‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 157 sur 459 · MONOTRÈMES · texte numérisé non relu

MONOTRÈMES

ternes représentées par les cycles i • J • ' • iî • jîj . Rarement le cycle do groupement des CouillKs sur la tig;e de ces plantes est plus élevé que ,',. Les feuilles des monocotylédones sont généralemt^nt iuermes ; toutefois, dans les brnniéliacties, quelques palmiers, les smilax, les d'uilles présentent des aiguillons tranchants très acérés. Dans le bonapartca, chaque aiïuillon porte à son extrémité une ouverture qui fait communiquer une sorte de glande avec l'extérieur.

Chaque Ouille de monocotylédone comprend une double lame d'épiderme renlbrcée intérieurement de fibres mécaniques. Otépiderme recouvre une masse de tissu pareiichymateux nu tissu fondamental dans lequel courent parallèlement les uns aux autres et parallèlement à la lungueur de la feuille des faisceaux libéro-ligneux dont la structure ne diffère pas de celle îles laisceanx de la tige. La raison en est que les faisceaux foliaires sont les terminaisons dos faisceaux tigellaires. Chaque faisceau libéro-ligneux est le plus ordinairement revêtu d'une lame pé ipliérique de fibres mécaniques qui ont pour but non .seulement de le protéger, mais encore de régulariser les pressions qui peuvent se faire sentir sur la masse libérienne du faisceau, lors de la circulation des gaz dans la feuille.

Dans quelques bulbes, les feuilles réduites à l'état d'écaillés charnues sont transformées en réservoir de nourriture. Dans les rhizomes souterrains, les feuilles se réduisent à l'état de petites écailles membraneuses.

La fleur des végétaux monocotylédones, lorsqu'elle est complète, présente généralement de dehors en dedans : 1° Deux verticilles alternants comprenant chacun trois pièces colorées ou non. Ce double verticille d'enveloppes florales forme le périanthe; sauf dans les fluviales, il ne fait jamais défaut; "2° deux verticilles alternant entre eux et avec les précédents et comprenant chacun trois étaraines ; 3° deux verticilles alternant entre eux et avec les verticilles précédents et comprenant cliacun trois carpelles. En résumé, la fleur comprend donc un périanthe. un androcoe et un gynécée. Tous les trois ont six pièces disposées trois à trois sur deux rangs. De là l'idée de considérer toutes les fleurs des monocotylédones eoinme formées de verticilles floraux composés chacun de trois pièces élémentaires. De là la symétrie par trois, qne l'on regarde comme caractéristique de ces fleurs. Des adhérences plus ou moins grandes peuvent réunir plus ou moins les termes de chaque verticille, ou encore les termes de verticilles consécutifs. Les pièces d'un verticille peuvent faire défaut en tout ou en partie.* Une pièce d'un verticille peut s'hypertrophier tandis que d'autres s'atrophient. En combinant convenablement toutes ces dispositions, on a l'explication des divers types de fleurs que l'on rencontre chez les diverses familles de végétaux monocotylédones.

La placentaiion des monocoiylédones est généralement axile; les orchidées sont u.i des rares exemples de placentation pariétale chez les végétaux de cet embranchement, et quelques aroidées un des rares exemples de placontatioii basilaire.

Les ovules d-s monocotylédones sont anatropes et bitégunientés; rarement ces ovules sont orthotropes, comme chez les ériocaulonées, les iradescantiées, le vallisneria spiralis et quelques aroidées.

Le pollen des monocotylédones est formé généralement do petites cellules globuleuses qui sont dispersées et déposées sur les stigmates des organes femelles p.ir les insecies Dans les orclii dées, les cellules du pollen demeurent accolées les unes aux autres par une nialièrc gommeuse très adhésive. Ces masses polliniijues ont reçu le nom ?* Parti».

de pollinies; comme le pollen ordinaire, elles sont apportées sur les stigmates par les insectes, en particulier parles abeilles. Dans les zostères, monocotylédones qui vivent dans la mer, le pollen est constitué par de petites cellules allongées vermiformes. Il y a tout lieu de croire, d'après les dernières recherches, que ces tubes polliniques dtî la oslère germent dans l'intérieur même de l'anthère où ils se sont formés, et qu'ils perforent la tissu de l'anthère et celui du pistil pour arriver jusqu'à l'ovule sans qu'il soit nécessaire pour eui d'être déposés sur le stigmate.

Au moment de la fécondation, les fleurs des monocotylédones sont quelquefois le siège d'une élévation de température très considérable. Cette période d'excitation s accuse parfois par la production de nectars ou de parfums ; les plus connus de ces parfums sont ceux émis par les aroidées. L'odeur bien connue de VAnim nwcu/nlum, vulgairement nommé gouet ou pied-de-veau, rappelle celle de la viande corrompue, à ce point que les mouches viennent visiter les fleurs de l'arum et s'y laissent emprisonner. ,

Le fruit qui succède à l'ovaire varie beaucoup d'un groupe (Je monocotylédones à l'autre; ainsi le fruit est un caryopse chez les graminées, c'est un achaine chez les cypéracées, c'est une capsule à déhiscence variée chez les liliacées, les orchidées; c'est une baie charnue à la surface, lorsque la graine est insuffisamment pourvne d'appareils dissominateurs, comine cela se voit dans beaucoup d'asparaginées. Le fruit de quelques monocotylédones peut atteindre un volume et un poids énorme; tel est le fruit du cocotier et surtout le fruit du iO'ioicea SecheUamm, qui atteint le poids de II) kilogrammes. A l'article P" "/îe-s, on trouvera tous les détails désirables sur ces fruits et sur les croyances auxquelles leur singulier mode de dispersion a donné naissance. Presque tous cesfruitsmonstrneux sont recouverts, vers l'époque où ils se détachent des arbres qui les produisent, d'une sorte de bourre brune très épaisse qui les protège, amortit le choc au moment de la chute et les empêche de s'écraser en tombant sur le sol.

Nous n'insisterons pas ici sur les usages généraux des monocotylédones ; nous reviendrons sur ce point en traitant chacune des princifiales familles en particulier. V. à cet efl-et les articles Palmiers, d'aminées, Lh-ioï'/ées, Mnswées, Orc/ii lées.

La grande majorité des monocotylédones est originaire des régions chaudes du globe. Plusieurs d'entre elles sont aquatiques, submergées ou nageantes; tels sont les potamogetons, les vallisneries, les lentilles d'eau, les hydrochaùs, les slratiotes. Quelques-unes même habitent la mer. comme les zostères, les posidonies.

fC.-E. Bertrand.]

MOÎNOTRÈJIES. — Zoologie, XII. — Tout à côté des Marsupiaux', mais à un degré encore moins élevé dans la série zoologique, se placent \i"i Mo"Otrèu,es, qui si-mblent établir le passage entre les Matnmifères et les Oiseaux. Comme chez ces derniers, en effet, l'intestin débouche dans un vestibule comtnun, dans un chot/ue, au lieu de s'ouvrir directement au dehors. D'autre part les dents proprement dites ^ont représentées par des tubercules cornés, ou font môme complètement défaut, tandis que les lèvres sont garnies de lames cornées qui acquièrent souvent un très grand développement et simulent le bec d'un oiseau. Enfin, quniim'il n'y ait point de poche pour log'T les petits immédiatemint après la naissance, il existe cependant eti avant du bassin deux os semblables ii ceux qui soutiennetit, chrz les marsupiaux, un repli de la p^au de l'abilomen. Jns(|U à ces derniers temp.s, on croyait qu il ii'existait que deux animaux offraot ces

cala

MONTESQUIEU

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d'organisation, VCrmlhorhi/7ique et VFchidné, qui habitcut l'Australie et la Tasmanie ; mais tout récemment on a découvert à la Nouvelle-Guinée une troisième forme, un Ecliidné qui, tout en étant parent de celui de la Nouvelle-Hollande, diffère cependant de ce dernier par quelques caractères anatoniiques.

L'Ornitliorhynquc et l'Echidné d'Australie sont connus depuis la fin du siècle dernier; ils ont d'abord été réunis par G. Cuvier à l'ordre des Edentcs, puis élevés au rang de sous classe par de Blainville, sous le nom de Monotrèmes, emprunté à E. Geoffroy-Sainl-Hilaire. Le premier de ces mammifères singuliers, VOrmt/iorhi/nqw paradoxal, est ainsi nommé à cause de ses mâchoires prolongées en bec de canard et pourvues seulement d'une paire de grosses dents cornées qui sont situées à la place occupée ordinairement par les dents molaires; il a le corps terminé par une queue élargie et aplatie en dessous, comme celle du castor, mais velue sur sa face supérieure ; son corps est revêtu de poiLs courts, et ses pattes se terminent par cinq doigts pourvus d'ongles robustes, et réunis entre eus par des membranes analogues à celles de la patte d'un canard et particulièrement développées aux membres antérieurs. Cet animal étrange habite la Tasmanie et l'Auitraiie, et estconnu des colons anglais sous le nom de Watermole (taupe de rivière). Il se ticni en effet au bord des rivières, barbotte parmi les plantes aquatiques, et nage avec l'agilité d'un poisson; sa nourrittlre consiste en larves d'insectes, en vers et en petits mollusques. Les mâles ont le talon armé d'un éperon corne, muni d'ujie fente qui sert à l'écoulement d'un liquide visqueux. Ce liquide, sécrété par une glande particulière, logée dans la cuisse, est, contrairement à ce qu'on avait pensé d'abord, dépourvu de toutes propriétés venimeuses.

Les Ecbidnés diffèrentdes Ornithorhynques par leur corps garni de piquants plus forts que ceux des hérissons, et entremêlés do quelques poils, par leur tête prolongée en un bec très effilé, qui porte en avant une bouehe d'une petitesse extrême, et enfin par leurs pattes disposées non pour fendre les eaux, mais pour fouir. Le^ mœurs de l'Echidné de la Nouvelle-Guinée sont encore inconnues, mais tout porte à supposer qu'elles ne diffèrent pas sensiblement de celles de l'Echidné du continent australien et de la Tasmanie. Ce dernier, VEchidné vpineux, vit dans les endroits sablonneux où il recherche les vers et les insectes, particulièrement les fourmis et les termites II les cherche avec le bout de son museau, qui parait doué d'une grande sensibilité, et les capture au moyen de sa langue qui est enduite d'une salive visqueuse et peut être projetée hors de sa bouche. Au moindre danger, l'Echidné se met en boule et présente de toutes pans des piquants acérés. Les mâles portent en outre, comme les Ornithorhynques, des ergots au talon.

L'Echidné, de même que l'Ornithorhynque, a l'intelligence extrêmement bornée. Pendant le jour il reste caché dans un trou et ne se montre qu'à la chute du jour. Ses mouvements sont d'une lenteur extrême. A diverses reprises, des Ecliidnés ont vécu en captivité dans les jardins zoologiques de l'Europe, et particulièrement dans la ménagerie du Muséum d histoire naturelle de Paris. [E. Oustalet.]

MOJiTF.SOl'IKf. — Littérature française. XI\. — Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquiei,), naquit au château de la Brède, non loin de Boideaux, le 18 janvier itjsO. Son père, ancienjtofficior (|ui avait de bonne heure quitté le service, comprit, dès l'enfa'ice, quelles espérances autorisait l'esprit vif et curirux de son fils, et parait avoir fait de son instructioji sa principale

sollicitude. Dès l'adolescence, le jeune Secondât témoigna d'une véritable vocation pour l'étude du droit ; à peine ses études classiques terminées, il s'y lança avec toute l'ardeur de ses vingt ans. Son oncle paternel, qui était président à mortier au parlement de Bor.ieaux, encourageait ces études. Le 24 février 1714, au temps où le grand roi vivait encore, Montesquieu, âgé de vingt-cinq ans, fut nommé conseiller au parlement de Bordeaux. Deux années plus tard, en niii, son oncle, qui n'avait pas de fils et le considérait comme son héritier, lui légua avec la plus grande partie de ses biens sa charge de président à mortier. Ainsi Montesquieu, à peine âge de vingt-sept ans, se trouva possesseur tout h la fois et d'une fortune considérable et d'une des plus hautes situations de la magistrature d'alors.

Ce double avantage n'était pas fait cependant pour le satisfaire. Nous voyons, à ce moment, Montesquieu, avec ces curiosités multiples qui sont comme l'apanage de la jeunesse, tourner de tous côtés son activité. En même temps qu'il remplit les devoirs de sa charge et poursuit ses travaux juridiques, il se sent attiré vers d'autres études : il se montre l'un des membres les plus actifs de l'académie de Bordeaux récemment fondée ; il publie en 1719 le Projet d'une étude ptiysique de la len-e, où il fait appel au concours de tous les savants ; il écrit divers opuscules. Deux ans plus tard, en i;2l, il remet à un éditeur étranger le manuscrit des Lettres pn-snnes. Qui eût pu croire qu'un livre pareil était l'œuvre d'un grave magistrat, d'un président à mortier d'un parlement?

Le succès fut prodigieux. Le livre eut coup sur coup un nombre d'éditions considérable, en un temps où le public lettré n'était pas h beaucoup près ce qu'il est aujourd'hui. Montesquieu luimême a constaté, non sans une satisfaction bien excusable, ce succès : « Les éditeurs, a-t-il écrit, allaient tirant les passants par la manche et leur disaient: « Monsieur, faites-nous des Lettres ptrsnnes. » C'était alors le temps de la régence et l'aurore du xviii' siècle se levait. Après la vieillesse du grand roi, et le règne triste et austère de M'"" de Maintenon, il semblait que la France opprimée depuis près de quarante ans fut délivrée d'un poids qui pesait sur sa poitrine. Une réaction s'accomplissait, violente et excessive comme toutes les réactions. Le livre de Montesquieu résumait ce qui était dans la conscience et ie seiitiment de presque tous. On y trouvait un esprit frondeur et hardi qui a toujours été comme le génie propre de la race française, une satire amère du régime qui venait de disparaître et n'avait laissé dans l'opinion que des souvenirs détestés, une foi robuste en la possibilité d'un avenir meilleur, que tous partageaient, l'invitation à des réformes libérales que tous souhaitaient et appelaient; et, ce qui en France n'a jamais rien gâté, le livre tout entier était écrit dans une langue vivo, alerte, précise, piquante et un peu raffinée, pleine de nerf et de sève, qui donnait au bon sens même et à la vérité l'allure pi(|Uante du paradoxe. Les Français ont toujours aimé à s'eiilendre dire leurs vérités quand elles sont bien dites : on trouvait une saveur piquante à entendre un étranger, un barbare, un Persan — comment peuton être Persan' — se moquer si spirituellement des Français et des Pan siens, et leur faire si galamment la leçon. Faut-il ne rien omettre? L'époque de la régence était une époque libertine, et le xviii» siècle tout entier ne guérit jamais bien de cette maladie. Certaines pages sensuelles et erotiques des Lettres p-rr^O'^es ne nuisirent pas. elles non plus au suce, s de l'ouvrage : et certaines lettres en firent lire à beaucoup pluhicu: s autres que, sans celles-ci, ils n'auraient peut-être pas lue».

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Quand nous relisons aujourd'hui. les Lettres /le rsn/ies, instruits par l'œuvre l'ntiore de Montesquieu, et par les progrès de la science dont il a été en partie l'auteur , il est permis de penser que pont-ôtre nous les comprenons mieux que ne le fircni ceux qui lespreniieis les connurmit. Sons une forme légère, une pensée profonde et séricmse s'y manifi;stc : pensée devenue banale depuis, mais qui alors était bien faite pour étonner, pour scandaliser même. La voici : c'est que tout ce <iue l'homme considère volontiers comme étant la vérité absolue, b, savoir les idées politiques, religieuses, morales, les institutions, les mœurs, les opinions, tout cela est en réalité non pas ;ibsolu, mais relatif; c'est que des conditions ■de vie différentes ont amené des constitutions diverses de la société, des conceptions diverses de l'État, de la famille, de la religion, du bien et du mal, et que ce n'est le plus souvent (|ue par ignorance que nous condannions tout ce qui s'est fait ailleurs et que nous admirons sans réserve tout ce qui se fait chez nous. Tout V Esprit i/cs lois était, on le voit, déjà en germe dans les Lettres persiines.

Il ne pouvait suffire à un esprit aussi vigoureux que celui de IMoTitesquieu de s'être borné à laisser entrevoir ses pensées sous une forme légère. Ce qui l'avait tenté d'abord, c'était la satire de tous les préjugés qu'il voyait acceptés autour de loi comme d'incontestables vérités, et il avait cédé h la tentation d'écrire cette satire ; mais en l'écrivant, à mesure qu'il réfléchissait lui-même "davantage, il était amené à entrevoir un second livre derrière le premier, un livre où, renonçant à toutes les ficùons, il laisserait parler la raison seule; où il expliquerait ce que sont les sociétés humaines, comment elles se forment, s'administrent, se transforment: de quelles forces multiples elles se composent, quel rôle y jouent les divers intérêts, par quelles lois elles se fondent, s'accroissent, déclinent et enfin se succèdent. 11 vit là une œuvre utile et grande, que personne encore n'avait tentée, qui pourrait être la gloire d'un liomme en même temps qu'elle serait l'œuvre de toute une vie. Il ne se sentait pas incapable de l'entreprendre.

Nous voyons alors Montesquieu prendre un grand parti. Il n'est pas de spectacle plus intéressant que ces vies dont un homme fait ce qu'il •veut; avec une sorte de généreux égoisme, il immole tout à un besoiii impérieux qui l'emporte, renonce à toutes les autres ambitions, et suit sans hésiter l'appel du génie intérieur.

En 1726, Montesquieu vend sa charge de président à mortier au parlement de. Bordeaux. 11 renonce à la carrière qui eût pu l'élever à de pins hautes dignités encore. Qu'eût dit l'oncle qui l'avait fait son héritier s'il eut été lémoin de celte résolutiim? On peut compter qu'il l'eût désavoué et maudit. On peut compter aussi que ses amis (le Bordeaux furent sévères pour Montesquieu et attribuèrent sa décision soit à la paresse, soit à une coupable inquiéiude d'esprit. Mais Montesquieu savait ce qu'il faisait.

Il vient à Paris d'aboid : il passe deux années dans la grande ville, et. non sans quelques diflicultés, il est nommé membre de l'Académie française. 11 est admis dans l'illustre compagnie le '24 janvier 1728. Il est permis de penser qu'il attachait à ce titre une importance considérable, et nous allons aussitôt voir pourquoi.

.\vant d'entreprendre le grand ouvi-age qu'il médjte et pour lequel, depuis plusieurs années déjà, il accumule les matériaux, Montesquieu veut voyager. Il veut parcourir l'Europe entière. Il a beso]]i de visiter les diverses nations pour obserser l.'urs mœurs et leurs iiistituiioiis; il veut les visiteraussi pour s'eni lettmir partout avec les hom-

mes émincnts formés par une autre éducation que l'éducation française, rencontrer d'autres idées, observer des préjugés divers, et ainsi se mieux guérir lui-même de tous les préjugés que malgré lui il conserve encore. Son titre d'académicien lui ouvrira toutes les portes et le fera bien accueillir partout.

Il a trente-neuf ans. 11 est dans toute la vigueur de sa raison, et pour voir il a de bons yeux. Les livres lui ont appris tout ce qui peut être appris du passé : il lui reste à coniiaîire le présent qui ne s'apprend bien que par l'observation, et qui laidera à voir le passé avec des clartés nouvelles, quand demain il revienilra dans son cabinet à ses études et à ses livres. Bien ne fait mieux comprendre Montesquieu que ce besoin de voyager pour s'instruire à une époque où si peu de Français voyageaient. 11 ne sera pas un voyageur comme l'aimable président de liiosses, pour qui un tour en Italie n'est qu'une longue partie de plaisir et qui consacre les loisirs de la route à raconter gaiement à ses amis ce qu'il a vu. Il voyage pour lui seul et il voyage pour apprendre. Ce n'est pas un touriste, c'est un studieux : il passe indifférent sur les curiosités qu'il rencontre, il n'écrit guère ; il se borne à observer et à réfléchir, à prendre des notes pour lui-même. S'il éprouva, vers la fin de sa vie, la tentation d'écrire le récit do ses voyages, il ne semble pas qu'il ait exécuté ce dessein.

Il a quitté Paris en 1728. Il se rend d'abord à Vienne, alors le grand centre allemand, la capitale du Saint-Kmpire, et visite également la Hongrie. De là il descend en Italie ; il séjourne à Venise, à Rome, à Gênes ; puis, par la Suisse et la vallée du Rhin, il se rend en Hollande, où il s'arrête. Tous ces voyag(^s durent une quinzaine de mois. De Hollande, à l'automne de li2y, il se rend en Angleterre. L'Angleterre à ce moment avait, depuis quarante ans environ, fermé l'ère de ses révolutions politiques. Elle avait définitivement fondé ce gouvernement constitutionnel et parlementaire que seule au monde alors elle possédait. Elle y trouvait, malgré les menaces intermittentes des prétendants, et la paix et la prospérité. Le spectacle d'un peuple libre, se gouvernant lui-même sous l'autorité d'un roi et en possession de l'exercice de tous les droits individuels, droits de la conscience et droits politiques, frappa vivement Montesquieu. 11 se plut à étudier, longuement et par le détail, et le mécanisme de la constitution anglaise et les mœurs d'où ces institutions étaient sorties et qui faisaient leur force. 11 garda toute sa vie une vive admiration pour le peuple anglais, son culte de la liberté, son respect de la légalité, son amour quasi superstitieux du formalisme et des traditions : on ne s'étonnera pas qu'un magistrat et un légiste ait été particulièrement frappé de ces vertus. L'Angleterre garda dès lors dans son admiration une place privilégiée. Il n'était pas étonnant non plus que l'Angleterre ait plus tard fait entre tous les écrivains français une place à part au philosophe politique qui lui avait si parfaitement rendu justice.

Montesquieu s'attarda deux années entières en Angleterre, accueilli là, comme il l'avait été partout", avec la plus grande faveur. A la lin de i7:il, il rentre en l'raiice. 11 a vu tout ce qu'il vou lait voir : il a fait sur les gouvernements et les sociétés une ample provision d'observations; ce qu'il lui faut maintenant, pour mener à bien l'œuvre entreprise, c'est le recueillement et le silence. S'il n'eût été qu'un homme de plaisir, aimant à jouir do la vie — et il n'était point par naiure indifférent au plaisir — Paris avait à lui offrir les pins séduisantes distractions. Son nom et sa réputation lui ouvraient les portes de tous les salon», et

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ga fortune lui pcrmoltait de mener la vie du plus limable seigneur. Mais il avait de plus nobles ambitions et il sentait qu'il avait à faire de ses forces un plus noble emploi. A son retour d'Ano-leierre il s'arrête J( peine à Paris: il reprend

mot tout ce qu'il vaut que de constater qu'aprèsbientôt un siècle et demi, et malgré tous les progrès accomplis depuis lors par la science bistori- <iue, il est demeuré classique. Certains détails ont pu être corrigés depuis : l'ensemble demeure

le chemin de sa province, il va s'enfermer dans debout; toutes les recberches de

son château de la Brèdo. Pendant de longues an- ajouté que bien peu à ce qu avait devine la perspi-

nées il n'en sortira guère que pour passer çà et cacité de Montes.|Uieu. Il avait du même coup

k quelques semaines à Paris, où il est toujours créé pour ainsi dire un genre nouveau : la pli.loso

fort^ recherché, ou entreprendre dans le midi quelques rapides voyages. Le reste de son temps, il le passe dans son cabinet, étudiant l'histoire et les législations, pnursuivant sur l'antiquité, sur le moyen âge. sur les temps modernes, ce grand et persévérant travail dont il attend la gloire.

Il n'aborde pas tout d'abord cependant^ ce grand ouvrage. Les éludes de droit de sa jeunesse avaient fixé son attention sur le peuple romain, qui a constitué autrefois la science juridique. Il avait été vivement frappé par le spectacle de cotte race singulièrement forte, te- , nace en ses entreprises, qui à l'origine est seu- j lement une petite cité du centre de l'Italie, qui peu à peu. par son énergie, ses vertus, sa patience, son ambition aussi et sa politique, impose son joug à toutes les cités voisines, conquiert l'Italie, puis l'Espagne, l'Afrique, la Gaule, la Grèce et l'Orient, fait de la Méditerranée un lac romain, et devient la maîtresse de tout l'univers alors connu. Puis un autre spectacle ne l'avait pas moins frappé: Rome conquérante du monde succombant sous sa propre grandeur; l'empire succédant à la république, comme la république avait succédé à la royauté : les vices remplaçant les Tenus; cette puissance prodigieuse qui si lentement avait grandi, déclinant et s'affaiblissant, périssant sous ses propres fautes après s'être élevée par ses vertus, retombant enfin au néant d'où elle était sortie. Son séjour en Angleterre lui avait en quelque sorte mieux fait comprendre la Rome antique, dont une aristocratie fermement attachée ^ ses droits et une démocratie vaillamment résolue à réclamer la liberté avaient fait la grandeur, et qui avait marcljé vers la décadence sitôt que l'équilibre entre ces deux forces, opposées mais également miles, avait disparu. De la victoire de la démocratie l'empire était sorti par une loi nécessaire, et avec l'empire la décadence, dans l'abaissement de tous sous la loi d'un despote. La conclusion ne déplaisait pas à Montesquieu, baron lui même, fort peu démocrate et qui venait de voir par l'étude do l'Angleterre ce que peut pour la grandeur d'un pays une aristocratie qui défend ses privilèges avec énergie, mais qui en même temps a la conscience de ses devoirs et ne cheicho pas !i s'y dérober.

Il remet à plus tard son grand ouvrage. Il s'arrête à en écrire comme un chapitre détaché. Reprenant à son tour cette histoire romaine qui a sollicité Machiavel, Bnssuet, Saint-Evfemond, il relit tous les historiens, et il s'efforce de lire entre les lignes de leurs livres. Par delà l'histoire romaine, telle qu'un Rollin l'a écrite avec uoe candeur innocente et prête à accepter toutes les fables, il en entrevoit une autre qui ramène les légend.s à la réalité, et ne veut prendre conseil que du bon sens et de la raison : histoire d'où le peuple romain sort bien plus glorieux et plus vraiment grand que de tous les recils menteurs de ics propres annalistes, car on y sent bien mieux i. quel effort de volonté, à quelle politique habile et résolument poursuivie, il a dû son triomphe, avant que le.s mèmescauses naturelles qui l'avaient élevé précipitassent au^si sa chute.

De celte étude paticnti', de cette concentration de pensée soli aire sort le petit volume intitulé : Cons d riilicn' -^r / ' yan'lnur et l ■ démit ne- des Romains, qui parut en 1734. C'est dire en un seul

phie de l'histoire. Combien peu sans doute, parmi les lecteurs des Lettres persanes, avaient imaginé que I écrivain qui tenait la plume d'Usbek était un si profond penseur et capable d'une telle gravité 1

Montesquieu s'était donné à lui-même la preuve de sa force d'esprit et de sa vigueur d'expression. Il ne lui restait plus qu'à se consacrer tout entier à la composition de ce grand ouvrage de synthèse historique et de philosophie politique qu'il méditait depuis dix années déjà. A en rassembler patiemment les matériaux, à en ordonner les matières, à l'écrire, il employa quatorze années. On petit dire que depuis l'âge d'homme il y mi'ttait déjà toutes ses pensées. Il semble que, vers 1740, vin sujet particulier le tente de nouveau, comme l'histoire des Romains l'avait tenté déjà. Au cours de ses études historiques, il avait rencontré la physionomie de Louis XI, et il avait été d'abord séduit et par l'énergie sombre de l'homme et par la grandeur de son œuvre. On a dit que cette histoire avait été écrite, puis jetée au feu par l'étourderie d'un secrétaire. Quand on sait le soin avec lequel Montesquieu conservait, non pas seulement ses manuscrits, mais jusqu'à ses moindres brouillons d'écrivain, l'aventure parait très singulière. Ce qui est vraisemblable, c'est iiu'en effet Montesquieu songea d'abord à écrire une histoire de Louis XI: c'est aussi qu'après en avoir écrit un certain nombre de chapitres, que probablement on retrouverait encore dans les papiers dont a hérité sa famille, il renonça à son projet. 11 sentait que son grand ouvragi^ était ce qui pressait d'abord, que là était le monument qu'il importait d'achever.

Enfin l'année l';48 vint et V Esprit des las parut. Cette date est restée une date littéraire mémorable, môme en ce xviii» siècle où parurent tant d'ouvrages qui sont demeurés des événements Instori(|ues. D'intimes amis auxquels l'auteur avait communiqué son manuscrit, entre autres Helvetius. s'effrayèrent, parait-il, de l'austérité du livre et prièrent Montesquieu, dans l'intérêt de sa réputation, de ne pas le publier. Il n'en crtit que lui même, et il eut raison. Le succès de 1 Espnt des lois, en effet, fui prodigieux : il n'obtmt pas moins de vingt et une éditions en moins de deux années • succès sans précédent et depuis même sans égal pour un livre de haute raison. Voltaire, qui; n'aimait qu'à demi Montesquieu et sur lequel Montesquieu de son côté faisait bien des reserves -et combien en effet ces deux hommes ne differaient-ils pas? — a exprimé en un mot toute la beauté de cet ouvrage : .. L'humanité avait p^'rdu ses titres: Montesquieu les lui a rendus. »

On peut faire à YEsprit des lots plus d une cri ique fondée. On a pu signaler ce qu'a de factici

et de faux la théorie générale posée par 1 auteur nue l'honneur est le ressort des monarchies comnni la vertu celui des républiques: on a pu montre le décousu de certaines parties; on a pu surtou relever dans le style, tantôt une brièveté senten cieuse qui va jusqu'à l'obscurité, tantôt un cou de l'antithèse qui va jusqu'à l'affectation et ai raffinement du bel esprit. Quel écrivain na se défauts, et Montesquieu a certainement eu le siens Penseur solitaire, vivant dans 1 étude, 1 lecture <1 la méditation plus que dans la realitC lia été certainement disposé à abuser de 1 abstra( tion, et à construire une humanité plus logiqu

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