‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 136 sur 459 · MÉROVINGIENS · texte numérisé non relu

MÉROVINGIENS

noblos gaulois. Rien n'y manqua, ni los longs et bruyants festins, ni les éclats de la gaieté germanique, ni les clianls rauques des barbares, ni mùme les vei-3 latins d'un Italien bel esprit, que tout le monde applaudissait pour avoir l'air de le comprendre, le poiHo Fortunatus. Tant de gloire donna de la jalousie à Cliilpéric. 11 renvoya sa femmeservante Frédégonde, et fit demander la main de la sœur aînée de Brunehaut, Galswintbe. Cette jeune princesse, d'un caractère doux et timide, vit cette alliance avec effroi, et sa mère partageait toutes ses anxiétés. « Sois heureuse, ma fille, disait-elle; mais j'ai peur pour toi, prends bien garde. » Le roi Atlianagilde, désireux de consolider son alliance avec les Francs, consentit à cette union. Cliilpéric aima sa nouvelle lemme d'abord par vanité, parce qu'elle était fille de roi, puis l)ar avarice, parce qu'elle lui avait apporté une riclie dot ; enfin il s'en dégoûta, et un matin la malheureuse reine fut trouvée étranglée dans son lit. Frédégonde reprit sa place. Sigebert, excité par Brunehaut qui voulut venger sa sœur, accusa son frère d'assassinat, conquit toute la Neustrie, mais lut assassiné devant ïournay par des émissaires de ï"rédégonde (à75). Cette femme à l'àme féroce ne recula devant aucun crime pour assurer la couronne h ses enfants : elle fit périr tous les fils ([ue Chilpcric avait eus d'une première femme, Audovère; mais ses propres enfants furent emportés par la maladie. En 684, Cliilpéric fut assassiné par une main restée inconnue ; quatre mois auparavant, Fi-édégonde avait donné le jour h un fils qui devait survivre i sa mère et lui succéder.

Pendant que Frédégonde épouvantait la Neustrie par ses crimes, Brunehaut faisait reconnaître en Austrasie l'autorité de son fils, Childebert II. Mais elle essaya vainement de soumettre à sa loi la sauvage indépendance des leudes. Des révoltes éclatèrent ; Brunehaut, revêtue de l'habit de guerre, voulut se jeter au milieu des hommes d'armes : « Femme, lui dit le chef des leudes, retire-toi, qu'il te suffise d'avoir régné sous le nom de ton mari ; maintenant, c'est ton lils qui règne, et son royaume n'est pas sous ta garde, mais sous la nôtre. Va-t'en donc, de peur que les pieds de nos chevaux ne t'écrasent contre terre. » Brunehaut parvint cependant à reprendre son pouvoir, et, pour l'assurer contre de nouvelles révoltes des grands, elle ménagea à son fils Childebert l'alliance de son oncle Contran, le plus doux et le plus pacifique des rois mérovingiens. Au traité d'Andelot (587). Childebert et Contran se reconnurent héritiers l'un de l'autre au cas où ils mourraient sans enfants ; ils devaient rester unis contre les trahisons des grands;. et, pour s'assurer la fidélité de leurs leudes, ils leur garantissaient l'hérédité de leurs bénéfices, concession importante qui était un premier pas vers le régime féodal.

Forte de cette alliance , Brunehaut recommença la lutte contre Frédégonde. IMais ses soldats furent vaincus à Droisy, près de Soissons {h9S). Childebert mourut sans avoir pu réparer cette défaite. Ses deux fils Théodebert II et Thierry II régnèrent en Austrasie et en Bourgogne. Leur aïeule, Brunehaut, régente pendant leur minorité, tenta une fois encore le sort des armes. Frédégonde fut de nouveau victorieuse à Latofao f5i!(j), et mourut l'année suivante, au milieu de toutes les grandeurs, laissant la couronne h son fils Clotaire 11.

Tout autre fut la mort de Brunehaut. Cette friiime qui avait l'instinct de la civilisation voulut '( iiibiittre la barbarie par des moyens barbares. I 11 issée de l'Austrasie par une révolte des grands, ( llr retrouva son autorité en Bourgogne et l'exerça .•i\''C une cruauté inouïe : elle fit lapider l'évêque il. Vienne, saint Didier, et chassa saint Coloraban de son monastère de Luxeuil. Un moment

elle réunit ses deux petits-fils contre Clotaire II, et, victorieuse à Dornians et à Etampes 'CU0-C04), elle enleva une partie de la Neustrie. Mais la discorde ayant éclaté entre Théodebert et Thierry, elle prit la défense de ce dernier et fit mettre à mort Théodebert. Les leudes furent indignés de tant de crimes et de tant d'ambition. A la mort de Thierry, ils offrirent à Clotaire II les deux couronnes d'Austrasie et de Bourgogne et lui livrèrent la vieille reine, n Lorsque Brunehaut fut amenée en présence de Cloiaire, dit le vieux chroniqueur Frédégaire, celui-ci sentit se ranimer la haine furieuse qu'il lui portait, et il lui reprocha d'avoir causé la mort de dix rois francs. Ensuite, il la livra pendant trois jours à tontes sortes de tourments, et la fit passer sur un chameau i travers toute son armée. Après cela, elle fut attachée par les cheveux, par un pied et par un bras '.i la queue d'un cheval très vicieux qui la brisa, membre par membre, à coups de pieds, en l'entraînant dans sa course. » Ainsi se vengeaient les Francs de la femme énergique qui .ivait voulu les plier au joug de la loi et de la volonté royale.

Clotaire 11 (G13-6'i8) resta l'humble sujet de l'aristocratie qui l'avait fait vaincre. « Ce Clotaire était patient, instruit dans les lettres, craignant Dieu, grand bienfaiteur des églises et des prêtres, très charitable envers les pauvres, plein de bonté et de piété envers tous. Néanmoins il aima un peu trop la chasse des bètes fauves, et, vers la fin, il prêtait trop facilement l'oreille aux suggestions des femmes. Il en fut vivement blâmé par ses leudes. » Le pauvre roi eut besoin de toute cette patience, dont le loue le vieux chroniqueur, pour porter le joug pesant que sa victoire venait de lui imposer. Il resta entre les mains des grands, conseillé, redressé, surveillé, réprimé. On luifit assembler le fameux concile de Paris (015), réiinion de leudes et d'évêques qui prit à tâche d'écrire dans la loi les conquôies de l'aristocratie laïque et ecclésiastique. Le gouvernement fiscal et absolu que les Mérovingiens avaient essayé d'établir fut irrévocablement condamné , et la royauté fut réduite à l'impuissance. Rétablissement des élections canoniques, et, par conséquent, annulation de l'influence royale dans le choix des évèques; défense au fisc de mettre la main sur les successions dont un testament ne disposait pas, d'augmenter les impôts et les péages, d'employer les juifs pour les percevoir; responsabilité des juges et des autres officiers du roi ; restitution des bénéfices enlevés aux leudes; défense au roi d'accorder à l'avenir des permissions pour enlever les riches veuves, les religieuses et les vierges; peine de mort contre celui qui oserait enfreindre un seul de ces articles : tels sont les principaux points de la Constitution perpétuelle dictée au roi par le Concile de 615. Tous les abus de l'autorité royale sont condamnés; ceux du gouvernement des grands vont commencer.

3« période {Gn-^ii). — Les Francs au septième siècle. — Le fils de Clotaire II, Dagobert (G-'S C3S) fut le plus puissant des rois Mérovingiens. Après la mort de son frère Caribert, à qui il avait abandonné l'Aquitaine, il rentra en possession de cette province. A la môme époque, il reçut l'iionuiiage de Judicael, duc des Bretons, et se trouva ainsi maître de tout l'empire des Francs. Il essaya de ramener un peu d'ordre dans cette société si troublée, et, reprenant les idées de Brunehaut, il voulut élever la royauté au-dessus des factions des grands. Il éluda les prescriptions de la Constitution perpétuelle et fit revivre le système de l'administration romaine. Sa cour devint aussi fastueuse que celle des empereurs : il siégeait, les jours de fête, sur un trône d'or massif forgé par saint Eloi, qui avait été orfèvre et directeur

MEROVINGIENS

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de la monnaie royale de Paris, avant de devenir évoque de Noyon. Dagobert bâtit l'abbaye de Saint-Denis, dota les églises, mais écrasa le peuple d'impôts. Celui qu'on a appelé le Sa'omon des Fra7ics a laissé après lui le souvenir d'une magnificence dont le déniiment de ses successeurs devait encore augmenier le prestige.

Quelles ont été les conséquences de l'Invasion

"VVisigotlis à la fin du v' siècle, la loi Salique et celle des Ripuaires au commencement du vu*.

La Loi salique est le monument capital de cette époque. Rédigée une première fois avant la conquête du bassin de la Seine par les Krancs, elle a été l'objet de plusieurs rédactions postérieures dont l'une remonte à lépoque de Clovis. La loi Salique, dit Guizot dans son Histoire de la eiviti

germanique, et en particulier de l'invasion fran- 1 satinn in l'i-ance, traite de toutes choses, du droit

que, sur la constitution de la société gauloise'? Elles ont, été moins grandes qu'on ne le pense généralement. M. Fustel de Coulanges, dans un livre remarquable sur les Ins'iluii'Hs politiques de ^ancienne France, a pu dire que l'invasion n'avait apporté en Gaule ni un sang nouveau, ni une nouvelle langue, ni un nouveau caractère, ni des institutions essentiellement germaniques.

Les Gaulois ne firent que changer de maîtres : au fisc impérial succède le fisc royal, au coinié ro

politique, du droit civil, du droit criminel, de la procédure civile, de la procédure criminelle, de la police rurale, et péle-mèle, sans aucune distinction ni classification. Quand on regarde de près au contenu de cette loi, on s'aperçoit que c'est essentiellement une loi pénale, que le droit criminel y tient presque toute la place. Le droit politique n'y apparaît qu'indirectement et par allusion à des institutions, à des faits qui sont regardés comme établis et que la loi n'a aucun dessein de fonder. Sur le

main le fii-f barbare, à l'oppression systématique ' droit civil, elle renferme quelques dispositions la domination brutale et fantasque. Toutefois les ' plus précises. C'est un Code pénal. On y compte

impôts se payèrent en nature plus souvent qu'en monnaie, et devinrent par conséquent moins écrasants. Les rois eux-mêmes ajoutent volontiers à leur titre ceux tous romains de prince, pnirice, homme illustre. Us prennent les insignes impériaux, la couronne d'or, le troue d'or, le sceptre, la chlaniyde et la tunique de pourpre. Leurs images les représentent en costume d'empereurs romains et en robe consulaire. Bientôt même, ils sentirent qu'ils avaient besoin dune administration dont les Romains connaissaient seuls le mécanisme. Us les appelèrent h eux, les opposèrent à leurs leudes indociles et farouches, et consultèrent avec une véritable prédilection les ovèques et les patrices romains.

Les terres de la Gaule formèrent trois sortes de

34:J articles de pénalité, et 65 seulement sur tous les autres sujets. Les délits prévus dans la loi Salique se classent presque tous sous deux chefs, le vol et la violence contre les personnes. Sut :U3 articles de droit pénal, 150 se rapportent à des cas de vols, et dans ce nombre 74 articles prévoient et punissent les vols d'animaux. La loi entre à ce sujet dans les plus minutieux détails : le délit et la peine varient selon l'âge, le sexe, le nombre des animaux volés, le lieu et l'époque du vol. Les cas de violence contre les personnes fournissent 113 articles, dont 30 pour le seul fait do mutilation, également prévu dans toutes ses variétés. Cette législation qui révèle des mœurs violentes, brutales, ne contient point de peines cruelles; elle semble porter à la personne et h la liberté des

propriétés. Les alleux étaient les lots tirés au sort hommes libres au moins, un singulier respect", car, entre les conquérants, qui y vivaient dans une , dès qu'il s'agit d'esclaves et même de colons, la indépendance absolue, obliges seulement au ser- cruauté brutale reparaît, la loi abonde en tourments vice militaire, lorsque l'assemblée générale déci- [ et en supplices; mais pour les hommes libres, dait la guerre. Les bénéfices ou bienfaits étaient ; Francs et même Romains, elle est d'une extrême des portions distraites par les rois ou les chefs ! modération. Quelques cas seulement de. peine de puissants de leurs propres domaines ; ils les confé- \ mort ; encore peut-on s'en racheter. Point de peines raient à leurs compagnons ou fidèles sous certaines corporelles, point d'emprisonnement. L'unique conditions. Tantôt viagers, tantôt héréditaires, ! peine écrite, à vrai dire, dans la loi Salique, est la tantôt révocables à volonté, tantôt temporaires, les j composition, Wehrijeld, VV'î'A'î'jfW, c'est-à-dire une bénéfices obligeaiejit toujours le détenteur à des certaine somme que le coupable est tenu de payer services militaires et domestiques. Les terres tri-\ à l'ofl'ensé ou à sa famille. Au Welirgeld se joint, èutaires, qui étaient les plus nombreuses, payaient dans un assez grand nombre de cas, ce que les un cens au trésor du roi ou à un propriétaire par- i lois germaniques appellent le Fred, somme payée

ticulier.

Comme les terres, les hommes libres se trouvèrent répartis en trois classes. Les leude; francs ou gallo-romains demeuraient près du roi dans sa truste ou suite, ou bien ils étaient chargés de gouverner Uii ou plusieurs cantons en qualité de ducs

au roi ou au magistrat, en réparation de la violation de la paix publique; c'est l'amende. A cola se réduit le système pénal de la loi.

Quntriéme pério'le (038-752). — Les rois fuiiiéiuts. — Après le règne de Dagobert, la décadence des Mérovingiens commença : les descendants de

ou de comtes. Les hommes libres, alirimnns ou Mérovée et de Clovis ne furent plus que les >0(.' racliiiii bourgs étaient les propriétaires d'alleux qui i fuineauts, tristes instruments aux mains des toutn'étaient pas comi'agnons du roi. Leur nombre di- ! puissants maires du palais '. Ces magistrats, qui minua rapidement, parce que leur isolement les 1 avaient la surveillance générale de la maison et

exposait aux entreprises des grands. Les tributaires disparurent aussi peu à peu, les uns réduits au servage, les autres élevés au rang de bénéficiaires.

Il y avait en Gaule autant de lois que de nations, mais toutes avaient trois principaux caractères •communs. Elles étaient purement pénales, c'est-àdire qu'elles ne s'occupaient qu'à réprimer les crimes et les délits. Elles admettaient la coutume du Welirgeld ou composition, par laquelle un coupable pouvait toujours se racheter à prix d'argent. Enfin, elles instituaient dans l'instruction des procès les con/uratcurs, qui attestaient par serment la véracité de l'une des parties. Toutes ces lois étaient des coutumes traditionnelles, originaires de la Germanie, qui furent rédigées postérieurement, la loi des liurgondes et celle des

de la truste du roi, étaient devenus les premiers officiers du palais et les plus grands personnages après le roi. Réunissant à la fois les charges de l'État et les fonctions de la domesticité, ils se trouvèrent à la fin les chefs des leudes et les ministres de la royauté. Leur puissance avait grandi, à mesure que diminuait l'autorité des rois. Brunehaut, qui voulut arrêter leurs empiétements, fut vaincue; Clotaire II fut obligé de promettre sous serment à Warnachaire de ne jamais lui enlever la mairie ; Dagobert échappa un moment à la tyrannie de ce magistrat des grands ; ses descendants y retombèrent h jamais. Dans l'Austrasie, les maires trouvaient une royauté faible, une .aristocratie puissante : ils se tournèrent contre les Mérovingiens, qu'ils cherchèrent à supplanter. Dans la Neustrie, ils voyaient des institutions ro-

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mairies encore vivacos, des leudos peu nombreux, un peuple dès longtemps habitué au pouvoir absolu; ils se firent les champions du pouvoir royal <iu'ils exerçaient, et les adversaires de l'aristocratie, des Austrasiens et de leurs maires, membres de la grande famille d'Horistal.

Dans cette lutte nouvelle de l'Austrasie et de la Neuslrie, ce dernier pays soutint sans trop de désavantage la lutte, grâce au génie violent d'Ebroin. Ce maire du palais, issu du pays de Suissons, possesseur de grands domaines, mais d'une naissance peu illustre, avait pris le gouvernement de la Neustrie et de l'Austrasie, au nom du jeune Clotaire III, fils de Clovis II, et petit-fils de Dagobert, tandis que les Austrasiens choisissaient pour maire WuU'oald, et pour roi Childéric II, frère de Clotaire III. Ebroin commença par supprimer l'article de la Constitution perpétuelle qui ordonnait de choisir les comtes parmi les grands propriétaires des comtés, brisa sans scrupule toutes les résistances, forçi la reine liathilde, mère de Clotaire, à se réfugier dans le monastère de thelles, et mit à mort les évoques de Paris et de Lyon. Léodegaire ou saint Léger, évoque d'Aulun, se fit le défenseur de l'édit de GI5 et dos privilèges conquis par les grands. L'hostilité des deux adversaires éclata en 670, à la mort du roi.

Kbroin craignit, en réunissant les Francs pour l'élection du nouveau roi, de leur donner l'occasion de connaître leurs forces et d'attaquer son autorité. C'est pourquoi il se hâta de proclamer ■Thierry III, troisième fils de Clovis II, et doniia ordre aux Francs, qui accouraient, de rentrer chez eux sous peine de mort. Ils se conjurèrent contre lui, brûlèrent, selon la coutume g'^ruianique, les maisons de ses partisans, et donnèrent la couronne de Neustrie h Childéric II. Ebroin, surpris par ce mouvement soudain, fut abandonné de tous et se réfugia dans une église. Ses trésors furent pillés, lui-même fut tondu et enfermé au couvent de Luxeuil : le pauvre Thierry III eut le même sort, il fut enfermé au monastère de Saint- Denis. La chute d'Ebroin eut les mêmes conséquences que celle de Brunchaut : les grands imposèrent leurs conditions au roi qu'ils venaient de reconnaître. Mais en s'établissant en Neustrie, dans la France romaine, Childéric se mit à suivre les exemples d'Ebroin. Léger le menaça de la vengeance divine s'il ne tenait son serment ; le roi l'accusa de comploter la destruction do la royauté, et l'envoya à Luxeuil rejoindre Ebroin. Alors il s'abandonna à tous ses caprices, et osa faire battre de verges le leude Bodilon. Peu de temps après, il fut égorgé dans la forêt de Bondy avec sa femme et son enfant (673).

Une effroyable anarchie s'ensuivit. « Les exilés, dit la Vie Un Suint Léger, accouraient comme des serpents qui sortent de leurs cavernes, tout gonflés de venin, au retour du printemps. » Ebroin et saint Léger quittèrent ensemble Luxeuil, après avoir renouvelé entre les mains de l'abbé le serment d'oublier le passe. Ils entrèrent à Autun avec leurs partisiins, et se dirigèrent vers Paris, où était le roi Thierry, qui venait de quitter son monastère. En chemin, leur accord se rompit; Ebroin s échappa la nuit, se réfugia dans ses domaines de Soissons et y rassembla ses amis, tandis que Leudès, fils d'Erkinoald, était proclamé maire du palais par Léger et les leudes de Burgondie. Ebrom prit hardiment l'offensive. Il opposa à Thierry un prétendu fils de Clotaire III, Clovis III, battit Leudès à Pont Saint-Maxence, sur l'Oise, et • le força de s'enfermer avec son roi dans les murs de Crécy. L'Austrasie et la Burgondie repoussaient encore le faux roi et le faux maire: pour abattre ' les révoltés, Ebroin mit le siège devant Autun. [ t>amt Legiîr, qui n'avait montre jusqu'alors que les qualités d'un chef de parti, se souvint de son '

titre d'évêque. Il fit distribuer aux pauvres sa vaisselle d'argent, ordonna un jeiine de trois jours, demanda pardon à ceux qu'il avait offensés, et, se dévouant pour son peuple, sortit de la ville et se livra. On lui creva les yeux, on lui coupa la langue et les lèvres, et il comparut, ainsi mutilé, devant le concile de Marly. Les partisans d'Ebroin le condamnèrent, et il fut décapité au fond d'un bois (678).

La prise de Crécy livra à Ebroin Leudès et Thierry : l'un fut massacré, c'était un rival ; l'autre fut épargné, co n'était qu'un instrument. Ebroin lui rendit sa couronne et se débarrassa de Clovis III, qui n'était plus bon à, rien. Alors, vainqueur partout, en Burgondie comme en Neustrie, il usa de son pouvoir sans scrupule et sans pitié. Il enleva les terres du domaine royal aux leudes qui les occupaient, les repartit entre ses créatures, constitua une classe nombreuse de petits bénéficiaires, qui étaient tout à lui parce qu'ils tenaient tout de lui, confisqua le patrimoine des grands rebelles, et les força à s'exiler en Austrasie. En mémo temps, il gagna à, sa cause ceux des évêques qui aimaient l'ordre civil et l'administration romaine, saint Ouen de Rouen, saint Prix d'Auvergne, saint Réol de Reims, saint Egilbert de Paris. Les évêques d'origine franque, tels que saint Genest de Lyon, firent seuls cause commune avec les leudes.

Ebroin poursuivit ses ennemis jusqu'en Austrasie : il réclama leur extradition ; les maires Pépin d'Héristal et Martin la refusèrent, et il envahit leur pays. Vainqueur à Latofao, il assassina Martin en trahison, et allait pousser jusqu'au Rhin lorsqu'il périt lui-même. Un leude, nommé Hermanfriod, qu'il avait insulté, l'attendit un dimanche matin, armé d'une hache. Ebroin sortait pour aller aux matines, lorsque son ennemi lui brisa la tête (G81J.

La mort d'Ebroin marque la chute de la puissance royale des Mérovingiens. Son successeur, Bertaire. voulut continuer son œuvre, et marcha contre Pépin d'Héristal à la tête « d'une grande multitude de petites gens. » Il fut battu et tué ï. Testry (687). La Neustrie était vaincue par l'Austrasie, la royauté par l'aristocratie, la famille de Clovis par celle de Pépin.

Désormais, en effet, les rois mérovingiens Thierry, Clovis, Childebert, Dagobei-t, Chilpéric ne régnent plus que de nom. Lo pouvoir appartient tout entier à Pépin d'Héristal, à Charles Martel , à Pépin le Bref qui ont l'autorité sans avoir lo titre de roi. En 752, Pépin le Bref, avec l'assentiment du pape Zacharie, fit déposer dans l'assemblée de Soissons le dernier Mérovingien, Childéric III, qui fut relégué au monastère de Sithieu, près de Saint-Omer. Cette révolution, qui substituait à la dynastie mérovingienne la dynastie carlovingienne était depuis longtemps préparée et acceptée par les peuples francs; aussi passa-telle inaperçue. [Désiré Blanchet.]

Lectures et dictées. — La mort des enfants de FbédégoiNue. — Agitée par ses craintes maternelles, Frédégonde se trouvait un jour avec le roi Hilperik (Chilpéric) dans la pièce du palais où leurs deux fils étaient couchés, en proie à l'accablement de la fièvre. Il y avait du feu dans l'àtre à cause des premiers froids de septembre et pour la préparation des breuvages qu'on administrait aux jeunes malades. Hilperik, silencieux, donnait peu de signes d'émotion; la reine, au contraire, soupirant, promenant ses regards autour d'elle, et les fixant, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre d^^ ses enfants, montrait, par son attitude et ses gestes, la vivacité et le trouble des pensées qui l'obsédaient. Dans un pareil état de l'àme, il arrivait souvent aux femmes germaines de prendre la parole en vers improvisés ou dans un langage plus

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