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DICTIONNAiRE DE PALEOGRAPHIE, ETC.
chartes et leurs signatures réelles fussent précédées d'invocations, c'est un usage attesté par une infinité de monuments. Si les invocations directes en sont . quelquefois bannies, les croix, les chrismes et les laba^ rums, qui sont des invocations indirectes, ne manquent guère de suppléer à leur dé** faut. Un usage si général dès le commencement du IX* siècle n'a-t-il pas dû être ordi* naire, même avant le milieu du viii*? Car des usages de cotte nature ne s'établissent pas tout d'un coup. Il faut donc en revenir à ciire que les diplômés antérieurs au i%* siècle n'étaient pas dépourvus d'invocations. Elles sont devenues indéchiffrables , mais elles ne l'étaient pas alors. Elles ne paraissent plus intelligibles, mais en sont-elles moins réelles? Grand nombre de copistes du ix° siècle et des suivants en avaient la clef. Sur quel fonde* ment nous contesterait-on donc qu'ils n'aient pu , dans des cartulaires et '. autres cojtjies , métamorphoser et rendre en propres termes ces invocations éni^matiques en invocations très-claires? Depuis eux, l'intelligence de ces figures monogrammatiques s'est perdue; S'ensait-il qu'on ne l'eût jamais? Notre ignorance fonderait-elle donc un moyen raisonnable de faux ou de suspicion contre les diplômes, où ces énigmes ont été expliquées par des gens, à cet égard, plus habiles, que nous? N est-ce pas déjà un grand préjugé. en faveur des invocations réelles, quoique énigr raatiques,de ce qu'on les trouve confondues avec plusieurs invocations énoncées en termes formels au commencement de beaucoup de signatures? N'est-ce pas encore un: singulier avantage pour ces figures biérogli-: phiques qui précèdent les souscriptions , en ce qu'elles sont précisément dans le goûl de celles qui sont à la tête des chartes? Mais nous pouvons nous appuyer do titres anciens précédés d'invocations manifestes, titres que nous allons emprunter de dom MabilJon même. Après une simple adresse , poursuivre ainsi : Idcirco ego tn Dei nomen (SHS), n'estce pas user d'une invocation Ires-marquée? La pièce ne date, il est vrai, que de l'an 766, et le docte Bénédictin reconnaît des exemples d'invocation fornicllo sous Pépin le Bref et de Pépin même , quoi qu'ailleurs néanmoins, il semble hésiter sur l'article. Le privilège d'ibbon, évêque de. Tours, en faveur du monastère de la même ville, est de 7â0, et néanmoins, après le préambule, il commence par Eao m Deinomine Ibbo^ etc. (2U3).Une fondation de monastère par une illustre dame est de 670, et toutefois , dans le préambule, elle s'énonce de la sorte : Igitur inDei nomine^ etc. (â4U). Elle ne l'a pas plutôt achevé ce préambule , qu*elle reprend en ces termes : Et ideo in Dei nominej etc. Ajoutons deux formules de Ifarculfe avec 1 invocation , Idioque ou Igliur ego in
(^42) De re diplom., p. 495.
(2443) îbid., p. 487.
(2445VBàluz, CafHtul., t. H, col. 411.
(2446) De redivlom.^ Supplcm., p. 85,86.
(2447) Discept. 2, p. 135. .
Det noMmtf (2U5). Voilà des invocations ex« presses du vu* siècle. En voici d'autres qui ne sont pas moins formelles. Elles commencent par In Dei nomen. On peut les vérifier aux endroits cités en marge (2Û6). 11 ne nous en faudrait pas davantage pour con* dure contre le P. Germon (2U7) , qu'il n'est nullement recevahle à décrier un diplôme de Charles Martel , sous prétexte d'une iovocation placée à la suite du préambule : Igitur ego in Dei nomene inluster vir Karoius majorimdùmus 9 etc. Il n'y a pas là, ni dans toute la charte un seul mot qui ne soit parfaitement dans le goût du viir siècle. En vain objecte-t-il que les diplômes des rois mérovingiens, de l'aveu de dom Mabillon, commencent absolument par If. rex Françon«mvtrtn/t«5<er, qu'aucun d'entre eux n'usait du pronom ego. Charles Martel n^était ni roi- ni même de la famille royale. Aucun maire du palais n*a jamais terminé ses titres par vir inluster. Chacun au contraire se dit inluster vir avant, le titre de maire du palais. Mais pour revenir à notre sujet, si Ton nous oppose que les invocations sont à la suite du préambule et de l'adresse , nous
Pouvons répliquer que la raison pourquoi on n'en découvre pas de semblables dans les formules initiales des diplômes mérovin* giens, ç'oçt qu'ils renferment d'autres invocations placées avant leur commencement.
AU surplus nous rencon trons, dans les sources où nous avons déjà puisé , des invocations auxquelles aucun préambule ne prélude.
Telle est la formule de Marculfe, qui comn^ence absolument par ces mots : Igitur ego in Deinomincy etc. (2448). Telle est la formule angevine : Ego in Dei nomen (2U9). Dira-t-oo que la première suppose un préambule , et que la seconde suit une date initiale? Mais, malgré cela, elles ne laissent pas de confirmer l'antiquité des invocations. D'ailleurs on ne voit pas quel préambule aurait préludé à une autre formule de Marculfe^ eommençantpar Ego in Dei nomine , etc. (2430). Resterait donc à incidenter sur l'^o, qui n'est, à la vérité, point applicable aux invocations figurées.
Après tout, il sera facile de parer à cet inconvér^ient, s'il est réel. Nous ne manquons pas d'exemples d'invocations, que rien ne précède ni ne peut précéder. Nous apporterons en preuve un diplôme publié par dom Mabillon, dans ses Annales et dans son sufH plément de la Diplomatique. Il commence par In nomine sanctœ Trinitatis (âtôl). Deux formules de Marculfe débutent par la même invocation (2452), et trois des formules angevines, par In Dei nomen (2^53). Voilà donc non-seulement des chartes en France des ti* et VII* siècles, revêtues d'invocations formelles , mais nous produisons de plus cinq mooèles ou protocoles dans lesquels cette
i2448) Lib. n, c. 39.
2449) De re diplom.. Supplem., p. 83.
2450) Lib. II, cap. 52.
245!) Pag. 94.
2452) Baluz, CapiL.i. H, col. 402, 403.
2453) Supplem., fk re dtplom.f p. 79» elc»
PALEOGRAPHiE. — APPENDICE.
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formule initiale était d'une pratique universelle, ou pour le moins très-commune. Car Îiuand on est au fait des anciens recueils de ormules, on comprend aisément que les clauses invariables y sont rarement répétées » parce quïl n'était pas nécessaire d avertir d'une cnose qui revenait sans cesse et qui n'était ignorée de personne. On a donc grand sujet de penser que toutes les formules dé* pourvues d'invocations , les sous-entendent. Ainsi, l'usage des invocations se trouvera général dès l'origine de la monarchie. On n'en doutera pas un moment , si Ton fait attention qu'on y^ suivait alors Tusage des Romains et même des empereurs. Or, dans !eur^ actes et dans plusieurs édits de Justinien et de ses successeurs , on trouve ces invocations : In nomine Domini nottri Jesu Christif ou /n nomine Dei SalvatoriSy etc., ou In nomine sanclœ Trinitatis, En Angleterre, Sebbi, roi des Saxons orientaux, au vu* siècle, commençait ses diplômes par In nomine Domini nostri Jesu Chris ti Salvatoris (2ili.54). Les rois visigoths du même temps se servaient de la formule : In nomine Domini (2455). Ou trouve même In Dei nomine sur les médailles du roi Wamba (2^56). Comment a-t-on pu supposer que nos rois de la première race sont les seuls à qui le christianisme n'a point inspiré de semblables invocations? Lu6age nen a donc pas dû être banni de leurs chartes. Or, la très-grande partie des diplômes des rois mérovingiens n'en offre point d'expresses ou de conçues en termes lormels. Il faut donc les chercher dans ces Ggurcs monogrammatiques ou hiéroglyphiques qui en tiennent la place, ef, ne pas rejeter, comme fausses, les pièces où elles seraient énoncées en termes formels. Cependant, les nouveaux éditeurs de ces diplômes répètent sans cesse comme sans raison : Delenda invocatio.
IV. Les figures initiales des diplômes ren^ ferment de véritables invocations. — Quoi qu'en disent quelques savants, dont nous respectons infiniment les lumières , nous ne saurions nous persuader que ces chiffres, ces monogrammes, ou ces figures initiales,
3ui préc&lent ordinairement le texte des iplômes et souvent les signatures des huit premiers siècles, sans parler de celles des trois suivants , ne soient que des figures arbitraires, que de purs essais de plume. Si cela était, pourquoi ces figures sous la seconde ,et troisième race seraient-elles communément plus chargées de traits, quand elles sont placées à la tête des chartes que quand elles le sont avant les souscriptions ? Pourquoi y remarquerait-on une uniformité constante, au moins dans le principal trait, oui constamment représente un grand / a'nne manière invariable? Pourquoi le voiton à la tète des actes et des souscriptions des Romains (24^57) ?
Dans la supposition des invocations ca-
(2454) NoHv. traité de diplom., tom. HI, p. 687. (3455) iM., p. 65t.
(2456) Lbblanc, Tr. des monnaies^ p. 32.
(2457) Nouv. traité de diptom., tom. Hl, p. 62S,
chées , on satisfait aisément à ces difficultés : l' les traits et contours de ces chiffres doivent} être moins compliqués et multipliés au commencement des signatures que des chartes mêmes, parce que les invocations des dernières, sous la seconde race, deviennent beaucoup plus longues que celles des souscriptions ne l'avaient jamais été, et ne le furent jamais dans la suite. 2° On doit apercevoir une uniformité sensible dans le principal trait , parce que toute invocation directe et proprement dite, commence par m. Mais cette uniformité est incompréhensible, quand on prétend que la figure en entier ne signifie rien et que les traits en sont de pur caprice. Si du moins on admettait ici une invocation indirecte, on expliquerait ce Jde Jésus Christus en monogramme. Peut-être pourrait-on même y déchiffrer une croix ou un labarum.
Pour nous, quoique convaincus que' ces traits marquent à la tête des diplômes tou jours une invocation en forme, nous avoue rons volontiers qu'en quelques rencontr.es, et surtout avant plusieurs signatures de la première race, on pourrait ny apercevoir que des croix ou des labarums. Mais depuis le VIII' siècle la plupart des traits des figures initiales sont trop compliqués, les notes de Tiron et les abréviations hors d'œuvre trop prodiguées , pour que tout cela puisse être toujours réduit, nous ne disons pas à rien, mais à la signification ou du nom de Jésus- Christ, ou même dû seul signe de la croix.
Du temps dcb rois mérovingiens, dans une suite de signatures de personnages du même rang et de la même condition, les unes nous offrent des invocations en termes exprès. In Dei nomine^ etc.. In Christi nomme^ etc., soit qu'elles soient précédées de croix ou de labarums , soit qu'elles en soient dépourvues; les autres ne nous présentent oue cette espèce de grand /aont on a déjà parlé, avec quelques autres traits de plume : n'est-il pas naturel de penser que celles-ci ne renferment rien de moins que celles-là, et que les premières peuvent passer pour l'explication des secondes? La moindre chose qu'on puisse nous accorder, c'est que les figures marquées avant les signatures sont des croix ou plutôt des inonoçrammes de Jésus-Christ: ce qui rentre toujours dans lès invocations indirectes. Il y a plus: nous trouvons dés signatures de rois de France, précédées de croix et toutefois accompagnées de l'invocation , In Christi nomine (2458). Telles sont les souscriptions des diplômes les plus notables de Thierry,' fils de Clovis II (2459). Alors nul essai de plume, nulle invocation énigmatique, parce que l'invocation et le signe de la croix sont nettement exprimés. D. Mabillon (2460) cite encore, d'après les capitulaires de Baluze, une signature de Clotaire H, conçue en ces termes : Chîotacha^
(Um)Derediplom.,p.m.
(Î459) Ibid., p. 379 (2460) Pag. 109.
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nus IN CiiRiSTi NOMiME hanc definitioncm subscripsi. N'est-ce pas là nous donner la clef de tant d'autres souscriptions de rois, lesquelles n'offrent nulle invocation formelle , niais certains traits compliqués qui en tiennent la place?
Si ceux qui nous ont laissé ces énigmes à deviner avaient eu dessein de mettre à l'épreuve la sagacité de leurs petits-neveux , il faudrait dire aussi que plus d'une fois ^eur secret leur serait échappé. En effet, est-il fort difficile dans les traits préliminaires de la signature du référendaire Vulfoliecus , planche xxi du P. Mabillon , de reconnaître cette invocation, /n nomme Jesu Christi, énoncée par les lettres initiales de chaque mot. Autrament gu'on nous apprenne ce que veulent dire cet n cet i et cet X, au milieu desquels le grand / est Jracé. Tout cela serait-il encore sans but et rie pur caprice? La découverte de l'invocation : InChristi nomine^ In nomine Chris ti Deinostrij InnomHie ChristiSahatorisy etc., dans beaucoup de figures initiales, n'est pas dIus embarrassante.
Les figures ou monoerammes placés au commencement de quelques modèles de la Diplomatique du P. Mabillon, ne laissent rien à. désirer sur cet article. On y découvre sans beaucoup de peine , In xpi n, et cette dernière lettre souvent accompagnée de signes d'abréviation. Combien d'inscriptions sur les médailles plus indéchiffrables? Et cependant personne ne s'avise de les regarder comme de pures fantaisies des monétaires, comme des caractères qui ne sauraient être susceptibles d'aucune signification.
Remarquons en passant que si D. Mabillon avait été dans un autre système sur les Invocations obscures, certaines lettres de >3S figures initiales seraient peut-être lorgnées un peu plus distinctement. Mais prévenu qu'elles ne signifiaient rien, il n'est ççuère probable qu'il ait veillé fort scrupuleusement à en laire conserver les traits.
Nous avons vu sur dos pièces originales de semblables figures, où diverses lettres de l'alphabet se laissent apercevoir plus aisément. Parexemplcj outre l'n pour nomine et Je Xrt pour Chrisiiy nous avons remarqué tantôt des F^ des i^'et des 5, qu'on peut rendre, In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti; tantôt des D, des 5, des N et des X,
Ïii'il est aisé d'expliquer par. In nomine omini Jesu Chris ti: tantôt des D, des /, des A et des û, qui peuvent s'interpréter : In nomint Domini Jesu Christi A et a. Enfin des Sf des / et des r, qui doivent signifier, In nomine sanciœ et xndividuœ Trinitor tis. Sous la seconde et la troisième race de nos rois, ces invocations cachées setrouvent souvent avec les formules. Les figures monogrammatiques qui les exjTinàont sont quelquefois répétées. Les ornements qui les accompagnent ne doivent être comptés pour rien. *
(2461) Synlagm. dictandi; Ciossar. Ca.ng., tooi. f, p. XLii ; toiu. V, col. 755 ; De rediplom:^ p. 619.
V. Double invocation directe. La figurée commence à devenir intelligible. Lettres traits et textes j substitués aux invocatiotu claires et obscures. — Depuis que sous Cliarlemagne l'usage d'écrire l'invocation tout au long, à la tête des diplômes, commença à s'accréditer de plus en plus, deux pratiques se montrèrent tour à tour, pendant environ trois à quatre siècles : Tune, de retrancher l'invocation énigmatique; l'autre, de la tracer à l'ordinaire, avant celle qui était énoncée en termes clairs et formels. C'étaient deux invocations pour une. La première se rendait de jour en jour moins intelligible. Certains traits, dont cette csp^e d'hiéroglyphe était traversée, semblaient plutôt figurés pour lui servir d'ornemcnls que {)our si^ifier quelque chose; mais il en restait plusieurs autres qui n'étaient pas plus inintelligibles qu'à 1 ordinaire. Quoiqu'on ne puisse pas dire que l'invocation cachée fût toujours la même que l'invocation manifeste , on a lieu de croire que celleci était souvent destinée à expliquer celle-là. Malgré cette précaution, sur le déclin du xr siècle, les traits énigmatiques devinrent pour quelques-uns des caractères absolument vides de sens. Papias, qui écrivait vers ce temps-là, n'apercevait que des figures de serpents dans ces tours et retours de plumes (2461). On aurait [dit alors que bien des notaires ne les marquaient plus que par habitude , ou pour, clégager leur main. Aussi leur arrivait-il lé plus souvent de les omettre tout à fait. Ces traits dès lors inconnus en certains pays, continuèrent d'être significatifs en d'autres jusque vers la fin du XII* siècle , auquel ils parurent totalement abolis. Il y avait déjà longtemps qu'ils devenaient rares sur les dipftmes de nos rois.
Lorsque ces monogrammes énigmatiques se soutenaient encore, on y voyait quelquefois l'A et l'û, situés ici perpendiculairement, là horizontalement ; ailleurs la croix était marquée sur la première lettre des invocations formelles. La mode des invocations oiouogrammatiques ou hiéroglyphiques s'étanl pjassée , celle des invocations expresses s'abolit peu à peu dans la plupart des chartes civiles. Cependant, à ces espèces d'hiéroglyphes qu'on figurait encore seuls au xi* siècle, on substituait souvent quelques lettres de l'alphabet, ou quelques traits, qui n'étaient pas plus intelligibles. Plusieurs de ces lettres étaient séparément placées à la tète des diplômes et souvent même avant l'invocation expresse. Elles sont quelquefois significatives. Il n'est pas difficile, par exemple, de reconnaître que le grand Cf, qui paraît au commencement d'un diplôme original d« Tempereur Frédéric II, veut dire Chistus. C'est «n reste de l'invocation, InChristt nomine^ exprimée en monogramme au commencement des anciens diplômes des empereurs d'Allemagne , comme nous l avons dit dans notre troisième tome (2462). Ce t a
(2462) Pag. 682.
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PALEOGRAPHIE. — APPENDICE.
la tète tf uû diplôme d'Othon III est accompagné d'abréviations, qui simifient : Jésus Chrisius, qui est Deus (2463). Depuis le commencement du xiii* siècle , ^J'usage le plus ordinaire fui de n'employer ni invo- <ïations ni rien qui y eût trait, quoiqu'il reste pourtant nombre d'exemples du contraire jusqu'au xïV siècle. Elles ne commencèrent néanmoins à être bannies des diplômes de uos rois que sous Louis le Gros. Au resie, Finvocation distincte s'est toujours ïûaint«ïiue en plusieurs actes ecclésiastitgues et dans quelques actes même purement séculiers , tels que des serments solennels, des testaments , des actes de foi et hommage , etc. Quant à la place des invocations, nous avons vu, par des exemples des premiers siècles de la monarchie , qu'elles n'étaient pas toujours tellement attachées ^u commencement des chartes et des signaîtures, qu'elles ne se trouvassent quelquefois après les préambules ou dans les préambules mêmes. On trouve des chartes du XI* siècle où un texte de l'Écriture précédé d'unB croix est substitué à l'invocation explicite : X IiHtium sapientiœ timor Domlnx (2WV). Dans YHistoxre de Tournus (24.65), Hugues, évêque de Besançon, emploie trois vers, au lieu de l'invocation ordinaire (2466). Au xu* siècle, la coutume s'établit de terminer les invocations par Amen. Mais il y avait longtemps qu'elle était en vigueur par rapport aux invocations finales. De même aussi Y Amen avait été mis après les invocations initiales, mais cet usage n'avait point encore passé en coutume. On trouve Amen en notes de Tiron dans les invocations cachées de plusieurs diplômes des rois de la seconde race.
Chap. 6. Suscription des anciennes lettres eu diplômes : titres pris par les évéques et ies princes dans les formules initiales de ces actes; titres et saluts qu'on leur donnait au commencement des chartes.
^ Quoique par suscription on entende pour l'ordinaire l'adresse , le titre ou le dessus d'une lettre , nous Qe renfermerons pas la signification de ce terme dans des bornes si étroites. Nous l'appliquerons non-seulement aux titres pris par les auteurs des chartes, et donnés aux personnes à qui ils les adressaient, mais encore au salut qu'ils avaient souvent l'attention de leur souhaiter en terminant ces formules. II est des suscriptions placées après les dates initiales, conformément à une loi de l'empereur Justinien. Il en est qui suivent les signatures, mais il en est encore davantage qui ne sont tout au plus précédées que de l'invocation. Les unes commencent par Ego^ les autres par Nos , eoeore qu'il n'^ ait qu'une seule personne qui parle. Plusieurs , sans exprimer l'un ou 1 autre mot, débutent par les noms et les
^2465) CAr<mtc. GoDwic, p. 209.' j^
12464) Archives deT abbaye de Saint-Dems. i
(2465) Pag. 554.
(2466) Les pièces copiées dans les cartulaires commencent quelquefois par des vers. Le fragment
DlGTlONN. DB PALÉOGaAPmB CtC.
titres des personnes en faveur desquelles les diplômes sont dressés, et plus communément par ceux des évéques , princes ou seigneurs, qui les font expédier en leur nom. Une revue générale et sans aucun détail de ces titres, tant pris que donnés , et du salut qui les accomf)agne assez fréquemment, ce sont là les trois principaux ou plutôt les uniques objets dont notre dessein nouç oblige de tracer maintenant le crayon. Nous pouvons d'autant i)lus nous resserrer sur les deux premiers points, que nous avons déjà effleuré la matière en parlant du style.
Quand on considère en gros et comme d'un seul coup d'œil les titres pris et donnés par ceux qui adressent des lettres ou diplômes, il semble presque impossible de rien conclure de ces formules initiales, tant la confusion y paraît grande et les variations ^continuelles. Tantôt les titres pris précèdent les titres donnés, et tantôt ils les suivent. Les supérieurs, les égaux et les inférieurs affectent tour à tour de mettre leurs noms et qualités avant et après ceux des perso/ines à qui ils adressent la parole. L'inconstance dans les titres mêmes qu'on accorde et gu'on reçoit ne se montre pas moins. Mais en s'attachant aux temps, aux lieux et aux personnes, on ne laissera pas, sinon de saisir les caractères invariables , du moins d'observer des pratiques plus ou moins constantes, et qui quelquefois peuvent être envisagées comme ordinaires.
I. Titres pris par les prélats et les princes j avec les formules initiales dont ces titres étaient accompagnés ; titre de prétbe pris par les évéques. — Le plus ancien usage dans les suscriptions des lettres était que leur auteur plaçât son nom avant celui de la personne a qui elles étaient adressées. Mais depuis, la mode contraire prévalut. D'abord on ne cédait le premier rang aux noms de ceux à qui l'on écrivait que quand on se regardait comme d'une condition fort inférieure, ou gu'on avait pour eux une vénération singulière. L'humilité chrétienne étendit cet usage à des égaux, à des inférieurs, à tout le monde. Enfin , humilité ou non, il passa en coutume et s'est soutenu jusqu'à ce que le nom de celui qui adresse la lettre ait été placé au bas , comme par forme de suscription. Les lettres qui sont du ressort des archives ont tellement varié sur cela, qu'on est obligé d'en renvoyer le détail aux trois parties suivantes. Chez les anciens Romains, les plébéiens , les chevaliers et les sénateurs ne prenaient point ces titres dans leurs lettres, mais seulement ceux des chares dont ils étaient actuellement revêtus, e dictateur y de consul , de proconsuly d'imperatory de préteur ^ d'édile y de questeur y de tribtm dupeupUy etc. Les empereurs acceptèrent et se donnèrent plusieurs nouvelles dénominations, dont les unes pouvaient pas-
du carlulaire de S. Eloi de Noyon, conservé à Sainte- Geneviève de Paris, hititule ainsi les chartes : Qui KamsioUi reditus, quœ copia terris. Autre : Susatmte nobis quid reddat içrra quotannis.