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vitesses simultanées. Galilée a montré le premier I La possession de la terre, souvent contestée, que les vitesses se composent comme les forces ', élevait des barrières entre les peuples et aussi et que la vitesse résultant de deux vitesses simul- 1 entre les individus. Partout la classe des hommes tanéns est représentée, en grandeur et en direction, ! libres devenait de moins en moins nombreuse. Le par la iliager);ile (lu |.ar.ilkM(i;;t;iiiinio consiruii sur pouvoir resiait aux riches propriétaii es du sol, les doux droilus représentani k'» directions et les ' aux ducs, comtes et barons, au profit desquels se grandeurs des deux vitesses primitives. | constituait le régime des bénéfices et des fiefs.
Production ries mouvements. — On conçoit sans 1 C'était le morcellement, à la place de l'unité granla moindre difficulté comment naissent les mou- , diose et chimérique que Charlemagne avait rêvée, vements uniformes et les mouvements accélérés, ] La féodalité grandit, dans une société renouvelée, au moins dans le cas où ils se font en ligne droite. . qui eut une littérature, des mœurs, en un mot une Lorsqu'une force unique, qui reste identique à i civilisation parliculiére. Puis cette société vieillit elle-mênip, agit sur un corps toujours dans le à son tour. Elle avait eu ses jours de gloire au même sens, elle lui impr.me, dans sa propre direc- temps des premières croisades ; elle avait écrit lion, un mouvement qui va en s'accélérant régu- son histoire dans les poèmes des trouvères et les lièrement. Et si à un instant donné la force cesse sentences des cours d'amours. L'ordre féodal se d'agir sur le mobile, celui-ci, persévérant dans l'état transforma, comme se transforment toutes les où il se trouve alors, continue à se mouvoir uni- institutions humaines. Au bruit des révolutions fermement avec la vitesse qu'il possède i cet ins- qui ébranlaient le pouvoir des papes, des empetant. reurs et des rois, les peuples se rappelèrent leurs
Les mouvements curvilignes peuvent être natu- ' droits qu'ils semblaient avoir oubliés. La discusrellement produits par une force changeant con- sion, qui est une forme de la liberté, pénétra stamment de direction; mais ils résultent parfois partout, dans les conseils des souverains, dans les aussi de l'action d'une force de direction constante; écoles, dans le sanctuaire même. Les communes c'est quand le mobile, animé d'une certaine vitesse se fondèrent, la bourgeoisie naquit, rivale souvent initiale, tend à se mouvoir de ce chef suivant une i heureuse de la noblesse; le chaos des siècles droite difl'érenle de celle que l'action seule de la passés tendit à disparaître : le moyen âge arrive à force lui ferait parcourir. [Haraucourt,] l'apogée de sa brillante maturité.
MOYEIV AGI':. — Histoire générale, XXXIX-XL. Le xiit' siècle mérite de former à lui seul une — On appelle Moyen âge la période qui sépare l'an- période complète, la troisième. Dans toute l'Europe, tiquité des temps modernes. un ancien ordre de choses fijiit, un régime nou-
Divisions du inoyei ùije. — Peut-on assigner au veau commence. Dans l'histoire politique, littémoyen âge une origine et une fin précises? Dans raire, artistique, ce siècle laisse d'impérissables la série des siècles qu'on aura groupés sous cette souvenirs. C'est le couronnement radieux d'une dénomination générale, pourra-t-on marquer des œuvre qui a coûté dix siècles de patience et d'efdivisions rationnelles'? Voih'i les questions que l'on forts obscurs. Puis l'horizon s assombrit de noudoit examiner tout d'abord. . veau ; la quatrième et dernière période du moyen-
L'histoire du monde romain ne s'arrête pas brus- âge se termine au milieu des guerres sanglantes quement à la mort de Théodose f.395). Pendant qui déchirent l'Occident et l'Orient. C'est l'enfanquatre-vingtsans encore l'empire a existé, sinon de tement douloureux de l'Europe moderne, fait, lu moins de nom. A la fin même du v» siècle, Méthode critique . — L'histoire du moyen âge après la déposition du dernier empereur, Komulus n'a pas toujours été écrite avec impartialité. Cer- Augustule, l'idée d'empire a survécu à un événe- tains historiens ont été trop sévères, d'autres trop ment depuis longtemps prévu. D'ailleurs la chute complaisants. C'est l'honneur de l'école historique de l'empire n'a pas eu pour résultat l'anéantisse- contemporaine d'avoir étudié sans passion et d'ament soudain des lois, des institutions, de la so- près une méthode scientifique ces âges si longciété romaines. L'esprit romain a survécu à la temps méconnus ou méprisés. Dès le xviii* siècle, puissance de Rome. Les idées romaines, ou, en France, Fréret, BouUynvilliers, Duclos, Mably, comme on disait alors, la « romanité » a subsisté commençaient l'élude approfondie de nos antiquiforte et vivace, conservée par la littérature, les tés nationales. Depuis ce temps on peut dire que loi.s, la religion même, qui montre dans la Rome la science du moyen âge est restée essentiellement des empereurs la capitale du monde chrétien, française. Les travaux, d'ailleurs remarquables. Mais l'uniformité que l'empire avait durement qui ont été publiés i l'étranger depuis un demiimposée au monde a cessé d'être. Des peuples peu siècle, les ouvrages de Ferrari et de Sisraondi ou point n romanisés » franchissent des frontières pour l'Italie, de Roth, de VVaitz et de Wariikœnig longtemps respectées, et sur un sol jodis romain pour l'Allemagne et la Flandre, de Geyer pour les fondent des Etats barbares. Longtemps les deux pays Scandinaves, ne sauraient se comparer à sociétés vivent côte à côte pour ainsi dire. On peut l'œuvre si considérable des érudits français, étudier dans les documents contemporains leurs MM. Guizot,Amédée et Augustin Thierry, Michelet, histoires distinctes, comme l'on voit deux fleuves Guérard, de Pétigny Lehuerou, Pardessus, de Rocouler parallèles avant de confondre leurs eaux, zièrc, Boutaric,ZcHer, Fustcl de Coulanges, Renan C'est par un mouvement insensible que s'est mo- ont apporté dans ces difficiles études tout ce qu'ils difiée et transformée l'antiquité classique. Il a avaient de perspicacité, de science et d'inipartiafallu quatre siècles pour achever la fusion des lité. Ils ont interrogé les écrits de la décadence barbares et des peuples qui avaient directement latine et les codes des barbares, les annales des subi l'influence de Rome. C'est 4 ô ans après la monastères, les polyptiques des abbayes, et les monde Thoodose qu'un Germain, Charlemagne, a chartes des villes. La philologie est venue en aide établi sur des bases nouvelles l'empire d'Occident, à l'histoire. La littérature et l'art ont apporté des Ces quatre siècles '.'Î9.i-800) peuvent former une contributions nouvelles à la connai^.sance de ces première période. Des éléments combinés du i orna- temps reculés. Des générations d'hommes que l'inisine et du germanisme, le moyen âge va sortir, gnorance ou la malveillance des siècles avaient Les successeurs de Ch.irlemagne ont succombé, condamnées â l'obscurité, reparaissent enfin à la moins par leur propre faiblesse, que par la riif- lumière. On écarte les idées préconçues que ficulté de l'œuvre à accomplir. Les peuples, même Voltaire, .abusé pour celte fois, avait répandues barbares, qui durant de lonLrs siècles de migra- contre le moyen âge. 11 n'y a pis de siècle stérile, tions incessantes n'avaient point oublié l'origine pas de génération inutile. L'humanité marche commune devenaient, en se fixant enfin sur le toujours, et le liavail le plus lent, le plus obscur sol, de plu- on plus étrangers les uns aux autres, de l'homme s'appelle encore le progrès.
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Les bornes de cet article ne nous permettent j pas d'entrer dans linis les détails de l'iiistoire du moyen âge. Nous nous borneions à indiquer les | traits généraux do cette époque, en renvoyant aux articles spé> iuux dont on trouvera la nonien- ^ clature au mot Histoite. [
1" Période (•■i9n-«o0). — Dès la fin du iv" sii'Cle, ( l'empire romain était menacé de tous côtés par les Barbares. Sur le Uliin, le Danube, se pressaient les peuples germaniques et slaves, avides de trouver sur un sol plus fertile et sous un ciel plus doux ' un établissement durable. En Orient, sur le lit- | toral de la mer Noire, des peuplades inconnues s'ébranlaient vers la Mœsie et Constanlinople, avant-garde frémissante de tout un monde en marche. Sur les bords de l'Euphrate, depuis deux siècles, Rome luttait avec peine contre les Perses régénérés. Au Midi, des cojifins de l'Arabie Pétrée \ aux colonnes d'Hercule, le-i légions disséminées ■ et comme perdues au milieu des déseris, reculaient devantl'invasion obstinéedes Africains etdes i Arabes, soldats, brigands et marcliands. Sur les mers, entin, où les pirates ne redoutaient plus un Pompée, les Sarrasins au Midi, les Normands dans le Nord, ne craignaient pas d'insulter par des incursions fréquentes b. la majesté mécojinue du peuple romain. Pour mieux résister aux efforts d'aussi nombreux adversaires. Théodose partagea l'empire entre ses deux fils. L'un régnerait en Italie, l'autre à Constantinople. Le vieux monde semblait à la veille de s'écrouler sous la pression formidable d'un monde nouveau
Un tel état do choses ne surprenait pas les hommes du V siècle. Ils s'effrayaient bien moins que nous ne le supposons d'une situation depuis longtemps prévue, plus grosse de menaces en appaieiico qu'en réalité. Beaucoup de tribus barbares étaient depuis des siècles au service de l'Empire ; les territoires contigus aux frontières étaient couverts de villages, où sous les noms à'alnés, féd''irs, co ODS, vivaient des milliers de ces dangereux amis. Lorsque l'empire fléchit sous son propre poids, lorsque les provinces, et dans les provinces, les villes habituées à se gouverner presque comme des républiques indépendantes, brisèrent le lien fragile qui les unissait, surtout lorsque la race de Théodose en Occident se fut éteinte {ihh), les Barbares songèrent il tirer parti de leur force et de la faiblesse de Rome. Ils déchirèrent le pacte qui les liait h Théodose et h sa famille. Les fédérés Wisigoths,Burgundes, Franks, s'estimèrent indépendants. Sous un Euric, sous un Gondebaud, sous un (Jlovis, ils étendirent les limites des terres que Rome leur avaitjadis données, en récompense de leurs services militaires. Ils s'emparèrent des biens d\i ft,r, propriété des empereurs, ils dépouillèrent parfois les anciens possesseurs, en leur ejilevant les deux tiers du sol ; ils créèrent enfin des Etats autonomes, sans souci des alliances d'autrefois, imitant les Barbares qui par la force de leur épée s'étaient imposés à l'empire, les Suèves et les Alains en Espagne, les Vandales en Afrique, les Angles et les Saxons dans la Grande-Bretagne, les Slaves sur le cours moyen du Danube. Attila menace Rome ; Genséric la prend. Le Tatar à demi sauvage, ennemi de Rome, se rencontre avec le Wend'civilisé, jadis ami des empereurs. La barbarie X officielle, >> parée de titres romains, semble donner la main à une barbarie inconnue venue des déserts de l'Orient. L'empire a cette fois cessé d'exister. Bientôt Odoacre lo Héiule, puis Théodoric l'Ostrogoth, sont les maîtres de l'Italie. Et copenilant, cet empire si facilement détruit s'impose longtemps encore au respect di'S Barbares. Rome, n'étant plus la capitale politique du monde, c'est vers Constantinople qu'ils tourjient leurs regards, l.h règne le César d'Uriunt, le seul
((ui, dans cette Europe partagée entre les « roitelets 1) (i-i-i/ult) barbares, porte le titre incontesté d'cniptreur llusileus). Devant lui Théodoric, prince puissant, s'incline ; c'est à lui (|U0 Clovis demande la pourpre consulaire. Mais Constantinople est trop éloignée de la Germanie, de l'Espagne, de la Gaule, de l'Italie même, pour manitenir longtemps son hégémonie politique. Au \l° siècle, gouverné par un homme de valeur, Juslinien, que secondent de bons généraux, l'empire d'Orient pourra faire illusion sur ses forces réelles. L'Italie, l'Afrique, sont un instant reconquises. Mais cette restauration du passé, qui irait contre la fatalité immuable des choses, ne saurait être ni durable ni vraie. L'empereur de Constantinople a beau s'intituler successeur des empereurs de Rome. Il n'est point le représentant d'une époque morte, d'une civilisation qui chaque jour s efface. Lui aussi, il appartient à des temps nouveaux. L'empire byzantin est bien un Etat du I moyen âge, avec ses passions religieuses, son enthousiasme mystique au temps d'Héraclius, sa j langue dégénérée, chac|ue joer plus corrompue et plus étrangère au grec de l'antiquité classique. Constantinople n'aura plus que de lointains rapports avec l'Europe occidentale. De son ancien 1 pouvoir au delà du Danube et de l'Adriatique, elle ne gardera plus que des titres pompeux, conservés avec un faste tout oriental par les chancelleries impériales. D'ailleurs, elle aussi est menacée par les Barbares. C'est un prodige que cet I empire, réputé si faible, ait pu résister pendant dix siècles aux efforts de redoutables agresseurs. .\u vu' siècie, un Arabe, Mahomet, prêche une I religion nouvelle qui impose comme un devoir la guerre contre les infidèles. Une grande révolution s'opère dans l'Orient. Poussés par une force irrésistible, les Musulmans renversent l'empire persan, occupent tout le Nord de l'Afrique, conquièrent l'Asie-Miiieure : mais Constantinople derrière ses hautes murailles les lient en respect. Les Slaves, bien plus nombreux que les peuples germaniques, envahissent les bassins moyen et inférieur du Danube. Constantinople résiste encore. Il est vrai que bientôt la capitale constitue seule presque tout l'Empire. Au delà de la Maritza, l'autorité des empereurs est à peine reconnue. L'un d'eux constate avec tristesse au x' siècle que ce la Grèce tout entière est devenue slave. » L'Europe était comme émancipée. Les royautés barbares purent alors se développer en liberté. Mais ici se manifeste la grande influence de Rome sur les destinées politiques du monde qu'elle avait gouverné. Les peuples qu'elle n'avait pas conquis, au delà du Rhin, du Danube et de la mer Noire, restent soumis au régime dangereux des tribus confédérées. Rien n'est plus obscur ni plus triste que l'histoire de la Germanie proprement dite, de la Russie, de la presqu'île Scandinave durant ces premiers siècles. Au contraire, dans les anciennes provinces romaines se fondent des royautés qui, pour être exercées par des barbares, ne tendent pas moins à devenir absolue.'-. Dans la Grande-Bretagne, la Gaule, l'Espagne, l'Italie, les souverains conservent l'ancienne administration impériale, s'entourent de cours qu'ils essaient de rendi'e pompeuses, et dont les dignitaires portent les vieux titres romains. Les anciens impôts sont presque toujours conservés ; la loi remanie est presque partout en vigueur à côté des lois barbares ; les codes mômes des Wisigoths et des Burgundes sont adoucis par l'influence bienfaisante des codes romains. Dailleurs, ces tentatives pour fonder un pouvoir absolu soulèvent parfois la colère des peuples. Après la mort dt t;iovis (511), après la conquête de la Bourgogne, éclate la guerre terrible des Austrasieiis et des Neustriens, envenimée par les tendancos .autori-
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tairos de Bruneliaiit En Espagne, les successeurs de Keccarèdi» et de VVamba ont peine h contenir leurs '•ujets révoltés. Eu Italie, l'aristocratie lonibanle l'itte contre le,< souverains, et finit par détruire le pouvoir des rois.
Ces guerres générales, qui remplissent l'histoire de l'Europe du vif au vu" siècle, compromettaient singulièrement la force des Etats barbares. La (;aule franke est sérleusemenl menacée par les Frisons, les Saxons, les Alamans ; elle ne se débarrassera de ce danger permanent que par un brusque changement de dynastie L'Espagne, après la bataille de Jerez ("lli, est conquise sans difficulté par les Arabes. L'Italie enfin est à chaque instant menacée par les pirates de toutes nations et de toutes religions qui écument la Méditerranée. Partout la diversité des pouvoirs avait engendré l'anarchie, et l'anarchie la faiblesse. L'Europe, si longtemps habituée à l'unité politique de Rome, qui était une entrave, mais aussi un appui, semblait jetée hors de ses voies. C'est le trait caractéristique du moyen âge d'avoir substitué, à l'unité politique, l'unité religieuse, et d'avoir cherché dans 'a Rome des papes le lien moral qu'on demandait jadis à la Rome des empereurs.
Quand les Barbares, de gré ou de force, pénétrèrent dans l'empire l'Eglise était déjà forte. La hiérarchie ecclésiastique était constituée. Le concile de Constantinople (381) avait reconnu à l'évèque de Rome la suprématie sur le monde chrétien. Protégée par les empereurs, l'Eglise avait fait des conversions nombreuses. Les lioths, notamment, avaient reçu l'Evangile d'HIphilas. Les prédications, il est vrai, n étaient pas toujours orthodoxes. Parmi les Barbares surtout, I hérésie d'Arius était en faveur. Mais l'église de Rome devait plus tard triompher. Dans l'empire, la loi romaine avait donné aux évèques une grande puissance. Sous le titre de '< défenseurs, » ils étaient devenus de véritables magistrats municipaux, parlant au nom de la cité, nourrissant les pauvres, surveillant les prisons, protégeant les orphelins. La plupart des évèques d'ailleurs appartenaient aux famillfs nobles. Leur grand nom joint à leur caractère religieux leur donnait une autorité acceptée par tous. Après la chute de l'empire et la disparition dos fonctionnaires impériaux, le diocèse remplaça la province. En face des Barbares, l'évèque conserva ses anciennes fonctions politiques et ecclésiastiques.
Saint Paulin, saint Hilaire. Sidoine Apollinaire, saint Aignan appartiennent à l'histoire politique autant qu'à l'hi-stoire religieuse. Attila s'arrêtait devant Rome à la voix de Léon !'=■'. Le plus barbare des Barbares semblait rendre un suprême hommage, à la puissance de l'Eglise qui allait pour des siècles transformer l'Occident.
Les évèques défendaient devant les chefs barbares les privilèges de la religion chrétienne. Les moines la rendaient populaire. L'Orient possédait depuis longtemps des monastères. Les couvents de la Thébaide et de la Palestine étaient célèbres. Mais la rêverie mystiqu". l'amour des discussions subtiles, l'impatience de la règle, condamnaient les moines d'Orient h rester inutiles ou à devenir dangereux. Dans l'Occident, h Noirnioutiers, h Ligugé, à Lerins, se fondent des monastères où le travail est itriposé comme règle essentielle. En Italie, saint Benoît crée le couvent du Mont Cassin et impose S ses moines di'S obligations sévères. En Irlande Columban combat les restes du druidistne et fonde des abbayes d'où sortiront des missionnaires nombreux, fondateurs aussi de couvents (Luxeuil, Saint-Gall). La foi se répand et l'orthodoxie s'impose. Le catholique Clovis a détruit en Gaule les royaumes ariens des V isigoths et des Burgnndes. Il semble avoir triomphé par l'Eglise et pour lEglise. Les Franks sont les
soldats de la papauté, qui voit grandir son autorité durant tout le vi' siècle. Le pape saint Grégoire (59tl-(i04), le premier des grands papes du moyen âge, s'attribue comme une sorte de suprématie temporelle et spirituelle sur l'Espagne, la Gaule. l'Italie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, où un roi se convertit La papauté siège triomphante dans l'église de Latran. fondée vers le milieu du V siècle. Toujours prête à affirmer, à exagérer même ses droits, elle devient d'autant plus puissante sur les Barbares que ceux ci sont plus pénétrés par la civilisation latine et la foi chrétienne. A la fin du vu' siècle. Rome se débarrasse de l'autorité, d'ailleurs nominale, des Césars byzantins. Korte de sa liberté et de sa puissance morale, la papauté ne pourra-t-elle pas avec des éléments nouveaux créer un nouvel empire romain 4 d'Occident"? '\
Au viii" siècle, les royautés barbares semblent , près de mourir d'une sénilité précoce. Menacée de perdre, après l'Espagne et l'Orient, le nord de l'Italie, la Germanie peut-être, où les Saxons païens ont fondé une confédération puissante, la papauté se? décide h accomplir une ré\oUition. Aux Mérovingiens décrépits elle substitue une famille nouvelle, qui a pour ancêtres un évèque et un soldat. Lliarles Martel a arrêté les .Arabes. con(|uérants de l'Espagne : Pépin le Bref menace les Lombards, et fonde la puissance temporelle des papes; Cnarles extermine les Saxons, détruit la royauté lombarde, arrête les invasions musulmanes. Le •i.î décembre , de l'an SIMI, le pape pose la couronne impériale sur la tête de Charlemagne. L'Eglise et lEmpire. comme au temps de Constantin, semblent se con- | fondre, union fatale qui couvrira l'Europe de ruines et de sang.
2- Période, du IXe au XII" siècle. — L'empire créé par Charlemagne ne survécut pas longtemps à son fondateur. Des Pyrénées à la mer du Noid, de l'Atlantique à la Theiss et h l'Elbe, se pressaient trop de nations diverses. Si l'Italie et la Gaule, conservant encore le souvenir des Césars romains, consentaient à devenir provinces d'un nouvel empire d'Occident, la Germanie tout entière se montrait peu disposée à reconnaître l'autorité d'un seul chef, résidant au delà du Rhin. Dans la Gaule même et dans 1 Italie, comme on ne sentait plus la forte tuain de Charlemagne, les luttes intestines recommençaient; l'aristocratie militaire et religieuse, mise en possession d'une grande partie du sol, cherchait à conquérir l'indépendance. Vingt ans après la mort de l'empereur, une désagrégation lente, symptôme de la mort, détruisait en détail son œuvre. Sous le règne de Louis le Débonnaire (814-S40), les partisans de l'unité impériale essayèrent en vain de faire triom- ■ pher leurs idées. La bataille de Fontanet (SU) et le traité de Verdun (S4:<; consacrèrent un démembrement devenu ini'vitable. La Gaule, l'Italie, l'Allemagne se séparèrent. Une fois encore, en 884, le monde occidental n'eut qu'un seul chef. Mais Charles le Gros fut déposé (887). et les dilTérents pays qui .ivaient composé l'empire se séparèrent pour toujours.
La séparation ne se fit pas sans d'affreux désordres. On eût dit que le vieux monde ie déchirait. Le IX' siècle mérite bien le nom de i. siècle de fer ». L'Europe entière semble se couvrir de sang et de ruim s. Ce ne sont pas seulement des guerres privées qui désolent la Gaule, l'Italie et l'Allemagne. Des invasions inces-antcs de. Normands an nord, d'Arabes au sud, rie Hongrois à l'est, de Slaves sur les frontières de l'empire byzantin, viennent .ajouter à l'iiorreur de ces temps si troublés. L'invasion danoise ébranle toute l'île de Breiagno. Le monde Scandinave, agité par 4 des convulsions intestines, est comme projeté en dehors de ses limites séculaires. L'invasion s'é-
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tend sanglante ot rapide sur l'Écosso, les Ildbridcs, les Orcados, l'Islaiidc, le Groenland au nord-ouest, sur lu Ôussio h l'est où Uurik fonde vers 802 un empire Scandinave ; à l'ouest, les mers sont sillonnées par les longues barques des Normands ((ui voudraient fonder aussi des établissements dans l'Europe occidoniale. Au deli du Danube, les cavaliers Magyars, menaçant la « Marclie orientale u (OEsterrcicli, Autricbe), préparent la fondation du futur royaume de Hongrie. C'est le temps enfin où le monde slave franchit décidément le Danube et couvre de ses innomljrables tribus la presqu'île dos Balkans. Vu monde nouveau s'impose Ji Uyzance, et transforme tout, jusqu'au nom des pays qu'il occupe (Péloponèse, Moroe). Dans l'Espagne enfin, les successeurs d'Abder-Rabman, (\m s'était déclaré indépendant en 755, ont à combattre les fréquentes révoltes de leurs sujets musulmans, tandis que le royaume cbrélien dos Asturies commence contre l'islamisme une lutte qui a dure six cents ans.
C'est cependant de ce sang et de ces ruines que sont sortis les Etats du moyen âge. Le monde barbare, qui avait si longtemps roulé sur luimême, semblable à, une mer agiiée. se calme onfi i et s'arrête. Malgré tant de sang répandu, le ix" siècle n'est pas un temps de mort; c'est un siècle de vie et de création féconde.
L'empire romain avait laissé après lui le souvenir de l'unité fondée sur la loi. Cliarlemagne avait cbercbé l'unité dans la foi religieuse. Celte foi avait inspiré la première renaissance des lettres et des arts en Gaule, en Italie, en Angleterre. La religion parut désormais un élément indispensable il la fondation et à la durée des nouveaux Etats. Du X' au xu= siècle, le clirisiianismo se répandit en Norvège, en Suède, en Pologne, en Russie, en Hongrie, môme dans les Etals fondés par les Slaves, bulgarie, Croatie, Serbie. A ces nouveaux venus lo christianisme semblait donner droit de ciié, à côté des Etals plus anciens de l'Occident et du midi. Cette unité religieuse était d'ailleurs toute morale. Elle respectait les nationalités, se bornant à inspirer au monde une foi ardente et mystique dans l'Evangile.
Vers le même temps l'Europe adoptait un régime politique presque uniforme, celui de la féodalité. Fondée dans des sociétés composées d'éléments romains et d'éléments germaniques, la féodalité emprunte des traits aux deux civilisations de Rome et de la Germanie. L'empire romain avait connu les patrons et les clients, les nobles qui possédaient le sol et |ps colons qui le cultivaient, sans parler des esclaves. Dans la Germanie, la truste, le comitat étaient des institutions analogues k la clientèle romaine. Les codes romain et barbares proclamaient la grande autorité du patron, chef de la famille, « qui parle au nom des autres » (m'oido'il /, de mui'/, bouche . Au milieu des troubles du ix» siècle, le principe de la i-ecommnnilal on {de com»vnil<iiv] l'umporta. Les plus faibles se groupèrent autour des plus forts, leur confiant la défense de leur personnes et de leurs terres. Le caractère disiinciif de la société est désormais l'attachement à la pro.iriélé foncière. Aux divers modes de possession correspondent diverses formes dans l'ordre polili(iue et social. La terre sur laquelle s'exerce un droit absolu de propriété se nomme nlleu. La terre dont on ne (.os ède que la jouissance, ou sur laquelle s'exerce un droit de po-,ses>ion incomplet, se nomme béihifice ou fief. Celui qui lient une terre en fief d'un autre homme est vassal d'un suzerain. La vassaliié, d'ailleurs, n'entriine pas la servitude. La cérémonie da l'hommage, par laquelle le vassal se lie au suzerain, respecte la liberté des doux parties contra tantus. Au-dessous des vassaux, les colons, aussi nombreux et aussi
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variés qu'au temps de l'empire, paient des redevances aux seigneurs. Enfin au dernier degré de la société sont placés les esclaves. Voili les caractères généraux du régime féodal. Sans doute, dans divers Etats, on doit remarquer quelques difféiencos de détail. En Orient, par exemple, la féodalilé n'existe à proprement parler que pour les terres militaires ou impériales donmes en récompense à des soldats. Dans les pays gouvernés par les Musulmans, la féodalité est surtout personnelle et administrative; elle ncst (|u'uno forme particulière d'une hiérarchie religieuse et militaire. Dans le fond elle est encore analogue à la féodalité européenne et chrétienne. Sur les points où Arabes et chrétiens se rencontrent, en Kspagne et en Oriejt, chroniqueurs et poètes soni frappés moins des différences que dos ressemblances des deux régimes. Partout, sous des noms divers, l'aristocratie domine. Dans le groupe des Etats Scandinaves se retrouvent les vieilles divisions germaniques par dizaine, et rentnine, les réunions de district, les liiiqs ou assembice-i générales dans lesquelles les hommes libres règlent les affaires du pays. Ces institutions, plus démocratiques que celles de l'Europe centrale et méridionale, se moilifient dès le xi' siècle, sous l'influence du droit romain et du droit canon. L'Europe tout en;ière parait alors soumise aux mêmes règles. Au-dessus des différences internes de chaque peuple se forme un régime politique unique, sorte de patrimoiiie commun à tous les Etats européens. Partout les hommes s'assetnblent et les Etats se fondent d'après des lois communes basées sur l'identité de cause, la possession territoriale, et l'identité de but, le maintien de la propriété foncière.
La féodalité parait arriver i son plein épanouissement danslecourant du xi' siècle. Loin d'entretenir la barbarie, comme on l'a cru si longtemps, elle lui impose des barrières, ot l'arrête. Ses institutions, loin d'être un chaos, sont fort régulières ; ses lois sont'fixes dans leur rauliiplicité. De véritables écoles de législation se fondent et produisent de savants jurisconsultes. La iNormandie surtout se distingue dans ce grand travail d'organisation politi(|ue et judiciaire. Litileion et Glanville sont les premiers des grands feudistes au moyen âge. Plus tard, l'Angleterre normande produira liracton et Briiton. L'Ilalie possédera les codes de Obertus ab Orto et de (ierardus Niger (xu« siècle): l'Allemagne a lo code intitulé Vclu^ auctor de Hen-ftai'. La féodalité semble appelée moins à conquérir des Etats qu'à, les organiser. Au lendemain mè ne de l'invasion normande (xi= siècle), l'Angleterre est féodalement divisée entre 70 i graniis barons et GOil.i barons inférieurs A la tin du même siècle, lorsque la France et l'Europe mirent le pied sur le sol de l'Asie, la féotalilé s'implanta naturellement dans ce pays où vivaient cependant des races si diverses Les Assise< de Jérusalem furent rédigées avec soin, au milieu même du tumulte des batailles. Elles devaient plus tard servir de base aux travaux de PliiUppe do Navarre et de Jean d'Ibelin (xiii" siècle).
Les résultats de la féodalité n'ont pas été médiocres. Elle a pres.|iie partout effacé pour lotijours les distinctions de races; elle a multiplié les familles agricoles, protégées plus qu'on ne pourrait le supposer par les institutions féodales Elle a répandu l'activité et la vie dans les campagnes longtemps abandonnées. Bile a appelé un grand norabre'dhommos à la possession du sol. ICntin, dans un autre ordre d'idées, elle a partout inspiré une litteraturo originale. Il no faudrait pas exagérer cependant les bienfaits de ce régime politique. La société féodale était rude. Milgfé l'innuenco de l'Eglise, malgré t'instiiution religieuse ot iniliiaiije de" la chevalerie, qui intéressait les forts à la
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défense des faibles, le moyen âge est un temps | motifs de desaccord. En Allemagne en Italie, de passions fougueuses ot de luttes sanglantes, dans l'Europe catholique 1 Etat devait-il absorber Dès le x« siècle, l'aristocratie féodale affirme sa l'Eglise, en transformant les evéqueseï les abbé»
puissance. En Allemagne, elle domine les faibles Un Luiipold en Bavière, un Otto en Saxe, un Giselbert en Lorraine sont les véritables maîtres des du' liés allemands. En France, les seigneurs peuvent en 0S7 opérer une révolution tout aristocratique, en plaçant sur le trône un prince féodal, Hugues Capot. En Italie un marquis d'Ivrée, un duc de Frioul se disputent la couronne. Le pape lui-môme est obligé de défendre contre les barons la papauté qui n'est plus qu'un fief. Partout, d'ailleurs, la force et les prétentions de l'aristocratie féodale donnent naissance à des guerres privées. L'Allemagne est troublée par les Glierard et les Mattfried, les Conrad et les Bamberg ; la France par Foulques Nerra et Eudes de Blois. Pendant près d'un siècle dure celte effervescence qui agite toute l'Europe et trouble l'Eglise même. Les évêquos et les abbés sont entrés dans n le siècle. • Leurs mœurs sont celles de la société militaire ; les évêchés et les abbayes deviennent des souverainetés dont on trafique ouvertement: c'est ce qu'on appelle la simonie. Le clergé renonce partout au célibat ; l'Europe va se couvrir peutêtre d'une caste sacerdotale. Sous toutes les formes, dans le sanctuaire comme dans les cbàteaux, la féodalité, qui a morcelé le sol. morcelle l'autorité. Le mysticisme religieux, développé dans l'isolement, pousse les hommes i de grandes aventures. Au xi' siècle, la race normande se répand dans le midi de l'Italie (llliG-i053), en Angleterre (1066) ; des chevaliers bourguignons s'établissent dans la péninsule hispanique (lOl.O;. Ils fonderont plus tard le royaume de Portugal (M4u). Enfin l'Europe entière, emportée dans un élan de foi, se précipite à la fin de ce siècle vers le tombeau du Christ. C'est une démocratie immense, qui ne connaît encore que ses Oevoirs, et qui semble ignorer ses droits. Aujourd'hui, elle obéit docile à l'aristocratie qui la mène, peut-être elle se soulèvera demain.
La féodalité avait établi des rapports intimes d'homme à homme, de pouvoir à pouvoir. Si le vassal dépond du seigneur, et le seigneur du roi, le roi à son tour ne dépendra-t-il de personne ? Question redoutable, que la papauté a voulu résoudre à son avantage.
Dans la seconde moitié du x' siècle, un Allemand, Otton I"', avait essayé de rétablir l'empire de Charlemagne. Il iiarvinl difficilement h imposer son autorité à l'Allemagne et à l'Italie : les autres souverains se gardèrent de reconnaître cette suzeraineté nouvelle; quelques-uns, comme le César de Byzance, refusèrent de donner au César germanique le titre d'empe eur. Les nations, en effet,étaient désormais trop distinctes pour qu'on pût constituer à nouveau 1 unité rêvée par Charlemagne. Ce n'est qu'un dehors de la politique, dans le monde chrétien, que cette unité pouvait se rencontrer. Home espéra réussir où les Oitons avaient échoué. Au XI' siècle, avec le moine Hildebrand et Pierre Damien, elle entreprit la réforme profonde de l'Eglise, créant des ordres religieux, inteidisajit la simonie et le mariage des prêtres, chorchaiil aussi dans le passé dos litres à la domination du monde, con>ultant à cet effet les Evangiles et les Décrétales, trouvant partout inscrites la glorification de l'Kglise et la puissance du successeur de Pierre. Devenu pape, Hildebrand iGrégoire VU) voulut réaliser son rêve. Il imposa le respect absolu du Saint-Siège à l'Espagne, au Portugal, à l'Angleterre, à la Pologne, à la Jrance même. Il entama, enfin, avec l'Empiii' une lutte qui devait duier deux cents ans. Lnire le pape et l'empereur ces deux unités puissantes et terribles que Charlemagne avait léguées au monde, surgissaient de graves
en de simples vassaux militaires? L'Eglise devaitelle supprimer l'Etat? Rendrait-elle les princes ecclésiastiques indépendants des souverains temporels, « avec de vastes territoires dépourvus de charges, avec des droits dégagés d'obligations,.... placés dans un pays sans lui appartenir, membre» de la république chrétienne ? »
Le débat qui s'engageait était politique autant que religieux. Au xii" siècle, au temps de Frédéric I" et d'Alexandre III, le caractère politique domine. Il ne s'agissait plus seulement de la papauté et de l'empire, mais aussi des villes de la Lombardte, qui avaient grandi au milieu de la lutte. Garderont-elles leurs privilèges ourccevront-elles les constitutions de l'empire':' Au siècle suivant, la question se déplace de nouveau. Les papesinnocent m et Innocent IV défendent l'indépendance de 1 Italie, que FrédéricII voudrait annexer àl'empire allemand. La papauté semble victorieuse à la mort de Frédéric II (r.'5(l). La maison des Hohenstaufen s'étemt ; l'Italie et l'Allemagne reprennent chacune séparément le cours de leur destinée. Mais le triomphe de la papauté n'est qu'apparent. Au xiV siècle, un pape est fait prisonnier dans Rome; le Saint-Siège est transféré h Avignon. Pendant plus d'un demisiècle, le chef de l'Eglise n'est que le lieutenant d'un souverain laïque. En réalité les papes sortaient vaincus d'une lutte qui avait duré près de trois siècles. Ils devaient renoncer à tenir dans une complète dépendance les sociétés civiles. Mais cette lutte, que des hommes énergique» avaient fièrement soutenue, aux dépens mcnie de la papauté, n'était pas sans gloire. Le Saint-biège a rendu de grands services au monde du moyen âge il a préservé l'Europe occidentale de la domination allemande; il a rudement ébranle une féodalité orgueilleuse et re^loutable; en saillant contre les Césars allemands au peuple des villes, il a révélé à celui-ci toute sa force; enfin, il a lancé surlOccid.nt ses missionnaires et ses iiioines sortis du peuple, véritable arme^- révolutionnaire, qui, pour lutter contre le despotisme laïque, jetait îi tous les vents le mot de liberté.
Pendant la longue lutte du sacerdoce et de 1 empire le rc^gime féodal se modifie. Les villes grandissent; la bourgeoisie prend de l'importance. Alors s'accomplii ce qu'on a appelé la révolution communale. Dans le nord de l'Italie, les villes qui ont conservé le souvenir des constiiuttons romaines, Pise, Gènes, Milan, avaient toujours possédé une « commune ... Le commerce les mettait en relations permanentes avec le midi de la France. Là aussi les communes se formèrent. Les chartes de fondation fureniimiiées en Espagiieeten Portugal. Les communes du Norddérivent surtout des associations de marchands ou gliilds, dont on signale l'existence en Flandre, en Angleterre, dans les Etats Scandinaves, en Allemagne, en Russie. Dans ces pays, comme dans la Fiance septentrionale, le mouvement communal ne s'est pas opère sans troubles. Il a fallu lutter contre une aristocratie jalouse, conquérir les chartes d'indépendance. De là les associaiions de communes, la H-inse, ou union des armateurs du Noid, la ligue du Rhin formée par les villes de commerce situées le long du fleuve. Du nord au midi, les villes deviennent puissantes. Des relations s'établissent entre elles Déjà l'horizon semble s'élargir. La foi religieuse n'est plus désormais le seul mobile q"> PP^^f» 'f hommes. Dès la iroisiome croisade ("**•'■, If.""" blesse i.resque seule figure dans ces expéditions plus pompeuses qu'utile-. La bourgeoisie sadonne au commerce et s'enri.hit. A la nob!es-e de naissance elle oppose une noblesse de fortune. Adversaire de la féodalité, elle est l'alliée naturelle de
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tous ceux qui luttont contre les institutions féodales.
En France, la bour<;eoisio s'est alliée de bonne heure ii la royaulo. Dans cette alliance, elle a perdu l'indépendance communale, mais cette indépendance, i la fin du xii* siècle, dégénérait déjà en de graves désordres. Sous Louis VI, Louis VII et surtout Philippe-Auguste, la royauté française so développe, au temps où dans d'autres pays, en Allemagne, en Angleterre, dans les Etats Scandinaves, les rois luttent péniblement pour le maintien do leur autorité. Dans l'Europe troublée, la Franco apparaît comme un pays véritablement uni et désormais réglé. Suger a donné i la royauté la force qui lui manquait. Saint Bernard réforme l'Eglise de France. Abailard le philosophe « met à jour les secrets de Dieu, et jette au vent les plus hautes questions. » Ses disciples vont répandre dans le monde la pensée libre du maître. Arnaud do Brescia sera pendu à Rome pour avoir rêvé de république. Le politique qui a dégagé la royauté des entraves féodales, le théologien qui demande à la raison la confirmation de la foi, le penseur qui voudrait sonder tous les mystères, annoncent des temps nouveaux. L'aristocratie féodale est comme rejetéo au second plan. Les rois et les peuples sont en présence, moins pour se combattre que pour s'unir. De cette union toute politique la cojiséquence est pour les uns la force, pour les autres la richesse, plus de sécurité, la gloire enfin des lettres et des ans.
3. et 4' périodes, du XIII» siècle à l'an 1453. — Le xm" siècle marque l'apogée de la France au moyen âge. Philippe-Auguste et surtout saint Louis ont organisé le pouvoir royal. Les communes, de gré ou de force, se soumettent il l'autorité des prévôts du roi. Le midi de la France, dompié par la terrible guerre des Albigeois, devient moins étranger au reste du royaume. La féodalité, frappée par Philippe- Auguste, s'incline avec respect devant Louis )X dont l'Eglise a fait un saint. L'Allemagne est en proie aux troubles du grand interrègne; l'Italie est déchirée par les g'ierres civiles ; l'empire grec d'Orient a disparu ponr faire place à un empire latin; l'Angleterre est affaiblie par les longues luttes des barons, des bourgeois et des rois ; la Suède est attristée par les drames sanglants doiit le palais des Foikungs est le théâtre; seuls le Danemark et la Grande- Hanse ont quelque puissance dans les régions du Nord. Au milieu de ce désordre général, la France voit s'accomplir avec lenteur mais sûrement l'œuvre de l'unification territoriale. Son inlluence est prépondérante sur la Méditerranée, à Montpellier, à Marseille, dans les Deux-Siciles, où s'établit une maison française, dans la Moréê occupée surtout par des chevaliers français, à Constanlinople où régnent des empereurs latins soutenus par la Franco, en Egypte, où domine notre influence commerciale ; saint Louis essaye même de fonder un établissement chrétien h Tunis Dans le même temps, le français tend à devenir la langue de la science; il est déjà celle de la poésie. L'université de Paris, fréquentée par des étudiants de toutes nations, brille d'un éclat incomparable. Guillaume do Samt-Amour, OJon de Douai, Chrétien de Beauvais, Rutobœuf. JoinviUo, saint Bonaventure, saint Thomas, un des plus ailmirables génies du moyen âge, publient leurs ouvrages. Des corporations d'archit.'Ctes et de maçons couvrent la France et l'Europe occidentale de magnifiques cathédrales. Le royaume, riche et prospère à l'intérieur, reçoit u.ie organisation administrative. Le parlement est hxé a Pans, les états généraux sont assemblés. A 1 extérieur, la France devient redoutable sous 1 hilippe le B.l, l'ennemi des Anglais et le vainqueur des pape.i;.
Mais Cette ère de prospérité s'arrête brusque-
ment au xiv' siècle. Une lutte qui devait durer cent ans met aux prises la France et l'Angh'terre. Les deux pays sont ruinés. Il faudra plus tard les gouvernements de Charles VII et de Louis XI en France, pour réparer les malheurs que le sage Charles V n'avait pu conjurer. Cette guerre terrible est loin d'ailleurs de desservir la France. Le patriotisme naît enfin, et Jeanne d'Arc en est la piTsonnification éclatante. Les provinces occupées par les Anglais reviennent à la couronne, et ce retour resserre le lien qui unissait déjà les autres pays do France.
L'Angleterre, après la guerre étrangère, connaît la guerre civile ; elle subit la sanglante querelle des deux Roses. L'aristocratie en sort décimée, et Henri Vil (148j) peut sans difficultés établir le pouvoir absolu chez une nation très attachée pourtant à ses droits. L'Espagne va bientôt trouver l'unité nationale, sous Ferdinand et Isabelle. L'Italie voit tomber les républiques. Des familles priocières régnent à Milan et à Florence, comme à Naples. Venise, seule des grandes villes italiennes, conserve sa constitution républicaine et aristocratique. L'Allemagne, si longtemps divisée, a comme pressonii l'unité possible, sous la dynastie des Luxembourg. Mais cette famille slave, dont Prague est la capitale de prédilection, ne saurait plaire aux Allemands. En H'-W, la couronne impériale revient à la maison vraiment allemande des Habsbourg. Les Etats Scandinaves, Suède, Norvège et Danemark, signent en Li9" l'union de Calmar, et n'ont plus qu'un seul souverain. L'Orient, perdu lentement par les Grecs, est occupé par les Turcs, qui, en 1453, entrent à Constantinople, consolident leur pouvoir dans la presqu'île des Balkans, et fondent une 1 administration solide sur cette terre classique du désordre. La Russie enfin, envahie par les Tatares au xiii" siècle, secoue leur domination sous Ivan III (14G.3J. Moscou devient la capitale défini- ; tive d'un monde qui se dégage des ténèbres du I moyen âge. Dans toute l'Europe, « nous voyons ] la même tendance à la centralisation, à l'unité, à la formation et à la prépondérance des intérêts généraux, des pouvoirs publics. »
Une révolution s'accomplit en effet au xV siè- ' cle. Au régime féodal et aux constitutions communales, qui n'avaient pu rien produire de dura- ! ble, on substitue un ordre politique fondé sur , l'absolutisme du pouvoir royal. Cette révolution ; rencontre sans doute des résistances. A la fin du j xiV siècle, des troubles éclatent en France sous j Charles VI, en Angleterre et en Allemagne, où I deux souverains sont déposés, dans les Flandres j dont les grandes et tumultueuses cites sont le foyer révolutionnaire de l'Europe. Ce mouvement J s'apaise dans la seconde moitié du xv= siècle. Le principe du pouvoir personnel l'emporle dans la , politique, au moment où les idées démocratiques bouleversent l'Église.
En 131s, la nomination de deux papes provoque le Grand-Schisme. En 1409. la chrétienté a trois papes à sa tète. Pour réformer les déplorables abus de l'Église, des conciles se réunissent à Constance f 141 il, à Bàle (li:il). Malgré les proposij tiens démocratiques de Gersoii, d'Ailly, des docteurs français et anglais, ces conciles ne parj viennent pas à limiter l'autorité des papes. Les gouveinenients laïques fixeront eux-mêmes des barrières au pouvoir pontifical', par des pragmatiques sanctions. D'ailleurs, pour n'avoir pas permis une réforme, l'Église est menacée d'une révolution. Les Flandres et l'Angleterre, depuis le tenip"; de Wicleff, sont hostiles à Rome. A Constance, le pape et l'empereur ont fait brûler Jean Huss et Jérôme de Prague. Mais l'Allemagne central', est ravagée par une guerre de religion. Le désordre est au comble. En Saxe, sur les bords du