PALÉOGRAPHIE PROPREMENT DITE. — NOTIONS GÉNÉRALES
Caractères dUtinetifs et classifications des Ecritures latines (889).
Ce n est pointa des hommes systémati-
3ues qu'il faut attribuer Tinvenlion des ifférentes écritures que nous rencontrons bur les bronzes et les marbres, dans' les manuscrits et les diplômes. La majuscule une fois reçue, Tusage et le temps ont fait le reste, et ils Tout fait à tous égards! èos diverses espèces ne sont pas moins leur ouvrage que la production des minuscules, cnrsives et mixtes de toutes les façons^. No* tre plan nous conduit naturellement h réduire en méthode et même en système des écritures, qui semblent ne s'être formées que par hasard, ou plutôt pav des déclins insensibles, par des goûts nationaux, par caprice. Leur nombre et leurs variétés doivent être et sont en effet très-multipliéS) puisqu'il y en a eu dans tous les siècles de plusieurs sortes fort différentes (881).
Quoique la division moderne des écritures en maguscules, minuscules, cursives et mixtes, puisse renfermer la totalité de celles des Latins, il est presque impossible de la suivre dans un système de planches, où Ton ne doit pas avoir moins d'égard à la nature, de la matière qu'à la forme de récriture. Avant d'en essayer dans la pratique,
(8801 Diplomatiaue des Bénédictins, i. tl,p. 479. (881) GcEMON^ De veter, hçsret.y p. 438.
il faudrait qu'une méthode analyK.çpie l«* e^t préparé les voies. Ld sitéoolation n'y rencontre pas los mêmes difficultés': rien n'empêche donc de la mettre dès à présent en œuvre. Commençonspar les notions et les distinctions ies plus générales dos écriture^ latines. -
Abticlb [er. ... DiTisions et Dations penér^los ôw é*-rUiirfs ; leur descendance ; matièrpA plus sp^'Cfa proent destinées ^ la.nâjuscMte, la driiMiseiile ei li corsive.
I. Partage des savants sur Txmitéet la tnttU tipliciti de récriture romaine : celle des ma^ nuscrits et des diplômes traitée de bctrbare au xv* siècle : division des écfittires avant dom Mabillon : son système combattu. par Mafféi : les dénominations des écritutés. nationales dotvent^lles être bannies du langaffe, — Plusieurs grands hommes, dit le marquis de Mafféi (882) ont prétendu gue les Romains n'avaientd autres sortes d écriture que ces ' majestueux caractères, qu on voit sur les marbres, les médailles et les manuscrits leis plus somptueux.
A ies entendre, si les anciens auteurs la» tins parlent de grandes et petites lettres , ce sont toujours les caractères majuscules qu'ils désignent. Quoique AUatlus penche
(882) Opose, ecf/«., p. 57.
pour cette opinion, il ne laisse pas de reconnaître que divers savants sont d*un avis contraire. César Dominique romain, dans ion Traité d'orêhographe^ soutient ^883) que les Romains avaient deux sortes d'écritures, Tune propre aux minutes ou aux affaires qui demandaient à être expédiées prompte ment, l'autre réservée pour les inscriptions et les ouvrages d'éclat. Estait en effet croyable que les anciens auteurs latins, dans la chaleur de la composition, eussent été réduits à ne pouvoir rendre leurs pensées qu'avec les longueurs et les retajrdements, qu'on ne pouvait éviter en usant de l'écriture capitale ? Les manuscrits en lettres onciales ou m^uscules, dont l'antiquité approche des premiers siècles du christianisme, et OUI enrichissent les cabinets des curieux et tes plus célèbres bibliothèques» ne prouvent pas l'unité d'écriture chez les Romains. Des livres écrits avec plus d'élégance, gardés avec plus de soin, enrichis d'ornements qui en relèvent le prix, ont dû naturellement se conserver plus longtemps,
Srue des manuscrits ou des pièces dont on aisait beaucoup moins d'estime.
Au XV* siècle, lorsqu'on eut fait la découverte de l'art de l'imprimerie, on rechercha d'anciens manuscrits de tous côtés (884). Quelques savants étant tombés sur des caractères obscurs, embrouillés et di (licites à lire, observèrent que cette manière d'écrire était fort différente de la beauté et de la politesse de l'écriture des marbres et des bronxes romains et de plusieurs anciens livres. On regarda ces caractères comme barbares, et le nom de lombards leur fut donné. Politien se sert plusieurs fois de ce terme, en parlant de manuscrits. Le Blond mémo renliarqué comme une chose fort singulière,
3ue les Lombards eussent inventé une sorte 'écriture pour remplacer la romaine, dont il suppose qu'ils ne voulaient pas faire usage. La même opinion persévéra durant le XVI" siècle, si ce n'est qu'outre le nom d'écriture lombarde, on employa en diverses
(885) Tract. 2, cap. 2.
Verona illu&tr. paît, i, co . 5âK (885) Ibid., col. oiA. .
8^.6) De re diplom., o. 45.
,887)/6td.,p.46
(888) Ibid., p. 46.
(889) Ibid.y p. 47.
(890) nid.
(891) /6ti/.,p. 48.
(892) Au moyen de ces caractères, tes discours prononcés avec la plus grande rapîililé élaienl autrefois transcrits avec une vitesse égale. L'usage de fielte espèce d'écriture abrégée s'est perdu depuis bien des siècles. O.i ;\ ti'ès-peu de chartes en notes, surtout en comparaison de celles qui sont en écriture courante et minuscule. Mais sous la première et deuxième race de nos rois, et sous les premiers 'empereurs d'Allemagne, qudques mots en écriture tyrojiienne figurent souvent dans les signatures de leurs chanceliers, ou plutôt de ceux qui suppléaient pour eux. Malgré les notes tyronieunes, qui ont été explit|iuies par Pierre, diacre et moine du mont Caisin, par Gruter, D. Mabillion et D. Carpmticr;
(«; TfL hmxr^ Hitt, ecckh, t. XIII, p. SiSi.
rencontres celui de gothique on italo-gothique, quand on voulut désigner cette écrituce prétendue barbare. Au dernier siècle (885j» on distingua en France un troisième caractère, qui fut nommé saxon on anglo-saxon. Enfin parut D. Mabillon, qui donna un nouveau jour à la matière des écritures dans son grand ouvrage de la DijflomiUique.
Ce savant homme prétend (886), 1" qu'autre est Taucienne écriture romaine, autre sont les écritures nationales. 2* Aprè$ avoir divisé les genres d'écritures en romaine, gothique; saxonne et lombardique, il trouve M division incomplète , parce qu^elle ne renferme pas toutes les écritures qui paraissent dans les manuscrits et les autres anciens monuments. H y ajoute donc la francogaliique, qu'il appelle aussi mérovingieane (^7). 9* De là ilpasse aux écritures plus récentes, dont les caractères ont été représentés par Jean-Baptiste Palatino. 4* Vers le milieu du vin' siècle là mérovingienne se rapprocha insensiblement du petit carac* tère romain \^ d'oii se forma une nouvelle sorte d'écriture^ que I>. Mabillon (888) aj)pelle Caroline, du nom de Charlemagne, le premier restaurateur des lettres. 5" Il divise (889) Tancienne écriture romaine en onciale ou antic^ùe, cubitale, grande, carrée, m^gu seule, mcguscule de la seconde espèee pour écrire les livres, et en minuscule, il appelle celle*ci minute, minutissime et ronde, et il suppose qu'elle avait la même forme que l'onciale, et Qu'elle n'en différait que^ par sa petitesse. Mais cela ne Tem pèche pas de reconnaître une vraie minuscule cursîve». qu'il nomme praticienne (890). 11 borne chez les Romains la durée de sa double écriture majuscule et minuscule au V siècle. 11 fait faire bande à part à celle qui leur succède, quoiqu'elle n'en soit qu'une suite. H termine (891) enfin sa distribution des anciennes écritures romaines par l'écriture en notes, inventées ou perfectionnées par Ty roii affranchi de Cicéron (892). Voilà en peu da^
malgré les secours qu*on peut tirer d*an Psaiitiet de Tabbaye de Saint-Germain des Près et de plusieurs autres écrits en ces caractères , déchiffrer tous les anciens monuments, où cette écriture &e trouve consignée, est encore regardé comme une espèce de merveille. La chose serait môme impo:»siblo, s*il était vrai que les anciens écrivains eîi noies ne pussent lire {a) celles d'un autre. Ttllemont n'est pas pers».Tlé de ce fait avancé par les dtwatistes. Lorsque IVmpire romain subsistait encore, la plupart des aaes puJ)lics étaient écrits en ces ca ractères, avant que d'être mis au net. On a lieu de . croire qu'on écrivait aussi de la sorte la minute des diplômes. Ce sont apparemment des minutes ou plutôt des formules et protocoles de notaire, f^n'ou trouve dans quelques manuscrits des plus cclobres bibliothèques. Si parmi les pièces qu'ils renferment il s'en rencontrait de réprouvées par les critiques des derniers t«nips, ce serait une preuve conipléu* de la témérité de leurs décisions. Diralent-its que dès imposteurs auraient appris à écrire en noie« depuis la |)crte de cet art, et qu'ils auraient pris la jMMUf, p^ur mieux cacher leur jeu, de copier deU
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PALEOGRAPHIE.
mots ndëe que le savant Bénédictin se forme des écritures latines.
Son système, dit Mafféi (893) , fut embrassé de toutes paris ; les dénominations des écritures furent filées, et les livres depuis ce temps ne font que les répéter sans cesse. Mais comme en fait de littérature la liberté est entière , le docte italien ne fait pas difficulté d'accuser D. Habillon, en le comblant , néanmoins d'éloges, d'avoir tout embrouillé par la multiplicité des genres et des espèces
Sui résultent de son système (8M). Il le déare faux dans toutes ses parties et s'élève surtout contre la division dois écritures en nationales. S'il &ut l'en croire, jamais il n'y eut de caractères gothiques, lombards, saxons , franco-galliques. If on ei fu mai cch rattere goticor^on tongobardOf non sasso-' ntco, non franco-gallico. Ces quatre genres,
?ui tirent leurs noms d'autant de nations trangères , ne sont réellement qu'une seule et même écriture romaine. Les modèles représentés dans l'ouvrage de la Diplomatique (c'est toujours Mafféi qui parle; , suffisent pour en Carre la preuve. Quiconque saura fûen lire ces longues pièces en papier d'Egypte, lesquelles appartiennent toutes au même genre d'écriture romaine , lira aisément les chartes données pour italo-^othiques , lombardes , saxonnes , mérovin^giennes. Partout le môme fond de carac/tères : leurs différences ne sont qu'accidentelles comme du grand au petit , . du plein au délié; ou elles consistent seulement dans la variété d'un petit nombre de lettres ou de traits tels qu'on Jes remarque toujours dans les écritures de différentes mains (895}. Telle et bien plus grande encore, dit Mafféi , est la diversité des écritures des notaires d'aujourd'hui , que ne l'est celle des chartes antiques. Quelle difâculténe rencontrera pas (8%) dans l'étude des anciens caractères celui qui s'avisera de distinguer avec D. Mabillon, l'écriture du barreau, de la
sorte des manuscrits entiers , au hasard de n'être jamais déchiffrés par qui que ce fût. Il vaudrait autant dire que le même motif aurait engagé les fabricateurs des saints Pérès à nous forger aussi Horace, Tite-Live, Ju vénal et tant d'autres auteurs classiques.
(S93) Verona iUu$tr., col, 522.
(8d4) € Ce n'est pas sans regret, dit Mafféi (a), que nous nous éloignons si fort d'un personnage dont nous honorons et chérissons la mémoire, à cause de son rare savoir et de la sainteté de ses mœurs. Nous ne lai assignons pas pour cela une place moins distin^oëe parmi les {[rands hommes du dernier ≥ mais, qu'il ait suivi l'opinion commune sur les caractères latins, il n*en résulte aucun préjudice à sa gloire, fondée sur tant d'excellents ouvrages. Cela lie rabs^t même rien du prix de sa Diplomatique , si savante et si utile par tant d'autres endroits, i
(895) Maflëi semole atténuer un peu trop la difl^ renoe de ces anciennes écritures. Elle est assez grande dans Is^ vâ-ité pour fonder des genres et des espèces d'écriture, mais trop petite pour qu'on puisse méconnaf Ire l'unique source d'où elles tirent leur origine. On trouve des écritures minuscules où régocDt un ou deux caractères de l'onciale. A la
m) Verminhuif.,coi.Zi\.
^} M^ m Bowfguet, t K P- ^
chancellerie, Tecclésiastique , la diplomatique, nialienne, l'italo-gothique, 1 hispanique, la mérovingienne, la Caroline, Tancienne et nouvelle lombarde, le gothique niflguscule (897), etc« Enfin le docte marquis^, dans sa notice des manuscrits du chapitre de Vérone (898) , dit à l'abbé Bacchini , qu'il n'aura peut-être jamais pensé combien chimérique est l'imagination commune qui suppose cinq genres d'anciennes lettres, romaines, gothiques, lombardiques, saxonnes, franco-galliques. Ce sont-là, selon lui (899), des termes erronés et des dénominations fausses , dont les livres sont pleins , qu'on doit éviter après les connaissances que BOUS a données ce marquis sur l'origine des lettres. On ne peut plus ignorer combien sont éloignées du vrai les assertions qu'on a débitées, et les faits qu'oii a imaginés dans la Diplomatique (900), sur l'écriture des peuples qui ont démembré l'empire d'occident.
Nous sommes, bien convaincus avec Mafféi et dom Nazzari, son zélé partisan (901), que les Goths d'Italie , les Visigoths, les Lombards, les Francs, les An-
Î;lo-Saxons, ont appris des Latins à écrire e latin, et que leurs écritures sont par conséquent émanées de la romaine. Mais ;5*eBsuit-il que dans la division des écritures on doive bannir jusqu'aux noms de ces peuples? Pourquoi n'appellerai tron pas franco-gallique , iombaraique , saxonne , des écritures
2ui certainement furent à l'usage des Francs tablis dans les Gaules, des Lombards et des Saxons ? Est-il aujourd'hui défendu de dis* tinguer les écritures françaises , italiennes , anglaises, allemandes,iespagnoles? Pourquoi donc la même distinction serait-elle interdite à l'égard des écritures des mômes nations, depuis le v* siècle jusqu'au xir? Pourquoi même ne croirait-on pas que ces écritures furent plus particulièrement affectées aux peuples dont elles portent les noms,
vérité, cela ne nous parait pas suffisant pour en constituer des classes d*écriture, mais seulement des genres et des espèces, puisque, au coup d'œil prés, nous avons des écritures lombardiques, mérovingiennes et saxonnes, qui ne semblent pas distiuffuées les unes des autres par un plus grand nombre de caractères. Le marquis italien prouve bien qu'on peut réduire toutes les écritui*es à l'unité d'ori^
{^ine ; mais tous ses raisonnements ne détruisent pas eur diversité. De ce côté-là le système de D. Mebillon ne jpeut être attaqué avec succès.
(896) OfMscoL eccl,f col. 64.
(897) Le docte marquis, qui prend l'alarme sur la distinction de tant d'écritures, ignoraitrii qu'o» (b) en distingue jusqu'à onze sortes chez les Persans, et que (c) les Turcs ou Arabes n'en ont pas moins que sept?
i898| Pag. 57, col. I.
899) OposcoL eccl.f p. 49.
900) Ibid., p. 46.
901) Ce grand bibliothécaire du roi d'Esptgne, dans le prolocue de la Polygraphie de D. Christoval Rodrigoez, roi. xxnet xxui, embrasse tout te système de Manéi, et adopte ses raisonnemeuto.
{c) Journal des SavanU, «al. 1753, p. 901 et suif.
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DlGTiONiNAïae DE PALËOGlC^PLIiE, ETC
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quoique nous ne jiréteiKlions pas nier qù^elfes n'aient eu quelque cours cliez d'autres? Où trouve-l-on autant d'écritures saxonnes qu'en Angleterre, de méroviiv« giennes qu'en France, de lombardiques qu'en Italie, de visigothiqiies qu'en Espa- • gne ? Si l'on en rencontre dans d'autres pays, c'est qu'on y a transporté des manuscrits d'une région à l'autre; c'est que des Anglo-Saions Tinrent en Allemagne, dès Français en Angleterre, des Visigoths dans la f>artie méridionale de la France, etc.
Ces nations, réplique Mafféi, n'inventèrent jamais ces écritures ni ne flrent aucune dém^arche pour les faire recevoir dans les contrées dont elles s'emparèrent les atmes à la main. D'accord. Mais ne fut-ce pas au milieu d'elles qu'elles prirent cette forme caractéristique qui les distingue entre elles, encore plus que ne le sont nos écritures nhr tionales d'à -présent ? Mais la manière d'écrire les mêmes lettres ne diffôre-t-elle pas chez les diverses nattonis (902) ? Et nous n'aurons pas la liberté de les spécifier sous les nonas de mérovingiennes , de visigolhique^ , de carolines , etc. I Sî ces dénonnnatioiis n'étaient j)as reçues , il faudrait les introduire ou en inventer de nouvelles. On ne peut on trouver de plus convenables que cènes dés . peuples qui ont fait usagé dé ces écriture^.- Inutilement au reste entreprendrâit-ôn de ' ftiire changer le langage aux antiquaires et même à tous les gens de lettres. Ils ont contracté l'habitude de distinguer les écritures gothiques, lombardiques, saxonnes, franco-galliques ; on ne les en fera pas reve- • nir. H est beaucoup plus aisé de réformer ' de feusses idées , quand on présente la lu-r 'niière, que de changer le langage quand ;.i];>ôme il ne serait pas fondé sur des notîoils fort exactes. Que serait-cddonc, lorsque des ^ idées très-nettes répondent parfaitement 'aux dénominations des choses ? Car enfin , *sans pi-étendre que les écritures nationales ' aient été apportées par les peuples barbares dont elles portent les noms , on ne peut nier* qu'elles n'aient éié propres, ou du moins ])his particulières que les autres à ces nations.
Au surplus, le marquis italien no rend pas justice à D. Mabillon, lorsqu'il met sur son compte d'avoir tout Winfondu en baptisant du même nom différentes écritures, et en donnant au même genre tantôt une dénomination, tantôt une autre. Mafféi, dans sa Vérone illustrée (903), réduit toutes SCS prouves à un manuscrit de Gennade, que I). Mabillon avait d'abord estimé lom-
!90â) Aliat, Anvnadv.y p. 66.
903) Col. 323.
904) De te diplom., b, ]^a.
(905} Discepl. 1 , p. 58.
• f906) Véron. Ulmlt,, col. 534.
(907) f^ marquis Mafféi a id en vue le P. Cermon. De veter, htereU^ p. 456, quMi cite en marge.
(908) OputcoL ecck9.y p. S7.
(909) Nous pouvons dire la même chose de la division des é< ritures grecques, inventée par le docte marquis, c Dans le grec, dil-il, on diviscrail fort bien J'éciilure en majuscule, ronde et abrégée. La
bardique elt dépuis mérovingien. Mais la candeur avec laquelle un auteur feit part de ses doutes au public montre seulement •la marche de ses connaissances. C*est le parti même que D. Mabillon a pris lorsqu'il déclare (90^) quel a ^té enfin son vrai sentiment. Le savant marquis n'aurait pas dû -pour son honneur emprunter une pareille 'chicane du P. (iermon (905).
II. Bivision des écritures en majuseule\ minuscule , cursive et mixte , proposée par 'Mafféi. Est^^ile recevable et sans inconvé- .nient ?-^ A. la division des écritures établie :parD.MJ9dnllon, Mafféi prétend (906) ensub- \stiiuer une autre plus simple et moins embart passée. Il lés partage seulement en majus- •cule, minuscule, cursive et mixte ou mé- -langée. Toutes les tinciennes écritures, dit* il , sont comprises dans celte division. E^ ay attachant , on évitera beaucoup de méprises , où il est très-facile de tomber. Il ne se trouvera plus personne qui juge une éciiiure contraire à elle-même et qui révoque en doute Tàntiquité de ces manuscrits ou diplômes, où il apercevra dans les mêmes paroles des lettres semblables à celles de rimprimerie, mêlées avec d'autres , obscures et embarrassées (907). Il n'en sera plus éton* * né, sachant que tout caractère est romain, " et quB dans la cursive toutes les lettres ne - sont pas étrangères et différentes des majuscules et minuscules , mais quelques*unes seuiemei^t à cause de leurs liaisons , pea-. dant que les autres demeurent nettes et élé« gantes. Personne ne croira plus gothiques ou lombardes les lettres qu'il verra mal formées dans tes manuscrits et les diplôopes , ou grossièrement gravées sut le marbi-^ . On trouve, ajoute M. le marquis, dans oeaucoup d'actes- publics, des signatures faites ' au même jour et au même lieu, doi^t les ' unes s^nt en lettres majuscules, les autres en minuscules , les unes en cursives, les : autres en mixtes» &elon la diversité des mains. On observe encore dans plusieurs manuscrits la majuscule altérée et dégénérante, avec un mélange de minuscule ^ de lettres et de traits cursifs (908). En faut-il davantage pour donner la préférence à la division des écritures en majuscule , minuscule , cursive et mixte, en faveur de laquelle notre auteur se déclare avec tant de zèle?
Nous l'adoptons volontiers en tant que générale; mais sous un autre point de vue, elle nous parait insuffisante. En effet, si Ion s'y bornait, on no donnerait aucune connaissance bien superficielle des écritures (909). Elle ne les caractérise point par
ronde réiM>nd à k minuscule, de laquelle on a vis le caractère employé dans rimprimerie. L'ahr&ée est la cursive, qu'on peut appeler ainsi, k canse des fréquentes. ahreviatioQ s dont elle use. Nous avons déjà dit que le nom d'aiguë lui fut donné. Sous ces trois genres on renferme également tous les caractères des iGrecs, et aujoord'nui'les Gaioyers du Levant distinguent encore les écritures de leurs missiens en ronde et ai^ué. » Nous verrons bieutéi que D. Bernard de Montlaucon n'a pas eu tort de bannir de sa Puléograpiiie une division des ècsrttnrcs jflîcqucs, si t»cu coniplélè.
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des dénominations applicaliles à chacune,: t)u du moins au plus grand nombre de leurs lettres. Mafféi n'a que le seul nom de majuscule, pour nous faire sentir la différence des capitales, onciales, rondes, carrées^ aiguës, inclinées, triangulaires; en un mot, toutes sortes d'écritures majuscules, dont on a fait usage pendant près de trois mille ans. Le terme mnjuscule est-il donc si lumineux, qu'il suffise pour débrouiller le chaos de tant d'écritures, pour en fixer l'âge, pour en découvrir la patrie?
On pourrait porter le même jugement de ses trois autres écritures minuscule, cursive et mille, quoique capables, à l'en croire, de faire face à tout, et de répandre la plus Tive lumière sur la connaissance des caractères antiques. Quoi I quatre noms rempliront la nomenclature des écritures latines en usage chez tant de nations, durant trente siècles? Autant vaudrait-il dire : A quoi boncet attirail de classes, de sections, de genres et d'espèces, dans la botanique, etc. Les plantes seront suffisamment connues et différenciées, si on les divise en arbres, herbes et champignons. Ainsi là ronce et le cèdre, Ip thim et le melon, la morille et l'agaric ne seront plus distingués. Il serait inutile de multiplier les noms pour en Jfaire une application précise à cîiaque genre, à chaque individu. Voilà sans doute un çrand secret pour réduire à rien toutes les sciences
III. Division des écritures en lapidaire ci métallique^ en écriture des manuscrits et en celle des diplômes. Inconvénients des autres divisions dans V exécution de cet ouvrage, — Qu'il nous soit permis de proposer une autre division générale des. écritures,, su-, jette à moins d inconvénients que les au-i très, et en môme temps plus commode et
S lus assortie au plan de notre ouvrage, ous distribuons toutes les anciennes écritures en lapidaires et métalliques, en écri* tures de manuscrits et en écritures de chartes. Voici \bs raisons qui nous déterminent à suivre cette nouvelle division, sans prétendre donner l'exclusion aux autres.
Comme il y a des écritures majuscules, minuscules, cursives et mixtes sur les marbres et les bronzes dans les manuscrits et
ôours respectivemenf, selon les siècles, dans, les monuments lapidaires et métalliques,' aussi bien que dans les manuscrits. La minuscule ne règne pas moins que la cursjvo en certains temps dans les actes publics. Ou y voit môme quelquefois paraître des lettres capitales et onciales avec la mînuscule et la cursive. On parle ici do l'écriture qui forme le corps de la pièce, et non pas du commen-. cément de plusieurs formules, et surtout de quelques signatures, beaucoup plus sujettes à des variations , puisque le môme acte ren-. fermera des signatures majuscules, minuscules , cursives et mélanj^ées; H est môme des chartes et des diprômes, dont la totalité se trouve en écriture *n-ajusrule. Puis donc qu'il V a des inconvénients partout, il nous* semble que la méthode la plus simple. estd"e diviser nos anciennes écritureife en celles; 1" de bronzes et de marbres., S" de mantiscr its/ 3* de diplômes. Ces trois divisions générales, ftrmeront autant de classes : chaque classe aura ses divisions ou subdivisions, où tous les genres et les espèces d'écriture latine,* qui ont eu cours depuis trois mille ans, seront rejiréscntés. Mais avant toutes choses,; écartons les équivoques auxquelles les écritures sont exposées.
IV. Quelles sont en général les écriture:^ majuscules , minuscules ^ cursives et mixtes? Leurs vraies et fausses notions, — L'écriture majuscule est celle dont toutes les lettres spilt capitales, plus ou moins grandes. La minuscule répond au petît-romain de nos imprimeries : la cursive n'est autre que l'écri-' tùre liée, coulée, expéditive^ lamixt^cst. liii composé de caractères empruntés de différentes écritures, soit onciales, soit minuscules et même cursives. . > Les premières lignes des anciens diplô-n;kes , et notamment de ceux de la seconderace de nos rois, l'indication de la signature^ * faite au nom du prince ou de sa propre main, et la souscription du chancelier, sont ccn-" sées être en caractère majuscule. Tel est au moins le langage de la plupart des au-, teurs (910). Mafféi plus intéressé par sy&-^ tème à ne pas donner dans une équivoque,, qui .fait prendre la cursive allongée pour la majuscule, n'a pas su s'en garantir. Cette
les diplômes ^ si nous nous attachions uni-- confusion de noms rejaillit néanmoins sur
quenaent à la division favorite de Mafféi, il faudrait eofitinueilement confondre les marbres et les médailles avec les manuscrits et les chartes, et passer sans cesse des uns aux autres ,• quoique! y ait une sorte d'écriture propre, ou du moins ordinaire, aux marbres, aux pierres, aux bronzes, une autre- aux Bianuscrits, et une autre aux diplômes. Aux premiers appartient la capitale, régulièrement ; à un nombre considérable d anciens manuscrits, l'onciale; aux autres^ la minuscule; aux chartes, la cursive. En certains siè^ des , il est vrai, la minuscule ne convient
Cis moiosque la majuscule. aux. iAscriptiOBA pidaires. La mixte de toutes les façons» a
lès idées, et porte atteinte h la justesse de la division des écritures en majuscule, minuscule, cursive et mixte, pour laquelle le savant marquis se déclare, à Texclusion do toute autre.
L'écriture allongée des diplômes est san» doute majuscule, si l'on n'envisage que s;i grandeur ou sa hauteur : mais elle est bien réellement cursive, si l'on s'arrête, comme on le doit, à sa figure, à son contour.
On toml)e dans un semblable mécompte par rapport à la vraie majuscule. Un excès de petitesse (911) lui attire la dénomination de minuscule, comme si la nomeDcla^^ ture du caractère dépendait ^olutôt de soa*
(910) De r^éiplem,, p. $(• Glir0fu C^d^ic, p. 90, etc.
(911) De re diplom,^ 1. i, c. 41, n. i, p^ 17^
DICTIONNAIRE DE PÂiL^tUGRAPillE, ETC.
plus ou moins de srandeur, que des traits essentiels dont eue résulte (912). Ainsi d-une part la majuscule et la minuscule 9 et de l'autre la majuscule et la cursive se trouvent confondues . Il est nécessaire d'être averti de ces brouilleries , pour ne prendre pas le change. De peur de le donner nouslïième, jamais nar majuscule nous n'entendrons les caractères dont la forme est véritablement ou minuscule ou cursive, quelque étendue que soit leur circonférence , quelque allongés que soient leurs traits. Jamais nous ne nommerons simplement minuscule récriture onciale ou capitale , dans quelque étroit espace que chacun de leurs éléments soit renfermé. Borner la majuscule aux écritures onciales et capitales, aux lettres grises, historiées, fleuries, cest la renfermer dans ses justes limites, et conserver celles des autres.
Après avoir levé les équivoques et réglé le langage sur les écritures, il faut voir comment elles se sont foi^mées , et d'où naissent leurs genres et leurs espèces.
V. Comment sont nées les différentes écritures : leurs qualités essentielles et accidentelles^ servant à produire et à distinguer leurs espèces, — Les écritures majuscules remontent è l'âge le plus reculé : les minuscules en sont émanées, et probablement les cursives le sont de celles-ci. Il est difficile de fixer au juste l'époque des deux derniè:ies ; mais il ne Test pas d'établir leur descendance, ni même les degrés, par lesquels elles se sont formées (913).
!• Quand on est obligé d'écrire fréauemment, et avec célérité, il est impossible que
(912) Après plusieurs modernes, D. Mabillon, comme nous Tavons déjà dit, distinj;ue che% les Romains deux sortes d^écrilures, la majuscule et la minoscule. La première était appelée par les anciens, onciale, gi*ande, cubitale, carrée; la seconde, ronde, minute, très-menue: Celte écriture n*était pas tracée ' avec tant d'art aue Tonciale. Plus expédilive et plus négligée, elle n en était différente que par sa petitesse, et nullement par sa forme. 11 étabhl la distinction de ces deux écritures romaines, qui réellement n*en font qu'une, sur le fameux passage (a) où saint Jérôme oppose ses pauvres cahiers, mais oien corrects, à d'énormes volumes écrits en onciale. Il avait donc des livres écrits en plus pelîteâ lettres ro- ?v maines, quoique semblables aux onàiies du côté de j la figure. Il est, au reste, fort iniiAîk de distinguer ' les écritures par leur petitesse et leur gjrandeur. Point de peuples, point de temps, où Ton n'ait vu ces variétés, de quelque nature qu'ait été le caractère. Nous ne pourrions nous empêcher de traiter d'inexactes ces notions de la majuscule et de la minuscule, si nous n'étions retenu par le respect* D'ailleurs, elles ont été presque ausbitôt redressées. Un si grand homme n'a même donné dans ce petit écart que |)our n'avoir pas voulu se détacher de ceux qui avaient écrit sur la même matière, et pour avoir un peu trop presse le passage de saint Jérôme. A peine a-t-il rejoint ses anciens monuments qu'il avait iverdus de vue, et les a-t-il repris pour guides, qu'on le voit discerner avec une égale justesse, et la majuscule de la minuscule, et celle-ci de la cursive. Quoiqu'il eût poussé la minuscule semblable à Tonctale jusqu'au v* siècle, il ne laisse pas de montrer (6)
(a) Preef, in Jéb.
la majuscule ne se change pas insensiolement en minuscule liée et cursive (914). On no niera pas sans doute que lés Romains n^écri vissent beaucoup» et souvent d'iirie manière prompte et serrée. Ils diminuèrent donc leur écriture majuscule; et pour la rendre plus expéditive , après l'avoir réduite à une petite forme, ils joignirent ensemble plusieurs caractères. De là leur écriture minuscule et cursive liée et non liée, contexta et absoluta (915) , qui parait jusque dans leurs inscriptions. Oti sait que les Grecs, sans avoir rien emprunté des autres peuples en fait d'écriture, tenaient leurs lettres majuscules des callii^raphes, et leurs minuscules des tachygra pnes , c'est-à-dire de ceux qui faisaient profession d'écrire élégamment et promptement, d'où viennent ces deux genres de lettres dans les inscriptions copiées par Fabretti et dans quelques manuscrits (916). ^ Les lettres majuscules , en passant nar le burin ou le ciseau des artistes et les plumes des écrivains, ont pris des queues , des bases, des sommets, se sont arrondies et carrées. La même chose est à peu près arrivée à l'écriture minuscule et à la cursive. Do là tant de diverses formes qu'ont prises avec le temps ces écritures, et qu'on peut regarder comme des espèces, pourvu que l!on convienne qu'elles sortent toutes d'une source commune (917). Enfin l'on a mêlé les majuscules avec les minuscules , et l'écriture courante et la minuscule avec les mcguscules ou capitales. Voilà l'origine des écritures mixtes. Ajoutez les diversités qui ont dû naître du goût et du génie des différents peuples qui ont fait usage
au VI*, une minuscule bien conditionnée sur les marbres mêmes, et dès le v* ou le commencement du VI*, une cursive sur le papier d'Egypte et le parchemin.
(913) L'écriture minuscule, que nous âippelons kl petit- romain , a existé longtemps avant les plus anciens manuscrits, où nous le voyons entièrement formé. Dans le célèbre manuscrit de saint Hilaire, dont le P. Mabillon nous a donné un modèle, on ne trouve q[ue la seule N majuscule ou capitale. Reste à savoir si ce caractère, qui s'est conservé le deinier dans la minuscule, est le premier qu'elle ait emprunté des majuscules ou capitales.
L'écriture cursive des Romains paraît si hardie et si peu conforme à l'écriture majuscule, qu'on doit supposer qu'elle a commencé bien des siècles avant le V* et vi% où elle se montre plus éloignée de Te^ criture lapidaire et des manuscrits qu'elle ne Ta été dans la suite.
(914) Mafféi, OposcoL ecdes.f p. 58, col. 1.
(915) Chronic* Godwic.^ p. 47.
' (916) Pag- 590.
(947) Les anciens manuscrits de diffiàrentes mains* s'ils ne changent pas la nature de récriture, n>B constituent pas diverses espèces, mais seulement des variations. Par exemple, le manuscrit du rôi 4^, écrit vers le viii* siècle, dans l'abbaye de Micî, est de plusieurs mains dans son plus ancien teite. Mai» au fond l'écriture est la même, quoiqu'elle offre des variétés sensibles. Elle change souvent de*grosse et pleine en une écriture maigre et serrée comme Ia saxonne.
(k) De re diphm. , p. 47, Sopplem*» p« US-
Pi»;
PALEOGRAPHIE.
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de récriture latine, et vous aurez la descendance de*s écritures nationales. Après cela, Bst-il surprenant que sur la fin du xir sièh\e on comptât cent sortes d'écritures?
3** La m/guscule, la miiluscule et la cursive sont tour à tour susceptibles de rondeur» d^obliquité^ de carrure. Toutes ces qualités peuvent se réunir à divers égards dans la nîérae sorte d'écriture et selon différents degrés/Il n'est pas nécessaire de ne faire entrer dans la majuscule, ou que des lignes courbes pour pouvoir l'appeler ronde, ou
Îue des traits obliques pour être en droit e la nommer aiguë , ou que des lignes horizontales et perpendiculaires pour la qualifier carrée. C'est assez que ces caractères y dominent, ou même qu'ils s'y fassent sentir d'une manière plus ou moins frappante, et néanmoins suffisante pour les distinguer des autres écritures. Si 1 on exigeait en rigueur une rondenr soutenue dans tous les caractères, sans qu'aucun autre trait pût se dérober à cette loi, il faudrait désespérer de trouver de l'écriture ronde. La même sévérité ferait également disparaître les écritures aiguës et carrées, quoique plusieurs lettres, en particulier, remplissent les conditions requises. Ces principes une fois établis, comment a-t-on pu faire un procès à D. de Monlfaucon (918), comme s il avait tout brouillé, tout bouleversé, parce que souvent il observe dans sibl Bibliothèque CoiS" line^ que tels et tels manuscrits sont en caractère rond et carré (919).
4* L'écriture ronde est formée de lignes courbes; la carrée, d'horizontales et de perpendiculaires ; faiguë, d'obliques; la miite réunit une partie de ces traits ou leur tota-
(918) YeTùua iUuslr., col. 554.
(9I9J Nous ne véi'ifîons presque jamais les citations de Maâëi, que nous ne les trouvions en défaut. Pour proQvei que D. de Montfaucon appelle une sorte o*écritiire grecque ronde et carrée , il nous renvoie à la page 24 de la Bibliothèque Coiêline^ et l'on n'y voit que les premiers mots des chapitres du Deuiéronome en grec. 11 cite la page 115, et Ton n'y •léconvre rien de ce qull annoncé. La citation de la pugf^ 181, qu'il accumule sur les précédentes,- porte «!^ateineni à Taux. Tant d'inexactitudes ne prennent rien sur la bonne foi de notre illustre auteur. Jln'en impose point à D. de Montfaucou , lorsqu'il lui fait joindre le caractère rond au carré. Notre Bénédictin applique en effet ces deux dénominations h (n) récriture uniaue du même manuscrit. Mais, qu il soit e;rmTs de le dire, ce n'est point comme le prétend afféi, miscere quadrata rolundis, que de s'exprimer ainsi Le caractère oncial ou majuscule des plus anciens manuscrits grecs ne réunit-il pas sous difTéreots rapports ces deux qualités qui, par conséquent, ne soffit Doint du tout contradictoires? Au i^te, quoi de piub formel, pour distinguer récriture majuscule des plus antiques manuscrits d'une autre allongée, anguleuse et quelquefois inclinée, qui, vers le vu* siècle, commença d'avoir cours? La dénomination d'aigué conviendrait beaucoup mieux à cell') dernière , qu'à la cursive , à laquelle Mairéi l'ap- |i'if|tie.
Ce que le savant Béné:tlctin avance dans la BibUothrque Coisiine, il l'avait prouvé {b\ dans sa PaléO'yfupint. fl Les plus anciens caractères onctaiix peu»
la) B'iU. Cvisi, p. i42.
(^> Lilj. ui, c. 1, |i. 195, t. 6, p. r,0.
lité (d20). Disons mieux : quoiqu'on puisse aisément supposer des écritures exactement rondes, carrées, aiguës, ou du moins formées de lignes parfaitement courbes , il n'en est
f)oint dans lesquelles une seul^ de ces qualiités donne Texclusion à toutes les autres
Nous avons découvert l'origine et la naissance des diverses espèces d'écritures.
Voyons maintenant jusqu'à quel point et jusqu'à quel temps les meguscules , les minuscules et cursives furent employées dans les inscriptions, les manuscrits et lesdi^ plômes.
VI. Quel usage ût^on des écritures^ et 9ur quelles matières les employort-an? Jusquà quel point et à quel temps furent-elles reçues sur les matières quine leur étaient pas si particulièrement réservées? — Les matières dures, et notamment les lapidaires et métalli- 2ues, furent de tout temps en possession dos. critures majuscules. Les minuscules eurent le même droit sur les manuscrits, et les cursives sur les actes publics, chartes, diplômes. Rarement les secondes et les troisièmes occupent-elles toute l'étendue d'un marbre ou d'un' bronze avant la moitié du XIV*. siècle. An contraire, on ne manque ^as d'exemples , même sous l'empire romain , ou de lettres, tantôt minuscules, tantôt cursives, ou de ces deux sortes de caractères à la fois, répandus çà et là dans les écritures majuscules. Il y a plus, la minuscule ou la cursive marche auelqu'efois à la suite de la majuscule, ou elles font partie d'inscriptions, ou celle-ci domine, lors surtout que le peu d'espace restant oblige à diminuer ou changer le caractère.
Avant le vm* siècle, la minuscule régnait
vent, dit-il, en même temps être appelés carrés et ronds; carrés, dans les lettres HHNn ; roads, dans les Ee o c « a. Comme les premières reviennent souvent , de là le nom de carrée donné par la 1)lupart à cette sorte d'écriture. De même, parce que es secondes sont continuellement employées ; de là la dénomination de rond attachée par d*autres à cet ancien caractère oncial. > Une même écriture peut donc renfermer des lettres rondes et carrées. Ces lettres la différencient des écritures postérieures plus long^ies, plus étroites et quelquefois penchées, et D. Bernard de Monlfaucon (c) n'aura pu qualiUer celle ancienne écriture de ronde et de carrée à la fois< sans s'exposer aux railleries piquantes du marquis italien. Cette dénomination n'est-elle pas plus juste et plus exacte que celle de ronde simplement, ou seulement de carrée? Le lecteur ne sera-t-il pas plus einbaiTassé à comprendre la pensée d'un auteur, qui qualifiera de caiTée la même écriture qu'il voit, . par une autre désignée sous le nom de rutide, sans qu'on énonce pourquoi l'un lui est plutôt attribué que Tautre? Ces deux dénominations préalablement expliquées, et presque également* fondées dans la nature du caractère, ne vaut-il pas mieux les unir que de les employer tour à tour en parlant du même objet?
(920) La mixte n'est ici considérée que relativement aux diverses espèces de majuscules rondes, carrées, aiguës, et non pas eu égard aux diflcrentes sortes d'écritures majuscules, minuscules et c«*sîves.
(r) IM., p. 131.
d'uû bout à l'autre dans certains manuscrits, elle s'y ménageait ailleurs des portions assez considérables au milieu de J'onciale ou de la cursive , et même de toutes les deux ensemble, La cursive y jouissait de son côté de. pareils avantages. Cependant, si Ton en juge par les manuscrits conservés jusqu'à nous, la majuscule dut avoir la grande vogue. Est-ce qu'une écriture si pemée aurait alors été la plus commune? Ne serait-ce pas plutôt parce que les manuscrits en ce caractère, comme plus lisibles ou plus précieux , auront été conservés avec plus de soin? Au vm* siècle, la minuscule l'emporte sur la m«guscule; au ix% elle la resserre extrêmement; au x% elle la bannit des manuscrits; non que la dernière en soit alors tout à fait exclue, mais depuis cette époque plus de livres comme auparavant totalement écrits en majuscule. La cursive y cède encore plus généralement la place à la minuscule dès le IX' siècle, et depuis elle ne s'y reproduit, après plus de quatre cents ans, que sous une nouvelle forme. Nous comptons ici pour rien les sommaires, les noies marginales, diverses corrections, obscrvalions,. remarques, qui de tout temps n'ont eu rien de fixe du coté de l'écriture. Là souvciU on trouve le caractère cursif, tandis que le texle est en majuscule ou minuscule.
Quelques chartes, qui joignent une authenticité reconnue par les critiques les plus diificultueux avec l'antiquilé la plus reculée, sont écrites en lettres majuscules (921). Tel est un diplôme de Lothairc, roi do CaiKor- Kéry, de Tan 6T9. Tel est \\n diplôme fait avec l'agrément do Sebbi, roi dos Saxons orientaux, qui monta sur le trône en GtV*. Casley, dans sou Caiahgiêa des manuscrits dM roi d'Angleterre (9à2)> prouve que celle pièce fut dressée vers 1 an ()70. Les lettres onciales et majuscules avec lesquelles elle est écrite ne diffèrent nullinucnt de celles des Romains. On trouve d'autres pièces, en Angleterre, à* peu près du môme genre et du^ même Age, dont récriture est en c^traclères a^ez grands, mais arrondis, et où les lettres majuscules sont mêlées avec de plus petites^ Ce mélange est assez commun dans les ma^ «uscrits qui précèdent lé ix* siècle.
A iVîgard des diplômes ^ avant le vm* rv>us ifen connaissons aucun en écriture minuscule. Mais elle commença iiès l'an 730. en Angleterre (^3), et en France, dès le règne de Pépin le Bref, à s'y introduire, et beaucoup i)lus dans les actes ecclésiastiques, où elle était déjà toute commune dès le ix* siècle. Insensiblement elle fit du pro^rrès, et' pénétra jusque dans les diplômes impériaux, bientôt nombre de chartes privées lui donnèrent la préférence : peu s en fallut que le %v ne vît ia cursive ansolument écartée de tous ces titres. Rien d'un usage plus journalier, durant ce siècle et le suivant, que de
921) HiCK., Disserî. epht.^ p. C6.
922) Pag. 546.
925) Casley, planclie n, n. 27.
924) De re diplom., p. 370, tab, xvii.
dresser des chartes en pure minuscule Les actes où elle ne se montra pas sans mélange ne retinrent qu'un petit nombre de lettres cursives. Au xm*, une autre sorte d'écriture courante se mit sur les rangs; elle ne mérite pas moins le nom de gothique que la majuscule et la minuscule du même temps. £n peu d'années, elle naquit, se fortifia» devint dominante. Si certaines pièces en minuscule se dérobent à sa tyrannie, le cas est rare, et c'est presque toujours lorsqu'on veut donner à quelques actes une solennité tout à fait extraordinaire. Ce n'est pas ici le lieu de suivre cette nouvelle cursive sous toutes les formes qu'elle prend, ni d'examiner les degrés de corruption par lesquels elle passe. Vers le milieu du xiv* siècle, il s'en éleva une autre plus polie, qui semble être laurore de cotre belle italique, mais qui ne doit I^as maintenant nous occuper.
Quant aux diplômes munis de sotiseriitiens en majuscules, les temps les plus reculés pourraient en fournir. Après le vr siàete» lesexempless'enmuliiplient(9âlS^) Tcllcssorii les signatures de plusieurs év6<|ue$ (!6o). Les vraies majuscule^ remplirent quol(|ueibis depuis le ix', et p us souven* depuis lo x*, les premières lignes des chartes, les for«* mules des souscriptions de pré ats, do prin-* ces, de chanceliers» et quelquefois celles des dates. Beaucoup de pièces, surtout des xi* et xir siècles constatent cet usage. Celui. des noms prorires écrits do la sorte n'y parait pas moins' autorisé (92G}. Nous avons môme vu des charus entières du \v ea lettres majuscules. OJon, évôiiuo de Rayeui et frèrd utérin.de Oui laume le Conquérant, en 6t drcssi'f une, ga»xlée encore aujourd*liui dans les archives de Saint-Ouen de Rouen. Peut- Ctre jf.rétendait-il imiter quelques-uns des plus beaux diplômes d'Angleterre» dont il devait avoir une grande connaissance. Dans. iine cliarte du roi Eude, de l'an 888, gardée a la bib iothèque royale, la signature du notaire est moitié en caf'itaie rustique des manuscrits, et moitié en cursive Caroline. Au XII* siècle, la firemiùro ligne des lettres royales n'a plus de majuscule que dans la formule d'invoc^aion ; et même, dès la Gn de ce siècle> cette formule est écrite en caractères ordinaires, c*est-à-dire minuscules.
' H est une autre espèce de fausses maius* eulcs, placées tant au commencement qu à la Irn de plusieurs actes publics des Romains» cl successivement depuis employées à la tête d'une foule de diplômes royaux et de bulles pontificales. J)u reste, les vraies majuscules des chartes sont fort différentes des grandes lettres des manuscrits (927). Cellesci imitent les caractères gravés sur le bronze* et le marbre ; au lieu que celles-là sont formées avec moins de soin et d'élégance. Souvent même elles diffèrent quant a la figure, comme l'on peut s'en convaincre en jetant
^) lb%d., p. 45S ,. lab. liv; p. 454 , 455; lab. LV ; p. 458, lab. lvii.
(04G) Chron, Gothtic, p. 258.
(937) Ibid., p. 19.
PALEOGRAPHIE*
(mo
les veux sur notre parallèle alphabétique des lettres m^uscules, minuscules et eursi- Tes tirées des diplômes (928).
Les genres d écriture latine, dont nous Tenons de donner une idée générale, ont sans doute des marques caractéristiques qui atfectent la totalité de leurs lettres et qui distinguent leurs espèces. Mais dans des choses qui dé[)endent beaucoup du goût et qui sont diiGciles à définir^ comme chacun pourrait abonder dans son sens, et que Tun qualifierait une écriture d'un nom, tandis que l'autre lui en donnerait un différent, pour couper pied à toute équivoque et k toute incertitude, nous avons déjà (929) déterminé les principaux genres d'écriture par des caractères Aies et même invariables, autant que le sujet est susceptible de cette qualité. Outre nos alphabets généraux, un certain nombre de lettres de chacune de ces écritures nous a paru le moyen le plus court et le plus propre à les faire distinguer. Mais cela ne sut&t pas : il faut encore réunir sous un seul poini de vue tous les autres traits et les notions distinctives qui caractérisent plus particulièrement chaque genre et cha^ que espèce d'écriture, en commençant par la mq'uscule.
Ait. II. — Notions dislimtlf M et ctradéiiitiqnei des di* verses sortes d*écriiures majuscales : leor DomeoGlitare, leurs défloUions et descripUoos leur ; ëiat, leur ange dans les ioscripUoiis» les BUiiraserH3* tt les autres leurs.
Par écriture majuscule, on entend pour l'ordinaire celle dont les lettres sont capitales, onciales, rondes ou carrées, plus ou moins longues. Communément avant le milieu du xiv siècle, on n'employa pas d'autre caractère sur les marbres, les tables d'airain ou de bois, les médailles, les vitres, les terres cuites, les os et autres matières dures. Ce fut encore récriture propre des étoffes et des linges. Les cuirs, les parchemins ou papiers, en firent usage avec plus de réserve. En général, les manuscrits s'en servirent assez régulièrement pour les titres des livres et les lettres initiales. Quand on n*a rien épar-
g né de ce qui pouvait les rendre plus magniqaes, alors ce ne sont pas seulement des titres en miguscule, mais des pages entières, mais leur totalité. Faire régner cette écriittre depuis la première lisne d'un manuscrit jusqu'à la dernière , mode ancienne, reste précieux du bon goût dont le x* siècle fut le terme.
Quoique les noms de m^uscule et de"ca^ pitale soient ordinairement regardés comme synonvmes, on peut cependant leur assi- ^er des propriétés spécifiques. Dans la majuscule, les iMtses et les sommets sont ou nuls, ou la prolongation des montants est plus ou moins concave en dessous, et puis en dessus, à peu près en forme d'cia coucnée. Dans la capitale, les bases et les sommets font distingués des montants dont ils ne font point partie, et de plus sont en ligne
(928) PI. xxui, p. S40.
(929) Diptam., t. Il» p. 355, 358.
« DiCTiONN. DE PalIcographib, etc.
droite ordinairement horizontale, si ce n est qu'ils soient extrinsèquement concaves. Quoi qu'il en soit de ces différences, nous pouvons envisager l'écriture majuscule comme un genre transcendant qui renferme la capitale, l'onciale, et même la demi-onciale k certains égards. Tâchons de donner des idées exactes de ces écritures.
§ t. CapiUUe antique eimodeme; $es principalet upèeeê.
I. Quelle e9t Vicriture capitale? Source de ses genres et de ses espèces. — Quelques auteurs (930) appellent majusctile carrée celle que nous entendons par capitale ; mais on a déià vu combien la dénomination, de majuscule est en elle-même équivoque. L'épitnète de carrée n'est pas moins ambiguë. Où sont les lettres carrées de la capitale, sinon tout au plus de celles-ci : E, F, H, I, L, T ? Leur carrure est même un peu idéale, et seulement fondée sur les traverses et jambages, tant horizontaux que perpendiculaires, dont ces éléments résultent. De plus, la carrure ne convient guère moins aux autres écritures qu à la capitale.
Si l'usage l'eût assujettie à des précisions philosophiques, rien ne fixerait mieux s(ts genres et ses espèces que les traits droits, norizontaux, perpendiculaires, obliques, ou que les courbes, concaves, convexes et mixtes, dont ses lettres seraient composées. De là naîtraient des écritures carrées, çigtiës, rondes et mélangées, qu'on distinguerait sans peine du premier coup d'œil. Mais quoiau'on puisse effectivement trouver des modèles de ces écritures, il est très-rare
Su'ils soutiennent un caractère uniforme ans chacun de leurs éléments. La seule carrée pourrait, chez les anciens, en fournir un fort petit nombre d'exemples. On ne saurait donc fonder des distinctions d'écritures sur la constance de ces traits : on peut au plus les faire valoir comme substitués quelquefois à d^autres plus ordinaires, ou comme affectant certaines lettres en particulier, sans conséquence pour les autres.
Il semble essentiel à l'A capital d'être composé de deux lignes obliques terminées en ande. Mais sans déranger la position de rune,T'autre pourrait se transformer, et, dans
plusieurs ^ ^ du xi* siècle, se transforme effectivement en perpendiculaire. La dernière ligne répétée forme aussi les deux
côtés de r f{ doubleirent unis La traverse
produit des variétés encore plus nombreuses. Changez la situation horizontale en oblique; vous la verrez dirigée de droite à gauche, ou de gauche à droite, joignant ou passant le cdté vers leque) elle s'élève, laissant ouvert ou feriçé celui vers lequel elle s'abaisse.
Que les lignes horizontales, perpendiculaires, obliques, soient en partie remplacées par des courbes, on verra des A mixtilignes
Eeindre toutes les variétés réelles ou possiles. Les suivantes seront moins suijisautçs
(930) De rsidiplam., p. 47.
DlCTiU.NNAmii: DE PALKOGUAPHIË, ETC.
pour épuiser celles des A construits de courbes toutes pures, traverses et côtés dirigés suivant tous les sens imaginaires. Los jambages sont quelquefois extrinsèquement concaves ou coijivexes; aueiuuefois ils réunissent ces deux qualités. Quelquefois les courbes sont adossées; souvent les courbures ne se font sentir qu*aux extrémités des lettres. En voilà suffisamment pour donner .quelaue notion des traits essentiels gui semblent les plus propres à la distinction ' des écritures. Il en est d'autres purement accidentels, et qui ne paraissent destinés qu'à servir d'ornement.
Quant au contour ou bien au tout ensemble des lettres , elles sont bien ou mal proportionnées, allongées, écrasées, maigres ou . massives, à simple ou à double trait, blanches, demi-blanches, inclinées vers la droite ou vers la gauche. Nous ne rappelons pas ici celles qui sont composées de fleurs ou d'animaux, parce qu'il est rare qu'elles forment aucune sorte d'écriture.
Lors môme que les lettres n'ont rien dans leur contour, leurs jambages et leurs, traits accidentels qui les distingue, un goût national différencie souvent les écritures. Des conjonctions de letlres, ou des insertions de J caractères les uns dans les autres produisent le même effet. Divers mélanges de lettres capitales, onciales, minuscules, cursives, renversées, tournées à contre^sens, grecques barbares , gothiques modernes , contribuent aussi à la multiplication des genres et des espèces.
Au reste,'il s'en faut beaucoup que chaque genre ou chaque espèce représentent dans toutes leurs lettres le caractère par lequel nous les spéciGons. Il suffit qu'il en affecte quelques-unes, surtout s'il revient fréquemment.
II. Division^ nomenciature tt description des diverses écritures capitales. — A proprement parler , l'écriture capitale n'est autre que la majuscule, telle qu'elle se voit Aujourd'hui dans les frontispices et les titres des livres. Elle est propre aux plus anciennes
(931) L*écriture majuscule capitale est si ordinaire sur les bronzes et les marbres, que le com-
' mun des savants s'est fortement persuadé qu'elle est spécialement affectée aux inscriptions des anciens. Il en est même plus d'un parmi eux , qui regardent comme démontré que les Romains n'avaient point d'autre écriture, et que la cursive,
^ et même la minuscule, sont absoluméut bannies des
' •J)ronzes et des marbres.
(95!2) Allât., Animadv.y p. 59.
(935) II n\
Vst point de manuscrit entièrement * écrit en ' capitale qui soit certainement postérietir ' au VI* siècle. Aux vin et ix', on trouve bien des li- - v/es, où' Ion voit quelques pages en écriture ; mais
jamais elle n'est employée dans un manuscrit, . depuis le commencement jusqu'à la fin. fin vain . nous objec^eraii-on les heures de Charles le Chauve,
et le manuscrit 663 de l'abbaye de Saint -Germain , des, Prés, ou presque tout l'Evangile de saint Mat- ' tbiev et une partie de celui de saint Marc sont ' écrits en lettres d'or capitales sur du vélin pourpré.
i** ^s Heures de Charles le Chauve ne .sont point
en cette écriture ; ^ Le premier signe de la plus
inscriptions métalliques et lapidaires (931); Ainsi sont écrits la plupart des livres qui portent les marques do Tanticiuité la plus reculée. Ange Politien (932) n en connaissait point de plus Âgé que le fameux manuscrit de Térence du Vatican. A peine en est-il quelqu'un, dont l'écriture soit capitale, qui ne remonte au delà du vu* siècle (933). Jusqu'au XIII* elle occupe souvent les titres des livres, quoique ce ne soit pas sans mélange, notamment depuis le x*. Ses lettres sont appelées capitulaires par quelques anciens (934), sans doute parce qu'on s'en servait à la tête des livres^ au commencement .des cnapitres et des alinéa. Ces lettres initiales ou capitulaires n'avaient rien de fixe dans leur hauteur et leur largeur; elles oc cupaient quelquefois une grande partie, ou même la totalité du frontispice des manuscrits (935). La seule différence que Tabbé de (iodwic trouve entre elles et les onciales, ne consiste qu'en ce que celles-ci étaient liaiitées à un pouce de hauteur (936). Quand on confond 1 écriture capitale avec 1 onciale, on doit raisonner de la sorte. David Casley, . sous-bibliothécaire du roi de la Grande-Bretagne, tombe dans un mécompte à peu près semblable, lorsqu'il entend des lettres initiales ce que saint Jérôme dit des onciales dans sa préface sur Job.
On peut distinguer l'écriture capitale en carrée, ronde, cubitale, élégante et rusliqur, nationale,' ancienne et nouvelle. Tous ces genres constituent des espèces réelle j, telles
3ue la cai/itâle massive , tranchée , mêlée 'onciale , à bases et sommets excédants , la capitale courbe à traits supérieurement prolongés en .lignes courbes et obliques , etc. Ces espèces produisent souvent divers mélanges.
Nous avons déjà observé que la dénomination de carrée est équivoque et ne caractérise pas assez l'écriture capitale. Cependant plusieurs auteurs l'identifient avec la carrée et la qualifient de ce nom lors même que ses lettres sont destituées de carrure (937). 11 leur suffit qu'elles soient composées de li-
haule antiquité en fait d'écriture capitale ou onciale, c'est qu*il y ait peu d'abréviations , surtout si récriture est belle. Or, elles sont très-rares dans le manuscrit de Saint-Germain des Prés , si ce n^est pour Jesum^ Domine, Nulle lettre onciale ne parait, si ce n'est Vx et quelques G. A la vérité Tr minuscule sur l'M pour marquer saint Marc est en marge plus de cinq cents fois. On en doit conclure, non que te manuscrit est plus récent, mais que l'écriture minuscule était dès lors en usage, puisque nous trouvons même des lettres cursives dés le iv siècle. On voit du vélin en pourpre du w« , mais il n'est point d'un si beau rouge que celui de n<itre manuscrit. Rien n'empêche donc de le faire remonter du moins au vi* siècle.
(9S4) Chron. Godwic., p. 18.
1(955) Ibid., p. 19.
(956) Ibid.
(957) Decrelum assi^nattonis lœorum in aik^thealro capitatibus litteris seu quadratii^ quœ rut^ usurpanlur in veltutts inticrijniombus . elegqnitr et affaire est exaratum, (Monum, veteris Anftt, j^ 584.)
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PALËOGRAPHIE
l^nes droites. Ainsi donne-t-on la dénomination de carrée à des écritures capitales qui ne le sont nullement. Mais nous n avons pas droit de réformer le langage des savants qui n'auraient dû employer cette èpithète que pour désigner celles dont les caractères sont formés de lignes horizontales et perpendiculaires, et oui^ haute et large en proportion, diffère de Vécriture allongée et de 1 onciale, dont plusieurs lettres ont leurs lignes courbes ou arrondies. Souvent les lettres carrées et rondes étaient entremêlées dans la ][)lupart des manuscrits ainsi que dans les inscriptions lapidaires et métalliques, t^^s lettres carrées étaient célèbres dans la Grèce et surtout dans la ville d'Athènes, par l'usage qu'on en. faisait pour les inscriptions des statues érigées en l'honneur des savants et des hommes illustres ou célèbres par des actions d'éclat (938).
Aussi l'écriture carrée (939) est-elle une des
S lus anciennes (940). On la trouve sur les méaillës et les juarbres et dans quelques anciens manuscrits. D. Mabillon (9il) parle d'un manuscrit de plus de onze cents ans, écrit en lettres carrées, et eardé dans l'abbaye de Saint-Sauveur de Bologne, en Italie. Au rap-
Sort d'Eckbart (942) , un des Jivres de saint oniface, conservé dans l'abbave de Fulde, fut écrit en lettres carrées et achevé Tan 547 par Victor, évêque de Capoue. Mais il n'est peut-être point de monument plus propre à constater rexistence de cette écriture que le jbmeux manuscrit de Lichefield (943). Presque tous les caractères en sont carrés, mais ce n'est pas sans mélange de minuscule avec l'onciale et la capitale. Nous en donnerons un modèle emprunté de Hickes dans la classe des écritures tirées des manuscrits. Au reste, cette écriture pourrait être dans les plus anciens manuscrits saxons, s'ils étaient un peu plus multipliés , ce qu'était Fonciale dans les manuscrits romains. Un manuscrit de Wirtzbourg n'est qu'en partie écrit en lettres carrées. On a formé un alphabet déjà publié par divers auteurs (944). Tous les caractères msguscules n'en sont
fmrtant pas carrés., 11 y en a quelques-uns traits obliques et même arrondis.^ Les lettres carrées au moins pour la plupart parais^
(958) Vfuie etiam viris doctis et illtutribus hermas qnadraias erigebant, addUo epigrammate littera qnœdrata. Hinc atticum illud TCTpàyuvo; oomp , vir îmadratus , id e$t vir bonus et reclus, et ejusmodi iermU abundabat ^henarum eivitas (a).
(959) Stbuve De criter. nus. , § 10 , p. 15 , et S«9,p.5l.
(940) Sdon Allatius (b) plus les leUres srecques et latines approchent de la forme des carrées, plus elles portent àf^ marques d'antiquité* Cependant, quand il s*agit de remonter aux temps les plus reculés, cette règle n'a pas toujours lieu. * (941) Iter Italie, part, i, p. 194.
(942) Comment, de rébus Franciœ Orient., t. I, p. 559.
(945) HicRES, Gramm. franeo-theot, p. 2.
1944) ScHANNAT., Vindem. litter., p. 228. 945) Beirbc, De si^il., p. 185» u, S.
(«) Taonn», De fnima scrib» arig. , p. 575. lb)Âiamad.,p.t.
sent encore sur les sceaux des '!ki* et xiii*
siècles (945) Quelques savants (946) les ont confondues avec les onciales , sans trop réfléchir sur la di^érence des unes et des au-> très.
On comprend assez que l'écriture capitale ronde doit être formée de lignes courbes. Elle peut se diviser en écriture arrondie convexe, et en écriture arrondie concave : en ronde par le haut-et en ronde par le bas, en arrondie haut et bas. Ses lettres sont plus ou moins mêlées avec d'autres en certaines écritures. Les antiquaires ou ne nous don^ nent aucune idée de la capitale ronde> ou Us nous la dépeignent comme une écriture d'un usage orainaire, et par conséquent négligée (947). Allatius (948) la confond visiblement avec l'onciale : quelques-uns même semblent la confondre avec la cursive ou la minuscule, dont ils supposent que toutes les lettres étaient capitales de la plus petite forme. Mais tous conviennent que cette écriture a été employée par les anciens et dans les livres et dans les monuments publics. Au XIII* siècle la forme ronde des lettres cc^itales l'emporta sur la carrée (949).
Les antiquaires les plus habiles (950) parlent souvent de l'écriture capitale, ou majuscule cubitale, sans nous en donner une idée bien distincte. Plante (951) est le plus ancien auteur qni ait parlé dé lettres cubitales , cubitum longœ titterœ. Allatius (952) prétend qu'on entendait toujours chez les anciens la même écriture capitale> soit qu'elle fût représentée par les auteurs (953), comme grande, très^grande, longue d'une coudée, soit qu'elle fût appelée écriture menue, très*^menue, carrée ou longue. Nous aimons mieux croire que l'écriture cubitale était formée de lettres oblongues et d'une hauteur excessive ; telles que sont les lettres initiales de certains manuscrits et celles qui formaient l'inscription de l'arc de triomphe érigé en l'honneur de Seplime-Sévère.
L'écriture capitale élégante est celle que l'on trouve ordinairement <5ur les anciens marbres et les bronzes, et du haut empire, dans quelques manuscrits rares, et encore aujourd'hui dans les titres des livres de nos
(946) Cang., Glossar., t. V, p. 1 011.
(947) In familiari scribendi more potissimum utebantur (Romani) Utteris rotundis, non quœ in spherœ modum obvolverentur, et a majuscuti$ essent diversœ , sed quœ ob celeriorem scriptionem quasi in giobulos curvarentur.Quali seriptura codices aliquot antiquissimos in Vaticana contineri testatur Léo* Allatius in Aaimadv. ad Inghiramiuro, p. 58. Licet et simplicior Romanorum œtas in monumentis publias quoqite tali litteratura fuerit usa, uti ex fragmenlo Ugis romance apud Mabitlonum, p. 545 (c).
(948) Animad., p. 61.
(949) Heii«neccius., p. 185.
(950) Deredtp/om., p. 47.
(951) Rudens, act. V, scen. u.
(952) Animad., p. 58.
(955) OviD. , liv. Hi Trist. ; Pi.aut. in Pœnul., ' Rudens, Bacchid.; Plim., 1. vu, c. 21; Senec. epîst. 95.
• (c) Stecv., De criter mss.^ § 10, p. U.
DICTIONNAIUE 0E PALEOGRAPHIE, ETC
jBieilleuraf imprimeries. Elle paraît dans 4outo sa beauté dans la xxv* planche et dans la Virgile de la bibliothèque de Pi^ lhou{9»).
L'écriture capitale rustique parait Tenir directement de la plus andenae des Roœaîas. Les lettres eu sont formées atec moins de soin et plus de bardiesse (95S). On n'y observe ni les pleins ni les déliés ; ou si on le lait, c'est d'une manière qui paraît souveaf^orcée et peu naturelle. I^s bases et les iraverses sont omises, ou tirées sans nul agréiaent. Cette écriture paratt dans les ancjifiinjies inscriptions (956)'; elle s'est cons* lammÀvyt soutenue, et a peut-être été moins sujette aux variations que les autres, du moins jusqu'au x* ou xi' siècle. Il est vrai qu'on cessa d'assez bonne heure d'écrire des manuscrits entiers eii cette écriture : elle était cependant encore souvenl employée à cet usaçe aux v* et vi* siècles. On peut disputer SI elle le fut aux suivant». 11 est certain qu'encore au ix* on écrivait des pages entières en ces caractères \ maïs la dimculté est de savoir si l'on s'en isorvaÂt pour des livres entiers. 11 sem|[de qu'elle éeviat rare aux vu' et viii* avant Charlemagne. Depuis le renouvellement des lettres, procuré par 4^6 grand monarque, cette écriture pwrut bien plus fréquemment dans les manuscrits, et surtout dans les titres, dans les lettres im^ tiaies des alinéaj et même des phrases.
Les écritures capitales nationales ne sont autres que les caractères miguscules ro* mains, assortis au goût des peuples barbares qui les ont adoptés. Ils se sont pour la plu«> part maintenus dans les inscriptions, les médailles et les titres des livres» jusqu'au renouvellemen^t des belles-lettres. Il n*en faut excepter tout au plus que les deux derniera aiècJes qui {M'éeédèrent cette épo* que. Koms en avons pour l'JEspagne un bon garaut dans la personne du grand bibliothé- 4»iire du roi catholique (957). Les inscriptions, nous dit-il, des vii% viu% ix% x% xi* et xui* siècles, sont en lettres romaines ; et quoique quelques-iuies de ces lettres paraissent étrangères» et qu'elles ressemblent à celles d'UlphiU, elles n'en doivent pas moins être re* gai^dées comme romaines Telles qu'on les voit s'éloigner de la forme de celles-ci, teDes on les trouve dans des monuments antérieurs Il l'invasion des Goths. Iftom lUi^loUv Muratori, Caslei, Hickes, Godlhxi^x)ABe;^»
f^rouvesyt la même vérité potur la Knanee» 'Italie., J'Angleterre et rÀllejBagiie. Cette perpétHÎté des lettres eapitaies romaines chez presque tous les peuples d'Burme eist une {trouve qu'ite n'ont point en (Tautre •écriture que la romaine, surtout depuis leur établissement dans les belles provinces conquises autrefois par les Césars.
(95i) On peui voir un modèle de récritune de ce beau ms. [dans tt Diphmaiique de D. Mabillon, 2* éditioiu p. 637.
(WÂ Moimm. veteris Anin^ p. 885.
(SSè) BvoiiARuaTTi, Oêêervazs,, pref. p. xan. V. le onzième cenre de notre planche xxiv.
tU57) Sibiiotb, univers, de la Potiggraph. Espanola^
I 9. Enime cmcnile.
I. Quelle e$t récriture oncialef Diffire-4'^IU dt la capitale f — Par écriture onciale nous entendons la majuscule de forme ronde et distinguée de la capitale par certains éléments* Le terme d'onciale, pris à la rigueur et suivant l'aneienne notion, désigne une écriture dont les caractères ont un pouce ou douze lignes de hauteur (958). Ii v avait aussi des lettres demi-onciàles qui n ataient que six lignes d'élévation. Les unes et les autres n'étaient guère mises en usage que dans les titres des livres. Il semble néan*moins, par plusieurs anciens textes, que le nom d'onciale avait plus d'étendue, et que des livres entiers étaient écrits en ces caractères. Aussi les savants auteurs du catalogue de la bibliothèque du Roi nous avertissentils que la plupart des critiques sont conve* nus d'appeler onciales toutes les anciennes lettres majuscules, soit rondes ou carrées (959J. C'est un lansage auquel nous ne faisons nas difficulté de nous conformer, quoiqu'il ne faille pas le prendre à la rigueur.
Les lettres majuscules dont Bertram^ écri» ^ain de la cour de Louis le Débonnaire, fai** sait usase, étaient alors nommées onciales par quelques-uns, et Loup, abbé de Fer* rières, les appelle antiques dans la lettre qu'il écrivit à Eginhart, pour le prier de lui en envoyer la mesure (960). Mais, si l'on en croit l'abbé de Godwic (961), Loup n'avait point en vue des lel/res d une once. Les ma* juscules qu'bn employait dans les manuscrits des vir et viii* siècles étaient moins élevées^ et n'avaient point de mesure fixe.
Comme nous distinguons l'écriture onciale de la capitale, il est essentiel d'avertir en quoi nous faisons encore consister cette distinction. Quand saint Jérôme parlait (962) d'^riture onciale, nous ne pçuvous assurer
Su'il {^étendit la distinguer de la capitale, ious pensons même que ce qu'il en dit pouvait également tomber sur l'une et Tautre écriture. Peut-être n'aurait^l pas même fait diflSculté de l'attribuer k l'écriture minuscule et curare allongée» telle qu'on la trouve souvent à ta tète de beaucoup d'anciens diplômes, oà elle a quelauefois autant de hauteur que la capitale. On entendait alors, ou du moins on avait entendu d'abord par écriture onciale celle qui avait un pouce d'élévation* parce que le pouce était au pied ce que Tonce était à la li^re. Telle et plus grande encore peut-on la voir dans les écritures mérovingiennes, lombardiques et aaxonuiea, q«e nous qualifions capitales et otteiales de menuscrits. Ces deux sortes d'écriture de manuscrits sont a«5sez susceptibles de cette grandeur rigoureusement onciale, quoiqu'il fût très-rare qu'on la Iciur donoAt,
fol. ivn.
(958) BcBiEus, 1. 1 De aeee,
(959) Ifonti. «N 5 pan, cattitpg* coid. nm» mO) Euifit. 5.
(961) Cnranic, Godvk,. p. 19.
(96i) Prœf. in Jub.
PALEOGUiJ'HIË.
65ah
si ce D'est dans quelques titres et frontis^
fnces de livres (9ë3)« Celle que noubs appe* ons onciale est précisément k mteae ii la-»quelle, pour rordinaire, les satauts donnent ce nom, sans néanmoins appliquer une autre dénomination à la capitale. En effet, les manuscrits en cette dernière écriture sont trèfrares en comparaison des autres. Aussi le nom d^onciale conyient-il tellement à ceux* ci qu'on pense à peine à ceux-li , quand on se sert de ce terme. Nous ne faisons donc que nous conformer au langage des gens de lettres, dans Tusage que nous iaisons du nom d^écriture onciale; mais, en même temps, nous croyons devoir distinguer celte écriture de la capitale, revécue d'une formel plu-» sieurs égards très-différente. La dissemblance est assez considérable pour constituer doux genres d'écriture.
II. Ecriture onciah cùnfonâue avec les autres ; noms qui lui ont été donnés ; ses espèces, — La plupart des auteurs n'ont fait nulle attention aux lettres qui caractérisent Fécri* ture onciale. Plus frappés de sa hauteur que de sa forme, ils l'ont confondue avec les autres écritures. Le P. Pqiebroc, Jésuite, appelle onciales les lettres cursives allongées qui forment la première ligne et la souscription du rôi dans les anciens diplômes (961^}, comme si la figure des unes et des autres ne différait pas essentiellement ! Lorsoue l'écriture onciale est petite, ou qu'elle n'a point la juste mesure qu'on lui suppose, souvent on la qualifie de demionciale (965) , sans considérer que celle-ci, dans'Ies manuscrits, n'est qu'un mélange de lettres onciales et minuscules. Dom Mabillon lui-même confond l'écriture onciale avec la
f petite capitale qu'il appelle minuscule (966). l distingue deux sortes d'onciales : l'une proprement dite n'était pas d'un usage ordinaire; on s'en servait seulement dans les inscriptions et les livres où l'on affectait la plus grande magnificence ; l'autre, plus commune et plus petite, mais toujours de la même forme que la première, était employée à écrire les manuscrits moins somptueux, dont plusieurs sont parvenus jusqu'à nouS| quoique écrits il y a onze à douze cents ans. Le savant Bénéaictin ne veut pas qu'on nomme onciale cette seconde écriture, dont^ selon lui, le tih' siècle vit presque la fin. Cette idée, au reste, quoique singulière, it été adoptée par la plupart des aiKtiquaires modernes.
(905) De re éipiom., p. 47.
mA) PtopyL, n. 44.
(965) Lb€ipentii dissert. 2, p. If6«
(966) De rediplom., p. 47.
(967.) Chrùmc, Godwic.^ip, 7i.
Î968) OposeoL eccks,^ ». 58.. 969) Palœimapk., p. 185.
97^ Page 15.
(971^ CousT., Yindie. eod. eonfirm., p. 170, 171. (972) Ce monarqae renouvela récriture onciale et hii donna une forme plus polie. Sons Lonis le Débonnaire elle recouvra presque Télégance et la forme jru*elle avait eue dans ses plus beaux jours. Le P. Vu Moulinet, au lieu de dire que ces deux empereurs favorisèrent Tusage des beaux caractères, prétend
Lès caractères arrondis de Vécriture oii-f ciale lui ont fait donner le nom de tonde par les savants. Ainsi qualifia^Von, maia im* profMrement, le caractère gothique moderne pu monacal, et récriture renouvelée au xv* siàele (967). Celle^i diffère presque autant de Tonciale que le petit-^oinain est distin-^ gué de la capitale de nos imprimeries. L'écriture minuscule des Grées est aussi appe-» lée ronde par le marquis Mafféi (968), et 1 on ne refurse pas ai:yourd*hui ce nom à notre écriture financière, quoiqu'elle a'ait nui rapport avec Tonciale. Celle des Grecs, comme celle des Latins, est susceptible éà. rondeut et de carrure dans plusieurs élémenls. Aussi rappelle- 1- on quelquefois ronde el ear-^ rée (969). On peut observer le passai de récriture capitale à l'écriture onciale daDs les vers mis au bas du Vicgile^ de V\o^ rence (970). Les lettres sont onciales, mais le tour répond encore aux leities capitales.
Les anciens manuscrits ofllrent à ceux qui en ont fait une étude suivie plufiiews sortes d'écriture onciale. Outre qu on peut la dis<^ tin^uer par Ages et par aièoles , il semble qu on en peut remarquer au BM)io$ c[uaire espèces principales : 1^ A double trait : tel est le manuscrit du chapitre de Pérouse et des épttres de saint Paul, appartenant à l'ai)* bajre de Saint-Germain des Pi^s ; 3^ à simple trait : tel est l'évangile de saint Eusèbe ae Verceil, auquel on peut joindre le psautier de Vérone ; 3° à plein tuait : tel est le ma-« nuscrit de sainte Julie de Brixia et les évan^
Î;iles de Vérone ; e'est l'écritufe qiti paraît a plus belle et la plus c^ulière en ce gienoe; 4° à traits obliques : cela est surtout très** sensible dans les F, J, P, R, doi^t la queue décline vers ta gauche. Oo peut donner pous exemple de cette écritur^ le manuscrit des évangiles de Vienne, quoiqu'il tienne plutôt de cette écritui^e qu'il ne la cepvésente parv~ faitement. On distingue encore dans les ma^ nuscrits Tonciale élégante, l'anguleuse ,. la massive, la tortueuse,, la puipe. On y trouve des onciales plus hautes que larges et plus larges que hautes, tendant vers la carrure» tirant sur la cursive, à queue inférieuE^ excédents et «courbe, tranchées obliquement» à lettres serrées du rf siècle. Aujtre est Fon-çiale du règne de Charlemagne (971), autrecelle de ses successeurs immédiats (972)^ Dans les Heures de Charles le Chauve les lettres onciales se touchent souvent. Il y a des écritures onciales oblpngues, peu*
que ceux des Romains, dont on admire raëcaiice et la netteté, furent entièrement corrompus et disparurent pendant quatre ou cinq cents ans^; cependant il est bien certain qu'on n'avait point cessé d'en feire nsage. Le savant dianoine régulier confond aussi récriture onciale desviii' etu* siècles avec hk capital antique,, lorsqu'il parle ainsi dn renouvellement des lettres sous Gharlemagne et son successeur : c Après donc que ces beaux caractères romains eurent été perdus et entièrement corrompus durant quatre ou cmq siècles, ils commencèrent de revivre sous Tempire de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, comme on le remarque en leurs monnaies, et iU retrouvèrent enfin fevr dernière perfection sous ce florissant empire. Ceci se juslile
chées, etc., sans parler ici des gallicaae, allemande et autres nationales.
ill. Quelle était Fonciale de saint Jérôme^ selon Coêley ? Cet auteur Or-t-il eu raison de nier l'existence de cette écriture. — Croirait-sOn que dans un siècle éclairé comme le nôtre, aes savants eussent osé nier Teiistence de l'écriture onciale et méconnaître les manuscrits où elle est consignée? C'est cependant ce qu'ont fait David Caslev (973) et l'auteur de la Bibliothifue britannique (97&), éblouis par une nouvelle interprétation du teite, où saint Jérôme s'élève contre le luxe des manuscrits en écriture onciale. « Qu'on achète, si l'on veut , dit le saint docteur (975) , d'anciens livres écrits sur du vélin couleur de pourpre , en lettres d'or et d'argent , ou eh lettres qu'on appelle communément onciales, et qui sont plutôt des fardeaux que des livres , pourvu qu*on me permette à moi et à mes amis d'avoir des manuscrits en petit caractère, et qui soient plus recommandables
Î>ar l'exactitude de la correction que par eur magnificence. Hàbeant qui volunt veteres libros velin membranis purpureis^ auro argentoque descriptos, vel ungulibus, ut vulgo aiuntj litteris^ onera magis exarata^ guam eodiceSf dummodo mihi meisque permxttant fauperes hahere schedulasj et non tampulchros eodicesy quam emendatos. C'est ainsi que l'on imprime, ou que l'on cite toujours ce passade; mais au lieu ae ces mots uncialibus litterisy }es lettres onciales ou d'un pouce, Casley croit qu'il faut lire initialibus litteris , des lettres initiales, et il se fonde sur l'autorité de plusieurs manuscrits et sur la manière usitée de lire de tels mots ambigus, qui est de choisir la leçon qui s'accorde le mieux avec le bon sens (976). On comprend d'abord, dit Casley, que, par initialibus titterisy il faut entendre les lettres qu'on a coutume de mettre au commencement des livres, des chapitres ou des paragraphes, lesquelles on ap{)ene capitales ; et si un livre était tout écrit de ces^lèt'tres-là, ce serait véritablement un fardeau plutôt qu'un livre, comme le remarque saint Jérôme. Et nous avons encore aujourd'hui do vieux livres de cette espèce. Mais que ihire de ces litterœ unciales , ces lettres longues d un pouce? Où a-t-on trouvé,
par un ms. de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, qui est un livre des quatre évangiles, écrit sur du v^lÎE^ en lettres d'or vers le temps de Louis \e Débonnaire ou de Charles le Chauve. Le commencemenl de chaque évangile est en grandes lettres capitales* qu'ils appelaient onciales à cause qu'elles avaient une opce, c'est-à-dire un pouce ou environ de hauteur. EUes sont semblables ^ux caractères du temps cT Auguste.... Il y a encore un de ces ms. en lettres d'or en Tabbaye de Saint-Médar^ de Soissous, et qui est inconst^lement du temps de Louis le Pébonnaire, qui en a fait présent à cette église (a), i
(973) A catalog, of ihe mM,, the prefac, p. xvu.
(974) Tom. V, p^rt, ii, p. 55Y et suiv.
(975) Prœfat. in Job.
(976) Les m^ dont Castley s'autorise sont appa • reoimcnt les mêmes que les nouveaux éditeurs de aaint Jérôme citeut dans leur note : Duo (b) aut très
(•) Journal des Savants, do 51 janvier i68(, p. SS. ib) S. HuROif , Oper., t. i, col. 798/
DICTIONNAIRE 1>E PALEOGRAPHIE, EW.
que les anciens écrivaient des livres â*un si monètrueux caractère? Et si Ton en a écrit de tels X d'où vient qu'il n'en reste pas la moin* dre trace? » On peut voir dans la Bibliothèque britannique^ d'où ceci est extrait, les raisonnements par lesquels le savant anglais s'efforce d*étayer sa conjecture, et les consé quences erronées qu'il en lire contre l'existence et la vérité des écritures onciale et minuscule au temps de saint Jérôme.
Mais les efforts de Casley et de son pané^
Syriste n'ont pas fort ébranlé les antiquaires 'Italie (977). Quelques-uns néanmoins, frappés de la prétendue découverte du docte anglais, prièrent As^emani , célèbre par sa
f)rofonde érudition , de consulter les meiU eurs manuscrits de la bibliothèque du Yati-r can, afin de s'assurer une bonne fois de la véritable leçon du texte de saint Jérôme. Le savant prélat, après les avoir bien examinés, atteste (978) qu'iis déposent unanimement contre la prétention de Casley. Parmi ces manuscrits, il y en a plusieurs des vu* et VIII* siècles. Tous sans exception portent ia leçon contestée^ uncialibus , ut vulgo aiuntj litteris. C'est ainsi que les conjectures trop hardies de nos critiques modernes se trouvent souvent combattues par les monuments de la vénérable antiquité. .
Du reste on a toujours vu dans le passage de saint Jérôme des lettres d'une once, et jamais de lettres initiales dont la mesurç n'a rien de nxe (979). Plusieurs planches de notre IIP tome, représentant des pages en-» tières de manuscrits en onciale, ou plus qu'en onciale, prouveront que Casley, ou 1 auteur de la Bibliothèque britannique , dit à tort qu'il ne reste pas fa moindre trace de cette écriture. La capitale étant susceptible de différentes grandeurs a pu être appelée onciale au sens de saint Jérôme. Celle dont il parle, quoiqu'elle eût été originairement haute d'un pouce , et qu'elle eût emprunté le nom de sa mesure, pouvait bien ne Fêtre plus en rigueur de son temps. Il l'insinue
f)ar ces mots, ut aiunt: mais les lettres ne aissaient pas que d'en être encore fort fraudes, telles que celles des épitres de saint aul, gardées à Saint-Germain des Prés, et
mss. pro uncialibus legunt eodem sensu initimiibHs. Hais ces savants ont fait si peu de cas de ce petit nombre de mss. peut-être fort récents, Qulls ont conservé dans le texte uncialibus. La difltculté de iirç les plus anciens mss. a fait faire beaucoup de fautes k ceu> qui les ont copiés dans deç temps ékoif nés. Un copiste mal habUe n'aura i>oint entendu le terme d'oneiale. Il lui, aura substitué celui d'initiale plus connu et plus ordinaire.
(977) Blanchini, Vindic. can. seript^^ p. 598.
(978) Ibid.
(979) Vnciales liHeras (c) Hieronymus inteUigi vo~ luit potlicis crassitudiné exaratas, inciaUm aliitudimm poUicaremiaielligit^ id est^ digili et trientis (d). telle était originairement la hauteur des leiires oii* ciales ; mais non pas harosseur^ comme le r^èla le grand Dictionnaire de Trévoux de la. dernière edi-t tion.
(e) Rddjeos, lib. 1 De asse.
{d) Ibid^ )ib. V.
rAfeEeCRAPHifi.
celles di> fcmeai Psautier de la- m6me abbaye.
IV. Vêogeék VécriH^reùnciale; sa durée ei sa fin, — Lorsque saint Jérôme préfère aux manuscrits en écriture oneiale les siens qui n avaient point d'autre mérite- que l'eiacti- Uide, il semble dire que Tônciale n'était employée qu'en faveur des riches et pour écnre les livres, qui devaient servir dans les églises. On peut donc croire qu'aux iV et V* siècles l'usage de la minuscule et la cursive étaitt bien plus fréquent que celui de Toncialo ou de la capitale. Le même goût dura- encore jusqu'au milieu du vi* siècle. Mais l'ignorance et la barbarie gagnant toujours, les moines et les clercs écrivirent peu en minuscule et surtout en cursive. Ces doux écritures demandaient trop d'habileté* Car il est visible qu'il fallait alors bien une autre capacité qu'aujourd'hui pour écrire encursive. Excepte les sons d'affaires, on n'écrivait donc presque plus pendant la un du vr siècle, le vu* et la moitié du viii^
3 n'en oneiale. Au vm* l'usage de la cursive evint plus fréquent,, parce que- les études se renouvelèrent. Nous croyons même que l'écritUFe, mais non pas l'orthographe, avait commencé à se* penouveler avant Gharlemagnoi. Le grand usage de l'onciale, qui demande très-peu de capacité et beaucoup de patience, convient' donc aux siècles barbares. Aussi dans le manuscrit ^6 de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, voyonsnous, aprèsle milieu du vi' siècle, abandonner l'écri ture minuscule un peu méléedecursive, pour s'eateair à l'onciale.
Si avant nous on eûtdistingué cette écriture de lacapitale, quelques auteursauraient peut^ 6tre exclu la première des marbres et des bronzes, comme ils en ont banni mal k pro^ pos la minuscule et la cursive. On trouve cependant l'onciale dans leç anciennes inscriptions lapidaires et métalliques (980). Quelques-unes de ce vohime nous en fourniront bientôt de nouvelles preuves. Les titres et les premières pages des manuscrits saxons les plus aiHiques sont en lettres oneiales (961). Cette prérogative leur est commune avec les manuscrits visigothiuues, mérovingiens, lombacdiques et carolins. S'il s*agit» de la totalité des livres , dom Mabil-
(980) . He re. diplom. , p. 47.
(981) HiCKES, 1. 1; pr»fat.,p. 32^
(982) De re diplom., p. 47, 51.
(985) Ibié., p. 46.
(984) c Le^vnl^ftire des curieux, dilate P. Robert (a), les appelle gothiques; mais c*esl abuser du nom et (me tort aux rois goibs, du moiQ&àcertains.d'cux, dont il nous reste des médailles qui ont conservé quelque chose de la langue et de la majesté romaine. Telles sont celles de Théodoric, d'Âthalaiic, de Tliéodahat, de Baduela, de Vitigès^ de Tejas» dont' U faj>riq|je est bèUe , le relief considérable et le ca> raclére tout à fait romain. Telles paraissent encore' celles, de quelqjies roU vandales et soths que rapporte Anton. Âugustinus, comme de Cunthamun-: dns, troisième roi des Vandales en Afrique, de Chindaswindus , roi des Goths dans la Gaule narbonn^ise, » etc.
(A Ln Kience (i€médaHles,nm\'. édil, p 313 SU.
Ion (9eS)f borne l'usage de Tonciale aux plua magnifiques , tels que sont les Heures de Charles Té Chauve.
Notre savant antiquaire (983.) dit que l'écriture romaine et par conséquent l'onciale fut d'un grand usage en Italie jusqu'au v* siècle;, mais qu'alors les Goths la corrompirent; Cette dernière supposition est suffisamment détruite par les médailles des rois goths {9&k)i lesquelles ont presque conservé la beauté du caractère romain. D. Mabillon (985) ajoute, qu'en France on* continua de se servir de récriture oncîale jusqu'à la fin du vr siècle, et méwie jusqu'au milieu du vij*. A-t-il prétendu par là borner absolument k durée de cette écriture, en sorte que depuis la dernière-époque jusqu'au renouvellement des caractères sous Charlemagne, elle n'ait jamais été employée? C'est une conséquence sophistique du goât du- P. Germon (986). Mais quand on dit que Tusage de l'onciale a duré jusqu'en 650 , il ne s'ensuit pas qu'ii ait totalement cessé (987); cela signifie que peu à peu on lui en substitua un autre (9to). Bisons mieux : D. Mabillon, fondé sur les seuls manuscrits qui subsistent actuellement, a parlé de Tusage-ordinaire. On n'en peut donc rien conclure, ni contre l'emploi des écritures minuscules et cursives avant le milieu du vh" siècle, ni contre l'usage moins fréquent de l'onciale depuis ce temps jus-^ qu'au règne de Charlemagne.
Le P. Bianchini (989) ne se sépare point du grand nombre des savants, qui fixent la fin de cette écriture vers le vn' siècle. Mais peut-être n'ont-ils éçard qu'à sa forme ancienne , sans la considérer comme revêtue des traits accidentels q'uelle contracta dan» les temps postérieurs, surtout loi'squ'elle passa entre les mains des peuples barbares. Sous ce point de vue, elle dura encore plu^ sieurs siècles depuis le vu*. D. Bernard de Montfaucon, qui avait fait une étude particulière des manuscrits crées , atteste (990) n'en avoir vu aucun en écriture oneiale qui fût postérieur au x' siècle. Il parje de manuscrits des saints Pères et des autres auteurs. Car pour les livres en oneiale oblon^ gue destinés à l'usage des éolises, il en avait trouvé de plus réœnts. Mafféi (991) fait descendre jusqu'au %i* siècle la durée de
(985) Ibid., n. 51.
(986) De veter. hœret^ p. 449, 441 ..
(987i Vindic. veter, coi. confirifi., p. 169.
(988) L*nsage d*em[>loyer d'autres écritures que la maiuscule oncialë avait commencé longtemps avant le milieu du yn* siècle. La première coU^ctioa des canons, connue du P. Constant (à), quoi qu'il en dise, n'est point oneiale. Les manuscrits en cursive, ou en demi-cursive, qu'on avait beaucoup de peine à lire depuis le x* siècle, ont dû, pendant lest cinq cents ans qui l'ont précédé, être p^utét détruit» que lés manuscrits en oneiale. La beauté de ceux-ci tes faisait souvent, épargner^ D'ailleurs on pouvait les lire avec une médiocre application.
S 989) Vindic. canon, script., p. 218.
990) Palœograph,, p. 231.
991) Oposcol. eccles., p. 60, col. 2.
(fr) Vindic, refer, cod. fow/friH., 170.
DICTIONNAIRE D£ PAUEOGili.PHlE^ ETC.
l'oaciale latioe. S'il 8*agit de manuscrits en-> tiçrs écrits en ce caractère» il nous permettra d*en douter. Alors récriture capitale et l'onciale furent tellement confondues , qu'il n'est plus possible de les distinguer. La con* fusion Tient surtout de ce qu'on a mêlé en* semble des^lettres de divers ordres, de di- ;verses classes» de divers genres, de diverses espèces.
Abt. m. — Eut de t*éêriture majoseule, considérée dans SCS piindiMux genres, députe le» pfeniievstenps jusquli la renaissance des belles-leitres » au xiv** siècle. Oui» d*œil des révolulions de toutes les écritures Utines.
Pour bien faire connaître l'état et les révolutions de l'écriture latine, il faut remonter aux temps de la république et de Tempire romain, et descendre jusqu'au dernier renouvellement des lettres. Nous osons nous flatter aue l'histoire abrégée de l'écriture latine ne éplaira pas aux amateurs de l'antiquité Nous ne leur présentons à la vérité qu'un essai ; mais c'est le fruit d'une infinité de réflexions et de recherches.
I. Histoire de>V écriture antique dee Romains; deux sortes éC écritures majuscules ou capitales du siècle d'ÀugusUj F ancienne et la nouvelle; monuments de la première; elle se divise en irrégulière et rustique^ en réauliire et polie. — L'écriture latine de la plus haute antiquité, comparée à celle du siècle d'Auguste , en était non-seulement distinguée par des qua« lités accidentelles , mais aussi par la forme essentielle des caractères, des proportions et de la symétrie. Sur Tan 363 avant Jésus- Christ,. Tite-Live (992) rappelle une vieille loi écrite en lettres antiques, c|ui, selon Quinlilien (993), ne ressemblaient pas à celles de son temps. Voilà donc^dès le commencement de 1 empire, au moins deux sortes d'écrituTes latines bien caractérisées. Des tém,oignages certains en constatent l'exis^ tence et ne laissent aucune ressource au doute^ On n*en doit pourtant pas conclure . que l'usage de l'écriture antique lût alors totalemeirt abolie mais qu'il n'était plus à la mode.
Pourrait-fon se flatter de voiif retracer soua nos yeux cette ancienne écriture d'après des originaux incontestables? C'est sur quoi nous ne croyons pas qu'on puisse hésiter un mome9t. Reste à savoir jusqu'à quel degré d*antiquité il faudra les reculer * Peut-être ne saurait-on produire aucun monument, dont la date .précise devance de plus de 300 ans la naissance du Sauveur ; il est cepen-t dant très-probable qu'il en existe encore de plus anciens, au moins de deux siècles.
Sii deux dea tables de Gubio égalaient pài^
(992) liexvetMStaestpriscis lUlerisverbisque serù-. pîa, tu qui Prœtçf maximus sk, idibus Sepiembrihi», etatmm pangat (a).
(995) lUa wtusHssima tramer temfora, qMus H pauciores Utterm, née simUes ln$ nosim eamm fotmm luêmnt {b)^
(994) Noire première planche des écritures lapidaires et métalliques représente deux modèles en lettres latines des tables de Gubio» premier genre,
b^TiT. Liv.i //fV., lib. VII.
leur antiquité celle des Pélasges, à qui l'on en attribue la composition ^ il no serait pas possible de monter au plus ancien modèle des lettres latines. Mais leur conformité avec les caractères d'environ deux cents ans avant Jésus-Christ les a fait regarder par plu-» sieurs savants, plutôt comme des copies ou pièces renouvelées que comme de véritables prototypes. Elles ne seront donc mises qu'au niveau des lois romaines agraires, du séna-^ tus«consulte contre les bacchanales, de queK
3ues médailles consulaires, ou tout au plus e l'inscription dressée en l'honneur deXu-i cius Barbatus (99&-). Au défaut d'ime anti-i quité prodigieuse (pie semblaient assurer à notre écriture ces tables eugubiues, estimée3t de plus de trois mille ans, les inscriptions de la seconde et troisième espèceEdu premier genre de nos écritures laoidaires et métalU^ ques, quoique ae rxeaucotkp postérieures à cette époque, répondront suffisamment aux caractères qu'avaient en vue Quintilien, Tite-Live et les autres anciens. C'est tout dire qu'elles sont tirées d'après ce que l'Italie a déterré de plus antique, depuis trois siècles. Avant leur découverte, les tables eugubines mises à part, le monument érigé à Lucius Barbatus ne cédait le premier rang à nul autre, si ce n'est peut-être à quel-* ques médailles La colonne rostrale de Duilius (995) est à la vérité d'une date plus ancienne. Les antiçiuaires (996) toutefois paraissent moins disposés à la croire origi-* nale que rétablie. Ne poussons i)as ici plus loin le dénombrement des inscriptions an-tiques. Il suffit de jeter les yeux sur les quatre premières espèces de notre premier genre des écritures lapidaires et métalUquea
f»our y voir rassemble tout ce qu'à cet égard 'antiquité nous a transmis de plus précieux. Ces morceaux peuvent se partager en «trois âges. Les plus récents précèdent l'ère chré-w tieni:^e de près de deux cents ans. Plusieurs des genres suivaj^ts renferment encore^quelques pièces, qui ne rémontmt pas moins hauit.
Déjà l'inscripliofi de Lucius Barbatus, les épitaphes des Furius, les lois agraires et ron maines, et autres monuments encore plus anti(^ues , Avaient perdu quelque chose de l'ancienne rudesse des écritures latines,, lorsau'on vit pairaitre, si même on ne doit pas la faire remonter bien plus haut, une seconde bi^anche de vieille écriture, mais plus polie et particulièrement affectée aux médailles. Tou,che-t-elle à l'origine des caractères latins? Est-ielle émanée de cette écriture rude et [grossière estimée la plus
«remîère espèce, n^»* i et 9. Ceux de la loi romaine, du 8énaui3-consulte et de Lucius BaiiMUift remplisfient presque toute la quatrième espèce. Les médailles indiquées dans le texte font partie de la roème^ espèce et de 1^ première du troisième ge^re, etc.
(995) Voyez-en le contenu, Lirs., AMq. le^^ c. i4.
(996) SiRHonoi Opéra, t. IV, col. 585 et seqq*.
(b) QowTU.., InM. wr<a.^ 1. 1, c. 7.
en
PALEOCRAPUIS.
âutique? Serait-^lle née du commerce des Romains avec les Grecs, longtemps avant que les derniers eussent subile joug de l'empire t C'est sur quoi nous ne voyons pas qu'on puisse aisément se décider. Pour l'ordinaire, on se contente de la reculer jusqu'à la première guerre Punique. Mais on a des as d'une écriture à peu près semblable, de beaucoup antérieurs à cette époque. Il semblerait donc que, dès la plus haute antiquité, les Romains auraient au moins eu deux sor^ tes d'écritures capitales: l'une impolie, et qu'on peut traiter de rustique; l'autre plus régulière, et dont on usait surtout dans les fabriques des monnaies. Quoi qu'il en soil, si les monuments de cette écriture n'égalent pas ceux de l'autre antiquité , l'on ne saurait prouver qu'ils s'en éloignent considérablement.
II. Quelle était ta double écriture ancienne: perpétuité de la rustique. — Le caractère le plus universel des (anciennes écritures latines se manifeste par des traits ordinairement obliques, sans lyases ni sommets. L'é* S alité des hauteurs se trouve mal observée ans la rustique. Si certaines lettres de Tune et de l'autre éprouvent des altérations de figures capables d'embarrasser, la plupart ne sont pourtant pas fort difficiles à reconnaître. A peine en excepterons-nous celles de quel-
Ïiies vieux monuments dont l'écriture offre abord un coup d'œil ^assez étrange. Là , pour ne point relever ces tournures insolites que prennent quelquefois d'autres éléments, les A D E F L 0 P Q sont sujets à des irrégularités de forme et même a des variations, qui leur donnent un air bien différent de celui des belles inscriptions du siècle d'Auguste. Mais si les caractères de ces deux écritures antiques ne s'accordent pas toujours avec les nôtres, quant à la usure, les traits hétéroclites et grossiers n affectent
Sue la rustique. Exempte des irrégularités e la grossière , l'autre donne à toutes ses lettres une égale hauteur. Mais ses extrémités sont ordinairement plutôt arrondies que tranchées. Leur ancienne forme oblique ne 86 redresse qu'avec la plus grande lenteur. Si leur contour et leurs rapports n'ont rien de choquant, ils ne se distinguent pas non plus par cette élégante symétrie propre aux écritures qui précédèrent ou suivirent im^ médiatement l'Incarnation du Fils de Dieu. La belle écriture s'accréditait de toutes parts, que la rustigue se maintenait encore dans quelques coins de l'empire (997). Il semble même qu'elle eut toujours à Rome ses partisans. Totalement bannie des médailles, elle ne cessa jamais de se montrer de temps en temps et sur le bronze et sur le marbre. Mesurer ladurée de sa primitive simplicité
(997) Les Grecs eurent aussi leur écriture rustique. o*est le nom qu'AUatius (a) donne aux caractères «Tune table de marbre, où les exploits d'Hercule étaient décrits comme sur deux colonnes ; mais cette écriture était ronde, au lieu que la latine passe pour carrée : du moins oelle-d se rapporte-t-elie à notre
M ÀMkmidJÊ. in amiquiL etrtttc., p. 6f .
sur celle des moeurs de la république romaine, avant les guerres Puniques, c'est une supposition avancée légèrement et dé-^ mentie par les faits. 11 est des commencements de réformation d'écriture certainement antérieurs à l'époque énoncée. D'un autre côté, les preuves d'une continuation postérieure du caractère irrégulier sont sans nombre et se succèdent de siècle en siècle. Malgré le chanflrement de l'écriture antique en mieux, une ae ses branches, perpétuée sur les marbres et sur les tables d'airain , avec le temps simplifiée de plus en plus , insensiblement dégagée de la plupart de ses traits grossiers et superflus, parvint enfin vers le milieu du second siècle a toute *la perfection qu'elle pouvait prétendre, sans changer de nature. Ainsi réformée par degrés, elle pouvait quelquefois ne pas dé- . plaire. Elle avait au moins l'avantage d'être tort aisée h tracer, au lieu que l'élégante demandait autant d'adresse que de soins et d'attention. S'il était prouvé qu'elle fût différente de l'ancienne écriture rustique, on ne pourrait disconvenir qu'elle n en tint beaucoup, par l'irrégularité tant de ses traits que de sa forme. Comme elle , souvent on ta trouve négligée, jusqu'à ne pas être garnie de sommets et de bases. La ressemblance de l'antique à l'antique grossière de divers Ages n'est pas plus grande que celle de la rustique ou premier siècle avec l'antique alors la plus moderne. On a doue sujet de croire qu'elle n'en fut réellement qu'une continuation.
Ses plus anciens modèles , si l'on prétend la distinguer de l'antique, remonteront presqu'au commencement du premier siècle ^ temps auquel les lettres capitales des Romains avaient atteint au plus haut point de . Serfection (998). Or, n'est-ce pas là loucher e bien près aux. derniers monuments da la vieille écriture? Quant au reste les piè<ces de comparaison manqueraient pendant un ou deux siècles : si la chaîne des rapports n'est pas encore rompue au bout d'un si lon^ espeice, la preuve de la descen-^ dance immédiate de ces deux écritures n'en deviendra que plus décisive. Comparez le^ traité d'hospitalité (999), de Patronat, et de Clientèle entre Caïus Silius Aviolat d'une part, et le sénat de la ville de Thimilique en Afrique de l'autre; comparez-le, disonsnous, avec le sénatu s -consulte contre les Bacchanales, vous y remarquerez moins de différence qu'on n'en devrait attendre d'une distance de ceux cents ans dans le même genre d'écriture. L'honuète congé, accordé Pan 68 à des vétérans par l'empereur Galbay ne s'éloigne pas beaucoup plus du goût ancien . Pbifippe de la Tour, eveque d' Adria, dans
capitale, an lien que la grecque dont il s*agtt a plus d'affinité avec notre ouciale.
(998) Outre différents morceaux de cette écrMre^ répandus dans nos deux premières divisions, noua destinons un genre tout entier i la faire connaître^
(999) Mafféi, htor. difrlom., p. 38.
mCTIONNAmE DE PALEOGRAPHIE, ETC.
Ms Fragmmt9 éFtnscriptions des frères Arvàhs (1000)^ a fait graver deux modèles d*écritare rustique. Les lettres y sont fort irré^ulières, mais un peu moînjs dans ta première que dans la seconde. Aussi celle-là fut-elle dressée Tan 81 et celle-ci l'an 183. Si, pendant Tintervalle de Tune à l'autre , le caractère élégant perdit quelques degrés de sa beauté, faut-il s'étonner de voirie rustique devenir un peu plus mauvais, sans pourtant ramener tout à fait le tour antique, ni s'en écarter au point de le rendre méconnaissable ?
Avant la dwnière date, elle avait acquis insensiblement une sorte de régularité qui sembla l'avoir élevée, entre le commencement et le milieu du second siècle, à la dernière période de son élégance. Mais cette élégance , mise en parallèle avec celle de la belle écriture, paraît une véritable barbarie. Du moins simple et négligée , si elle est tracée avec beaucoup d'aisance,, n'est-elle jamais travaillée ni avec art ni avec délicatesse. On en peut juger par la pièce diplomatique , rapportée à la page 70 de la Bulle iVor des enfants romains de qtuilitéy et que nous pourrons représenter ailleurs (1001), L'influence du bon goût général jusque sur l'écriture rustique fut bientôt suivie d'une grossièreté plus marquée, quoiqu'avec les mêmes gradations , par lesquelles l'écriture antique s'était peu à peu dépouillée de sa primitive rudesse. Encore ne faut-il pas s'imaginer que cette écriture, allant une fois de mal en pis , ait tout d'un coup également répandu la dépravation sur tous les monuments gravés de cette manière. En cela comme, en toute autre chose plusieurs réclamations de fait éclatèrent en faveur du bon goût, ou d'un goût moins mauvais, avant que la corruption gagnât partout et devint
(iOOO) Monum. veteris Aniii, p. 583, 584.
(iÛOl) Les caractères, dit Ficoroni (a) en sont un peu rustiques, inégaux et souvent lies les uns avec les autres. Slls n'énonçaient pas précisément leur date de Fempire d*Antonin Pie et du consulat, tant de Sévère que de Sabien , tel qui prétendrait Juger de Fâge d*un monument par la roime de récriture, se détermineraît aisément à reléguer notre inscription aux bas siècles. L^auteura sans doute en vue ces critiques superficiels, qui, sur une légère teinture de Taniiquité, décident avec plus de hardiesse que les plus habiles connaisseurs. Au fond rinscription comparée aux écritures du même genre, antérieures et postérieures, ne pourrait trouver de place convenable qu'au ip siècle. Mais, pour en porter un jugement si sain, il faut reconnaître plus d*une sorte d^écriture capitale des deux premiers siècles, et ne pas regarder les exemples contraires comme des phénomènes sans conséquence.
(1002) On peut aussi consulter les inscriptions en celte écriture des m*, iv* et v* siècles, recueillies par Buonaruottl, dans ses Observations touchant «fuelques fragments de vases antiques de verre. Nous» n'en spécitions' que trois qui portent leur date : la^ premiereest, de ran 295 ; la seconde, de 517 ou550. Toutes les deux sont contenues dans te troisième
Senre de la deuxième division de nos écritures lapiaires et métalliques. La troisième, de Tan 558, ocfa] In bdla cT ore de^fanciutli nobili Roinani ; ia Roma, 732, p. 71.
universelle. On pourrait ici multiplier tes
il suffit (1002) de donner un coup d*œil sur le second genre de la planche xxiv (1003). En le comparant avec le premier, on. verra cette écriture retomber assez promptement dans une rusticité plus grande que celle d'où elle était sortie (1004). Après avoir observé récritut^e grossière dans des monuments du temps des empereurs Galba , Tite et Comr mode, et l'avoir suivie ^ pour ainsi dire, sans interruption durant les iii% rv* et v.' siècles , comment un antiquaire de la force de Buonaruotti n'a-t-il pas aperçu Qu'elle ne pouvait être qu'une émanation. de l'anli-
aue latine (1005). Est-ce pour avoir perdu le 1 qui les unissait ensemble , ou. pour n'avoir va, dans l'écriture rustique des quatre premiers siècles , qu'un dépérissement des
S lus beaux caractères ? Comme si l'usage e cette excellente écriture eût cessé pour lors , ou qu'il eût discontinué d'être aussi ordinaire qu'auparavant dès la fin du premier siècle I Une si grande aatiquité de la prétendue corruption devait inspirer d'autres pensées. L'ancienne écriture des Romains ne fut jamais totalement abolie. Les plus pol'rs d'entre eux réformèrent , il est vrai, leurs lettres, leur goût et leurs arts sur ceux des Grecs : Victi victoribus leges dederunt; mais l'écriture renouvelée, quoique plus à la mode, ne donna l'exclusion à 1 autre que sur les monuments érigés , au nom de la République ou de l'empire, ou par les soins de connaisseurs et de gens attentifs sûr les travaux des artistes. 11 y a plus, ce n'est pas sur cette écriture , mais sur une autre plus régulière, que l'élégante fut formée.
lu. Ecriture capitale rustique ou plus simple
cupe le quatrième rang de la cinquième espèce, premier genre, première division, même classe.
(1003) La huitième fournira plusieurs morceaux dans le même goût. Notre deuxième division en renferme aussi divers modèles.
(1004) Que penser après cela de cette r^le de Struve (â), plus les lettres de Tancienne écriture romaine sont iné|[ales et irrégulîères, plus elles sont antiques? Plusu^urs auteurs ne laissent pas de proposer comme sûre une règle si peu exacte. Vo§ex la préf. d*Irici sur le manuscrit des évangiles de saint Euzèbe de Yerceil.
(1005) L*bonnète congé qu'il fit délivrer à ses soldats vétérans fut exposé, I an 68, an Capîtole, suc une table de bronze , transcrit, comme pour servir d'expédition à quelques-uns d'entre eux sur une tablette de cuivre. Mafféi Ta fait représenter d''après Foriginal dans son histoire diplomatique. Les caractères en sont grossiers et dans le goût antique. Ce goût se montre encore plus à découvert sur deux autres tablettes écrites Tan ^7 de Jésus-Christ, et ligurée p. 58 du même livre. L'écriture ne le cède guère en rudesse aux plus anciennes ; et, cependant,, toutes ces tablettes furent transcrites et gravées à Rome même. Les deux tables arvalesdont Philipt^s de la Tour a fait tirer des modèles,, ne fuient pab. dressées avec moiub de solennité, etc.
(6) De crUer. mss.t § 10
PALEOGRAPHIE.
im
U négligée f employée dans les manuscrtti. -— Od a tout liea de penser que l'écriture aisée ou grossière, soit comme ancienne, soit comme rustique, passa dans les manuscrits et s'y maintint persévéramment pendant une longue durée de siècles, tandis que l'écriture élégante et réformée n'en occupa jamais toute l'étendue (1006). Des titres et des commencements de livres lui furent quelquefois abandonnés, mais au plus pour quelques lignes de suite. Dans le premier cas, souvent elJes furent entremêlées de la capitale simple et négligée ; plus souvent encore la dernière y fut admise avec l'onciale tour à tour, ou même seule avec l'alternative de couleur rouge et noire. On ne doit donc pas être fort surpris qu'anciennement des graveurs de lettres, peu oifférents sans doute de ces écrivains appelés antiquaires ou caUigraphes, se rapprocnassent en Quelque façon sur les marbres et bronzes de l'écriture des manuscrits, dont ils faisaient leur principale occupation ; il n'était pas nécessaire que, exercés dans la cursive, ils revinssent comme naturellement à un genre d'écriture qu'on sup- IK)se avoir dû leur être plus familier. Aussi, lien des inscriptions en lettres rustiques et grossières ne laissent-elles pas entrevoir la
{>lus légère trace d'écriture cursive. Mais 'antique, devenue propre des manuscrits les plus anciens, sans qu on puisse déterminer l'âge auquel elle y fut reçue, s'y revêtit d'une sorte d'élégance dont elle n était pas susceptible, en tant que métallique ou lapidaire, et s'y soutint avec éclat au moins durant cinq ou six siècles. Aux x' et xi*, déchue des avantages qui la relevaient, et chargée de beaucoup d alliage, elle alla se perdre dans le gothique moderne, si toutefois le dernier renouvellement des lettres ne fut pas le vrai terme de sa durée.
lY. Belle capitale^ sa formey ses commence^ tnenUf ses principales espèces durant le hautj bas et moyen empire; présages de sa chute, —
(1006) On la voit dans ceux dontraniiquité est la plus avérée. Mais, comme nous n'en connaissons aucun incontestablement antérieur au iv*4 siècle, nous ne prétendons pas faire remonter plus haut cette écriture avec une certitude entière. Les traits hardis et constants, qui la caractérisent, annoncent cependant tin âge bien supérieur. On en pourrait alléguer de nouvelles preuves, tirées des notes de Tyron. Du reste^ cette écriture prend dans les manuscrits une forme si régulière, qu'on ne peut qu*improprement la traiter de rustique et seulement«à cause d'une certaine analogie de tour et de figures,
Sui.naîsseni de la facilité de ses traits. Aussi parait- Ile dans ces livres beaucoup plus polie que sur les marbres. Cette politesse ne porte nulle atteinte à une maxime recol^lue par les plus habiles antiquaires. C'est que Télexa nce ou la barbarie des écritures de médailles et d'inscriptions lapidaires et métalliques est proportionnée à celle des manuscrits ; ce qui ne doit pas s'entendre d'une proportion rigoureuse, mats d'une conformité de goût, de génie, de traits, de caractère. Deux belles écritures, l'une sur le bronze ou le marbre, et Tautre propre des manuscrits auront toujours des qualités distinctives, et qui ne sauraient passer des unes aux autres. La sécheresse des leUres les plus élégantes, mais taillées
(II) De enter, mss., § tO.
Quoique plusieurs siècles avant Auguste le progrès des lettres vers la perfection seflt sentir d*ftge en Age , il fut assez lent sur les marbres et les tables de bronze avant l'an 600 de Rome et même au delà (1007). Tant que les figures les plus antiques des lettres, insensiblement cnangées, même dans la rustique ancienne , en d'autres plus assorties à notre goût, nefurentpasabandonnées presque universellement, Tantique régulière ne cessa de les employer; mais, dès que l'usage con-
. traire eut prévalu, deux siècles environ avant César, elle n'affecta plus ces traits surannés. La grande réforme qu'elle éprouva bientôt après tomba spécialement sur l'extrémité de ses jambages. Auparavant, ils avaient cou* tume d'aboutir en rond ou d'être coupés net. On en voit encore de bons restes sous Julès- César. On avait à la vérité tranché par de
. simples bases, quoique peu régulièrement, quelques pieds des caractères grossiers. Mais la belle capitale terminée .par des bases et des sommets corrélatifs les uns aux autres ^
• avec une exacte symétrie, ne commence guère sur les monnaies que deux siècles avant la naissance de Jésus-Christ, et c'est, à proprement parler, ce qui .constitue la nou-
. vellé écriture, et qui la différencie de Tan- . cienne, en supposant néanmoins. une aboli- . tion de quelques caractères antiques. Voilà
• donc cette écriture, me Tite-Live et Quintilien distinguaient de rancienne (1008). Quant
. à celle-ci, plus attentifs aux flaires de certaines lettres qu'à leur symétrie, ils regar-
• daient également comme antiques les deux espèces, dont nous établissons principalement la différence sur leur plus ou moins de régularité, sur leur plus ou moins de politesse.
Un siècle avant César, l'écriture réformée courait à sa perfection par des progrès d'autant plus rapides qu'elle en approchait davantage. La figure des lettres capitales , dès lors la même que celle des nôtres, ne laissa
au ciseau nu gravées au burin et les traits moelleux peints sur le vélin ou le papier par une excellenie main, mettront toujours une différence considérable entre les écHtures<qui pourront en résulter, quoique d'ailleurs fort ressemblantes.
(1007) Sans distinguer récriture des médailles de celle des autres bronzes et des marbres, Struve (a) fait durer les anciennes lettres latines jusqu'au temps de Sylla. C*est depuis^ si Ton s*en rapporte à lui, qu'elles commencèrent insensiblement à se changer en mieux. On dirait même qull donnerait pour ses garants Tacite ou Pline. Mais nousn*y trouvons nulle trace de ce prétendu changement. I> ailleurs il démentirait d*une part grand nombre de médailles, de beaucoup antérieures, qui ne retiepnent presque rien de la forme antique ;. et de Tautre, beaucoup de pierres, de marbres et de bronzes, qui la conservèrent longtemps après. .
(4008) On en trouve plusieurs exemples dans Ici» medaiHes des famHles romaines de Tédition de Havercamp. Le P. Du Moulinet en produit une qn*il
Î rétend avoir été faite $om le consulat de Fabiuê 'ictoT : c'est-à-dire l'an 266 ou 269 avant Jésus- Christ. (Voy. Hist, de la fortune des lettres romaines dans le Journal des Savanls, du lundi 31 janvier 1084.)
en
pourtant pas d'acquérir encore dans la suite certains agréments avec des proportions plus Gracieuses. Avec le temps , devenue partout jaominante, elle s'empara des médailles^ jus- <[u'à n'en permettre l'entrée à nulle autre ;espèce de caractères, tandis que l'airain et le dmarbre se réservèrent le droit de recevoir {d'autres sortes d'écriture, et surtout l'an- 'tique irrégulière.
La nouvelle cependant se revêtit de ses belles proportions et de ces traits délicats et charmants qu'on admire toujours, qu'on jn'a pu rendre qu'avec peine, auxquels on
Ï'a pas su se fixer. Transportée sur les marres et les tables de bronze , elle n'y tai pas seulement reçue avec toute la faveur et la distinction possible, mais elle y prima, mais elle y réunit, avec la noblesse de 1 expression, Jes traits les mieux finis et les piroportions les plus exactes dont elle fût susceptible. Arrivée au comble de l'élégance, sous l'empire d'Aueuste, sa forme se fixe; à peine essuie-t-elie quelque légère altération pendant plus d'un siècle. Si de{)uis elle commence à dépérir sur les médailles, c'est par fies degrés les moins sensibles. A commencer au siècle d'Auguste jusqu'au v*, une si excellente manière d'écrire ou plutôt de graver, se conserva, du moins sur quelques marbres, sans presque éprouver de déchets notables. Plusieurs autres sortes d'écritures du même genire ne laissaient pas d'avoir cours. Celle qui l'emportait sur toutes les autres avait plus de hauteur que de largeur. Une autre, moins dégagée, se montre sur divers monuments; sa durée égale celle de la précédente et la surpasse même de plusieurs siècles. Une troisième branche de la même écriture devint écrasée et parut plus large que haute. Les sommets, qui commencèrent a trancher les A et autres parties supérieures des lettrés, dès le temps de Jules César, semblent lui avoir donné naissance, ou du moins lui avoir préparé les voies (1009). Ses angles s'aplatirent au m* siècle, et succédèrent en partie aux bases et sommets) qui les coupaient en les carrant. Souvent alors, et même deux siècles auparavant, on vit sur les médailles les jambages des lettres aboutir en griffes. Mais après les bases et sommets simples, ceux qui semblaient nattre des extrémités évasées des lettres présentent laTaçon la plus ordinaire de les terminer. Ces' deux écritures, d'ailleurs parfaitement semblables pour les contours, furent presque également cultivées durant les siècles où régna le goût |e plus exquis. La triangulaire vient ensuite, mais trouve bien moins de modèles dans la liante antiquité ; elle prit faveur au moyen âge, renfermé entre les vir et xiii* siècles. Les écritures régulières et bien proportionnées, à traits excédants et superflus, droits ou courbes, tiennent un milieu entre les belles capitales et les rustiaues, mais ordinairement elles ont assez ae rudesse pour être abandonnées aux dernières.
(1009) Pelri Seguin, Select, numi$malay p. 90.
(1010) Oiservaziom sopra alcuni frammenti ^
J). XVT.
V. Décadence de toutes lee espicee de capi^ taleê romaines, -— Persuadés que les Romains n'avaient qu'une sorte d'écriture, la plupart des auteurs la font dégénérer en moins d'un siècle. Bornés à un petit nombre de monuments, ils n'ont pas connu l'existence simultanée d'écritures polies, médiocres et grossières de diverses espèces, de différents genres, toutes contemporaines. Les trois et quatre premiers siècles en fournissent ce-
Sendant plusieurs exemples. Ce qu'on peut ire à l'avantage du premier , c'est que les excellents modèles y paraissent multipliés avec une profusion qu'on ne retrouve pas dans les suivants.
Au milieu d'une infinité d'inscriptions d'un goût admirable, tombe-t-on sur quelques-unes dont les caractères reproduisent soit les antiques, soit ceux qui répondent aux réformations successives, antérieures à cette perfection d'écriture à laquelle il ne fut plus possible de rien écouter, on croit apercevoir le premier signal de sa corruption. A ce compte, on pourrait la regarder comme déchue avant qu*elle fût arrivée au plus haut degré de son élégance. La méprise est grande, mais excusable , par rapport à des temps si éloignés. Le sénateur Buonaruotti recherche a où peut venir une corruption qui défigure si considérablement plusieurs lettres de notre alphabet sur quelques monuments des siècles les plus polis de l'empire romain. Il en indique deux sources : la première l'ignorance et le peu d'habileté de eértains sculpteurs (1010); la seconde leur origine étrangère (1011). Mais , au lieu d'insister sur leur impéritie , leurs caprices , leurs erreurs , comme sur autant de causes de la dépravation du beau caractère, il juge plus à propos de s'en prendre au penchant qu'avaient ces graveurs à se rapprocher de rusage d^à reçu par les écrivains, de se servir d'une espèce de cursive. Que des sculpteurs étrangers, grecs, syriens ou de tout autre pays % accoutumés qu*ils étaient, ou qu'on les suppose à former d'autres caractères, et surtout desçrecs» livrassent, par un goût national , leuf ciseau ou leur burin à des traits grossiers et rus* tiques, tels qu'il serait difircile d'en montrer alors de pareils dans l'écriture ^ecque, c'est imaginer une cause, sinon chimérique , du moins bien peu capable d'avoir produit une révolution générale dans la belle écriture. II n'est pas d'ailleurs possible d'accorder cette cause avec celle qui fait tomber l'altération des caractères sur le goût des graveurs pour la cursive romaine, dans laquelle des étrangers ne devaient pas être fort exercés.
Plusieurs autres savants d'Italie ont également attribué les écritures grossièrement tracées à l'ignorance toute pure des ouvriers (1012). Ceux des grandes villes, i les entendre, n étaient pas sujets à de semblables mécomptes. Les inscriptions bizarres et
(lOU) Ibid., p. XVII.
(1012) ExccptoDS-en Ficoroiii. H insioaé 4ocle
im
PALEOGRAPIUE.
mal faites ne se rencontrent que dans les bourgades et les villes obscures. Ne serait* ce pas plutôt parce que les artistes des rilles célèbres se piquaient de bon goût et de se conformer à la mode? Les autres tinrent plus longtemps aux anciemies manières , apprises de pères en fib ? Du reste, ne rencontre-t'K)n jamais dans les villes les plus fameuses de monuments en écriture grossière également propres è x^onsUter et sa perpétuité et sa descendance de Tantique ? Les siècles les plus brillants en manquentils d'exemples, et n'en avons-nous pas déjà rapporté plusieurs tirés de Rome même?
Ces premières méprises sur la vraie cause de la corruption des belles écritures romaines sont suivies d'autres encore })lus importantes. Distraits sur Tâge des monuments des lu* et iv siècles , nos 'érudits, à la vue des anciennes écritures en capitales ordinaires, mêlées de rustiques , et même de minuscules et de cursives , se sont récriés contre les Goths, comme s'ils eussent été les premiers auteurs de ces désordres. Ici ces sortes de lettres répandues dans les inscriptions des Romains paraissent aux yeux de nos modernes, non-seulement gothiques, mais encore apportées par les Goths (1013). Là, selon eux (lOU)» on voit des lettres gau^ loises avec des romaines dans une ipita-^ phe (1015), dont toutes les lettres sont romoine;, hors LetS qui sont barbares. Et cependant toutes, sans exception, doivent être mises au rang des latines, quoique de différents ordres. On ne trouve points nous diton, encore, d'écriture de la première race de nos rois qui ne soit mêlée de lettres romaines et de lettres barbares: mais on n'a qu'à jeter un coup d'œil sur le Traité des Monnaies de Leblanc pour se convaincre du contraire.
nent (a) mic celte écriture pouvait être d*un usage ordinaire. Il en donne même quelques exemples ; mais il n'a pas connu son union avec Tantique.
(1013) Fonlanini, dans sa Dissertation sur sainte Coiombe^ vierge, re{[arde récriture de son épitaphe comme bien éhisnee de Tancienne élégance des Icures romaines, impolie, grossière et l>arbare, elle exprime la forme qu*ello commença de prendre un peu avant la fin du v* siècle : Qualis,^ ante tœcuU ' V. fere initium esse occepit, La lettre A y parait sous trois fiffures. La première ressemble à celle des anciens Latins : la deuxième est dépourvue de traverse: la troisième Ta brisée, avec un jambaae allongé. C'est précisément TA tel que les Goilis le pcisnirent, dans leur alpbabet mésogoihique, selon ilic&es, ou dans leur runique, suivant Wonnius. Ainsi parle le savant prélat. Aux conclusions tirées de ces caractères, et d'autres pareils en faveur de rinflaence des Goths suir récriture, on peut en opposer et de contraires et de bien plus justes, i* Une inscription mêlée de prétendues lettres gothiques avant le comunencemcnt du v* siècle, prouve que ses semblables ne sauraicot être imputées aux Goths, Duisqulls n'avaient pas alors mis le pied en lulic. 7 Les lettres antiques dos Latins, mêlées avec d'autres d*un goùi récent, font apercevoir une des sources de la corruption d^ récriture dan» le mélange de ces caractères. ^ Il en résulte que les lettres antiques s'étaient maintenues jusqu'à 1^ fin de l'empire. 4**. L'a sans traverse est encore d*une ligure antique, et donne naissance à une'
(a) U MIa é'ûrs, p. li.
Combien, de médailles de Théodebert, de Childebert^ de Clotaire, premiers de leur nom, etc., en écriture purement romaine.? Les caractères romains, quoiaue incomparablement supérieurs en nombre à ces prétendues lettres barbares avec lesquelles i!s concourent, n'ont pu ouvrir les yeux h /ces messieurs. Les Romains, à leur avis , n'avaient qu'une seule écriture capitale ; point de minuscule* point de cursive, point de m/guscule de différentes sortes, point de capitale qui pût être distinguée en plusieurs genres. Les monuments contraciictoires , malgré leur multitude, ne sont que des faits isoles, et qu'il faut rejeter sur la maladresse du graveur ou sur le goût de l'étranger. Ces préjugés ont répandu de sombres nuages sur la science des écritures anciennes , leté les auteurs dans bien des écarts (1016). Par(*.ourons maintenant d'un coup d'œil les princi()ales révolutions des belles écritures romaines, et tâchons de découvrir les véritables causes de leur dépérissement.
VL Coup d'œil des révolutions de toutes les écritures latines. — Quoique la figure des lettres se soutienne assez bien {pendant le^ trois premiers siècles, elle ne laisse pas do
Eerdre Insensible ment quelque chose de ses , elles proportions, et surtout de cette élégance qui caractérise si bien Tempire d'Au- Suste et de ses successeurs immédiats. Les éclins de l'écriture furent d'abord presque imperceptibles; mais, dès le m* siècle, elle se dégrada trop sensiblement pour qu'il soit possible de se dissimuler sa décadence. La forme des lettres ne fut pas moins altérée sur la monnaie que leurs proportions. On carra les lettres anguleuses , on arrondit les carrées Les ornements superflus, déjà trop fréquents, le devinrent encore davantage sur
conclusion qui vient à Tappui de la précédente.
9" Enftn l'/û^ prétendu gothique est réellement ui.e
lettre qui des Greos passa chez les Goths, comme chez les Copies et les Latins. 11 n'est donc pas plus surprenant qu'on la retrouve dans Talphabet des premiers que dans celui des autres. Au surplus nous voyons bien le côté gauclie de l'o^ mésogo- Mqae de Hickes prolongé, mais nullement la traverse bris^. A cet égard, et même à tout prendre, la ressemblance de ces lettres se réduit presque à rien.
(lOi^) Du BIouLiMET, Hist. dé la fortune des lettr.
(1015) Ces deux lettres qualifiées gauloises ou barbares ne sont que l'L majuscule latine et VI cursive tranchée. Le A des Grecs pourrait au besoin nous fournir une origine Tort naturelle de TL, prétendue barbare. Depuis le v« siècle surtout, lu mélange de quelques-uns de leurs caractères avec l'écriture latine n'est point douteux. Mais assez de monuments et de manuscrits latins renferment des L dont la traverse au lieu d'être horizontale devient oblique, et part même de divers points au-dessu4 du bout inférieur du montant pour ne pas nous trouver ol)ligés d'avoir recours à des sources étrangères.
Ilaxoat DE Saimte-Marie, Réflex. sur la critiq., 1. 1, dissert. 4, art. 3, p. 56.
<'ie46) Ger«09I, disccpt. 4, p. 54, 52; disccpt. « p. i,%^ etc.
les marbres et les tables de bronze. On vit éclore de nouveaux genres d'écriture, qui,' souvent exposés à des variations promptes et suivies, se multiplièrent en tant d'espèces, qu'il est difficile d'en fixer le nombre. Les monuments métalliques et lapidaires, sans donner l'exclusion aux caractères irréguliers et rustiques, et sans se réduire aux plus parfaits, continuèrent, il est vrai, jusqu'au V* siècle de représenter l'écriture réformée, telle à peu près qu'elle se montra lorsqu'on la vit toucher à l'apogée de son élégance. Elle n'eut pas un sort aussi favorable sur les médailles. Ses pertes et ses déchets n'y furent pourtant pas d'abord bien marques. Les premières atteintes Î)orlées à sa beauté s'y font sentir, mais biçn àiblement, dès la fin du r' siècle. Durant toute l'étendue du iv sa décadence n'avance
Sour ainsi dire que pas à pas; au contraire, epuis le milieu du iir, elle se manifeste sur les .médailles et les monnaies aux yeux les moins attentifs , et semble menacer l'écriture d'une ruine totale et précipitée. L'excès du mal en fut le remède (1017). Dès le commencement du iv* siècle , on corrigea cette écriture métallique ; et si son ancienne • élégance ne fut pas tout à fait rapj)elée, on s'en rapprocha beaucoup. La réforme ne s'étendit pourtant qu'aux fabriques de monnaies, et même ne s'y soutint pas plus d'un siècle. Le mal gàgpait , cependant sur les marbres et autres matières de toutes parts. Mais pourquoi, comment et par quels de-
£rés l'écriture romaine se corrompit-elle? e plus ou le moins d'usage qu'on fit Qe la manière d'écrire la plus élégante et la mieux proportionnée, peut également fixer et son état le plus florissant et le premier degré de sa décadence. Le caractère écrasé avec les aplatissements des angles en furent le second. L introduction de quelques lettres de diflFérentes espèces avec celles du môme genre doit être regardée comme le troisième. Tant qu'on se renferma dans ces altérations légères, si l'élégance de l'écriture souffrit un peu, sa forme essentielle ne fut pas corrompue. Mais tout fut perdu quand on eut commencé d'ajouter la confusion des divers genres d'écriture aux premières atteintes
(1017) Sur les médailles : c vers le temps de Dèce on co|[nmença à apercevoir de l'allératiun dans le, caractère, qui perd sa rondeur et ê^inetteté, jusqu'à devenir difficile à lire, les N étant laites comme des M, ainsi que Ton peut voir dans le revers Pannoniœ et semblables. Ce qii'W y a de particulier, c'est que quelque temps après le caractère se rétablit et demeure assez beau jusqu'à Justin , qu'il commence à s'altérer de. nouveau .pour tomber enfin ^ dans la dernière barbarie, sous Michel, couronné en 811 (a}.i
(1018) Quelque dépravation que les v', vi% vn« et viir siècles aient portée dans toutes les sortes d'écritures , aucune d'entre elles ne fut anéantie. Peu^ être mèRie exafl[ère-t-OB beaucoup leur corruplîou ; elle n'est pas effectivement aussi considérable qu'on le ||)ublie. 11 se glissa sans doute nombre de bizarnsnes sur les inscriptions ; mais il s'en rencontré plusieurs en majuscules assez belles et même assez
{a) La science det médmUet, dout. Mit-, p. 518
données à la beauté de ses traits. Ce fut donc là le quatrième degré de sa décadence. Une autre sorte de corruption ne tarda pas à suivre. Elle consistait à mêler ou réunir dans la même inscription des caractères de divers ordres, par exemple le minuscule ou le cursif avec le capital. Nous en voyons les préludes dès le commencement du iv* siècle et même dès la fin du m*. Le mal ne fit qu'augmenter dans la suite.
Au v% le dépérissement de l'écriture de»vint si commun, et quelquefois si énorme, qu'on a cru depuis le renouvellement des belles-lettres aevoir en faire un crime aux Goths et aux Visigoths. On les a mêmç voulu charger de l'horrible invention de l'écriture cursive, trop difficile à lire aujourd'hui, pour être l'ouvrage des Romains et néanmoins trop ordinaire dans leurs tribunaux, avant l'établissement des Goths en Italie, pour être celui de ces barbares. Après cela, comment n'aurait-on pas mis sur fç compte des Francs, des Lombards et des Angki- Saxons, les écritures franco-galliques ou mérovingiennes, lombardiques et saxonnes?
Sur qui rejetterait-on la dépravation de toutes les sortes d'écritures aux vi et vu' siècles, s'ils n'en étaient pas coupables (1018)? Voilà donc les caractères latins changés et corrompus par les Visigoths, les Francs, les Lombards, les Saxons, en Espagne, dans les Gaules, en Italie, dans la Grande-Bretagne. Ces vaines accusations seront dissipées ailleurs ; mais les discussions où elles nous jetteraient détourneraient trop longtemps nos regards qui ne doivent être ici fixés que sur les continuelles révolutions des écritures.
Arrive le glorieux règne de Gharleraagne: l'écriture se renouvelle, les belles capitales romaines sont remises on honneur ou cultivées avec plus de soin (1019). Tous les ca- ' ractères acquièrent quelques degrés de politesse ou de simplicité. L'on fixe la minuscule, on îa perfectionne, on l'accrédite, et si Ton ne lui fait pas encore tenir lieu de toutes les autres écritures, du moins l'emploie-t-on dans presque toutes les sortes' de pièces, où l'on se servait auparavant de la capitale, de l'onciale et de la cursive. Elle souffre peu
pures. Les livres furent encore moins exposés â ces désordres. C'est précisément et presque uniquement des quatre siècles mentionnés que nous viennent les manuscrits en lettres onciales , caractères tout à fait dans le ffoût romain , et souvent d^une élégance achevée. Si quelques-uns ont été traités de barbares par de grands hommes» il s*en faut bien qu'ils aient pu réaliser leurs soupçons par des ureuves solides ou du moins imposantes.
il0i9) L'écriture capitale élégante fut renonvelce. *est ce qui parait,» dit D. Rivet (^), i uar le mo* nogramme et les pièces de monnaie de Cfaarlemagne et par quelques manuscrits qui nous restant de ce temps-là. > Cependant nous iravons pomt vu de manuscrits entiers du règne de ce prince en ce beau caractère. Il ne faut ffuére le chercher qu*À la tète des chapitres et des livres écrits depuis les VIII' et IX* siècles.
ib) Uia lUiér. iA\, p. 90.
PALEOGRAPHIE.
de aéchet jusquau xir siècle» auquel elle se transforme en gothique par le changement de ses rondeurs, soit en angles, soit en carrés. Le gothique l'avait déjà soumise à sa tyrannie qu'il n'avait alors livré que de légères attaques à la maîuscule.
Jusqu'au ix* siècle, l'usage le plus autorisé par la pratiaue ne permettait ^ère de confondre les divers ordres d'écriture. Il ^tait pape de transporter les lettres d'une classe à une autre, et si quelquefois on franchissait cette ligne de séparation, les lettres empruntées se trouvaient presque toujours «n petit nombre; mais, depuis le x* commencé, la licence n'eut plus de bornes.
Touiôurs elle alla croissant, jusqu'à ce ou^elle eût enfanté cet affreux gothique, aont le renouvellement des lettres , après trois siècles de combats, n'a pas encore tptalement délivré l'Europe. La tendance des écritures à ce gothique moderne se fait sentir aux personnes attentives, dès que le mélange des différentes sortes d'écriture commence à se montrer. Quoique du rv* au IX* siècle, il se fût glissé dans l'écriture bien des bizarreries, que des traits et des lettres, qui plus est, tout à fait barbares, en eussent souvent défiguré la beauté, néanmoins il est vrai de dire qu'elle s'avançait d'un pas trèslent vers ce nouveau gothique.
Le goût du beau et surtout d'une écriture assez propre, qui s'était passablement main* tenu durant le ix" siècle, dégénéra par degrés en affectation puérile. Aux ornements recherchés hors du sein de la belle nature, succéda la manie, d'abord pour l'extraordinaire, ensuite pour le ridicule et le grotesque. Le mal ne fit qu'empirer jusqu'au XIII* siècle, vraie époque du gothique régnant (1020). Au xtv*, ses excès, pour ne pas dire ses extravagances, furent portés à leur comble en écriture comme en architecture. L'une et l'autre parurent alors plus surchargées de colifichets,, plus hérissées de pointes, et conséquemment plus affreuses. Le
(1020) • On voit à raii\ que le caractère latin est altéré dans plusieurs mcdailles, et qu'il a dégénéré eu gothique aussi bien que dans les inscriptions et dans les mannscrits. H suffit d*avertir ici, que bien loin que ce soit une marque d'antiquité, ni dans les Li»s, Dî^ dans les autres, c'est, au contraire, une preuve constante qu'ils ne sont que des ouvrages des derniers siècles (a). >
(1021) En Italia (fr), dés environ Fan 1450; le bon goût des anciens siècles romains s'était renouvelée par rapport à l'écriture comme par rap^port ani beaux-arts. Ek>n Nassarre cite un médaillon d'Alphonse le Sage de Tan 1440, qui se voit dans la bibliothèque du roi d'£spagne avec cette Inscriptànn en beaux caractères.: DIVUS ALPHONSUS R£X.
(1022) Ce fut dans l'abbaye de Sublac qu*on en il les preraiefft essais. Id ammno lauéibuê ducen-émm.BeméHeiimit quod artU iwograpkicœ initia in wAjif/î^m, ila/tom, Au^wlam Yinaelicarum ac alior- .9um tranituUrunt. In cœnobio Suhlacen$i formit pu-
(a) La iàenee des médail,, p. 320.
- (b) Biktimh.wnvên.de laFol^^raph, etipamola, pro-
l9g., foL 11V.
(c; Hcna atlu erudU. ment» Dteetnbris 1741.
gothique majuscule, fondé sur le mélange de la capitale, de la minuscule et de l'oiiciale, eut pour essence et maraue caractéristique les coupes, les bases et les sommets transformés en parties intégrantes de ses lettres. Il faut pourtant avouer qu'au milieu de ses plus épaisses ténèbres on ne laisse pas de rencontrer quelques inscriptions lort courtes, telles, que celles des monnaies et des sceaux, qui ne se sentent que peu ou point de sa corruption.
La cursive, en tant que bien différenciée de la minuscule, se tint plus longtemps
Ju'elle et que la majuscule même, à couvert e la dépravation du gothique. Mais au xiii* siècle il pénétra partout : et si quelque pièce en particulier en fut préservée, en général nulle sorte d'écriture n'en fut exempte. Ses succès se multipliaient de jour en jour : k vue d'ceil il s'emblait gaçner du terrain. Rarement toutefois parvint-il dans la majuscule à surpasser en nombre toutes les autres lettres, avant le xiv" siècle. Quelque étendue que fût au.xv' sa domination, il cessa dès lors de jouir tranquillement de ses conquêtes. Si quelque monnaie, si quelque sceau fut auparavant soustrait à ses atteintes, ce fut comme par hasard et sans conséquence. Le gothique allait toujours son train, et ne pouvait manquer, selon le cours ordinaire des choses, de tout envahir, sans que rien pût mettre des bornes à ses entreprises.
Cependant il se répandit en Italie un goût pour les belles-lettres et pour les antiquités romaines, qui ne tarda pas à rappeler celui des anciens caractères. Ses commencements furent faibles, et suivirent au moins de près ceux du XV* siècle (1021). Ses progrès étaient déjà considérables avant son milieu : mais depuis ils devinrent rapides et causèrent une grande révolution dans tous les genres d'écriture. Aussi, dès que l'art de l'imprimerie parut en Italie (1022), y reçut-il un nouveau degré de perfection, par l'usage que plu-
blicis descrivtus fuit Lactanlius Firmianus anno 4465; infolto. Optimo et quidem rohano chara- CTERE, in bibliotheca Vindobonensi $olitu$ ostendi. HiC'ita finitur : sub anno Domini mcccclxiv. Pontifi'' catus Pauli papœ II, anno ejus secundo, indictione xni, die vero antepenultima nunsis Octobris, In venerabiii monaslerio Sublacensi (c). U faut lire' 4465. Gudenus (d), auteur allemand, rendant compte d'un Lactance de la même édition, appartenant a la bibliothèque de l'église métro[>olitaine de Mayence,
* n'est pas tombé dans cette méprise , si ce n'est pas plutôt une faute d'impression.
Un témoignage glorieux à notre nation dans la bouche d'un citoyen romain, qui écrivait, il y a plus de deux cents ans, mérite de trouver ici utié
, place. Jean-Baptiste Palatine (e), dans simEpitre dédicatoire an cardinal de Lénoncourt, dit que l'art de rimprimerie, inventé. par Jeati Guttemberg, AUemand, à Mayence en 4452, fut an peu apm porté au degré de perfection, où il se voyait de son tenva, par Janson, Français, établi à Venise.
{d) Sylloge rariontm diploma*anorwn, p. Mt, 40Î. ' («) Ltbro fitww d* imparare a scrivere, etc., p. 5. (Ifiisewn lUiUc.), 1. 1> p. 65.
$ieur9 y firent du caractère romain» au pré- Indice du gothique, employé partout ailleurs. Sur le déclin du même siècle, récriture romaine ressuscitée passa les Alpes. Mais, Juoique reçue pour toujours sur le sceau de empereur, elle n*eut cours que dans la baute Allemagne (1023). Le reste fut pour elle un pays impénétrable, où Tempire du gothique, ne pouyant plus s'étendre, se changea dans la plus horrible tyrannie. Les siècles suiyants eurent beaucoup de peine h secouer en partib le joug d'une coutume trop inyétérée. Depuis que le gothique s*est yu chassé des imprimeries latines d Allemagne, il a consenré assez de crédit pour maintenir ses droits surtout ce qui s écrit en allemand, et même sur toutes les écritures cursiyes. Un de nos meilleurs écriyains, le yoyant si enraciné dans ce pays, a cru qu'on aurait dû Tappeler plutôt allemand que gothique. Mais SI les Allemands y sont demeurés plus longtemps attachés que presque toutes les nations d*£ùrope, il ne serait pas difficile de prouyer que, loin d*eQ être les auteurs, ils s'en préseryaient encore, ou que du moins ils n'en étaient pas totalement m-
(iW) SyUo^wtrioruMdiplinHatariommpf . 541,
(10^) Le caractère rond et romain fut apporté en France avec rimpriinerie par Ulric, Gering et ses associés, Martin CranU et Micbe|Fribarger, Tan i 470. Deux nouveaux Allemands, Pierre Gœsaris et Jean Stol employèrent , trois ans après, des caractères ua pe« moins beaux. Us ne furent pas les seuls qui s'aMaehèrent d*abord aux lettresromaiues. Mais bien* tel on se rapprocha des impressions de Mayeace à demi gothiques. Gering continuait cq[«ndant de perfeoionner son art , et mit au jour des éditions
Sui n*en cédaient point aux plus belles de Venise. |*ttn autre côté le gothique avait depuis longtemps ses imprimeurs , dans les pays étrangers , et ne manquait pas en France de partisans. Ge rat sans doute pour se conformer à leur goût, que W presses roulèvent sur le pur j§[othique à Paris même, douze ans aprè# que Timprimerie y fut établie. Le succès qu*il eut multiplia ces presses. Gering se laissa , comme les autres , entraîner au courant. On était si enchanté de ce vilain ffothique, qu*on voyait des imprimeurs tirer vanité a*avoir employé ces lettres admirables, iubUmi Utterarum effigie, ces caractères charmants charactere jucundimmo, ces formes trèsélégantes e^ejrmtliMf mu i^pu, OBS caractères d*une
(«) IKçl., t. Y, an moi Tory, p. 98T.
fectés, tandis qu'il dominait paisiblement chez leurs yoisins.Il ne serait donc pas juste de leur imputer en particulier une écriture odieuse, qui leur fut longtemps commune ayec tant a*autres peuples.
Dès ayant la moitié du xyv siècle^ la France rayait presque totalement exclue de ses ins* criptions lapidaires et métalliques, aussi bien que de ses imprimeries (1021^). Elle cessa entièrement sur les monnaies sous Henri II (1025). Notre cursive ne fit pas le même accueil à la romaine. Elle lui donna néanmoins entrée avant la fin du xyi' siècle* GelleH^i put bien y produire insensiblement quelque réforme ; mais elle ne prit le dessus que depuis le milieu du xyn\ Il faut même l'avouer : le sotbique s*y est ménagé bien des réseryes. Nous ne pouvons pas encore nous glorifier d'avoir épuré toutes nos écriture^ courantes de cette lèpre. Heureux même, si nous ne yojrons pas un jour les restes du gotbique, qui la déshonorent, reprendre le dessus et causer une révolution dont nous croyons apercevoir les préludes.
polilesse el d*i»e beauté parfaite, etc. On parlait 4XMre sur ce ton en 1520 et 1525. Mais cela n*empèchait pas c^ue les caractères romains n'eusscot aussi leurs défenseurs , et qu*on ne continuât d'oeil faire usage dans nos imprimeries^ Quoique, dès le commencement du xvi* siècle, il soit sorti des presses de iosse Bade plusieurs ouvrages en ces caractères, il ne se délit pas pour cela du gothique. Ainsi ce furent Simon de Colmes, Robert Enenne ei Michel Yascosan, qui contribuènsnt le plus , tant à rétablissement du plus beau cara<ctère romain qu^à Tabolition du gothique en France. Le manuel des prêtres en latin, imprimé par Kérver eui57i, à Paris , y fut peut-être le dernier soupir de ce ^oût barbare. Quelques années auparavant le gothique sMmprimait encore en Italie, comme en Espagne. A peine les Anglais Tont^ils totalement abandonné de nos jours. Voyez VOrigine de Cinufrimerie de Pitris^ par Ghevillier i" et n* partie. Si l*on s*en rapporte a Bayle(a),Ttiory, imprimeur et libraire Juré en rUniversité de Paris , contribua beaucoup à perfectionner en France les caractères d*imprimerie. Claude Garamond, oui dt les matrices pour les §ros caractères romtÀne^ fut son élève.
<1025) LbLANC, p. 371.
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TaOïSIÈME PARTIE,