉOUBAPUir:, CtC.

crîption aux rois, aux grands, aux ecclésiastiques. Telle fut aussi la signature de nos premiers rois de la seconde race, et de quelques-uns de la troisième (779. C'est ainsi que siçnait Guillaume le Conquérant, quand il ne s abstenait pas de toute signature. A chaque croix, l'écrivain, le notaire ou le chancelier marquait le nom et les qualités de celui qui venait de la tracer. Il y eut même des temps où la croix fut formée, non de la main des souscripteurs, mais de celle des écrivains des chartes (780). Cet usage, qui ne fut jamais universel, se renferme entre les IX, et XIV' siècles (781).

Lorsque la souscription des témoins pré* sents à la passation a un acte, et surtout des personnes intéressées, était «ncore regardée comme d'une nécessité indispensable , pour suppléer à son défaut, on eut recours à di^ verses ressources. Outre les croix et les

suppléait à rijg[norance de ces personnes en signant

{»our elles. Dés Tan 503, sofis le proconsHlat Q) de ''auste le Jeune, une dame ne ratifia que par le signe de la croix une donation qu'elle avait faite à Jean, évéque de Ravenne , et d'ailleurs elle pris un honvme clarissime de souscrire pour elle. Voici en quels termes il s'en acouitte : Signum f Mariœ <«prafaUs donatricis. — Flavius dslorius V. C. huié donaiioni rogante Maria sœpe fata^ ipsa prœsente, ad signum ejus pro ea suscripsi.

Une autre charte (k) de donation faite à rEglise de Ravenne , et un peu plus récente, n'est signée que par une croix de la main du commandant oii colonel d'une troupe militaire. On peut voir dans la Diplomatique de dom Mabillon (/) , plusieurs évoques, princes et seigneurs qui ne signent point autrement que par la seule croix.

(779) Les rois qui se bornaient à faire' ce signe pour toute souscription', semblent ne s'y être réduits que faute de savoir écrire. €'cst ce qu'on peut penser de l'empereur Basile le Macédonien, des rois de France Pépin, Carloman, Philippe I''', des rois d'Angleterre Withered, etc.

(780) Depuis h vu* siècle, dans la Grande-Bretagne , cet usage fut presque général. \ Toutes les chartes d'Angleterre donnée* avant te temps de saint Edouard le Confesseur (m), sont signées par en grand nombre de témoins dont li'S noms sont toujours de la même écriture que la charte, et il y a a une croix devant chaque nom ; mais ces croix sont la plupart si semblables , qu'il paraît clairement que les témoins ne les ont pas faites, quoiqu'il soit dit expressément dans ces chartes iju'ils h;s ont signées et y ont }oint une croix. Quelques-uns prétendent que ce sont les actes du parlement de ces temps-là. On ne saurait doutiM* que la plupart ne soient des originaux ; car, commei»t serait-il possible qu*il en restât un si grand nombre qui portent tous les caractères du temps c!e leur date, et qu'il ne s'en trouvât pas une seule qui fût véritablement écrite de ce temps-là ou qui mi un original? »

(781) Passé le xi« siècle, il était rare, dans 1rs chartes des laïques, mais non pas dans celles des gens d'église.

(h) De re dtp/ont. «Suppléai, p. 21; Annal. Ben$d,,l. U lib. XII, n. 57, p. 571.

(t) Brunet, t. I, c. 5, p. 14.

(t) De re diplom., Siipplem., «pp. part, n, n. 2, p. 89. \k) Ibid.

\t} I.H). Il, cip. 23.

{m} BttlioUi. BtHoimiq., t. V, part. », p. 333.

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rss

autres marques (782), on fit usa;^e de lamês d'or ou de tablettes d'ivoire ou de bois, dont les ouvertures fermaient le nom du prince, qui devait s'en servir, pour y faire passer la plume ou le calamus ; soit qu'il en sût assez pour une si mince opération, soit qu'il fallût encore lui tenir la main pour en venir à bout (783). Par ce moyen son nom était écrit sur les diplômes, ou tout au long, ou )ar abréviation^ ou par monogramme (78^). es estampilles, grilles et signets furent d'un usage plus étendu (785). Les x* et xi* siècles fournissent quelques exemples dès deux premières employées par des princes. Mais les notaires depuis le xii* s'en servirent bien

(782) c La signature.... consistait en une marque ou un paraphe composé de certains traits cm lignes entrelacées, que chacun pouvait faire de sa main, quoiqu'il ne sât pas écrire, {a) Quelquefois aussi c'étaient des ligures régulières , telles que desHeurs. i

(783) TbéoUoric, roi des Goths eu Italie , souscrivait au moyen d'une lame d'or. Elle contenait les premières lettres de son nom, percées à jour, au travers desquelles il faisait passer la plume (b), Rex Theodoricus inlitteratus erat^ et sic obruto sensu^ ut in decem aiinos regni sui quatuor litteras snbscrt^ ptionis edtcti sui discere nuUatenus potuisset. De qua re laminam auream jussit interasilem fien quatuor iitteras régis habentenif Theod. [Le Th de vait être rendu par un 0 grec.] ut si scriber-e voluisset^ poiita lamina super chartam^ per eam pennam duceret^ et subscriptio ejus tantum videretur. Telles élaient aussi les tablettes de bois de Tempereur Justin. Biais pour tracer au travers les premières lettres latines de son nom avec le roseau trempé dans l'encre de pourpre, il fallait encore lui conduire la main (c).

ÇlSi) Les monogrammes étaient de la main du prince, de Tévéque, du duc, du comte , aux diplômes de qui ces espèces de chiffres ser\*aient de signatures : ou pour les fiaire ils s'en reposaient sur des secrétaires, notaires , chanceliers : ou enfin ils étaient 'formés au moven de tablettes percées ou d'estampilles. D. Mabillon (d) regarde comme fort incertain si Glovis II aura souscrit son diplôme, gravé, planche xvu. Mîiis^' nous ne doutons point que la souscription, ou du moins le monogramme ne soit de sa propre main. Quant à celui de la planche xvni, on aura tenu la main du jeune prince, pour le fiffnrer. Peut-être mémo s'y serat'On servi des tablettes percées. D. Mabillon était très-persuadé que nos rois ne peignaient pas en entier leurs monogrammes; mais qu'ils y apposaient seulement un Y. A cela près, il les croyait tous de la façon de l'écrivain , lors môme qirils annonçaient leur signature dans le texte du diplôme. Sur cet article, selon Muratori, Tusagc a beaucoup varié : plusieurs (e) néanmoins semblent imprïmés avec des estampilles, tant on y remarque d'uniformité. Rudiman,Ludewiç, Heuman ont eu la même pensée. Aux xu et X1U* siècles, nos rois avaient coutume de déclarer dans leurs chartes , qu'ils y avaient fait apposer le caractère de leur nom : ce qui signifie leur monogramme.

(785) Le P. Papebroch, parlant de ces espèces de paraphes ou ruches, dont les notaires de nos rois deja !'• et 2' race environnaient ordinairement

. (a) VALBOtcA», Bist. dé Daupliiné, t. î, p. 3^.

yb) Auoayin. Vtles ad caicem Aumiiani Ma-celiliii, P.G&9.

. (c) Pnocop., Ânecdùt., p. 28, 29.

{d\ De re dipoin.^ p. 576.

(e) Amiquil. liaLmediiœvi, t. UI, col. 117.

(() ÀctaiiS. April., l. Il, Tropil., p. xiii.

plus fréquemment, et les varièrent à Tinfini- Souvent aussi leurs seings furent imprimés avec des types appelés signets, dont plusieurs se conservent encore dans les cabinets des curieux.

Avant les signets des notaires, on se passa communément de toutes signatures, soit réelles, soit apparentes Le premier moyen de les remplacer, au xr siècle (786), consistait à faire lever la main aux témoins en signe d'approbation, ou à leur faire loucher la charle (787j dont ils s'engageaient par cette cérémonie à attester la vérité, dès qu'ils en seraient requis. Le second moyen réduisait toute l'authenticité de la charte au

la place où le sceau était appliqué, croit (0 J découvrir rorigîne de ces signes arbitraires faits avec les estampes ou la plume, et dont les notaires faisaient encore grand usage, surtout en Italie. Mais on n'a point besoin de ces ruclies pour remonter à Torigine des paraphes : on en voit de véritables d'un âge plus reculé. A regard des estampilles , il s'en trouve même du temps des Romains; mais elles n'ont point de rapport avec les signets ou grilles dont les notaires usèrent ' depuis le xiti* siècle; si ce n'est qu'on pouvait non-seulement s^eR servir en cuise de sceaux en creux, mais encore poiir imprimer avec l'encre. Les Romains y faisaient graver en relief leurs noms tout au lon^, on par abréviation.. Les antiquaires ont publié plusieurs de ces types en lettres grecques et romaines. Nous en avons entre les mains d'originaux en l'une et l'autre langue. Us appartiennent au cabinet de Saint-Germain des Prés. Muratori (g) en a fait représenter plusieurs, non-seulement en creux propres à imprimer en manière noire, mais avec des caractères saillants. Il croit que l'empereur Justin employait une estampille pareille, pour signer les quatre premières lettres de son nom. Mais rrocope qu'il cite parle de tablettes de bois percées el de lettres formées avec le calamus, en conduisant la main du prince. Les premières lettres de son nom n'étaient donc pas imprimées, mais écrites. Trotzîus confond aussi les tablettes de Justin avec les estampilles (/t). Parmi les dernières, il s'en trouve d*antiques, dont le manche était chargé des mêmes lettres -que le sceau (t). Muratori suppose que le premier type servait à souscrire et le second à sceller. G*etait quelquefois tout le contraire. Selon le P. Dumoulinet (;'], c les Romains apposaient aussi quelquefois leurs noms avec de lencre au bas des contrats et des autres actes qu'ils faisaient Presser. Ils les avaient pour cet effet gravés sur du cuivi-e, et les imprimaient avec de 1 encre sur du parche min. Nous en avons, dit-il , plusieurs de ta sorte, dont quelques-uns n'ont que les premières lettres ; les autres ont le nom entier. >

(786) Il était assez ordinaire {k), spus latroîsiènie race de nos rois, que les enfants, même encore à la mamelle, approuvassent, comme l'observe Besly (/), les donations faites par leurs parents, soit en touchant la charte , soit parce que leurs père |et mère ou leur nouiTice promettaient de la leur faire ratifier. Cette formalité s'employait souvent au xi* siècle» même à l'égard des adultes (m).

(787) De re diplom.^ p. 168.

(g) AntiqmS., 1 111, dissert. 55, col. 118 et seqq.

i'/i) De prinuL se. ib, orig., p. 151.

(/) Ibid.

(;) Le cabinH de la bibia'h. de SniatemGentinèrê, p. 25.

{k) Ue re diplom., Suppiero., c. 5, p. 2t.

(/) lli4. des comtes de Poitou, p. t05.

^m) lUld.y p. 375; Vcre aiplvm., p. 168.

5iN:

sceau (78S)> qu*on muUipliait souvent h proportion des personnes intéressées, et quelquefois môme des témoins. . Le troisième était de nommer les témoins (789). Ce qui se pratiaua de trois façons : D'abord, 1 écrivain de l'acte mit pour eux les croix avec sianum N. Ensuite les croix furent retranchées, apparemmentcommeéquivoques, quoique récrivaln les formât d*une manière à ne |)fis faire prendre le change. Bientôt le siqnt dTun lely formule ordinaire de la souscription de ceux qui n'écrivaient point, fut supprimé, attendu qu'il nV avait aucun signe de leur part. Enfin, Ton se contenta de la seule |)résence ou de Ténumération des témoins (790). Cette pratique et celle des sceaux, tantôt séparément, tantôt conjointement employées, durèrent iusqu'au rétablissement des signatures. Voilà quels furent les moyens dont on usa, pour suppléer à l'impuissance d'écrire.

VIII. An décrht non lotalemtni étranger Hux laïques dans tous les temps; par qitels degrés il se renouvela parmi eux ; on en peut juger par le progrès du rétablissement des signatures, — Mais quelque répandue qu'ait été rignorance, d'où elle naissait, elle ne fut jamais universelle et sans exception, ni<éme par rapport aux laïques. A 1 é^ard des prêtres , il semble qu'elle devint plus rare, à proportion qu'elle parut plus générale parmi les gens du monde. Aussitôt aue les i>arbares se furent emparés des plus belles provinces de l'empire romain, Vart d'écrire ne tomba pas tout d'un coup dans le discrédit comme on pourrait faussement se l'imaginer. En Espagne y les femmes savaient assez communément écrire, au c(74uutT*ncement du vir siècle. Le x* concile de Tolède prescrivit aux veuves qui voulaient entrer dans le cloître, dé faire leur cédule de profession par écrit, et de la ratifier de leur signe ou de leur souscription. En Italie, suivant la loi romaine, les signatures, ordinairement de la propre main des témoins, étaient raisonnées, et presque toujours énoncées fort au long (791) En France, jusqu'au vni* siècle, elles étaient plus cour-

(788) Les sceaux seuls tenant lieu de signatures coninicncent à devenir fré«iuenls ati xii* siècle, sont Ircs-ordhiaires au xiir, el se soulicnnenl jusqu'au rctablissemefii des véritables souscriptions. D. Mabillou, dans ses Annales (a), observe que le sceau tenail lieu de la signatui-c de Dalmaee, archevêque de Narbonne, à la donation qu'H fil d'une église, à rabbaye de Sainl-Viclor de Marseille, en 4086. Il sérail inutile de multiplier ici des citations dont le seul xiu* siècle fournirait, pour sa part, un nombre

îniiuî d'exemples.

(789) La nomination des témoins (6), au lieu de souscriplions réelles ou apparentes, eut grand cours, des le XI' siècle, plus encore au xli^ Elle devint presque générale au xni*, lorsqu'on ne se contenta pas des seuls sceaux. Les deuils sur ce suiet seraient immenses. H suffît d'ouvrir les compilations des chartes de France, d'Angleterre, d'Allemagne» etc., pour s'en convaincre; mais il est plus singulier qu'on appelle souscription des témoins la

(a) Tom. V, p. î«0.

(!&,> De re diplom., p. 168.

tesy mais souvent de récriture des témoins laïques. Sur le déclin du ix% quelques-uns d'entre eux signaient encore, sans emprunter la main de l'écrivain de ta pièce. En un moty il|n*est aucun temps où Tart d'écrire leur fût totalement étranger Mais il y eut des siècles où très-peu de personnes de cet état l'apprirent (792).

^ Quelques actes et diplômes ecclésiastiques continuèrent d'être revêtus de sous<»riptions réelles 9 aux ilv et xii* siècles. Les signatures des notaires recommencèrent tout de bon au xiii* (793). Ce futalors que les laïques se réveillèrent un peu de ce profond sommeil où depuis si longtemps ils languissaient par rapport aux lettres. Peut-être y enlra-t-il une sorte de pique contre le clergé. Car c'est là l'époque, surtout en France, de la distinction des gens d'église et des gens du monde, comme de deux oprps dont les intérêts ne sont pas les mêmes. Les efforts que firent les derniers pour sortir de la barbarie, eurent dès lors quelques faibles succès. L'étude des lois, déjà passablement animée dès le siècle précédent, devint plus ardente, et le premier fruit qu'elle produisit, ce fut la rédaction de quelques coutumes locales et provinciales (79i). Divers commentaires suivirent de près. D'autres concernant le droit canonique et le droit civil avaient précédé. Mais le nombre de studieux ne s'accrut pas au point de faire penser sérieusement au rétablissement des signatures : quoique leur utilité et celle de récriture en ^néral fussent mieux connues. Au xiv* siècle, l'estime pour l'art d'écrire fit des pro-

(;rès plus considérables. L'établissement ou a résidence fixée des parlements et de la . chambre des comptes dès le siècle précédent, la multitude d'étudiants dans les universités, l'usage de notre papier devenu enfin plus commun, multiplièrent les écrivains et favorisèrent un commencement d'émulation pour apprendre à écrire. Bientôt le^ si^atures re|)arurent dans les actes (795). Mais il s'en fallait bien (ju'on en fit une loi hors certains cas particuliers. Philipîse le Long dit en termes formels, qu'il signait plusieurs

simple cnonciaiion de leurs «oinsl Albéron (f), abbé de Vcrden, en Allemagne, donne une charte, en li38, où Ton dit : vrœseniem paginam cum teêtium suscriptione stgiïlo mstro fecimus imigttiri. Testes vero^ etc.Vingt sont nommes avec la formule : El alu quam plures burgenses.

(790) Madox, Formul. anglic, talHila i; Chrûnic, GoD^vic, p. ^03; Mabil., De re dipl.y p. ilK), 105,

(79!) Dig., 1. xxvni, lit. i, leg. 30.

(792) On peut les placer entre 700 et 1300, et plus partîcurtèrement entre 900 cl 1200.

(793) Nous parlerons bientôt des degrés par lesquels elles se rétablirent, après avoir cessé en pl:i-

sieurs contrées.

(794) Les clercs conlribuérenl d'abord beaucoup plus que les laïques au renouvelleinent de Téludc du droit civil.

(795) Introduites dans les petites bulles des papes, au xn« siècle, au xin* elles y devinrent

(r) Polrcarpt I.etsbm Coiwnentatic de ccntreuigiUis^ p. 2».

lettres patentes (796). La signature écrite de la propre main des rois dans leurs diplômes a donc au moins commencé sous ce prince : et les preuves en sont peut-être plus

ordinaires. Ce n'étaient, au reste, que des signaturcs abrégées des officiers de la cour de Rome, placées sur ou sous le pli de ces bulles. Les souscriptions réelles ou apparentes des bulles consistoriales, portant les noms du pape et des cardinaux, n'avaient rien de commun avec elles.

Si saint Louis ne souscrivait pas ses diplômes, ce n'est pas qu'il ne sût écrire. Nanais nous apprend

Îu'il signait : Loui$ de Poissiy ou Louis, seigneur de 'oissi, quand il écrivait familièrement k ÛJes amis. Sa vénération pour l'Eglise où il avait été régénéré dans les eaux du baptême, lui faisait préférer ce litre à ceux de la royauté. Notre-Dame de Poissy conserve (a) encore les fonts baptismaux où il reçut une nouvelle naissance en Jésus-Christ, et D. Bernard de Montfaucon les a fait représenter dans ses monuments de la monarchie.

Des signatures de notaires, écrites tout au long, se manifestent dans un instrument daté du mercredi d'après les palmes de l'an ii96, c*est-ï-dire du 6 avril 1297. La première est ainsi conçue : El ego idem Raimundus de Pradali notarius publicus antedictus subscribo et signo, domino Philippo rege Franciœ. La seconde est dans le môme goût; seulement, elle ajoute au titre de roi de France celui de Navarre. Dans trois vidimus de Louis le Hutin (6), de l'an 1515, ou, suivaut le nouveau style, 1516, au mois de février, parait la signature d'un secrétaire. Si ces lettres elles-mêmes ne furent pas souscrites de la main de ce prince, du moins portaient-elles cette formule , dans la suite si souvent répétée : Et erant signatœ per Dominuu regem ad relattonem archiepiscopiy ou archidiaconi Rhotomagensis, Jo. de Vertus. Ces signatures- se soutinrent depuis. Deux ordonnances de 1519, au mois de juin (c), en montrent la continuation, ainsi qu'une iniinitié d'autres, de Philippe le Long et de ses successeurs. Une ordonnance du même roi enjoint aux notaires (d) de signer tout ce qui se passe au Chàtelet, hors les commissions de sang, ou de roffice du prévôt, ou les lelli*es au nom du roi, pour être scellées en l'absence de son grand sceau, sous le scel du Chàtelet. Il défend, par une ordonnance du mois de février 15^0, ou, selon le nouveau style, 1521, de passer au sceau des lettres qui ne seraient ni de la main des notaires ni signées d^eux.

D. Mabillon (e) place le renouvellement des signatures des notaires sur la fin du xiii* siècle ou le commencement du xiv* ; mais s'il est question de la souscription du notaire ou de l'écrivain qui dressait la charte, à peine l'usage en cessa-t41 de temps en temps, pendant environ trois siècles, savoir : les xr, xn' et xiii% encore ce ne fut pas sans beaucoup d'exceptions locales.

Au choix des parlies contractantes, les ecclésiastiques et les religieux furent presque les seuls, surtout en France, qui rédigeaient par écrit les actes avant le xn* siècle. Dans nos provinces mômes méridionales, où les notaires furent rétablis, d'abord en qualité d'officiers publics, les moines et les ecclésiastiques conlinuèrent, au moins jusqu'au delà du milieu du xii' siècle (/), à dresser des actes, nonseulement )K)ur ou au nom des évoques et des Eglises, mais encore lorsqu'il ne s'agissait que de chartes et

(a) l/omim. de ta monarek. [ranc, l. Il, p. 121. {b} Secoussb, Or don. , i. V, p d.

(c) ibidem.

(d) Ibîd., p. 759.

ie) Derediplom,,p. 1C?.

if) VAis&firiB, liist. de Langued.^ t. H, col. î)09 el

nombreuses, dans les ordonnan ces qu on n*a coutume de le penser. Dès Yan 1358, il fut défendu aux secrétaires ou notaires du roi par GliarleSy duc de Normandie et régent du

d^accords entre des seigneurs laïques, ou bien entre eux et leurs vassaux. Us possédaient encore alors des charges de chanceliers et de chapelains des seigneurs. La nouvelle institution d'écrivains publics et de notaires, attachés à certaines villes ou aux cours de quelques seigneurs, remonte néanmoins au-dessus de la moitié du un' siècle; mais eue ne s'étendit qu'insensiblement. Leur nombre se multiplia dans le Languedoc et les contrées voisines, d'od ils se répandirent du midi au nord de la France, c Les grands (g) vassaux de la counnme érigèrent en titre d'office le droit de dresser et d'écrire les actes de ieurs cours et ceux des particuliers, et donnèrent l'exercice de cet office à ferme, ou le vendirent à vie à de certaines personnes. C'est ainsi qm^ Roger, vicomte de Béziers, vendit en 1180, à un nommé Bernard Cotte, le tabellionnage de sa couff avec le droit de sceller de son sceau {sigUlatum meum), droit, ajoute-t-il, que le vicomte oeTreucavel, mon père, avait donné autrefois au même Bernard Cotte, au'il lui avait confirmé quelque temps après, et qu il lui avait ôlé injustement dans la suite. Roçer le lui vendit conjointement avec l'évê-

quc de Beziers en sorte qu'il n'y aurait que lui

seul ou ses substituts, pendant sa vie, qui fourraient écrire les chartes de Beziers et de son territoire. Oir voit par là qu'il n'y avait alors dans celte ville qu'un seul notaire ou tabellion, qui était en ménie temps greffier de la cour du vicomte et de celle de l'évéque. > Un témoijgnage aussi formel, appuyé de plusieurs autres, antérieurs dé près de quarante ans, nous prouve que, dès avant le milieu du xn* siècle, les clercs et les moines n'étaient plus les seuls qui dressassent des actes, si ce n'est qu'ils fussent expédiés au nom des évèques ou des Eglises. Nous voyons en effet, parmi les preuves de la nouvelle Uutoire de Languedoc (A), une charte d'Âlfonse, comte de Toulouse et duc de Narbenne, de l'an 1139, avec le signum de Cile, écrivain public. En 1158 et en 1162, nous trouvons un écrivain (t) de la cour du comte de Barcelone, qui se qualifie de la sorte : S. Pétri Hicardi scribm curiœ Barchinosensis comitit qui hœc scripsit. Un notaire de Nimes (j) souscrit ainsi, l'an 1168 : Petrus Petits Nemausensis notarius scripsit mandatus ex utraque parte. Durand parait avoir possédé un notariat fixe à Montpellier, au moins depuis 1140 jusqu'en 1156, comme on en peut juffcr par les actes qu'il expédie pendant cet intervalle {m.

Au xni* siècle, les notaires annoncent plus fréquemment leur signature; mais ce terme est, dans

où leur nom était, tantôt énoncé, et tantôt supprime. Le nom n'y paraissait pas dans les plus anciennes; mais bientôt ils le laissèrent en blanc, et rajoutèrent avec la pUime. Quelquefois aussi ces estam; pilles portaient leur nom et surnom gravés en relief» quoique, ordinairement, le premier ne fût rendu que par sa première lettre. Enfin, leurs signatures, marquées au long et seulement suivies de paraphes, furent mises en usage.

(796) Laurière, Ordon., 1. 1, p. 735»

(g) nist. de Langued.f t. II». p. 511, 5tà^ (/i) Tom. il. coi:489.

(i) mu,, col. ;î67.

(i) Ibid, coi G08.

(h UtU., col 4U2, «03, 1525, S2^ 516, ÎKiT.

PALEOGRAPHIE

royaume, d6 siçner les lettres passées au conseil (797), si elles n'étaient au moins souscrites de trois de ceux qui y avaient assisté. Mais si ce règlement nous montre Tusage de signer en partie rétabli, et plusieurs membres du conseil du roi capaoles d'écrire, il suppose auçsi plusieurs cf'entre eux hors d'état de le faire, puisqu'il les autorise à y suppléer par l'apposition de leurs signets. Charles V (798) signait non-seulement toutes les chartes, grâces, lettres émanées de son autorité, mais encore les brevets et les dépêches {799). Philippe de Maisières blâme ce prince si sage des peines infinies qu'hl prenait à souscrire tant de pièces. Il aurait voulu qu'il se fût borné aux plus importantes, et c'est à quoi il exhorte son successeur (800). Au reste personne, du temps de Charles V n'écrivait mieux que lui, comme en font foi grand nombre de ses signatures qu'on trouve partout. 11 suffit d'en citer un exemple d'après Secousse (801). Ce sont deux lettres closes de l'an 1367, à la lin desquelles on lit : Nous avons signé ces lettres de notre propre main. Donné à Sens le 19* jour de juillet, Charles (802). Au commencement du règne de Charles VI, on dressa (803) ^un arrêté signé des principaux princes du sang, touchant la forme du gouvernement de l'état et la garde de la personne du roi, en date du 30 novembre 1380, Nos rois continuèrent dans la suite de signer

r797) SECOUSSE, Ordon, U III, p. 226.

(798) Dans les ordonnances de nos rois publiées par Secousse, on voit beaucoup de lettres de ce monarque, terminées par la formule : Ainsi signé par te roi. Si Ton ne la prenait pas à la lettre, il s'ensuivrait ou qu'il n'a souscrit aucune de ces leures, contre le témoignage formel d'auteurs contemporains, ou que les copies imprimées de ces pièces ne sont pas tout à fait conformes aux originaux. Alais cet article dentande une plus longue discussion, que nous renvoyons aux signatures.

(799) LebeuFj Recueil de divers écrits^ t. III, p. 407,

(800) Nos rois ont toujours continué de signer. Ce n'est que depuis Charles IX que les secrétaires d^tat sont en bien des cas autorisés à souscrire pour le roi (a). Cependant on ne peut guère douter que depuis Charles V nos rois ne se soient déchargés de plusieurs signatures sur leurs secrétaires. Dans un extrait de la chambre des Comptes de Paris, publié par D. Mabillon (6), on voit combien Louis XI souscrivait de leUres : et toutefois on insinue assez clairement, qu'il ne les signait pas toutes. On en distingue pour la forme de diverses qualités,,., les unes sont lettres de finances^ comme dons, transports^ aliénations, amortissetnentSy acquits^ rooUes, cédulles adressants au changeur du trésor ou receveurs gêné' raaXj pour employer aucunes sommes en leurs roolles, selon qull plaît au roi leur commander. Toutes lesquelles et semblables ont accoutumé d^être sianées de la main du roi. Ce qui semble faire entendre qu'il y en avait d'autres qui^ne l'étaient pas.

(80liOriomi,,t. Y, p. 27.

(802) n est bien étimuant que, sur un volume entier de lettres et d'ordonnances du roi Charles V, en ne trouve que deux lettres closes signées de son

(a) Nwsel abrégé clvronoi:de Chlsi. de Fr., p. 317. Ib) De re diplom., p 621. ' id O don., i. I, p. 417.

de leur propre main. Les souscriptions de Charles Vil se distinguent de toutes les autres par leur élégance.

D. Hergott, dans sa Généalogie de la maison d'ffasbourg (80fr), ne fait commencer les signatures manuelles des empereurs d'Allemagne qu'en 14.86. En quoi il est parfaitementd'accord avecGudenus (805). Cependant Secousse a publié une bulle d'or de l'empereur Charles IV en faveur de la ville de Romans en Daupbiné, de l'an 1366, signée de la main de ce prince et de ses grands officiers (806).

En général, les signatures ces particuliers ne furent rétablies qu'au xv* siècle (807). Elles concourent avec la renaissance des lettres. L'écriture était un préalable nécessaire à leur renouvellement. Si elle ne fût devenue commune, les sciences n'auraient jamais pris l'essor.

Contre l'ancien usage, suivant lequel celui qui écrivait une lettre mettait son nom à la tète, d'abord avant, ensuite après celui de la personne à qui Tépître était adressée, on avait introduit, au moins dès le xiv" siècle, la coutume de les souscrire comme les lettres patentes. Mais plusieurs retinrent l'ancien usage.

L'invention de l'imprimerie, loin de faire tomber l'art d'écrire, ne servit qu'à le rendre de toutes parts ^ lus florissant. Bientôt on s'avisa de faire quelques collections des dif-

Dom, quoiqu'il souscrivit tant de pièees, qu*on lui en a fait des reproches. Aurait-on retranché les si-

Stiatures de ce prince dans les registres d*où ces oronnances sont tirées?

(805) Nouvel examen de Vusage général des fiefs , par M. Brussel, t. Il, p. 157.

(804) Prsfat., p. vi.

(805) Notre auteur rapporte un diplôme de Maximilien portant cette souscription : Nos àlasimilianus Romanorum rex prœscripta recognoscimus per mattum vropriam. La signature du même empei*eur parait dans beaucoup (Tautres de ses diplômes. Gudenus ajoute qu'il ne croirait pas se tromper s'il disait dans tous. Mais Charles-Quint ne manqua pas de souscrire les siens et toutes ses lettres

(806) Ordonn., L Y, p. î!24.

(807) Dans une note sur Tarticle I'^ de Tordonnauce de Philippe le Bel touchant les tabellions et les notaires, publiée Tan 1504, de Laurière (c) sup* pose que les signatures des particuliers étaient dcslors en usage. Comme les notaires corrigeaient souvent le brouillon ou les projets d'actes qu'ils dresr salent , il s'ensiiit, dit ce savant homme , que ce qui était transcrit dans le protocole ou registre , devait être signé des parties. La conséquence n'est pas nécessaire. On s'en rapportait alors, comme dans les siècles précédents , a la bonne foi des notaires ou autres omciers publics. Henri II, par son ordonnance de Fontainebleau du mois de mars 1554 (d) , prescrivit aux parties contractantes, outre les seings des notaires, de signer ou de faire signer en It^urs noms tous contrats et obligations^ quittances et actes privés. La même loi fut cx)n(irmëe et même étendue aux étals d'Orléans en 1560, art. 84, et par Charles IX, et à Biois par Henri Ul en 1579. art. 1(55.

(rf) GcKKOis, Cmférencdes orrfoit., U?. iv, lit. 5,§6. [•. 5S6, 557.

DICTIONNAIRE DE PALEOGRAniIE, ETC.

férentes écritures. Hais ce n*était encore que le germe des fruits abondants que le xYir siècle devait produire.

Chapitre 7. — De la critique ou de la térification de sanciennes écriture (#808).

Si Ton juge avec succès de la vérité des anciens titres par le style, on n'en juge pas moins heureusement par récriture ; elle présente plusieurs moyens infaillibles pour discerner le faux du vrai. Quoicfu'il ne soit pas d'une indispensable nécessité d'épuiser sur un acte tous les caractères de vrai ou de faux, avant que de décider de son sort, le titre véritable doit être exempt de tout indice certain d'imposture, et le raux ne saurait manquer d'en receler quelqu'un. Les pièces juridiques ont par elles-mêmes une force supérieure à toute autre preuve. La comparaison des écritures n'en peut soutenir le parallèle, ni les infirmer, si elle n'est étayée de puissants motifs. Rarement tire-t-ellc de son propre fond des raisons assez décisives pour convaincre de faux les titres anciens exposés à son examen. Moins on voit de vérifications réussir , plus leur difficulté se manifeste, et plus se rait sentir la nécessité d'experts d'une capacité peu commune. Hal)iles à découvrir les artifices journaliers des faussaires» qu'ils ne s'avisent pas de juger de l'âge ou de la vérité de monuments d'une antiquité fort reculée, ne fût-elle qu'apparente ; l'examen en doit être réservé aux antiquaires. Les préjugés contre les chartes ne sont propres qu'à conduire à des rapports

^808) Diplomatique des Béuéd.y t. II, p. 439.

f809) Nous disons essentiellement ; car souvent <les eliarles peuvent paraître donner atteinte (a) à l'histoire, tandis qu'elles ne servent qu'à Péclaircir. Ce n^est pas travailler h sa niiney mais h sa perfection, que de ' pro<liiire des nionwuenis inconnus qui en remplissent les vides , qui en détaillent les eirconslances» qui en corrisent les erreurs. Au' contraire', faire concourir des dates qui ne peuvent se maintenir par aucun système de chronologie, par aucune eNplication raisoimable, unir, par exemple, le poulifirai d'Innocent I" avec l'empire de Gratien, etc., ce serait tout bouL. verser dans Fliisloire. Les princes français substitues aux véritables par le P. Ilardouin, depuis l'empire romain, jusqu'à Philippe 1", causei-aicnt un renversement dans l'histoire encore plus étrange. Si donc il avait produit des monuments favorables à ses s]rstèmes historiques, qui eussent clairement exprimé ce quil leur faisait dire par des înterprétaltons forcées , il n^aurait pas faUu balancer h les réprouver comme faux.

(810) Les dates font partie de Hiistorique. Une date fautive n'est pas un motif suffisant pour décrier une pièce. Les notaires ont quelquefois, par pure méprise, fait des fhutes léelles dans des actes véritables. Leur supputation n'est pas toujours la nôtre. Souvent ils comptent auti*ement les années <)es règnes ou des indictions. Ainsi les supputations de part et d'autre ne s'accordent pas constamment. On doit donc se «prémunir contre les jugements prccipités,«quand les mécomptes l'éels ou prétendus ne sont que d'une ou deux années, et que d'ailleurs tous les autres caractères de vérité se soutiennent. Quoique ta critique de Muratori sur les chartes passe

(«) V. notre premier t., p. SO et suif. * {b) Journ dessamtAs, aoiH 1742.

et à des sentences injustes. II est h craindre que les experts ne croient souvent apercevoir les artifices des faussaires, où îl ne s'en trouve pas la pîus lé^jùre trace. Voilà, en peu de mots, les principaux chefs sur lesquels roulera le chapitre où nous entrons.

L Jusqu*à quel point y pour être déclaré fauXy un acte doil-ihcontredire Cbistoire par la seule incompatibilité des faits^ soit avec la date^ soit de celU-ci avec son écriture. Dates des actes authentiques ordinairement préfé^ râbles à celles que fournit Thistoire, — La contrariété des choses énoncées dans les chartes avec l'histoire semble, en foit de critique, avoir un grand avantage sur tous les autres genres de preuves. Un original, qui pèche essentiellement contre riiistoire» sans autre examen, mérite d'être rejeté (809). Mais toutes les pièces fausses ne la contredisent pas ouvertement. Quand la contradiction n'est pas énorme, on n'a pas tort de mettre en question si Thistoire ne doil pas être redressée sur le monument contesté (810).

Son opposition manifeste avec Téeriture de l'acte équivaut aux anachronismes les plus monstrueux. Il n*en faut pas davantage pour ranger un titre parmi les pièces supposées. Avec la plus légère teinture des caractères distinctifs des temps , on déclarera fausse, sans crainte d'erreur, une écriture visiblement postérieure de deux ou trois siècles à sa date, surtout quand dîc est en lettres cursivcs (811).

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