‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 89 sur 136 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

cendance pour quelque fidèle qui les en prie au nom ou ciel (1633). Ainsi Abailard répondf par son Introduction à la théologiCy au vœu de ses nombreux disciples, qui le supplient de ne pas garder pour lui seul le

Fénie que lui a donné le Seigneur, et de usage duquel il lui sera un jouf demandé compte (1^) ; et saint Anselme n*a rédigé qu'en cédant aux instances réitérées de ses irères du Bec, un de ses chefs-d'œuvre, le Monologium (1635).

Quelquefois mèuie il arrive qii'en échange du livre demandé , ceux qui le sollicitent s'engagent formellement envers l'écrivain à prier Dieu pour son salut. Avant de composer la vie de saint Licinius et celle de saint Magnobode, Marbode avait passé avec les chapitres des villes de Tours et de Rennes, pour lesquels il avait consenti à écrire, un contrat en règle dont les clauses nous ont été conservées. Voici un de ces curieux documents :

« Moi , Marbode , évèque de Rennes , j'ai décrit la vie du bienheureux Magnobode, à la prière des chanoines de notre église ; en récompense de mon travail, ils m'ont promis de me faire participer au fruit de leurs

Ï trières et à tous les avantages spirituels que eur église obtiendra en tout temps, et de dire pour moi chaque jour, tant que je vivrai, à la messe du matin , cette Collecte : Deus^ qui justificas impium; après ma mort, ils diront à mon intention les prières et les messes auxquelles a droit chacun des chanoines, et ils célébreront à perpétuité mon anniversaire comme ils le feraient pour un des leurs. Chaque jour , en outre , excepté les jours fériés, jusqu'à la fin du siècle, en allant au chapitre, ils chanteront après Prime un De profundis avec le Chapitre : Requiem œtemamy et* la Collecte : Absolve^ Domine. De cette convention passée entre les chanoines et moi, que mon seisneur saint Magnobode soit le médiateur, le témoin et le garant. Ainsi soit-il (1636) ! »

(1653) Yoyez VHutoite littéraire de la France, t. H, p. 539,*544, 598 ; t. XII, p. 37, 168, etc., etc.

(1634) f Scholarium nostrorum petîtioni, prout possunius, satisfacientes aliquam sacrae eruditiouis sammam, quasi divin» Scriptur» Introductionem

conscripsimus Unanimiter postulant netalentum

mihi a Domino commissum multiplicare diffèram, 9uod cam usuris utiçiue dtstrictus ule et horrendus jodex quandoexigat ignoratur.Petri Abaelardi Opérai éd. Fr. d'Amboise, in-4-.; Paris, 1616, p. 973-974. »

(1635) Voyez Sancti Anselmi Opéra, éd. Gerberon, in- fol.; Paris, 1685, p. 3; ou Bouchitté, Le ratiotialiime chrétien à la fin du xi* siècle, p. 3. •

(1636) Yenerabilis Hildbberti Opéra. Acoesserant* Marbodi Opuicuta, éd. Beaugendre, in-fol.; Paris, 1708, col. 1506. Voyez la pièce analogue à celle-cii md.. col. 1430. : ..

(lé57) Yoyez LècHAUDé d'ANiSY, Extraite dee Ar- €kiveedu Calvado$l^ vol. in-8*>; Caen, 1834, formant les I. VU et VU! des Mémoires de ta SociéU des Aniiquairet de Normandie; le Cartulaire de Vabboffe de Saint-Phe de Chartres, 2 vol. inf-4*.; Paris, 1840, édit. Guérard; le Cartulaire de^Vabbaye de Saini-B^in, 1 vol. iii-4«; Paris, 1841, édit. Guérard ; r^Mat fUstorique sur Vahbaye de Saint-Martin ë^Autun, par J.-Gabriel Bclliot, 2 vol. in-8^; Au-

Mais c'était seulemenf sur les esprits d'élite que se pouvait prélever un tribut de cette nature ; les autres, à qui la religion demande, quand ils ne viennent pas les offrir, des services non moins utiles, quoique d'un ordre moms élevé, paieront de leurs bras ou de leur bourse.

Pour nous en tenir ici à ce dernier ^enre d'impôts levés sur la générosité des fidèles, on ne se fait pas une idée de la multitude d'aumônes plus ou moins considérables, de donations plus ou moins importantes, que le désir de racheter ses péchés, l'espoir de sauver son ftme et celles de ses procnes ont déterminées, du xi* au xiv' siècle, chez les petits et chez les grands, chez les pauvres et chez les riches. Les annales de toutes les abbayes ne sont guère que des cartulaires, c'est-à-dire des catalogues de ces pieuses fondations (1637).

£n échange de ces présents, les abbayes donnaient à leurs bienfaiteurs, comme les chanoines de Rennes et de Tours à Tévêque Marbode, des prières qu'elles leur garantissaient.

La garantie était quelquefois une véritable investiture; ainsi nous voyons, dans une charte de l'an 1070, un gentilhomme normand, Herbert de Mélicourt, concéder aux religieux de Saint-Père de Chartres sept acres de terre, sises dans le Bourbonnais, et les moines investir le donateur devant l'autel, par un missel d'argent, du droit qu'il achetait ainsi aux prières tant des frères actuels que des frères, à venir : Et pro hac re ante ipsum altare^ per argenteum missalem^ de orationibuê tam pngsentium fratrum mam êuccedentium eum revestiri voluimus (1638).

Ces engagements que prenait TEdise do prier pour les Ames charitables qui lui venaient en aide, étaient souvent accompagnés de la remise, faite en tout ou en partie au nom du Pape régnant, des pénitences qu'on avaient encourues.

Les indulgences étaient singulièrement

tun, 1849; le Cartulaire de Pabbaye d'Ardennes,^ vol. in-fol., ms. conservé à la bibliothèque de Caen, etc., etc. — Dans la charte de fondation de Tabbaye Saint-Etienne de Caen (voyez Lanfranci Opéra, éd. d'Achery, p. 20, col. 2), après un préambule où le fondateur se flatte d*obtenir en retour de ses largesses la rémission de ses péchés d^abord, et ensuite un bien d*un prix infini, c'est-à-dire Dieu lui-même et le royaume céleste, il ajoute : c Qua spe ductus Ego WiUelmus Anglorum rex, NormannorumetCenoroanorum princeps, cœnobium in honorem Dei ac beatissimî protomartyris Stepbani intra burgum, quem vulgari nomine vocanl Cadomum, pro salute animœ meœ, uxoris, filiorum ac parentum meorum disposui construendum. > C'est la formule constante. M. Léchaudé d'Anisy cite, dans ses Extraits des Archives du Calvados, t. I, p. 472, une pièce où cette formule est accompagnée d'un détail assez remarquable : f Raoul donne une loge pour les draps à Falaise, aux moines de Saint- André, pour le salut de son Ame et de celles de ses enfants, ainsi que pour se ra^ cheter des maux ijue lui et ses enfants ont souveiU faits auxdits religteux. »

(1638) Cartulaire de l'abbaye de Saint-Père d$ Chartres, édit. Guérard, t. I, p. 167, ch. 40«

recherchées ; et il ne pouvait en être autretnent: On comprend avec quelle joie un pécheur condamné, par exemple, & marcher les Sieds nus pendant dix ans, ou à rester penant sept ans exclu de son église et privé de la communion (1639), donnait une partie de sa fortune pour abréger de pareils supplices.

S(ui aurait refusé de racheter au poids de l'or es péchés dont on ne s*était pas lavé, soit Ear oubli, soit pour un autre motif, au triunal ordinaire de la pénitence, et qui pouvaient entraîner, après la mort, de longues années ou même une éternité d'effroyables châtiments ?

Aussi était-ce là une des plus puissantes ressources auxquelles, pour faire face à ses immenses i)esoins, le clergé avait le plus souvent recours. Toutes les fois qu'il lui fallait élever ou restaurer qiielque sainte maison, une bulle du Souverain Pontife autorisait l'église locale à publier et à faire répandre, par des frères quêteurs, dont la probité serait reconnue, et à la condition expresse qu'ils n'ajouteraient rien au rescript pontifical, des billets spécifiant la nature et réten'due des indulgences que gagnerait quicongue apporterait son offrande : ces billets qui restaient comme des titres entre les mains des bienfaiteurs de l'œuvre, s'appelaient cédulles ou cartels (164.0). On les trouve mentionnés sous ces deux noms dans plusieurs pièces importantes, et entre autres dans le 5" canon du concile de Béziers, tenu en 1246; dans le 2'decelui de Bordeaux, tenu en 1255; dans le kT du synode d'Exeter, tenu en 1287 (16M).

C est une de ces cédulles, un de ces cartels, qui paraissent avoir jusqu'ici échappé aux regards de nos antiquaires, que je me propose de décrire.

Disons d'abord comment cette pièce curieuse est venue entre nos mains.

Au mois de juin de Tannée 1848, M. Laignel, curé de Boulon, village situé à 14 kilo-

(1639) Innocent U, Letlre 50, dans la CoUecHon des Conciles^ édit. Labbe, t. IX, col. 1136. Noos Avons une foule de traités sur les indulgences; on peut en voir le catalogue à peu près complet dans Bellabmin, De indulgentiis, hb. i, c 1.

(i6i0) Cedullœ scheduiœ, carteUi. Le Dictionnaire de Trévoux, qu'il fout toujours consulter quand on veut éclaircir quelques termes appartenant à Thisloire religieuse du moyen &gc, est ici en défaut : la cédule n'est plus pour lui qu'un c petit morceau de papier où Ton écrit (][uclque chose pour servir de mémoire. On donne, ajoute-t-il, aux régents des cedules où sont écrits les noms des causeurs ou de ceux qui n'ont pas fait leur thème. > Rien non plus sur le cartel.

(1641) Labbe, Collection des Coticiles, t. XI, c. 678, 73d, 1301. Cf. Du Gange, édit. Uenschel, y> Cartellus,

(1642) c L'église (de Boulon) a été primitivement construite en assises alternées, probablement sur des fondations romaines. Le côté du nord et une partie du galbe de l'ouest ont encore leur premier caractère. On 3' reconnaît l'emplacemenr de petites fenêtres longues, aujourd'hui remplies et remplacées par d'autres fenêtres des xnr et xiv* siècles. > Fréd. Galebon, StatistiiiMedeVarrondissement de Fa/oûe, in-S"*, 1838, t. UI. p. 322. ^Cf. De Caumont, Statistiqtie mo-

mètres de Caen, sur la route 'd'Harcourt, en faisant réparer son église, y trouva, dans le mur du pignon, vulgairement appelé gable et situé derrière le chœur, en face de Tautel, une bande de parchemin qui semblaity.àve)r été très-anciennement déposée. La cachette

2ui la recelait avait été pratiquée, h une poque incertaine, peut-être à répo(]ue même de la construction du mur, c'est-à-dire au xiii* ou XIV* siècle (1642), à deux mètres environ au-dessiis du sol, sous les pierres formant la base d'une fenêtre en style ogival, dans un ciment à chaux et à sable d'une grande dureté; cette cachette n'avait- évidemment été faite que pour l'objet unique qu*on y découvrit et dont elle n'était en c[uelque sorte que l'étui. Quoi qu'il en soit, M. le curé, à Tobligeance duquel nous devons ces détails, voulut bien confier sa trouvaille à notre collègue M. Aubert qui nous l'a communiquée.

Ce parchemin, qui a un peu plus de 20 centimètres de longueur sur 5 de hauteur, paratt avoir été détaché avec des ciseaux, sans beaucoup de soin ou par une main qui n'était pas très-sure, d'une feuiMe dont il aurait fait partie; on dirait même, è la manière dont il est coupé, que la feuille dont il provient aurait appartenu à quelque livre, à quelque registre, et qu'on l'en aurait séparé, comme on sépare un coupon de sa soucne.

Sa surface est entièrement occupée fil n'y a de blanc ni à droite ni à gauche» ni en haut ni en bas) par huit longues lignes d'une écriture assez fine et très-serrée.

Cette écriture remonte au milieu environ du xin' siècle; le caractère et la nature des abréviations qu'on y remarque ne laissent aucun doute a cet égard (1643).

Malgré les difficultés qu'elle nous présentait nous sommes parvenu à la déchiffrer entièrement, et nous croyons pouvoir donner comme parfaitement exacte la transcription suivante :

numentale du Calvados, t. Il, p. 19^. — Aux déUils donnés par ces deux écrivains ajoutons ceux-ci que nous tendus de M. le curé de Boulon : VégUse possède encore trois autres fenêtres de tout point semblables à celle au-dessous de laquelle le billet a été découvert ; Tune d'elles présente des âgures iMbcarres et d^ dentelures qui caractérisent Tarcbiteeture du xni* siècle. La maçonnerie des murs est formée de pierres jetées pêle-mêle dans nu tas de chaux et de sable, comme au cb&teau de Ganoes, au ch&teau de Domfront, etc., etc.. Enfin on y remarque une singularité qui a beaucoup occupe les archéologues; le chœur est légèrement incliné a gauche, comme dans d'autres églises, qui figurent par là, selon quelques antiquaires, la position quVfecta la tète du Christ expirant sur la croix. Cf. notre Compte rendu de VHistoire de Dieu jpar M. Didron, 2* édition, 1847, in-8% p. 27 et 37.

(4645) Rapprocher le fac-similé ci-joint des spécimens donnes par les paléographes; voyez entre autres dans De Waillt, Liémenlt de paléographie, L H, en face de la page 256, la planche vu, n«* o, 7 et 8 ; Ghassan, Essai sur la oaléograpkie française, p. 15. et plancheix, n^* 1 et 2; Au^ste Mootié, Introduetion au recueil de chartes, et ptèces relalUfCs au prieuré N.-D. des Mouiineaux, charte de Simon de Gazcrao, À la fin du volume, etc., etc.

PALEOGRAPHIE.

1'* uaNB. — Dominuêpapa omnibuê benêfactoribus ecclesie béate Marie de Ardena supra CadofMim denovo fundate premonstra^ tensis ordinis qui stuu elemosinaê transmife-* runt. I. annum et, th. xx. dies de injunctia

â' UGNB. — sibi oeniienciis mieertcorditer relauxaê : peccata ohlitaj vota fractaj si adea redierunty offensas patrum et matrum sine manuum injectione^ et absolutionem festorum transactorum (16H). Item

3' LIGNE. — Innocentius papa c. dies usque adfinem operis, Dominus legatus xl. dies. Dofninus Odo cardinalis Rome xl. dies, Dominus archiepiscopusrothomagensis cum suis suffraganeis unusquisque xl. dies. Preterea quisque

4* LiONB. — eanonicus totius ordinis premonstraiensis in quo sunt .cccc. et .lx. yi. abbeUie célébrant per annum lx. missas.

Quisque clericus lx. psalteria (1645). Quisque conversus septem .m. Pater noster

5' LiGNB. — et totidem Ayb Maria pro benêfactoribus dictis. Item per ordinem celé- 6ran/[urJ GCGG. et .lx. yi. misse de Sancto Spiritu .cccc. et .lx. yi. misse de Sancta Mariay et totidem

6' ligne. — pro defunctis et .lx. n.annuor lia per annum. Item conceduntur omnia bona spiritualia que in toto ordine fiunt et fient : videlicet in missis^ jejuniis^ vigiliiSf koris^

T UONB. — psalmtSf orationibus^ discipUniSf matutiniSf hospilalitanbus. Item in abbatia de Ardena .ix. misse cotidie celebrantur. Summadierum .yi. anni. etc. dies.

8* ligne. — Summa anniMilium .cccc. et LX. YI. anntMilia. Summam missarum et aliorum bonorum nemo scit nisi Deus. Et hec omnia bona a domino papa confirmantur.

Ce qui peut se traduire ainsi :

« A toutes les personnes charitables qui ont déjà transmis leurs aumônes à Téglise Sainte-Marie-d*Ardennes au-dessus de Caen, de l'ordre de Prémontré, maintenant en Yoie de reconstruction, notre seigneur le Pape remet dans sa miséricorde 1 an et 140 jours des pénitences qui leur sont infligées [pour] les péchés oubliés [dans la confession]; pour les YŒux rompus, à la condition cependant qu'on y sera revenu ; pour les offenses faites à un père ou h une mère, si toutefois on n'a pas levé la main sur eux ; enfin, pour les rétes.qu'on n'aurait pas chômées. Déplus, le Pape Innocent remet 100 jours [à ceux qui

(1641) Si Ton ne veut pas faire régir tous ces accusatifs par le verbe relaxât, on peut sous^utendre ici quelque autre verbe, comme remittit.

(1615) c Psalterium, liber continens psalmos Davidis, qui liber psalmorum dicitur in Aciis apostolo^ rum, cap. I. Sanctus Augustinus in Psalmum 418 : Codex psalmorum, qui Ecclesiœ consueludine psalterium nuncupatur... Gbartaanni 1199 in Ghartulario Clarifontis, cap. 79 : Clericum unum... providebit qui pro soluté animœ meœ... psalterium unum cum wigiliis et commendatione ammarum sin^is diebus f'n perpetuum in eadem cantetecclesia, Sauslier eodem sensu In testamento anni 1345 ex chartuL il. Corb. : Item aulx clerchs des paroisses des églises de Gorbye pour viîj.saufttier, qui diront pour Tàmede my, pour diacua xij. deniers. » (DiiGasige, edil. Henschel.)

donneront à partir d'aujourd'hui] jusqu'à la fin des travaux; le seigneur légat 40 jours; le seigneur Odon, cardinal à Rome, ^Ojours; le seigneur archevêque de Rouen avec ses suffragants chacun kO jours. De plus, chaque chanoine de l'ordre entier de Prémontré, lequel ordre compte i66 abbayes, céiè^ bre par an [à leur intention] 60 messes ; cha-

Spe clerc lit 60 fois son psautier; chaquo rère convers dit mille Pater et autant d'iit^e. De plus, l'ordre célèbre 4-66 messes du Saint- Esprit, i^66 messes de Sainte-Marie, autant de messes pour les morts, et 66 annuels (164C) par an. De plus, on leur assure tous les biens spirituels qui se font 'et se feront dans l'ordre entier en messes, jeûnes, veilles, heures, psaumes, oraisons, disciplines, matines, hospitalités. De plus, dans l'abbaye d'Ardennes neuf messes se célèbrent chaque jour. Total des jours, 6 années- et 160 jours; total des annuels, 466. Quant aux messes et aux autres biens. Dieu seul en sait le nombre. Et tous ces biens leur sont confirmés par notre seigneur le Pape. »

Après les détails oont nous avons fait précéder ce document, la pensée générale qu'il contient ne peut laisser aucune incertitude. L'abbaye d'Ardennes avait à relever son église; elle invite les fidèles à contribuer de leur bourse aux frais des constructions aux-, quels ses propres revenus n'auraient pas suffi, et elle leur promet en retour des indulgences et des prières. Mais j'y trouve quelques détaifs plus ou moins obscurs et que j essaierai d'éclaircir.

C'est bien de injunetis s,ibi penitenciis misericorditer relauxat^ qu'il faut lire aux lignes 1 et 2. Cette formule est consacrée, à une certaine époque du moins : on la lit en toutes lettres dans plusieurs pièces où se reproduit l'idée qu'ici elle exprime. La bulle d'Innocent IV sur la canonisation Je saint Pierre, martyr de Vérone, et l'institution de sa fête pour le 29 avril, se termine par ces mots : Et ut ad venerabile ipsius sepul^chrum ardentius et af/luentius christiani pw puliconûuat multituao, accelebrius ejus martyris colatur festivitas, omnibus vere pcenitentibus et confessis, qui cum reverentia illuc in eodem festo anniMtim accesserint... annum^ unum et qiMdraginta dies... de injuncta sibi pcenitentxa misericordiler relaxamus(iWl).

Trois autres bulles du môme Pape répè-

(1646X< Annuel est une messe qu^on dit tous les jours pendant Tannée du deuil, depuis la mort du défunt, pour le repos de son &me ; annuum pro morluo sacnficium. » {Dictionnaire de Trévoux.) Tous le» dictionnaires donnent au mot annuel la même signification. On m'assure cependant qu'aujourd hui Yannuel ne comprend plus que 52 messes par an, une la semaine. Cette réduction tiendrait probablement soit à la multiplication des fondations de cette nature, soit plutôt à la décroissance relative du personnel clérical. Il ne faut pas confondre ronnue/ avec Vannivenaire, qui se dit, en style liturgique, d'une messe célébrée, une fois Tan, à un jour déierminé.

(1647) Maanum bullarium romanum^ t. I, p* i2t|, col. 2; p.^, col. 1.

tent la même formule sans y changer une syllabe {i6kS). Le relauxai de notre manuscrit est une faute d'écriture provenant d'une mauvaise prononciation; Va allongé outre mesure sonne à peu près pour l'oreille comme la diphthongue au; nous ne saurions en vouloir à Du Cange^qui n'avait pas à tenir compte de toutes les erreurs dans lesquelles tombaient d'ignorants copistes, de n'avoir pas donné ce mot ainsi orthographié. Quant au solécisme sibi pour illisj il est perpétuel dans le latin du moyen â^e qui confond sans cesse, nous l'avons déjà constaté ailleurs, ces deux ordres de pronoms (16^9).

Que faut-il entendre par les mots de novo fandaUf S'agit-il d'une construction récente^ ou d'une reconstruction? Veut-on dire crue l'église a été récemment fondée, ou qu on en a jeté les fondations de nouveau, c'est-àdire ici pour la seconde fois ? Ce dernier sens est le seul admissible. L'expression de novo s'emploie constamment avec cette signification : Convocatis de novo in aula nostra consistorialif in palatio apostolico universis et Ungulis qui tune aderant in nostra romana curiçy ecclesiarum prœlatis f dit Léon X dans un Motu proprioy qui a bien pour objet de rappeler, par ces paroles, une seconde convocation , < et non une convocation récente (1650). De novo decernimus^ déclara-tnusj statuimus et ordinamus^ dit le même prélat dans une autre pièce du même genre (1651); et il est bien évident, parle temps {présent des verbes dont se sert la formule, que e Souverain Pontife entend parler, dans ce passage, non d'unedécision qu il aurait récemment prise, mais d'une décision qu'il prend actuellement pour la seconde ou la troisième fois. On rencontre dans la langue du temps une expression équivalente, mais plus claire, et qui est comme une glose explicative de notre texte. Orderic Vital rappelle quelque part (1652) les services qu'un des archevêques ae Rouen, Guillaume Bonne- Ame, avait rendus à l'Église dans sa métropole : Matricem basilicam, dit-il, omnimodis omatibus cultui divino necessariis affalim locupletavitj et claustrum episcopii domosque convenientes a fundimentis eleganter reno- VAViT. Louis VII, dans une lettre adressée aux archevêques, évêques, abbés et clercs de tout le royaume, à Toccasion de la reconstruction de la cathédrale de Senlis (1653), s'exprime en ces termes : Ecclesia sanciœ Marias Silvanectensis média corruens vetustate INNOVATUR A FUNDAMENTis. A fundamAitis fenovare ou innovare^ De novo fundare^ autant de synonymes répondant à notre locution française, rebâtir a nouveau^ de fond en comble^ comme nous pourrions dire, si l'usage le permettait.

Xa philologie d'ailleurs s'accorde parfaitement ici avec la chronologie ; ou plutôt la

(i6i8) Magnum btUlarium romumim. t. I, p. 1S5. col. 2; 128, 1; 151, 2.

(1649) Voyez LanfranCj Notice biographique^ lit^ téraire et vhilosophique, p. 97 et 144, note 71.

(1650) Magnum builarium romanum, 1. 1, p. 610, col. 2.

philologie et la chronoiogie s'entr*éclairent l'une l'autre.

Page 1