PPONCTUATIONS. — CORRECTIONS. — - MONOGRAMMES. — ABRÉVIATIONS
auteurs, la ponctuation est assez récente (1665J. *( Elle n*a guère plus de mille ans d'antiquité. Nos points et nos virgules, ajoute-t-on, étaient inconnus aux anciens, non moins aux Latins qu'aux Hébreux et qu'auxlGrecs (1666). » C'est une erreur qui a passé avec beaucoup d'autres dans ces livres immenses, où Ton parle de tout sans rien examiner (1667). L'inspection des plus anciens monuments donne des idées bien différentes. Dès les premiers temps, nous y voyons les points servir à distinguer les mots (1668). bans les fameuses tables Eugubines en lettres étrusques , chaque mot est suivi de deux points, et dans celles qui sont en caractère latin, un seul point suit chajue mot. Les points, gui servent à séparer i«s mots dans Tinscription de la médaille qui représente Mars (1669) sous le nom de Camulus invictus, sont en rosettes. Fabrelti a donné plusieurs inscriptions où les syllabes sont séparées par des points en triangle. Nous en avons publié un exemple. Tantôt le triangle a un point Oans son centre (1670), tantôt sa base est tournée en haut. Il n'est
de chaque mot. Les derniers prétendaient en conséquence que ces points étAient aussi sacrés qae les livres mêmes de F Ancien Testament. cLes magistrats (b) se déclarèrent pour cette dernière opinion, et, en 4675, on dressa un formulaire , où die était établie , et on obligea tous ceux qui voulaient être hiinistres à y souscrire : » comme s^il eût été question d*nne Térité révélée ! Les idées ont bien diangé : on abandonne aujourd'hui sans scrupule la ponctua* tion hébraïque , quoique sans elle , un même ntol puisse être lu en plusieurs manières qui prodoisciit des sigùiûcations fort différentes. Mais pour ne pas perdre de vue notre principal obj.t, remarquons seulemement que dans plusieurs manuscrits latins , les noms hébreux ou mêmes grecs sont ordinairement suivis , et quelquefois précédés d'un point ou surmontés d*une barre.
(1667) Dietian. de Trév. au mot Point , t. IV , col. 9M.
(1666) Fabretti, chanoine de Saîm-Plerre de Renie, dans le troisième chapitre de son RtrneH d*ancienne$ inscriptions, publié à Rome en 1690, remarque que les anciens mettaient des points à la fin de chaque mot, mais presque jamais au Iwnt des lignes, et qu'ils en mettaient même quelquef(>is après chaque syllabe. Entre les mot*; des inscriptions , non-seulement on trouve des poirits, mais ils coupent encore on même mot, comme ùd, /lit têtu, ob. venerit, dwn. taxât, C'e6t ce qtt'on a remarqué sur nue table d'aîraîn (r), large de dix pieds et demi, et haute de cinq et demi , découverte k dixhuit milles de Plaisance en 1747, au lieu où était U ville Ve/ejtfctum, dont parte Pline, liv.\ii, chap i9.
(1G69) Supplém, àTantiq. expliquée, t. 1, pU 36, n*5.
(1670) Antiq. exptiq., t. III, planclie iZB.
(c) Uuêewn Verùa,, p. 599.
PALEOGRAPHIE.
pas rare de voir un point en losange inclinée ou en cœur couché à la fln de la ligne. Le§ losanges bien ou mal faites tiennent lieu de points après chaque mot dans une inscription publiée par Muratori (1671)1 Après quelque sigle ou lettre unique valant un mot , on trouve souvent un point sous la même forme ou sous la figure de Yx. On a, dans VBiêtoire de Languedoc par D. Vaissette, et dans un recueil manuscrit de Tab* baye de Saint-Germain des Prés un bon nombre d'inscriptions dont les points ressemblent à des chevrons brisés. Il y a dans le troisième tome des Mémoires de l'Académie une inscription de Lyon, où des bfan ches ou feuillages d'arbrisseau tiennent la place des points. Cette ponctuation qu'on ne retrouve presque plus après le vui* siècle n'est pas rare dans les manuscrits pour terminer le discours. Lorsqu'elle est répétée elle y tient lieu d'ornement fl672), comme dans le fameux Virgile de Médicis. La croix sert souvent de point initial et final sur les ancienni^s monnaies. Nous voyons chaque lettre suivie d'une étoile dans la légende d*un sceau de la fin du xiii* siècle. On peut voir dians notre planche lx un écbantillon des différentes figures que les anciens donnaient aux points.
Les triangulaires placés après les mots sont de la plus haute antiquité. On les
(167!) Antiquit, ital. med. avi, col. 120.
(1672 i L'examen attentif des Recueils de Reinesîus et do Fabretti a convaincu Tabbé Lebeuf (a) que les figures (qui se voient à côté des lignes dans les anciennes epitaphes), doivent être prises pour des ornements employés par les graveurs. G*éiaient les feuiUes de ouelque arbrisseau qui avait rapport à la sépulture. Fabrettî donne des copies de ces sortes d'inscriiitions, où Ton voit clairement une. branche de palmier ou d*oUvier, avec le fruit et les feuilles ; symbole de Timmortalité que les Chrétiens attendent. Gréçoire de Tours observe que quelquefois on couvrait de feuilles de lauriers le fond des cercueils. Celles des autres arbrisseaux » qui conservent aussi leur vetxlure, comme le palmier, Folivier» le cyprès, le iière, oDl pu servir au même usage, et d& lors être représentées à Textérieur du tombeau, i L*inscriptioD sépulcrikle de Gordien, mort pour la foi, es! terminée par une branche de palmier, symbole delà victoire et de la sainteté (6). On commençait et Ton terminait assez souvent les épitaphes par des croix , en mémoire de Jésus-Christ crucifié pour notre salot. Si toutes ces marques sont des ornements , ce sont aussi de véritables points employés par les artistes pour terminer le discours. Dans la upisserie de Bayeux, où la conquête d* Angleterre par le duc de Normandie est représentée, c une partie est s^rée de la suivante par de grandes branches qui s'élèvent du bas jusqu'en haut et qui marquent qu'une action va commencer. Cela s'obsene aussi dans les colonnes Trajane et Ânlonine, et dans d^autres grands bas-reliefs, où, quand une action a fini, qu'on en va commencer une autre» un arbre qui s'élève au milieu fait la séparation des deux. (ç). t '
(1675) Les inscriptions de la tapisserie {d) de Bayeux r^résentant la fameuse eipédition de Guillaume le Conquérant en Angleterre, Tan 4065» ont
a) mu. ael'Aead. de$ Inscrîpl, t. XV ni, p. 247. ,fr) KoKV. Traiié dedlpiom.^ 1. 1, p. 703. ic) Mottwn, de la monarch. franc,, lom. f, p. o7*. . {d} Monm. de la monarcti. tranç , i. 1, p. 75 et suiv.
trouve dans l'inscription de l'obélisque a Auguste, tiré depuis quelques iannéesdu champ de Mars. Pour Tordinaire, les points sorit ronds, noirs ou blancs, c'est-à-dire en forme de petits o. Leur plus grand usage est de marquer les abréviations et les chiffres. On met iréquemment un point après la première lettre du prénom, après chaque mot imparfait et généralement à la suite de chaque sigle. On l'omet assez ordinairement à la fin des lignes, auand le sens est fini, ou bien on le remplace par quelque figure. Dans les plus anciennes inscriptions comme dans celles du moyen et du bas âge, on sépare souvent les mots et les phrases par un, deux, trois ou quatre points, mis tantôt en forme perpendiculaire (1673) ou triangulaire, tantôt en carré, en o, en rhombe, en losange. Nous avons remarqué la petite ligne 7- au lieu de point. L'un et l'autre indiquent une abréviation, lorsqu'ils sont placés au milieu, ou entre les deux premières lettres d'un mot. L'Antiquité expliquée (1674) nous offre, une inscription sépulcrale, où les virgules sont mises à la place des points. Quoique les mots d'un grand nombre d'inscriptions soient séparés, on ne laisse pas de marquer des points dans l'espace laissé en blanc. Mais plusieurs autres dont les mots ne sont pas distingués sont sans points (1675). Telle est répitaphe
des points après la plupart des mots, quelquefois dieux, quelquefois trois, mais tantôt perpendiculaires et tantôt en triangle, c Dans la plus ancienne inscription qu*on connaisse, trouvéïe à Athènes, faite Tannée de la mort de Gimoû , capitaine Athénien, 450 ans avant Jésus-Christ, il y a trois points perpendiculaires après chaque mot, comme on peut voii dans la Paléographie (e). Gela s*d)serve aussi dans des manuscrits et des iBScriptions des siècles beaucoup plus bas. i On ne voit que deux points per- K}ndiculab*es dans un monument de Louis Xfl. uns les médailles anglo-saxonnes, il y a des points en 0 de différentes façons : on les prendrait pour des vrais 0 si Ton n*y était attentif. (i674) Tom. V, part. 1, pi. 47.
(1675) Prisci Romani , dit Henselfus (f) Grmcos imttati êimUiter orationem primum non interstnuce^ mnl, $ed voces continua une potuerunt. Nec tamen adeo diu iêta scribendi ratio inter latines durasêe v^ deiur. Nam deineeps in publici$ prœcipue monumen^ tis^ in lavidibus atque marmortbmf $ingulas voceê punctis ad fundum ultimœ litterœ coUocatis intentittguzre cœperunt. Neque minus veto pro arbitrio artificum, qui monutnenia conficiebant, aHa quoquê signa singuiis aliquando vocibus^ quamvis rarius intêrpoêita inveninntnr. Cujusmodi exempta in apenbus inseriptianum passim oeeurrunt. Modo enim in singuliê verbis tocç punciorum figuram T vel fvet ^ vet a vel^ tel aliquot puncta inter seruerunt. Èxempli gratta^ apud Gruterum, p. 52%, n. 4.
Dis f uANiBiis f salve G f
AppONurs ^ G f> F f Fab. o novellus f
non. f MIL f con f XII f unB f.
Le savant auteur, <]oe nous copions ici, nous apprend (g) que les anciens Allemands imitèrent çptte manière de distinguer les mots par certaines ligures. Eu Orient, les Syriens mettent quatre points, e(i forme de croix, à la Un des périodes. Les Arabes se
(e) Pag. 155.
{f) Synops. universœ vhilologke, p. ?0I.
de sainte Colombe, vierge (1676) qui finit ses jours sous le consulat d*Opilion, c'est-À-dire Tan 52& de ]ésus<-Chri$t* Il y a d*anciennes inscriptions runiques gui ne sont distinguées par aucun point. Quel- •ques-unes même ne laissent nul espace entre les mots; mais communément ils sont distingués par deux points, quelques-uns par trois, d'autres par un. Dans beaucoup de monuments runiques chrétiens les • mots sont séoarés par a; ou x et quelquefois par X X. On voit rarement un petit espace blanc entre deux lignes d'écriture runique. Quand il se trouve plusieurs parallèles de suite , elles ne sont le plus souvent séparées que par des lignes noires.
Ce que nous venons de dire peut suffire pou r savoir à quoi s'en tenir sur la oonctua tion ,des marbres et des autres matières dures. Il résulte do nos recherches : 1* que jusqu'au V' siècle l'usage était ordinaire d'y distinguer les mots ; 2** qu'ils étaient souvent suivis de points, et que plus ordinairement ces points étaienl placés après des sigles ou des mots abrégés; 3^ que quand on mettait des points après chaque mot, ({uelquefois on l^s supprimai! \ la fin des lignes ; W la figure commune des points est simple ou en triangle, ayant pour l'ordinaire sa pointe en bas. Les autres figures sont inconstantes et purement arbitraires. Passons à la ponctuation des manuscrits.
II. Manu$erit$ sans points; espaces vtdeSf et autres moyens pour suppléer à la ponctiuition ; quand commençc^t-on à sépa^ rer les manuscrits? — Auive chose est la distinction des phrases et des mots dans les manuscrits; autre chose est leur ponctuation. On trouve des points dans plusieurs manuscrits de la haute antiquité, quoique les mots n'y soient point séparés. Tel est le Virgile de Médicis et quelques autres, dont nous examinerons bientôt la ponctuation.
Nous en connaissons de très-anciens, où Ton n'aperçoit ni points , ni séparations de mots, pas même aux endroits qui offrent un sens naturellement suspendu. Tel est le manuscrit dont nous avons découvert un fragment sous l'écriture mérovingienne des Hommes illustres de saint Jérôme (1677); fragment qui contient les débris d'une oraison adressée à quelque empereur. Tels sont les manuscrits des JEvangiles de saint £usèbedô Verceil et de saint Kilien (1678J. Tel est encore le Psautier de sainte Salaberge , écrit au vir siècle (1679). 11 y a beaucoup) de pages sans ponctuation dans le Virgile du Vatican, n. 3867. Celle qu'on rencontre en d'dutres endroits du même manuscrit a été flgoutée après coup , comme le prouve la
servent d'une étoile ou d'une figure en volute, assez ressemblante à nn limaçon. Les Ethiopiens mar-
Î ruent deux points après chaque mot, ^t quatre en orme de carré à la nn de la période. Chez les anciens Danois on se contentait de terminer la période par cett^ note H. Lorsqu'un nouveau sens commençait, on mettait à la tète la ficrure d'une petite lune.
(1676) Nouv. Traité de dtplom. tom II pL xxvui, genre 1, espèce 4, n. 3.
(1677) Jtfs. de S. Germain des Prés MIS.
couleur de l'encre. Nulle distinction de mots, nuls points ni virgules, pas même sur les Y dans le manuscrit du Roi SOBk^ où sont renfermés les ouvrages de saint Prudence en lettres capitales. Nulle interponction dans le manuscrit royal 256. Les points, qu'on y voit aujourd'hui, ont été mis longtemps après. Il n'y a ni points ni virmfes dans le corps du texte des £vançiles , écrits au V* ou VI* siècle, et conservés jusqu'à présent dans l'abbaye de Corbie. Ce n'est pas que les points ne soient beaucoup plus anciens que tous ces manuscrits. Mais les copistes se déchargeaient de la ponctuation sur les correcteurs qui la négligeaient ordinairement. Il n'y avait que les personnes les plus curieuses et les plus exactes, qui fissent /goûter les points à leurs exemplaires.
La manière la plus connue de suppléer à la ponctuation dans les premiers temps, fut d'écrire par versets, et de distinguer ainsi les membres et sous-membres du discours. Chaque verset était renfermé dans une ligne que les Grecs appelaient axt^or; en sorte qu'en comptant les versets, ou découvrait combien de lignes il y avait dans un volume (1680). A l'exemple de Cicéron et de Démosthène, saint Jérôme (1681) introduisit cette stichométrie, ou distinction par versets dans les manuscrits de l'Ecriture sainte, pour en faciliter la lectu^e et l'intelligenco aux simples fidèles qui en faisaient leurs délices. Souvent on mit au commencement d'une nouvelle phrase ou d'un verset une lettre un peu plus grande, et qui avançait plus que les autres lignes. C'est ce qu on remarque dans les très-anciens manuscrits des Evangiles de saint Eusèbe de Verceil et de la cathédrale de Virtzbourg. Les vides en blanc suppléaient encore aux interponctions; et c'est la plus ancienne manière de 1>onctuer, ou plutôt de marquer sans points a pause, qui laisse au lecteur le temps de respirer, en même temps qu'elle met de la netteté dans le discours. C'est pour indiquer ce repos, qu'on a laissé quelque intervalle entre les mots dans le manuscrit du Roi 256, dont la ponctuation est d'un temps I)ostérieur. S'il se trouve quelque espace vide entre les mots, dans les Homélies d'Origène de la même bibliothèque , ce n'est
Îue pour tenir lieu de points et de virgules. »ans le mawiscrit royal 6^1^13, qui contient une partie des œuvrer de saint Isidore, les mots ne sont distingués que lorsque le sens est suspendu. Quand la phrase est complète et le sens fini , on laisse un intervalle en blanc dans le manuscrit du Roi 2630, où sont renfermés les treize livres de saint Hi-
M 678) Chrome, Godwic. p. 54» n. 1.
(1679) De re dtplom.^ p. 559, tab. vin.
(1680) Rien déplus ordinaire chez les anciens écrivains que de marquer à la fin de leurs livres b nombre des lignes ou vcrsels Qu'ils contiennent. On en trouve des exemples multipliés dans les plus anciennes Bibles manuscrites.
(1681) Prœfal. in tramtal. Isaiœ^ei Cassiodob., De divin, lect.^ cap. 12.
PAJ.EOGRAPHIE
laire sur la Trinité. Nous avons fait les mêmes observations sur le manuscrit de Saint-Germain des Prés 255. Mafféi (1682) avait remarqué ces vides en blanc dans le premier manuscrit de la bibliothèque de Vérone, qui contient les livres des Rois de la version de saint Jérôme : Vbi sententia sive
{)eriodi membrum d€$inUj dit le docte Itaien, iniervallOf ut plurimunif distinentur verba . nulta tamen coUigitur in capita aut in versus discretio.
Ces espaces vides, servant de points et de virgules , donnèrent naissance à la distinction de chaque niot dans récriture des manuscrits et des diplômes. Si Tindistinctfon des mots caractérise les plus anciens livres, tels que les Epîtres de saint Paul de la Bibliothèque du Roi , le célèbre Psautier de saint Germain, évèque de Paris, etc. , elle ne marque pas toujours un temps postérieur aux vr et vir siècles. Le très-ancien Psautier gallican en lettres capitales , dont le Père Bianchini (1683) a donné un modèle , laisse voir un assez bon nombre de mots séparés. Mais depuis le milieu du vu* siècle, les séparations de mots commencent à se montrer plus fréquemment dans plusieurs manuscrits; par exemple dans celui des Epîtres de saint Paul du Vatican n. 9 (1684) écrit en lettres onciales, et dans les modèles de la VIII' planche de D. Mabillon (1685). Les livres de l'Ancien Testament, reniermes dans le plus ancien manuscrit de Tabbaye de Marmoutier, laissent entrevoir de petites distinctions de mots dans les endroits où il n'y a ni points ni virgules. Elles deviennent plus nombreuses ces distinctions dans les manuscrits* du viir siècle, comme dans la collection des canons âe la Bibliothèque du Roi (1686), et dans le beau Psautier en lettres onciales de la bibliothèque Cottonienne (1687). Les mots sont séparés, où il n'y a ni points ni virgules dans le code Théodosien du Roi (1688), écrit au viii* siècle en caractères lombardiques de la seconde espèce. Dans le manuscrit royal U13, écrit du temps de Louis le Débonnaire, on voit les mots tantôt séparés et tantôt joints, et il arrive souvent, quoique cela nie soit pas ordinaire, c|u*un même mot est séparé par plusieurs intervalles. Les mots sont'très-bien distingués dans l'écriture onciale des Heures de Charles le Chauve, mais ils ne le sont qu'à demi dans la minuscule. Rassemblons ici les conséquences qui coulent des observations que nous venons de faire et que nous avons déjà touchées ailleurs (1689), sur l'indistinction et la distinction des mots : 1* Jusqu'à la fin du vi* siècle ou les commencements du suivant, les écrivains n'ont point ordinairement séparé les mots par des
(IGS2) OposcoL ecctei., p. 62.
[i6S5) Vindic, canomc, scriptur.f p. 218.
^1685) De re dipL, p. 559.
^1686) Manuscrit du Roi 5856.
(1687) A catalog. bv David Gasley. plate xxi,
(1688) Manuscrit du Roi 1103.
intervalles semblables aux nôtres, si ce n'est aux alinéas et aux endroits où le sens est suspendu ou fini. 2^ La séparation des mots, quoique peu considérable, commença • dès les v% VI* et va* siècles. 3* Les mots encore joints de temps en temps caractérisent les manuscrits duviii'au ix% Vers le milieu de ce siècle et même à la fin, les mots ne soutiras encore tous séparés dans les manuscrits. On en conclurait très-mal qu'il y en a du temps de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, où les mots ne sont nullement distingués (1690).
IIL Antiquité et introduction des points dans les manuscrits : anciennes distinctions dans le discours; ponctuation des manuscrits du premier âge. — La ponctuation succéda à la distinction du discours par versets portés à la ligne , et aux intervalles laissés, en blanc, pour marquer les divers membres et la fin de la période. Leclerc (1691) fait remonter l'invention des points jusqu au temps d'Aristote; mais le texte qu'il cite de ce philosophe peut s'entendre de l'écriture claire et débarrassée de conjonctions (1692) , ou du discours dégagé de parenthèses et d'énisodes. Nous croyons avec D. Bernard de Monfaucon (1693) que la ponctuation des manuscrits n'est pas plus ancienne qu'Aristophane, qui vivait dans la 1&5* olympiade, c'est-à-dire, environ deux cents ans avant l'ère chrétienne. Ce grammairien de Byzance inventa les signes des différentes distinctions du discours, et ces sij;nes ne consistaient que dans le seul point, mis* tantôt au bas et tantôt au milieu de la dernière lettre.
Pour bien entendre ceci, il faut savoir que les anciens observaient trois sortes de distinctions. L'une n'était qu'une petite pause et une légère respiration , nommée incisum^ ' xofAfAa. Cassiodore l'appelle sotM-^distinction. L'autre était une pause un peu plus grande, mais qui laissait encore l'esprit en suspens. On l'appelait xôXov , membre. On subaivisa cette pause en semi-colon ou demi-membre. Mais ni saintIsidore{169iih), ni Diomède (1695), qui traitent des distinctions du discours, n'ont connu celle-ci. La dernière termine le sens et ne laisse plus rien à désirer pour achever la période. Depuis plusieurs siècles la première est régulièrement désignée par un demi-cercle ou petit c renversé de cette sorte ( > ) et c'est ce que nous appelons virgule. On marque la seconde par deux points perpendiculaires ( : ) et la troisième par le point et la virgule ( ; ). Le signe de \b dernière distinction est un seul point mi& autrefois au haut et maintenant au bas du dernier mot. Cicéron (1696) n'a parlé que des points qui seuls séparaient et termi-
(1689) Tom. U, p. 596, 397,
[1690) Germ., De veter. hœretic,^ p. 444.
1691) Art, crit., part, m, sect. 1, c. 10, § ÎO.
1692) Trotz, Not. inprimam scrib. orig., p. 24a«
1693) Palœograph.y lio. i, p. 31, |1694) Lib. 1, c. 19.
(1695) PuTCHics, Grammatici veteres,p. 43t.
(1696) Orat., lib. m, c. 44«
DICTIONNAIRE D£ PALEOGRAPHIE» ETC.
fiaient les membres du discours. On ne voit pas que les anciens proprement dits se soient servis d*autres signes.
Trois situations du point marquaient les difTérentes distinctions du discours. Le point placé au haut de la lettre indiquait, le sens uni ou la distinction parfaite , r-ltia. vuyiiii , comme rappellent les Grecs. Le point mis au bas de la lettre désignait la
Eetite pause ou sous-distinction, v;ro<TT7/x4. e point marqué au milieu était le signe de la pause la plus grande, nommée ^(ni <r cypiô, et qui laissait encore l'esprit en suspens. Si aom Lancelot (1697) explique différemment la ponctuation des anciens , c'est qu'il n'a pas fait assez d'attention aux textes de Donat et de saint Isidore , dont il s'autorise (1698).
Nous avons observé ces différentes positions du point dans le Virgile de Médicis, corrigé par Apronien l'an 49^. On s'y sert du point non -seulement après les abréviations, mais encore au milieu des lignes et à la fin de chaque vers. Dès le titre du manuscrit on aperçoit le point triangulaire dont la pointe est en haut. Le Virgile du Vatican, n" 3225, qu'on fait remonter au temps do Septime Sévère , place le point au haut , au milieu et au pied de la letire, ce qui revient au point final d'aujourd'hui , aux deux tioints et à notre virgule. Dans le Sulpice Sévère de Vérone, écrit l'an 517, le point est mis après les titres, à la fin des membres de la phrase et quelquefois à la suite de chaque mot. Une virgule ou quelque ornement fort simple termine de temps en temps le discours. La ponctuation des Pandectes de Florexice est assez variée , et c'est ce qui fait croire qu'elle a été altérée dans des temps postérieurs. Cependant Brencman (1698^) juçe que les points en vermillon et en noir, qui terminent les lois , sont de la première main. Ces lois sont suivies tantôt d'un ou deux points , et le plus souvent de trois ; tantôt ils y sont entièrement omis. Le point unique est souvent placé au haut, au milieu et au pied de la dernière lettre. Les deux
{)oints qu'on rencontre après les titrer des ois -sont l'un sur l'autre ou perpendiculaires. Quelquefois une ligne passe au milieu »-T- . Lorsqu'il y a trois points, ils prennent Ja forme de grappes de raisin '."ou •; .Souvent ils sont suivis cfe petites lignes horizontales droites ou bien ondées. Cette ponctuation venue des Grecs paraît dans leurs plus an-
(1697) Méthode iatine de Port Royat, 5* édit. , p. 757.
(1698) Voici les paroles de notre savant auteur : < Si (les anciens) mettaient le point au milieu de la lettre, ils en faisaient leur rotnma (ou plus petite distinction que nous appelons virgule). S'ils le mettaient au haut, ils en faisaient leur co/oit (ou membre de la période encore suspendue, ce que nous exprimons par deux points). S'ils*le mettaient en bas, ils en faisaient leur période (ou distinction complète). I C*est précisément le contraire de ce que dit Donat dont voici le texte : Distinclio esl^ ubifinitur ptena sententia : hujus punctum adsummam litteram ponimus, Subdistinclio est ubi non multum superest de^ sententia : hujus punctum ad imam litteram votiUmus. Media est, ubifere tanfum ffe sententia super-
ciens manuscrits, et même dans le décret d'union de leur Eglise avec la latine, dressé au concile de Florence (1699).
Dans le beau manuscrit en lettres d'or de •Saint-Germain dos Prés, n' 663, les mots sont indistincts, mais les points n'y manquent pas, soit pour la fin des phrases , soit pour tenir lieu de nos deux points , ou du point avec la virgule^ ce qui le rend conforme au Virgile de Médicis. JDans le second manuscrit des Evangiles de saint Martin de Tours, les mots ne sont guère séparés les uns des autres dans l'écriture minuscule que lorsqu'il se trouve un point. Ce signe de distinction revient à chaque sens fini ou suspendu. Lorsque la période est complète et surtout lorsqu'il suit un alinéa, le point est placé de niveau avec l'extrémité supérieure de la lettre précédente. On distingue les phrases par ces signes Jj" dans le manuscrit des lois lombardiques de la* bibliothèque Ambrosienne (1700), où les mots ne sont point séparés. On les distingue quelquefois par des fruits et des triangles dans le manuscrit du Vatican ir ix, où sont renfermées les Epi- Ires de saint Paul en écriture oncialc (1701). 11 n'est pas rare de rencontrer dans les anciens livres des titres dont les mots sont séparés par des feuilles. Tel est le manuscrit de saint Ambroise de la Bibliothèque du Roi, n** 1732. C'est un indice des siècles antérieurs au ix*. Chaque mot est quelquefois suivi d'un point dans le plus ancien manuscrit des Evangiles , appartenant h l'église de Saint-Martin de Tours et dans un très -ancien Psautier do l'église de Vérone (1702). Ces points empAchaient qu'on ne confondit un mot avec un autre et une syllabe avec la suivante. L'usage de distinguer ainsi les mots par des points persévérait encore au ix" siècle chez les Grecs, comme le prouve le Psautier écrit de la main de Sédulius Scottus (1703)
Les points marqués au milieu des lettres pour servir d'ornements, et placés au-dessus pour désigner celles qui sont inutiles, étaient quelquefois dorés ou argentés. Dans le Saint-Prosper de la Bibliothèque du roi , les points et les virgules sont marqués assez exactement plutôt sous cette forme ( , j que sous celle-ci (..}. On met ces deux points horizontalement , quand une phrase est finie. La ponctuation des Evangiles en lettres d'or de saint Martin de Tours mérite une singulière attention, à cause de son an-
e$ty quantum jam dkoimus^ cum tamen respirandum sit : hujus punctumadmediam Htteram pommus. Saint Isidore n^expllque pas autrement la ponctuatioo; mais les anciens copistes en ontiraremeiil suivi les relies.
(1698*) Hist. Pandect., p. 152 et seq.
(1699) On montre à Florence un exemplaire de ce décret, où les souscriptions des évé(^ues grecs soni suivies de trois points ainsi arj*anges et traversés par une liffne.
(1700)MuRATOB. Rerumlla/tc. Krîp(., t. I, part, n, p. 13.
[1704) Vindic* canonic, scripSur., p. i85.
[1702} Mafféi, OposcoL eccies.,h. 61, coL 2. 1705) Palœograph. gmca, p. 23/.
PALEOGRAPHIE*
tiquité. Le point unique est répété presque
Îartout où le sens finit , soit au milieu , soit la fin des lignes. Il se trouve où le sens n'est que suspendu, et où il devrait y avoir une virgule selon notre usage. On y rencontre de temps en temps deux points (:), trois points (*.*) pour un seul. La virgule ainsi que le point et la virgule (;) sont assez rares dans V Evangile de saint Matthieu » mais ils se trouvent fréquemment dans celui de saint Jean. On j remarque la virgule avec deux points au-dessus (*,'). Un seul point y tient souvent lieu du point interrogant , qui toutefois y parait de temps en temps sous des formes assez semblables au nôtre. On exprime quelquefois Tinterro-
fation par deuxpoints posés obliquement (.'). ly a de très-anciens manuscrits comme celui de Saint-Germain des Prés 31 , 2 , où les points sont fréquents; dans d'autres, tels que le Saint- Ambroise du roi, ils sont rares. Nous en connaissons un nombre dont la ponctuation est plus récente que leur transcription. Telle est l'idée qu'on
{)eut avoir des interponctions usitées dans es manuscrits depuis le iv' ou v* siècle, jusqu'à la fin du vu* (1704). C'est donc s'appuyer sur une fausse règle que de prétendre, comme fait l'abbé de Godwic (1705), qu'un manuscrit ponctué ne peut pas remonter au delà du vm* siècle.
IV. tnterponctions du moyen et bas âges; fnanuscrits des derniers temps sans points ni virgules. — Dès son commencement la ponctuation varia, tant pour la forme que pour l'usage qu'on en fit dans les manuscrits. Les seuls points servent de virgules, et le point et les deux points sont ainsi figurés 7 7 dans le manuscrit du Roi 2994 A, dont l'écriture est du vir au viir siècle. Dans le Martyrologe qui fait partie du manuscrit 13J1 de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, écrit sous Pépin le Bref, on met un point à la fin des mots. Les points après les titres, les chiffres, et dans le texte du manuscrit royal 3836, écrit vers le même temps, sont en angles, dont la pointe est tournée un peu obli-
(1704) Il est bien étonnant qu^un aussi habile homme (jae D. Godefroi de Bessel ait banni toute ponctuation des manuscrits les plus anciens. Quod 'si vetustiêsimoSf dit- il, aspiciamus codices^ iidem omnés xMerjmnctiones ignorarunty cofuerentibus siH semper iùteris; prout complura exempta démonstrant (a). Le savant abbé conclut d'un nombre de manuscrit» sans points à la totalité. D. MabiHon s'était coutenté de dire que les mots ne furent presque pas distingués jusqu'au tenips de Charletiiagne, et que ce prince se servit de Warnefride ^t d'Alcuin pour réiablir les distinctions et sous^stinctions du discours par des points. 0ans h Çtossaire latin de Du Cangc, au mot Punetare, on fait dire à t). MabiHon tout crûment qu'avant Charlcoiagne il n'y eut RCLLE distinction de mots ni dans les manuscrits ni dans les diplômes, et qu^on est redevable de la ponciuaction à ce monarque. Mais ce ne fut jamais la pensée du savant auteur de VArt diplomatique, Vom ses paroles : In scribendis veto tum diplomatibus^ tum libriSy post anream Latinorum œtatcm, qui singula toeabida singutis punctis dislinguebant ; nulla
{a) Cliron. CoJw , p. 20.
quement vers le bas ; les virgules n'y sont pas autrement figurées. Ces signes s'^ trouvent fréquemment, même sans besoin, par exemple entre Liber et Isayœ, En ce cas, les points ou les virgules servent plutôt à unir les mots qu'à les séparer. Dans le Psautier en notes de Tiron de l'abbaye de Saint- Germain des Prés, chaque verset est terminé par trois points .-. routes» et la médiation est marquée par un point et un trait aigu. Le copiste du manuscrit du Roi 3836 met quelquefois ces trois points •; quand le sens est fini ; mais plus souvent il marque un point qu'il fait suivre d'une lettre majuscule pncial.e. Dans d'autres manuscrits, le diseours finit par quatre, cinq et sept points, disposés selon le caprice des écrivains.
Au IX' siècle, on se sert encore de temps en temps de trois points, pour marquer la fin d'une période. Rien de plus ordinaire alors que de mettre le point rond (..), tant pour les points que pour les virgules. Le
Eoint mis au bas du dernier mot d un memre équivaut à la virgule; placé au milieu, il signifie nos deux points; et marqué au haut, il désigne le point parfait ou la fin du sens. Cette ponctuation fut régulièrement suivie par les plus habiles écrivains (1706) , mais souvent les copistes du commun s'en écartèrent. Dans le code Théodosien de la Bibliothèque du Roi, écrit sous Louis le Débonnaire, le point unique en vaut souvent deux, et on le met quelquefois à la fin des phrases. On se sert de J pour nos deux points et pour le point et la virgule. Souvent les deux points, et le point avec la virgule, y terminent les phrases. Les points et les virgules isont exactement marqués dans les Heures de Charles le Chauve. A la fin du texte, on y trouve ces trois points •.• Dans plusieurs manuscrits du ix* siècle, on marque le point et la virgule au milieu des mots, pour indiquer le sens complet. Pour les d^ux points, on emploie le point surmonté d'un trait courbe, et le point seul pour la virgule. On désigne l'alinéa par (•,•) ou (:,), et plus souvent paç^;
TERE verbcrum distinciio a nolariis facta est usque ad Carolum Magntmt, oui ptocurunle Alcuino punctorum distincliones et sutdiiiinctiones restituit. Ce texte n'exclut pas toute distinction avant Charlemagne. AvouonS'ie pourtant, D. Mabillon ne s'exprime pas avec son exactitude ordinaire, lorsqu'il attribue à Charlemagne le rétablissement des distinctions ei sous-distinctions du discours par des points. Les unes et les autres étaient en usage bien des siècles avant le règne de ce prince qui, tout au plus, peut -avoir étenou et réforkné la ponctuation, trop négligée sous nos derniers rois de la première race.
(1705) Chrome Godwic, p. 36.
(170G) Elle subsistait encore au xv* siècle. Nous connaissons une impression de la Somme de Reinicr de Fisc , en caractère demi-gothique fort vet^ j^iais toute remplie d*abréviations embarassantes / et dans laquelle la ponctuation se réduit au seul ei» unique point. Toutes les capitales tant des. livres que dcâ chapitres sont ajoutées à la main bu au pinceau en vermillon.
DICTIONNAIRE DE PALilOGRAPHIE, ETC.
Lo maHuscrit du Roi n** 256 offre une écriture minuscule du ix' au x* siècle, où la ponctuation est assez régulièrement observée. Les points s*y trouvent au haut; au mi* lieu et au bas des lignes. Au haut, ils marquent la fin du sens. Dans un nombre de manuscrits du x' siècle, le discours est terminé par ces signes J 7. b ! „ : : *,* Le point
seul sert encore pour les deux points et la virgule au siècle suivant, pendant lequel on employa aussi ces figures si . 7 j pour le point.
Au XII* siècle, quand à la fin de la ligne un mot se partage, pour être en partie ren voyé à la ligne suivante, on. met une petite ligne - et les points au bas de la lettre servent pour toutes les distinctions du discours. C'est ce que nous avons remarqué dans le fragment de Pomponius Mêla, renfermé dans le manuscrit 152 de la Bibliothèque du Roi. Les figures du point et de la virgule n*ont rien de fixe pendant ce siècle. La plus ordinaire est assez; semblable à notre virsule renversée, et à ïi contourné et chargé d'un ou deux points. On séparait encore quelquefois les mots par trois points dans les manuscrits. La bibliothèque Ambrosienne de Milan (1707) conserve une traduction de Darès le Phrygien en vers français, dont les deux premiers sont ainsi ponctués :
Safemoni \ noi \ emeigne \ et l dit • E*if { lit ; hon : en [ ion • écrit • Que nuê de deit tons sens celer Aifu se deit hon si demonstrer,
La ponctuation des manuscrits ftit négligée au :^m* siècle et dans les suivants. Souvent on ne distinguait les phrases par aucun point ni virgule. Denis Sauvage, historiographe du roi Henri II, avoue (1708) qu'il lui a falu souvent es fuis dmner dans la lecture de quelques manuscrits de Froissapd, prtncipalement $n faute de les avoir trouvés portetués. Est-ce au moyen flee ou aux bas siècles qu'il faut rapporter Ja ponctuation des Italiens, décrite dans un vieux manuscrit de Vallombreuse et publiée par D. Mabillon (1709)7 Ce savant homme ne fait connaître qi TAge du manuscrit ni le nom de l'auteur. On y distingue huit sortes de points, dont l'explication fait voir au'avant le renouvellement des lettres on admettait déjà quelquefois dans le discours toutes les distinctioms qui sont aujourd'hui en usase, mais dont les signes ne sont pa:$ tout à fait les mêmes. Deux points de suUe placés horizontalement . . marquent un nom à suppléer, ou l'omission de quelques mots. On les appelle gemipunctu^ dans le manuscrit. Ce terme, qui revient à celui de geminum ou
(1707) WoMTFAUcoif , Diar. ItaLy p. 19.
1708) Chroniq. de Frois^ , Avertissem. , p. 2, eoit. de 1559. • f '
mm De te <ft>/., p. 53 et 639.
jl710) TuRNEB., ad Ciceron De {ege agxav.^ c. ii , edit. Groev.
(17i1) Antiq, litter, septentrion, , lib. ii , prcfal., f . d.
(1712) Canc, Uossar. latin,, l. Il, col. u32.
geminatum punctum^ ne se trouve pas dans le Glossaire latin de Du Gange.
V. Autres usages des points. S'en est-on servi pour distinguer les abréviations y TY, n, To servant à Pexelamation? Exponctions par des points mis sur ou sotês les mots qui doivent être effacés. — L'usage des points dans les anciens manuscrits ne se bornait pas à séparer les mots, les syllabes, les membres du discours et à terminer le sens des périodes ; on s'en servait pour marquer les abréviations, comme B. pour frui, et Q. pour que. Le beau Saint-Hilaire de la Bibliothèque du Roi en fournit bien des preuves. Les lettres numérales, les chiffres et les sigles simples et composés, sont ordinûrement distingués par un point. Les anciens Romains se servaient de ce signe pour recueillir et marquer les suffrages d'e ceux qui délibéraient dans les assemblées publiques (1710). Les points servent quelquefois k corriger les mots qu'ils affectent. Les belles sentences qui se trouvent dans le Saint - Ambroise de la Bibliothèque du Roi sont indiquées par trois points ainsi disposés *.' en marge. Dans le manuscrit srec et latin des Epitres de saint Paul de l'abbaye de Saint- Germain des Prés, souvent les' mots oubliés ne sont pas en marge, mais au bout de la ligne avec deux points. Wanley (1711) cite un Psautier de Lambeth où la mesure des chants «acres est exprimée par des points, au lieu que dans les anciens manuscrits on emploie des lettres, et dans ceux qui sent plus récents on se sert de notes musicales. AU xif siècle, quand on ne savait pas écrire, on se contentait quelquefois de marquer seulement un point dans les actes qu'on voulait autoriser (1712).
Lorsqu'on confondit les figures du V et de l'Y, on s'avisa de distinguer l'un de l'autre ar un point. L'usage de mettre ce signe sur es Y des manuscrits et des diplômes latins remonte jusqu'aux V et vr siècles. L'y et l't sont assez souvent chargés de deux points (1713), lorsqu'ils commencent un mot en écriture onciale grecque (17H). Le Saint- Prudence de la Bibliothèque du Roi et le manuscrit de Saint-Germain des Prés 663 en or ont des Y surmontés d'un point. Us ne sont pas rares dans les manuscrits du vu* siècle ; au viii*, ils y sont ordinaires, et au ix% invariables. Les manuscrits où le point sur l'Y est rare sont ordinairement les plus anciens. On voit encore des Y ponctués au x;v' siècle; mais presque dans tous les tem|)S ii y en a eu sans point.
Quand a-t-on commencé à le marquer sur l't latin (1715)? C'est ce que nous avons déjà
(CyS) Il y a plus de treize ceiits ans que es
Srecs mettent deux points sur les î el les v. <)uand s ne sont pas joints à d'ai^tres voyelles, qui font des diphthongues. Alors ces points marquent que Tt el le V doivent être prononces séparément, comme ert^toç^ icxim « combat.
(1714) Mattusc, 51.2. (/« S.-Cerm. des Prés.
(1715) Nous avons remarqué des f surmonlés d'un point dans les signatures du manuscrit du
TALËOGRAPHIE.
examiné dans noire second volume (1716}. D. Mabillon (1717) fixe cet usage au commencement au xv* siècle. Mais comme les modes ne s'introduisent pas tout d'un coup, on pourrait peut-être découvrir quelque point dur l't dès le siècle précédent. Ce fut après le milieu du xy% si Ton en croit un savant d'Allemagne (1718), que les accents sur les i se changèrent en points. Nous avons prouvé ailleurs (1719) qu'à peine le xvr siècle vit-il les accents sur les t totalement supprimés. On ne peut donc pas supf^oser que depuis l'introduction du point sur 't jusqu'à cette époque, l'usaçe des accents sur les i i ait absolument cessé.
Le point tout seul est le signe d'interrogation dans le plus beau manuscrit des évangiles de saint Martin de Tours et dans quelques autres encore plus anciens. On y trouve néanmoins le point interrogant sous des figures qui ont beaucoup de rapport à celle dont nous nous servons depuis plusieurs sriècles. La plus ordinaire dans les manuscrits est celle que nous avons fait représenter. Dans le|manuscrit du Roi, n"* 1732, un point central distingue To servant à désigner l'admiration et l'exclamation. On plaçait souvent le point à côté de l'O. , pour marquer Ja même chose. Nous en avons trouvé des preuves dans le manuscrit royal 2235 de la fin du vi* siècle. Les 6 portant exclamation , surmontés d'un accent , se montrent dans le Grégoire de Tours de la Bibliothèque du Roi, ci-devant de la cathédrale de Paris. La virgule au mjUieu de l'O et aux deux côtés, O, et les O O chargés de deux circonflexes dénotent pareillement l'exclamation et l'admiration dans plusieurs anciens manuscrits de Saint-Germain des Prés.
Les points fournirent aux anciens correcteurs et aux anciens copistes , jaloux de la beauté de leurs manuscrits, un excellent moyen de supprimer les endroits défectueux sans les effacer. Apercevaient -ils une lettre, une syllabe, un mot de trop ou déplacé ? Aussitôt ils écrivaient un ou plusieurs points, pour marquer ce qu'il fallait changer ou rejeter. Donnons des exemples de ces exponctions. Elles n'ont le plus souvent qu un point sur chaque lettre aans les trèsanciens manuscrits des EpUres de saint Paul de la Bibliothèque du Roi. On y rencontre des mots expongés par deux points dessus et dessous. Quelquefois on en met un seul sous la première et un autre sous la dernière lettre du mot à retrancher. Dans les Evangiles de la même bibliothèque transcrits au plus tard dans le vr siècle (1720), on entoure quelquefois de points ce qu'il
Roi 2994, A, dont la seconde partie est du vn* ou vui* siècle. On poucrait s'imaginer que ces signa* tares ont été mises au bas des cabierà après coup , ou qu'on mettait dès le vn* ou vni' siècle des points sur les t ; mais le point n'est Ta qu'un ornement, tel qu'on le voit souvent sur les autres. Si le point sur l'î se montre une ou deux fois dès le XII* siècle, c'est l'effet du hasard et non de rusage.
faut effacer ; mais la manière la plus ordinaire est de mettre des points dessous.
« C'est l'usage observé dans tous les maa nuscrits, dit Lancelot (1721J, de mettre « ainsi des points au-dessous des lettres ou « des mots qui doivent être effacés, n
Le docte académicien s'avance un peu trop. Dans plusieurs manuscrits on voit les
R oints places au-dessus des mots ou des ïttres à retrancher. On suit cette façon de corriger dans le Saint-Hilaire du Roi. L'exponction du célèbre manuscrit des Pandec^ tes florentines (J722) consiste à marouer le point au-dessus de la lettre fautive. On eu use de même dans les manuscrits hébreux » parce que si le point de , correction était marqiiésous la figure, il serait confondu avec les points voyelles placés sous les consonnes. C'est ce que les Grecs, ce semble, auraient dû imiter, pour distinguer les deux points, qui affectent souvent leurs t et leurs Y de ceux qu'ils mettent sur les lettres à eflacer. Quand ils veulent retrancher TY, au lieu de marquer les deux points sur ses cornes, ils n'en mettent qu'un au milieu. Brencman, de qui nous empruntons ces remarques, ne connaissait pas d'autre manuscrit latin Que les Pandectes de Florence^ où le point désignant les lettres à retrancher fût marqué au-dessus. Hais outre ceux que nous avons déjà cités, le point de correction occupe cette place en beaucoup d'autres. Le Commentaire de saint Jérôme sur les
Esaumes et le code Théodosien de la Biliothèque du Roi, le Virgile du Vatican, n' 3225, etc., offrent un grand nombre d'ex-
{)onctions faites par un point mis sur les ettres inutiles.
A la vérité cette position n'est rien moins que constante. Le Psautier gallican en lettres capitales (1723) de la bibliothèque Vaticane place le point sous chaque lettre. Nous avons observé ta même chose dans d'autres manuscrits anciens et modernes. « On remarque souvent, dit Sainte-Palaye, dans un mémoire qu'il a bien voulu nous communiquer, qu'un point mis sous une lettre ou sous un mot signifie qu'ils sont de trop ; le copiste n'ayant pas voulu les effacer de peur de gâter son écriture. » On marque
aueique&is les points dessus et dessous, bus avons trouvé des exemples de cet usage dans le Virgile cité plus haut. Quoique régulièrement on mette autant de points qu'il y a de lettres de trop ; souvent ils sont en plus petit nombre. C'est une observation,
Sue nous avons vérifiée sur le Saint-Pruence et le code Théodosien de la Bibliothèque du Roi. Quelquefois les points sont plus nombreux que les lettres qu'on veut
(1716) Pag. 210 et suiv.
(1717 De re diplom.f p. 55.
M 718) Struv., De criler. manusc, §, 46, p. 29.
(1719) Nùuv. traité de dipt., t. U, p. 211.
1720) Cod. reg. 256.
1721) Mém. deVAcad. des Inscrip.yC^^, p. 608.
(1722) Brencman, Hitt. Pandect., p. 175.
(1723) BuNCHiNi, Vindict, scripL canon., p. 218.
«ri
DICTIONNAIRE DB PàLEOGRAPHlE, ETC.
retrancher. Les deux poiutis perpendioulai* res sont la marque ordinaire a un mot omis, renvoyé à la marge ou en interligne. C'est ainsi que dans les Heures de Charles le Chauve, quand un mot est oublié, on le met en mai^e avec deux points cour marque de renvoi. Nous avons vu le point marqué sur une lettre surabondante pour signifier qu'elle devait être effacée , dans une charte originale de ce prince pour Venilon, archevêque de Sens, gardée à la Bibliothèque du Roi. L'exponction *Ô- se fait par trois points dans le manuscrit 758 de Tahbaye de Saint- Germain des Prés, et celle des autres lettres
inutiles par trois barres. Enfin quatre
points ainsi disposés : : marquent un mot oublié, dans le manuscrit 862, de la même bibliothèaue. Pour signifier la même chosoi on met à la marge : . ou •)• dans un autre manuscrit du x' siècle. On ne tardera pas à parler des autres signes de correction employés dans les anciens monuments.
VI. Virgules : leurs figures et leurs divers usages dans les manuscrits. — Les virgules sont-elles de l'invention des grammairiens modernes, et l'usage en était-il inconnu aux Grecs et aux Lâins comme le croient
Suelques philologues (1724.)? D. Bernard e Montfaucon (1725) prouve très-bien que, si elles ne sont pas de la première antiquité, elles sont beaucoup plus anciennes qu'on ne le croit ordinairement. On les trouve dans des manuscrits erecs d'environ onze cents ans (1726), où elles servent à marquer la plus petite distinction de la période (1T27). Leur figure n'y diffère pas de celle de la -diastole des anciens ni de celle qu'on leur donne à présent. Elles paraissent sous la même forme dans le Sulpice Sévère de Vérone, écrit il y a près de douze cent cinquante ans. Elles y marquent la fin du .discours, comme dans plusieurs autres manuscrits. Il y a quelques virgules au bout des lignes, soit que le sens soit fini ou non, dans le manuscrit royal 107 du v au vf siècle. Dans la plus ancienne portion du manuscrit du Roi 1732 en écriture onciale, quand un mot à la fin de la ligne n'est pas fini, avant
Sue de le continuer, on fait souvent précéer d'une virgule la ligne suivante. Mais on^ l'emploie aussi en d'autres cas sans
Su'un mot soit .coupé. Si les points servent e virgules dans un nombre de manuscrits très-anciens, nous en connaissons plusieurs où les points empruntent la forme des vir-
Sules, Par exemple, les plus anciens points u manuscrit royal 2206, écrit à la fin du vir siècle ou au commencement du suivant no sont communément que des virgules semMables aux nôtres. Elles sont suivies d'un espace blanc et servent pour
(\1U) Diction, de Trév,, sur le mot Virgule.
41725). Pglœpgrvh. grœeay p. 32.
(i726)/Wrfem. "^ '^
(1727) Le savant jarisconsulte Trotz , qui a cn- .richi de notes le livre du P. Hugo, Jésuite, sur Torigine de l'écriture, ne veut pas que les anciens se soient jamais sei-vis de noire virgule pour mar-
(a) Ue prtmtt scrib, orlog , p. 2îK).
toutes les suspensions de temps. Dans le Pentateuque de saint Catien de Tours, les mots sont quelquefois séparés par des virgules , sans distinction de phrases ni d*es- EAces blancs , pour tenir lieu de points, eux-ci sont encore représentés par des virgules à la fin des périodes dan? l'ancien manuscrit de Corbie, qui renferme les Evandles. Le texte des canons recueillis dans le manuscrit du Boi 3836, offre des points parfaitement ressemblants à notre virgule. On trouve de semblables points déguisés juqu'au IX* siècle.
Mais la forme des virgules la plus ordinaire dans les manuscrits est celle de notre .virgule contournée, renversée et nortant sa
Îoint en haut. La virgule ressemble souvent un t armé de deux crochets, à une ligne perpendiculaire un peu inclinée et è une petite s. Ces figures sont accompagnées d*un ou deux points, au-dessus, au-dessous ou à côté. Les virgules prennent la forme triangulaire dans le manuscrit du Roi 152, et jcelle de Taccent circonflexe, un peu relevé .dans le premier modèle de l'écriture du ix* -siècle, publié par D. Mabillon (1728), en même temps qu elle conserve sa figure ordinaire dans les abréviations 6 ; bus et usq: usque. 11 n'est pas rare de rencontrer dans les manuscrits des mots et des phrases distingués seulement par des virgules. On en trouve quelques-unes après les lignes ou versets dans le célèbre manuscrit de saint ■Paul de ]a Bibliothèque du Roi et dans plusieurs autres presque aussi anciens. \ la fin des livi'esou des alinéas, on mettait tantôt une virgule, tantôt on y ajoutait deux {joints diagonalement disposes, comme nous 'avons remarqué dans le manuscrit du Roi 1820. Deux virgules ainsi figurées J et mises l'une sur l'autre valent )e point et la virgule dans un manuscrit de saint Martin de Pontoise, écrit au xu* siècle. La virçule y parait aussi en fDrme d'accent aigu. L'apostrophe si familiaire aux anciens poètes n est autre
Îue la virgule, indiquant le retranchement 'une voyelle, par exemple aiV, dixtin\ ciden\ pour aisne^ dixttne^ videsne ? Cest ainsi que dans notre langue on supprime une lettre par une virgule, et ont dit Vâme
8 oxxr la àme^ Vantiquité pour la antiquité. fous ne pousserons pas plus loin nos recherches sur les virgules. Elles ont été assez négligées jusqu'aux derniers temps. La fameuse dispute des théologiens sur la virgule ajoutée dans quelques éditions de la buUe de Pie V contre Baïus, n'aurait-elle pas fait redoubler l'attention à se servir à propos de ce signe, sans lequel il est souvent diflicile de saisir le vrai sens des phrases (1729) ?
quer leur comma, Cave tamen fmtesj dil-il, Aik Suisse veteres pro eommate ttrgulajn ejusmoéî titcwrvatam, qua hodie gaudemus {à). L^examen des bmnuscrits fait découvrir chaque jour de semiilaUes méprises.
(1728) De te diplom.y pag. 563, n. i.
(1720) Une virgule mal placée dans un texte àa
PALEOGftAPiUE.
Vif. Antiquité des aecints: quel u$age en cht'-'on fqil dans des inscriptiom et les manuscrits ? Nont-on commencé qu'au xui* siècle à marquer Faccent aigu sur ti dans les dtpl&mes? — On est assuré par quelques marbres et par les plus anciens grammairiens ( 1730 ) , que les accents étaient en usage dans récriture dès le temps d'Ausustè., et dans TAge d'or de la latinité ( 17^1 ). Cola n*a pas empêché un savant ( 1732 ) de nom d'avancer comme uu fait certain, qu'il n'y a pas le moindre vestige d'accents dans les inscriptions lapidaires et métalliques. 11 aurait pu se détromper, eu consultant les pièces de Gruter , citées dans la quatrième dissertation du savant cardinal Norris sur les cénotaphes de Pise. Si les accents paraissent rares aujourd'hui dans les anciennes inscriptions , c'est sans doute parce que souvent ils ont été omis par les copistes. Nos plus habiles antiquaires nous y font distinguer les accents graves et lesaisus. Ils servent à discerner les longues des brèves dans les mois équivoques (1733), comme malus arbre , et malus méchant : ou pour marquer les cas, jpar exemple» l'ablatif sedcj qui deviendrait bref, s'il était l'impératif de sedeo. Ils se mettent sur la pénultième (1734), ou l'antépénultième, suivant que la pénultième est longue ou brève. Les mots dissyllabes ont l'aigu sur la-pénuliièoçie , parce qu'ils sont censés longs par position. Il faut dire la même chose pour les enclitiques, comme illéne? Quand Taocent est sur la dernière, il est grave »seloa les anciens grammairiens.
Sur les marbres, les pierres et les métaux^ l'aecent aigu final ne sert qu'à distinguer les mots semblables de signification diflerentet ou deux, ras du même mot. Un accaat aigu ou une virgule au haut de TM' fait Manius, 11 y a des mots , qui ont deux accents- (1735), dont l'un sert à l'usage précédent et l'autre au suivant. Ces accents ne sont pas constants sur le même mot , et -souvent on ne peut deviner pourquoi ils affectent certaines lettres ( 1736 ). Mafféi conjecture qu'ils n'ont été inventés d'abord que pour . servir de notes de musique ;
Nilhard a jeté auelqaes modernes dans Terreur au sujet d*Ëgiiid, comte de Toulouse, en 84^. ils ont vu dans ce passaffe que ce prince était attaché au parti du jeune Pépin, roi d'Aquitaine, au lieu qi^il prouve qu'Egfrid lut toujours partisan de Charles le
perdendum mhsi fuerant, quosdam in insidiis cepit , quosdam slravit. t U n'y a qu'à ôter la virgule qui esc après socm et la metti'e après Tolosœ, et le passage sera clair , au lieu qu'il est embarrassé de la manière qu'on le lU. Il prouve qu'Ëgfrid défit les troupes que Pépin avait envoyées pour le faire périr (a). >
M 730) SuETO."!., De illuttr. grammat.^ c. 24.
(1 751) Uenselius(6) croit qu on commença h mar- 4|uer les accents sur les mots lorsqu'on envoya les j^uoes Romains à Athènes pour étudier Féloqucnce, ou quand on appela à Rome les rhéteurs et les giam-
'/i> Vaissktte, Hist. de Ldnçu* t. I, col. 709. {b) Sutiopi. univ pliildog., ]k HèO.
mais que dans la suite on s'en est servi pour distinguer certains mots. L*Eglise ( 1737 ) en faisait encore un grand usage pour noter ses sacrés cantiques , au xii* siècle. Les anciens Latins relevaient la voix sur Va du nominatif. Pour en avertir on le marquait d'un accent aigu Musd. A l'ablatif.ils élevaient d'abord la voix et la rabaissaient ensuite, comme s'il y avait eu Musàà, Ces deux accents réunis ont produit le circonflexe a , ainsi figuré t4 dans les manuscrils. L'accent que les Grecs appellent hypken et les Hébreux macaph est tin trait ou tiret , qui unit deux mots , comme «cmper-florentis , ou arc^en-ciel. Selon Priscien on le figurait aiusic/et selon saint Isidore
on le renversaitO*
Les accents sont fort anciens dans récriture çrecque , comme Videlius le montre (1738j par divers auteurs. On les fait remonter jusqu'à la cxxV. olympiade , c'est-hndire , environ detlx siècles avant Jésus-Christ. Une origine si reculée ne permet pas decroire que 1 usage des accents ne se soit introduit dans les manuscrits grecs qu'au VI" siècle. Si l'on en trouve de ce temps et même des plus anciens, où les accents ne paraissent pas , c'est sans doute parce que les grammairiens ou correcteurs, chargés de la ponctuation , ont négligé de les marquer. Les feuillets 162 et 163 du manuscrit du Roi 107, exposés à un certain jour, laissent apercevoir une ancienne écriture grecque & deux colonnes , sur laquelle on a récrit le texte de saint Paul. On voit dans récriture effacée des esprits et des accents , preuve que l'usage en est plus ancien que l'écriture des ÉpUres de saint Paul, qu'on croit cependant du v* ou vi* siècle. Les Grecs se servaient de ces accents, non-seulement pour régler la voix dans la prononciation , mais encore pour fixer le sens de plusieurs mots. .
Les Latins en firent le même ùsase, comme nous l'apprend saint Isidore (1739). De plus ils marquèrent les accents sur les lettres qu'il fallait doubler, comme séla pour sella^ et sur les ablatifs pour les distinguer des autres cas. Ils en usèrent de môme a l'égard
mairiens les plus liabîles de la Grèce. (1752) Struv., De criter. manusc.^ p. 32. 1(1755) Mafféi, Mus. Yeron.^ p. 171.
(1734) Cenetaiii., col. 767, 768.
(1755) Ibid,, col. 767.
(1756) Mus. Veron,, p. 17!.
(1737) Chrome. Codwic, p. 55.
(1738) Joum. des Sav. de 1709, p. %95.
(1759) In dubiis verbis consueiudo velerum erat^ ut cum eadem liltera alium intellectum coirepta^ aiium producta haberet, longœ syllabœ apicem apponebant : ut puta populus, an arborem significaret, an hominum mutlitudinenij apice dislingvebatur. Sic et ubi litterœ consonanles gentinabantur, siciUcum s«perponebant, ut serra, sella, asseres {séla, sera àse" res). Veteres enim non duplieabant IHleras, sed supra sicilicos apponebanl : qua nota admonebatur lector
?ieminandam esse litteram : et sicilicus quia in Sicita inveutus est primo (c).
(r) Crigin ,1. i, c, 2(J.
des adveroes. Nos manuscrits latins font encore divers autres usages des accents. Nous en trouvons deux avec un point ainsi disposé -C ^^ marge et dans le texte, avant un mot oublié. Dans le manuscrit de Saint- Germain des Prés 862, on met un accent sur ^«'om, pour le distinguer d'os ossis. On le voit sur les pénultièmes et antépénultièmes aux siècles xi et xii, surtit, sur hôe à l'ablatif snr veriei intégré^ 'circumcîdit et fructûs au pluriel , dans le manuscrit 718, de la même abbaye , écrit au vi*. Le 758 , offre trois mots ainsi accentués : enim iam tune. Ces trois accents sont marqués 9 pour qu'on ne lise pas nimiam.
Dans ce manuscrit du yiii* au ix*. siècle on met un accent sur éadem au nominatif. Dans un grand nombre d'autres manuscrits Taccent circonflexe avec un point ^ ou sans point est mis à la fin des lignes pour l'm ouVn. L'accent aigu au milieu de deux points .1. est un signe d'omission. Il sert à séparer les pieds des vers dans le Saint-Prudence de la Bibliothèque du Roi. L'aigu et le circonflexe servent aussi aux abréviations. Le premier prend de temps en temps la place de la virgule et se met sur les voyelles, surtout dans les xi* et xii* siècles. Au commencement du xiii* on se servait encore de l'accent aigu pour séparer les phrases et les mots , comme nous le remarquons dans un diplôme de l'empereur Henri VI, figuré dans la Chronique de Goduiie. £n général, les anciens notaires et copistes négligèrent beaucoup les accents. Pour ne pas répéter ce que nous avons dit dans notre second volume (17M) de ceux qui affectent les t, contentons-nous de Lieu constater les diverses époques de cet usage. Heuman, célèbre professeur d'Altorf (17M), donne l'accent aigu sur l't pour un caractère de l'écriture des xiii' et xiv* siècles ; mais dès la fin du x*, un diplôme original d'Otton III (1742) nous offre des «iccents aigus sur les t, lorsqu'il s'en rencontre deux de suite. On met un accent sur Yi devant a dans une charte originale, accordée à Sainte-Colombe de Sens, l'an US8, par Hugues Capet. On trouve quelquefois (feux accents marqués dans les manuscrits du XI* siècle sur les mots ^tti, fehruarii , martyriiy etc. (1743). Dans un diplôme de l'empereur Henri III ( 17U), de l'an lOW, non-seulement les t, mais encore les u de tout cequi est écrit en lettres allon-
Sées , se trouvent chargés d'accents aigus , e sorte néanmoins qu'il y en a deux sur les deux côtés des ii. Hickes (17tô) a fait graver
(1740) Pag. 209,210.
(174li Comment, de re diplom., U I, p. 10.
(1742) Chronic. Godwic,^ p. 210.
(i745)iWd.,p. 51.
(1744) Ibid., p. 263.
(nAoj Diêsert. epislolaris, p. 71.
(1746) Caslet, a catalog, ofthe manusc,^ prefac , p. vni; Struv.,p. 45.
(1747) ÂNDEBSON, Select, diplom. et numism. thesffur., tab. \iv, xxvi.
(1748) Chronic, Codwic.^p, 359.
(1749) De re diplom. , p. 53.
une charte de Guillaume le conquérant , ou de Guillaume le Roux, où leâ derniers t de filii sont pareillement distingués par des accents. Au xii*. siècle, on commença à mettre un peu plus souvent sur les t un accent aigu (1746), quelquefois droit, mais communément un peu courbé par le haut.
L'aiçu se montre sur les i dans quelques diplômes de Louis le Gros. On voit l'accent droit sur l't simple dans les chartes de David I*"^ et de Guillaume, rois d'Ecosse, l'un en 1124 et l'autre en 1665 (1747). Deux ii de suite ne manquent point d'être marqués de deux accents dansun diplôme de l'empereur Frédéric I" de Fan 1157 (1748). Cette pratique n'eut point de suite pour la plupart des manuscrits des xi* et xii* siècles. Elle ne commença à bien s'établir que vers le commencement du xiii*. Alors les accents sur les i se multipliant , prirent un peu de la forme circulaire. Ils ne cédèrent entièrement la place aux points que dans le xrr. siècle , quoique ceux-ci aient probablement commence vers la fin du xiv*. Si D. Mabillon avait eu sous les yeux les monuments qui nous ont servi de guides, il n'aurait pas fixé au xiii*, siècle le commencement des accents sur l't , ni borné cet usage à la fin du xv* (1749). y III. Astérisques ou étoiles j ohèles^ lemnisques : diverses significations de la barre ou tiret : autres signes fréquents dans les manuscrits. *- Outre les points, les virgules et les accents, les anciens grammairiens inventèrent des marques , tant pour daigner en abrégé les sentences et les parties du discours que pour noter les vers et indiquer les fautes des copistes. Ces notes sont au nombre de vingt-six dans Saint-Isidore (1750). Le manuscrit du Roi 7590 en ajoute une douzaine. Les poètes et les grammairiens s'en servirent encore pour distinguer les vers , pour marquer la fin et le commencement de leurs Jiièces , les discours et les réponses des dinérents acteurs , les diverses modulations et les changements de versification. Nous n'entreprendrons pas ici d'expliquer {i;énéralement tous ces signes, dont l'antiquité faisait usa^e. On en trouve l'explication dans l'Euripide de Josué Barnes (1751), imprimé a Cambrige en 169^, dans la Paléographie de D. Bernard de Jif ontfaucon (1752) , et surtout dans le manuscrit royal cite (1753). Notre dessein se borne principalement à faire connaître les marques les plus ordinaires ou'on rcnconlie dans les anciens manuscrits latins, qui subsistent aujourd'hui.
(1750) Orifif., lib. i,c.20.
(1751) Pag. 49.
(I752)P. 370elseq.
^ouvrage où ces sicnes sont expliques est de . Servius, mais avec quelques relrancbemenis. L'auteur appelle notœ simpUces plusieurs inarquc*s dont saint Isidore n'a point parlé. VF désigne les niélaphrases latines et le ^ les grecques. Ces dm lettres 9 F indiquent les uiétaphrases grecques et btiiies. Un vers mauvais ou indécent est nuiraticpar M., le répugnant par ^ , le superflu par e, el leoMitiaire à 1 histoire par ir, etc.
PALEOGRAPHIE.