‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 76 sur 136 · CS · texte numérisé non relu

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Les lettres tirées d'après les monuments sont souvent représentées dans les gravures, tantôt à traits simples, tantôt blanches ou à doubles traits, tantôt hachées en différents sens. Mais il faut toujours supposer que dans les originaux ces écritures sont pleines, sans vides ni hachures. Nos graveurs ont quelquefois pris sur cet article la même liberté que leurs prédécesseurs se sont donnée. Ces différentes manières servent à l'ornement des planches et à donner du relief aux écritures. Ce ne sont donc là que des variétés de la main de Tartiste et non des .monuments. Il ne faut point supposer qu'elles en soient une expression fidèle.

Nous aurions pu ranger nos écritures par ftges et par siècles. Mais, outre que cet ordre ne convient pas à cet ouvrage purement élémentaire , il eût fallu se résoudre à laisser régner une confusion étrange des genres et des espèces, qui auraient enjambé sans cesse les unes dans les autres, ou, si Ton eût voulu les réduire en systèmes , on aurait été forcé de tomber dans dés répétitions perpétuelles. Les mêmes genres et les mêmes espèces d'écritures, surtout par rapport aux capitales, se retrouvent souvent, à peu de choses près, les mêmes dans les siècles très-éloignës. Il vaut mieux les suivre jusqu'au bout d'âge en âge, en commençant dans chaque espèce par les plus anciennes.

(1032) Symbol, litterar,, vol. t, p. 12. (1035) Dehpster, tab. 2. Voyez nos planches de Paléographie^ n* 1 .)

(1034) Mus. étrusc.^ t. I, p. 55.

(1035) Gori prend dans la même pièce esunu pour estole et sunt; au lieu qu'on peut interpréter le mot également par in unum, ad unum^ du grec iç cvœ.

(1036) Du mot vtô^. Nous n*avons rien à ajouter aux explications que Gori donne de fuia ; si ce n'est peut-être qu'on peut prendre ce terme, comme on fait dans la suite iiwtna^ pour la jeunesse, juventa.

(1037) Gori a recours au langage de nos paysans, pour expliquer sest de la seconde ligne. Ils entendent, dit-il, par ce terme, nunc, modo^ maintenant. Cette expression ne no'isest pas connue , mais peutêtre n'en est -elle pas moins usitée dans ouelque canton. On dit même zest en bon français, dans un sens, qui n'est pas fort éloigné de celui-ci. Mais il est très-certain que nos paysans pour signifier tous disent (erfotu, prmcipalement quand ils veulent bannir toute exception. On ne sera pas surpris qu'il soit survenu quelque changement dans la terminaison du même mot.

(1038) il parait plus naturel de rendre sume par prenez, que par simul. Les terminaisons n'étaient pas encore régulières, outre la raison qu*on donnera sur la note suivante.

(1039) On ne s'écartera point de l'explication de Gori à 1 égard d'ustite. On sait que les termes collectifs singuliers s'accordent avec le pluriel et avec le singulier.

(lOlO) Apparemment que la jeunesse d'un certain âge de ce peuple accablé de fléaux se trouvait réduite à six cents , à moins qu'on n'aime mieux entendre ce terme d'un nombre indéterminé, comme en latin, sexcenti. Sestentas pour sexcentas est si semblable, qu'on trouve souvent plus de diflérence entre le même mot, tel qu'il s'écrivait au temps de Cicéron et deux cent ans avant lui. 11 faut observer, qu'entre le t et Ye de sestentasiaru il n'y a qu'un point, au lieu qu'on en trouve deux après les mots

Bcritures des BtntSQues des Lalim et dts BOmtCnê.

Ecriture primitive des Eirtuques ou Toicans^ mère de la romaine, — Les écritures étrusaues, précursives de la romaine, sont dérivées immédiatement du grec, de Tarcadien et du pélasgien.

La manière décrire de droite à gauche, si ancienne chez les Grecs, fut en usage chez les Etrusques et dans les villes d'Italie (1032).

Les trois lignes tirées de la seconae table eugubine se lisent ainsi : Esunu : fuia : therter : sume : ustite : sest. entasiam: umasiaru: thunt. ak : wke: prumu: petatu (1033) : Voici la traduction de l'abbé Gori (1034) : Estote^ filii^ percussi^ simul incendile nunc impositas umas odoramen»

torumy remediwn fuga eœtremi (exitii) diffusi. Nous aimerions mieux traduire de cette sorte : Sans exception (1035), enfants (1036), tous tant que vous êtes (1037), prenez (1038), allumez (1039) six cents (iOiO) urnes (ou encensoirs [104l]), pleins de parfums il042) (ou des sacrificateurs [1043]) et fermez {iOkh) rabime (1045) (de maux) ouvert (pour nous engloutir). Dans ce modèle d'écriture étrusque ou pélasgique, les lettres n'ont ni bases ni sommets, et plusieurs d'entre elles sont panchées du côté gauche» Les mots sont le plus ordinairement séparés par deux points.

Les Toscans abandonnèrent insensiblement la manière d'écrire de droite à gau-

absolument séparés les uns des autres. Ici six se joint avec cent. C'est pour cela qu'on met uo point, si cependant on peut compter sur ce point. Car dans la table eugubine de Dempster, il n'en paraît aucun. Sestenlasiaru n'y fait ifu'sn seul mot, sans aucune division, ni intervalle, Aru terminant sestentas ne doit pas plus faire de difficulté, qu*à la fm d'urnas. Ce sont des terminaisons propres à l'ancien étrusque.

(1041) Rien ne peut embarrasser dans umasiariL, il est parlé au chapitre xvi des Nombres de deux cent cinquante hommes avec deux cent cinquante encensoirs, qui voulurent par une témérité criminelle offrir de l'encens au Seigneur. Cette entreprise était sans doute conforme aux usages des nations, dont l'exemple avait pu engager les enfant» de Lévi dans cet attentat.

(104â) On est d'accord avec Gori sur le terme de &ÙOÇ, parfum, peut-être mieux de Gvtvç, sacrificateur, ou de.TVTixi;, appartenant aux sacrifices.

(1043) Ak est tout latin. U semble que rieu n*oblige ici de recourir au grec. D'ailleurs il servira à former un sens plus net; si l'on traduit ikuniak par des sacrificateurs. Il ne faudra faire qu'on nnoc de celui-ci avec le précédent. Il n'est pas effectivement partagé en deux dans la seconde table de Dempster.

il044) Deux caractères d'une figure coostaromeni ërente, Gori les rend par la même lettre. On croit pouvoir lire buke au lieu de vuke^ et faire venir œ terme du verbe ^û», |3<6vxa.

(1045) On convient presque avec Gori sur les deux autres termes ; dont il dérive le premier de vpvyaioç, et le second de ircTccw. Notre dessein ne nous permet pas de pousser plus loin nos recherches. Si le peu que nous en avons faites en passant sont goûtées, nous nous en croirons redevables aux travaux de Gori. Si elles ne le sont pas , nous ne . serons point fâchés que la traduction de ce savant réunisse tous les suffrages. Elle mérite au moins des éloges.

PâLLOGRâPIIIE;!

che. Leurs caractères se rajpprochèrent peu à peu de ceux des Latins, dorit les plus anciennes inscriptions vont de gauche à droite. On en a d'étrusques, écrites en caractères purement iatins(10^6). •

L'écriture rustique est des plus irrégulières. Ses caractères sont serrés et chargés de traits superflus. Nous en offrons un exemple insigne (10^7) dans l'épitaphe chrétienne, publiée par Tillustre sénateur Buonarruoti (1048). Voici de quelle manière <^lle doit être lue :

ixoyC.

C*esl-à-dife : Jésus ChHstus bei Fitius

SiUvator.

i. Postumius. Euthertion : fideUs^ qui gratta (1049)

sancta consecutuSy

X, Fridie natali (1050) stio sero tina hora. redditdebiium, vitœ $uœ, qui vixit

e Annis tex^ et depo$itu$ V, idus JuHas die J&vis.

que et natus est. Cujus

Y. Anima cum ^1051) sanctos in pace, Filio bene merenti (1052). Posumii Felicissimus

CN.el Euthenla. et Festu. avia (1 055) ipseiu$ (1054).

Voici la traduction de cette belle épitaphe : « JÉSUS -Christ Fils de Dieu notre Sauveur. Ici repose Postumius Euthenion du nombre des tidèles, qui, après avoir reçu 1« grftce du saint baptême, la veille du jour de sa naissance, mourut sur le soir, n'ayant ▼écu oue six ans. Il fut mis dans le tombeau le jeudi xr de juillet, le même jour qu'il était venu au monde. Que son flme jouisse de la paix avec les saints. Postumius Felicîssimus , N. Euthenia, et Festa sa grand"mère ont fait faire cette épitaphe à leur fiis, qui a bien mérité cet honneur, v Dans cet ancien monument de la piété chrétienne, TA manque presaue toujours de traverse, le B est ouvert par le bas^ TI ressemble quelquefois à l'E et l'A à l'R. On y voit le C carré et des T extrêmement singuliers.

L'écriture conjointe et enclavée, mais for-

JlOif) Antiquit, explia., t. III, pari, i^ p. 268. 1047) Toyez à la fin du Dictionnaire^ planches de éographie^ n" 2.

(1048) Dtservazioni sopra fram» di vetrOj o. O, tavola 2.

(1040) Gratta tancta pour gratiam sanctam. Nous eotendons ces mots du baptême qu'on n'accordait aux enfants que lorsqu'ils étaient en danger de mort. On y joignait alors la confirmation et TEucfaaristie.

(1050) Natali $uo au lieu de Natalis sui.

Il 051 ) Cum sanctos est mis pour cum sanctiSé

(1052) Postumiiesl vraisemblablement pour Po<tmmius,

/1055) Ipseius pour ipsius^

(1054) Au haut et au côté gauche de cette inscription peinte sur un morceau de verre, on voit le mot grec ixerc, poisson. 11 est composé de cinq lettres qui, prises séparément, forment ces noms adorables : Uvnrjç xpcffToç.Otoû Ttô^Swmp. Jésus-Christ, Fils de Dieu, notre Sauveur. Le mot lj(^ Biç est un symbole que les premiers Chrétiens faisaient graver sur leurs cachets, leurs anneaux, sur leurs lampes, les tombeaux et les urnes sépulcrales avec la figure d*an poisson. Ce pieux usaee faisait allusion aux eaux sacrées du baptême, où les fidèles sont régéné-

(a) Djs Baptîsm., c. 1.

méede pures lettres latines capitales, carrées et mixtes, sans mélange d'onciales, de minuscules, de cursives, de barbares et d'irrégulières, forme un genre particulier. £q voici deux modèles (1055).

1° Precor ego Ilpericus non auferantur hinc ossn mea. Tempore nulio volo hinc toUantur ossa Hilp'erici.

L'an 1643, on découvrit dans le préau du cloître de l'abbaje de Saint-Germain des Prés un tombeau de pierre avec ces deux inscrijitions. La première, peinte en vermillon, fut trouvée au*dedans du cercueil (1056). La seconde était gravée sur le côté extérieur de la pierre, qui couvrait le tombeau. On croit que cet Hifpéric était quelque personne de qualité, et peut-être un prince de la maison royale de la première race qui avait sa sépulture dpns cette abbaye. Dans les deux lignes d'écriture de ce monument, la même personne est appelée Ilpericus et Hiipericus, Les lettres n'en sont point onciales; comme Ta cru D. Mabillon. ^'He sunt Reliquie Béate TeciCf virginis et mùrtyris , que Hiconie oriunda fuit. De hinc vero a Pauîo Apostolo conversa Seluciain requievit. Cette inscription, sravée sur une plaque de plomb, fut trouvée en 1699, lorsqu'on ouvrit la châsse de sainte ïhècle, pour en tirer une portion des re.Uques de cette illustre vierge et mar-' tyre (1057J. Dans ce modèle d'écriture enclavée l'e lient toujours la place de Yœ.

Art. 2. Ecrimres capitales mêlées de lettres onciales, mfnoscules, cursives, renversées; de lettres grecques et barbares.

Le mélange des lettres onciales, minuscules et cursives avec les capitales, a souvent fait prendre le change aux plus habiles littérateurs sur l'écriture. De ce que les caractères majuscules se trouvent mêlés avec d'autres lettres de divers genres et de différentes classes, ils ont conclu que, sur le décliè de l'empire, les beaux caractères romains oerdireni leur forme, et se corrom-

rés et acquièrent la vie spirituelle de la grâce, comme le poisson est engendré dans Tcau et ne peut vivre hors de cet élément. Ausài TertûHieii (a) appellet-il les Chrétiens petits poissons. Nos pisciculi secundum cg^Ovv nostrum Jesum Christum^ in quo nascimur, La piété éclairée des premiers Chrétiens leur faisait encore voir dans le poisson une figure sensible de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a chassé le démon et rendu la vue au genre humain, comme ce grand et mystérieux poisson dont le jeune Toble se servit par ordre de range, chassa le démon et rendit la vue au saint vieillard Tobie.

(1055) Voyez Planches de Paléographie , n" 3.

(1056) Annal. Bened. , 1. 1 , p. 189 ; Hist. de l'abh. de Saint-Germ.y p. 11.

(1057) Cette châsse est conservée dans Tégllse de Chamalières. C'est un ancien monastère dont on a fait une collégiale. La portion de ces piécieuses reliques fut donnée à M. Tarchevêque de Paris, par Louis- Antoine de Noaiiles. Voici rinscription en français : Ce sont ici les reliques de la bienheureuse Thècle, vierge et martyre, qui naquit à Icône. Mais, ayant été convertie à la foi par V apôtre saint Paul, elle finit ses jours à Séléucie. On trouve grand nombre d'écritures dans le goût de cette inscription.

pirent, longtemps avant la gothique moderne (1058). « Cette corruption des (iaractères, dit un de nos plus savants critiques (1059), se remarque en France aussi bien qu'ailleurs ; et on ne trouve point d'écriture de la ()remière race de nos rois, qui ne soit mêée de lettres romaines et de lettres barbares. » Cependant ces caractères prétendus barbares des vr, vir et vin* siècles sont romains , comme les autres, mais ils appartiennent aux écritures onciale, minuscule et cursive, dont l'usage était jou^rnalier dans l'empire romain.

Ecriture cursive chez Us ancimu Ronunns, ecmUUée par

k$ inicripdons.

Ecriture majuscuhy lapidaire et métallique mêlée de cursive; inscriptions totalement en ce caractère. — L'écriture cursive a été exposée à mille contradictions, depuis le renouvellement des lettres et des beaux-arts. La plupart des littérateurs des derniers siècles ont nié l'existence de ce caractère chez les Romains, et ont fait honneur de son invention aux nations barbares, qui ont partagé l'Empire. L'épitaphe deGaudence (1060), mêlée de cursive, les rameuses chartes de Ravenne, publiées par D. Mabillon (1061), et celles que le marquis Mafféi a faitimprimer dans son Histoire diplomatique (1062J,ont dû faire revenir les savants de leurs préjugés, et leur faire comprendre, que l'écriture courante ne vient pas moins des Romains que la capitale ou majuscule.

Personne n'a mieux prouvé l'existence du caractère cursif romain, que Buonarruoti. Cet illustre sénateur a su distinguer (1063], dans les anciennes inscriptions, avant Mafféi, le caractère majuscule de celui dont se servaient les Romains dans l'usage ordinaire. Il prouve cette écriture cursive par des ido-

(1058> Enychped. , t. IV, p. 1044.

(1059) Honoré de Ste Marie, Répex. sur la critiq.^ t. l,p. 50.

(1060) Supplem. De re diplom. , p. 114.

(1061) De re diplom., ub. 58, p. 458 ; Sopplém., p. 75.

a062) Pag. 150 et seqq.

(1065) Osservaz. soprà fram.di ve/ro.,préf.,p. xvi, XXI, xxvii.

(1064) c La plupart des dessins de Léonard de Tiuci , célèbre peintre florentin , qui fleurissait à Ea fin du XVI* siècle et au commencement du suivant, qu'on garde dans la bibliothèque ambroisienne, à Milan, sont accompagnés d'explications écrites de la droite à la gauche, qu'on ne peut lire que dans le miroir : c'était la manière d'écrire de Léonard. On ignore la cause de cette bizarrerie (a). >

M065) Autiq. expt., 1. 1, pi. 76.

(1066) « Dans les anciens manuscrits de la lettre de Rhaban , abbé de Fulde à Héribold , évêque d'Auxerre, les noms Eucharistia, Sacramentum, et

Éusieurs autres sont écrits à rebours, en sorte que s dernières lettres sont les premières (b), % rt067) Nova acta erudit., mens. Januar. 1739. (1068) Lubethic adnectere modum scribendi ororsus Mtngularem et jocutarem, quo Romani uti solehant, si quando servos in fraudem creditorum vel legis Fnsiœ Canimanœ testamenio manumittere aaimum induce -

(a) Joumat des Savants^ novenibr. 1734, p. 675. i^) ïlist, de CBgtise gallican, t. Y» p. 530.

numents si certains, que les Germon et les Hardouin mêmes auraient de la peine à en contester la vérité.

Les écritures bizarres sont de tous les temps. Il y en a de renversées (1064), qu'on ne peut lire qu'avec le secours d'un miroir. Il n'est pas rare de rencontrer dans les inscriptions (1065) et même dans les manuscrits des écritures à rebours fl066). On peut rapporter à ces bizarreries la manière d'écrire en cercles (1067), expliquée par (Quelques savants (lOèS). Cette manière d'écrire était employée dans les testaments, lorsque les maîtres voulaient affranchir leurs esclaves au

Sréjudicedes lois, qui avaient mis des bornes ces manumissions. Les lettres couchées^ renversées, transposées, tournées ondes sens contraires à leur situation ordinaire, se glissent de différentes façons dans les écritures.

Les lettres grecques, surtout les majixscules, ont été souvent employées à écrire des inscriptions purement latines. On en peut voir de cette sorte dans les Antiquités d'Italie de Muratori (1069), et dans Içs Réflexions sitr la critique^ par le P. Honoré de Sainte-Marie (1070). Au contraire dans les manuscrits on rencontre des phrases et des mots grecs, écrits en caractères latins (1071). Jordan, dans son Histoire d'un voyage Uiléraire (1072), dit avoir vu dans labibliothè^e de Sorbonne un Psautier grec et latin lort ancien. Mais ce qu'il y a de particulier, ajoutet-il, c'est que le grec et le latin sont en naèmes caractères. Le çrec a passé jusque dans nos chartes. Au x' siècle^ Théotolon, archevêque de Tours, les signait en ce caractère (1073). Nous nous en tenons ici aux écritures mêlées des pierres, des marbres et des métaux (1074*). Les inscriptionSt mélangées de caractères grecs et latins, nous occupent uniquement.

rent. Scilicet nomina servorum in circulo scribebanf^ legibus quùs scripturœ ordinem servantes primutn et deinceps reliquos tanquam testatori magis diiectas ^ ad legitimum usque numerum, libertate donabaat^ hoc pacto illudentes. Yerum placuit emnes in servitute retinere propter circuli incertudinem..., Neque titsolitum veteribtts modum scribendi in orbe lereti fuisse evidentissime probat Ausonius in Ludo septem sapientium , ubi Solonem sic loquentem facit (c) :

Recte olim ineptum Delphicus lusit Deus Quœrentem quisnam primus sapientum foret i Ut in orbe tereti nomtna eorum inscriberet^ Ne primus esset, ne vel imus quisquam.

[1069) Toro. I, p. li.

1070) Tom. HI, p. 2î.

1071) UiGKES, Ub. U, p. 251, 296.

|l072) Pag. 112.

(1075) Annal. Remd., t. III, p. ÂSl.

(1074) D. Bernard de MontOtucon (d) a pro«vé Tusage de mêler les lettres greopies avec les latîDcs. Ce mélange dura , en Orient , jusque vers la On du XI* siècle. Uest fréquent dans les exergues des aiédailles dès le commencement du iv* siècle, et même dès la lin du précédent. U ne servirait de rien d*aiiéguer que ces monnaies ont été fabriqvéesdftns It^s villes grecques, puisque des lettres romaines, qû ne pouvaient plus être censées grèques alors^ j sont

{c) Ttbozius, De prima scrib. oriq.^ p. 62, 63. {U) J^alœograph., Iib. ii, \k 76,7l

eft9

KerHurès tapiudêt^ mêléet de lettrée répHléet barbarei, HAtéroctitei, grecqueê^ enclavie$, conjolnîes.

Ecriture mêlée de lettres estimées barbares, — Les iDScriptioDS de FrancCt d'Espal^ne, d* Angleterre, etc., admettent un mélange si fréquent de lettres latines de divers ordres, ffrecques, enclavées, conjointes et irrégulièrement disposées , que la plupart des savants les ont qualifiées barbares, quoique chaque caractère en particulier se retrouve dans les anciens monuments romains.

Un genre particulier est composé d'écritures capitales, mêlées de lettres conjointes,

iKirtout mêlées : ce qui prouve toujours le mélange. On voii des lettres tournées à contre-sens parmi d'autres qui ne le sent pas. c On trouve» dit le (a) P. iobert, un mélange de latin et de grec, non seulement dans le bas empire , où la barbarie régnait, mais même dans les colonies du haut empire. S, R, F y lettres latines, se trouvent pour le G, F, « grecs. M. Spanheim en donne des exemples. U faut donc bien prendre sarde à ne pas condamner aisément las médailles, a cause de quelques lettres mises les unes pour les autres ; car c'est être novice dans le métier que de ne pas savoir (|ue souvent on a mis E pour H, etc. > Quoique depuis le srand Constantin jusqu'à Michel Rhangabé, c'est-ànlire pendant près de cinq cents ans, la seule langue latine ait r^né sur les monnaies battues à Constantinople, on trouve cependant sur le revers des caractères grecs , qui tantôt servent de monogrammes, comme (&ns Focas « R, et dans Léon Tlsaurique a k ; tantôt marquent les divers monétaires. De même qu'il se trouve des leUres grecques Isolées sur les médailles latines; ou en rencontre aussi de latines sur les grecques : par exemple sous Tibère Claude (b)^ empereur. 1(1075) Voy. Planches de Paléographie, n<> 4.

(107G) c Un très-habile homme que j'ai consulté BUT cette inscription, dit Du Radier (c), la lit ainsi ; CiiuirenUlœ Cluareni consulis fUim civitas Piclonum fwiuêjocum, staluam, monimentum publicum M. CeusorPavius Legatus Augustin proprœtor (ou proprœses) provièiciœ Aquitanicœ, connd designatus, maritus honore contentus,suaque cura (ou conditione) ponendum curaviL Quelque déférence, ajoute l'auteur, que je doive à ses lumières, je pense qu'il faut lire Claudiœ VareniUœ Claudii Vareni consulis , ayant reman|ué des points entre CL et le mot VareniUœ^ ainsi qu'entre Cl, et Vareni. » La remarque est trèsjudicieuse et dans le goût romain.

c Je regarde comme une faute la façon de rendre suAQ. c. par suaque cura, causa ou condiiione. La lettre q n'est point un Q dans les anciens caractères romains. > U aurait mieux valu dire dans celte Inscription : Nous ne sommes point persuadés que les anciens n'eussent pas le q onciai, qui se trouve dans des manuscrits tres-aneiens et qu'on croit au moins du IV* siècle. Mais écoutons encore Du Radier, c Cette ficure était, je pense, inconnue pour valoir le Q. C est un P renverse, el le C est l'abrégé du mot conjuge; de manière que je lis avec un sens juste sua pro conjuge ponendum curavit. Il y a dans cette inscription même la preuve de ce que je dis à l'égard de la figure du q pour un p dans le mot Provineiœ, qui est la fin de la précédente ligne, et au commencement de celle-ci, écrit comme on voit par un P tracé avec la même figure, auquel est joint une R en cette sorte.'Ri Cette dernière figure se trouve sur plusieurs autres monuments pour signifier P R.

Nous avions déjà fait tirer cette inscription quand

(a) la science des médaUles, p 516.

b) Thitaur. Uohv.., 1. 1, p. 516. lab. 2, U.

enclavées, irrégulièrrement disposées, grecques, barbares et monogrammatiques. Exemple :

Claudiœ Yarenillœ Claudii Vareni consulis fUiœ civitas Pictonum funuSj locum, statuam^ monimentum publiée : Marcus Censorinus Pavius ou PauluSf Legionis augustœ Prœfec^ tusy Prœses Provinctœ Aquitanicœ ^ Consul designatusj maritus honore contentus, sua pecunia cuncta ponenda curavit. Cette inscription (1075), qui se voit dans l'église cathédrale ae Poitiçrs, est au plus tard du commencement du IV* siècle (1076^ Elle a été lue

nous Tavons trouvée dans le Journal historique, et nous l'avions lue comme Du Radier, à quelques exceptions près. Il semble qu'on doit lire Censorinus et non pas Censor. On ne voit point ce nom parmi ceux des anciennes familles romaines, au heu que le premier est fort connu. Peut-être vaudrait-il mieux lire Paulus que Pavius, Le premier nom est célèbre parmi les Romains : les exemples du second ne se voient point, ou sont très-rares. D'ailleurs on trouve souvent dans les anciennes inscriptions et les manuscrits des L absolument semblables à des I.On le voit même ici dans Filiœ, Nous ne rejetons pas Legatus Augusti Proprœtor. On fait pourtant un sens également bon aiyec Legionis Augustœ prœfectus, Prœses, Quoique sua pro conjuge fasse un sens assez raisonnable, en voici un qui paraîl encore plus satisfaisant : sua pecunia cuncta ponenda curavit, La ville de Poitiers décerne des obsèques, un lieu pour y ériger une statue, et un monument public h la mémoire de Yarenille. Mais Censorin, son mari, content de cet honneur, fait faire de son propre argent toutes ces choses qui devaient être exécutées aux dépens du public. U y ade plus une redondance qu'on évite, dans les inscriptions, d'exprimer dans la même ligne son mari et son épouse, puisque l'un des deux en disait assez. La formule sua pecunia est fréquente dans les anciens monuments, et l'on ne l'exprime d'ordinaire que par le sigle P.

Nous trouvons un Marcus Censorinus consul, huit ans avant l'ère chrétienne. D'un autre côté nous, avons deux Yaranes, lun consul en ilO, et Tautre en 456. Mais si l'inscription regarde quelqu'un de ces personnages, il n'est pas possible de les ajuster ensemble.

Une autre antiquité poitevine n'a guère moins donné d'exercice aux savants. C'est l'inscription gravée sur la clé de la voûte du chœur de l'église cathédrale de Poitiers, au-dessus de l'ancien sanctuaire. Resli en a donné une vingtaine d*explications sans donner la véritable. On peut les voir à la fin des Annales d^Aquitaine par Bouchet. La difficulté d'expliquer cette inscription est venue de ce qu'on l'a mal lue. La voici telle qu'on Ta publiée .

0 A V 0 M Y II b X

1 u II

Dom Fonteneau, religieux de notre congrégation,, étant sur les lieux, la examinée lui-même avec lesecours d'une lunettp à longue vue, et a lu très-^ distinctement.

YII

(C) JmirtuU de Verdun^ décembre 17tK), p< 43S eil9#*.

KCnONNAinE DE PALEOGRAPHIE, ETC!

diversement par D. Mabillon (1077) et D. Martène (1078), Du Radier (1079) et Fabbé Belley (1080). Elle est renfermée en quatre lignes, gravées sur un marbre blanc long de sept piedSy un nouce et huit lignes, et large d'un pied, neur pouces et une ligne. Les lettres de chaque ligne sont à très-peu de chose près de la môme hauteur ; mais ces lignes vont toujours en diminuant, parce que le marbre n'a pas assez de largeur, pour contenir quatre lignes eu aussi ^s caractères que ceux de la première. Le C initial a quatre ])ouces moins une ligne de hauteur et autant de largeur. Dom Fonteaeau, qui tra-. vaille avec succès à l'histoire du Poitou, a bien voulUft à notre considération, employer quatre jours de suite, pour déchiffrer et examiner avec la plus scrupuleuse exactitude toute l'inscription, les abréviations, les points et les autres traits qui l'accompagnent. Un savant et curieux mémoire de dix-huit pages in-folio a été le résultat de sop travail. Nonseulement il y donne un alphabet des lettres qui entrçnl dans l'inscription, mais il examine encore, chaque mot en particulier et anatomise tous les caractères les uns après les autres. C'est sur son mémoire que nous avons feit dessiner et réduire l'inscription, telle qu'on la voit sur notre planche. 3". Aurelio Sàturnino Veterano defuncto annos quadra^intQ quinqucy et Aureliœ Secundinœ conjugi dçfunctœ annos viginti qmnque^ et Au -

relio Secundino fratri defuncto annos

Cette inscriptiousépulcrale, copiée par BoissardàGratz en Slyrie, offre quelques particularités} telles que la figure des ET, du chiffre xxy et des ô, qui marquent, que les personnes sont mortes (1081).

La quatrième espèce des écritures capitales enclavées et coniointes est mêlée de lettres grecques et de. latines minuscules et cursiyea. En voici un exemple (1082] : l' Maria fidelis Christi in vita sua^ hune dillgens locuniy ibiquê summum manens et reous quatuor dent uno super vixit annosy cum penitentiarecessit inpace^ dieseptimp idus martiasy secundo Reccisvinii regnantis cum par tre principis arino. Cette inscription sépul craie se trouve dans la Polygraphie d'Espagne (1CÈ83). Ce monument singulier pour le style et les caractères, est daté de la seconde

i/A venkdire Anno; le Y surmonté d*une barre signifie Verbi; Vo placé sur VM donne miUesimo; le G rcnver$<^ rois au-dessus du vu est un 0 qui n'est pas bien fermé et qui scrt'd'abréviation à cccniffre, ainsi que To gravé sur VJ^, Le de l'inscription de BesH est une chimère. L'I de la dernière ligne veut dire in et le C renversé carnati. D. Fonteneau a cru (ju'il signlA^U C/ir(s(t, et que TN avec le petit trait qui est sous h diagonale pourrait se rendre par nomine, d'abord ce savant religieux a donc Lu a la dernière ligné In Christi nomine. Mais depuis il est convenu avec nous q^il valait mieux lire Incàrnati. Voici donc rinscrtption expliquée : Ajnno verbi millesimo

SEPTIMO SEPTCAGI^SIMO INCARNATI.

51077) Supplem. /)er6</tp/om.,p.i13.

1078) T. 1, Voyage littér., p. 8 et 9. 1079) Journal de Verdun, déccmb. 1750, p. 455 ^t suiv. ; mai 1751, p. 348 et suiv.

^iOSO) Mém, de Httérat, de l'Acad. des InscripL,

année du roi Recesvinte resnant avec son père : ce qui revient à Fan 650 de Tère chré* tienne.

Une autre espèce a cela de particulier, qu'elle réunit les écritures capitales enclavées» conjointes et monogrammatiques 9 avec des lettres de différentes clauses et de divers ordres, introduites dans les inscriptions métalliques et lapidaires. Elle se manifeste dans rinscription , que nous avoqs fait graver, pour lui servir de modèle, l"" In hoc loco reconditus Amasvindus monacus^ one^ stus et magnificus et karitate fervidus^ qui fuit mente sohrius Christi DeiegregiuSy etc. (106^).. C est ici le commencement d'une épitaphc espagnole du X* siècle (1085), publiée par Aldrette (1086), dom Mabillon (1087), et dom Antonio Nazzari (1088). Ce dernier a mal lu quelques mots.

▲ri. 5. Ecriture goibfqne moderne; sou origine, sa dii«

r6e, et ses espèces.

Le mélange de lettres capitales, onciales, minuscules et cnrsives, de lettres renversées, tournées à contre-sens, grecaues, conjointes et barbares, offre, comme l'on a vu ♦ une source très -abondante de genres et d'espèces. C'est surtout ce mélange qui a produit ce aue nous appelons vulgairement écriture gotnique. Il est difficile, et peut être même serait-il ennuyeux de la suivre dans toutes ses branches. JaOïais la bizarrerie et le mauvais goût de concert ne se sont donné plus d'essort que dans cette écriture» née avec la scholastique, et dans la décadence des arts et des bonnes études. La matière est si abondante par la proximité des siècle qui en ont fait usage, qu'on surchargerait le public à coup sûr, si l'on ne voulait rien omettre. Sous ce prétexte, néanmoins, nous ne nous croyons })as dispensés de donner des idées suffisantes d'une écriture, dont les principales espèces méritent d'être connues ; pourvu qu'en les exposant on sache se tenir dans les bonnes. 4'une sage médiocrité.

I. Quel est le caractère gothique , et d'où lui vient cette dénomination? Ses commsHce^ ments, — Le çothioue moderne n'est autre chose que l'écriture latine dégénérée, etchar-

t, XIX, p. 701.

(1081) Supplém. à PAntiq. expL, t. V,pl. xv, p. 41 .

(1082) Voyez Planches de Paléographte, n* 5.

il085) Prolog., post. Toi. xviii.

1084) Voyez Planches de Paléographie, n* 6. 1085) Voici la date de cette inscription sépuN craie : halendas januarias decimo, inier tertias, hora puïlorumque cantu, dormivit, die veneris hoc et in era centiens decem bisque decies. Régnante Domino Jhesn Christo altissimo. C'est-à-dire qu'Amasvinde mourut le vendredi, 2Î* jour de décembre de Tan 982. Le litre de Past'or que lui donne Tépitaphe ne permet pas de douter qu'il n*ait été abbé.

'(1086) Lib. Il Del origen. de la lengna easlttlana^ cap. i^, p. 60.

(1087) Dere rff>/.,p. 455.

(1088) Polygraph. espan,, Prolog., tab. iipost. fol.

ess

PALEOGRAPHIE.

ée de traits bizarres, absurdes et superflus. ette dénomination ne lui fut point donnée, ni d^ le temps de sa naissanee, ni lors même qu'il exerçait une tyrannie absolue , sur presque toutes les écritures de l'Europe. On croyait alors voir des agréments et des beautés» C[u'oa n'apercevait plus dans la noble simplicité des caractères antiques. Mais, à proportion que le goût de la belle littérature reprit ses anciens droits, ou se passionna pour les vraies lettres latines, et l'on traita de gothiques celles qui s'en étaient écar tées. Sous la plume des premiers restaurateurs des belles^lettres, les caractères qu'ils trouvèreut en usage furent déclarés gothi ques ; et comme ils ne pouvaient les attri bueraux anciens Romains, ils les mirent sur le compte des Goths qui avaient rcn<versé leur empire.

Ces premiers littérateurs, partant des écritures dont ils étaient environnés, pour se transporter tout d'un coup dans les siècles les plus florissants de la domination romaine, ne pouvaient pas avoir des idées bien justes de la succession des écritures. Ils n'en avaient pas étudié les révolutions et les métamorphoses.

A proprement parler, nous pouvons faire commencer te gothique moderne au xii* siècle. On lui donnerait une origine ]>lus rèeulée, si Ton recherchait les premiers dépénssements de l'écriture, qui nous l'ont annoncé. Le marquis Mafféi (1089) combat le sentiment de D. B. de Monfaucon ;

(1089) Veron. Utustr., col. 535.

(1090) Cette manière de désigner rantiquilé expliquée pourrait bien n^èlre rien moins que flatteuse pour dom Bernard de Montfaucon. D'un autre côté, le siècle de mille, pour lexi* siècle, ne présente pas une idée fort claire, mais il faut présumer qu'elle est dans le goût italien. Au surplus le savant Bénédictin, dans la préface alléguée, ne dit pas un seul mot au sujet des lettres ou caractères gothiques; il n'y parle (a) que de Tordre gothique qu'il fait remonter au xrsiècte. Nous ne prétendons au reste relever ici qu'un défaut d>xactîtude. D. de Montfaucon a réellement ailleurs avancé l'opinion que Mafféi lui attribue. Parlant delettres romaines, qu'iicroyait appartenir au vi* siècle, elles n'avaient i point encore, dit-il (fr), changé de forme comme celles que nous voyons aux x® et xi* 6iècles,qui dégénérèrent enlin en ce caractère quenous appelons gothique, ce qui arriva'dans le xr siècle... Cestprincipalementdepuisl'an mille que ce soni faits ces cnangements de caractères en ce que nous appe^ Ions gothiques (e). Nous les voyons dans les inscriptions sépulcrales et nous y remarquons successivemenl l'altération faite dans les lettres romaines, qui allait toujours en augmentant depuis le commencement du xr siècle et en s'écartant de plus en plu3 de la première forme. Nous donnerons dans la suite par siècle ces caractères gothiaues, depuis le xi* siècle jusqu'au xvi% où iU ont uni aux premières années du règne de François ^^ > Nous n'avons

CHnt vo les recueils de gothique de D. Bernard de onifaucon; ils sont apparemment perdus ou égarés. Si uoiis en avions eu communication, peut-être notfs serions-nous un peu rapprochés de son svstème ; mais, en jugeant des commencements du gothique formé par les monuments et les livres

a} UmHUtmlé expl-t 1. 1» |>ra>r., p. xvi.

>) ÊKmum, de la mmiarcn. fratiç.t t I, p- 54.

U) Ibid.^^ p. ItH).

parce qu'il fait remonter le gothique au xi* siècle. Voici les paroles du premier : « Dans la préface générale sur les antiquités figurées (1090) u est dit que le caractère gothique commença dès le siècle de mille ; quoique dans la vérité le caractère, auquel on donna depuis le nom de gothique, n ait régné sur les marbres qu'au xiv* siècle, et commencé que vers la fin du précédent (1091). » Mais qui pourrait se persuader que les inscriptions des sceaux de Louis le Jeune de Tan 1167, de V Histoire de Languedoc de l*an 1188, de la Polygraphie espagnole des années lUl, llOii^, 1288, de Gattola de 1130 et de tant d'autres, ne tiennent rien du gothique.

11. Comment le gothique moderne s'^est-il formé? Sources diverses de ce caractère. — La source primitive du gothique est l'arrondissement des lettres carrées ou droites, ou plutôt des jambages perpendiculaires, obliques, horizontaux. Cet arrondissement est aussi sensible qu'ancien dans les 0. Celui des U le suivit de près. Si l'on en juge par les notes tyroliennes, à peine avait-il commencé à se produire sur les marbres qu'il était déjà d'un usage ordinaire dans les manuscrits. L' P9 exactement ronde semble devoir aussi sa naissance aux manuscrits^ Indépendamment de toute conjecture, nous pouvons établir son antiquité sur des monuments antérieurs au iv* siècle. Les ^ pourraient bien remonter encore plus haut. Les mêmes notes sont Irès-favorables à cette pré-

Î[ue nous avons consultés, nous ne pouvons guère les aire remonter plus haut que le milieu du xn* siècle* ni placer son abolition en France avant le règnede Henri II. Nous parlons surtout des inscriptions, lapidaires etmétalli€[ues. Heineccius, dans son TraiU des sceaux (d), s'éloigne un peu de Topinion de D. Bernard sur le temjps de la naissance du gothique, c On ne saurait dire, ajoute-t-il, avec quelle rapidité cette nouvelle manière d'écrire se répandit par tput, le monde chrétien. Car, dès rentrée du xiu* siècle, en France comme en Danemark, les monnaies commencèrent à recevoir Tinscription des lettres rondes, &u lieu (ju'auparavant les caractères romains français avaient cours partout. » Sur quoi il renvoi t au. cabinet royal de Danemark. Sou auteur Jacobscus . dit effectivement (e) que depuis Valdcroarll, contemporain de Philippe-Auguste, les caractères romains français commencèrent à faire place aux ronds ou monacaux. Ce sont précisément ceux que nous appelons gothiques. Une dissertation sur les commencements et les progrès de Ja typographie de Leipsick, imprimée en 1740, in^*', convient qu'il ne faut pas dériver le gothique moderne de récriture des anciens Goths, mais de la minuscule du xii* siècle et de la cursive romaine. Celte observation ne saurait être appliquée à la ipajuscule jgotbique, mais seulement à la minuscule ei à la cursive.

(1091) La fixation du commencement du gothique à la fin du xiir siècle n'est pas exacte; une Toule de monuments déposent contre cette prétention, on en trouve dès lors un bon nombre où il règne sans réserve. Noi^s aurons souvent occasion de donner des preuves de Tune et de l'autre proposition, et surtout de la première, dans les planches du gothique mo-.. derne qui voni suivre.

(d) Pag. 185.

(e) PARTr il, sect 5,.clasSs9, u. 41.

tention. Les autres lettres n*ont point contracté de rondeur ou de courbure universelle dans leur contour, avant le plein gothique; mais plusieurs de leurs traits, de droits qu*ils étaient auparavant, se cambrèrent de diverses façons.

LesAFGHKLPXZ éprouvèrent bientôt ces altérations dans un ou deux de leurs jambages ; mais avant tous les autres, le P ne retint que sa haste de la quadrature, qui formait auparavant sa tète. Le q au contraire perdit une partie de sa rondeur en s'élevant sur une perpendiculaire, quoiqu'il y ait tout lieu de déférer au q la prérogative de Tanticiuité. Malgré les courbures et tes changements arrivés à toutes ces lettres» elles ne cessaient pas d*èlre réputées majuscules. C'est surtout dans les manuscrits qu'elles dominaient, et c'est là qu'elles produisaient ce que nous appelons écriture unciale.

De nouveaux arrondissements, de nou* velles altérations, quoique très-anciennes, abaissèrent les lettres à la condition dé minuscules et de cursives. Le mélange avec les majuscules ouvrit une seconde source au gothique moderne. Rien de plus ordinaire que d\y voir figurer l'n et le t avec les capitales. Ces dispositions au gothique étaient encore éloignées. En voici de plus prochaines.

Une troisième source du gothique se trouve dans la prolongation des bases et des sommel.'f de chaque lettre. C'est là la marque la plus caractéristique du gothique. Elle parut néanmoins susceptible de nouveaux accroissements. Ces bases et ces sommets se courbant en lignes convexes vers le corps de la lettre, donnèrent le gothique HKguscule le plus pur et le mieux décidé. En m^me temps chaque lettre ne manqua guère d'ôlre écicasée, les rondeurs excédèrent de beaucouj) l'étendue de la haste, et le contraste des pleins les plus massifs avec les déliés les plus fins, ne laissa rien à désirer i)Our la conformation du plus parihit gothique. Tout ce qui va plus loin en ce genre n'est qu'affectation sur affectation, barbarie sur barbarie. Telles sont relativement au gothique toujours majuscule les K ointes et les anglâs multii)Jiés, les jamages rompus en angles saillants et renr Irants. Mais à l'égard du minuscule les angles et les pointes contribuent à son essence (1092). Il ne lui est guère moins essentiel d'ôtre roide et serré, quoique quel-

(1092) L'abbé Lebeuf semble réduire toutes le& espèces de çothique à ce caractère, c En matière d'écriture, dit -il , le véritable gothique consiste dans ces lettres de livres d'église toutes remplies de pointes, qui ont été fort d^usage, depuis samt Louis jusque sous François I" et ses trois premiers successeurs (a). 1 Mais il reconnaît ailleurs (6) le gothique maiuscule, qu'il déUnit une représentation des lettres capitales romaines un peu défiffurées. Ne pourrait-on pas dire la même chose du caractère majuscule lombard visigothiaue , saxon et mérovingien , dont les

{n] UiU. de {a vide de Paru, t. T, p. %, 96.

ques-unes de ses espèces le soient plus que les autres. Mais ce caractère convient aussi à d'autres sortes d'écritures et surtout à la saxonne.

Mafféi (1093) fait nattre le gothique du dégoût qu'on avait de suivre toujours la forme usitée, de l'envie de mieux faire, et de la passion pour les ornements. Cette contagion avait déjà fait bien du progrès avant la fm du VL* siècle» et le marquis est fort éloigné de porter si haut l'origine du nou^ veau gothique. Les changements survenus dans 1 architecture se firent, selon lui, sur les mêmes principes. L'écriture gothique donna plutôt le ton à l'architecture qu'elle ne le prit d'elle. Aussi la dernière ne commenc^t-elle réellement à se montrer qu'au xiu' siècle. Alors, continue Mafféi, récriture gothique commença par courber les traits des lettres. On en ajouta quelquesuns à leurs extrémités. A force de les étendre et de les prolonger, la figure de celles-ci se trouva totalement changée. Il n'aurait pas été inutile que notre savant auteur eût distingué les extrémités des lettres de celles de leurs bases et sommets. Les unes n'en sont que des qualités accidentelles, les autres en sont les parties intégrantes. Si les commencements du gothique récent doivent en général se tirer de la courbure de certains traits, et de l'allongement de quel- Îpes autres aux extrémités des lettres , on éra remonter aisément ce gothique jusau'aux II* et III* siècles. Combien en eCfet no écouvre-t-on pas de traits superflus et do caractères arrondis, de droits qulls étaient auparavant, dans les deux précédentes divisions d'écritures lapidaires et métalliques T Et cependant ce ne sont que des échantillons de lettres semblables, dont un bien plus grand nombre de monuments antiques sont remplis. Combien n'en apperçoit-on pas dans nos alphabets latins antérieurs au x* siècle? Et qu'est-ce toutefois que ces lettres, en comparaison d'une infinité d'autres qu'on pourrait produire ? Des manuscrits bien {uus anciens, on ne dit pas que le xiir siècle, mais même que le ix% en fournissent dos exemples sans nombre. La manière avec laquelle on caractérise ici le gothique moderne ne parait donc i^as assez approiondia.

IIL Progrès^ distinctions^ usage^ durée^ et abolition du gothique majuscule et minuscule. — Defmis le commencement du xiu' siècle, le gothique établit son empire dans tous les

lettres sont également romaines et un peu altérées ? D^ailleurs , si notre savant académicien veut se donner la peine de comparer les caractères du cotbique majuscule , il conviendra avec nous que plusieurs sont empruntés du petit romain, il nous permettra donc de conclure, qu*il n'a pas caractérisé le gothique moderne avec cette précision qu on a droit d*atlendre d'un antiquaire aussi versé que lai datns rétude des monuments du bas âge.

(1093) Yeron illust., col. 335, 336.

(b) Ibié*, A^erlis.t p. xx\.

PALEOGRAPHIE.

EUtts d'Europe, où récriture latine était reçue. Durant son cours et celui du suivant, ses progrès furent grands et rapides. Mais tandis qu'aux xv* et xvi% d'une part, il s'abolissait et perdait tous les iours de son crédit, de Tautre il était accueilli favorablement et porté aux derniers excès.

11 est fort singulier qu'aux siècles précédents, où il semblait avoir affermi sa domination de tous côtés, on ne laissait pas de réclamer par des faits assez fréquents contre la barbarie de cet écriture (109ii^). Ces exceptions à la vérité tombent plutôt sur les monuments lapidaires que sur les manuscrits , plutôt sur les métaux que sur les marbres et les pierres (1095). 11 en est peu néanmoins qui se soient totalement préservées du gothique. Il est plus d'usage que la forme antique n'affecte que quelîjues lettres, qu'un quart, qu'un tiers, qu'une moitié de l'inscription des monnaies, et même souvent des sceaux, jusqu'au xiv* siècle. Si donc, par rapport aux monuments lapidaires, et plus encore par rapport aux métalliques, on prétendait aislinguer un gothique commençant, un gothique croissant, un démigothique, un gothique dominant et un pur gothique, on ne pourrait pas toujours les régler par l'ordre des temps. Un pareil système entraînerait des exceptions fort nombreuses, et par là jetterait souvent dans la confusion. Il vaut donc mieux établir les ili'stinclions d'écritures gothiques lapidaires et- métalliques, sans avoir égard aux siècles, sauf à tenir d'ailleurs registre d'indices plus propres à les caractériser.

A cette gradation de gothique, nous ^ou-. ferons celui qui se distingue par le massif de ses lettres, par la barbarie et l'irrégularité de ses traits et le mélange de ses caractères. Les figures les plus oroinaires du gothique majuscule sont celles-ci :

(1094) Le pur romain et même VM s'était assez bien conserve sur les sceaux en Lorraine, en Bobérae et en plusieurs autres pays, comme on en peut juger, pour ne point parler des autres, par les sceaux lvi, lx, lxii, de 1 Hi$loire de Lorraitie par p. Galmet. Le premier est de Tan 1^8, le second àe 1221, et le troisième du commencement du xiv* siècle, suivant rhistoricn. Mais il semble qu'il faut lire au second 1521. Excepté T/Ë. les sceaux lxii, de Fan 1554, xc, de 1232, xcixde 1299, ne prouvent pas moins- en fayeur de la durée du pur romain, jus-

Su'au milieu du xiv* siècle. Mais cette prédilection e quelques-uns pour Faneien romain n'empêchait pas le progrès du gothique, ni que Tusage ordinaire ne fût depuis le xii* s ôcle de n'employer que Ve pour Vœ ou Vae,

^ (1095) Presque tous les écrivains des manuscrits s^étaient jetés dans le ^oût gothique, sur la fin du xii« siècle. Les caractères dont ils ee servaient, s*é« loi^ent des romains par degrés, c Les pointes (a) s*y introduisirent vers le xiir siècle {et mente plus tôt)^ et si multiplièrent dans les deux âuivants; en sorte que, pour former la lettre 0, on vit {quelquefois}, naître six pointes, i

^ (1096) € Lorsqu'on voit (6) une écriture en capitales gothiques, il est communément certain,

(a) Lessof, BlU. de Paris, 1. 1, p. xxv.

{») Id. Mi.

<<} Journ. dfs Satfatjd\<liM 31 \An\, 1681^ p. 38.

'»»coo Q:^cr«ï^jcii

Le caractère gothique minuscule eut peu d'accès sur les monnaies , mais il fut en grande vogue et sur les sceaux et spr les monuments lapidaires. Il ne paraît pourtant pas qu'il y ait été reçu avant le xrv' siècle. Ce ne fut môme que sur son déclin que Tusage en devint fréquent. Au suivant, il prit absolument le dessus sur le gothique majuscule (1096). Mais celui-ei nç laissa pas de se soutenir assez bien, jusqu'à ce qu'il commençât à faire place aux beaux et anciens caractères romains, renouvelés daljord en Italie, puis en France, ensuite dans les autres royaumes, où récriture latine avait cours.

Nous pouvons placer ce renouvellement su r les sceaux des Papes avant Tan 1430. S'il fit alors de grands progrès en Italie, où il avait déjà fait bien des conquêtes, depuis le corn* mencement du xv siècle , la France n'y prit part que sous le règne de Charles Vmil097). Ses monnaies et particulièrement celles, qui furent frappées en Italie commencèrent à ne plus montrer que des légendes en vrais ca* ractères romains. Insensiblement nos fabriques de monnaies se défirent du gothique sous les rois suivants^; mais il n'en fut. totalement banni que sous Henri II. Le même siècle vit abolir le çothique en France et sur les sceaux et sur les marbres et dans les imprimeries (1098). Il s'est enraciné davantage dans les royaumes du Nord. A peine les Anglais y ont-ils absolument renoncé de nos jours par rapport à leur langue mais les Allemands ne croiraient pas s'expri mer en bon allemand, s'ils n'employaient encore les caractères gothiques. Ce qu'il y a de plus surprenant, c est qu'encore aujour*

qu'elle est d'une date plus ancienne que récriture, qui est ffothique minuscule. > Depuis les dernières années du xiv* siècle, l'une et rautre furent emplovées dans les inscriptions jusqu'à Louis XII. La règle de Lebeuf est par conséquent si^ette à bien des exceptions ; il ne serait pas sûr de fr'y arrêter, à moins qu'on ne la restreigne aux temps qui ont précédé la fin du xiv* siècle.

(1097) Son épitaphe fut écrite en caractères ro-. mains. C'est la plus ancienne de celles de nos rois de l'abbaye de Saint^Dcnis en France, où l'on ail cessé de se servir du gothique, coinme la plus ancienne en gothique minuscule eat celle du roi Charles V, mort le 16 septembre 1380.

(1098) Le P. Du Moulinet {c) a prétendu «f«e Josse Bade est le premier qui ait apporté en Fr»RCd les caractères ronds ou romains, et qu'avant lui, toiis les imprimeurs du royaume s^étaient servis de caractères gothiques. Bade vint d'Italie en France, environ l'an 1500. c Le P. Du Moulinet {d) oublie que Badius s'arréla assez long-temps à Lvon, avant que de venir à Paris. Au reste, Chevillier (e) a prouvé que Timprimerie de France n'a point eom» mencé par le gothique , et qu'on y a fait des impres** sions en lettres romaines, avant le temps de ioseot Bade. »

(d) Batle, 1. 1, è l'art, de Badius, p. 606.

(e) Or(i. de/'imp. de Paris, p. 5t ci m.

d'hui dans les divers tribunaux de Rome, on peint ces caractères d'une manière si baroare, qu'il faut avoir recours aux banquiers pour déchiffrer les expéditions qu ils font venir de ce pays-là.

Pour revenir aux Allemands, dès Tan IMO, au plus tard, leur empereur Frédéric avait fait graver sur son sceau Taneien caractère romain. II ne tarda pas à trouver des imitateurs; mais ce ne lut qu'au siècle suivant que les exemples s'en multiplièrent. Sur son déclin déjà le gothique majuscule paraissait communément banni des sceaux. Mais rien ne nous a plus surpris que de voir le petit romain renouvelé ou plutôt conservé sur des sceaux allemands du commencement du xiv* siècle (1099). Ce romain minuscule s'y est montré avant le petit gothique ; car le plus ancien usa^e excluait cies sceaux comme des monnaies le pur minuscule. Dès l'an 1312y D. Hueber nous présente trois sceaux en naraclères minuscules (1100), purement romains, et le premier sceau qu'il publie en minuscule gothique n'est que de r an 1351. Encore ce gothigue est-il mêlé avec le petit romain. Ce dernjer caractère, qui dans

(1999) 'Austria illustr. tab. 8.

(1100) VHUtoire de Lorraine de D. Calmet , sceau xxu, nous fait voir une inscripUon de Fan 1395, en semblable écriture. On y remarque de plus le sceau xliv, mais postérieur a la moitié du xv« s{ècle. Quolqu*on rie manque pas d'exemples de

la suite du xiv*' siècle semblait avoir pris une teinture de gothique, parut se renou* vêler au xv' jusqu'à paraître dominant en certains cantons, comme l'Autriche. Mais en d'autres contrées de l'Allemagne, et peutêtre dans les mêmes, le gothique était toujours le caractère dominant. II persévère encore aujourd'hui dans les livres écrits en allemand. C'est sans doute ce qui dégoûte les autres nations d'apprendre cette langue, et les prive de la lecture de beaucoup de bons livres que produit l'Allemagne. En France le gothique ne parait plus dans les imprimeries; si ce n'est en quelques villes de province, qui impriment encore la Cirjlitéf et d'autres petits livres, où l'on fait apprendre à lire aux enfants, afin de les préparer à la lecture des vieux contrats. L'écriture française, même la plus belle et la plus correcte, n'est pas absolument purgée du gothique. Plusieurs lettres de ce caractère n'ont point cessé de la défigurer. L'usage fréquent de ce qu'on appelle écriture ronde pourrait bien un jour faire revivre ce gothique, dont nous avons tAché de donner des notions exactes.

sceaux, certainement bien antérieurs à la date des chartes, auxquelles Ils sont attaebés, on ne peut pas dire que ce sceau, ni ceux qu'on apporté dans le texte, remontent au temps où le gothique n'était pas encore en usage. Les noms des personoages quHis portent ne le permettent pas.

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