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lui fournira-l-elle pas? Il serait ennuyeux, et même imnossible de les exposer tou-tes l'une a])rès 1 autre. Dans combien de détails l'antiquaire ne pourrait-il pas descendre, pour vaincre les difficultés que lui opposerait une pièce fabriquée avec tout l'art imaginable ? Qu on en juge par la multitude^des matières qui entrent dans la composition de la diplomatique. Qu'on en juge par les connaissances presque infinies qu'elle exige, et par les recherches qu'elle renferme.
Il n'en est pas de l'antiquaire comme de l'écrivain expert : que Tartifice soit grossier, ou qu'il soit enveloppé sous les apparences les plus séduisantes , la marche de celui-ci sera toujours à peu près la môme (8V9). Ce n'est qu'une routine uniforme do combinaisons touiours relatives aux personnes, à la ressemblance ou diversité deleurs écritures*
de ces iodices pour le mailrc écrivain? Rien ^u tout.
Il en sera de mémo de la dislinction des mots, de la poncluation, des accents et des points sar les t\ de leur plus ou moins de fréquence, selon les tenips et les Ueux, des lettres majuscules ou minuscules dans les lignes d'écriture allongée. Quelques points Mir les i, échap^ âi rattention du faussaire, dans des ebartes soinlisant du xit* oa xiir siècle le manifestent cependant ; mais l'expert du commun îguorcra le secret , s'il ne rapprend de TanUquaire.
Des accents ordinaires ou fréquents sur lest d'un diplôme des neuf premiers siècles, ne décideraient pas moins de sa fausseté, leur usage continuel avant le xfii* donnerait une présomption de faux.
L'écriture mérovingienne depuis le tx*, la Caroline, la lombardique, depuis le xn*, démasqueraient des pièoes fabriquées. Mais aucun de ces moyens et une intinité d'autres ne sont du ressort du maître écrivain : c'est à l'expérience et aux rccbercbes de l'antiquaire qu*on eu est redevable. Plusieurs sont assez simples et assez faciles à manier, pour être mis en œuvre par d'autres que par des antiquaires : mais peut-on méconnaître que la découverte leur en appartient?
(840) Tantôt le compas à la main, il mesurera les Jgnes et les lettres, le tout ensemble ; tantôt il comparera caractère à caractère, trait à trait, contour à contour; il étudiera les pleins, les demi-pleins, les délies ; il recherchera la taille et la tenue de la plume, la position de la main et ses mouvements. Ce n'est qu'après un long attirail de machines, qu'après avoir bien tAtonné, qu'il vous dira qu'une pièce moderne est vraie ou fausse. Elle est vraie :pournuoi? C'est que récriture en est hardie ou naïve. Elle est fausse : pourquoi? C'est que récriture en est hésitante* et formée à traits sans cesse interrompus. Comme si «ne bonne main bien exercée à contrefaire une signature ne pouvait pas réussir h la rendre avec un tour hardi ; comme si une inlinité de personnes ne traînaient pas leur écriture, ne la traçaient pas avec pesanteur et d'une manière hésitante , soit faute troxercice, soit pour avoir contracté une mauvaise liabiiude.
Mais en fait d'antique, que vous rapportera le maître écrivain nui n'a pas l'esprit ou 1 équité de reconnaître que Ventreprise est aunlessus de ses forces ? 11 décidera qu'un tij,re évidemment de cinq ou six cents ans, vient d'ôlre fabriqué; ou bien il donnera l'absoluiion à un autre dont la supposition
Elles ne sont évidemment point applicables à des cliarles fort anciennes. La science de Tantiquaire, totalement diflérente de Part du vériflcateur de pratique , pont seule cri juger avec connaissance de cause. Mais quand les maîtres écrivains ne seraient pas tout h fait incapables de prononcer sur la vérité ou la fausseté des diplômes dont l'antiquité s'annonce et par la date et par récriture, que pourraient-ils faire par rapport à leurs copies (850) ?
X. Pièce$ de comparaison^ quand inutiles ou nécessaires : avec quelles précautions doiton s'en servir? — Ce fut toujours une condition essentielle aux vérifications, limitées & la ressemblance ou différence des écritures, qu'elles fussent faites sur des pièces de com-
f ta raison (851), Mais admettre comme telles es signatures privées, c'était un abus que
est manifeste. Du premier coup d'œil, Tantiquaire eût apprécié^ruu et l'autre à leur juste valeur. Dans les cas difficiles, celui-ci procède plus lentement : il examine et les lettres et les traits, tout ce qui les caractérise et tout ce qui les accompagne. Si ces premiers moyens ne lui réussissent pas, le flambeau de la saine critique sera porté sur l'historique, les formules, le style, les souscriptions, les sceaux; le concours de tous ces caractères bien discuté ne pourra guère manquer de le conduire à une décision nette et précise, et surtout conforme à la vérité. Si quelquefois il ne peut dissiper tous les nuages; du moins, sait-il meure à profit les lumières qui partent d'un examen éclairé, nous n'avons pas besoin d'avertir que nous peignons notre antiquaire, comme concentrant en sa personne toutes les connaissances qu'il peut tirer de son art. S'il est rare d'ea trouver de teU, il ne l'est pas moins de rencontrer des pièces qni exi^eut tant de science poar décider de leur sort ; mais aucune de ces ressources n'est à portée des maîtres écrivains , les usages des siècles les plus éloignés leur étant alisolament Inconnus.
(850) L'authenticité , comme la supposition des originaux, se découvre par les caractères des lettres, par les monogrammes, signatures et une infinité d'autres indices plus décisifs les uns que les autres, mais les copies sont muettes en comparaison. Aussi leur fausseté est-elle bien plus diflicilc à démasquer que celle des ori^^inaux. Le style et l'historique sont les seules voies de s'assurer de leur vérité ou de leur fausseté (a). Hais sont -elles connues aux maîtres écrivains? Les parties intéressées glissent quelquefois des clauses importantes dans les copies. 11 est souvent impossible de dévoiler ce genre de falsification; si l'on ne retrouve ou Tauthentique ou quelque copie qui n'ait point été altérée. L'antiquaire a néanmoins une ressource
3ui manque au vérificateur vulgaire. Il est au fait es formules et du style particulier aux siècles, aux pajs, aux circonslances. Kl c'est sur quoi le faussaire n'est pas suUisannnent en garde ; et qnami il le serait , il ne laisserait pas encore de donner prise.
(851) La voie de comparaison des écritures était ouverte par une loi de Constantin, contre ceux qui méconnaissaient leur propre écriture (h). Les lois des Visigotlis y avaient recours en plusieurs cas (rK Quand les témoins niaient avoir souscrit un acte produit, on prouvait la vérité de leurs signatons par pièces de conipaiaisoa et autres documents^
(a) MuRATOKi, AndquiU lluL, l. 111, col. 21. (V) Co./.Jib. IV, Lit. il, leg. lU.
(c) Lug, Wmg.f lib. i:, t. i, 1 3.
fALEOCnAPfflE.
cessaîres. Maïs comment s'assurer de Téur vérité, hors ceux où des preuyes soit liltéralesy soit testimoniales, déposent en leur feveur ? Les experts avouent que c'est uno des grandes difficultés qu'ils aient à vaincre {854}. Tantôt à dessein de faire passer pour supposés des actes véritables, les faussaires modernes produisent de fausses piétés de comparaison (855). Tantôt pour jeter les vérificateurs dans l'incertitude, ils en glis^sent de fausses parmi les vraies.
Veut-on parer aux inconvénients d*unô écriture, que l'âge et les circonstances auraient pu changer? Les pièces de comparaison doivent être antérieures à celle dont on. dispute, mais en même temps les plus voisines de sa date, qu'il est possible.
Faudra-t-il donc vérifier les pièces de comparaison à rinfini? La vérification deviendrait impossible., toutes les fois que la justice ne répondrait p;is doa pièces de comparaison administrées. Au contraire^ tériûez-les elles-mêmes, sans avoir recours à d'autres; ne pourra-t-on pas également vérifier les actes contestés, sans pièces de comparaison? Elles seront donc alors inutiles. Files ne feront qu*ajouter de nouvelles diflteultés à d'autres, déjà frè$-considé"« râbles. Les parties adverses convenant de pièces de après la prestation des serments' réciproques, par 'comparaison, et les l'econnaissant cour valables et
?, ouy s'il ne s'en probantes, n'auront pas sans doute lieu de se plain-
lustinién (852) eût ehtrepiris de réformerpar Tan abus peut-être égal, si le remède neût suivi de près (853).
N'est-it question que d'actes dont récriture aurait été, du moins en partie détruite, Eour y faire des substitutions frauduleuses? es preuves de son enlèvement sont-elles évidentes? Les pièces de comparaison ne seront que peu ou point d'usage. Il serait plus qu'inutile de recourir à des moyens équivoques, tandis qu'on en pourrait employer de certains, n en est de même des additions ou suppressions de quelque portion de livre ou de registre.
Dans la plupart des autres cas, où quelque acte est attaqué par une inscription en faux ,; les pièces de comparaison passent pour né*
Au défaut d'é^tures de ces témoins : on les oUi" geait d'écrire fort an long en présence du Juge^ pour tenir lieu de pièce de comparaison. La loi est de Gliindaswinthe. Le même prince (a) ordonne, goe les titres, contre lesquels on se sera inscrit en maz, seront prouvés, après la mort de leur auteur et des témoins, par ressemblance d'écriture avec trois pièces au moins oh sîf^atarcs des mêmes personnes. Suivant une loi de Receswinthe (6) , unf tii^e entre parents, accusé de faux, était prouvé»
pièces de comparaisons domestique?, ti'oavalt point chez les parents, on les prenait partout oh l'on pouvait en découvrir. Chez les Ripuaires (c), après la mort do chancelier, qui ^kh\% écrit mi acte, contre lequel un% inscri}Uion en faux était formée, on le justiliait nar trois autres pièces de comparaison de sa main. Lorsque la lil^rte u'un serf airanchi ne pouvait être prouvée ni par celui qui l'avait donnée, ni par les témoins de sa mnnumission. Il était autorisé par une (d) loi de Louis le Débonnaire, à vériâer la charte de son afliranchîssèment sur deux autres écrites et signées de la inaîn du mémo chancelier, pourvu qu'il fût connu des lialHtauts du lîeo. Si l'accusateur succombait dans ses preuves ^e faux, il était condamné i Tattiende,. portée par la. charte. Mais, suivant (e) Le Vayer, les pièces de comparaison ne prouvent pas autant contre la vérité d'un titre, qu elles prouvent en sa ftivear chez les Visigoths , Rlpuaircs et Lombards, e Si, dit-il, les notaires et les témoins sont morts, la seule comparaison par experts n'est jamais capable de détruire l'acte ; Vion pas même quand elle est jomte à rinscription en fnnx. »
(852) Cod,, Kb. iv, tit. 21, I. 20.
' {&S!5) Il éuit injuste , selon on habile juris-' cimsulte (/)^ de rejeter, comme ût cet empereur, *• une écriture privée , lorsqu'elle était produite par €^uî contre lequel die devait servir; 2" une écriture publique, quoique non signée par trois témoins, et non publi(]ue dans sa confection. Mais iuslînien corrigea lui-même sa loi par la noveile 4» (g).
(854) Rs se flattent néanmoins de pouvoir y réussir par les seules ressources de leur art ; c'està-dire, qu'ils commenceront par vérifier les pièces de comparaison, avHitt que d en venir aux autres, sur lesquelles on demande leur avis. Mais dans i*hypotliese que leur vérification est un préalable nécessaire , oar quelles secondes pièces de comparaison vériflera-t-on les premières? La nécessité d^ane opération, reconnue pour indispensable, peutâle cesser tout à coup en faveur de pièces dont la sincérité parait actuellement révoquée en doute?
(e) TU. 99, I. 5.
(4) Ug. Lmgcè.t tIt. 54, 1. 12.
Dictionnaire db Paléographie, etc.
di*e d'avoir été jugées sur elles. Mais il pourra bleu îlrrîver, comme il est arrivé plus d'une rois, que les' pièces de comparaison, admises contradictoireroenf par les parties, se trouveront fausses.
(855) Les pièces de comparaison antiques doivent* au moins être du même Âge, du même pays, de la même écriture. Au lieu de véritables, présentez-en de fausses au maitre écrivain , dressées à dessein, de lui faire illusion. Guidé par ces modèles, il don-^ uera pour vrai le faux titre, et pour faux le vrai.' Comment n'y serait-il pas prî^, incapable qu'il est déjuger de l'âge des vieilles écritures , indépendamment des pièces de comparaison? Livré a la défiance si naturelle, quand il faut prononcer surdes choses ineonnuçs, qui le rassurera sur- la vérUé des titres les plus sincères? Après avoir sué sang et. eau, sans savoir quel parti prendre^ il ne pourra se, déterminer qu'au hasard. Pour faire mieux sentir' âon embarras et ses erreurs, supposons qu'on produise , pour, pièce de comparaison d'une charte] datée du règne de saint Louis, un titre vériiablen^eiitdu xiii'^ siècle, et dont la sincérité ne suit pas douteuse, pour tout habile antiquaire. Si ce diplôme est d'une écriture différente de celle qu'on accuse/ Texpert abandonné à lui-même la réprouvera comm<^ fausse, à raison de la diversité du caractère. Mais, un bon vérificateur aurùit-il admis, pour pièces de comparaison, des chartes d'écriture dissemblable? En agir ainsi, c'est s'exposer à juger faux un lilrc^ parce que son écriture aura justement été la plus, ordinaire en tel siècle, et parce qu'il ne resseni-. blera pas h celle d'une pièce de comparaison, dont le caractère était alors moins usité. L'antiquaire ne serait point tombé dans cet inconvénient. Outre la connaissance qu'il a des usages antiques , tous les
{;enres et les espèces d'écritures lui sont présents. 1 n'a pas besoin de pièces de comparaison pour les discerner. U sait apprécier au juste les degrés de ressemblance et de diversité, qui caractérisent les écritures de chaque siècle.. Souvent 11 connaît les différents rameaux qui distbguent celles du mêiÂii temps.
{€) Delapreme par eompof§uon^ p. iS.
(/) Lb Vatbb, iln'd., p. i.
{gy A utkeM.f toi. 5, titi 4t op> ^
DICTIONNAIRE DE fALLOGRAPHIE, ETG
êI9
Quand il se^^ïx de pièces de comparaison très-cantiques, qu'elles soient vraies ou tausses, elles produiront le même effet, si réellement elles appartiennent au temps auquel elles se rapportent, et si elles sont dressées dans la forme usitée alors. Car il n'est pas qu(3stion, on le suppose, de vérifier si récriture est de telle ou telle personne, mais si elle est de tel ou tel siècle. En estelle certainement? Les recherches ultérieures seraient superflues. Celte importante diflîculté levée * semblerait devoir mettre Texport ordinaire bien à son aise. Mais une réflexion si simple n'entre point dans la mécanique de ses opérations, et d'ailleurs il n'est pas en état de se décider sur un fait qui pourrait leur servir de base.
XI. Y a-t'il plus d'actes faux ou s^uspects^ que de véritables? Quels sont ceux dont on 4oit surtout se défier? V expert déclaré pour le titre ancien^ plus croyable qne celui qui le Tcprouve. — Si le vérificateur s'est mis dans la tète que la plupart des actes modernes, contre lesquels on s'inscrit en faux, sont artiflcieusement fabriqués, il ne réfléchira presque plus sur les moyens de justifier l'intégrité des pièces qu'on lui i)résentera. A ibrce de mauvaises chicanes, il se flattera d*aToir démasqué des impostures dont il était persuadé, préalablement à tout examen. Mais son illusion est d^autant plus inexcusable, que les vérificateurs d'oflice les plus occupés déclarent avoir vu s'inscrire en laux contre des actes vrais aussi souvent que contre aci» écritures contrefaites ou falsifiées. Encore ne s'agit-il que de pièces ou signatures journalières, beaucoup plus sujettes au faux que les litres anciens ^856). Un vérificateur bien instruit de ces faits, fondés sur l'expérience, ne fera donc point plutôt pencher la balance d'un côté que de 1 autre.
(856) Au sujet de ceux-ci : c je n'ai point dessein, dit Muralori (a), de faire naître des soupçons, eontre les diplômes d'une sincérité inviolable. Il s*en conserve encore une inlinité dans les archives. J'en ai vu moi-roéme beaucoup que j'ai publiés dans cet ouvragt. » C'est un critique sévère à l'excès qui nal-Ie. Ainsi l'on peut ordinairement compter sur la vérité des monuments, dont il prend la défense.
(857) « Si le hasard, dit un antiquaire du premier ordre, produit en un siècle un titre, qui puisse être convaincu de fausseté , ne pourra-t-on pas en produire un millier au-dessus de tout soupçon? Il ne faut pas en avoir manié beaucoup pour être convaincu de cette vérité... J'ai eu plusieurs occasions ^ voir et d'examiner des archives d'églises et de monastères. J'ai vu des chartriers, des chambres, des comptes et des dépôts publics en France et en Italie. J'ai'.vu des archives particulières d'anciennes terres et maisons distinguées. Autant que mon peu d'expérience en ces matières a pu me permettre d'en juger, j'ai trouvé très-peu d'originaux faux, et j'ai vu au contraire des cnartes de tous les siècles, respectables par les marques les plus certaines d'authenticité. » Ainsi parlait le célèbre Lancelot de l'Académie royale des inscriptions, dans une lettre imprimée à Paris en 1751, dans laquelle il s'élève avec raison contre un endroit de VHiitoire de M eaux.
(a) ÂntiqHH Itoi- m^i (Vfi.| h lU, iisiHtU Si, col. 53.
6tr
L|antiquaîre doit aller plus loin.
motifs très-graves, il ne supposera pas d'imposture dans des chartes, distinguées des titres de noblesse, tirées d^anciennesarciiiveSy constatant la possession des fonds, droits ou privilèges dont on jouit encore actuellementf ou dont on jouissait certainement autrefois» et dans lesquels on ne demande pas même à rentrer. Des pièces placées dans ces circonstances ne se trouvent presque jamais fausses (857).
Le vérificateur au contraire sera sur ses gardes, quand on lui présentera de prétendus anciens titres très-importants, qui n'ont jamais été produits, et'uont il n'existe aucuiio notice dans les anciens cartulaires, registres, vidimus, copies. Si Ton /goûte à cela q\xe la découverte en a été faite d'une manière extraordinaire; ces monuments commenceront à paraître très-suspects. Il n'en sera pas de même des bulles et diplômes conservés depuis longtemps dans les archives ecclésiastiques (858). Les titres gardés dans les dépôts publics, tendant, soit à relever, soit h établir la noblesse ou la grandeur de certaines maisons, ne doivent pas être regardés trop facilement comme vrais, ni rejetes trop légèrement comme faux.
Toutes choses égales , il est singulier, el néanmoins vrai, qu'un expert juaeant en &veur d'une pièce qui porte une date antique, est plus croyable que celui qui dép.^se contre elle : plus croyable, quand il le fait sans pièces ae comparaison, que quand il en juge à leur flambeau, lorsque la vérité de ces dernières pièces ou leur confor-* mité d'écriture n'est point d'ailleurs contestée (859).
Mais Quels sont les artifices des faussaires i par quels moyens les vérificateurs croientils pouvoir réussir à les dévoiler, et quelle
(SrS) Y. Diplomatique, tom. 1, p. 97 et sidv. (859) Supposons un expert incapable d*éire séduit
Ï^ar des motifs indignes d'un homme de bien, paraitemcnt instruit de toutes les règles de son art, assez judicieux pour en faire TappLcalion avec ju&» tesse; il ne se déclarera pour la sincérité du tilre ancien, que parce qu'il n'y découvre aucun de ces indices de faux, souvent assez faciles à saisir dans les actes récemment Supposés, même indépendamment des pièces de comparaison, ' Si Ton en produit quelques-unes, dont rantii^uité soit aussi certaine, que la corresiK>ndance de récriture et de la date . cette conformité vérifiée, il en résultera que la ciiarte ne saurait être le fruit d*uue fabrication récente. Car, outre la vérité de la pièce de comparaison avec la charte en litige , on suppose leur ressemblance constatée dans nu degré inimitable aux faussaires. Ce n'est effectivaneiii qu'en faveur de cette exacte conformité, jointe k rexemption de tout autre défaut, que l'expert la reconnaît pour vraie.
Au contraire, rè([le-t-il son jugement sur la dissemblance des pièces de comparaison, dont la fausseté est réelle, quoiqu'elle lui soit inconnue; il condamnera le titre examiné par lé motif de non conformité, qui devait plutôt le faire absoudre. La sincérité des pièces de comparaison est-elle avérée? Il jugera ce titre faux à raison d'une diflërence phaiH tastîquc ou réelle. Dans le premier cas, de poica
IPALEOGRAPHIÊ.
assurance péut-^n avoir de leurs décisions ?
lUI. Moyens pour découvrir les artifices ém faussaires. — Quoique nous ne prétendions point ici parler des falsifications des seeauxt et que nous nous bornions à celles des écritures*, le détail des dernières ne laisserait pas de nous mener fort loin. Il nous sufiBradoncde parcourir les plus ordinaires ; sans nous arrêter aux plus recherchées.
On fabrique^des pièces, ou on les falsifie par addition, insertion> suppression^ contrefaçon. Quelquefois plusieurs de ces frauduleuses manœuvres se trouvent réunies.
Couper des feuilles de parchemin ou de pa^*
minuties, de véritables chicanes, doni les rapports yes experts ne sont que trop, souvent viciés, lors fnéme qu'il ne s'agit que d'écritures journalières , en auront imposé à notre vérificateur. Dans le second Cas, prévenu faussement de rhypoihèse'd'une seule sorte d'écriture, par chaque siècle, il se sera figuré que sa pièce de comparaison épuisait toutes m esaeëes d'écritures de celui dont elle porte la date. Mais s'il eût été] connaisseur, il n'aurait pas même admis pour pièces de comparaison des écritures d'une autre forme, tandis qu'il en pourrait trouver de parfaitement semblables à celle qu'il a |ugée digne de réprobation.
A.lons plus loin : si la pièce de icomi^^araison peut être censée appartenir à la même espèce d'écriture, l'expert, plus accoutumé à juger des ressemblances 0« dissemblances personnelles d'écritures que de celles (^ui conviennent aux temps et aux lieux , et qu'on ne saurait sentir sans connaître le goùf, le *énie et la manière de chaque siècle, s'aUacliera à des difiërences, qui pourraient indiquer dfvei*sité âe mains, mais non de siècles et de pavs.
Ainsi l'expert, décidant en faveur aun titre iaintien, sera plus croyable que celui qui en jugera désavantageusement. Mais <iuoiqu'en certains cas particuliers l'expert puisse juger des anciens titres €onfonnément à la vérité , comme il n'est point en iStat de prononcer sur la bonté des pièces de compa^ raison, il est beaucoup plus sûr d'en réserver le rapport aux antiquaires.
(«60) Les livres de comptes, registres, tables des anciens étaient sujets à une autre sorte de suppres-** sion. Comme ils étaient ordinairement enduits de cire , il étftit aisé de faire disparaître récriture en tout ou en i^rtte. Mais en se prêtant à cette manœu tre, on se rendait coupable de la peine de faux, et Ton s'exposait aux peines portées par la loi Cornelia (a).
(861) Des papiers collés ensemble se détacheront sans effort, dès qu'on les fera passer par l'épreuve de Teau. Exposé a la lumière , rendroit collé paraît cra plus obscur que le reste du papier^ Ses règles, lignes blanches, ou vergettes plus ou moins nombreuses, ne se rapporteront pas exactement les unes aux autres. La différence du grain du papier ou de «a marque pourra d'ailleurs manifester l'imposturCi I^s mêmes moyens sont également applicables aux journaux et à tout document en forme de livre;
On peut de plus examiner si le nombre des feuilles est uniforme par chaque cahier ; si toutes sont de la même marque ou du même timbre, supposé aue l'usage en fût établi pour les livres qu'on véri- Irait ; si les tranchefiles ne sont point plus récents <|u'il8 ne doivent être ; si les trous par où passent l^s attaches du livre se répondent parfaitement; si #iuelques chiffires des pages ne sont point d'une auli*e main ; si la fabrique du papier n'est pas postéer lettre à la date; enfin l'on emploie toutes les reseonrses que fournît la dissemblance ou la ressem-
(«) EHg^ Ub. iLvnii Ut. 10, 1«g. i^ J 4<
pier d'un cartulaire^ d*un pouillé» etc., eil retrancher quelques portions, pour eu subs** tituer d'autres, ce sont autant d'artifices dé faussaires (860). Les registres, journaux , traités, testaments, contracts en forme de livres sont les plus exposés à ces falsifica* tions. Mais elles sont aussi de nature à ètro plus facilement découvertes, et avec plus do certitude (861).
Un des artifices les plus familiers auxfaus-^ saires est d'enlever des écritures, pour les remplacer par d'autres, assorties à leurs pernicieux desseins (862].
Ce ne sont quelquefois que des clauses
blance affectée des écritures. La diversité des mains ne serait pas cependant un indi<ce de faux dans les livres où plusieurs personnes ont coutume d'écrire. Du reste ces derniers moyens, excepté celui du timbre, et celui de la marque du papetier, ne sont pas aussi forts que les précédents, ils peuvent au plus fonder de légères conjectures^ 11 est bien des cas, où queiaues-uns ne prouvent rien du touit par exemple l inégalité des cahiers et le retranchement d'une ou de plusieurs moitiés de feuilles , la diversité des marques du papetier, Si toutes sont plus retîntes que la date, ne prouvent pas suffi-' sammeni , ni contre la sincéritédes manuscrits, ni contre leur intégrité. Ces inégalités de feuilles ott de feuillets, dans les cahiers, sont quelquefois pn«rement arbitraires. Souvent la tin d'un traité Ou d'un manuscrit en est la cause. Des restes de feiiiilea de parchemin des débris de vieux manuscrits d'où l'on a effacé des ouvrages pour en substituer d'autres se trouvent mêlés au parchemin vierge i qui sert à les contenir. Quelquefois alors les feuilles anciennes sont réduites en demi-feuilles ^ pour ca^* drer avec le second manuscrit, où elles sont trans-* plantées. Le caprice, le Changement de vues, fa Ali d'un livre ou d une année pourraient avoir occt« sionné de semblables variétés dans des livres de comptes ou des registres. Ces irrégularités, remar* quées aux endroits suspects-, prouvent néanmoins^ même contre les manuscrits, avec toute la force qui peut convenir à ce genre de preuve» relative-^ ment aux circonstances*
• (862) L'enlèvement d'une écriture en encre or^^ dinaire ne se fait point sans altérer la blancheiir» le lustre, Tépaisseur du parchemin. Le grain dit papier endommagé ne se retaMît qu'imparfaltementi Il n'en est pas moins sujet à conserver des mar^ ques d'altération, qui déposeront perpétuellement contre le faussaire. Quand l'encre aurait été com- ][K)sée exprès de matières propres à s'écailler, soit en les frottant ^ soit en les lavant, il reste toujours quelques vestiges jaunâtres, qui trahiront l'imposteur. Certaines empreintes presque inévitables recèleront des traces d'écritures , qui se laisseront au m<Mns déCouvKr aux vues les plus perçantes. ^ Ion hasarde plutôt de faire passer les eaux corrosives sur le parchemin que sUr le papier, le dépérisse^ ment, qui s'ensuit, ne sera pas moins sensible. Lq premier deviendra plus mince et plus transparent ou terne et velouté. Quelque petite portion de récriture enlevée se sauvera du naufrage, sans qu'on s'en aperçoive, et dévoilera tout le mystère au vé^ riiicateur attentif. Sur le papier, les eaux caustiques laisseront des espèces de taches sombres, jaunâtres ou roussâtres. Son épaisseur et ton grain en souffriront notablement. On aura beau employer dé nouvelles matières, pour couvrir ces défauts, le^ endroits renforcés, et par conséquent p^lus ombrât, n'en diront pas moins que les taches à ceux qui les examineront de près. Une exposition oblique dà
eus
DlCTIONNAlllE DE PALEOGRAPHIE, ETC.
éssenlielles, des dûtes, des chiffres des si-
g satures, sur lesquels tombe la fraude (863). uelquefois eHe ne regarde que des noms , ' enlevés, cba»gé», altérés* Mais nousrésertons pour un autre chapitre les falsifications de quelques portions d actes: celles qui ne consistent qu'en des mots , des syllabes , des lettres.
XIII. Artifices des faussaires relatifs à la contrefaçon par ressemblance Sécritwre ; moyens employés par les experts pour dis^ cerner les fausses écritures des véritables, — Ou connaît deux manières de contrefaire les écritures , l'une .en les imitant à vue ; l'autre en les contrelirant. La première est moins, exacte et moins rigoureuse. Mais si Timitalion est précise^ parce que le faussaire aura la main bonne» et qu*il se sera bien exercé, sa supercherie ne saurait être découverte par voie de vériûfiftlion. S'il n'y a gue quelque légère diffiérence, on pourrait les at« tribuer aux variations qu'on a coutume de remarquer entre les écritures de la même personne (864).
' Pour distinguer jes véritables des fausses^ surtout si celîes-ci ont été faites par imiiation , les maîtres écrivains comptent beau-. jcoup sur la taille de la plume, sa tenue , ià position de la main » ses mouvements ou ceux du bras. De là naissent les pleins, les -demi-pleins, les déliés , la netteté des traits,
fttpier au grand Jour manifestera la fourbe auj| tfeux des experts» surtoui quand les faussaires 9'ea .savent pas assez pour échapper à leurs recherches»
11 est certain qu'il se rei;coiilre des cas où la dé- .ouverte de la fraude paraît, iuévilable; mais en ifénéral les taches, les coupures ou. ruptures, tant .du papier que du parchemin » sont des indices équijroNques. 11 est à craind^'c ^u'o» ne prenne quciiiue-* I4ÙS au criminel des aceidents de pure maladresse 'ou d'inauentton.
. Comme les eaux et le& poudres corrostvea s'ineor^
porenl avec le papier et le parchemin , elles y lais-
iieut.une &creté qui peut fournir un nouvel indice.
ttaim comm^ oa prépare aussi le papier axec Talutty
'il faut savoir distinguer son acrimonie de la causti-t
'ettë de Teau foite d du sandaraque. Au reste, le
Igraiu du papier ou son lissé et celui du parchennn
souffriront notablement des poudres caustique^ : et
'd'ailleurs elles afiaibliront Tua etTautre.
(863) Parmi les faLilicaiioiis les plus, ^ubliies*^ 00 compte le changement de quelques cbiâres ; D'un léro ron-.aura fait un 6^ oa un 9; d'un -2 ua 5 ou .hiei) ua, iy d*un i presque tel chii&e qu^on aura .voulu* Mais si Vécriture est régulière» qu'on prenne garde siwi chifiresy qui ne doivent point excéder le .corps de la ligne^ et à ceux qui s'elevent plus haui^ .au <|ui4esoendènt plus bas. Toujours raacre de la .partie ancieniie et celle de la nouvelle ne seront pas égalemeut noijres. On s'en apercevra eu les élevant, pour mieux les exposer au grand jour. Si Ton a retranché quelque chose d'un chiffre, çà aura été en le Sraitant. De quelque Instrument qu'on se soit servi, ea restera toujours- des. marques qu'on peutsai- 'sir aisément.
' (8.f)4^ Jamais on n*a v» le mérae- homme former deux signatures d'uiie ressemblance si rigoureuse, qu'il fût impossible d*y remarauer quelque différence. G^estdonc s'égarer à la lueur d'un principe véritable, mais mal appliqué, quand on n'a nul soupçon Légitime de contretirement sur une pièce de eomparaison , quede mesurer chaque lettre de deux iitfiaatares au compas; comme si leur conformité
leur hardiesse , leur pesanteur, leur interruption, leurs situations respectives. Ecrivez du plat, ou du dos, ou du coin de la
Elume , vous produirez des effets contraires* Is seront diversifiés presqu'à Tinfini^ k pro^ portion des tenues intermédiaires. La plaee du plein et du demi-'pleiB- variera dans la* même lettre, suivant Ja diversité de la tenue de la plume. L'on iugera donc par la va* riété des traits de la ai£ference des tenues de plumes , et conséquemment de la diver-^ site des mains (865).
Comme toutes les sortes de traits se trouvent réunis dans la lettre ff guelques-uns conseillent de s'y attacher particulièrement^ 4uand on a des pièces à vérifier.
Les signatures et parafes faits de tout le mouvement du bras, sont un indice d'écriture originale et non contrefaite. Cette fer^ meté de traits montre qu'où u'était pas gêné à tirer un modèle (866).
.Quant aux écritures contretirées , les mal* très écrivains prétendent pouvoi-r les décou* vrir , aux marques du crayon employé pour les rendre avec plus de justesse, et qui n'auiraient pas été assez exactement enlevées; h des restes de pie de pain, qu'on aura fait servir, pour les faire disparaître; aux in -^ jdices du papier mouillé et de la presse, auxquels on aura peut-être eu recours; aux. charges et recharges d'encre, à Tinterrup^
devait aller jusqu'à n'avoir départ et d'autre aucua irait, ni plus grand ni plus peut.
(865) On suppose, i® qu*une signature, qu'une pièce d'une étendue fort bornée est écrite de la même plume^ de la même talUCf et de la même te-n nue; ^ que chacun a sa manière propre de tenir sa plume, de poser sa main sur le papier et de la mouvoir. Si donc la tenue de la plume est difie-. rente, on eu conclura différence de mains. Si le changemeut de plume ou de taille de plume se manifeste fréquemment, on en concevra des soupçons de faux. Gela sentira récriture artîiiciense, rimîtation recherchée. Divers essais de plumes, plus pro-« près les uns que les autres à rendre une écriture proposée jpour modèle, annoncent un dessein de tromper, m pourrait'^on pas ici tirer des conséquences diamétralement opposées : Le faussaire se sera exercé sur des papiers, des plumes et des encres différentes, avant d*en venir à la pièce décisive. Alors ses essais sont faits. 11 est tout déterminé sur Tencre, la plume, la forme d'écriture. Ainsi ces tentatives marquées, cette variété d'ùistrumenle caractériseront plutét la bonne foi que la mauvaise.
U est des personne» qui, pour s'épargner la peine de prendre cilcs-mcmes trop ou trop, peu d'encre^ ont des domestiques, qui leur présentent successivement des plumes trempées, comme il faut; d'an» très pareapnce,ou pour essayer diverses plumes, ou parce qu'ils ne sont contents d'aucune, en changenf .souvent, et même à chaque fois. -D'où s'ensuiveni des vari;^tiog& ie faille et de tenue. Ces faits et bien d'autres sem niables déroutent un peu les principesdes maîtres écrivains.
veraents les plus délibérés ? Que ne ferait-il pas, s'il jf était hivité par la qualité de récriture de son ino^.
dèle? Enlin, |>révenu de TillusicHi que la hardiesse àm, sa main ferait aux mailros écrivains, q.tte ne tenti^ raii-il pas pour y ptrveeir!^ ^ . . •
BSS
paleogaapiiie.
tioD, è la mu.tiplicité des traits mis en CBuvre» i)Our figurer avec plus de vérité chaque lettre. Les petits coups de plume seront rendus sensibles au moyen d'une loupe. Elle mettra en évidence des traits peu coulante lelés,
ion même interrompus, raboteux, deni, tels qu'ils conviennent à récriture
pour déterrer ces mots, dans les pièces de comparaison produites. Celle ressource manquant au vérificateur^ il lui reste d*avoir recours au mouvement des doigts^ à la tenue de la plume, changée presqu'à chac|ue mot, quelquefois même à sa taille variée, pour rq^ondre mieux aux diverses plumés
peinte, plutôt qia'imitée d'après un mo- dont ses modèles ont été écrits ;enun aux
dôle, traits hésitants et interrompus. Mais peut-
Si le faussaire n'ignore yas à quel danger on s'appuyer avec une juste confiance sur
on s*expose en conlretirant une pièce qui ces moyens (867)?
pourrait être produite, il prendra quelque- XIV. Les di/ltrences entre les signatures âe
fois le parti de tirer un mot de côté, uxi la même personne ne prouvent pas que V une au
autre d^un autre, soit dans la même, soit ^ Vautre^ ou toutes les deux soient fausses; si^*
dans diverses pièces de la façon de celui cérité des signatures des rois Thierry J II et
qu'il s'efforce (le contrefaire. Il est à la vé- du référendaire Wulfolaecus. — Justinicn,
rite perdu > si l'expert est assez heureux dans sa 73* novelle, (868) voulant infirmer la
(867) On Ta déjà vu en p.irtîe : quelques allenlioBS de plus de la part du faussaire peuvenl aiséinciU meure en dcihut Fart des experts, l*" Si la pièce est contrelirée, et qu'il soit maître de ne pas |>roduire les pièces, sur lesquelles son opération aura été faite , le voilé garanti du danger le phis éininent, qu'il courait de voir son acte convaincu. ^^ Qu^il ne laisse pas la plus léf^re marque de crayon, de luie de pain, de papier mouillé, de
raboteux et dentelés sont plutôt des effets de fâge, de la plume, de sa taille, du grain de papier, que de rimitation. Plus ils seront multipliés, moins doiton les attribuer & cette dernière cause. La multiplicité des coups de plume ne prouve pas qu'une écriture soit contrefaite ; à moins qu'il n*en résulte, ({ue non-seulement le même caractère a été fait trait à Irait, mais que souvent le mônrie trait a été formé à diverses reprises. 4** Gnf été dé* quelques succès de sas spéculations, si Texpeit ignore les fausses démarches, oh elles peuvent l'engager , quoiqu'il vaille piieai'laîsser impuni le coupable que de sévir oon*' tre un innocent, il ne traitera pas pins favorablemenl Vinnocence que le crime. Et c'est à quoi ces prin^ cipt^ le mèneront, faute d'avon* bien compris jusqu'où il pouvait les étendre, et d'avoir connu les bornes où il devait s'arrêter.
L'écrivain expert, dira-t-on, sait distin^er les écritures à la taille de la plume, à sa conduite, aux mouvements de la main. D'accord : ces secrets, quoique très-équivoques, peuvent être bons contre des faussaires mal habiles. Mais que les imposteurs en sachent autant que les experts, ils connaîtront comme eux la taille de la plume employée dans quelque occasion par celui dont ils piéton dent imiter récriture. Une tenue de plume conforme, la même position de la main, des mouvements pareils seront le fruit d'une imitatifm étudiée. En un mot, les traits légers, pesants ou fermes, seront rendus par des tours et des exjjressiojis semblables. Que restera-t-il donc au maHre écrivain?
(868) En ciumt ailleurs ce texte plus au long, nous avons repoussé quelques attaques du P. Gcr* mon et de Taboé Raguet, et montré l'incompétence et les écarts des maîtres écrivains réels ou prétendus, qu'ils mettent enjeu sans «oser les nommer. Il est question de deux signatures du roi Thierry fils de Clovis II, et d'autant du référendaire Wulfolaecus, éloii^nées les unes' des autres; les deux premières de plus dé onze ans, les deux dernières de plus de six. Si Ton compare celle de Thierry , la plus ancienne annonce une main plus gaie et [ilns dégagée^, et par con^ctiuciU plus jcuiic : la plus récente, une
(4).Discc|>i. I, p. tSG.
main plus ferme, plus exercée, et par conSéiTuenc plus VMfille. €'est-à-ilire qu'elles sont telles qu elleâ doivent être. L'une est faite à Tàge de plus de vîngi ans, et i'aut;'c de plus de trente. En gros la ressent* blance est bien soutenue, et l'air Je récriture so rapporte à la même main. En détail la tournure d«s caractères les plus singuliers se trouve confomie. De p:i:rtet d'autre lettres supérieures h iralts.brîséft, entrelasseitient de l'r et de rt dans Thewierieus, prêt longation excessive de six eu sept queues infiérieures; cnûn, poar ne pas insister sin* les autres rapports, habitude singulièi-c de terminer de gauche à droite la queue de l'r du mot r^.r, après l'avoir portée presque obliouenienl de droite à )|[auehe« , et d'étendre de haut en bas la traverse méuiane en i iVdu même mot* Ce qui pi*eJuit relativement à ht -, figure des fôttres un effet dont il ne serait pas aisé i de fournir d'autres exemples. Comment deux signa- * tures peuvent-elles convenir dans des rapports si extraordinaires , posé qu'elles ne parient pas de kz, même cause? Mais à ces rapports frappants de ressemblance entre deux signatures éloignées de plils de onze ans, qu'oppose le P. Germou? Des trate pjus ou meins (o) maigres, p^ns ou moins courbes, pins ou moins obliques, plus ou moins déliés, anx- (juels le seul changement de plume pourrait donner l être. Comme si les écrivains experts les plus eit-^ tétés de leur art n'avouaient pas qu*on ne peut rien conclure de ces mêmes disparités.
C'est principalement sur la lettre e çitic le P. i^v^ mon prétend établir le contraste des dissemblances. Dans (b) une des signatures Ve est formé de deux traits. Le premier regarde toujours la lettre précédente par sa partie supérieure, et la sui^'ante Sar rinlerieure. Le second achève Ve par Tadition d'une tête ou d'un bec qui se lie avec le caractère d'après. Dans l^autre souscription He est tracé d'un seul trait et se Ile autrement avec la lettre suivante. Ceci n^e9t pas exactement vrai. Lïi liaison de Ve des deux côtés se fait toujours par le haut, et t^joiirs en descendant. Les e de la seconde signature sont à la vérité composés de ^eux traits ; mais deux sur cinq de la première oe plua ancienne le sont aussi. Quant à la manière de commencer les e par le haut et par le bas, elle étaH alors iiidifiérente. Tantôt on les commençait d'une façon dans une même pièce et tantôt d'une autre, et leur forme paraissait encore plus variée. Thierry apprit saas doute dans sen enfance les deux* manières de peindre l'e. Un peu au-dessus de vingt ans, il ne s'était pas encore fixé plutôt à Fone qu^ l'autre : dix ans après il pouvait s^être absolument déterminé pour l'une à l'exclusion de l'antre : quoique nous' ne voudrions pas assurer qu'il eût porté jusqu'au 0cnii>u)e l'atte^ttion à rendre 9a signature
(b) Ibid., p. !84, iSî?. •
DICTIONNAmc; OE PALEOGRAPHIE, ETC.