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Chapitre 4. Ecritures diplomatiques de V Angleterre et de VEcosse

Avant le vu* siècle, les Anglo-Saxons faisaient leurs donations tantôt par une pique, une flèche, un bftton, tantôt par un gazon, un cornet et d'autres symboles (1658). Leurs plus anciennes chartes sont en lettres minuscules. Jusqu'au règne d'Alfred le Grand, les écritures anglo-saxonnes minuscule et cursive furent ordinairementeoiployées à écrire les actes. Au fond l'écriture d'avant son règne n'était guère différente de la romaine ; mais elle empruntait beaucoup de lettres de la cursive. On en peut juger parles modèles rapportés par Hickes dans sa Crawmaire anglo-saxonne (1659). Depuis Alfred, d'autres écritures minuscules et courantes, . empruntées des Français, servirent souvent an même usage. Elles étaient plus élégan-

^1655) Planche xvni

1656) Voyez Planches de PaUograpnte, n» 42.

1657) Voyez Planches de Paléographie^ n« 45. ;1658) HicKBS, IHsseTî. epist., o. 79, 65. Item t. Il,

praeCat. , c. 2.

(1659) Pag. 168.

S 1660) Grammatic. anglo-sax. , p. 159.

1661) Ibid., p. 156.

166i) Manus enim saxonica ^ ditingulphe, abbé deCroyIand (a), ab omnibus Saxonibus et Merciis

la) Hist, CrogUmd^ , p. 91S

tes, ayant été formées sur le modèle dos caractères introduits par Charlemagne.

Hickes (1660) fait mention d'une charte du roi Eadrède, écrite entièrement en lettres françaises. On vit au xr siècle des chartes écrites tout à la fois en lettres saxonnes et françaises. Le même auteur appelle cette écriture anglo-normannique ou normannosaxonne, et dit qu'elle fut introduite par les Normands. Il cite (1661) un diplôme d*Edouard le Confesseur, en lettres françaises, excepté les caractères répondant au th ou to saxons. Les écritures anglo-saxonne et fran-

Saise se trouvent réunies dans une charte u même prince, conservée en original dans les archives de Saint-Denis en France, La manière d'écrire des Anglais fut négligée, et l'écriture française fut admise dans les actes (1662). Celle-ci, depuis la conquête du royaume par Guillaume, duc de Normandie, prit faveur de plus en plus, et donna enfin l'exclusion à la saxonne. Mais dès le rè^ne'de Henri II, les beaux caractères français, usités en Angleterre, dégénérèrent en gothiaue, qui devint dominant au xiu' siècle. Alors commença à paraître en Angleterre cette mauvaise écriture cursive qui régna dans toute l'Europe jusqu'au xvi*.

Les plus anciennes écritures diplomatiques d'Ecosse ne remontent pas au delà du XI*. Elles se réduisent à la minuscule française et gothique, et à la cursive dont nous venons de parler. Le gothique minuscule commence a se faire voir dans les chartes du roi David 1*% qui monta sur le trêne d*Ecosse l'an 112iSi.. La mauvaise cursive ne commença que sous le règne du roi Alexandre III, couronné en 12i9.

§ 1. Ecritures des actes d'Angleterre.

Les plus anciennes chartes d'Angleterre sont en écriture majuscule onciale, semblable à celle des plus beaux manuscrits. Ce caractère constitue le premier genre des écritures employées dans les actes de ce royaume.

Les écritures minuscules et minusculocursives, saxonnes et françaises des chartes d'Angleterre, forment le second genre.

Les écritures cursives gothiques des bas siècles, dont les Anglais se servirent pour écrire leurs actes, constituent le troisième genre de notre première sous-division. Ce genre comprend cinq espèces. La première est chargée d'abréviations, aiguë et demigothique. L'écriture de la deuxième espèce est très-menue, pochée, et parfaitement eothlque. La troisième espèce de cursive gotni-

usque ad tempora régis Alfredi ^ qui per gallicanes doctores omnibus lilteris apprime instructus erat^ in omnibus chiroyravhis usitata, a tempore' domim dicti régis {GutUelmi) desuetudine viluerat^ et manus gallicanay quia magis legibilis et aspeclui perdelecta- Si/ts» prœceUebat, frequeniius in dies apud omnes Angles complacebat. Cet abbé présenta à Guillaume le Conquérant des chartes d Ëdgard et des autres rois ses successeurs , ëcriies en anglo-saxon et en btin d*une écriture française.

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que anglaise tient ae la minuscule, La qua- Irième se distingue par de petites lettres à

2ueues repliées, et par des capitales hautes, troites, armées de pointes, de traits absurdes, et de traverses doubles, triples et aua-

• L écriture de la dernière espèce de gothique cursive est aiguë, anguleuse et presque semblable à celle qu'on appelle ronde.

I % Ecrilares dinlomaUqoet d*Ecosse.

Le Trésor choisi des diplômes et des monr naies d Ecosse^ composé par Anderson et publié par Ruddiman, offre dans sa première partie environ quarante modèles des chartes données par les rois et les seigneurs écossais , depuis Tan 1094. jusqu'en 1412. Ces modèles, parfaitement bien gravés, n'offrent point d'autres écritures que la minuscule française et gothique , avec la cursive des derniers siècles.

Chapitre 5. Ecritures diplomatiques fEmir gne. Conclusion générale. Impossibilité We la fabrication des écritures cursives romaines^ mérovingiennes j lombardiques ^ carolinesj visigothxqueSy saxonnes et capétiennes.

Les écritures employées dans les actes d'Espagne sont les minuscules et cursives visigothiques , la minuscule française et les gothiques modernes, tant minuscules que courantes. Elles sont comprises dans la dernière division de la troisième classe des écritures latines. Les modèles se rapportent à deux genres. Le premier s'approprie les écritures diplomatiques minuscules, dont voici les espèces.

La première est visigothique, haute, serrée , tranchée dans ses montants , mêlée de lettres cursives tremblantes , de d à queues brisées, d'r et de t singuliers. La deuxième espèce dé minuscule visigothique est petite, jnêlée de lettres cursives, remplie tPabréviations , et tire sur la française. La troisième espèce de minuscule usitée dans les chartes d Espagne est la gothique moderne. Nous avons dit ailleurs que le concile de Léon, tenu en 1091, ordonna qu'on se servirait désormais des caractères français au lieu des lettres de Tolède ou visigothiques. Cette écriture française dégénérante caractérise la quatrième espèce des minuscules diplomatiques d'Espagne. Un privilège accordé à l'église cathédrale d* Avila , par Ferdinand III, dit le Saint, roi de Castille, en est le meilleur modèle. Ce dipldme commence par le monogramme de Jésus-Christ, accompagné des lettres Aa. Le tout signifie :

ChrISTUS, PRINGIPIUH ET FINIS. Suit IC tCXtC.

Entre les deux colonnes de noms qui souscrivent ce diplôme, on voit un double cercle, au centre duquel il y a une croix. Dans le cercle concentnque on lit en capitale gothique : SiGNUM Ferrandi Régis Castelle et ToLETi, Legioni et Gallie. L'écriture minuscule qu'on lit autour du cercle excentrique porte :

Lupus Didacide Faro AlferizDomini Régis confirmât.

(1663) Voyez Planches de Paléographie^ n* 44.

Gonçalus Roderici majordomus curie Régis confirmât.

Toutes les signatures sont de la main de l'écrivain de la pièce. Les évéques et le chancelier ne se servent point du mot subscripsi, mais de celui de confirma écrit en notes de Tiron. Ces notes sont le 3 renversé qui signiGe con, recouché et l'o cursif. La date du diplôme, Facta carta apud Legio^ nemregiam exp yuii^dieNovembris. era mcclx octavay revient à l'an de Jésus-Christ 1230.

Avant que le roi Alphonse YI eût introduit l'écriture française dans les royaumes de Castille et de Léon, la cursive visigothique servait souvent à écrire les manuscrits et les chartes. Le gothique cursit des bas siècles devint encore plus dominant en Espagne que dans le reste de l'Europe. On en distingue six espèces. Les lettres visigothiques de la première sont i>etiies , liées et assez semblables aux cursives mérovin* giennnes. La deuxième espèce est visigothique, très-menue, liée, et d'autant plus singulière qu'elle est d'un siècle eu l'écriture cursive semble avoir. manqué dvis les autres eontrées de l'Europe. Les lettres de la troisième espèce de cursive visigothique sont longues, serrées et élégantes. La quatrième espèce de cursive visigothique est arrondie et mêlée de minuscule française.

Depuis le commencement du xnr' siècle jusqu'à la fin du xvi* les écritures gothiques cursives d'Espagne et de Portugal devinrent si barbares, que Don Christoval Rodrigues lui-même n'a pu déchiffrer la plupart des modèles qu'il en a publiés. Celui que nous empruntons à cet auteur offre une cursive des plus belles, si on la compare à celles qui la suivent. Elle sert ici de modèle à la dernière espèce des écritures expéditives, dont l'Espasne a fait usage dans ses actes (1663). On ta lit ainsi : En (c) el nombre de Bios todo poderoso Padre e Fijo eEspiritu sancto 9 'o« très personasun solo Bios verdadero que bive e régna por si empre s'infin e delà bien a venturado virgen gtoriosa. Ceci est le commencement d'un privilège accordé à Don Fer nandis Nunez, trésorier de la reine en 14.78, par leurs Majestés catholiques, Don Ferdinand V et Isabelle de Castille.

Voilà enfin notre Traité des anciennes écritures complet. C'est aux antiquaires à juger si nous avons réussi à réduire toutes les latines en système exact et régulier. Les cursives romaines, franco-galliçiues. saxonnes, lombardiques, carolines, visigotniques, capétiennes et gothiques, représentées dans notre seconde et troisième classe, après avoir subi les variations causées par la vicissitude des temps, ont enfin abouti à la forme où nous les voyons réduites aujourd'hui. S'imaginer que des imposteurs aient pu inventer toutes ou chacune de ces anciennes écritures nationales , et en conséquence ôter la confiance aux actes où elles sont employées, c'est le comble de l'extravagance.

Tout titre véritable doit s'accorder arec les car Itères génériques et invariables da

vn

PALEOGRAPHIE.

fol OU tel siècle 9 de tel ou tel pays, de telle ou telle écriture. Plusieurs faussaires, qui fabriqueront des titres dans un temps de beaucoup postérieur à la date qu'ils auront attribuée, s'accorderont encore moins entre eux qu'avec les pièces véritables. Chacun aura ses idées , chacun usera de plus ou de ruoins de précautions. Communément ils n'auront pas pris le modèle du temps, parce qu'ils n'en auront pas compris la nécessité. S'ils l'ont biçn sentie, ils n'auront pas toujours choisi ce modèle propre aux temps, aux lieux, aux circonstances où ils s'étaient placés. Ils n'auront pas porté si loin leur attention. Du moins ne l'auront-ils pas fait il tous égards : cela était bien au-dessus de leur portée. Ainsi leurs productions seront reconnues par leur différence avec les véritables. Les fausses pièces ne se soutiendront point les unes les autres. Le faux ne peut s'accorder Avec le faux : cela n'appartient qu'au vrai. Nulle ressemblance entre les pièces fausses, qui ne partent pas de la même niafn : trop de ressemblance, si elles en sont sorties. Ces deux qualités contraires s'étendront respectivement à tout ce qui constitue ces pièces. Il ne faut donc point s'imaginer qu'un nombre considérable de pièces fausses puisse composer soit un genre , soit une espèce d'écriture. Ce seront toutes pièces isolées;^ ou, si quelques-unes sont de la même main , elles se manifesteront par une trop ffrande ressemblance, ou elles se resseml)Teront plus ou moins, suivant que le faussaire aura déguisé son écriture, ou qu'il aura altéré le caractère particulier à sa main, sans changer ni de genre ni d'espèce d'écriture. Or, loin que de semblables contrefaçons d'écriture puissent en imposer, elles serviront à déterminer l'âge. de l'imposture, qui n'aura garde de cadrer avec sa date. Et quand même elle y répondrait, combien de traits forcés, retombant dans le vrai siècle du faussaire, ne contribueront-ils point à le déceler? II n'est donc pas à craindre qu'un ou plusieurs fourbes aient pu introauire dans nos archives aucun genre, aucune espèce d'écriture de leur invention. Des faussaires isolés ou conjurés n'ont donc pu nous forcer ni la cursive romaine, ni la francogallique, ni la lombardique, ni la saxonne. Les suppositions des Germon et des Hardouin a cet égard sont de pures chimères. Si l'on réplique que du moins quelques-uns de ces imposteurs, plus adroits et plus précautionnés que les autres, auront imité quelgue titre lombardique, saxon ou mérovingien, on sera forcé de reconnaître la vérité de ces anciennes écritures, la possibilité de leur conservation et leur existence actuelle tout à la fois. Comment le faussaire aurait-il contrefait une écriture qui n'exis-

tait pas? Comment jugerions-nous qu il Tau* rait contrefaite, s'il n'existait plus aucun monument avec lequel nous puissions la comparer? D'ailleurs, les écritures romaines, mérovingiennes, lombardiques et saxonnes , quelques rapports qu'elles aient ensemble, sont trop disparates, pour être sensées no différer entre elles que comme diffèrent di-ç, verses mains, qui doivent nécessairement

{produire des caractères dissemJilables. Si 'on répond que ces mains ont essayé séparément de forger des caractères d'imagination,jet que, par conséquent, ils ne pouvaient pas se rencontrer, on ne fait pas attention que nos adversaires supposent un concert entre plusieurs imposteurs. Si chaque faussaire a travaillé sans concert, leurs caractères n'auront aucune ressemblance ensemble. Par conséquent, on ne pourra jamais les rappeler aux mêmes genres et aux mêmes espèces, jcomme il n'est pas possible de réu* nir sous un même genre des écritures grecques, hébraïques, latines, indiennes, persanes. Direz-vous qu'ils auront pris pour base de leur écriture celle de leur temps? Alors ils ne différeront plus entre eux que comme différentes mains. Ont-ils choisi des modèles dans l'antiquité? Ils cessent d'être créateurs des écritures cursives mérovingiennes, saxones, lombardiques, romaines et carolines. Le hasard àurait-il pu faire

Sroduire à cinq d'entre eux ces cinq sortes 'écritures bien caractérisées? Ce serait as-« sûrement une grande merveille. Mais le comble du merveilleux, ce serait que d'autres faussaires dans des régions fort éloifnées se fussent servis des mêmes espèces 'écriture, sans avoir appris à leur école, sans avoir vu aucune de leurs pièces, sans aucun concert. Car il n'est pas question de quelques titres renfermés dans deux ou trois ebartriers. Il s'agit d'un si grand nombre de monuments répandus en France, en Italie, en Espagne, en. Allemagne, en Angleterre, que des milliers de faussaires, maîtres des archives, des bibliothèques, des cabinets -des savants et des trésors des églises de toutes ces contrées, non-seulement depuis les xiir et XIV' siècles jusqu'au renouvellement des lettres, mais depuis le vin% auraient à peine pu y suffire, tant est grande la multitude des chartes et des manuscrits où ces écritures se trouvent conservées. En un mot , elles ont ensemble trop de conformité pour être l'ouvrage de gens qui auraient forgé çles caractères à plaisir. Elles diffèrent trop entre elles et se partagent en trop de rameaux pour être des productions d'une prétendue société d'homnâes, qui seraient convenu d'une écriture, pour inonder l'univers de fausses chartes et de faux manuscrits.

DlGTIONN. DE pALÉOORAPfllK, etC.

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