‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 79 sur 136 · I., t. I, p. 3, col · texte numérisé non relu

I., t. I, p. 3, col

(1189) Acla erudit. mens.julii. 1714.

|1190) Les plus anciens manuscrits qui existent aajourd bni ne sont pas portés au delà du m* siècle ]iar les antiquaires : encore n'a-t-on pas de preuves absolument certaines d'une si haute antiquité (a). TertvUien (6) atteste avoir vu l'autograpbedes Épi' très de saint Paul, (kllius (c) parle du second livre de VEnéide, qn*on croyait être l'original même de Virgile, et qui fut vendu pour vinst fiffures (êigil' Imrta), on p^tes statues d'or. PaUade (i<ji s'était servi d^un lÎTre écrit de la propre main de saint Hippolyte, qui avait vécu avec les apôtres. Le même auteur die encore un autre livre écrit de la main d'Origène.

iû) PdUeoqr.grœeo^pif. 185.

(b) L. I De prœseript*

ie) Lib. Il, c. 3.

lliil.lAifiar..e. 147,148.

D. Mabiilon a lu iln/tjpAont, où nous lisons Antiphonti. L*n porte le t dans son dernier jambage. Dans ce modèle les H et les P sont à remarquer. L'Ecriture parait rustique, grossière, interrompue, ou à traits brisés , indistincte , aiguë , serrée et un peu tortue. Ce très-ancien manuscrit, qui avait appartenu à Pierre Bembo, fut légué à la bibliothèque du Vatican par Fulvio Ursiui. Le célèbre Ange Politien le jugeait de la première antiquité. Ce savant (1187) écrivit au frontispice : Ego Angélus Politianus, homo vetustatis minime incuriosus, nullum œque me vidisse ad hanc diem codicem antiquiorem fateor. Ce Térence n'est point antérieur au rv* ouV siècle, s'il n'est pas tout à fait si ancien aue le Virgile du Vatican num. 3867, comme le prétend D. Bernard de Montfaucon (1188). Un savant (1189), qui imprimait à Londres en 1713 contre un discours sur la liberté de penser, fait remonter ce manuscrit presque au temps de son auteur : Ad poetœ propriam manum proocime accedens.

Comme s'il existait aujourd'hui des manuscrits du r'et du 11' siècle 1 11 est vrai qu'Aide Manuce croyait gue l'exemplaire, sur lequel il réglait son édition des Lettres de Pline , était aussi ancien que Pline même (1190). Mais il ne nous en a pas donné de preuves assez convaincantes, et M. Hearne a soutenu, quoique faiblement, qu'Aide s'était trompé Ecriture capitale romaine négligée et rusti-

Mais ces précieux autographes ne subsistent plus. Quoique plusieurs auteurs graves, mais assez modernes, assurent que Ton garde à Venise VEvangiiê de saint Mare , écrit de sa propre main , il est plus probable que ce n*est qu'une copie ou traduction, à la vérité très-digne de respept. D. Bernard de Monl^ faucon (e) avoue qu'il n*a jamais vu de manuscrit

3ui respire une plus haute antiquité. Il est en papier 'Egypte trèS'fin , de forme carrée et couvert d ar« sent; le teile est latin ainsi aue les caractères. Notre savant Bénédi«Uin réfute Misson , potestant, et les autres écrivains qui ont prétendu que les lettres en sont grecques. Quant à Toriginal d'Ésdras, ce n*est encore que sur une tradition peu fondée

Î[ue la même ville se vante de le posséder. 1 Montàucon, dit Casiey (/)« ne donne que douze cents ans aux plus anciens manuscrits. 11 a raison, supposé que les manuscrits aient commeifcé alors à être reliés, et qu'ils fussent auparavant en rouleaux. Mais il est certain que longtemps avant douze siècles les manuscrits étaient déjà reliés. 9 — t U (g) fallait prouver que la manière d'écrire les livres sur des feuilles, et de les relier comme ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, a été inventée if y a douze cents ans, et qu'avant ce temps-là les livres éuient écrits sur des rouleaux qui sont beaucoup plus sujets à s'user; mais s'il est vrai que longtemps auparavant on les écrivait en la même forme que ceux qui se sont conservés jusqu'ici, ne s'ensuit-il pas que comme plusieurs des livres que ce Père reconnaît avoir été écrits il y a douze cents ans, peuvent raisonnablement durer encore quelques siècles; il y en peut aussi avoir de ceux-là qui ont été écrits quelques siècles plus têt? Casiey ne saurait croire que tous les manuscrits des siècles précédents soient péris de vieillesse, et qu'un grand nombre de ceux

(e) Dîar. Uaiie.. p. 55 et sêoq.

(f» i. fafrt/o<î.of<à<m«i. préf., p.4>

(9) BilfHath. Brmt., t. V, |K.ri. M, ptg. 516, 587. •

DICTIONNÂIUË DE t^ALEOGRAPlUE. ETC.

TM

igue^ à basesy sommets et traverses en forme d'S renversée. Le manuscrit de saint Pm^ dence de la bibliothêaue du roi. Deux Virgiles du Vatican. — On trouve dans de trèsanciens manuscrits une écriture capitale rustique ou négligée. Ce caractère est diamétralement opposé à l'écriture arrondie, qu'on appelle onciale? Ce genre de rustigue capi'tale est le vm' de la présente subdivision. Il se caractérise par des lettres à bases, sommets et traverses en oo bien marquées. Une espèce se distingue par des lettres, conjointes. Elle est haute, élégante, indistincte, à traits pleins, à hastes déliées, à hases et sommets rustiques. Le beau manuscrit 808^, de la Bibliothèque du roi, nous a donné le modèle suivant, où* Ton découvre tous ces caractères spécifiques (1191):

HVMNUS 0HNI8 RORAK.

Da puer ptectrum chorei»

Ut canam fideUbus^ Dulce Carmen et modulum , Ce$ta ChrUti in$ignia :

Bunc Camoena noitra $olum Pangat , hune taudel lyra.

Christus est , quem Rex saeerdat Ad futurum prctinus infulatus concinebat Yoce^ corda et lympano^ Spiritum cœlo influentem Per meduUas hauriens.

On voit dans- ce beau modèle les E singulièrement traversés; les F et L s'élever audessus des autres capitales, les H semblahles au £*, et les F sans point. Le manuscrit du roi (1192), d'où nous avons tiré cette écriture capitale, renferme les ouvrages de saint Prudence totalement écrits en ce caractère. D. Mabillon (1193) juge ce précieux manuscrit au moins du iv* siècle, et par conséquent du temps du poète chi-étien. Ce livre à. un pied de hauteur et un demi-pouce plus dé largeur. L€|S mots ne sont pas distingués; on ne trouve ni points ni virgules.

de ce siècle là subsistent encore, et même si entiers, qu'ils peuvent durer beaucoup plus longtemps. Pour confirmer ce qu'il vient de dire, il indique quelques manuscrits de nos bibliothèques, qui, selon toutes les apparences, ont quinze cents ans d^antiquité. > On a des preuves convaincantes (a) que, longtemps avant la naissance de Notre-Seigneur, les Grecs et les Romains reliaient leurs livres avec de -la colle. La ville d*Athénes érigea une statue à l'auteur de celte invention.

/H91) Voyez Planches de Paléographie, n* 10.

(1192) Ce livre contemporain à son auteur a 58 feuillets, sous trois suites de signatures en chiffres, accompagnées de la lettre*^. Il y en a d'abord six , ensuite dix , enfin trois, plus six feuillets. Plusieurs feuilles manquent, etc. Les signatures sont toujours au bas et au fond du manuscrit, comme dans les

Ïilus anciens : c'est la variété des ouvrages qui les ait répéter. Car tout est de la même main , si ce n'est trois feuillets à la fin en écriture oncîale, à double trait, ronde* et très-élégante; le tout de vélin très-fin , et souvent endommagé par l'encre corrosive. Les titres des livres sont séparés au haut de chaque feuillet, si ce n'est ceux qui sont de la première suite des cahiers, peMt-ètre à cause que les pièces changent couvent. Les maqvaisjes lettres sont

(«) Taon IN Frim. nrib. orig. p. 6'>8*

La seconde espèce d'écriture capitale néo'ligée est plus haute que large. Elle est un peu étroite, élégante, à pleins déliés et bases rustiques. Chaque mot est distingué par un point, comme dans les plus an* oiennes inscriptions. Le premier exemple que nous en donnons consiste en ces cinq lignes, tirées du fameux manuscrit 3867 de la bibliothèque du Vatican :

SaECULI NOVI 1NTERPRETATIOM194).

PoETA. Sieetide*. Musae. paulo. majora, eanaime. Non. omnes. arbusta juvant. humilesque myricae. Si. canibu9 (H95), silvat. silvœ sini con$nU.dign4ie» Ultima. Cumei. venit. jam. carminis. actas.

Ici les U sont un peu arrondis par le bas, le B est mis pour TM , et TAE pour VM. Le manuscrit du Vatican sur lequel ce modèle a été dessiné est célèbre et appelé romain par Pierius Valerianus, dans ses Notes sur Virgile. D. Mabillon (1196) en a donné un modèle bien moins exactement ligure que celui-ci, dont nous sommes redevables, ainsi que de beaucoup d'autres au cardinal Passionei. Bottari, savant du premier ordre, l'un des gardes de la Bibliothèque vaticane, estime ce Virgile antérieur au iv* siècle. D. Mabillon (1197} dit qu^il approche du premier âge de récriture romaine. Il le place en conséquence à la tète des manuscrits en caractères du second Age. Ce savant homme (auquel nous joignons Bottari et D. de Monlfaucon) n'y voyait que des lettres onciales, quoiqu'elles soient toutes capitales. On juge par là que ces habiles antiquaires ont moins fait attention à la forme qu'à la grandeur des caractères, et qu'ils n'ont pas distingué la capitale romaine de l'onciale. D. Bernard se contente de dire que ce manuscrit, qui appartenait anciennement à l'abbaye de Saint-Denis en France, est de la plus haute antiquité. Mais les ima-

fes dont ce livre est orné prouvent qu'il a té écrit dans un temps où Vart de la pein-

Gorrigées ou effacées par un ou deux trails. Les mots expongés ont un point sur chaque lettre :

Suolquefois on ne laisse pas d*effacer ces lettres oa eles barrer. Peu de fautes dans ce manuscrit, et encore viennent-elles des copistes. L*orlhogra|»be est bonne nous n'appelons pas mauvaise orthographe b pour p dans scribta, etc. 11 y a beaucoup de lettres liées, non-seulement à la fin, mais encore dans le corps des poésies; on trouve même des œ. Ces lettres liées tendent souvent un peu à récriture onciale, mais non pas à la minuscule. Les lettres conjointes ne sont pas si fréquentes, qu*à cause des vers qa on veut finir. On marque au haut de chaque pièce, en marge, de quelle sorte de vers elle est composée, et pour cela on se sert d'écriture demi-onciale. £alin on voit en marge quelques S en forme de G. Il serait diflicile de trouver réunies autant de notes caractéristioues des plus anciens manuscrits.

(1193) De re diplom. Suppl, c. 3, p. 8.

(1194) BucoL, eclog. 4.

(1195) Si canibus, au lien de si eanimus. Les Grecs ont souvent emplové le B pour I^M, à came de la proximité du son. Mais nous croyons que ce pe«t être ici une bévue de copiste.

(1196) i)e redipl., p. 354.

(1197) DeredipL^p. 352.

PALEOGRAPHIE»

ture était déchu. Nous le croyons donc au plus du IV* siècle. Aide le jeune, dans son TraUé de Vorthographe^ se sert de ce manuscrit pour prouver que les anciens écji- ▼aient am(y<nu$ {)ar o*e, êoUtr$ pour solers. On y trouve aussi formonsum pour formo-» 9um. La ponctuation est fort défectueuse : aussi a-t-elle été ajoutée par une main postérieure. On en juge par la couleur de 1 encre, et parce au on trouve plusieurs pages sans points. 11 faut que celui qui s'est charge de la ponctuation n^ait pas bien su le latin ou qu il ait été fort négligent. £t en effet, en insérant des points après chaque diction, il a très-souvent coupé les mots et troublé le sens : par exemple au livre ii de VEnéide, vers 30, au lieu de ceriare solebant^ il a écrit certa. res, olebant. Dans ce manuscrit on lit partout Vergilius et non Virgilius. Le second modèle est tiré du manuscrit palatin 1631 de la bibliothèque du Vatican. L'écriture en est distincte, haute, un peu étroite, rustique dans sa forme, surtout dans ses bases , ses traverses et déliéis. Ses I et ses L sont semblables ; ses U sont arrondis par le bas et ses Y sont sans points. Tous ces caractères se manifestent dans ces deux vers (1198) :

Te qdoqijb macna Pales et te hekorande canbmds

PaSTOA AB AmPBVSO bUOB SYLViE MANESQUK LyCAEI.

Cet ancien manuscrit de Virgile est en fort mauvais état, des pages entières sont rongées. On le croit du iv ou v* siècle. Dans le second vers une main plus récente a mis un R sur le mot Amphyso , et la première S de suos a été un peu gratée. Vis-à-vis de ^ manesque^ on a mis à ta marge A M pour * avertir de lire amnesque. Suivant ces ancien*nes corrections, on doit lire comme dans le manuscrit : 3225 du Vatican :

. Poêtor ab Amphryso : vo$ dlvœ amneêque Lycœi,

Bu reste ne pourrait- on pas prendre Am^ phyao et manesque pour des variantes, dont Tourmiijent les manuscrits de Virgile (1199)?

Art. U. Ecritures capitales loint»arJiquefk

Les Lombards se rendirent maîtres de ritalie Tan 569, excepté de Rome et de Bavenne. Leur domination ne dura qu'environ deux eent six ans. Cependant ta plupart des écritures qui ont eu cours au delà des

(lidS) Geotg.^ lib. m.

(1199) « Dès le temps d^Aulu-Gelle (a), les copies des cettvrès de Virgile différaient les unes des autres presifue à chaque vers et fournissaient aux fframuiairiens une ample matière de dispute. La hardiesse des critiques, et l'ignorance et rinattenlioD des copistes, ont été ^alés(e'est trop dire), dans presoue tous les siècles. Les variantes des poèmes de Virgile forment aiyoord*htti des volumes qui égalent, s*ils ne surpassent pas en grandeur et en grosseur, le volome des poèmes même. > Un savant {b) i|oi dit avoir coUationné les manuscrits de Térence, y a trouvé vingt mille variantes leçons, qtloique cet auteur comique soit beaucoup moins étendu que le Nouveau Testament. Que serait-ce donc, si les ma-

{a) Jmam. dn Sa»,^ avril. 1713.

(*) Act. erudiLf meDs.tuUi, t71l.

monts depuis le vu' siècle jusau au commencement du XIII* sont qualifiées lombardiques, rooiaiues d'origine, comme celles des Wisigoths, des Francs, des Anglo- Saxons, et des autres peuples du rite latin , elles se distinguent par un goût national et par diverses formes qu'elles prirent pen-* dant la révolution d environ six siècles. L'écriture lombardique la plus célèbre est la minuscule tirant sur la cursive. Il ne s'agit ici que de la capitale. Elle n'est à proprement parler que la majuscule romaine un peu altérée et revêtue de nouvelles nuances. Noire seconde subdivision des écritures capitales, tirées des manuscrits, est tout employée à faire connaître ses genres et ses espèces.

Une écriture capitale ancienne, ordinaire^ régulière et massive dans son corps et dans ses extrémités, donne le premier genre d'écriture capitale lombardique. Nous le distinguons en dix es[]èces.

L'écriture lombardique capitale ancienne ordinaire présente souvent (les lettres massfives dans leurs extrémités pâtées, tandis

2ue les milieux des montants sont maigres, es singularités constituent le second genre de capitale lombarde.

Une écriture ancienne ordinaire, facile ou négligée, néanmoins élégante, et jointe à la minuscule, constitue le troisième genre des capitales lombardiques.

L'écriture capitale lombardique ancienne ordinaire est quelquefois demi-capitale et demi-onciale en même temps. Elle se montre telle dans quelques anciens manuscrits. Les traverses de ses E capitaux sont courbées en-dessous. Elle constitue un quatrième genre.

Plusieurs anciens manuscrits lombards des VIII* et IX* siècles présentent des écritures capitales d'une forme bien différente. Tranchées ou demi-tranchées, tantôt elles sont massives ou médiocrement épaisses , tantôt maiçres, elles sont mêlées d'onciale et irrégulieres. Nous en avons formé notre cinquième genre.

L'écriture capitale lombardique des manuscrits au moins du ix* siècle est le plus souvent aiguë. Nous parlons des manuscrits en écriture lombarde de la première sorte ancienne. Ce caractère aigu appartient au sixième et dernier genre,

nuscrits de Térence étaient aussi multipliés que tMîux de ce livre sacré? i C'est le sort de tous les livres d'être sujets à beaucoup de variantes, et il est moraiemect impossible que deux manuscrits d'un ,mcme livre soient enticreuient conformes. La Providence n*a pas jugé à propos de faire un miracle pour préserver les saintes Ecritures de cet inconvénient, en sorte que les copistes qui transcrivaient ces livres ne s'écartassent jamais, pas même d'une seule lettre, de la leçon des autographes. Mais il ne s'est glissé dans les copies des livres saints que les fautes qui n'ont pu être évitées par les copistes (c).» Nous ferons voir ailleurs avec quelle exactitude on transcrivait l'Ecriture sainte et les Pères de l'Eglise.

(c) Jùum, de% Sav., août, 17S9.

Page 1