‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 82 sur 136 · TSF · texte numérisé non relu

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PALEOGRAPHIE.

mené. <r D*abord Charlemagne ordonna qu'on apportât tous ses sains pour écrire correctement (131^9) ; que chaque évéque, chaque abbé, chaque comte aurait un notaire ou secrétaire pour cette fonction ; que lorsqu'il s'agirait de copier les Evangiles, le Psautier ou le Missel, on se servirait de la main d'nommes d'un Âge parfait, qui le feraient avec un soin extrême. « De l'attention à bien orthographier, y> «\joute l'abbé Des Fontaines (1350J d'après D. Rivet, « on passa à celle ae bien peindre les caractères, et bientôt au lieu de caractères mérovingiens , qui étaient presque barbares, on fit revivre le petit caractère romain inconnu alors à Rome, où l'on se servait de caractères lombards (1351)... C'est aux moines de Saint- Vandriile, cpi'on est redevable de la réformation des caractères (1352). » L'abbé Desfontaines appelant presque barbares les caractères mérovingiens, a dû avoir en vue les cursifs. Mais ce n'est point à ce genre d'écriture qu'on substitua la minuscule renouvelée. Elle prit la place de la minuscule mérovingienne bien différente de la cursive. En sorte que si cette minuscule fut transformée en Caroline, on peut dire que celleci est née immédiatement de la mérovingienne.

L'écriture minuscule, ainsi réformée en France, au commencement de la seconde race de nos rois, a pris le nom de Caroline ou française du moyen âge. Dom Mabillon (1359) croit, avec la plupart des savants,

Sue les Français ne l'ont point empruntée es Italiens qui communément usaient alors du caractère lombard, tant minuscule que cursif ; mais que les Haliens l'ont prise des Français (135^). C'est sur quoi Mafféi intente procès à notre savant Bénédictin qui, au jugement du docte marquis (1355), ne pouvait davantage s'écarter au vrai.

Plus le reprocne est grave, plus Mafféi de-

(iU»} Hist. UtUr. de laFr., t. lY, p. 19.

(1550) Obten. êur les écriU modem.^ t. XID, lett. iSl, p. 15.

(1551) L'abbé Desfontaines met ici du sien. D. Rivet ne dit pas que le petit romain fut alors inconnu à Rome, mais (a) seulement que ce ne fut point de là que ce caractère, renouvelé sous Charlemagne et ses successeurs, vint aux Français. Ce furent plutôt eux, ait-il, qui le firent passer à Rome.

(155i) c L'abbaye de Tontenelle, dit le pieux et savant D. Rivel (6), eut L'avantage de travailler le plus efficacement et peut-être la première à réformer ainsi les caractères à écrire. Il est au moins vrai qu'avant la fin de ce siècle, Hardouin (c), prêtre et moine de cette maison, écrivit en ce même caractère romain plusieurs volumes, tant de TËcriture sainte oue des livres d'Eglise et des ouvrages des Pères. Avant lui,Ovon (d)\ autre moine de FonteneHe, excellait aussi dans Fart de bien écrire et en laissa plusieurs monuments dans un grand nombre de livres copiés de sa main. Il y avait aussi à Saint-Remi f>e Reims d'habiles copistes qui s'occupaient au même travail. Il parait par là, et parce que 0. Ma- Dillon a fait graver des anciens mss. de ce monastère et de ceux de Gorbie dans' les planches ix, x, xi du

(a) Miu. liUer.^ t. IV, p. 90.

(b) Ibid.

ic) SpieU., t. Ilf, p. 130, 151. Aela Betiidiet., t UI,

vait l'appuyer de preuves convaincantes. Il s'en faut bien que celles qu'il produi soient de ce genre. « On se servait, ditil (1356), du caractère minuscule en 517 à Vérone, où Charlemagne ne vint avec les Français qu'en Tlh. On trouve donc en Italie ce caractère, nommé italique et singulièrement romain. Il est vrai qu'il fut aussi appelé gallican dans les provinces éloignées', parce qu'étant plus voisines de la France

2U6 de l'Italie, elles le reçurent de celle-là. fais il n'est pas douteux qu'il n'eût été porté d'Italie en France. Peut-être que lès «français en trouvèrent le premier exemple dans ces manuscrits que le Pape Paul II, comme on le voit dans ses épttres, envoya de Rome au roi Péçin, père de Charlemagne, ^rmi lesquels il y en avait qui roulaient singulièrement sur la grammaire et l'orthographe, yt Mafféi prend ailleurs (1357) un ton plus affirmatif, et dit nettement que Charlemagne apporta de Rome l'écriture gallicane en France. Il se fonde sur un manuscrit que lui donna le Pape, et dont le P. Constant parle dans sa belle préface sur les épltres des Pontifes romains (1358).

En vain le savant Italien prodigue-t-il -Férudition à faire voir que le caractère minuscule Alt employé en Italie sur les marbres et dans les manuscrits longtemps afvant que Charlemagne vint au monde. D, Mabillon ne l'en a janlais cru l'inventeur.

caractère, appelé pour cette raison carolin. Quelle nécessité d'aller chercher cette écriture à Rome au vnr siècle î Nous avons encore des manuscrits de France en minuscule, au moins du milieu du vi* et par conséquent plus de deux cents ans avant Paul II. Mafféi est admirable, de tirer .partie d'un manuscrit donné & Charlemagne:

V* Uvre de sa Difflomatiqne^ que les moines^de ces deux abbayes oonti^îboèrent beaucoup à polir Taacien caractère (minuscule). >

M353) De re dtp/om., p. 50.

(1554) Struve (e) reffardait la conjecture de D. Mabillon comme très-plausible et fondée sur Thistôire du temps. Voici de quelle manière il s'en 'explique : Sut Carolo M. mtor lUterarum in GaUia ccèpity cumin eam formant évadèrent litlerœ, quœ A^dienum minuttêm earaeterem romanum vocare tôle" mtUy qm tamen toium in deecribendiê codieibus utc^ bantur : et conjeetatur MabiUomue, p. 50, hune prtmmn in Galliu fume repertum; in Italikun de^num locù longobardict introductum : quod pro MUoria itUh- Tum temporum vero admodum videtur simiie. Dans ce texte notre docte ÂUemaiid restreint Tusage do caractère minuscule aux seuls mas. G'eai une ttéprise qu'il corrice àt la page suivante.

fl555) OposcoL écoles,^ p. 56.

1356) Veron. Uluitr., col. 537.

[1357) Oposeat. eccte$,.p9%.^.

{1358) Mirum, dit D. Constant, quêm Mc/tefwsl allatum in Galliai hunceodieem deeenplmêùu ^uê exemplaria , quam Umge lateque dieperêo.

id) Annal. Bened,, 1. 26, n. 100, lOS.

(e) De crUer, msi'., f . xxxiv, p. 56.

ni

gomme s'il existait encore, et qu'il fût en minuscule ; ou comme si quelque historien attestait qu'il eût été écrit en ce caractère. Or il n'est rien de tout cela. Nous en appelons à D. Constant) dont le marquis s'autorise sans citer la page. Mais le texte allégué se trouve dans la préface, page cvni , et Ton peut se convaincre qu'il tf y est pas dit un mot du caractère de ce manuscrit. 11 en est de même des livres donnés à Pépin le Bref par Paul II.

« Mai^, dit Maflféi (1359), le moine d'Ancouléme, auteur contemporain qui a écrit fil Vie cle Charlemagne, rapporte que, sur la prière qu'il en fit au Pape, celui-ci lui envoya des maîtres de chant ecclésiastique, et l'antiphonier en notes romaines. Ces chantres venus en France y enseignèrent leur art , et là les notes romaines également comme les lettres prirent le nom de françaises. Le même auteur raconte ailleurs Su'il y fit aussi venir de Rome, des maîtres e grammaire. Or, on comptait dans les anciens tem|)s parmi ces parties l'art de bien écrire. Voilà donc quelle fut l'origine de cette écriture, et comment de la France sous Charlemagne, elle s'étendit dans les autres provinces. Ces écrivains, ainsi que ceux ^i sont cités par Du Cange, assurent qu'avant cet empereur, l'étude de la grammaire et des arlis libéraux, qui y avaient fleuri sous l'empire romain, était éteinte en France. Il est évident par là que ce héros y a fait tout revivre, après avoir été en Iialie, sur les principes qu'il avait puisés à Rome , et par le moyen des professeurs qu'il en avait tirés. »

Parce que Roine donna des grammariens à la France, conclure qu'elle lui procura une nouvelle manière d'écrire qu'elle n'employait pas éllç-même , c'est assurément bien savoir prendre ses avantages. Où notre savant Italien a-t-il pris qu'au temps de Charlemagne l'art de bien peindre les lettres faisait partie de la grammaire,? Avait-' on au moven âge la même idée de cette science qu en avaient les anciens ? C'est ce

Îu'il fallait prouver. Rome a donné à la rance des maîtres de chant et de gram- . maire : donc les Français ont pris des Romains leurs beaux caractères minuscules.

Les Anglais ne pouraient-ils pas, par un raisonnement à peu près semblable, nous prouver qu'ils ont donné à la France l'écriture gallicane ? On sait qu' Alcuin était un grammairien habile, qu'il rectifia notre manière d'écrire, et que d'ailleurs l'écriture minus-

fl359) Veron. Ulustr,, col. 357, 358.

(4560): Caslët, planche u, m.

ri56li De re diplom.j tab.' vu, n. 2, p. 557. ^ (1562) Tel est un diplôme original de Pépin de fan 768, gardé dans les archives de Saînt-liilaire de Poitiers. Il est écrit en petit caractère romain, tel 411'on le Iroave dans les manuscrits. Nous en pubMerons un modèle dans la' classe des écritures diplomatiques.

M565> Veron, illuslr., p. 536.

(1364) Struv., /)6 crtter. manucc. p. 40;Eensb--

la) Amua, Memd^ (om. Y^ p. 106.

cule était usitée en Angleterre avant Charlemagne (1360). Mais la vérité est qu'on' justifie l'existence de l'écriture minuscule en France par des livres écrits au yi* siècle (1361) ; qu'on y trouve autant de manuscrits en ce caractère , qu'en Italie} avant Charlemagne ; qu'on peut même montrer des chartes écrites en ce caractère avant le règne de ce monarque (1362). Il n'a point par conséquent emprunté des Italiens la minuscule. Elle avait cours dans les Gaules avant l'établissement des Français, et comme cette écriture devint générale au ix* siècle, tandis qu'elle n'avait que peu ou

f>ointde cours en Italie, on peut dire qu'elle a reçut des Français, ainsi que les autres royaumes voisins.

II. Propagation et usage du caractère minuscule carolin en Allemagne^ en Anglfterre^ en Espagne et en Italie^ etc. — Quoi 1 les Anglais auront laissé leur caractère saxon, les Allemands leur teutonique, les Italiens leur lombard, les Espagnols leur gothique, pour

(prendre le carolin ou gallican 1 C'est là, di't e marcjuis Maflféi (1363), une erreur qui n'est ni moins bizarre m moins étonnante que toutes les autres dont il charge le P.Habillon. Mais que penser d'un pareil discours, si Ton montre que les nations désignées, sans abandonner totalement leurs anciennes écritures, se sont servies de notre gallicane? Or, c'est ce qu'il est aisé de faire voir de chacun de ces peuples en particulier. Que les Allemands aient pris l'écriture minuscule de France après qu'elle eut été renouvelée par Charlemagne, c'est une vérité reconnue par les plus savants antiquaires d'Allemasne (1364;, et attestée par les manuscrits du IX* siècle, dont Godfroi, abbé de Codwic, a publié les modèles (1365). Les livres et les diplômes écrits en Allemagne aux siècles suivants déposent également en faveur du sentiment de D. Mabiilon. L'empereur Charlemagne et ses successeurs immédiats ayant exercé leur autorité souveraine en Allemagne comme en France, le savant Bénédictin (1366) n'a-t-il pas eu lieu de croire que les Allemands laissèrent alors leur caractère théotisque, quel qu'il ait été, pour adopter le français ou gallican minuscule?) Qu'on nous montre que, depuis le viii* siècle jusqu'à la fin du xi% les Allemands n'ont point fait usage de notre écriture minuscule , et nous croirons alors que D, Mabillon a mal raisonné.

• Le caractère français du moyen âge fut introduit ( 1367 ) en Angleterre dès le] règne

Lius , Synops. univ. Philot. p. 99 ; Chron. Godwic^^ p. 16,^7. "' .

(^565) Ibrd., p. 59. !

(1-56G) De re diptom., p. 46 , 52 , 45î.

(45G7) Ingulphus monasterii Croilandemis $m possessiones regia aucloritate recenseri curavit , prolatis chartis et instrutnentis quœ ium saxonita tum gallicana manu conscripta erant, Qum gaUicana manus a tempore Aipredi régis , i^iit a giUUcanis doctoribus erudiius fuerat , frequenlari scsperei (a).

PALEOGRAPHIE.

d'Alfred le Grand qui mourut l'an 900 (1368). Ce pieux et sage prince attira ae France plusieurs moines savants qui mireiit en vogue notre écriture. On la trouve effectivement, dit Georges Hickes (1369), dans un nombre de manuscrits écrits en Angleterre au x*' siècle. Cependant la saxonne se soutenait toujours; mais Guillaume le Conquérant, ne pouvant souffrir les lenteurs d'un changement insensible , obligea tout d'un coup les Anglais à renoncer à leur caractère anglosaxon pour prendre le français apporte de nouveau par les Normands (1370). L on peut assurer que la volonté de leur chef devint pour ses nouveaux sujets une loi dont ils s'écartèrent rarement. Thomas Ruddiman croit que l'écriture française était en usage chez les Écossais du temps de Charlemagne (1371). Il en trouve la preuve dans le commerce fréquent de ce monarque avec les rois d^Écosse.

L'ancienne écriture des Espagnols n'était autre que la romaine un peu dégénérée par le génie de la nation et la succession des siècles (1372). La française lui fut substituée

1)ar l'autorité du concile de Léon célébré *an 1091. Mais la plupart des royaumes d'Espagne ne renoncèrent pas tout d'un coup à leur ancien caractère appelé gothique ou lettres de Tolède.

Enfin l'écriture minuscule Caroline ou française du moyen Âge fut d'un grand usage à Rome pour transcrire les manuscrits. Nous avons actuellement sous les yeux des modèles de la Bible du monastère de Saint-Paul» écrite du temps de Charlemagne , et de plusieurs manuscrits italiens gardés au Vatican et transcrits aux ix* , x' et xi* siècles , où le caractère carolin paraît dans toute sa beauté. Il n'est pas étonnant qu'étant devenu celui de presque toute l'Europe les ïtaliens l'aient perfectionné (1373). Le Pape Jean XIII, au x* siècle, et Léon IX , au xi% s'en servirent dans leurs jbulles (137^^). Néanmoins récriture lombardique se soutint en Italie jusqu'après le commencement du xiii* siècle.

En France, depuis le viir, l'écriture minuscule renouvelée ou Caroline devint trèscommune. Au ix% on la trouve employée depuis le commencement jusqu'à la fin de plusieurs manuscrits , et même des plus précieux. Tel est celui des Évangiles, écnt en or^ qu'on conserve dans la bibliothèque de Saint-Martin des Champs à Paris. Tel est en-

[1368) Ingulf., p. 9iâ«

[1369) Tom.I, p. 144.

1370V Ingulf., p. 904.

[137i) SeUctuê numism^ ac dijUom, Scotiœ the*

«mir., pnefat., p. xxii.

(1372) Bibliolh. univ. de la Polygr. espan. Prolegom. fol. XVI et seq.; Aldrbtte, Delorigen dé ia ienfua ctuteilana^ fol. 58.'

il373) Derediplom.y pag. 49.

1374) Ibid., p. 445, 447.

1375) Stkuv., De criier.inanuie.j p. 37. 1376) Telle est une charte de Riculfe, archevéque <M Rouen y accordée à i*abbaye de Saint-

(a) ÂrchaeêdeSiM'Ouen de Rouen.

core un autre manuscritdes 'Evangiles j)oui le cours de Tannée, appartenant au prince de Soubise. Les changements arrivés à Técri ture minuscule sous Charlemagne furen* ' portés si loin au x* siècle (|u'elle ne conr , serva plus rien de la franco-gallique, dont elle prit la place. Quoiqu'elle rémât absolument dans tous les manuscrits, elle ne leui fut pourtant pas tellement réservée qu'ell ne servit aux actes ecclésiastiques (1375). Nous avons vu plusieurs chartes en original» données par des évoques des ix* et x- siè clés, dans lesquelles on emploie cette écri ture, et nous en connaissons d'autres encore plus anciennes fl376). Les i>rélats. s'en ser- I valent souvent aans leurs signatures. Nous ' ne pouvons pourtant pas repondre qu'ils l'aient fait avant le viii* siècle. On a des çreu ves qu'après son commencement l'écriture minuscule française fut employée en Angle terre pour écrire des chartes (1377). Ayant dégénéré en France au x' siècle, elle fut re*. nouvelée sous Hugues Capet. Ainsi, le com mencement de la troisième race de nos rois est l'époque de la durée de l'écriture caro-* line proprement dite.

IIL Variétés de récriture minuscule caro^ line; dans ses commencements elle tient en« core de la mérovingienne: manuscrits de Sainte Germain des Prés, 763, 366, année commencée au mois de mars aux vi' et vu* siècles. — Elle est fort variée dans les manuscrits du temps de la seconde race. Dans les plus anciens elle est un peu mêlée de mérovin-gienne. Ce mélange règne particulièrement sous Pépin le Bref, les premiers Carlomans et dans les temps qui précédèrent l'empire de Charlemagne. On pourrait donner a la minuscule de ces temps-là le nom de méro* vingico-caroline. Elle devint beaucoup plus nette et plus régulière depuis le commencement du viii* siècle jusqu'à la fin du règne de ce grand monarque. Elle parvint sous ses successeurs au plus haut degré d'élégance et de perfection. Dans d'autres temps, tantôt elle est serrée et tire sur la cursive, tantôt elle est aiguë, pochée et approche de la'lombardique.

La multitude des livres écrits en France sous la seconde race de nos rois , et qui subsistent encore, produit une diversité étonnante d'écritures minuscules carolines. Aussi n'en décrirons-nous pas toutes les variétés.

Oaen , dont il était en même temps abbé (a).L*ëcrU ture de cette pièce ressemble à celle «qu ou em< ployait dans les manuscrits au ix* siède, temps auquel elle fut dressée. £ile est au surplus conforme aux actes synodaux , rapportés par D. Mabillon (6) , parmi ses modèles d^écriture diplomatique. Si ce caractère purement minuscule a fait conjecturer à quelques savants que ces pièces ne 4&ont pas originales, c'est quMls ont cru trop l^érement qu'il n'y avait point d'autre d^écrilure ox^ plomatique aux vni', ix*. et x* siècles que lu cursive.

(1377) Caslet , pi. n , n. 27.

[h) De re dlpkm., p. 450, 454, 4W»

DlGTlONNAme DE PALEOGRAPHIE. ETC.

jaa* VU. Ecriuires miouicules allemandes et anglo-

saxoDoes.

1 1. MùmteuU aUenumde ou teuUmiqiie.

I. Antimite y firogrèSf usage et fin de Cetriture minuscute teutonique. — S il s'agissait de l'écriture teutonique en général, nous dirions avec D. Manillon (1378) et Godfroi de Bessel (1379) , qu'on la voit dans le fameux livre d'argent , publié par Junius. C'est en effet le monument le plus certain de rancienne littérature germanique. Mais les caractères , à l'exception de quelquesuns , sont les mêmes que ceux deTécriture oncirie des Grecs et des Latins. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le beau modèle représenté au frontispice du premier livre de la Chronique de Godwic. Outre l'écriture runique , dont la plupart des nations septentrionales ont fait usage avant et depuis les caractères d'Ulpbila^ Godefroi Henselius (1380) veut que les Germains aient eu une écriture propre , dont les caractères n'étaient cas fort différents des Grecs. Ils s'en servirent, selon ce philologue, à l'exclusion de l'écriture minuscule romaine , jusqu'au temps de Charlema^ne. Il apporte en preuve un monument écrit en ces caractères de la propre main du monarque. L'alphabet qu'ea donne Henselius (1381) est compose de 17 éléments grecs et latins. Il produit ailleurs (1382) un ancien parchemin de l'abbaye de rulde , où l'écriture majuscule ffrecaue est employée pour écrire du latin ( 138â|. Mais quand ces manuscrits seraient aussi anciens qu'on le suppose, il ne s'ensuivrait pas que les Germains ou Allemands n'ont point fait usage de l'écriture minuscule latine avant le règne de Charlemagne. Nous avons déjà prouvé qu'en Italie et en France on se servait assez souvent du caractère grec pour écrire en latin. L'écriture romaine y était-elle moins en usage ? L'exemple et la proximité des Gaules 9 où elle devint commune longtemps avant l'établissement de la monarchie française, nous persuadent que les Germains n'ont pas attendu jusqu'au temps de Charlemagne pour s'en servir. Si doncla minuscule Caroline fut adoptée par ces peuples , comme ou n'en peut douter , ce ne fut que sur le pied d'écriture renouvelée. On trouve en effet une minuscule saxo-teutonique (138^), émanée delà romaine, dans plusieurs manuscrits de la cathédrale de Wirtshourg, plus anciens que le rèene de Pépin le Bref. Ce prince donnaitaux églises d'Allemagne des diplômes en minuscule cursive/ semblable à

(1578) Dere <<tp/om.,pag. 46.

(1579) Chronic. Godwic, p. 66.

(1580) Smiops. uttiv. philologiœ^ p. 99.

(1582) IbU., p. 95.

(1585) En voici le contenu : ioaaike oepo

KOIBOC ETIAMMÛN KOÛO OTONTOP lOMEI HIC AIKONTOP OARABOAIK EAAEM OIPTOTE «OPMA «NMOTATA SiKOTCOnPA MEMaPAOIMOC. G'est-à-

dire : Judaicœ veto qmb'us etiamnum quot (aliquot) utunlur Judœi , his dicuntur vocabulis , eadem vit" vjjNe, femna immutatat sicut suvra memorammui.

la mérovingienne (1385). Les mêmes caractères y dont on usait en France à la fin de la première race de nos rois , avaient donc cours en Allemagne avant crue Charlemagne régnftt dans ces deux granoes contrées.

Depuis les commencements de ce glorieux règne l'écriture minuscule teutonique se réforma et fut communément employée dans les manuscrits. Elle y persévéra dans sa beauté jusqu'au milieu au xm* siècle. Alors elle y désénéra en ce caractère bizarre oue nous appelons gothique moderne. Né au mélange de divers genres d'écritures (1386) et de la corruption introduite dans l'écriture latine par les légistes et les scholastiouesy (1387) il ne commença pas plus tôt aans les manuscrits d'Allemagne que dans ceux des autres Etats do TEurone. On ne doit donc pas le nommer allemand (1388)

Slutôt que gothique ; à moins qu'on ne lui onne le premier nom parce que l'Allemagne n a jamais pu se résoudre a quitter une écriture si barbare et d'un si mauvais goût. A entendre quelques littérateurs allemands» (1389) elle fut inventée sous Frédéric H, sur le pied d'écriture différente de la latine. Henselius s'éloigne encore plus de la vraisemblance. Car après avoir dit (1390} que les Allemands au temps de Charlemagne adoptèrent l'écriture minuscule romaine t il ajoute qu'ils en revinrent dans la suite à leurs premiers caractères , auxquels ils donnèrent la forme du gothique • dont ils se servent encore aujourd'hui, comme si ce caractère était autre chose que l'écriture latine dégénérée et chargée de traits super* ilus, absurdes, extravagants I Revenons à l'ancienne minuscule allemande ou teutonique.

II. Ecriture minuscule allemande distincte et élégante ; les dates des manuscrits origi" naux ont queiauefàis passé dans les copies . manuscrits de Verden^ de Saint-Emmerâh, de Godwic; copistes habiles. — Elle est représentée sous trois genres. Le premier renferme les écritures distinctes , demi-distinctes et élégantes, dont voici les espèces.

Cne minuscule un peu longue, droite et pressée , caractérise la première. Son mo-dèle contient cette note mai ponctuée, qu'on lit dans le manuscrit 613 de l'abbaje de Saint - Germain des Prés : Flatianus. Teodorus. Dionisiut memorialis sacri scri* nii epistolarum, et adjutor, questoris sacri palatii scripsi artem Prisciani «/ofueiuûnmi Grammatici doctoris mei manu mea in urbe Roma Constantinopoli die tertio

Dans Henselius les M grecques ont la forme d^line H dont les deux momants ressembleni à deox C , Tun tourné à (rauche etTautre à droite, par vue ligne horizontale.

(1384) Chrome, Godwic., planche i, p. 34.

(1385) ScHANNAT, ViteiM:. orchivi Fuldem.^ talK m. (1586) V. notre Il« t., p. 658 et suiv. [1387) Chronic, Godwic,^ p. 62.

1388) Spectaeiedetanat.y t. \II, p. 198. [i389) Hertius et "Waldner, Distert, de éiplamef

tit Germaniœ^ p. .7.

(1390) Synopsis univ, Philoloqiœ^ p. 99.

PALëOGRâPHIE.

fanuarias ' Mavoriio consuls, indictione quinta (1391). La dat« du consulat de Mavortius désigne Tan 527 ; mais il s'en faut beaucoup que cette écriture soit si antique. Nous ne la croyons que du viii* siècle^ Ce manuscrit de Priscien fort imparfait aura été copié sur l'original ou sur une copie plus ancienne , dans laquelle se trouvait la noté que nous donnons ici pour modèle.

Elle prouve que les dates des manuscrits ne sont pas toujours de sûrs garants de leur antiquité.

La deuxième espèce de minuscule élégante est un peu ronde, nourrie, demi-distincte et chargée d'abréviations. Son modèle , gravé sur notre planche , offre ces paroles de saint Jean (1392) : Hoc erat inprincipio apud Deum; omniaper ipsumfactasunty et sine ipso factum est nihil (1393). « Le Verbe était au commencement avec Dieu ; toutes choses ont été faites par lui , et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. » Dans cette écriture allemande du vnr siècle on doit remarquer les abréviations et surtout celle du mot est. Notre modèle est tiré d'un beau manuscrit des Evangiles de l'abbaye de Werden , au diocèse de Munster (1394).

Les lettres de la troisième espèce du nremier genre sont allongées, maigres et mêlées d*N onciales.

La dernière espèce de minuscule allemande élégante est aiguë dans ses jambages, très-distrncte et bien proportionnée.

in. Minuscule allemande tirant sur la ct*rsive ; minuscule indistincte , manuscrit de la loi salique; latinité barbare; diverses écritures du même genre dans le manuscrit 613 de Saint-Germain des Prés, — Les écritures minuscules allemandes qui tirent sur la cursive constituent un second genre.

g S. Eerimne nànmctde ioxonne (V Angleterre, â'IrUoide,

de France et d'Allemagne.

I. Origine j antiquité et nomenclature de la minuêcme saxonne. — Quoique D. Mabillon ait publié des modèles d'écritures minuscule et cursive saxonnes tirées des manuscrits , il ne nous en dit rien autre chose, sinon qu'elles ont beaucoup d'affinité avec l'ancienne gothique (1395); mais il n'explique point ce qu'il entend par gothique ancien. Ce nom a été donné plus d'une fois a l'italique, à la cursive romaine et à d'autres écritures difficiles à lire , bien différentes de la saxonne. Struve , après avoir répété aue cette dernière ressemble à l'ancien gothi-

aue, ^oute (1396), sans le prouver, que les recs dans leurs voyagespar mer l'introduisirent en Angleterre. Elle pourrait bien avoir été en usage dans la Grande-Bretagne ayant l'arrivée des Anglo-Saxons , peuples

1591) Voyez Planches de Paléographie^ n^" 16.

1592) Joan. i, 2, 5.

1595) Voyez Planches de Paléographie^ n» 17. 159^) Chranic. Godwic,^ p. 56.

1595) l>ere/)fp/.,p. 49.

1596) De criter. m$s», p. 57, 58.

«1597) Pag. 443.

(1598) De re Diplom^, p. 46.

de la Germanie, comme la gallicane Tétait dans les Gaules avant la domination des Francs. Les Anglo-Saxons, devenus maîtres de toute l'Ile jusqu'à l'Ecosse vers le mîlîeu du VI* siècle, auront pris les caractères des Bretons, que ceux-ci avaient empruntés des Romains ou des Gauïois. Il suffit de comparer l'écriture minuscule saxonne avec la romaine, pour conclure avec certitude que celle-là lire son origine de celle-ci. Les lettres g et r de la minuscule saxonne, par exemple, paraissent d'abord s'éloigner de la forme romaine. Elles se trouvent cependant et dans les Pandectes de Florence et dans le Sulpice Sévère de Vérone , écrit un peu après le commencement du vi* siècle. D'ailleurs, peut- on douter que saint Augustin et les autres moines envoyés en Angleterre par saint Grégoire le Grand, pour étendre le royaume de Jésus-Christ , n'y aient apporté les caractères romains avec la lumière do l'Evangile? En vain George Hickes donnct-il une autre origine à l'écriture saxonne ; en vain en fait-il remonter l'antiquité à des temps inconnus: son système n'est fondé que sur l'autorité de Hunibald, écrivain fabuleux, dont le seul Trithème a vu le manuscrit. David Casley donne dans une autre extrémité , quand il fixe l'invention do la minuscule et la cessction de l'onciaie au vu* siècle.

On se tromperait , si l'on croyait que l'écriture, saxonne a été propre aux seuls Anglo-Saxons. Elle a eu cours en Irlande et en France. Les Bénédictins anglo-saxons la ré-

f)andirent en Allemagne et en Danemark, orsqu'ils y annoncèrent la religion chrétienne. L'église cathédrale de Virtzbourg a conservé jusqu'à présent plusieurs manuscrits en minuscule saxonne de la main de ces hommes apostoliques et de leurs disciples ; mais on n'en a point ailleurs de monuments plus anciens ni plus nombreux que dans les bibliothèques d'Angleterre. Aussi est-elle appelée anglaise dans une note du Psautier (1397) de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, écrit en ce caractère au vni' siècle. On donne à l'écriture saxonne les noms de britanno-saxonne (1398) , d'anglo-saxonne, de dano-saxonne (1399), de germanosaxonne (Iti^OO). La saxonne germanique ressemble tant à l'anglo-saxonne , que Struve (1401) les confond ensemble. Cette dernière s'étant môlée en divers temps avec la normande, on peut encore l'appeler normano-saxonne ou anglo-normanique. L'auteur do la Bibliothèque britannique (ikOS) semble faire dire à Casley qu'en Angleterre on ne s'est servi que de l'écriture saxonne jusqu'au règne de Guillaume le Conquérant (1W)3). Mais les modèles publiés par ce bibliothécaire du roi de la Grande-Bretagne

[1599) Chronic. Godwic,^ p. 17.

1400) ïbxd., p. 56.

:140i) De criter. mM., p. 57, 58.

[4402) Tom. V, part. II, ç. 524.

(1405) ff Depuis le yu* siècle, jusqu*aii temps de Guillaume le Conquérant, on s*est servi, en Angleterre, des caractères saxons. Le menu ou petit caractère semble avoir été inventé dans le vn' 8ièd««

DIGTiONNAIftE DE PALEOGRAPHIE, ETG.

prouvent qu'on y employait encore quelquefois la minuscule romaine ou gallicane, mêlée d'un petit nombre de caractères saxons pendant les yni% ix% et x* siècles et les temps du xi* qui précédèrent la conquête d Angleterre par les Normands (ikOk). II. Existence et vérité de V écriture minus^ cule saxonne: ses genres et ses espèces; sa durée et sa fin. — Les manuscrits d'Angleterre, d'Irlande, de France, de Normandie et d'Allemagne , constatent la vérité de l'écri* ture minuscule saxonne liée et non liée, aiguë et ronde . Les critiques les plus difiicultueux et les antiquaires les plus habiles reconnaissent qu'elle était d'usage dans le moyen ftge. Mais un génie de la trempe du P. Hardouin ne se rend pas à des preuves capables de subjuguer quiconque respecte la raison et les fondements de la certitude humaine. La minuscule saxonne des manuscrits et des actes est différente de la majuscule gravée sur les monnaies du roi Offa. Donc elle a été inventée par des imposteurs dans les derniers siècles (U05J. Ainsi raisonne cet auteur dans sa Chronologie de

Y Ancien Testament (1(^06); comme si les Anglo-Saxons n'avaient pas en effet adoptél'un et l'autre caractère! Il serait superflu d'insister plus longtemps sur des paradoxes et des sophismes dont les savants d'Angleterre (1W7), dn Nord (1408) et d'Allemagne (U09j ont démontré le ridicule. Contentons-nous ici d'indiquer les plus insignes manuscrits où la minuscule saxonne est employée.

Le manuscrit desEvangiles do Landisfarne, ancien de plus de mille ans,est écrit en ce caractère, ainsi que plusieurs autres de neuf cents ans, cités par Hickes (14-10); V Histoire du vénérable Bède (IMl), rendue en lettres et en langue saxonne, par Alfred le Grand; le manuscrit des Evangiles, dit de saint Bo-

et peu de temps après on cessa d*écrire les livres enUers en lettres capitales (a), i Si Casley a parlé de la sorte, il faut dire qu'il a Juffé des écritures par le. seuls manuscrits de la bibliothèque du roi de la Grande-Bretagne. On a vu dans ce chapitre que le menu caractère se trouve dans des manuscrits du

V ou vr* siècle. Ce savant Anglais appelle écriture capitale celle que nous nommons onciale. Or, on ne cessa de s'en servir pour écrire des livres entiers

Zu'à la fin du ix* siècle, et peut-être encore plus tard, e jugement que Casley porte des écritures n'est donc fondé que sur les manuscrits d'Angleterre qu'il avait sous les yeux.

^4404) A catalog. of. th. mss.

(1405) At saxonica quœin quibusdatn dubi^ fidei monumentis extat, nihil aliud, quant Germanica isliu$ œvi est, quo sunt hœc exarata characteribus ab artifice excogitatis , diversis certe ab his, quibu$ Offa rex êuos oUm nummos inscripsit. qui sunt omnino latini.

(4406) Pag. 54 et 35.

(1407) Hickes , Prœfat. ad ling, septentrion. , p. 23, 24.

(4408) Vindic, ifeter. scriptor., contra J. Hard.^ p. 87 et seq.

(1409) Chronic. Godwic, p. 17, 18.

(1410) Hickes, Prœfat., p. 24.

(1411) De re Diplom., p. 49.

niface, et gardé dans la bibliothèque de Fulde (lbl2); celui que le roi Etbelstan (1^13) donna aux moines de Saint-Augustm de Gantorbéry ; Texemplaire des mêmes Evan-

files de la Bibliothèque du roi de France IMfk) ; celui de Samt-Germain des Prés et V Histoire de Bède de la même abbaye, en très-beaux caractères; un nombre de manuscrits du roi d'Angleterre, dont le catalogué publié par Casley offre des modèles; les Ëvangiles de Saint-Gatien de Tours; le psautier de Saint-Ouen de Rouen ; le manuscrit irlandais de Robien, président au parlement de Bretagne; tous ces précieux monuments et beaucoup d'autres semblables ne laissent aucun doute sur l'antiquité et la vérité de l'écriture minuscule saxonne (lU5j.

Est-il question de la prouver par des témoignages d'anciens auteurs? Ingulfe, moine de Saint-Vandrille, secrétaire de Guillaume le Conquérant, et depuis abbé de Croyland en Angleterre, l'appelle saxonica mania.

George Eckhard (lil6) produit la troisième lettre de saint Bonifacede May ence à Daniel, évèque de Winchester, où il demande le livre des Prophètes que son maître l'abbé Wymbert avait laissé. Ce livre étant écrit en caractères clairs et isolés, saint Boniface pouvait le lire dans sa vieillesse, au lieu que les caractères menus et liés ne convenaient plus à ses yeux obscurcis. L'écriture des Anglo-Saxons, dit le docte Allemand, était fort claire, et nullement embarrassée par des abréviations ou des liaisons continuelles, pendant que la française (cursive) était obscure à cause de la petitesse et de la complication de ses caractères. Il y a toute apparence, il est vrai, que saint Boniface demandait l'écriture minuscule saxonne sans liaisons. Mais les Anglo-Saxons n'avaient-ils pas aussi leur minuscule liée ou cursive, comme les Français ? Eckhard caractérise donc l'écri-

[1442) Schànnât., Vindemiœ litter., p. 225. 4443) Casley, pi. xiv.

1444) Saint Jorre, Bibliot. cHtiq,^ 1. 1, p. 274. [4445) c Dans Tabbaye d'Epternac, à quatre lieaes de Trêves , Ton conserve an ancien manuscrit, en lettres saxones, qui contient le texte des Evangiles coirigé, comme il semble par une addition qui se lit à la un, sur roriginal même de saint Jérôme. On crx>it que c'est saint Willibrodc qui le porta en France. On pense la même chose d'un très-ancien roartyroloffe de saint Jérôme, écrit en même caractère que les continuateurs de Bollandus ont fait graver et insérer dans leur recueil. A une des marges u calendrier qui suit le martyrologe, on lit les Î paroles suivantes : In nomine Domini Clemens Witibrordus anno dcxc ab Incamatione Christi veniebat ultra mare in Franciam et in Dei nomine anno dgxcv ab incamatione Domini, quamvis indignus^ (mit orift« natus in Roma ab apostolico viro D. Sergio Papa; nunc vero in Dei nomine agens annum dccxxiii ab Incamatione D.^N. /. C in Dei nomine feliciîer (a)., 11 est visible que cette apostille est de la propre main de saint >iVillibrode :€ar il n'est pas à presumen qu*un autre que lui-même Teût regardé indigne dej répiscopat. » La note de la main de saint' Willibrode' prouve que la date de rincarnatioa était commune chez les Anglo-Saxons en. 723.

{iAi6)Comment.derèbusFranc.orient.i. I,p. 340.

(a) miUHfu Britan., tom. Y, p. 324.

le) EisL lUtér. de la France, t. lY, p. 64; Hartène, Deuattèmê voyage lUlér.,p. 207, 298.

paléographie;

tare gallicane par des traits qui con viennent * presque également à la cursive des autres nations. Il ignorait aj^pai^mment que la mi-; nuscule non liée était alors fort usitée en France. T

Les caractères saxons avec lesquels les quatre Evangiles de la bibliothèque du Roi sont écrits, diffèrent^ dit Richard Simon (i 417), > de ceux que h P. Màbillon a représentes dans sa Diplomatique. Quelle merveille, que la diversité des mains, des lieux et des temps ait apporté des différences dans les écritures saxonnes I Ces variétés produisent divers genres et une multitude a'espèces. ^

Quoique l'écriture minuscule française eût commencé à s'introduire en Angleterre sous Alfred le Grand (li-lS) et sous le roi saint Edouard, qui l'apporta de Normandie, où il avait été élevé, cependant la saxonne fut la dominante jusqu'à la conquête. Depuis cette époque la française prit tous les jours faveur de plus en plus. D. Màbillon (1419) fixe la durée de la saxonne au règne de Guillaume le Conquérant. En effet Ingulfe (1420), auteur du temps, dit qu'alors on abandonna l'écriture anglaise, et que l'on employa la française dans les chartes et les livres. Mais comme un usage ancien ne s'abolit pas ordinairement tout d'un coup, il est à présumer qu'on fit encore quelque usage de l'écriture, saxonne en Angleterre dans les commencements du xh^ siècle. Le manuscrit du président de Robien, écrit vers le xiii% prouve que les Irlandais s'en servaient encore longtemps après la conquête d'Irlande, faite en 1171 par Henri II, roi. d'Angleterre et duc de Normandie. On prétend même gu'ils ont conservé jusqu'à nos jours cet ancien caractère (1421). Il est un peu surprenant qu'un de nos antiquaires donne au moins neuf cents ans d'antiquité aux manuscrits en lettres saxonnes, pendant qu'on en a du x* et même de la fin du xii* ou du commencement du xm* siècle (142S). Nous ne relevons de semblables mécomptes que parce qu'ils peuvent influer dans les jugements qu'on porte sur l'âge des monuments antiques. !r - - *

Quoique l'écriture minuscule saxonne fût ordinaire chez les Anglais, même depuis le règne d'Alfred le Grand, ils firent assez souvent usage de la gallicane ou française aux x'et xr siècles, avant la conquête d'Angleterre par le duc de Normandie (1423).

Les écritures minuscules saxonnes de France sont extrêmement variées. Elles se distinguent encore par leur hauteur, leur an-

1417) Bibixoth. cnU, t. 1) p. â74.

1418) HiCKES, Gramm. anglo-sax,^ p. 144.

1419) De re diplom., n. bi.

1420) HUt. Croyland.

[1421) Perdurât adhuc apvd Hibernos earumdem

litterarum usus;quod Haréinus verum esse inteUiget; si modo sacras litteras illius gentis lingua éditas^ ^uarum unum exemplar Parisiis in bibUotheia regia ëssenuitur. perlustrare voluerit. Ainsi parle-t-on dans la Défense des anciens auteurs, . contre le P^ Bardouin^ Jésuite (a), imprimée à Roterdam eu 1708. ln-8*.

gles et leurs sommets tranchés en talus. Lem^)^^ dèle qu'en donnent nos planches contient ces parolesdesaintAugustin(1424),surlafaiblesse du Prince des apôtres avant la descente du Saint-Esprit : Sed verius medicus videbat : dt- T^erat entmsecum Domino et pro Domino mortturum. Nondum autem poteratj quia ii^firmus erat; ad (al)uM venit posteaSpirittts^anctus^ etc. (1425). Ce texte a été pris au verso 18 du manuscrit du Roi 1771, écrit en lettres saxonnes de différentes mains, aux viir et ix* siècles. Notre modèle est de ce dernier.

La deuxième espèce de minuscule saxonne de France est aiguë, pressée, et tirant sur la îursive.

ÂBT. vni. Ecritares mlDuscnles-' capéiieDDe et gothique moderaes des manoscrils.

Les écritures latines, qui font la matière de ce dernier article, sont et les plus voisines de notre siècle et les plus ordinaires dans les manuscrits conservés jusqu'à nos jours. Elles sont par conséquent les mieux connues et les moins sujettes à de longues discussions. La minuscule capétienne a succédé à la Caroline dès le x* siècle. C'est donc elle que nous devons considérer en premier lieu.

§ 1. EcrUure nmwuuU capéHeime des mamiurits,

I. Quelle est Vécriture minuscule cape" tienne? Est-elle différente dans les manus* crits et dans les diplômes ? minuscule capé^ tienne commençante et tenant encore de la Caroline. — L'écriture minuscule de la Caroline ayant souffert quelque déchet sous les derniers rois de la seconde race, fut insensiblement renouvelée au commencement du rècne de Hugues Capet, chef de la troisième. Elle contracta cependant des traits sinueux, alongés et fleuris, qui sont, bien moins sensibles dans les manuscrits que dans les diplômes. Car, à l'exception de ces traits, la même minuscule règne dans les uns et les autres jusqu'à Philippe-Augusîte, ou même jusqu'à saint Louis. Elle se soutint dans sa beauté pendant les x*, xi* et plus de la moitié du xir siècle. Sur son déclin elle s'obscurcit, se serra et devint anguleuse. Vers le milieu du XIII* siècle elle dégénéra en gothique par divers degrés.

Nous appelons donc capétienne la minuscule qui régna depuis les commencements de Hugues Capet jusqu'à saint Louis. De tous les siècles, tes xi' et xii* sont ceux où elle eut plus de cours dans les actes de toutes les espèces, non- seulement en France, mais encore en Angleterre et en Allemagne. Elle

r (U22) f J'ai vu, dit le savatit (b) le Glossaire manuscrit de la bibliothèque de la cathédrale du Puy, cité par les Bénédictius, dans le Glossaire, de Du Gange, sur le mot Brunda et j'ai remarqué qu'il est en lettres saxones: ce qui fait voir qu'oN«DOix lui donner au moins neuf cents ans ou enviroit d'antiquité. »

(1425) HiCKES, Gram. anglo-saxon. , p. 144.

(1424) Serm. de Esau et Jacob.

(1425) y ojei' Planches de Paléographie, n« 18,

t((r) Journal' hît* de Yerdm, aYril, 17», p. 289,

n'y fut presque pkis d'aucun usage , surtout après les commencements du^xiu*. Quoiqu'aux deux siècles précédents elle soit presque la mâme dans les chartes et les manuscrits , elle est communément plus simple et plus régulière dans ceux-ci. Dans ceux-là les queues et les montants sont plus longs et plus hardis. Plusieurs lettres comme les Q dfhlf etc., sont fort élevées, fleuronnées et ornées d'entrelacements, tant en France (1426) qu'en Allemagne (liSh27). Dans le manuscrit itSL de la Bibliothèque du Roi nous avons remarqué (ikW) une écriture minuscule capétienne de la France méridionale. Quoique très-serrée et uniforme , elle parait à double trait fait avec une plume taillée exprès. Les autres sortes de capétiennes sont figurées dans la ix* subdivision de la planche lvi, qui en offre quatre genres.

Le premier s'approprie la minuscule capétienne commençante ou tenant encore de la Caroline. Nous en distinguons cinq espèces, dont voici les caractères distinctifs.

La première n'admet que de petites distinctions entre ses mots, le point y tient souvent lieu de virgule et les abréviations y sont fréquentes. Nous en donnons un exemple : Si autem ex lege hereditasy jam\ non ex promissione. Hàbrake cMiem ex promissione donavU Deus : et quia occurrere poterat audientis cogitacionij ut (jfuid ergo lex data estf si ex illa non est hereditas^ ipse sibi hoc obiecit velud interrogans {ik'iS). Remarquez le changement du t en d, velitd pour velut. Il est visible que les sept premiers mots sont d'une main différente de celle qui a écrit la suite de ce passage du iv* livre de saint Augustin, De doctrina christiana. Nous l'avons pris au verso 81 du manuscrit de Saint-Germain des Prés 1038, où l'on a recueilli des extraits de ce saint docteur, après le milieu du x* siècle.

La seconde espèce de caractère capétien est serrée, ouverte, inclinée. Le modèle que nous en avons fait graver contient ces deux vers de Stace (1430) :

Adfdxijaentix et kumi po$ita arma tenentes Expeelant densaque nemusstatione coronant {i4tZi).

Cette minuscule du x* au xr siècle a été dessinée sur le feuillet 22 du manuscrit 1170 de la bibliothèque de Saint-Germain des Prés. Il renferme douze livres des poésies de Stace avec des scolies. Lçs feuillets collés sur les planches de bois, qui leur servent de couverture, offrent des écritures cursives mérovingiennes et saxonnes du vin* siècle. Ce livre in-fol. minori vient de la célèbre bibliothèque de "Corbie.

(1426} De re dift., p. 425, tôS, 427.

{i427 Chrome Godwic., p. 245, 265, 279, 507, R7, 545, 590,

(1428) Fol. 47.

(1429) Voyez Planches de Paléographie, n. 19. (4450) Thebttidos, lib. ii.

(i45J ) Voyez Planches de Paléographie, n* 20. (1452) Voyez Planches de Paléographie, n* 2i. (1455) Le voici : Versus de conientione Zabuli cum Aveme, Les trois premiers mots sont en rouge et le

DiGTlONNÀlBE DE PALEOGRAPHIE, ETC.

La troisième espèce de minuscule cape* tienne commençante est fort distincte, tran^ chée, aiguë, à longues queues, ouverte, m6< lée de quelques lettres cursives et chargée d'abréviations.

"' II. Ecriture*capétienne ordinaire des x* et XV siècles ; manuscrits du Roi 1603, 152 ; no^ tes musicales f manuscrit 6 des Blancs-Man^ teaux. — Les écritures minuscules capétiennes sont répandues dans une multitude de manuscrits, soit dans le corps, soit dans certains feuillets placés au commencement et à la fin pour servir à la reliure. Celles qui ont été les plus communes constituent le second genre de la présente" subdivision. Nous n'en avons fait représenter que quel< ques espèces dont voici les variétés.

Dans la première*, on voit une minuscule assez belle, mais dont les mots ne sont pas tous séparés. Les deux exemples singuliers, figurés sur notre planche, en sont la preuve. V Fortis in bello Jhs (Jésus) iVave filius. Rompheas jactans civilates corruunt. Stare fecit sol et luna .pariter. Donec iriumphum. Sumeret de hostious. Audite versum. mirum dictum (U32). Cette écriture du x* siècle fait partie d une pièce tirée de quelques Eucologes. Elle ressemble aux proses ou aux canons des divins offices de TEglise grecque. II y a beaucoup de solécismes et peu de fautes d'orthographe. Nous avons découvert cette pièce sur le dernier feuillet du manuscrit mérovingien de Tabbaye de Saint-Germain des Prés, numéroté 1278. On n'en a pas le commencement,parce qu'il ne se trouve point dans d'autres manuscrits. Elle contient les éloges des patriarches et des prophètes. Le premier regarde Jacob et le dernier Zorobanel. Tous ces Tropaires, comme parlent les Grecs, sont terminés par Audite versum tout au loïig ou abrégé ; excepté celui qu'on a tiré, et le dernier où on lit Audite versum mirum dictum desanctorum nominibus tndtïum. Suit un titre en petite onciale (1^3) dont on faisait encore quelque usage après le milieu du x* siècle. ^Fiat in dieous tuisy iper signum sanctœ crucis de inimicis iuis liberet te Deus Israël^ alleluya , alletuya^ al^ leluyay aius («710c), avus^ aius^ sanctuSj sanctuSf sanctuSf iskyros^Kyrius^ afu^ttf (1434.). C'est ici la fin d un exorcisme ou conjuration du diable ou lutin qui se précinite dans l'eau. Il est appelé dœmonicum^ aianicum^ duciaticum , c'est-à-dire submergens, aquaticum. Outre les trois croix de la fin, il y en a une en marge, et trois au-dessous ne la conjuration, a différentes distances. Celte écriture capétienne du xi* siècle, a été dessinée sur le 6* feuillet du manuscrit du Roi

dernier en vert, ainsi que ces mots qui suivent : Audiat cœlum atgué; après quoi cum Avemo est en vermillon. Après un verset il y a un résous suivi dt ces deux vers en forme de refrain :

Yidete prineipem mortis Religatum in tormentis

Les premiers versets ou tropaires sont en beDef capitales xertes et rouges.

(4i34) Voyez Planches de Paléograpfney n* 22.

aot

1603, appartenant autrefois à Tabbaïe de gaint-Amand. II contient an commencement et à la un des morceaux de Missels en minuscule capétienne ordinaire, ajoutés au corps du livre qui est beaucoup plus ancien. Remar(}uez l'accent aigu sur le premier i du mot intmicis.

L'écriture de la seconde espèce tient beaucoup de la Caroline, dont les lettres sont en battants.

La troisième espèce est négligée et raèlée d'onciale (1^35). bon modèle, gravé sur notreulanche,donne cette époque de Tannée de N. è., Anno ab Incarnations Domini dcccclv. Indictione xui. Cette date se lit au verso 31 du manuscrit 152 de la Bibliothèque du Roi. Ce feuillet renferme un fragment de Pomponius-Mela, écrit sur la fin du xii' siècle , ou le commencement du suivant, sur une écriture minuscule plus ancienne. Quand on examine de près les manuscrits, il n'est pas raro d'v découvrir des pièces sur lesquelles on a récrit d'autres ouvrages.

IIL Minuscules capétiennes grosses ^ avec celles qui tendent au gothique moderne, — Pour donner une juste idée des écritures minuscules capétiennes , il ne nous reste plus qu'à décrire celles qui sont massives et celles qui tendent au gothique des bas siècles. I^s premières forment un troisième genre.

La j)remière est d'une écriture minuscule massive, à sommets aigus et obliques et bien distincte. Un feuillei'introduit par le relieur au commencement du manuscrit mérovin-

fien 1278 de Tabbaje de Saint-Germain des rés, nous a donnéle modèle suivant : Deus^ qui famutum tuum a sœculi vanitate conver^ sum ad supemœ vocaiionis accendis amorem^ pectori illius purificando illabere^ et gratiam^ qtia in te perseveret infunde (1^36). Dans cette prière, où l'on demande à Dieu la grâce de la persévérance pour celui qui a renoncé à la vanité du monde, le singulier est changé en pluriel par des additions interlinéaires de la main de l'écrivain. Le caractère est du XI* au M* siècle.

Une écriture du même temps, un peu tortue, aiguë, à jambages pointus, et chargée d'abréviations et de notes de*musique, distingue la seconde espèce de minuscule massive capétienne. Un exemple présente ces

[1435) Voyez Planches de Paléographie^ n"* ^.

[1436) Voyez Planches de. Paléographie^ n'* 24.

[1437) Voyez Planehes de Paléographie^ même 1^ 24.

[1438) Not. in lit. Sacramenl. S. Greg., p. 78.

[1439) lisdem Umporibus {scilicet anno 98o), inqtUt ekronograpkus Corbetensis^ incaplus est novus modus canendt lu illo monasterio per flexuras et notas, pet régulas et spatia dwittifloj, cumnnliœ antea extarent fx libris antiphonariorum et gradualium ejus loci. Kjnsmûdi n»tas ae ftesturas^ sed absque lineolis exr

hsbet prœdicius Ratoldi codex ex quo Menardus

ectifpum exeudi curavit. Eœdem notas habentur in co^ dicê Sacramentorum Eligiano{a).,. In aliis antixfuioribus libriê pro nutis musicis ponuntur alphabeti lit^ ierggf quarum usum ac significationem Notkerus Bal"

paroles ordinaires de la préface de la messe: Tere dignum œquum et scdutare nos tibi sem*

Îer et ubique gralias agercy Domine sancto ater omnipotens (1W7). On a écrit ceci après coup à la marge du quatre-vingt-septième feuillet du Sacramenlaire dit de saint Eloi, et numéroté 165 dans la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés. Les deux premières lettres de notre modèle sont deux sigles conjoints, qui signifient Vere dignum. Le D eist traversé d'une ligne qui forme une croix et. marque l'abréviation. Ces deux lettres sont en rouge et la suite en vert ; la seconde ligne en rouge, la troisième en vert, et la quatrième en rouge. Il est très-fréquent, dans ce beau manuscrit du ix* siècle, que les lignes soient alternativement rouges et vertes. Quant aux notes musicales, elles sont plus anciennes dans les manuscrits que les xr et xii* siècles. On en trouve dans le Sacramentaire de Corbie, écrit au xi* par ordre deRatolde, abbé de ce célèbre monastère. On peut voir la figure de ces notes antiques dans l'hymne de la Passion, publiée par dom Hugues Ménard (itk38), et dans le beau Lexicon diplomatique de Walter, imprimé à Gottingen en 17b7. Dom Mabillon a remarqué (1*39) , et plusieurs savants d'après lui, que ces* notes musicales, dans la plupart des manuscrits, ne sont autre chose que les lettres des alphabets grec et latin mises en divers sens, tronquées et abrégées, comme celles de la plupart des notes de Tiron.

Les écritures minuscules tendant au gothique moderne constituent le quatrième genre des capétiennes. Il est composé de trois espèces.

Les lettres de la première commencent à devenir pointues, anguleuses, serrées, et tirent par conséquent sur le (jothique.

L'écriture minuscule capétienne de la seconde espèce est remplie d'angles, de pointes et d'abréviations ; les queues et les montants de ses lettres ont peu d'étendue, et Ye avec cédille y est employé au lieu de Yae ou de Yœ. Le modèle que nous en avons fait graver présente ce texte : Sine caritate enim omne auodcumque facimus^ nichil nobis prodest. Yàcuum et inane expendimus studium^ si non habemus caritatem^ quœ est Deus. Régnât au-tem camalis cupiditasj ubi non est Dei ca^ ritas (ikkO). Ce texte important est tiré du

bulus cuidam amico scilicet Lantberto explicavit (b), Guido Aretinus artem illtutravit, claves et lineolas majoris facilitatis causa adjecit. Selon Burette, les notes de Tancienne musique étaient les lettres de Talphabet grec» entières ou mutilées, simples, doublées ou allongées, et dans ces divers états tournées eu divers sens. On peut voir les modèles qu'en a donnés le savant académicien dans les Mémoires de l'Aca demie des inscriptions et belles-lettres. Nous ne savons pas s'il a eu connaissance d'un traité de musique écrit à Corbie au ix* ou x* siècle et renfermé dans le manuscrit 964 de Tabbaye de Saint -Germain des Prés. On Tattribue à Boéoe dans une note ^rite il y a plus de 120 ans.

(1440) Voyez Planches de Paléographie^ n* 25.

(i) Annal. Bened., t. ÏS* p. 56.

(^) Caris., tom. Y, p. 759.

fol. yerso 2 du manuscrit 6 de la bibliothèaue des Blancs-Manteaux, écrit vers les corn mencements du xn* siècle. C'est un petit in-fc* contenant le livre des Etincelles, tiber 9einHllarum. L'auteur (1441) de cet excellent recueil des plus belles sentenOis des saints Pères est Défenseur, moine de Lieugé près Poitiers , qui florissait à la fin du vu* ou au commencement du ym* siècle (1442). (> manuscrit n*a été connu ni de dom Rivet de dom Mabillon (1443) , qui d'ailleurs eu parlé fort avantageusement de l'ouvrage de venu -très-rare, quoiqu'il ait été imprimé.

La dernière espèce de minuscule capétienne tirant sur le gothique est fort menue, anguleuse et confuse.

§ 2. EcrUwre ndmucule goUitifUê moderne des moftHScriu

L Quelle est récriture minuscule gothique récente? Etat des manuscrits écrits sur h papier de chiffes: lettres gothiques longues employées par les seigneurs qui savaient écrire. Ecriture financière née du gothique. — Le caractère auquel on donne le nom de gothique, à cause de ses traits bizarres et de sa laideur, pourrait être appelé ludovicien, parce

Îue ce fut principalement sous le règne de ouis IX gu'il contracta cette forme, qui semble en faire une écriture différente de la latine, quoiqu'il en tire son origine de l'a manière que nous avons expliquée dans notre second tome. Dès la fin du xii' siècle jusque vers le commencement du xvi% notre minuscule alla presque toujours en dépérissant. Les plus barbares des vi% vu* et vni* siècles n'ont jamais été si monstrueuses. Celles-ci ne paraissent plus indéchiffrables

aie parce qu on est moins familiarisé avec les, ou qu'elles se trouvent ordinairement Slus maltraitées par une suite nécessaire e leur antiquité. 11 n'y a point de siècle où les variations dans les écritures des manuscrits et des chartes soient plus fréquentes et plus remarquables qu'au xiii\ Ce sont comme autant de nouvelles sortes d'écriture qui vont toujours de mal en pis, jusqu'à ce que le renouvellement des lettres ait réveille le

Soût des beaux caractères. La vraie cause u dépérissement de l'écriture minuscule,

(iUi) Hist. Hltér. de la France, tom. III, p. 654.

(4442) C'est le plas ancien monastère de France, Saint Martin y avait été moine. Les Pères Jésuites

Sossédent les revenus de ce vénérable sanctuaire, étrutt, comme tant d'autres, par le malheur des temps.

(1445) Annal. Bened., t. II, p. n et 704. < (1444) Veron. illustr., col. 334.

(1445) Les livres écrits sur le papier fait avec du linge avant le xiv* siècle sont rares; mais il ne s'ensuit pas de cette rareté qu'il n'en existe aucun. On en a d'arabes écrits sur ce papier longtemps avant cette époque (a). Pestel, professeur dans l'Université de Rinteln possède (6) c deux documents écrits sur du papier de cette espèce, conservés avec leurs sceaux; l'un daté de 1239 est signé d'Adolphe, comte de Schaumbourg, l'autre de 1320 a été écrit sur les frontières d'Allemagne (c). > L'Académie de Gœt-

a) âcUl erudtt. rnonm Mari.^ 1718.

p) imn. itrms^, noveiQ. ^786, p. 40, 41,

Ic^est» dit Hafféi (l'k(^4)> que la carsive étant t venue à manquer dans les derniers siècles, 'on lui substitua la première avec les abréviations des scolastiques et des praticiens. . Ces abréviations trop multipliées, et la bizarrerie des caractères, l'ont rendue plus désagréable et plus difficile à lire que ne l'était la cursive ancienne, dont la figure était fixe, régulière et uniforme. Il est pour- ^ tant vrai de dire que la minuscule n'a jamais y été totalement substituée à la cursive, quoiqu'on certains actes on ait fait seulement Usage de cette dernière. Du reste, l'une diffère peu de l'autre pour le mauvais goût, dépuis saint Louis jusqu'à François 1".

) En général, le gothique récent est susceptible de tant de variétés qu'il faudrait entreprendre un ouvrage. immense, si l'on voulait tout épuiser. D'ailleurs la matière a été suffisamment traitée dans le chapitre xi, art. 3, du second tome, surtout par rapport à l'origine et à la forme du gothique lapidaire et métalliaue. Il suffit donc ici de le faire connaître comme écriture usuelle et ordinaire des manuscrits du bas Age. La plupart de ceux des xrv' et xv* siècles sont misérables. Sans parler de l'encre pâle et jaunâtre qu'on y emploie, l'écriture en est serrée, compliquée, hérissée d'angles, de pans, de pointes, et de crochets non moins ndicules qu'inutiles. La cessation presque totale des études et des copistes dans les monastères, où l'on n'entendait rien aux questions embarrassées et aux vaines subtilités que les scolastic^ues avaient mises à la mode ; les abréviations arj^itraires et inintelligibles de ceux-ci; l'invention du papier de chiffes au xni* siècle (I4.4.5) ; le mauvais goût qui régnait alors, tout cela a été cause aU'il ne nous reste de ces temps barbares qu une multitude de manuscrits horriblement laids (1W6). On s'appliqua cependant toujours à mieux écrire la bible et les livres de piété. L'or et les couleurs n'y furent point épargnés; mais le caractère estloujours le gothique, et les leltrines y sont carrées, tremblantes; écrasées, inégales, et d!un goût tout à fait bizarre.

La difficulté de lire et dépeindre le gothique fût une des causes de l'ignorance pro-

tingue a vérifié l'authenticité de ces monaments. Le P.fiohaslas Balbin, dans son Histoirede Bohème, dit qu'on trouve dans les bibliothèques quantité de livres écrits sur le papier de chiffons avant Tan 15-10. (1446) Disparutt nimirum antiqui décor atramenti, et pro eo paUidus et subfiavus aliquando color in nonnulHs codicibus reperilur. Ingens prœterealitteramm sibi connetMirum involutarumque chaos, quod ingénies sine numéro abreviaturœ in immensum auxerunt. Reperta ibidem {sœculo xiv) charta iinea, decori antiguarum litterarum minus apta, quœ omma effecerunt, ut vlurimi, scholastid prœsertim, ex barbaro hoc s^culo prodeuntes codices fœdi magis ac turpes, quam decorij miram pariant confusionem et in legendo difficilem admodum leetionem reddanl lectori {d). Le» savants ayant été partagés jusqu'à présent sur l'an* tiquité du papier de chiffons, il n'est pas $un»rcnaR( que l'abbé de.Godwic en ait retardé l'inventiofl ju^ ^u'au XIV* siècle.

{ç) CfironU, Godwic.f p. 63, 63,

PALEOGUÂPlilli:.

digieuse de la noblesse de ces tempslà y où les plus grands sei^eurs pour la plupart ne savaient ni lire m écrire (1W7). Ceux qui étaient assez habiles pour signer

(iVêS). Le gothique ne fut point criture particulière aune seule nation , mais de toute l'Europe. Si les Italiens n'en onija-mais voulu faire usage dans leurs imprimeries, ils s'en servirent dans leurs manuscrits et leurs actes, et les bulles des Papes l'ont retenu jusqu'à présent (liWj. Tous tes Etals d'Europe, a l'exception de ceux du Nord et d'Allemagne, qui tiennent encore à leurs mauvais caractères gothiques, sont revenus au romain, dont le fond se retrouve dans tous les âges y quoiquavec des variétés plus ou moins grandes (1^50). L'écriture ronde ou financière dont on se sert encore en France dans plusieurs* bureaux, est un changement et un reste du gothique minuscule , dont on n'a jamais pu se défaire totalement , quoique beaucoup plus difficile à peindre et moins lisible que notre minuscule ordinaire (lti'51).

II. Gothique minuscule tout pur ; manus^ crits des Blancs^Manteaux. — ries des saints. — Les monuments de l'écriture minuscule gothique sont en si grand nombre , que nous ne serions pas embarrassés d'en donner as-

(1447) Lacume de Sainte-Palaye (a) observe que les plaintes du poète Eustache Descbamps . contre le mépris que les nobles faisaient du savoir, étaient bien fondées. « On voit dans ces temps-là, dit le savant académicien, un ffouverneur de place assez ignorant pour être obligé de se faire lire un ordre important; et Dueuesclin, le premier homme de TEtat et de son 8ièc&, n*en savait pas davantage. Etant assiégé dans Rennes et recevant un héraut de la part du duc de Làncastre, qui lui apportait un sauf-conduit, pour venir parler à ce pnnce; il (b) prit le sau^onduit et le bailla à lire; car riens ne savoii de Utttes^ ne on^fues n^asoit trouvé nuntre de qui il se Uùssast doctrxner; mais les voûtait toujours ferir et fraper. > On a cei)endant une lettre originale signée Bertrand DuguescUn. Mais elle peut avoir été écrite et signée par un secrétaire.

(1448) Ces lettres gothiques longues étaient encore en vogue sur le déclin du xvi* siècle. Il en est fait mention dans les Contes d'^Eutrapei, revus et augmentés par le seigneur de La Hérissaye, gentil* homme breton, à Anvers, 1587. « Dans une lettre adressante au juge, dit Tauteur (c), Brusquety chan-

§ea et Fadresse et le langage, contrefaisant le seing e monsieur le Maistre; qui étoit aisé à faire, pour être lettres longues et gotniaues; afin, dit Erasme se moquant aussi, que la Noblesse usant de tels longs caractères, soit veue ignorer les lettres et disciplines, ; comme chose non à elle convenable. > u

§49) Spectacle de la nature, t. VII, p. 198. ^- SO) Ibid., p. 199. '

51) Boorguet, dont le manuscrit est à la biblioe du Roi, nous apprend (d) que.le premier livre unprimé en écriture financière ou lettres rondes; eomme on les appelle, fut Toùvrage intitulé : Phi- Uppi Galtheri poetœ Alexandreidos tibri 4eeem, nunc pnvKum in Gallia, aalUcisaue caraeteribus ediîi. LugdwH excudebat Robertui Granson typi$ propriis Mill. V Lviii ex authoritate Regia, Le privilège du roi,

(«) Mém. de CAcad, de% Inseript. tom. Xï, p. 835. m BiH. de Dugu^m, 4dU. de Mimtrd , p. H.

sez d'exemples pour remplir un très-grand nombre de planches.

Il y en a une espèce haute , roide, hérissée d'angles et de pointes, et en fait de gc^ tftique minuscule, nous ne connaissons rien de plus achevé. On sait combien ce caractère est désagréable, « faute d'ajouter à la ligne pleine et à la ligne tranchante , celle qiron appelle mixte, pour adoucir le passage de l'une à l'autre par un arrondissement gracieux (1452). » C'est cependant cette écriture gui a eu vogue dans les livres d'église aepuis saint Louis jusqu'à Henri IV.

Une autre espèce de minuscule gothique sans mélange est conjointe dans plusieurs de ses lettres, massive, également surchargée de bosses , d'angles, de pointes et d'abréviations arbitraires. L'exemple figuré ' sur nos planches porte (1453) : Incipit coU lectarium temporale ad usum fratrum GuiU lermitarum Parisiensium: scrxptum a fratre Petro Courcéj Religioso professo in predi" ctorum fratrum conventum^ anno 1587. C'est le titre du manuscrit 3 de la bibliothèque du monastère des Blancs-Manteaux. On voit par cette écriture peinte en rouge que les accents sur les i persévéraient encore sur le déclin du xvi* siècle, quoiqu'on eût commencé vers la fin du xiv', a y mettre des points, dont les exemples sont néanmoins assez rares (1454).

donné à Saint-Germaiu-en-Laye le vingt-sixième jour de décembre Tan de grâce 1557 porte ceci : c il ha pieu au Roi notre Sire de donner privilège et permission à Robert Granson d'imprimer ce présont livre de sa lettre frauçoise d'art de main. > Bour^uct remarque ^e celte invention n*eut cours que jusqu'au commencement du xvii* siècle.

(1452) Le sp^tacle de la nature, t. VII, p. 198.

i lU^) Voyez Planches de Paléographie, n« 26.

^ (1454) Note sur l*originb des i pointés. — Nous trouvons dans la Bibliothèque de l*Ecole des Chanté une note de M. Delisle à ce sujet, que nous reproduisons en entier.

' c D'après Mabillon , Tusage de pointer ks t remonte au commencement du xv* siéde. Les auteurs du nouveau traité de Diplomatique ne se sont pas écartés de cette opinion : suivant eux, les pointa sur les t n'ont commencé tout au plus tôt qne vers la fin du XIV* siècle (e). La justesse de cette observation est journellement reconnue par ceux qui étudient les écritures du moyen ùge. Mais la paléosrapliien*admet pas 'de règles absolues, et les fiené-» dictius sont allés trop lom quand ils ont condamné d'avance les manuscrits où les points seraient régulièrement placés sur les t avant le xiv* siècle. Le cartubire de Saint-Gvprien de Poitiers fournit, en effet, un exemple autlieutique de l'emploi des t pointés au xii« siècle. Dans ce cartulaire* dont la principale partie semble écrite au commencement de ce siècle, les titres sont rangés suivant Tordre topographique. A la fin de chaque chapitre, le rédacteur a ménagé des blancs, ou différents copistes ont inscrits les actes postérieurs. Les deux chartes

Sue nous allons j^ublier ont été ajoutées dans l'un e ces blancs ; l'écriture en est au plus tard de la seconde moitié du xii« siècle. Nous avons remarqué que, partout où l't redoublé (») se présente dans ce texte, chaque lettre est surmontée d'un point par-* faitement formé et absolument semblable au poin^

• (d) Tom. I, p. 75.

4 {e) Voyez toutefois le Nmfpm iraM de dfplom, , t. U|, p. 797»

mCTIONNAlRE DE PALEOGKA! UlE, ETC.

HfA

La quatri&me espèce de gothique minuscule tout pur est serrée, massive, brisée, à pointes vives et à angles correspondants. L'exemple que nous avons fait représenter renferme ce texte du prophète Nahum (1455): Quia sicut spine invicem complectuntur , stc convivium pariier potanlium f 14.56). Ce gothiaue minuscule du xv* siècle a été dessine sur le manuscrit 1 du monastère des JBlancs-Manteaux. C'est un in-folio en beau vélin , contenant les douze petits prophètes avec la glose.

Le pur sothique minuscule de la cinquième espèce est négligé , haut » serré et peu régulier

Une écriture haute, pressée, à brisures adoucies et courbée caractérise la sixième espèce de gothique.

Le gothique minuscule régulièrement brisé constitue la neuvième espèce du premier genre. L'exemple (1457) que nous en avons fait graver contient ces versets 4, 5, du chapitre x de Job: Numquid oculi carnet sunt lihif aut sicut videt homo et tu videbis? Numquid sicut dies hominis {dies tui )? Ce texte est tiré du manuscrit 2 de la bibliothèçiue des Blancs-Manteaux. C'est un bréviaire en vélin, écrit au xiv* siècle. La fête de la dédicace de Notre-Dame de Verdun , marquée le 11 novembre et les fêtes des saints Vanne, Pulchron, Paul, Airi, évêques de Verdun, ne laissent aucun lieu de douter

2 ne ce ne soit le bréviaire de cette Eglise, 'office de la Fête-Dieu et celui de la Concepion de la sainte Vierge y ont été ajoutés par ime main plus récente. Autant le premier est

qui suit di/lérents mois pour ludiquer^la suspension du sens. Il est impossible de supposer que ces si-

{^nes ont été mis après coup ; ils sont assurément de a même main que les lettres qu'ils accompagnent. H faut donc bien admettre qu'au monastère de Saint- Cyprien de Poitiers, un copiste du xu^ siècle s'est avisé de pointer les t, et ^e la présence des points sur Tt ne sui&t pas pour faire rejeter comme fausse une écriture antérieure au xiv® siècle.

c Dans la copie suivante nous^vons imprimé en italique les mots où se trouvent les i pointes.

c Iterum ex eodem (Brione).

c EgoWillermus de Brion cognominatus et frater € mensPetnis eoncedimus monachis sanctiCipriani c omnia que competebant nobis apud Briooem jure f fraternitatis de manso quod vocatur Gorbel et de i silva et de prato quod nominatur Histel, sicut fe* c cit frater noster Siephanus quando factus est moc nacus ut habeant et possidieantin eternum nallo f ubîf{uam proihibenle. Si quis autem însurrexit < sptntu diabolico repietus qui hanc nostram elee- € mosinam calumniare vohierit» in suo conatu defic dat solvatque ccc^<>* solides. — Signum Wilc lermi et Pétri fratram et matris eorum Ausendis. c — Signiim Aleardi dericî. — Signum Joscemani ff de Gentiaco. — Sii^num IterH de Aigremunt. — f Signum Altonia l^mper. — Signum Ademari 5 Moisseroni. — Sipnum Huneberti Meschini et /i/ît c ejus Rotberti. — Signum Aldebertide Alvernia. — « Ifiita mense Agusto régnante rege Filipo, Aquitat nensi vero duce WiDermo, Pictavensi vero presule I Petro. i

( Item de Brione.

$ Eico Aleardus de Gentiaco, clericus, concd

beau et solide, autant le second est mal fait et rempli de pieuses fables, selon le goût de ces temps d'ignorance.

La dernière espèce de gothique pur minuscule tire sur récriture cursive. Notre planche en offre un modèle (1458), dont voici la lecture : Explicit prima pars auree légende^ édita a venerabili magistro tacobo, ordinisPredicat orumj qui fuit nacioneJanuensi. \Is te liber est fratrum Heremitarum sancti Gutllelmi Parisiusinvito^quidiciturle Parceniinerie (là ParchemineriejjDomtno/amu/anaum.JCemodèle * est tiré du manuscrit 3 du ïùème monastère des Blancs- Manteaux, écrit au xv siècle. C'est un in-folio en papier de chiffes, qui contient la première partie de la Légende d'orj composée sur la un du xiu* siècle par Jacques de Varase ou de Voragine, Domini cain et archevêque de Gènes l'an 1292. Ce recueil des Vies des saints est un tissu de fables et|d'étymologies ridicules. « Ceque Ton appelle la Légende doréèy dit Vives, est une chose bien indigne des saints et de tout homme chrétien. Je ne sais pourquoi on l'appelle d'or, écrite comme elle l'est par un homme qui ne pouvait avoir qu'une oouche de fer et qu'un coeur de plomb (U59). » C'est principalement de cette mauvaise légende que les critiques modernes et surtout les protestants ont pris occasion de décrier en général les anciennes Ftf 5 de^ Sain/^, sans considérer que les Recueils des Boliandistes, de D* HabilTon et de D. Ruinart en renferment une multitude d'excellentes. Qu'on prenne la peine délire ces pièces, on y trouvera nos domines, l'ancienne aiscipline et l'histoire eccie-

c monachis eenohii béate Marie sanctiqne Cipriani c martiris memetipsum alodemque meum apud

< Blonem situm , iu quibusconqùe locls inventus f fi|erit, scilicet silvis, pratis, terris arabilibus, ar- « boribus, eo pacte ut si monachus esse voiuero, rec cipiant me absque mentione aliciqus pecttoiae;

< sin autem, alodem quem supra retnb teneam c ^uandiu vizero, post mortem vero meam funditus c ipsis remaneat, itemque eodem pacto ut matren c nieam post obitum meum in una obedieuliarum f suarum quamdiu vixerit procurrent et post mor- « tem sepellant, quendamque nepotem meum no- « mine Hunchertum, cum ad perfectam aetatem ve- I nerit, si voluerit, monachum fatiant. Sin aotem

< noluerit, faciant eum capeUanum in unam eccle- I slarum suarum bI talis ejus vita fuerit. Quod si

< mors mea antequam ad hec venerit contigerit»

< nutriant eum quousqae valent ad e^ que me-

< inoravimus pervenire. Gesta sunt haec in auc dientia totius ca^tuli et ab eodem capitulo con- ( firmata. — Signum Rainaldi abbatis. — Signnm c Aleardi. — Signum Josceranni de Gentiaco. —

< Signum Quuteni de Yitriaco, capello (sic) Sancti c MarcH. — Signum fiunbertf monacbi consangninei c ejusdem Aleardi. -— Data legnanle r^ Philipo, c Aauitanensium duce Willehno, Pictavensiom pr5c suie Petro. >

(Note de IViitTetfr if» IHcitomurir^, extraite de k Btkl, des Ecoles de ehanu. luillet-aoùt !85!l. p. 565.) '

(1455) Nahum. i, 10.

(1456) Yofez Planches de Patéoçraphie^ n« i>. (i457) Voyez Planches de Paléographie^ n* i*. (U58) Voyez Planches de Paléograpiiie, n* *f. [ \ 459) Baillet, Disc, sur Phist. de la Vie des " '"

PALEOGRAPHIE.

sta

siasâcrae et civile, avec une suite de miraiïtes qae Dieu.a opérés dans chaque siècle , pour le soutien et la consolation de son JSglise:

III. Minuscule gothique mêlée de renou^ welée et de financière : Bréviaire de Paris; snanuscrit de Saint-Victor. — L'écriture minuscule gothique est souvent mêlée de caractères capétiens, renouvelés et financiers, c'est-à-dire un peu adoucis. Nous en avons formé le second genre de la dixième subdivision^ Ce genre comprend diverses espèces«

La première est grosse, claire, distincte, anguleuse et concave. Notre planche en o£rre cet exemple * Egressus est Dominus Jkesus cum discipulis suis trans torrentem XJedroUf ubi erat ortus (hôrtus), in quem {introivit ipse). Ce texte de l'Evangile de ^aint Jean JikéO) est tiré du manuscrit k , de la bibliothèque des Blancs-Manteaux.

C'est un livre de prières ou des Heures manuscrites du xv* ou xvr siècle, dont les 'l>el)es enluminures font tout le mérite (1^61).

La seconde espèce est médiocre et terminée en bases obliques.

La troisième espèce est mêlée de lettres cajpétiennes. L'exemple crue nous en avoùs f^it graver est emprunté de la Diplomatique de D. Mabillon (1462). En voici le contenu : JBanc bibliotkecam dédit eccleàie sancti Ft- ^ctoris Parisiensis Blancha illustris Regina FranciCj mater {sancti) Régis Luduvici [1463). •C'est ici une partie de la note écrite dans la Bible, que la reine Blanche de Castille donna à la célèbre abbaye de Saint- Victor de Paris. Le titre de saint donné à Louis IX est en interligne et peut avoir été ajouté après coup. La note n en est pas moins du xiH* siècle. L'e simple y tient lieu de la diphtongue cp, et Vu est mis pour l'o. Re-

flieO) /oan. XVIII, i.

[I46i) Voyez Planches de Paléographie^ n* 30.

U62) Pag. 37i, tab. xiv, n» 4.

[1463) yoyez Planches de Paléographie^ O^ 31.

[1464) Yoyez Planches de Pnléograpbie, n"* 32.

[1465) Dans les écritures cursives antérieures à Charlemagne , les mots ne sont pas ordinairement séparés et les lettres sont le plus souvent con- [ointes, liées et enchaînées les uns dans les autres. De là natt la difficulté de distinguer la âgure des caractères, et de bien lire les manuscrits et les dijilômes en cursive. Tantôt on s*égare en prenant une lettre poar une autre. C'est ainsi qu'on a la autrefois dans Varron inceptis rebns pour incertis; à cause de la ressemblance du p et de Vr dans récriture lombardique et saxonne (a). Tantôt on tombe dans des bévues de conséquence, quand on sépare des lettres qui doivent être unies, et l'on en unit qui doivent être séparées. Par exemple , dans la pre« miére loi du code, § 33, if, de fos,^ on a lu : Sx peewdam servus apud me deposutt^ ita ut domino pro iiberiate efnsdem. Ces parmes qui se lisent en plusieurs éditions n'ont aucun sens; mais elles deviennent intelligible en séparant les mots ejus^ dem. Dans la cinquième loi du cod. Tbéodosien de cur aui^ on a fait cura ut. D. Mabillon (b) avoue, avec cette humilité et cette modestie qui l'ont rendu si res-

Derediplûin., p. 49.

téid., p.

(b) thid., p. 57.

e) Toro. 11, p. 415.

BlGTIO^MN. DE PALEOGRiPBIEi'^etC

marquez que la sainte Bible porte le nom de Bibliothèque.

La quatrième espèce de minuscule gothique est mêlée de renouvelée, petite et un peu ronde. Le manuscrit 2 aes Blancs- Manteaux nous en a donné le modèle suivant : 1" Hic incipit officium fiove sollempnitatis Corporis Christx ad vesperas^ super Psalmos antiphona. Cette écriture d'une main postérieure parait être du xv* siècle (1*64). L'écriture minuscule gothique de la cinquième espèce du second genre est petite, serrée, aiguë et peu droite.La sixième espèce est serrée, brisée et un peu haute. La dernière espèce de gothique, tirant sur la minuscule ordinaire, n'est qu'à demiserrée.

Ghap. 7. Ecritures cursives romaine ^ gaili^ cane^ mérovingienne j lombardique ^ visigo^ thiquCf saxonne.

Les écritures courantes ou cursives des anciens sont celles que nous appelons aujourd'hui usuelles, expéditives, coulées.

Mais il faut observer, surtout à l'égard des plus vieilles, qu'autre est souvent la figure de leurs lettres, lorsqu'elles sont . isolées et détachées de leurs voisines; autre lorsqu'elles sont liées avec elles du côté droit; autre lorsqu'elles le sont du côté gauche; autre enfin, lorsqu'elles sont jointes à la fois avec les caractères qui les précèdent et qui les suivent. Ces liaisons de lettres, qui reviennent perpétuellement dans l'écriture cursive, lui ont fait donner le nom de liée par les anciens, pour la distinguer de la minuscule, dont les caractères sont ordinairement détachés. La difficulté de déchiffrer la cursive antique a jeté les gens de lettres dans beaucoup de méprises et d'erreurs (1465). Les uns, en grand nombre»

pectable , que dans un dipléme original accordé à Tabbaye de Saint-Denis par Clotaire III, au lieu de lire basileca^ il avait lu Âbbas Jleca : ce qui aurait rendu la pièce plus que suspecte; puisque Fabbé lleca est un être de raison. En combien d'autres méprises ne sont pas tombés, je ne dis pas les co-

Sistes vulgaires, mais les hommes les plus savants ? [ous en avons donné ailleurs (c) quelques exemples. En voici encore plusieurs autres assez remarquables.

Le manuscrit de la chronique de Tonrnus, composée par Falcon , moine de cette ancienne abbaye, porte que Tabbé Gautier la gouverna bis quater ms* nis; le P. Ch\Sfic%(d) a lu quatemis annis. Il retranche tout d'un coup dix années du gouvernement de Fabbé Aimin , en lisant octo , où la chronique porte : posl xviii sui regiminis annos. Dana une charte de Louis le Débonnaire de l'an 839, au lieu de Meginarius notarius , le même auteur a lu : Ego Mercharius notarius. Il a défiguré les noms^ de deux autres notaires de Charles le Chauve, lorsque dans les Preuves de son Histoire de Toumus , il a lu Hermin Major et Aramboldus^ pour Herminmaris et Erkambaldus. Cependant on ne peut nier que ce sa vaut Jésuite ne fût fort versé dans la connaissance des manuscrits et des anciens titres. D. Mabillon (e) lui-même et Du Gange lisent plusieurs fois dans la

{d) HARTnf.,Fojya9c lUtér., V p^rt, p, 390, 951. (ejSupplem , p. 91.

ont cru qu'elle avait été inventée par les JBarbares ; les autres en ont nié Texistence et attaqué la vérité par la seule comparaison qu^ls en ont faite avec les écritures des inscriptions et des plus beaux manuscrits. L'illusion est des plus grossières. En eflEet, les notaires et la plupart des gens d'afifaires et de pratique se servent encore aujourd'hui d'une écriture qui n'est lisible qu'à 4)eux (jui en font une étude suivie. Il n'y a que les seuls banquiers qui puissent lire les bulles données a Rome de notre temps. Cependant partout, sur les marbres, les sceaux et les monnaies, on emploie la belle capitale. Condurait-on bien que les écritures si difficiles à lire, dont on vient de parler, ne sont pas en usage (1W6) , parce crue celui des lettres capitales les exclut dans les inscriptions lapidaires et métalliques de nos jours? Pourquoi donc conclurait-on des inscriptions en caractères majuscules, qu'on trouve sur les marbres et les bronzes romains, qu'il n'y avait point alors d'écriture cursive en Italie; sur les pierres et les bronze franco-galliques, qu'il n'y avait point en France au vu* siècle d'écriture cursive

fameuse charte de pleine sécurité, quod co//tc(t, où il y a quondam cotlicti , ou, comme Ton voit dans Gruter (a), collidi. Ainsi appelait-on les soldats vétérans, chez les Romains, si Ton en croit Mafféi; mais, dans Tinscription qu'il cite , Gollicius est un nom propre suivi de Tépithète veteranus. Le même P. Mabillon (6) lit encore, primi numeri FeL Theo^ où il fallait lire, Primicerius iiumeri Felicum; et un peu après, Theudosiactts ^ où il devait lire, Thêodosianorum. Nella nolixia orientale, dit Mafféi (c). Ira gli AjuH palaiini si harmo i Felici Onoriani , e Ite carpi di Theodostatti, Le même savant Italien relève (d) encore dam Bernard de Montfaucon, qui ne lit et n'explique de ces mots, P. 6\ Basilii v, c. anno xÇ , que anno Chmii, Il fallait lire, Post coH" Bulatum Basilii , vtrtj clarissimi , anno decimo sexto. Par une suite de cette méprise, D. Bernard (e) déclare le diplôme en papier d'Egypte, qui porte cette date, du VIII* ou ix* siècle, et le croit écrit en caractères lombardiques ; quoique cette pièce soit plus ancienne de dix ans que rirruption des Lombards en Italie. En 1682, on parla beaucoup d'une prétendue découverte faite par le P. Menestrier, Jésuite , touchant le véritable nom de la femme du roi Henri I". Cet habile antiquaire découvrit < le tombeau (f ) de cette princesse dans l'église de l'abbaye de Yilliers de l'ordre de Giteaux en Gâtinais , à une lieue d'Etampes. C'est une tombe plate, dont les extrémités sont rompues. La figure de cette reine y est gravée, ayant sur sa tête une couronne à la manière des bonnets que l'on donne aux électeurs. » Il y a un retour en demi -cercle, où le P. Jésuite a lu : Hic jacet domina Agnes uxor quondam Henrici Régis, Il passe aujourd'hui pour constant que cette épitaphe a été mal lue, et que le véritable nom de la princesse était Anne. Les copistes du cartulaire (^) des Seigneurs de Mergueil ayant pris la lettre initiale B, pour une R, ont lu Raymundus au lieu de Bemardtts\ et ont attribué mal à propos à Raymond II, comte de Mergueil, divers actes de Bernard son fils,quivîvait enl1%5. ËnfinGeorges Ëckhard (h) soutient que D. Martène ayant pris le mot Namue/mm^ qui signifie Namur^ pour le nom d^un Refera) Pag. 1005, inscrlpt. 5.

Ib) Sopj^eai., p. 89.

le) Itlor. (t^^tom., p. 170, [d) IMd.yp. 119.

[#)JPiariMnfea(., c.4^

méroviugiene ; sur les marbres et les bronzes lombardiques, qu'il n'y avait point de eursives lombardes en Italie; sur les monnaies anglo-saxonnes, qu'il n'y avait point du temps d'Offa d'autre écriture en Angleterro que la capitale? Nous ne faisons qu'éfcmdre le raisonnement gue fait B. Mabillon contre le sophiste qui osa attaquer la vérité des écritures cursives antiques (1467).

Toutes ces écritures liées, auxquelles nous donnons les noms de gallicane, de mérovingienne, de lombarde, de visigothique, de Caroline et de saxonne, ne sont que la cursive romaine (li-GS), diversifiée suivant le goût des siècles et le génie des nations. Elle se reproduit, pour ainsi dire, dans toutes les anciennes cursives nationales, qui ne laissent pas de conserver ordinairement à tous égards l'air, les nuances et les traits oui leur sont propres.

Ans. I. Ecritore corsîTe romaine,

I. Existence de V écriture c%irêive chez les Romains prouvée par la nécessité où ils étaient d'écrire promptementy et par l'exemple des Grecs et des Orientaux, — Que les Ao*

rendaire, a mdl lu cette date d*un dipléme de CloiFÎs m : Data quod fecit mense Junio xxy» anno se^ cundo regtii nostri , rfàmucho recognovi. Le dernier mot est de trop. Obi miror^ dit le docte Allemand , Martenium verbum recognovi addidisse^ tanquatn Namuclio referendarius ftUssety cum tamen Namuchum locuB sit, hodie Namurchum (tictus et mtinlmentis suis celebris. Omnino itaque illud recognovi delendum est, Dom Bouquet (t) a heureusement réparé cette faute dans son Recueil des Historiens de* Gaules et de la France,

Les méprises, dont on ne donne ici qa*an petit nombre d'exemples ont leur utilité , quand ce ne serait ifue pour apprendre à être sur ses gardes quand on entreprend de lire les monuments antiques. La difficulté de le bien faire a introduit dans les premières éditions des anciens auteurs quantité de mauvaises leçons, et a plus d^nue fois privé la république des lettres d'ouyrages utiles. Par exemple, Jean du Bois, éditeur de la Bibliothèque de Fleuri ou de Saint-Benoit-sur-Loire, trouva dans un manuscrit de cette célèbre abbaye un poème contenant toute rhistoire de saint Maur, martyr d*Afri^ que, composée par Raoul Tortaire, qui florissaii ài la fin du XI* siècle. Du Bois n'ayant pu lire cette pièce, dont récriture ne pouvait pas être fort dlfGcîle à déchiffrer si elle était du temps de Tauteur, prit le parti de la laisser dans robscurite. La même chose serait arrivée à des monuments encore plus précieux, si les XVII* et xviii* siècles n'avaient produit des Sirmond, des d'Acheri, des Mabillon, des Du Gange, des Baluze, des Lancelot, des Martène, Durand, VaisseUe, Lebeuf, Mellot, de Sainte-Paiave,etc.

(14C6) AUat., Animadv. in antiq, etrusc. frugm,^ p. À6 et seq.

(1467) Supplem. De re dijdom,^ p. 11«

(U68) D. Mabillon, sur la fin de sa vie, se rapprocha beaucoup de ce sentiment. La seule éinde des modèles de sa Diplomatique et de son Supplément nous en avait fait naître Tidée avant qae nous sions connaissance qu'il avait é^ soutenu avec ces par plusieurs savants dltalie.

(D Journal du 32 juin 1682.

(a) Hisi,*de Langued., u H, p. 6ti, ce t. (h) Comment, de rébus Franc, crient, I, p» (i) Toro. IV, p. 670.

PALEOGRAPHIE.

mains aioat eu unc^ manière d'écrire plus expéditivc que récriture majuscule, pour les affaires courantes, c'est surquoi on n'aurait pas dû tant disputer. Leur écriture cursive parait-elle dans les inscriptions et dans d'aatres anciens monuments? la question est terminée sans retour. Cependant des gens de lettres fort célèbres ont encore voulu la décider par le raisonnement. D. Mabillon ne s'est pas contenté de prouver l'existence du caractère cursif* chez les Romains par Tépitapbe de Gaudence et les anciennes chartes ou papiers de Ravenne (1469) ; il a encore eu reeours à l'usage où sont les hommes de s'attacher à une écriture expéditive et abrégée, et à l'exemple des Gaules et des anciens Grecs, qui se serraient de l'écriture cursive.

MaJOTéi (IWO), frappé de la nécessité où Ton était à Rome d'écrire beaucoup et promptement, ne peut comprendre que les savants aient pu refuser aux Romains le caractère Giirsif, et qu'ils en aient gratifié libéralement les Barbares , destructeurs de l'empire.

« Gomment, dit-il, n'a-t-on jamais considéré qu'il était absolument impossible aux Romains d'expédier tant d'affaires, dans un si grand nombre de tribunaux, avec un caractère aussi lent, aussi tardif, aussi peiné que le msguscule? Combien de lettres fallait-il quelquefois écrire à la hâte, comme le dit Symmaque (1471) I II était donc naturel et même inévitable dans l'exercice perpétuel d'écrire, et souvent de le faire avec rapidité, d'aller d'abord en diminuant les lettres, puis d'en disposer la figure de façon à être formée d'un seul trait de plume ; ensuite de la lier d'une manière continue sans lever la main. Nous savons le très-grand nombre d'écrivains de profession qui étaient à Rome, Suisque chaque magistrat avait les siens. ous savons encomuiende classes , et par combien de dénominations on les distinguait ;

(1469) De re dipéom,, p. 47, 48.

(4470) Veron. illuslr.y col. 348.

(1471) Mafféi cite en marffe 1. v, 58. L^épttre 86 devait être marquée. Voici les paroles de l'autèor eité : NuUutn tempus eue patior a meo offieio feriatum. Meriio properanti iia tabellario cuRSiii débita verba commi$L Le docte Italien appuie sur le cur-sim eomme s'il 8*agissait d'une écriture cursive. Mais quoique ce terme ne Texclue pas, il ne la désigne pas non plus d*une manière sûre. On pourrait absolument écrire à la h&te une lettre en majuscules, surtout

maqne,

de cet

Mafféi n*en a ^ère moins de force.

(1472) Il est probable, selon le même Mafféi (a), que la minute et la minutissime, dont il est fait mention en divers auteurs, est la cursive. Il est parlé dans les CoUeclanea de Porphyrogénète d'une loi de Galigula proposée en public avec des caractères très-menus, Ppux^xêcrotç ypàiiytacriv, expression qui semble indiquer a la fois des lettres très-petites et très-expéditives.

(1473) Lib. I De oratore, c. 15.

HiiJl) Paiœograph, é^r(S(;a, p. 262,

(a) Mafpki, Opuscol. eccles., P. ^ - {b) Paiœeqraph. grœca, p. 262, 266, 361

combien d'espèces d'instruments et d'actes ils dressaient tous les jours ; et nous croirions que des hommes si occupés, qui devaient écrire ou dicter Quelquefois de longs discours et quantité de lettres, s'en seraient bien tirés avec le caractère majuscule ! Car ii ne faut pas' seulement considérer la grandeur des caractères, mais encore la nécessité de n'en pouvoir former aucun sans en détacher la plume ou le calamus, et de plus sans faire, par exemple, un A ou un E de trois ou quatre pièces. Quel est l'employé dans les grands bureaux ou dans les greffes de judicature, qui pourrait suffire au travail, s'il fallait seulement tout écrire en caractère d'imprimerie? Il est donc indubitable que même à Rome le petit caractère et le cursif étaient en usage (lii.72). » On peut ajouter qu'il n'est pas vraisemblable que les auteurs romains dans la chaleur de la composition n'aient pas su éviter les lenteurs de l'écriture majuscule. Tardior stylus, dit Quintilien (1473) cogUationem mora/wr. L'auteur blâme en cet endroit le peu de soin que la plupart des gens de condition apportaient à écrire bien et promptement : Non est aliéna re$, quœ fere ab honestis negligi solet^ cura bene ac velocUer scribendi.

L'exemple des Grecs vient à l'appui de ces preuves. Dès les temps les plus reculés leur cursive liée et pleine d'abréviations s'est formée. On s'en servait dès le m* siècle (1474). Evagre de Pont, moine célèbre, qui vivait sur la fin du iv% excellait (1475) dans Fart d'écrire en caractères cursifs ; eleganter scrib$bat eelerem oharaeterem. Ce n'est pas de l'écriture minuseule çrecque (1476), mais de la cursive plus expéditive et liée ensemble, que doit s'entendre l'art de la tachygraphie propre de ceux qui faisaient profession d'écrire promptement, et différente de la calligraphie, qui était la belle et l'élégante écriture (1477). Les anciens font souvent mention

■ (1475) Pallad., c. 86.

• (1476) Veran. iUustr., col. 549.

' (1477) Cette manière d'écrire promptement fat usitée, selon D. Bernard de Monttaucon (6), dès les premiers siècles de TEglise. Maies les libraires ne commencèrent guère à Fadopter universellement que vers le ix* (c). Les lettres majuscules ne servirent plus alors que pour les livres d*^Hse,pour les titres des manuscrits, et quelquefois aussi pour les notes marginales. D'abord ces libraires ou calHgraphes récents ûrent un mélange des caractères rond et oncial avec le caractère à liaisons. Mais celui-ci remporta bientôt et reçut diverses formes suivant les diiTé^ rents siècles. Ainsi les tachygraphes, que leur profession engageait à écrire avec célérité, furent les premiers qui changèrent la forme commune des caractères grecs dans les manuscrits, pour y introduire les lettres liées qui rendaient récriture plus expéditive. Il est fâcheux que nos premiers imprimeurs qui ont fondu des caractères grecs aient pris pour modèles ceux de récriture cursive propre aux tachy- CTaphes, au lieu d*imiter les caractères ronds el élégants des calltgraphes qui transcrivaient le texte de rEcriture sainte. On trouva si belle récriture cursive grecque d'Ângelus Yergerius de niedeCtn-

{€) Ibid., p. !I63.

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