‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 78 sur 136 · TOI · texte numérisé non relu

TOI

PALEOGRAPHIE.

des anciens dii>Iômes, soitdans les senlences-, les salutSy les inscriptions et les signatures des princes et des chanceliers, offre une foule de caractères qui peuvent beaucoup contribuer au discernement des Ages et à la vérification des pièces.

On ne fixe pas seulement le siècle des manuscrits parla forme de récriture et des lettres, mais encore par l'orthographe, la ponctuation, les accents, les chiffres et une infinité d'autres choses dont il est inutile de faire ici Ténumération , quoique ces menus détails doivent entrer dans un traité sur la diplomatique ou sur les anciennes écritures. Recherchons, avant toutes choses, quelle est la véritable source d*où les latines nationales sont immédiatement sorties.

Chapitiib 1*'. Systèmes divers sur F origine et la distinction des anciennes écritures latines nationales. Nouveau système. Toutes les écritures réduites à l écriture romaine. '

On distingue aujourd'hui les principales écritures latines nationales en romaine, gothique ancienne, en franco-gallique ou mérovingienne , en lombardique et saxonne (1102). On a vu que la première tire son origine àes caractères grecs, soit attiques, soit ioniques (1103). Nous ne connaissons qiie Guillaume Postel (1104) et P. Jacques Martin (1105) qui aient prétendu que les Lalins ont reçu leurs lettres des Celtes. Mais les autres, philologues ont bâti plusieurs différents systèmes sur l'origine, l'existence et la distinction des écritures gothique, mérovingienne, lombardique et saxonne, en tant que minuscules et cursives.Cessystèmes,nousles réduisons à trois, qui partagent aujourd'hui les esprits.Deuxse combattent etsedétruisent mutuellement; le troisième ne suit le premier qu'avec des réserves, qu'on prendrait quelquefois pour de véritables contradictions. Elles ne font toutefois que le resserrer dans de plus justes bornes. La nouveauté dn second l'a, jusqu'à présent, mis à couvert (fes représailles gu'il a justement méritées de la part des défenseurs du troisième , en leur imputant les écarts du premier. Car

auoique personne n'ait encore pris la peine è montrer les différences de l'un et de l'autre, elles n'en sont pas moins réelles, et se manifestent dès* qu'on pèse avec quelque attention le langage respectif de leurs partisans. On nous permettra sans doute de proposer un. quatci^me système, fruit d'une infinité de

(110^ Toolcs ces écritures se subdivisent en ronuiDO-gaUlcane (a), en italo-gothique {b) , visigo- Ihique on hi8pano-gotbi€[ue, sueorgolbique, U>letanagotnique (c) ou mozarabique, semi-gotbique {d)^ en gallicane du moyen âge ou carol^iie, capeiicnne, UKiovîcîenne, gotbique moderne, monastico-golbique (e); en franco-lombardiqv^ (/), lombardique ancienne et nouvelle; en britanno-saxone, anglogaxone, dano-saxone;.en teutonique avant et depuis, Charlemagne , etc. Notre secoade et troisième

(a) De re dtplom. SupK, p. if.

«6) /Wrf.,p.f6.i4.

{c\ LkGiPOKT, Dusert. , p. 117.

(4} />< i^^ dijflom , Ç oO ;^ Sirut., f . 3p.

réflexions, de combinaisons et de recherches. S'il parait concilier les trois précédents, ce n'est point par la réunitHi de leurs prétentions incompatibles. Rien ne serait ni plus bizarre, ni plus mal assorti. Une mauvaise affectation de ne vouloir donner que du neuf ne doit pas non plus nous porter à rejeter ou défigurer ce que chacun des trois autres renferme de bon et d'utile. Nous essaierons, au contraire, de le dégager des équivoaues qui le couvrent, de le débarrasser des chicanes qui l'obscurcissent, d'en développer les conséquences , et d'éviter la confusion des idées en mettant chaque chose en sa place. Pour réussir, commençons par uneexposition succincte des quatre systèmes proposés.

I. Exposé des systèmes sur Vorigine et la distinction des anciennes écritures latines nationales, — Le premier reconnaît récriture latine pour dominante et sans rivale dans toute rltalie., les Gaules, l'Espagne, l'Angleterre et la portion conquise de la Germanie par les Romains, depuis que ces vastes contrées, réduites en provinces, firent

Eartie de leur empire. L'inondation des barares changea la face de l'Occident aux v* et VI" siècles. Les Goths aï)porièrent les premiers leurs écritures en Italie et les substituèrent aux romaines. Les Visigoths tinrent la même conduite en Espagne , les Francs dans les Gaules, les Saxons en Angleterre. Enfin les Lombards, s'étant "rendus maîtres du pays qui portent leur nom, en bannirent les caractères gothiques pour les remplacer par ceux dont leur nation faisait usage, et bientôt cet écriture fut généralement adopléo par toute l'Italie. De la ces belles et majestueuses écritures romaines transformées dans la suite en cursives , liées , compliquées et presgue indéchiffrables. De là ces écritures gothiques d'Italie , gothiques d'Espagne , lombardiques , saxonnes , franco-galliques ou mérovingiennes. Les rigides défenseurs de ce système ne manquent pas de nier que les anciens Romains aient jamais eu d'écriture minuscule ou courante. Tout ce gue l'antiquité qualifie de minutes ou petites lettres, n'est à leurs yeux que l'écriture majuscule ou capitale réduite à une forme plus petite. Toujours la môme, à quelque degré de grandeur ou de petitesse au'elle fût portée; elle ne se distingue , d'ailleurs , que par le plein ou le délié de ses traits, par leur hardiesse et leur élégance relative aux

classe vont fournir dc& modèles de ces écritures nationales.

(1103) HenselÎMs dérive l'écriture lalinc des carac^est iouiques. Ex ionicis (g) litteris circa annum 714 ante Cfirislum natum , denumptum fuit alpliabetum latinum, quod cum grwco ab initio unnm, idemque fuit. Voyez rolre second tome, ch. 1.

(1104) V. Orig. de Toscane.

(1105) V. noire H* lom., pag. 9, 10.

(e) LsGipoirr , p. 117.

(f> Uerediplom., p. 411, 40.

{.g) Synofiy wiivcrs. riiiîoîcgifl', p. 01.

siècles. Toute écriture romaine, à leur avis, doit ressembler à celle qu on voit sur les médailles et sur les marbres, où jamais ils ne supposent qu'on ait observé de changements essentiels et considérables.

Le second système, formé par le marquis Mafféi, accorde aux Romains, bien des siècles avant les irruptions des Golhs, trois sortes d*écritures : Ja miguscule , la minuscule et la cursive. Toutes les autres, en tant que distinguées des romaines, sont chimériques (1106). En ce sens, jamais il u'^ eut de gothiques, d*italo-^othiques, de visigothiques , de mérovingiennes , de lombardiques et de saxonnes. Les inventeurs modernes de ces dénominations qu'on désigne par nom et par surnom , fout pitié ; et l'on est surpris qu'ils aient pu donner dans de pareils travers. Ces prétendues écritures sont non-seulement réduites à la romaine , d'où elles tirent leur origine, mais ne sauraient en être distinguées par aucune raison valable. Le même système n'admet nulle autre distinction d'écriture , hors celle qui se trouve entre la majuscule , la minuscule et la cursive, auxquelles on ne trouve point mauvais qu'on ajoute la mixte. Mais on ne permet point de les envisager comme des genres transcendants, sous lesquels seraient renfermés d'autres genres inférieurs ou des espèces particulières (1107).

Le troisième système ne contredit point le second sur les diverses sortes d'écritures, dont il assure la possession aux Romains. Il lui fournit mê,me les preuves qui servent à la constater. Suivant cette hypothèse , les nations septentrionales répandues dans les plus belles provinces de Tempire romain, n'en bannirent pas tout d'un coup les écritures auxquelles on était accoutumé. Ils firent seulement entrer quelques-unes de leurs lettres dans les écritures majuscules et minuscules. La romaine se soutint plusieurs siècles après ce débordement do barbares, sans soufifrir beaucoup d'altération. Cependant , la cursive, propre à chacun de ces peuples , eut cours dans les diplômes et les contrats. Elle pénétra de plus dans les manuscrits après le milieu du vu* siècle. Voilà en gros à quoi se réduit ce système ; mais ses partisans, qui sont en très-grand nombre, ne s'accordent pas sur les détails.

ni06) Mafp£i, lêlor. diplom., p.liS.

(liU7) c Moii système, dit Mafféi (a), produira encore un grand avantage, parce qu*en reduisant toutes les anciennes écritures à trois genres, le majuscule, le minuscule et le cursif, toutes les manières d*écrire s'y trouvent comprises, et il est trèsfacile de distinguer l'une de Vautre. Au lieu que tout était mêlé ensemble, et dans la confusion qui a eu cours jusqu'ici, i Le docte Italien prétend que

fiarce que le majuscule, par exemple, sera un peu ong, malfait, tremblant, cela ne varie pas Tespcce. Mais il y a des diflerences entre majuscule et majuscule bien plus considérables, et qui peuvent même constituer des genres. Un caractère bien ou mal fait d'une main ferme ou tremblante, no varie pas sans doute rcspccc* mais pourquoi une écriture

(tf^ Oposc., eccles t p. Cl.

Le quatrième système que nous substituons aux précédents fait descendre de la seule romaine toutes les écritures , qui , depuis quinze cents ans , eurent cours en France , en Espagne , en Angleterre , en Allemagne, en Italie. Les Goths , Visigoths, Francs, Saxons , Lombards, loin d'apporter, ou plutôt d'introduire une écriture qui leur fût propre, adoptèrent celle des peuples vaincus. Il ne les corrompirent pas non plus, en y faisant du moins entrer de nouveaux caractères. Tous ceux qui furent employés de leur temps étaient d'origine romaine. Mais l'ignorance, la décadence des arts, et le mauvais goût qu'entraîneront après elles ces nations indisciplinées , firent dégénérer les écritures comme tous les arts. Bientôt chaque royaume se distingua par une écriture dijQTérente de celle de ses voisins. On a lieu de nenser que, même avant l'irruption des barbares, les écritures des manuscrits et des diplômes d'Italie , d*Espagne, des Gaules, d'Angleterre, avaient contracté quelque diversité spécifique , suivant le génie des habitants de ces grandes provinces. Mais l'altération des écritures devint plus rapide et plus durable par la chute de l'empire romain, suivie de celle de la plupart des écoles où l'on enseignait les lettres. Le peu de rapport qu'eurent désormais ensem ble ces nations asservies à des vainqueurs, amis par goût et presque par système de 1 i-

Snorance, dut opérer, en moins d'un siècle, es changements très-considérables dans les mœurs,les modes et les arts. Pour ne parler que des écritures, elles ne pouvaient s'éloigner si promptement, ni si constamment, ni si considérablement les unes des autres chez ces peuples, lorsque Rome leur tenait lieu de centre et de capitale , qu'elle leur donnait dés gouverneurs accompagnés de magistrats et d'officiers chargés du recouvrement des impôts ; lorsque ses armées gardaient les frontières, que la justice était administrée conformément à la jurisprudence de la nation dominante, et que les colonies romaines imitaient tous les if âges de leur métropole ; en un mot, lorsqu'une circulation de goûts, de manières et d*iuté* rets, maintenait l'uniformité entre tousies membres de l'empire , et ramenait à l'unité, ou du moins en rapprochait ceux que

loDgue, et une écriture écrasée, et une écriture qu^on aurait affecté de rendre tremblante, ne pourraientelles pas constituer diverses espèces? Pourquoi le mélange d'un genre avec un autre (^enre ne oonnerait-il pas une nouvelle espèce? Pourquoi ne poarrait on pas distinguer en diverses espèces des écritures purement majuscules, de celles qui seraient mélangées de minuscule et de cursive, et même de i*une et Tautre à la fois ; surtout quand le mélango est considéraUe ? Pourquoi confondrait-on, par exemple, parmi les manuscrits en pures ouciaies, ce grand manuscrit de Vérone, où sont renfermés les dix livres des Recogmîionê des plus corrects;

fmisque ce n'est qu'un mélange de lettres ro^guscues, minuscules et cursives?

PALEOGRAPHIE.

l'amour des modes nouvelles , ou que leur propre iaconstanco en avait écartés. Mais^ depuis la ruine et la désunion de toutes les provinces occidentales, quelle merveille que toutes les écritures , et surtout les minuscules et les cursivesy dont Tusage est bien f»lus fréquent , se soient tellement éloignées es unes des autres , qu'elles aient autant formé de genres d'écriture bien caractérisés, qu'il y avait de peuples , chez qui elles avaient cours? Leur diversité parait si marquée, qu'on ne doit pas être surpris que tant de bons esprits aient été plus frappés de leur différence que de leur unité. Celte unité d'une autre part , quoi(]ue plus difficile à saisir, est néanmoins si certaine , que l'excès de ceux qui veulent les réduire toutes à une , semble en quelque sorte pardonnable. Mais les deux extrémités du vrai sont bien voisines du faux. Pour l'éviter, reconnaissons en même temps unité d'origine dans toutes les écritures des peuples du rite latin, et diversité de forme. Ést-elle incontestable cette diversité par rapport aux écritures romaines, visigothiques', niérovlnsiennes, lombardiques et saxonnes ? Voila Tes dénominations nationales justifiées. Vouloir les confondre toutes sous celle de cursive romaine, ne serait-ce pas répandre de nouvelles ténèbres sur une matière en soi fort difficile et fort embrouillée ?

n. Jusqu'à quel point notre système convient-il avec celui de Mafféi ? En quoi l'un et Vautre diffèrent-ils ? Dénominations des écritures nationales^ utiles^ pour connaître Vihje des anciens monuments. — Par l'exposé do ce dernier système , on voit que nous soiumes d'accord avec le marquis Maiïéi sur plusieurs points essentiels. Non contents d'accorder aux Romains l'écriture majuscule, la minuscule et la cursive, nous no leur refusons pas même l'onciale et la rapitale. Ces deux sortes d'écritures, il est vrai , peuvent être renfermées sous la majuscule : elles ne laissent pourtant pas, dans leurs espèces les plus ressemblantes , d'ùlro aussi diversifiées que le sont les écritures majuscules, grecques et romaines , mises on parallèle. Mais de combien d'autres subdivisions les capitales et les onciales romaines ne sont-elles pas susceptibles? Mafféi rejette ces distinctions d'écritures mais à force de ▼ouloir donner du nouveau, et simplifier les notions, souvent on embrouille tout. Nous convenons avec lui que les caractères italogothiques, visigothiques, francogalliques ou mérovingiens et saxons , sont émanés des écritures romaines; mais nous n'avons garde de traiter ces caractères de chimériques.

A l'égard des thèses qui nous sont communes, quoique nous ayons découvert, indépendamment de ses recherches, une bonne partie des preuves dont il les appuie, nous ne laisserons pas de le citer et de lui en faire honneur. Mais sur bien des conséquences qu'il tire des principes qui nous

ii08) Oposc, écoles, y p. GO.

sont communs , nous ne nous croyons pas obligés d'entrer dans ses vues. Nous n'avons pu même nous dispenser de les combattre déjà plusieurs fuis. Quand, par exemple, il s'efforce d'abolir toutes les dénominations d'écritures mérovingiennes , lombardiques , gothiques ou visigothiques, saxonnes, carolines et gallicanes, comme si c'étaient des termes qui ne fussent bons qu'è induire en erreur, nous réclamerons toujours contre une prétention si singulière. Pourvu qu'on ne nie pas que toutes ces écritures viennent de la romaine , ces dénominations sont trèsutiles pour déterminer les divers genres et espèces d'écritures dont on veut parler. Ce serait tout confondre que d'appeler seulement.romaines toutes les sortes de cursives, que nous voyons dans les manuscrits et les diplômes. A la faveur de ces dénominations, et des notions qu'elles renferment, jointes aux exceptions qu'apporte nécessairement la succession des siècles, oiu peut encore fixer à peu près l'âge des manuscrits et encore plus sûrement le texte.

Notre savant marquis ne parait pas avoir été assez rompu dans la connaissance des manuscrits ; ou du moins il n'avait pas assez médité celle portion de littérature, lorsqu'il se moque de la prétendue erreur invéti*rée, où sont engagés ceux qui veulent connattre le siècle précis d'un manuscrit par le caractère national (1108). Nous avouons (lu'on no fixera pas au juste le siècle d'un manuscrit, parce qti'il sera écrir en mérovingienne. Les vi% vii% vin* et ix* siècles ont fait usage de cette écriture; mais il y a bien de la difiérence enlre le cafaclère qu'elle emploie aux vr et vii% et celui dont elle use aux vnr et ix*. Le lomhanlique régna du moins depuis le vu* siècle jusqu'à la V\\\ du .XII'; mais la différence est grande enlre les extrémités; elle n'est i>as même petite avec leur milieu.

Mais par ces décisions, dit Mafféi, on a donné, et l'on donne encore dans Ws plus grandes bévues, comme si la m/^me écriture n'avait pas cours pendant plusieurs siècles» ou comme si dans le même siècle il n'y avait pas plusieurs manières d'écrire.

La même écriture, il est vrai, a cours pendant plusieurs siècles; mais telle écriture ne convient pas 5 tous les siècles. Tou'e fraude cessant, il suffit qu'une écriture soit mérovingienne, j)Our que je puisse sans autre examen prononcer qu'elle n'est ]>oint postérieure au ix* ni antérieure au vr; qu'une écriture soit lombardique, pour 1» tenir postérieure au vi* et plus ancienne que le milieu du xui*. Est-elle saxonne? Elle ne surpassera pas le vu* et ne. descendra pas au-dessous de la moitié du xni% surtout en fait de manuscrits. Quoique ces caractères, chacun en particulier, varient de siècle en siècle, les extrémités sont presque aussi différenciées entre elles, que les genres d'écriture le sont l'un de l'autre. Pourquoi donc, eu s'attachant à la nomenclature des éritu-

res nationales, et en éludianl leurs changements successifs , ne pourrait*on pas se mettre au fait du goût de chaque siècle ? Si quelquefois on ne peut tout a fait décider le siècle, on peut du moins en approcher beaucojup. Mais ne répétons pas ce qui a été dit ailleurs. Ceci suflit pour justifier pleinement les dénominations que MafTéi combat avec tant de chaleur. Unissons maintenant nos forces avec les siennes, pour prouver que les écritures cursives des peuples d'Occident ont une origine commune dans la romaine, ainsi que toutes les autres sortes d'écritures latines.

III. Les Goths dC Italie^ les Yisigoths^ les Francs^ les Lombards et les Saxons n'ont point inventé les écritures qui portent leur nom : leur minuscule et cursive émananées de la romaine. — Quand on recherche l origine des écritures nationales , il ne s'agit pas dès lettres ms^juscules ou capitales qu on rencontre sur les médailles, dans les inscriptions et les autres monuments des anciens peuples qui se sont établis sur les débris de l'empire. L'origine romaine de cos caractères n'est nullement contestée ; la difficulté ne roule que sur les écritures minuscules de ces nations barbares ; c'est surtout leur minuscule cursive qui divise les savants. Les anciennes chartes de Ravenne, si connues, surtout depuis qu'on a publié divers modèles dans différents écrits, el particulièrement dans la Diplimalique et le Supplément de D. Mabillon, auraient dû faire ouvrir les yeux aux gens de lettres qui ont supposé que les Romains n'avaient point d'autre sorte d'écriture que la majuscule, qu'on voit sur les marbres, les médailles et les plusanciens manuscrits etque les peuples i^arbares firent chacun à part leur écriture courante ainsi que la minuscule : ou plutôt qu'ils les apportèrent, lorsqu'ils ruinèrent et partagèrent entre eux l'empire romain (1109). Parce que Théodoric roi des Visigoths établit le siège de son royaume à Ravenne , on s'imagine qu'il y introduisit l'écriture cursive, qu'on qualifie pour cela de gothique ou italo-gothique. A la vérité, depuis près de trente ans, on a mis autour plusieurs chartes antérieures à l'établissement des Goths en Italie, et qui constatent l'existence de l'écriture cursive chez les Romains. Mais, soit parce qu'on n'en a pas publié de modèles, soit qu on n'ait pas lait assez d'attention à ces pièces , bien des savants n'ont point encore changé de principes. Oserions-nous espérer de les faire revenir d'une illusion, que quelques-uns des premiers philologues, depuis le renouvellement des lettres, leur ont transmise, et qu'ils s'étaient faite sur des motifs peu solides, ou plutôt parce qu'ils n'avaient pas sous les yeux les anciens monuments qui nous éclairent ?

La prévention, où l'on a été que les Romains n'ont eu que des lettres élégantes etdégagées, etque tout ce qui paraît mal fait est venu des barbares, leur a fait attribuer l'écriture minuscule et cursive. Pour se con-

(1109) Germ., discept. 1, p. 51 ; discept. 2, p. 49.

DiCnONNAIRE DE PÂLE0GII.\P11IE, ETC.

vaincre du contraire, il suffit de comparer les écritures visigothiques, niérovingîennes^ îombardiques, saxonnes, avec la cui^ive ro* maine. Alors elles ne paraîtront plus des écritures isolées, et qui n'ont que peu ou point de rapport entre elles. D'où l'on conclura que toutes les écritures prétendues barbares sont émanées de la romaine, et la mérovingienne plus que toutes les autres. Si l'on en juge, comme on le doit, par fa ressemblance , abstraction faite de genre et d'espèce, la romaine peut fort bien être r^ardée comme identique avec la mérovingienne. La différence ne consiste que dans des alté^ rations semblables . à ceHes qu'éprouvent toutes les écritures de siècle en siècle. Ainsi la mérovingienne né sera Qu'une branche de la romaine, usitée dans les Gaules aux V* et VI' siècles. Elle en sera la continuation aux vu* et viir. La lombardique sera de même envisagée comme une autre branche de la romaine a'Italie , formée sur celle qu'on employait aux vi* et vu* siècles. Elle aura pris sa consistance au viir, et se sera maintenue jusqu'au xii% où nous la voyons encore employée dans les bulles des Papes. D'ailleurs, la conformité ou les rapports de ressemblance de la cursive mérovingienne avec la lombardique sont frappants, ^est-il pas naturel d'en conclure que l'une et l'autre ont une origine commune, savoir, la cursive romaine ? La saxonne tire également son origine de la romaine, soit telle qu'elle s'est conservée dans la Grande-Bretagne , soit telle qu'elle avait été portée en Angleterre par les moines, disciples de saint Grégoire le Grand. Nous la voyons déjà for-» méc dès le vu* siècle, et nous découvrons ses caractères les plus sin^liers dès les v* et VI* ; du reste elle est moins dérivée de la cursive romaine que de sa minuscule. La saxonne ré^na jusau'au x* en Angleterre et s'y soutintjusau'à ta fin du xii% malgré l'introduction de 1 écriture normande ou française en ce royaume, sous les règles de saint Edouard le Confesseur et de Guillaume le Conquérant. La visigothique a pu se distinguer de la romaine dès le vr siècle ; mais nous n'en avons point vu d'antérieure au vii% elle dure jusqu'au xiii*. La Caroline n'est

au une continuation de la mérovingienne. ée au viir, elle ne laisse pas de s altérer jusqu'au xir, d'où elle se perd dans la minuscule romaine. Les cursives postérieures en sont des émanations. Mais elles le sont, suivant la forme qu'elle prit en France aux viir et XI' siècles. Elle s'étendit de plus eu plus pendant les x* xr et xii*. Elle se corrompit jusqu'au xv*, et même à plusieurs égards, jusqu'au xvir. Renouvelée par degrés depuis le xv* jusqu'au xviir, elle semble déjà nous menacer de se replonger dans une nouvelle sorte de barbarie.

L'espace de temps qui s'est écoulé, depuis l'an li^^4- jusqu'en tîTO, nous fournit un nombre très-considérable d'actes en écritures romaines cursives. Si les manuscrits du même temps en donnent moins ils ne lais-

seoi pas de noas présenter beaucoup de morceaux du même soût. Manuscrits ou diplômes d'une part, les figures de leurs lettres, leurs liaisons sont à peu près les mêmes (1110) ; et de l'autre leurs formes, leurs comfjlications de lettres sont si variées, qu'il est impossible qu'elles soient l'ouvrage de peuples oui écrivaient aussi peu que les Goths, les Visigoths, les Francs, les Aîiglo-Saions et les Lombards. Elles sup(>osent une écriture cultivée par une infinité de mains, et surtout par une multitude de tribunaux réglés, tels q^u'il y en avait chez les Romains dans les cités, les municipes et les colonies.

Si l'écriture cursive romaine fut cultivée

Eendant cinq ou six cents ans par un nomre infini de praticiens, sans parler des autres, on conçoit aisément comment ses caractères et ses liaisons ont éprouvé des variétés multipliées. Les liaisons, surtout de l'écriture romaine bien approfondies, doivent causer la plus grande admiration. Leur différence s'y mesure sur celle des combinaisons de chaque lettre avec la suivante et la précédente. Va sera diversement lié avec le o , avec le c , le d , l'e, etc. Trèssouvent cette diversité influe sur la figure de la lettre qui s'unit à une autre, et sur celle avec laquelle elle se marie. Trois caractères liés ensemble exigeront autant de nouvelles formes, de nouveaux traits de liaison. Or, il n'est pas rare de voir de suite des trois, quatre ou cinq lettres, des mots entiers et même plusieurs mots tellement enchaînés et compliqués ensemble , qu'il est souvent difficile de déterminer les traits appartenant à chacun de ces caractères. On doit encore considérer que ces

(HIO) L'écriture cursive aux vi*, vu* et vni» aîècles, souffrit, il est vrai, des déchets remarquables en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre. Mais, ceux qui font le plus dehruit de cette altération, en jugeraient tout ditréremment, s'ils connaistraient mieux Tancienue cursive romaine. Une écriture cursive est barbare, selon eux, à proportion gu'elle semble actuellement indéchiffrable et difficile à former. Or, il n'en est poiut, où ces dilTicuités se fassent plus sentir qne dans la romaine. Ces traits sont tellement compliqués ensemble, ses tours et ses jambages si varies, ses liaisons si multipliées, et si éloignées de notre façon de les concevoir, que les plus hardis déchiffreurs ne s'en tireraient pas sur-ie-ehamp k leur honneur, s*ils ne s'y étaient exercés longtemps. Au contraire, toutes les autres cursives prétendues barbares ne seront qu'un jeu pour qui saura lire les romaines. Les mêmes traits s'y montrent. En général la différence la plus essentielle qui distingue celles-là de celles-ci, c'est qu'elles sont beaucoup moins variées dans leurs contours, leurs figures et leurs liaisons. Par conséquent elles bont plus lisibles; si elles sont d'une main également bonne. Il devrait donc s'ensuivre qu'elles seraient moins barbares que la romaine , si la barbarie dépendait de la difficulté de tracer, et de lire les caractères d'une écriture. Gomment, après cela, rendre les Goths, les Francs, les Lombards et les Saxons seuls responsables de la prétendue barbarie de leurs écritures cursives ?

(«) D seept. 1, p. 18i et seqq. ; di^epC. % p. 287 et •eqq.

traits sont ordinairement très-beaux et trèshardis; qu'ils ne répondent pas moins bien à cette grandeur et à cette majesté romaine que les autres monuments de ;eur façon. La touche en est ûère et en même temps d*une aisance qui étonne. Comment des traits, qui semblent couler avec autant de hardiesse que de facilité , peuvent-ils se concilier avec une variété si prodigieuse ? Quel devait être le travail des maîtres et des élèves pour faire prendre à leur main une si grande diversité de mouvements, sans en intéresser la force et l'aisance , sans se méprendre presque jamais, en donnant des tours surprenants aux lettres qu'ils avaient h lier. Une pareille écriture était bien au-dessus de la portée des Goths, des Saxons et même de nos Francs. Aussi dégénéra-t-elle, dès qu'elle tomba entre leurs mains, ou plutôt partout, où leur domination fut établie.

Ce n'est pas que les premiers écrivains des barbares venus du Nord fussent autres que des Romains de nation ou d'institutioli. Aussi ces premiers écrivains u'altérèrentils point d abord le caractère romain. Mais insensiblement leurs successeurs dégénérèrent, parce que la main de la jeunesse cessa d'être cultivée avec les mêmes attentions qu'avaient les anciens maîtres. Le mal augmenta quand les barbares eux-mêmes commencèi^nt à s'en mêler. Leur génie inconstant et impatient , joint k la rudesse de leurs mœurs, ne pouvait s'assujettira une si grande variété de figures et de liaisons. Aussi notre écriture mérovingienne n'est pas à beaucoup près si diversifiée que la cursive romaine (1111). La lombardiquelest encore moins ; la saxonne presque point.

(llil) Quoique la mérovingienne ne soit pas si variée dans ses traits que la cursive^vomaine , cela n*est bien sensible que pour ceuiqui les étudient et les comparent avec de grandes attentions. Car, du (premier coup d'œil, la mérovingienne, même de la lin dn VII' siècle et du commencement du suivant, parait encore plus compliquée que la romaine, Lllo est certainement plus embarrassée , plus confuse, j^lus obscure et moins régulière. La même IcUre était encore commencée, tantôt par le baut, tantôt par le bas, tantôt par le milieu. Ce serait conséquemment une manière bien fausse de raisonner, que de conclure que deux pièces seraient suspectes, parce que certaines lettres de la même signature auraientdans Tune commencées par le baut, et dans l'autre par le bas. Comme c'était chose inouïe de rencontrer de pareilles variations dans divers mots d'une pièce de cursive romaine ou mérovii.gieime écrite avant le viu* siècle, où Ton ne puisse renia riquer de semblables variations. Il n'en ùiudrait pas davantage pour répondre (a) au frivole argument du P. Germon contre les deux signatures de Thierri, .figurées dans la (b) Diplomatique. Que serait-ce si Ton insistait sur le changement de plume et d'encre, et principalement sur la distance de onze ans, qui nécessairement ont dû produire quelque variété entie ces deux signatures ? Faut-il un si long espace, pour qu'on en observe bien davantage entre deux éci i • tures de la même main? Il est bien étonnant de trouver tant de conformité entre ces deux souscriptions,

{b) Dererfi>/., p.379,38L

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MCTIONN^RE DE PÂLEOGnAPHIE, ETC.

-'L'Eglise romaine conserva plus longtemps le caractère romain et la diversité de ses liaisons. Mais elles ne laissèrent pas d'aller toujours en diminuant. Les changements apportés à l'écriture chez les barbares en deux ou trois siècles, ne purent stîxécuter à Home qu'en une fois plus de temps. Qu'on ne S'imagine donc j3as q^ue l'écriture mérovingienne soit plus variée crue la romaine ou qu'elle n'ait pas de grands rapports avec elle. Quand on les compare avec soin , on n'y découvre point d'autre différence que plus ou moins d'élégance, plus ou moins de variétés de figures , de tours et de liaisons, plus ou moins de hardiesse. L'élégance est pour la romaine la grossièreté pour la franco - gallique , surtout depuis Je milieu du vii^ siècle. Le plus de hardiesse et de variété est pour la première, et le moins pour la seconde. A cela près leur diversité n'est pas portée plus loin que l'est une même écriture, après la révolution d'un oii deux siècles. La mérovingienne du VIII* sdècle perd encore un grand nombre de liaisons du vir (1112). Leur déchet est plus sensible dans la Caroline, plus dans celle du ix* siècle que du viir. Ennn les liaisons ne cessent de s'anéantir jusqu'au xii*, où elles deviennent presque nulles.

La chicane et la scriolastique, qui s'emparèrent des esprits au xiii', hrcnt naître une autre sorte d écriture liée et pleine d'abréviations. Nul gOût, nul génie , nulle noblesse dans cette écriture. Mais, toute mauvaise qu'elle était déjà dès le xiii* siècle, elle dégénéra dans les suivants à un tel excès que celle des xv et xvf uniquement dérivée de l'ancienne , paraît affreuse et peut faire trouver de l'élégance dans la cursive du xiii* , lorsqu'on les rapproche. Malgré tant d'altérations graduelles qui ont insensiblement défiguré les écritures cursives nationales, elles ont conservé assez de traits de ressemblance avec l'ancienne cursive romaine , pour faire envisager celle-ci comme la source et l'origine de celles-là. C'est une vérité qui deviendra pour ainsi dire palpable h tous ceux qui voudront sérieusement étudier nos parallèles alphabétiques des lettres minuscules cl cursives des nations d'Europe du rite latin (1113).

IV, Le concours des caractères latins de divrrs genres dans toutes les écritures nationales , prouve qu'elles sont romaines d'origine, r— Le concours et le mélange des let-

quc <ry iK>uvoir observer quelque légère dissemblance. Il fallait que ces deuxexperls, qu'il n'ose (a) nommer, fussent bien inhabiles, pour ne pas sentir des choses aussi frappantes. Du reste il est forcé d'avouer que ce n'étaient pas des antiquaires, mais de simples maîtres d'écriture. Or, que peut-on attendre de ces sortes d'hommes, en fait d'antiquilés? Us ne furent pas plus heureux (b) dans leur jtigemeut sur deux signatures du référendaire Wulfolaecus, quoique la même main s'y rencontre à découveit, msngré l'intervalle de neuf à dix ans entre ces signatures.

(1112) La distinction des Francs et des Romains

(a) Discept. 1, p. 198, Uiscopt. % p. 960.

très et des écritures romaines , vwigofhiques, mérovingiennes, lombardiques et saxonnes, est une preuve sensible qu'elles sont toutes émanées de la première. On trouve ce mélange d'écritures dans les plus anciens manuscrits. La Bibliothèque du Vatican en possède deux (111^), écrits il y a plus de douze cents ans , en ces beaux caractères qui étaient propres aux gens de lettres. Ces manuscrits sont terminés fmr une écriture usuelle et très-difficile à lire, quoique du même sens, et peut-être du même écrivain. On voit, dit Mafféi (11 J5), dans les manuscrits de Vérone , comment la même main faisait les titres des chapitres en belle majuscule, et quelquefois le premier verset du texte, et s'attachait ensuite à ce caractère liéetexpéditif , qu'on appelle tantôt du nom d'une nation barbare, tantôt d'une autre, Dans quelques manuscrits on voit le copiste commencer par le majuscule,

Îmis après quelques feuillets continuer par e minuscule; enfin passer au cursif, quon désigne par tant de dénominations. J'ai remarqué, ajoute-t-il, des manuscrits d'oii l'on a levé et détaché l'ancienne écriture cursive , pour y substituer le caractère majuscule, quoique mal formé. Nous avons observé nous-mêmes dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi et de l'abbaye de Saint-Germain des Prés l'écriture romaine mêlée avec la mérovingienne et la lombardique, en sorte, néanmoins que la romaine domine. Plusieurs lignes v sont en écriture saxonne et d'autres en écriture mérovingienne. On y trouve un caractère mitoyen entre le mérovingien et le lombardique, ou tenant de l'un et de l'autre. On voit souvent un concours de minuscule et de cursive dans un même acte ou inscription ; le commencement sera d'une écriture claire , distincte et dont les lettres sont isolées et sans liaison flll6) ; la fin au contraire est en caractère lié, cursif et par conséquent difficile à lire. D. Mabillon avait déjà observé (IIH) que dans Jes anciens manuscrits écrits en caractères minuscules mérovingiens , les titres et quelquefois les premiers versets sont en lettres capitales romaines , ainsi que les inscriptions des sceaux et des monnaies du temps. Ces capitales (1118) sont seuvent entremêlées de gothiques et de lombardes. L'écriture de la première ligne du manuscrit de Grégoire de Tours, donné à la cathédrale dé Paris par Joli, et dont la Biblio-

ou Gaulois se soutint en France jusqu'au viii* siècle. Les guerres civiles, sous Gh*arles-Martel et ses compétiteurs parurent anéantir cette distinction. Aussi ne vit-on * plus alors que des notaires conserver l'ancienne cursive romaine dans la mérovifigicnne ou franco-gallique.

(1115) V. notre tom. H, p. 557 et 540.

(1114) FoNTANiNi, Vindic. dipionu, p. 92.

(1115) OposcoL ecdes,^ p. 57.

(1116) GoosTANT, Yeter. cod, wndie. con/ir., p.

(1117) De re dipL, p. 50.

(1118) Chron. Godwic, p. 19.

(b) Ibidan, p. 188 et seqq. ; discept. t, p. M ec seq.

PALEOGRAPHIE.

thëque du roi a fait depuis peu l'acquisition, est romaine et le texte en caractère méro^ vingien , qui ne diffère de celui des chartes de la première race de nos rois qu'autant que récriture des livres est différente de celle des gens d'affaires (11 19), dans le ma^ nuscrit du roi 2777» la capitale, l'onciale et la demi-onciale mérovingienne concourent ensemble. Dans une bulle de Pascal H de l'an 1104<, écrite en caractères cursifs- lombards , nous avons vu au-dessous de la date la signature du Pape en écriture minuscule assez belle. Ce concours si fréquent de diverses écritures , ce mélange continuel de caractères minuscules, minuscules, cursifs, usités chez les Romains, ne permettent pas de douter que les nations barbares n'aient api^ris d'eux à écrire le latin. Il ne faut donc point chercher ailleurs l'origine des écritures nationales d'Europe.

V. Toutes les écritures latines nationales réduites à Vunité d'origine. Les Goths , les Lombards^ les Francs ^ les Saxons ont^ils corrompu récriture romaine en y introduisant de nouveaux caractères? — Elles ont tant de rapports avec la romaine qu'on a quelquefois peine h les distinguer. Dom MabiUon, à\}rès avoir paru douter d'abord à' quel genre d*écriture doit se rapporter la pièce en papier d'Egypte de la bibliothèqiie de l'empereur, se termine à l'appeler italo-gothique, et dit

Qu'elle fut en usage en Italie avant l'arrivée es Lombards. Or, elle est foncièrement la même que celle des autres papiers d'Egypte, écrits en caractères cursifs romains. Los savants conviennent que l'ancien gothique avait spécialement cours en Espagne. Aldretre, dans son docte ouvrage sur la langue castillane^ a publié le modèle d'un manuscrit de Cordoue. C'est constamment pour le fond l'écriture romaine, quoiqu'elle soit plus nette et plus aisée, comme étant d'une main moins ancienne et plus exacte. Récriture du missel mozarabique de Tolède est à peu

K>s la même que la minuscule romaine m Mabillon (llâO) (c'est lui-même qui en lait l'aveu avec sa moaestie ordinaire) hésita un peu, quand il lui fallut fixer le caractère lomoard : il le découvrit enfin dans It* s anciennes bulles des Papes. Or, comment ce savant homme a-t-il pu croire que. Rome ait adopté une écriture barbare et totalement différente de la sienne? Comment a-t-il pu

(1119) Le P. Germon (a) regardait récriture du texte de ce beau manuscrit comme absolument barbare, à cause de ses traits compliqués et de ses liaisons fréquentes, qui la rendent difficile à lire. Il f:iUait remonter à la source ; U aurait trouvé dans récriture cursive des Romains de quoi se désabuser. Il aurait rendu hommage à la vérilé des anciennes écritures nationales et des monuments, où elles se trouvent consignées. Le Jésuite traite de barbare récriture mérovingienne du manuscrit de Grégoire de Tours. A ce compte la cursive romaine qu*on trouve dans des monuments antérieurs à Tinvasion des Gotbs, des Francs et des Lombards^ sera b plus barbare de toutes les écritures.

^\W) Dere dipL, pag. 49.

(«) D'flc^pl. l,p. 55.

{Pi De re dipt., p. ^i.

DlGTI0!l2f DR PaLÊOGHAPHIB, CtC.

penser que les Lombards aient maroduit des caractères étrangers en Italie, et surtout dans la capitale du monde , où ils ne sYta» blirent jamais? « Aijnourd'hui que nous écrivons ces pages, dit Mafféi (1121; quatre-vin^ mille soldats allemands bien comptés habitent cette partie de lîtalie t qui est sous la domination de Tempereur régnant toujours auguste. Ajoutez-y les serviteurs des officiers, les femmes, les enfants et ceux de la jnéme nation, mais d'une autre profession, qui demeurent ici; il n*est pas douteux que leur nombre n'est point inférieur à celui des Lombards, qui, outre les mêmes pays qu'ils occupaient , en tenaient encore plusieurs autres. Or, voyons-nous pour cela que les Italiens soient moins appliqués à leurs emplois, et que les Allemands s'y occupent è bâtir, à peindre, aux exercices de la plume, et aux autres choses semblables? Cnanget-on le goût des arts, du langage, d«s caractères de l'écriture? Rien de tout cela, parce que les Allemands ne s'occupent qu'à ce qui les intéresse et les regarde, c'est-à-dire précisément aux mêmes choses qutintéressaient les Lombards^ » Quelle absurdité, dit-il encore , de supposer que l'écriture des Lombards , en tant gue distinguée essentiellement de la romaine, ait pu établir son siège à Rome, et qu*on ait abandonné plus que partout ailleurs l'ancien caractère romain justement dans une cour et dans une église qui continua toujours d'être la mère et la . nourrice de la langue latine et des traditions romaines (1 122)1 Sera-ce des Lombards que le clergé de Rome aura appris à écrire ? . Comment, ajoute Mafféi (1123), des hommes qui ont feuilleté et remué tant de manuscrits o'ont-ils pas reconnu en les voyant, que les différents genres d'écriture latinejvenaientde la même source? Leur origine commune et unique est aussi claire que les rayons du soleil, é

Mais, uira-t-on, si les nations, qui se sont établies dans l'empire romain, ont adopté .l'écriture minuscule et cursive, ne peut-on pas supposer qu'elles y ont introduit bien des caractères barbares et étrangers? La supposition n'est pas soutenable. 1* Les arts n'étaient pas cultivés chez les nations gerr niani(^es qui se répandirent dans l'empire romain. Elles n'ont donc pu d'abord y causer de Taltération en substituant leurs arts

(112{) Veron. iUustr., coL 338.

{iifftj Mafféi dit qu'à Rome les ecclésiastiques furent tous Romains et retinrent pendant longtemps les noms, les lois et tous les usaaes de cette ville. Pour parler exactement, il fallait dire que les eccl<H siastiques de Rome étaieut alors tous Italiens on Grecs, ou même Syriens. Mais cette observation na donne nulle atteinte à Targument par lequel on prouve que les Lombards n'ont |M>int introduit un nouveau senre d'écriture. D. Mabillon (b) cite comme un échantillon de lombardique dans les épttres des napes'une pièce qui, au jugement de Mafléi (f), ne diffère en rien du pur cursif romain dans les papiei'S d'Egypte et de Ravenne.

5) Verott. f//usrr., col. 533. {c) Opese, eceïes., p. 59.

à ceux des Romains. 3* On attribue aux Goths, aux Lombards et aux autres barbares

que de

tain. Dès le iv* et le y' siècle ces arts étaient déchus. Les Chrétiens renoncèrent à Ksculpture et à la peinture, parce que les écoles , où on les apprenait, étaient pleines d*idoles. L'architecture gothique ne peut point être attribuée à ces nations qui n avaient aucune architecture ni bonne m mauvaise, comme il est prouvé par l'autorité des anciens (1124). C'est avec la même incertitude, disons mieux, c'est sans aucun fondement, qu'on met sur leur compte l'altération de l'écriture latine. On prend, par exemple , pour gothigue la diphthongue JE, et elle paraît dans la médaille consulaire, où se trouvent les fortunes anziatines (1125). On regarde comme gothique le chiffre çrec q qui vaut vi et qu'on rencontre dans les monuments latins du moyen âg;e; mais il se voit dans une inscription lapidaire de l'an 295 (1126). On attribue aux anciens Goths ces sortes d'abréviations qui consistent à insérer les lettres les unes dans les autres, les plus petites dans les grandes; mais on les trouve aussi sur les marbres et les bronzes romains (1127). On a deux inscriptions lapidaires d'affranchis d'empereurs de cette manière grossière d'écrire et mal figurée , que Gudius dans Gruter ne qualifie pas ainsi, mais qu'il appelle lombardigue (1128). Telles sont encore quelques colonnes miliaires d'Italie. Mais, pour trancher court, il suffit d'obseryer que les anciennes chartes écrites en Italie, avant l'entrée des Goths et des Lombards , offrent à peu près les mêmes caractères , les mêmes complications de lettres que Ton trouve dans les monuments écrits, après que ces nations furent établies dans les provinces de ce beau pays. Nous ne nions pas que les peuples septentrionaux Tenus en Espagne, en Italie, dans les Gaules et en Angleterre, niaient eu quelque connaissance de l'écriture ; mais ceux qui s'en occupaient étaient certainement bien rares. Comment donc ce petit nombre de barbares auraient-ils pu écrire assez pour changer, abolir, altérer l'usage du caractère qui avait cours en Itatie? Comment n'a-t-on pas conçu qu'un pareil changement ne pouvait s'exécuter qu'avec la succession de plusieurs Ages et la révolution de plusieurs siècles?

VI. L'unité d'origine des écritures natio' nales se prouve-t'elle parce que les nations germaniques ignoraient Vart décrire ? Diplôme dAlhoin^ roi des Lombards^ en faveur de l église

(1124) ViTRUv., 1. n, c. i; Pliu., I. xvi, c. 3(5, Tacit., De morib, Gennan., cap. i5; Herodun., 1. vn, c. 2.

(1125) Veron.iUustr., col. ZZO.

(1126}BuoifARUOTi,Os<6rva2. sopra fratnenti di ve-

tro prefac.^ pi. xviii.

(1127) Veron. iUustr., col. 330.

il 28) 1090, 14.

1129) Veron. iltustr., col. 324.

It30) Lib. XV.

1131) Lib. III.

fll32} Lib. vui, c. 6.

de Trévise. •— A ces preuves empruntées eu partie de Mafféi, ce fameux littérateui en ajoute d'autres qui ne nous paraissent pas également décisives. Si nous le suivons dans les détails où il s'engage au sujet des nations barbares , ce n'est pas pour les adopter sans restriction^ mais pour ne rien supprimer de ses preuves. Leur valeur et leur solidité se manifesteront dans les notes que nous plaçons au bas des pages.

Il est impossible que les barbares aient changé les caractères romains, ou introduit dans les vastes contrées, dont ils se sont emparés, les écritures gothiques, visigothiques, lombardes , mérovingiennes et saxonnes, ff La chose est évidente, dit notre docte italien (1129), puisqu'il s'agit de nations h qui l'écriture, de quelque manière qu'on l'envisage, était chose étrange , nouvelle et de nul usage, ou, si l'on s'exercçait parmi elles à écrire, on peut avancer qu'on le faisait très-peu, et que cela ne s'élendait qu'à un très-petit nombre de personnes. On n'est pas obligé de croire que l'écriture eût cours de toutes parts , et qu'on ne pût vivre ni gouverner un peuple sans l'usage de récriture. Pourquoi ne savons-nous rien de l'histoire de tant et de tant de barbares 7 parce qu'ils n'avaient ni écrivains ni monuments; et pourquoi n'en avaient-ils point? parce qu*ils n'avaient point de caractères dont ils fissent usage. Nous apprenons de Strabon (1130) que les Indiens n avaient nulle connaissance de l'écriture» et cependant ils avaient des lois, mais qui n'étaient pas encore écrites. Combien de nations dans le Nouveau-Monde, découvertes par Colomb etVespuce, se trouvèrent n'avoir jamais eu aucune sorte de caractères! Dû temps de saint Irénée, plusieurs peuples barbares devenus chrétiens , c'est ce saint martyr lui-même qui nous l'atteste (1131), vivaient sans papier et sans encre, se contentant de porter clans le coeur la tradition. On lit dans £lien (1132), que dès les temps les plus reculés les barbares d'Asie avaient coutume d'écrire; mais que tous ceux d'Europe regardaient au contraire comme une cnose nonteuse l'usage des lettres ; aussi le trouvons-nous établi fort tard dans les contrées septentrionales. U paratt fort probable qu avant la domination des Romains il y était inconnu et qu'il nV était point pratiqué avant la religion chr^ tienne. On ,n*ignore pas la prétendue antiquité prodigieuse des caractères runiques ; mais il est inutile de parler de semblables folies (1133). Venance, Fortunat qui florissait vers la fin du vi' siècle, est le premier

(1133) Dans un ouvrage imprimé en 1751 sous le litre de Nuova transpgurazione délie lettere etntscke, un savant d'Italie a démontré non-seulement Tanii quité, la vérité et Texistence de récriture runique chez les peuples septentrionaux , mais II a eocore prétendu donner des preuves de Tidentité de ce cairactère avec Tétrusque. Dans ce nouveau S3rstèiiie les Goths auront apporté leurs runes en Italie, et plusieurs anciens monuments de ce pays qu^on a crus étrusques, seroiit réellement mniques. Quoi-

Sues savants veulent que les caractères preMiiie incchiffrables qu'on trooje dms les Asturies, im

PALEOGRAPHIE.

auteur qui en fasse mention. Les lettres ainsi appelées sont les mêmes que les grecques et les latines. Saumaise en avait déjà fait la remarque , confirmée en dernier lieu par le savant Jean-Pierre Ludewig dans son introduction aux monnaies ^germaniques. » On convient que plusieurs des caractères runiques ressemblent à ceux des Grecs et des Latins. Mais il s'agit ici du temps auquel les nations germaniques en ont fait usage. Wormius et Hickes, qui ont fait des recherches si profondes sur la littérature des nations septentrionales , attestent qu'il existe un nombre prodigieux de monuments en caractères runiques, antérieurs à rétablis-, ment du christianisme dans le Nord. Il fallait

Sue dès le commencement du v' siècle les ermains cultivassent beaucoup les lettres , puisqu'ils étudiaient TEcriture sainte» et qu'ils en recherchaient les exemplaires hébraïques ou traduits sur Thébreu-. Quis hoc crederetj dit saint Jérôme, ut barbara Gelarum lingua hebraicam quœreret veritatem et dormilantibus^ imo contendeniibus Grœcis^ ipsa GermaniaSpiritus sancti eloquia scruta^ retur (1134).

t Mais , poursuit le savant marquis, les Goths, qui parurent plus polis que les autres

soient autres que les runes portées dans ce pa^s par les Goths. Fréret, dont la vaste érudition e'st si cmnue, n^étalt pas non plus de Tavis du marquis Maffél (a), Forlunat, qui connaissait les Goths d'Italie, ]^rie de leurs runes (b). Ce ne pouvait pas être une invention nouvelle. Les monuments runiques réclameraient. Et quand on n'en aurait pas, ce témoignage bien entendu prouverait assez rexistence des écritures septentrionales. Si les ancieps n'*en parlent fiA auparavant, c'est qu'ils ne les connaissaient pas asaaSf ea qu'ils ne connaissaient que quelques nations h«mures, qui n'avaient pas effectivement de lettres. Dc^ls rniondation des Goths, leur écriture fut plus connue. Jc^niandès dit {e) que, du temps de S;[lla, Dicenus, étranger venu en uothie, donna des lois aux Goths. Elles firent mises par écrit, et se conservaient encore du temps de cet auteur, sous le nom de BeUagines. Vulcaniu&i dans ses notes sur Jornandés ((/), prétend que ce mot est gothique, mais corrompu , venant de Welbeha§ên\ c'est-à-dire beneplacitum. Ainsi ces lois étaient les placita du prince ou de la nation. Eurîc, roi des Visicoths, au V* siècle n'en aura donc fait qu'une nouveue rédaction , quoiqu'il soit dit dans la chronique dtaiéove qu'Euric est le premier qui les ait données à sa nation. Conjectura esf, dit le père Sirmoud («), cum Euricus in Isidori chronico legum instiluta Gothis primus tradiditu dicitur, non iic eue accipiendum^ quasi ante Euricum ieges gothicœ nuUœ fuerint, $ed quod earum corpus et codicem primus coUegerit Euricus, quod perspicue docent verba Isidori in Leun^ gildo.

c Mais, dit Mafféi (f), nous apprenons de Procope, que Théodoric ne permettait pas à ses Goths d'envoyer leurs enfants à l'école, et parce qu'Amalsunte Taisait étudier Athalaric, les principaux de la nation en firent de grandes plaintes, comme si c'a avait été une chose contraire aux mœurs de^leur nation guerrière. >

€e fait ne prouve point la thèse du savant italien.

(a) r. noire premier voL, p. Ii0| 7tt.

ib) Lih. vu, carm. 18.

\e) De rebut qùthiàs^ cap. U.

id) Pag. 179/ tHO.

{e) Not. in episl. t, libri u Sidonii:

barbares, demeurèrent sans écriture jusqu*k la fin du IV siècle. C'est, dit-il, une conséquence qui se tire fort «naturellement du té* moignage de Socrate. Cet historien dit que l'évêqrue Ulphila fut chez eux le premier auteur de récriture, et, qu'ayant traduit les livres sacrés en langue gothique, il inventa dés lettres pour les consigner par écrit. Mais, avoir rapporté de Constantiuopleen son pays l'alphabet grec , c'est à quoi se réduit cette invention , comme on peut le conclure d'un texte d'Isidore (1135), si ce n'est peut-être qu'il y* joignit quelques lettres, pour exprimer les sons particuliers à sa nation. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si les caractères du fameux manuscrit d'argent représentent ceux d'Ulphila (1136). Mais nous avons appris de Tacite que , dans la Germanie , où les Saxons, les Francs et les Lombards avaient leur domicile , ni les hommes ni les femmes n'avaient aucune connaissance des lettres (1137]. Reinesius déclare en termes formels qu'ils ne l'avaient point encore du temps d'Ammien Marcellin. La langue germanique, comme on l'apprend d*£çinhart , ne commença à être mise par écrit qu'au IX* siècle. Le moine Otfride fut un des premiers qui traduisit les évangiles en cette

Quand il est dit que les Goths trouvaient mauvais qu'on étudiât les lettres, cela ne doit pas s'entendre de la lecture et de récriture, mais oe Tapplication aux belles-lettres, qu'ails regardaient comme propret à énerver les courages. Lie mépris qu'ils faisaient alors des Romains leur avait inspiré ces sentiments.

M 454) Epist. ad Junium et Fretelam.

(1135) Adl instar grœearum iiturarum Getkis repérit litteras (g). Ce n'est pas là avoir apporté de Constantinople les lettres grecques. Ce texte n'exclut pas les caractères runiques dont les peuples septentrionaux se servaient avant le christianisme.

(1136) Veron. i//«srr.,p. 325. -> A T^ard du livre d'argent, publié par François Junius, et qu'on regarde comme un des plus anciens monuments de littérature germanique, le marquis Maflféi (h) se proposait de mettre en ordre ud Traité particulier, qu*il comptait ne devoir pas être désa^éaole au public.

(1137) Litterarum seereta vin pûriter ae feminœ ignorant. Gela signifie seulement que les h.mmes et les femmes ignoraient ce que c'était que d'employer les lettres à des intrigues de ealanterie. Gependaiit Mafféi (t) est fortement persuadé que l'usage des lettres n'a été connu des nations septentrionales, qu'avec la religion chrétienne*. D'où il conclut qu'il n'était point passé aux Lombards qui, lorsqu'ils vinrent en Italie, étaient encore gentils, t Avec cela, ajoute-t-il, si nous nous en tenons à ropinion commune, et surtout de ces modernes qui la publienl à son de trompe, après l'invasion de cette armée barbare, l'écriture fut réservée à leurs seuls soldats, et les Italiens n'écrivirer.l plus ; ou, s'ils le firent, ils abandonnèrent leur écriture pour prendre celle de celte nation : pensée la plus bizarre qui pût jamais tomber dans 1 esprit humain. > Dira-t-on que (Sette écriture était ffotfiique? Mais les Goths demeunèrent sans écriture jusqu à la fin du ly* siècle: si l'on en croit le docte marquis, qui leur refuse même la ^-uniqne.

(/) Veron. iUnuir., col. 552; Opose. eceles. p. 59. (g) Ism., Var. Hist.^ I. viii, e. 6.

(n) Opwieol. eectesn P*.59.

{i) IHd.

DICTIONNAIRG DE PALEOGRAPHIE, ETC.

TtO

lanzue , en avertissant que, comme on n'y avait point écrit, elle n'avait encore pu ac-

Sruérir nulle politesse. Pour commencer à le aire, on adopta les caractères latins. Aussi Toyons-nous dans Tacite que, jusqu'au temps do Trajan , les Germains n'avaient point de monnaie qui leur fût propre; mais ils s'en tenaient è l'échange des marchandises II n'y avait que ceux qui étaient limitrophes des Romains, qui reçussent leurs monnaies.

Strabon, faisant la môme observation au sujet des Dalmates, dît que cela leur était commun avec beaucoup d'autres.

« De tous les autres noms, celui de Lombard est le plus souvent donné aux monuments italiens du moyen ftge. Or, tant s'en faut qu'aucuns nouveaux caractères aient pu être introduits en Italie parles Lombards, ou qu'ils aient changé ou altéré les nôtres, qu'on peut assurer au contraire qu'ils y vinrent sans savoir écrire en aucune manière et sans avoir nulle connaissance des lettres (1138). Gela est évident par le témoignage ae Rotaris qui , ayant le premier entrepris, l'an 6tô, ae former un corps de lois lombardes» dit, à la fln de son edit, qu'il l'avait fait en rappelant les anciennes coutu^ mes et les lois de ses pères, qui n'avaient pas été mises par écrit. Aussi Paul Diacre observe-t-il que ce prince fit écrire les lois qu'on ne savait que par mémoire et par l'usage. Que cette nation ne se soit jamais servie (récriture ni d'aucunes lettres» quelle preuve en pourrait-on souhaiter plus forte que celle qui résulte dé n'avoir jamais mis par écrit ses lois (1139); en quoi consiste le lien et le fondement de la société ? Tels étaient aussi les Hun^ , à qui la Pannonie fut cédée par les Lombards, quand ils vinrent en Italie. .Procope raconte que, du temps de Justinien, ils n'avaient nulle connaissance des caractères. G'est pourquoi un de leurs rois ayant envoyé des anlbassadeurs è Gonstanlino(>le, il ne les chargea ni de lettres ni de papier, mais il s'en rapporta uniquement à leur langue et à leur mémoire. Rotaris, rappôrtantdans le préambule de l'édit cité les noms de ses prédécesseurs , dit les avoir appris des anciens: ils n'étaient donc pas encore écrits.

« Voilà donc quels étaient ces peuples qui s*emparèrent de l'Italie » après la décadence

(1158) F. apou. ecctei., p. 59.

- (1139) Il s'eosuivra que le premier usage qu'on a

.fait de récriture che» toutes les nations, aura été

. de mettre leurs lois |»ar écrit. fSous doutons que

. cette preuve paraisse bien solide. Les coutumes non

écrites ont précédé les lois dans presque toutes les

nations; et les premières collections des lois n*é-

tatent communément que celles des usages d'un

. peuple. G'est ce qu^on pourrait vérifier par rapport

a la plupart. On prouve par la lettre de saint Nizier

à Chlotzvinde, que les Lombards ne pouvaient pas

être dans une ignoraqce totale de récriture. Cela

ne se peut dire qoe de leurs militaires, ainsi que de

ceux oes autres barbares.

(1140) 11 ne faut pas prendre dans la rigueur ce que dit iei Mafféi , puisqu'on a en Italie non-seulement des inscriptions et des monnaies , partie en

de rempirè; ce n'étaient ni des Phéniciens ni des Chananéens, qui écrivissent en leur

{propre langue, et qui, eu apprenant le latin, lissent capables d'en corrompre et d'en changer le caractère en y mêlant le leur. Us ^valent se servirdel'epée et non de la plume; jamais ils n'avaient formé aucune lettre. Peut-on supposer que ces hommes féroces, aussitôt après avoir envahi l'Italie, auraient

Îuittéla profession des armes pour appren* re à écrire , ou même qu'ils l'aient fait apprendre à leurs enfants qui leur devaient succéder dans la garde des places et dans le métier de la guerre. Il est vrai qu'avec le temps la langue du pays leur devint naturelle, et que, devenus Italiens, ils eu adoptèrent aussi l'écriture. Mais ayant appris aeux à écrire, ils ne le pouvaient faire que comme leurs maîtres et comme il; se pratiquait dans le pays qu'ils habitaient. Aussi, qui que ce soit qui ait mis la main aux monnaies et aux inscriptions des rois goths et lombards , il est certain qu'elles sont en langage et en caractères latins , que toutes sont en lettres majuscules et que la plupart sont d'un assez bon goût (llMj. Disons plus : il y en a même d'un excellent goût, puisque le caractère en est grand et très-bien lorpie. Telle estl'inscrip» tion sépulcrale de Séda, eunuque et camérier du roi Théodoric. Elle fut gravée en l'an $il. Il n'est pas douteux que si cesnationsavaient eu des caractères propres et qu'ils eussent été écrits dans leur langue , on ne verrait rien de semblable. Annibal en Italie ayant fait ériger un monument en mémoire de ses exploits, l'inscription fut dressée en caractères puniques. Il la fit encore mettre auprès en grec , comme étant une langue généralement entendue.

« Il se présente ici, continue Maifféi, une simplicité de Paul Diacre, qui pourrait faire soupçonner que les Lombards auraient eu l'usage de l'écriture. Il rapporte qu'Alboin, dès les premiers jours de son invasion en Italie, au passage de la Fiave avec son armée, accorda à révoque de Trévise un diplôme pour confirmer les biens de cette église. Mais cela ne s'accorde pas avec ce

au'il raconte ailleurs, qu'au temps de Théoolinde les églises rentrèrent dans la possession de leurs biens qui avaient presque tous été envahis parles Lombards, parce qu'ils étaient païens (IIM). Et l'on pour-

letii-es minuscules , mais encore en lettres corsives. (ii4i) Si les Lombards, tous païens qu'ils étaient, laissèrent aux églises quelques biens, dont lils ne s'emparèrent pas, oomment répugne-t-il que ceux de régiise de Trévise aient été de ce nombre? Mais il est évident par la lettre de saint Nizier à la reine Chlotzvinde, é|M>use d*Alboin , qu'ils n'étaient pas païens, mais, ariens, du moins pour la plupart. Or» excepté les Vandales, les barbares ariens ne laissèrent pas d'avoir des égards et des ménagements pour quelques évéques : Fltalie , TEspagne et la Boui^ogne en pourraient fournir des preuves. AJboin devait avoir peu d'opposition à la foi eathoflque puisqu'il avait épousé une princesse qui en faisait profession. A son entrée en Italie, il était important pour les conquêtes qu'il méditait de se ménager les esprits des catholiques. Dire qu'on ne savait pas

PALEOGRAPHIE.

rait croire (1 142) qu*à l'arrivée d'une furieuse armée de barbares (1143), tandis que les uns fuyaient, les autres prenaient les armes, pendant que Oderzo, Padoue, Montefelice et d'autres lieux fermaient bravement leurs portes, que le patriarche d'Aquilée, abandonnant la terre ferme, se retirait à Grade, et que Farchevéque de Miian ne s'y croyait pas en sûreté, mais cherchait unasyle à Gênes ; Tévêque de Trévise serait allé audevant de Tarmée barbare demander des privilèges (IIW)? Et l'on pourrait croire qu'Alboin , dans le temps môme où il courait la Vénétie çvec le fer et le feu, en roi catholique et latin, menant à sa suite une chancellerie et des ofliciers formés à dresser des diplômes, ri aurait fait délivrer des instruments de concession? Où trouveronsnous que l'usage de confirmer aux églises leurs biens fût déjà établi dans le vi* siècle; et comment cet évêaue prévoyait- il que les Lombards allaient londer un royaume qui devait subsister assez longtemps pour qu'il fût expédient de s'en procurer des privilèges? A la vérité le D. Mabillon, comme les autres, igoate foi à .ce diplôme et à ce fait historique ; mais, dans un grand ouvrage, on ne peut pas tout examiner ni peser en détail chaque chose. On prouve seulement par là que, dès le temps de Paul Diacre, les impostures en ce genre avaient déjà commencé , ce qui n'est pas étonnant puisque

écrire chez les Lombards, c*est uiie ihàse qui n^est |Kis suiBsaoïment prouvée; et quand elle le serait, Alboiii ne çouvait-il pas se servir du mipislère de quelque latin? Vis-à-vis de sa nation, au'il pût se

Sasser de secrétaire et de chancelier, cela surprenrait moins, quoique cela soit peut-être un peu difficile à allier avec cette haute réputation qu'Alboin s'était acquise , même avant la conquête d'Italie. Mais i|Ouvait-il s'en passer, devenu le maître d'une partie considérable du pays et résolu de

Eousser ses conquêtes dans toute rétendue-de Tltae, où toutes les affaires se traitaient devant des tribunaux r^lés? N'avait-il pas, pour ainsi dire, sous les yeux, l'exemple de Théodoric qui faisait dresser ses dépêches par un Cassiodore? IJn prince déjà chrétien, quoique malheureusement engagé dans l'hérésie, était-il dépourvu d'évêques, de prêtres et d'autres ministres inférieurs qui sussent écrirej? Il se pourrait faire que quelques-uns d'entre eux ne l'auraient pas su; mais que tous l'aient «gncné, cela n'est pas croyjible. Voilà donc le diplôme d'Alboin en faveur de l'Eglise de ïrévise, à couvert de la critique du docte marquis. (il42| Veron. iîlustr., col. 327.

(1143) Sigonius , historien fort judicieux , et tant d'autres ont envisagé l'entrée des Lombards en Italie , avec toutes les circonstances qu'on voit peintes ici avec des couleurs si vives : et cela ne les a pas empêchés de rapporter sérieusement le irait où l'on découvre tant de simplicité. Il est vrai que ces auteurs n'ont pas le talent de réunir dans les premiers jours de l'entrée des Lombards en Italie des événements qui se passèrent durant le cours de trois années. Par exemple la prise de Trévise appartient à la seconde anné; de l'invasion des Lombards, et celle de Milan à la troisième.

(1144) La hardiesse de Tévêque de Trévise n'est peut-être pas si surprenante, i^ Il pouvait avoir des relations à cette cour. 2° Les catholiques attacliés à la reine Ghlorsvînde pouvaient y conserver quelque ci*édit. 3* D y a des hommes plus courageux les uns

le faux est presque aussi ancien que le vrai. On présenta à Pline même , lorsqu'il ^uvernait la Bithynie (11(^5), des caractères impériaux dont la vérité n'était pas certaine. « Puisqu'il est évident aue nulle espèce de caractères ne fût particulière aux nations germaniques, où est donc née cette manière d'écrire le latin en caractères minuscules, liés et eursifs, si différente de la romaine, et qui leur a été attribuée jusqu'à présent ? Nous répondrons franchement qu'elle est née à Rome, et qu'elle ne fut pas moins propre des Latins que des autres peuples. Une si grande méprise est venue de ce qu'on a observé la netteté et la majesté des caractères dont usaient les Romains sur les marbres et dans les manuscrits les plus beaux et les plus magnifiques, et de ce qu'on a cru qu'ils n'en avaient point d'autres ; par consé-

3uçnt, les autres manières d'écrire en latin evaient être venues des nations étrangères. Mais c'est là justement la même erreur où l'on tomberait aujourd'hui, si , après avoir observé nos inscriptions lapidaires et les livres sortis des plus belles imprimeries, et les avoir compares avec les actes de quelques notaires et les lettres missives de plusieurs particuliers, dont on ne peut lire t'écritur^ Qu'avec beaucoup de peine , on jugeait que t un de ces caractères est celui des Italiens, et l'autre celui des autres nations. »

On ne saurait nier que le marquis tfafféi,

Îne les autres. 4'' Les pillages, dont l'Eglise de Félix tait menacée, devaient puissamment l'exciter à faire de généreux efforts pour la mettre à couvert; peut-être même les privilèges sollicités n^avalent-ils

Sas d'autre but que d'obtenir une sauvegarde ; et, ans ce cas, il ne faudrait plus demanoer, si dès lors les prînces confirmaient les biens des églises par des privilèges, ni si l'évêque pouvait prévoir que les Lombards auraient en Italie des établissements durables. 5** Puisque la prise de Trévise n'arriva que la seconde année de Tirruplion des Lombards en Italie, Félix avait eu le temps de se tourner et de prendre ses mesures pour être accueilli favorablement, comme il le fut du roi Àlboin. 6** 11 faut autre chose [que de simples raisonnements pour détruire un fait attesté par un auteur grave.

(il 45) Si par les diplômes présentés a Pline, Mafféi a voulu nous convaincre que le faux est presque aussi ancien que le vrai , c est-à-dire, qu'il était plus de quatre mille ans avant Pline, la

{preuve est bien récente. Si c'est pour établir que es impostures en genre de privilège avaient com * mencé dès le temps de Paul Diacre , la preuve est bien vieille. D'ailleurs, quel rapport entre^les lettres vraies ou fausses d'un empereur, piortan't permission de prendre des voitures publiques, et des privilèges accordés à des églises? La digression de notre illustre auteur est un peu longue , mais elle n'est pas étrangère à la diplomatique. Le soin que nous prenons (te redresser ce qui a pu lui échapper dans le feu de sa composition est une preuve du cas que nous faisons de tout ce qui est sorti de la plume de cet illustre académicien de Paris. Luimême a toujours été d'une attention merveilleuse à ne rien passer à D. Mabillon, quand il l'a cru en faute, quelque légère qu'elle pût être. On ne trouvera Sonc pas mauvais que nous en usions de même à son égard. Il a fait un trop grand personnage dans la république des lettres pour que ses méprises soient sans conséquence. .

DICTlONNÂiaE DE PALEOGRAPHIE, ETC.

en tout ce que nous venons de rapporter de lui, ne montre beaucou{> d'érudition et d'éloquence ; mais ne serait-ce pas pour remplacer la solidité de plusieurs de ses preuves? Quoiqu'elles ne soient pas toutes également concluantes, il n'en est pas moins certain que les nations germaniques, répandues dans l'empire, adoptèrent tous les caractères des Romains sans exception.

VU. Fausses notions et méprises des ^ovants sur la distinction des écritures natio^ nales. — Les rapports que les écritures romaines, gothiques, lomoardiques, mérovingiennes et saxonnes ont entre elles , sont quelquefois si grands qu'on ne doit pas s'étonner de voir des savants, même du premier ordre, les prendre les unes pour les autres. Souvent, faute d'en avoir étudié les caractères distinctifs et d'avoir saisi le goût et le génie national, ils les ont confondus avec des écritures même disparates. On aurait peut-être de la peine à nous .en croire, si nous ne fournissions des preuves de ces méprises.

Quoique les fameuses pandectes de Florence (1H6) aient été écrites à Constantinof^leou a Bérite par un copiste grec , Struve 114-7) y voit des caractères romains altérés, défigurés , corrompus par le mélange des gothiçiues. Cependant ces prétendues lettres gothiques ne sont autres que les minuscules et cursives des Romains mêlées avec leur onciale. Le gothique d'Ulphila est fort distingué du runique {iihS). Ni l'un ni l'autre n'est l'écriture latine connue des Goths d'Italie et d'Espagne. Le gothique moderne est différent de tous les autres à qui l'on adonné ce nom. Nous voyons néanmoins tous ces gothiques confondus par nos plus habiles antiquaires. Malgré une multitude d'anciens monuments (114>9) qui prouvent que les caractères runiques existaient plusieurs siècles avant que l'évêque Ulphila eût donné aux Goths son aipnabet emprunté de ceuides Grecs et des Latins, on a identifié l'écriture runique avec l'ulphilane, en donnant le nom de sothique à 1 une et à l'autre 9 quoique très-faciles à distinguer (1150).

Le fameux livre d'argent des quatre évangiles, appartenant autrefois à l'abbaye de Werden, dans le duché de Berg, maintenant gardé dans la bibliothèque d'Upsal, et publié par François Junius, est-il en écriture gothique d'Ulphila, ou en lombardique, ou en teutonique? D. Mabillon (1151) y reconnaît les lettres gothiques ulphilanes. Si Ton veut les comparer avec l'alphabet de la troisième colonne de la xiii* planche de Dotr^ premier tome , on souscrira sans peine

(1146) Bre.'«€3Iài« , Hist. Pandect., c. 5, p. ii et

"Tfi

147) De eriter. manusc, § 20 , p. 24, 25; A/drètu del ariginen de la lengua castelL, foL 58.

(1148) Struv., ibid., p. 27.

(1149) Vorm. AntUfuil. danie. , p. 24 ; Higkes\ Dissert, ernsl., p. 122.

(1150) Stkuv., ibid., p. 23.

(1151) De re diplom., p. 46, 546.

au jugement de notre savant antiquaire.

L'auteur du Traitéde l'incertitude des scien^ ces ri 152) trouve beaucoup de rapports entre ces évangiles et le latin du célèbre manuscrit de Cambridge. « Simon, dit-il, qui s'ima-

f;ine avoir trouvé des lettres grecques dans e latin de la seconde partie ae cet exem- Slaire, se trompe indubitablement. Ce sont es caractères gothiques qui ressemblent souvent aux caractères grecs. » Cependant Mickes est persuadé que le livre d'argent a été écrit en Allemagne un peu avant ou vers le temps d'Dlphila, et que l'écriture en est par conséquent teutonique. Au contraire, Sperlin^, dans sa dissertation sur le baptême des anciens païens, prétend prouver que ce manuscrit est en onciale lombardique. L'abbé de Godwic (1153) s'est contenté d'exposer les divers sentiments, sans prendre aucun parti sur ces différentes qualifications. Ce

au'il y a de certain, c'est que les caractères e la seconde partie du manuscrit trouvé dans le monastère de saint Iréuée de Lyon, et donné par Bèze à la bibliothè€[ue de Cambridge, ne sont pas moins romains que ceux de saint Paul, de la bibliothèque du roi de France.

L'opinion vulgaire, dit HaSéi (115!^), fait appeler gothiques les lettres écrites sous les statues des apôtres, à la rotonde de Ravenne. Ce sont néanmoins de belles majuscules romaines. Misson, dans son Voyage d'Italie, rabaisse l'Age d'un Virgile du Vatican, auquel on donne plus de mille ans, sous prétextK'que les caractères ont quelque rap-

Eort avec le gothique moderne. Par une semlable méprise, le célèbre Fontanini (1155) d'après D. Mabillon (1156) , appelle demigotiques les écritures capitales employées sur les sceaux et dans les titres des manuscrits mérovingiens. On ne comprend point comment le savant italien a pu qualifier gothique l'éciiture de la cbaito de pleine sécurité (1157], et de celle que D. Mabilloii (1158) a publiée d'après Lambécius. Dans l'une et 1 autre pièce le caractère cursif romain se montre avec toute sa hardiesse et sa fierté. Oserions-nous le dire? D. Mabillon lui-même ne trouve nulle différence entre les deux modèles d'écriture antique, qu'il a fait graver dans son supplément (1159). Le premier cependant est en caractère romanogalliean, et le second en mérovingien. La dissemblance de ces deux écritures est palpable.

La lombardique n*a pas moins causé d'embarras aux savants. Notre Bénédictin avoue (1160) avec sa candeur ordinaire,

au'il avait cru d'abord que le manuscrit de ennade, dont il a donné un modèle, était

;H52y Pag. 295.

1153) Chron, Godwie,^ p. 67.

1154) Verott. iUustr,, col. 554.

[1155) Vindic. diplom., p. 89.

[1156) Deredipl., p. 50.

[1157) FoNTAMiici; t^td., p. 99.

[1158) De re diptom.^ tab. lvui.

1159) Pag. 11.

(1160) De re dipL^ p. 348 et 549.

PALEOGRAPHIE

écrit en cafi'actère lombard ; mais il ne tarda fMis à reconnaître que récriture en était purement mérovingienne. Parce que les Papes se servaient dans leurs bulles de récriture lombardiqucy le nom de romaine lui fut quelquefois donné au xi* siècle (1161). Le P. Germon (1162J voyait l'écriture lombardique dans la fameuse charte de pleine sécurité, gardée à la Bibliothèque du roi. Comment ce Jésuite pouvait-il s'imaginer

3u*une pièce dressée à Ravenne en 564, était e récriture des Lombards qui n'entrèrent en Italie gu'en 568? Il ne sert de rien de rejeter la raute sur D. Mabillon. L'ennemi déclaré de ce grand homme ne se fait-il un devoir de le contredire que quand celui-ci a raison? Mais quel argument pour prouver que récriture lombardique n*a pas été inconnue aux faussaires, qiie de nous atléçuer une fausse étiguette mise sur le dos d une pièce vraie écrite en ancienne cursive romaine (1163)1 Fait-on toujours beaucoup d*attention à ces étiauettes, à moins qu'on n*aJt lieu de s'en méfier? Le P. Germon ne connaissant de l'écriture romaine que les beaux caractèlres majuscules, n'avait garde de reconnaître dans la charte de pleine sécurité le caractère lié et expéditif dont les Romains se servaient dans l'usage ordinaire. Ce genre d'écriture a trop d'affinité et de ressemblance avec la cursive mérovingienne que ce jésuite avait résolu de rendre au moins suspecte, s'il ne pouvait venir à bout de la faire passer pour une invention d'imposteurs.

On ne conçoit pas comment Nicolas Keder, dans son Traité ou Commentaire sur lee médailles runiques (1164), a pu, confondre les lettres monacales ou gothiques modernes avec les lombardes. Mais il est encore bien plus surprenant qu'un antiquaire de la force de D. Bernard de Montfaucon, n'ait pas été frappé des traits, des nuances et du coup d'œil, par lesquels on distingue l'écriture cursive romaine de la lombardique. Mafféi lui (1165) reproche avec fondement d'avoir qualifié de ce dernier nom l'écriture d'un de ses anciens papiers d'Egypte, aujourd'hui gardé à la bibliothèque du Vatican, et de l'avoir jugé du VIII ou IX* siècle , Quoiqu'il ait été écrit en 557, temps auquel les Lombards ne pensaient pas encore à passer en Italie. « L'auteur du Journal italique, dit encore le savant marquis, pour avoir cru lombardique l'assi- ^ation d un tuteur spécial écrite a Riéti, la juge du vnf siècle et peut-être du ix% quoiq|ue nous l'ayons trouvée écrite en 557, eest-&-dire onze ans avant l'arrivée des Lombards en Italie. »

La fameuse carte de Conrad Peutinger, dont Schoepflin nous a donné un modèle

(1162) Discept. 1 , p. 60.

(1165) Ibid., p. 65. Y. notre II' tom., p. 135.

ili6i) Acta enci<tf.,]anuar. 1705. 1165) Opose. eceles.f p. 60.

1166) Àlsacia illuitr., p. 610.

(1167) Mafféi, Opofc. eceles.^ p. 60.

dans son Alsace illustrée^ est un monument du rv* siècle, au jugement de ce savant académicien. Nous ne le contredirons pas s'il veut parler de l'autographe sur lequel la table de Peutinger, acquise par le prince Eugène, a été copiée. Mais quand on «goûte (1166) que l'écriture en est lombarde, nous ne pouvons nous empêcher de réclamer contre une prétention si singulière.

Outre que les caractères lombardiques ne peuvent pas remonter au delà de l'année 568, époque de l'établissement des Lombards en Italie , récriture du modèle de Schoepflin est en menu caractère romain, et ressemble fort à la minuscule renouvelée sous la seconde race de nos rois et continuée jusqu'au déclin du xii* siècle (1167).

L écriture minuscule capétienne, dont on xisait en France pendant le xi*, est assez belle, et n'a nul rapport à la grossièreté de l'architecture du temps et du langage vulgaire Qu'on parlait alors (1168). Cependant cette écriture est appelée gauloise par Fleury (1169) lorsqu'il parle du concile de Léon de l'an 1091, qui ordonna qu'on abandonnerait en Espagne le caractère visigothique pour se servir du français. Par écriture gauloise^ le judicieux historien n'aura 1)as voulu désigner celle des anciens Gauois, avant la conquête de Jules César. Ils n'en avaient point qui fM différente de la grecque. A-t-il voulu parler de la romanogallicane, dont ils firent usage avant l'établissement des Francs? Mais celle-ci fut remplacée par la franco-gallique, et ensuite par la Caroline ou nouvelle gallicane. S'il s'est entendu lui-même, il s'est servi d'un terme impropre ; ou bien, par écriture gauloise il a eu en vue le gothique moderne qui commença vers la fin du xii* siècle (1170). En ce dernier cas, i-l n'aura pas distingué ce caractère du capétien ou français, dont l'usage se répandit dans presque toute l'Europe au siècle précédent (1171). On sera sans doute moins surpris dentendre dire au P. Hardouin (1172) que l'écriture saxonne , dont l'Angleterre conserve tant d'anciens monuments, n'est autre que la germanique des temps postérieurs (1173). Une prétention si absurde, qui tend à livrer aux faussaires toutes les chartes, les manuscrits et diplômes saxons, n'est appuyée que sur les légendes des monnaies du rôi Offa, écrites en lettres capitales. Le Jésuite en inférait doctement que les Anglo-Saxons n'avaient point d'autre écriture, comme si le caractère majuscule excluait le minuscule et le ^ cursif des manuscrits et des diplômes I Tant de méprises sur la distinction et la nomenclature des écritures nationales montrent que leurs notions caractéristiques n^ont

(1168) y. le Spect. de la nat., U VII, p. 246, pi.

(4169) m$t eeclés., t. XHI , p. 5Î6, 527. (1170) Spect. de la nat., ibtd.y p. 231, pi. xxi. (117i) Qposc ecclet.y p. 60.

(1172) ChronoL Veter, Testam,, p. d4.

(1173) Thesaur. Ung. septentr.,pT»t., p. xxhi,

pas encore été assez développées. Quiconque voudra prendre la peine de- consulter nos tables alphabétiques, et surtout nos deux parallèles de minuscules et de cursives» saisira sans beaucoup de peine les différences spécifiques et les rapports qui sont entre ces écritures. Les éclaircissements, qui vont accompagner les modèles de nos deux classes des anciennes écritures propres aux manuscrits et aux diplômes, achèveront de mettre en évidence leur distinction en même temps cju'elles prouveront leur vérité et leur existence y que les Hardouin et les Germon ont niés ou mis en problème.

Ghap. 2. Ecritures capitales des manuscrits d'Italie^ de France^ dCAllemagne^ d Angleterre et d'Espagne.

Après avoir représenté dans la première classe des écritures latines celles des marbres et des bronzes , notre système nous appelle aux manuscrits. Leur utilité, leur iaiportance et leur autorité sont reconnues de toutes les personnes éclairées qui aiment véritablement la religion, et généralement de tous les vrais savants (llTilO. Si ces précieux monuments ont trouve dans notre siècle quelques contradicteurs prévenus d'opinions singulières, la multitude de gens de lettres en a pris la défense avec autant de zèle que de succès, non-seuiement en France et en Italie, mais encore en Angleterre et en Allemagne.

Il existe des manuscrits plus vieux que les plus anciens diplômes ; tous les siècles, au moins depuis le iii% fournissent un nombre plus ou moins considérable de ceux-là, dont on peut comparer les écritures avec celles de ceux-ci. Si 1 usage des beaux caractères est ordinaire dans les manuscrits, on y trouve aussi assez fréquemment toutes les diverses sortes d'écritures usuelles et diplomatiques. Souvent la diversité de récriture des manuscrits et de celle des chartes est nulle ou n'excède pas la différence qu^on remarqua toujours entre la main des notaires et des personnes fort occupées et celle de ceux qui ont plus de loisir. En général, l'écriture des manuscrits fut celle des savants, et l'écriture diplomatique fut celle des gens d'alfaires; mais elles ont tant de rapports l'une avec l'autre, qu'en prouvant l'existence de la première on démontre nécessairement la vérité de la dernière. Pour donner une idée juste de toutes les deux, nous faisons précéder celle des manuscrits, et nous en faisons noire ^conde classe des anciennes écritures latines ; nous la divisons et subdivisons, comme

(1174) Scimus, c'est le plus docte Jésuite (a) du dernier siècle qui parle, in monasteriis^ auorum immortali beneficio veterum bibliothecarum reliquiaSy quœ restant^ prœcipue deberi fatendum est , minorem mtatem , ut Severus in $ancti Martini vita scribit , huic arti deptUalam. Sed quœ juniorei scripserant , geniores postea doctioresqtie castigabant. Nescit quantum in eare studii et operœ posuerint anlttlites .' . . é . .. Amare bonos codices eum necesse est « qui doctrinam amat , quœ codicibus contiiielur.

(a) SiRMOND,, Ântir.heiie., t. IV, col. 360, 367

celle des écritures lapidaires et métalliques* Pour procéder méthodiquement, nous suivons fa distribution des écritures en minuscules capitales et onciales, en demi-onciales et mélangées, en minuscules et cursives, qui se rencontrent dans les manuscrits; ainsi divisées, la capitale marche à la tête, comme la plus approchante de celle des inscriptions. En faveur de ceux qui ne sont pas à portée de faire une étude suivie des manuscrits, dans ce chapitre et les suivants nous en remarquons la forme, l'orthographe, les formules, les singularités, et tout ce qui peut en faire connaître l'Age et le prix. La plupart de nos remarques vont directement au but

Sue nous nous sommes proposés, qui est d'é- [aircir une bonne fois les diffu^uUés allcf^uées par certains critiques modernes contre es anciens diplômes.

Art. I*' Ecrllares cspitales romaîDes des mt».

Capitale romaine approchant dé la noire: formules Explicit et féliciter; leur antiquité; notice du manuscrit 152 de la Bibliotfièque du Roi. — Nous nous sommes trop étendus précédemment sur les notions caractéristiques des écritures majuscules, tant capitales gu'onciales des inscriptions et des manuscrits, pour y revenir ici. H serait superflu de prouver leur existence par des raisonnements, nul homme sensé n'aj^ant osé la révoquer en doute. Le P. Hardouin lui-même n'a pas porté son pyrrhonisme jusqu'à livrer è rimposture, sans quelque exception, tous les manuscrits où les caractères majuscules paraissent, soit dans le frontispice et les titres, soit dans le texte même.

L'écriture capitale romaine du premier genre ressemble à celle de nos imprimeries; ses bases et ses sommets sont ordinairement simples et presque horizontaux.

Capitale romaine élégante^ à bases et «ommets peu étendus; Evangiles en or de Sainte Martin de Tours: le beau Saint-Prosper du roi; le Virgile de Médicis; le Virgile dAsper de Saint-Germain des Prés. — La planche xxy* de la Diplomatique des Bénédictins offre un parallèle exact dos plus andens manuscrits d'Europe; elle débute par une belle écriture à bases, traverses et sommets horizontaux et obliques, mais très-peu étendus.

La première présente des traits inférieurs superflus ;nous en donnons ce modèle : In

NOUITiE DmI IHU. XPÎ IkCIPIT £V4NGELIU1f 6E-

QONDDM Mathkum. LIBER (1175). Ce modèle est tiré du plus célèbre manuscrit de la bibliothèque de Saint-Martin de Tours, contenant

les quatre Evangiles. Les six premières lignes

Kt quanquam splendor litterarum non idem omnibus temporibus exstitit , fueruntque inerudita sœcuia et ingénia , quœ codices nobis non bonos procndenmt ; nulta tamen œta$ tam rudiê fuit jaut biurbara , qmm melioris œvi codices ante Ulam^ barbkriem natos non haberet conditos in-bibUothecis^ ex quibus meliora deinceps , reddita litterarum luce , petita et ad nos transmissa sunt exemplaria, (1175) Voyez planches de Paléographie , n^ Z

PALEOGRAPBIS.

sont en Vermillon, et la septième en or, ainsi que le reste da texte. Ce manuscrit du T^ii* siècle est un in4>' à deux colonnes; Kencre rouge n'y est employée que dans les titres qui se trouvent à la tête de chaque éyangéiiste. A la fin de Térangile de saint Jean, on trouve écrite en lettres d'or, et d'une main beaucoup postérieure, la formule du serment que faisaient les rois de France iorsqu*ils se faisaient recevoir abbés et chanoines de Saint-Martin. Nous sommes rede^ ▼ables de la notice et des modèles de ce beau manuscrit et de plusieurs autres, à D. Le Saint et à D. Housseault, savants religieux de l'abbaye de Marmoutiers.

La préface de Fo^ini, mise à la tête de l'édition du Virale de Florence ou de Médicis, nous a fourni un autre modèle tiré de ce fameux manuscrit.

PlOTmpS HINC FUSCI8 TRISTI8 Deâ TOLLITCR ALIS AdDACIS RUTULl AD MUROS. IIUAH DICITUR URBEM. ÂCRISIONEIS DaN£ FUNDASSE COLONIS (1176.)

Ce modèle gravé sur notre planche représente plus exactement récriture du manuscrit de Florence que les quatre vers figurésdansla^|)/ofn€ia'^edeD.Mabillon(il77}.

Le Virgile de Médicis est in-4^ de forme carrée, écrit d'un bout à l'autre en capitales. Les mots n'y sont point distingués. Les trois premières lignes^ de chaque livre sont écrites en vermillon. Quant à Tftge du manuscrit, Luc Holstenius (1178) Je croyait écrit vers la fin du iv* siècle, c'est-à-dire vers le lemps de l'empereur Valens ou Théodose.

Quelques savants d'Italie le font plus ancien. 11 fut revu et corrigé par Turcius Rufus Apronianus Asterius qui fut consul en Occident Tan &94. La note écrite de sa main à la fin des Bucoliques est plus récente que le texte, d'où Ton infère gue ce manuscrit est antérieur de plusieurs années à l'empereur Théodose. Il est vrai que l'écriture d Apronien est différente de celle du manuscrit, mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit beaucoup plus récente. Quoique, absolument parlant, un manuscrit ait pu être corrigé longtemps après qu'il fût écrit , cependant il paraît que tiour l'ordinaire la correction suivait de près le temps de la copie. Les manuscrits très-

iil76) Voy. Planchée de Paléographie, n"» 8. 1177) Tab. VI, n. 4, p. 354.

1178) Ibid.

(1179) D. Mabaion (a) a dit , diaprés Aide Haniice, aue ce manuscrit avait appartenu au cardinal Ridolpho Carpi, et ensuite à Achille Stace. Le cardinal I^oris assure (6) la même chose. Cependant le fait est révoqué en doute. Aide le Jeune, dans son Orthographe (c), veut que Ridolpho Carpi, qui vivait sous Paul m, Vait légué par son testament à la bibliothèque du l^atican ; il fut enlevé et transporté, on ne sait comment, dans la bibliothèque du grand duc de Toscane, où il est conservé comme Tuu des plus précieux monuments de toute TEurope. Le cardinal Noris, dans ses CénotapheSy-nonfi a donné des éclaircissements sur ce Virgile. 11 prétend {d) qu*il n'est point du temps d'Aproni^n, qui Tarant

(«) De re éhlm., |>. 551 ib) CewiapA. PtMii., col. 676.

{c) Patt. tt.

{d) CuïïWT.

anciens sont corrigés par des hommes de même temps. Ce n*est que vers le vu* sièele au on a commencé à négliger la correction (leslivres.Uestdoncàprésumerauelemanusorit de Médicis n'est que de la un du v* siècle» ainsi qu'un autre Virgile du Vatican qui lui est conforme, et dont on a publié, en 1741, les fragments et les peintures (1179). Le manuscrit 1278 de Tabbaye de Saint- Germain des Prés, autrefois deCorbie, ne présente à la vue qu'une écriture cursive mérovingienne, dont le copiste s'est servi pour transcrire au vir siècle le Catalogue des hommes illustres de saint Jérôme, continué par Gennade. Ce livre est un composé de diverses feuilles de manuscrits plus vieux, qu'on a tellement raclées, que les yeux les

{)lus perçants n'y découvriraient pas la plus égère trace d anciens caractères. On y trouve des feuilles ponctuées de points perçants par le bas de la page, qui montrent que ces marges inférieures étaient latérales dans le plus ancien manuscrit d'où ces feuilles ont été prises, quoiqu'on n'y puisse plus rien distinguer, si ce n'est quelques caractères et des lignes menées du haut en bas. Lorsque nous parlions de ce manuscrit dans notre premier volume (1180), nous n'avions fait usage . que de nos yeux. Hais, ayant employé depuis des liqueurs revivifiantes, nous avons découvert des pages entières où il ne paraissait pas la plus légère trace des anciennes lettres. Ces découvertes nous paraissent dignes d'être connues des savants. Nous ne manquerons pas de leur en donner communication, à mesure gue nous rendrons compta des modèles d'écriture que nous avons tirés de ces feuilles gratées et récrites. Il nous suffira de dire ici qu'outre plusieurs fragments du code Théodosien, d'un panégyrique prononcé en l'honneur d'un empereur, et de l'ancienne édition des lois visigothiques, nous avons fait revivre des morceaux considérables d'un ancien commentaire d'Asper sur Virgile, dans lequel il y a des leçons de ce poète assez singulières et diiférentesdes autres manuscrits. Ce^ mots De generalibos et spbgialibus, gravés sur notre planche, sont un échantillon de

reçu de Macaire, le corrigea. Mais Apronien appelle son frère Macaire, avec le titre d*kotnnie darissime : Macaire était donc son con(/emporain. L'éminenlissime auteur (e> nie aue Ce Macaire sénateur ait été frère ou parent d Apronien. Mais il ne prouve nullement son opinion. 11 y avait un Macaire , ami de Rutin et illuittre par sa noblesse et son érudition. Noris conjecture (/) que le Macaire qui donna ce Virgile en 4B9 pouvait en être descendu. Du reste> il avoue (g) qu*on ne sait pas dans quelle année fut écrit ce livre , mais il croit vraisemblable qu*il était déjh ancien , lorsqull fut offert au consul Turchis Rufus Apronianus. Dans celte supposition, ffi serait obligé de faire remonter ce Yirglitt jusqu'au iv* siècle.

'1180) Page 483.

(e) Col. 678n (/) Col. ti83.

ig) Col. 678, 679.

TSt

Récriture de ce Virgile commenté. On y voit des lettres capitales très-élégantes et à bases continuées. Cette écriture exactement dessinée annonce le m* ou iv* siècle, et l'emforte de beaucoup sur celle du Virâtile de lorence. rjotre Asper étant cité par aes auteurs du IV siècle comme un ancien commentateur de Virgile, on ne peut le mettre plus bas qu*au m'. Mais ne pourrait-il pas être placé plus haut avec quelque sorte de probabilité? Si Ton demande sur auoi fondés nous prétendons gu'Asper est 1 auteur de ce commentaire inconnu jusqu'à présent, c*est parce que toutes les pages, excepté les deux dernières, dont le haut a été retranché, portent d*un côté Aspri et de l'autre Vergilius. .«

VII. Manuscrit des Pandectes de Florence. Code Théodosien de la Bibliothèque du roi : le beau Saint-Cyprien de Saint-Germain des Prés, et deux anciens Yirgiles de Florence et du Vatican. — Les lettres de la seconde espèce du sixième genre sont presque sans bases ni sommets, et leurs traverses sont trèscourtes, comme on le voit dans les quatre modèles gravés sur notre planche. Le premier, tire des Pandectes de Florence, n'offre Îue ces quatre mots : IHSO CHRISTI — IM- ERATOR. — FELICITER (1181). Les deux premiers mots se trouvent avant la constitution Tanta circa nos : le troisième se lit avant la constitution Omnem : le quatrième figure à la tète du premier volume des Pandectes. Ce fameux manuscrit fut écrit vers la fin du vr siècle. Les habitants de Pise s'en emparèrent dans le pillage d'Amain Tan 1130, et la ville de Florence fut mise en possession de ce précieux trésor en 1/^06. Il a donné depuis beaucoup d'exercice aux littérateurs. Bornons-nous a une notice succincte de ces Pandectes. Elles sont renfermées en deux volumes de forme presque carrée, leur hauteur n'ayant que deux pouces de plus

aue leur largeur. Les feuilles de vélin aont s sont composés sont d'une blancheur surprenante. Elles sont si minces et si légères, qu'elles se recoquillent à la chaleur de la main lorsqu'on les touche. Si cet exemplaire était écrit sur notre vélin d'à-présent, au lieu de deux volumes, il en remplirait quatre. Il est écrit sur deux colonnes et les marges

(ilSt) Voyez P/anc/rfs n'' 9 4e la Paléographie.

M 182) De re diplom., p. 556, n. 5.

(il83) Ce mamiscrit a onze pouces de hauteur el huit de largeur. Il avait appartenu à M. de Mesmes. On trouve sur la première pase Codex Memmia» nuê 97, ifUer Bigotianos. L abbave des Deux-Jumeaux, où il a été écrit, fut détruite par les Normands dans le ix* siècle. Le ti^re' des livres est marqué au haut des pages en onciales,'lorsqu*il est écrit en abrégé; et en minuscules, lorsqu'il Test tout au lon^. Mais ces titres au haut des pages sont presoue toujours accompagnés d'ornements semblables a ceux du cahier vu ; ce qui ne se trouve pas dans les plus anciens manuscrits. Ici les lettres initiales des alinéas sont entre les deux perpendiculaires au delà de. la colonne d'écriture. Le premier mot de Talinéa est toujours en lettres oucialcs, mais abrétfées.

(1184) Le vélin en est extrêmement fin et d'uue

en sont erandes, auoiqu*on lésait diminuées en le reliant. D. Mabillon (1182) en a fait la description en peu de mots ; mais en 1722 Henri Brencman en a publié une ample histoire. Il y examine avec une sagacité admirable la forme, l'Age, la patrie, récriture, la ponctuation, les corrections»

l'autorité et la fortune de ce fameux manuscrit.

Le second modèle renferme ces titres :

epi<;ramma liiii de oblatione Ibio-

RUM (impiorum) EPIGRAMMA LV DE ES- SENTIA DlTATIS (deitatis) EPIGRAHMA.

Ce modèle a été pris dans le manuscrit du roi HIS, qui renrerme le code Théodosien et les cinq livres dès novelles de Théodose et des empereurs suivants jusqu'à Sévère inclusivement. Le parchemin en est blanc, très-propre et presque tout neuf. Mais quoiqu'il ne paraisse nullement graté , il faut qu*il ait été travaillé de nouveau et récrit en quelques endroits. Nous y avons vu distinctement les titres des épigrammes de saint Prosper, écrits en caractères rouges du vr siècle. Ce code Théodosien de la Bibliothèque du roi (1183) fut écrit par Racenard, moine bénédictin de l'abbaye des Deux -Jumeaux, au diocèse de Bayeux, sous l'épiscopat d'Erimbert, Henri étant comte de la province, et Job, abbé du monastère, la dix-neuvième année de l'empire de Louis le Débonnaire, c'est-à-dire l'an 832. Ce prince y est appelé Chludouvicus.

Le troisième modèle représenté dans notre planche ne consiste qu'en ces deux mots : Caegili Cypriani. Ils sont tirés du manuscrit 186 de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, folio 31 t- II a neuf pouces de haut et sept de large. Il est composé de deux parties, dont la première renferme les œuvres de saint Cyprien et la seconde le Psautier en grec et en latin, le tout, excepté quelques titres, en écriture onciale indistincte et à deux colonnes. D. de Montfaucon, dans une notice écrite de sa main, estime la première partie d'environ le vu* siècle, et juçe du vr ou VII* la seconde. Pour ne parler ici que du Saint-Cyprien, il nous parait être du iv* ou v* siècle. Du moins en porte^t-il tous les caractères (1184).

Le Virgile de Florence de Tan <^98 a fourni

grande blancheur. Chaque page est divisée en deax colonnes renfermées entre deux perpendiculaires. Chaque ligne est portée sur une horizontale, qui n'est tirée que de page en })age, et non pas d^on bout de la feuille a Tautre. Les lignes cTécriture passent souvent les perpendiculaires. Les alinéas les passent aussi et sont précédés d*un blanc. Quehiuefois il n'y a qu'un espace vide. L'écriture est tres-indistincte. Les textes des livres saints soot marqués par des lignes rentrantes en deçà des perpendiculaires. Dominus est ordinairement abré^ par Dominui, note de la plus haute antiquité. L'écriture a des déliés très-fins. Ses lettres son! rondes, demi -détachetées et demi-anculeuses. Les T ont presque la forme de TI. Les M finales sont exprimées par ou cr: au bout de la li^. Le

q veut dire que et dmî est écrit pour domttd. Les titres et les explicit sont en lettres onciales rouges et noires alternativument. Les trois premières lignes

PALEOGRAPHIE.

Cd quatrième moaèle, dessiné par le savant Antoine Cocchi :

HaEC SkT ERrr DIYAE VESTRUJI CECmiSSE POBTAM

dom sedet, et gracili f1scella1i texit hibibco, Piérides, eos haec facibtis maxiva Gallo.

GaLLO CUJUS AMOR TANTUM MIHI CRE8CIT IN H0RA8.

Quantum vere novo. Yiridis se subicit alnds.

Ce beau manuscrit emploie Vi pour Ve, om" nù pour omnes et toujours ae pour œ. Le q signifie que, et 6, bus. Les mots iricieux y sont rejetés par des points marqués au-dessus. Les mauvaises lettres ne sont tranchées que par un trait. On en substitue d'autres dessus, lorsqu'il en est besoin.

Ecriture capitale irrégulière, Seduliuê de la bibliothèque royale de Turin, et le Térence de celle du Vatican. Quel peut être Fdge des plus anciens manuscrits? — Les manuscrits même très-anciens offrant des écritures capitales romaines irrégulières , et dont les traverses sont défectueuses.

La première se distingue par une écriture pressée, courbée et arrondie. La seconde espèce de capitale romaine irrégulière est anguleuse, brisée, à traits supérieurs prolongés. Le plus ancien Térence du Vatican en a fourni à D. Mabillon (1185) un modèle. Il consiste en ces deux vers (1186) :

O foTtwsaî 0 fors fortuna! quantit commoditatibus Quam subito meo hero Antiphonti ope vestra hune

[onerastis {diem)!

des livres sont rou^œs et souvent plombées. Les cahiers portent leur ugnalure sur la dernière page à an demi-pouce du fond , en lettres onciales , sans aucun ornement. On ne trouve en lettres capitales que le nom de Cœeilii Cypriani, dans les titres, encore quelquefois est-il en onciale mêlée de capitale, ou en pure onciale. Les Y sont sans points ; les F n*ont que comme deux points de traverse. Les T et les L sont prescfue comme des L Nuls points, sinon ceux qu'on a insérés après coup. Les nioitiés de mois d'une ligne sont généralement portées à l'autre. On ne remaitfue presque point de fautes d'orthomphe ni d'abréviations , excepté quelques finales. Le mot Christi est écrit XPI. En un mot, notre manuscrit de saint Gvprien n'en cède point aux évangiles de saint Eusèbe pour les caractères d'antiquité. A l'égard du Psautier la version latine est fort différente de la nôtre.

(1185) De re dipL, p. 35i, n. 5.

1II86) PAormtoit, act. v, scen. v.

(1187) Allatii Afifma(<v., pag. 59.

(1188) IHar. Italie, p. 278» et Biblioth. biblioth.

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