‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 172 sur 459 · MYTHE, MYTHOLOGIE — 1385 — MYTHE, MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

MYTHE, MYTHOLOGIE — 1385 — MYTHE, MYTHOLOGIE

d'un grand serpent de fou, tantôt la lance ou l'épée brandie par un guerrier céleste caché derrifre la nue orageuse. Le tonnerre fut son cri de guerre, ou le roulement de son chariot, ou le mugissement de taureaux monstrueux. Dans le vent il crut entendre les hurlements d'une meute aérienne lancée par des chasseurs, ou bien les doux accords d'une lyre invisible. Les nuages furent tantôt do bonnes vaches laitières qui nourrissaient la terre, tantôt les bœufs du soleil, ou des cygnes, ou des dragons monstrueux. L'orage était un combat entre des puissances lumineuses, bienf.iisantes, amies des hommes, et des puissances ténébreuses, destructives, redoutables. Ainsi se formèrent, non pas encore des tni/t/ifs, mais des éléments mi/thiques dont le rapprocliement et la mise en action formèrent ensuite les mythes compleis.

Du moment en effet que la nature paraissait ainsi remplie d'êtres animés, ayant des sentiments, des désirs, des passions tout à fait analogues à ceux de l'homme, il était tout simple d'appliquer à leurs rapports apparents les analogies de la vie humaine. Ainsi l'aurore paraît avant le soleil, qui semble la poursuivre, vouloir s'unira elle, et devant lequel elle disparaît. L'aurore personnifiée fut donc considérée comme l'amante, ou la fiancée, ou la victime du soleil également personnifié. La terre, stérile pendant l'hiver, se couvre de verdure et de fleurs, k.rsque le ciel redevient plus doux : de là l'idée d'un mariage fécond du cîpI (Uranus, Saturne, Jupiter) et de la terre (Géa, Gérés, Lalone, Sémélé, etc.), et ce mythe est i la base d'une quantité de mythologies. Cette propension à, dramatiser ainsi les faits de l'ordre naturel étant, en Grèce surtout, le partage d'une race éminemment imagiiiative et artistique, donna lieu à ces innombrables récits où sont décrits les rapports, les alliances, les parentés, les amours et les rivalités des innombrables dieux et déesses de la religion grecque.

C'est ce qui nous explique pourquoi l'on peut attribuer à ces divinités tant de défauts ou d'actes qui nous paraissent contraires à la perfection di- ■vine. Les phénomènes de la nature ne sont ni moraux ni immoraux; mats si on les personnifie, si l'on dramatise leurs rapports apparents, ils peuvent très bien donner lieu à des représentations d'un caractère blâmable. Par exemple Apollon est le soleil, les nuages rouges de son coucher sont des bœufs qu'il fait paître le soir, Mercure est le vent frais du crépuscule qui les chasse. L'imagination mythique traduit immédiatement ce phénomène en disant que Mercure détourne les bœufs d'Apollon, les lui vole et s'enfuit avec eux.

Une fois cette forme mythique donnée aux phénomènes de la nature, on comprend aisément qu'antérieurement à la naissance de la philosophie et de toute science réfléchie, mais à l'époque où les questions morales commençaient à se poser à leur tour devant l'esprit humain, cette même forme ait servi d'expression à certaines vérités d'expérience pratique et donné lieu à ce second genre de mythes, moins nombreux que le premier, mais non le moins remarquable ni le moins instructif, qui incorpore une idée morale dans un récit, fictif iM) réalité, mais tenu pour réel. Le plus célèbre 'le ces mythes, celui de Prométhée enchaîné et i irturé sur un rocher pour avoir voulu le bien des liommes et leur avoir communiqué, avec l'art de faire du feu, les moyens de la civilisation, est un des plus tragiques, et il a inspiré l'un des chefsd'œuvre du drame grec (Trilogie d'Eschyle sur Promélliée),

Lorsque dans l'antiquité elle-même les esprits plus éclairés ne purent ajouter foi comme auparavant à tous ces naïfs récits mythologiques, il s'en I fallut bien que leur véritable origine fût reconnue

par ceux qui s'en occupèrent. L'explication laplus répandue, bien qu'elle fût inadmissible, et que bien des modernes ont reproduite au cours des deux derniers siècles, fut que les dieux et les déesses étaient d'anciens rois et reines divinisés après leur mort. Cette explication s'appuyait entre autres sur le fait qu'on montrait en Crète le berceau et le tombeau de Jupiter. Mais non seulement en Crète, de plus, en bien des endroits de l'Asie, on avait des dieux mourant en hiver pour renaître au printemps (Adonis, Atys, etc.), et les mythes dont ils étaient les héros n'étaient autre chose que la dramatisation du cours régulier de l'année. Ce genre d'explication, aujourd'hui tout à fait abandonné, s'appelle l'n'hémérisme, du nom d'Evhémère, bel esprit qui vivait à la cour du roi macédonien Cassandro dans la seconde moitié du iV siècle avant notre ère, et qui contribua beaucoup à la mettre à la mode.

On appelle mi/thologie comparée une science spéciale qui s'occupe de rapprocher les traditions mythiques des diverses nations pour en rechercher les traits communs et les origines, soit distinctes, soit identiques. Cette science a jeté de vives lumières sur les origines anté-historiques et les parentés des peuples. C'est elle qui a porté le dernier coup à l'évhémérisme en montrant que les noms de beaucoup de divinités grecques étaient déj!i connus et invoqués sur les bords de l'Indus par les Aryas, cousins germains des Grecs, mais se dirigeant vers le sud, tandis que les Grecs avançaient dans la direction de l'ouest ; que ces noms sanscrits ne sont pas autres que ceux qui désignaient, dans la langue commune primitive des deux branches, le ciel, l'aurore, le soleil, la lune, le vent, les nuages, en un mot la plupart des phénomènes personnifiés sous les noms des dieux grecs.

La vieille mythologie gauloise est encore très mal connue, bien qu'on travaille à la faire sortir de vingt siècles d'oubli. Elle a pourtant laissé des traces nombreuses, soit dans les superstitions de nos campagnes (dames blanches, fées, lutins), soit dans certaines légendes à, la fois boufl'onnes et tragiques comme celle de Gargantua (qui paraît avoir été une personnification du soleil dévorant, insatiable), soit enfin dans de poétiques récits, comme la légende de la Mélusine, qui devint le mythe d'origine de la célèbre maison de Lusignan. On en trouve aussi d'intéressants débrisdans les vieux contes de fées que l'errault a si agréablement contés et qui ont charmé notre enfance.

Comme on abuse aisément de toute idée nouvelle, on abusa aussi de la théorie des mythes en voulant l'appliquer à tout et partout, au point de reléguer dans le domaine du mythe des personnages et des événements parfaitement historiques. C'est à ce genre d'abus que répondit un spirituel pamphlet bien connu qui démontrait que, selon cette théorie. Napoléon 1" n'avait jamais existé.

A son tour l'auteur do cette démonstration méconnaissait qu'il y a des règles qui permettent de distinguer quand un récit est mythique et quand il ne l'est pas. 11 est clair qu'un événement raconté, un personnage décrit par des contemporains ou par des hisloriens rapprochés de soa temps, ne saurait être classé parmi les mythes, surtout quand ce qui nous en est dit, bien que surprenant ou rare, n'est en contradiction ni avec les lois de la nature, ni avec les données de l'expérience commune. De plus on peut s'assurer de la réalité historique d'un fait allégué, si l'on est suffisamment certain de ce qui le précède et de ce qui le suit, et si l'on trouve que ce fait est la transition logique et naturelle de ses antécédents à ses conséquents. On voit tout de suite l'application que l'on pimt faire de cette double règle ;; la personne et à l'histoire de Napoléon I".

NAPOLEON

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Mais quand le merveilleux du récit est en contradiction dli'ccte avec toute expérience, .|uand aucun document écrit, rapproché des événements racontés, ni; nous permet de faire la part du réel et du légendaire, quand enfin il y a des raisons pliilologiques, ethnologiques, comparatives, pour appuyer lliypothèso du caractère mythique de ce récit, rien ne serait plus arbitraire que de la repousser sous le prétexte qu'on a quelquefois vu des mythes où il n'y en avait pas.

il faut se rappeler enfin que le mythe est fils de l'imaginaiion et du travail spontané, irrélléclu, de l'esprit humain. Par conséquent il e-t étranger aux âges de réflexion et de travail méthodique. On voit la faculté de produire des mythes aller en diminuant h mesure que les peuples s'instruisent et s'éclairent. Du mythe, on passe à l'histoire my hiquo, c'est à-dire contenant des parties mythic|ues mêlées à des parties historiques et allant toujours en diminuant. Au moyen âge il se forma encore de véritables mythes dans la tradi-

tion populaire, celui par exemple du Juif Errant, concepiion bizarre qui personnifie pourtant si bien la destinée lamentable du peuple juif à cette époque. Bien des légendes locales sont de véritables mythes racontant la victoire du christianisme, entés souvent sur un mythe païen antérieur qui rarontait la victoire ries forces lumineuses et bienfaisantes sur les puissances des ténèbres. De nos jours l'influence piépondérante des classes instruites empêche absolument les mythes de se constituer et de se répandre. Pourt:int les éléments mythiques sont encore i l'état latent au fond des masses encore étrangères à la culture moderne; on en voit quelquefois surgir comme des ébauches ou des commeticements, lorsqu'un personnage ou un événement frappe vivement l'iinaginalion populaire, et le tour d'esprit mythologique ne disparaîtra tout à fait que le jour où linstiuclion publique aura partout répandu sa lumière.

[Albert Réville.l

N"APOLEO\ (IVabulione, Napolenne).— Histoire générale, XXVI ; histoire de France, XX.XU. XXXVI. — Ce nom appartient à l'histoire générale au même titre que ceux d'Alexandre ou de César. Il rappelle un homme de guerre prodigieux dont le inonde ne cessera plus de parler avec un étonnement mêlé d'épouvante.

Dans notre histoire, il désigne une dynastie impériale, maintenant éteinte, après avoir fourni deux fois, depuis le début du siècle, des souverains à la France, et lavoir deux fois livrée vaincue aux horreurs de l'invasion étrangère.

La légende bonapartiste compte quatre Napoléons ; 1 histoire, deux seulement. Quant à ces deux pseudo-souverains que leurs partisans appellent Napoléon II et Napoléon IV, ce furent de pauvres enfants, dont la courte et tragique destinée, faite pour éveiller la pitié, dévoile la fragilité des plus grandes fortunes politiques.

Le premier Napoléon est né à Ajaccio le 15 août nc.Q. Selon M. luni, cette date serait fausse; et Je but de cette falsification aurait été la nécessité de produire un acte rie naissance conforme au règlement d'entrée de l'Ecole militaire où Charles Bonaparte désirait faire entrer son fils Napoléon.

La maison était noble, et, paraît-il, d'une noblesse fort ancienne que Napoléon renia un itistant en 179!, mais qu'il prit soin plus tard de faire remonter jusqu'à des temps fabuleux et à des origines impériales (Comnènes). Charles Bonaparte s'était comproiuis dans le parti opposé à la France avec Paoli ; mais il avait su faire sa paix, et trouva même le moyen de s'assurer la faveur de M. de Marboeuf, gouverneur de lile.

En 1779, Napoléon entra à l'Ecole militaire de Brienne. Là, comtue datis sa famille, sa nature artieme se révéla : c'était un enfant passionné, opiniâtre; ce fut un écolier capricieux. A Brienne, plus tard à Paris en 1784, il vécut solitaire et taciturne, travaillé du mal du pays, du sentiment de sa pauvreté, probablement ridicule par sa tournure, son accent étranger, son langage incorrect et ses façons rudes.

Il venait de prendre rang au régiment de la Fère comme lieutenant en second quand son père mourut (l7^5). Quoiqu'il ne fût pas l'aîné de la

luaison, son caractère, son grade, si modeste qu'il fût, enfin la ti.midiié de Joseph lui donnèrent l'idée et presque le droit de jouer le rôle de chef de famille.

La tâche était lourde : Charles Bonaparte laissait huit enfants, et nulle fortune, sans autre protecteur qu'un vieil oncle, l'archidiacre Lucien. Est-ce à cette préoccupation honorable, ou bien aux fantaisies itivincibles d'un caractère indisciplinable, qu'il faut dès lors attribuer l'irrégularité des états de service du jeune offieier?

M. lung r.e laisse aucun doute sur ce point : preuves en main, il montre qu'en congés réguliers ou non. Napoléon a passé hors du régiment àS mois sur 99 de grade Dans toute autre circonstance, il n'aurait eu d'autre alternative que la démission ou le con'-eil de guerre ; mais de 1789 à 1 79:! la désorganisation des services militaires était si générale que de telles irrégularités pouvaient passer inaperçues.

Moins Français que Corse, et moins attentif aux événements terribles qui agitaient sa nouvell • patrie qu'aux querelles de son clocher, c'est d'A jaccio ou de Corte plutôt que de Paris que le jeune Napoléon se souciait alors. Mêlé aux intrigues fort obscures qui au bout de deux ans firent de Paoli I ennemi déclaré de la France, un jour même dénoncé comme traître et fauteur de guerre civile, il fut etifin réduit à quitter la Corse avec sa famille proscrite et ruinée.

Tout espoir de devenir un héros corse étant perdu pour Napoléon, il se rejeta avec ardeur vers la France. Le Sotipçi'rf'' /;wi('/j(re(|u'il écrivit alors, et qui fit un certain bruit, fut un coup de maître: la ferveur d'un dévouement aussi résolu aux idées révolutionnaires le désignait pour quelque commandement. La République avait besoin d'hommes d'action : Toulon venait d'être livré à l'ennemi; il fallait le reprendre au plus vite. La légtïnde qui représente Bonaparte comme sauvant par un éclair de génie l'opération du siège comprotnise par l'iiieptie des généraux, est une ittjure pour des supérieurs auxiiuels Napoléon lui-même rendait justice. Sa conduite d'ailleurs avait été fort brillante et fut signalée à la Convention, qui le nomma général de brigade en t7t)4 à l'armée d'Italie.

Le 9 thermidor eut un contre-coup ten ibie sur la fortune des Bonaparte. Disgracié à cause de sps ri-lations avec les Robespierre, Napoléon subit une courte captivité de quinze jours, puis perdit son

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commandement, refusa une compensation en Vendée et donna sa démission.

Réfugié k Paris, fatiguant le ministère de ses mémoires, b'efTorçant de ne point se faire perdre de vue et prêt à tout, il accepta au 13 vendomiiiii-e le soin de combattre la réaction royaliste.

Sa victoire du parvis de Saint-Hocli lui valut le grade de général de division, avi'c le commandement en chef de l'armée de l'intérieur. C'était le temps du Directoire; et comme l'avait prédit Duport en 1791, le moment approchait où « la Révolution ferait naufrage sur l'écueil du tiiilitnrisme. •

En face d'un gouvernement justement décrié pour ses tripotages et ses faiblesses, au milieu d'une société ivre de repos après le péril de l'invasion, il eût élo vraiineiit prodigieux qu'un général n'eût pas la lentalioii de profiter de sa réputation pour saisir le pouvoir, sauver l'ordre, comme on dit en pareille occurrence, et fonder sa fortune sur quelque aventure, dont l'illégalité pourrait être atténuée par l'impopularité même du gouvernement au détriment duquel elle serait commise.

Cette tentation, Bonaparte l'eut, et la satisfit au 18 brumaire. Il n'y a pas lieu de retracer ici le détail des deux grands événements sur lesquels il avait fondé sa réputation miliiaire, en supplantant dans l'opinion publique des compagnons d'armes aussi méritants et plus anciens que lui. Tout le monde sait la campagne d'Italie de iTOti et la campagne d Egypte.

En ITJC, le Directoire, tout en ordonnant un débarquement en Irlande , jetait trois armées sur la route de Vii'nne. La petite armée d'Italie fit merveille sous Bonaparte : les Alpes tournées en avril, la cour do Turin contrainte à la paix, Milan occupé, la Lombardie conquise et pacifiée, l'Adige franchi, les Autrichiens rejelés dans le Tyrol, le pape et les petits princes rie l'Emilie admis à traiter, la cour de Naples dédaignée, l'Autriche quatre fois revenant îi la charge pour sauver Mantoue des coups de Bonaparte, et quatre fois battue en août, septembre, novembre 1798, et janvier 1797 à Lonato, Roveredo, Arcole. Rivoli ; puis ■Bonaparte courant sur Vienne malgré l'archiduc Charles, arrivant au Semmering, et signant comme il avait combattu, sans ordre ou malgré les ordres reçus, d'abord un armistice à Léoben. puis la paix i Campo Formio (17 oct. 17u7), et sacrifiant Venise d'un trait de plume.

Bonaparte s'était révélé tout entier : art d'enflammer les troupes, d'improviser des ressources, d'enfler ses moindres succès, do traiter les afl'dires et les hommes avec cette brusque impétuosité qui paralyse l'cfl'ort de l'ennemi, coupp court à toute objection et colore d'un éclair de génie les actions les plus imprudentes ou les caprices les plus injustes.

Au retour, qui fut triomphal, le Directoire se sentit gêné en face de son impérieux général, en qui il lui était facile do reconnaître moins un serviteur qu'un rival. Il écouta donc avec faveur la singulière proposition que fit Bonaparte de porter la guerre en Egypte pour réduire à la paix l'Angleterre inexpugnable chez elle.

Tout fut préparé dans le secret ; rien ne fut épargné, et l'expédition, partie en mai 1798, débuta merveilleusement : Malte enlevée aux ( hevaliers, puis Alexandrie et le Caire aux Mameluks après une victoire au pied des Pyramides de Gizeh (vl juillet).

Cependant le désastre d'Aboukir isolait l'armée de Bonaparte; deux armées turques vinrent l'attaquer dans sa conquête; il les battit au mont Thafcor, à Aboukir [IV.t'.)). Mais il avait échoué en byrie (levant Saint-Jean-d'Acre, et la route des Indes restait fermée. Dès lors, et malgré son zèle

pour la colonisation do l'Egypte ou ])Our les travaux de son Inst tut 'lu Caire, le sentiment de son impuissance l'envahit. Son devoir était de rester avec ses troupes; son intérêt lui parut être de revenir en Fran e : il partit donc, sans ordre, jurant qu'il allait ramener un renfort.

Le 9 octobre il débarquait; le 16 octobre il entrait .'i Paris, le 9 novembre il frappait son coup d'Etat du 18 brumaire, et, prenant en mains la direction suprême des affaires militaires, de la diplomatie et du gouvernement intérieur, il réduisait les plus glorieux généraux do la Révolution au rôle de simples lieutenants.

Il On avait vu tant de coup d'Etats qu'on s'était habitué h. les luger moins par leur moralité que d'après leurs suites. »

Au 18 brumaire. Bonaparte eut pour lui la connivence d'une majorité désenchantée de la liberté et incapable de prévoir que le régime nouveau amcne'-ait fatalement le retour de maux encore plus grands que ceux qu'il venait réparer.

Ce régime, c'était la monarchie, en dépit, de l'illusion républicaine que le partage apparent du pouvoir consulaire était chargé d'entietciiir. Le préambule de la constitution de l'an Vlll disait : (c La Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée, elle est finie. »

Cette assertion souleva bien quelques oppositions; mais, fort des 4 millions de suffrages obtenus lors du plébiscite, servi par une police vigoureuse, entouré de fonctionnaires choisis par lui il tous les degrés, le premier consul poursuivit son œuvre.

Désintéressée ou non, eUe fut évidemment féconde et habile.

11 réconcilia la France avec la cour de Rome, au moyen d'un nouveau Conconlnt établi sur des bases plus conformes à notre droit public; il rouvrit les églises au culte, inais sans rendre au clergé ni ses biens, ni son indépendance; il donna enfin une sanction éclatante au principe d'égalité proclamé en 1789, dans le C"rfe cio l iies Frajiçm's. Mais en môme temps il fondait, sous le nom de LégiQ'i d'Ho'inew, un système de distinctions qui, peu à peu, devait accoutumer le pays au rétablissement d'une hiérarchie sociale sans laquelle il est k peu près impossible de fonder et de soutenir une mon.irchie.

De môme, les cadres si souvent admirés de notre administration publique, qui servirent d'abord au rétablissement rapide de l'ordre, se prêtèrent un peu plus tard, avec une commodité bien dangereuse, à la constitution du gouverncinent le plus despotique qui ait jamais asservi un peuple libre et vainqueur.

De tous les services rendus au pays par le gouvernement consulaire, le plus sensible fut la paix avec l'Autriche et l'Angleterre. Après quelques ouvertures mal reçues, la campagne de 1 0 i, illustrée par la victoire de Bonaparte à Marengo (14 juin) et par celle de Moreau à. Hohenlinden rî décombre\ aboutit à la paix de Lunéville (février UOi), qui laissait l'Angleterre sans alliés.

Bonaparte voulait la contraindre à traiter. Les malheurs de l'armée d'Egypte pesaient en effet sur lui comme un remords : car il n'avait pu faire parvenir ni un renfort, ni l'escadre nécessaire au rapatriement, et les glorieux débris de cette armée venaient de capituler à Alexandrie et au Caire (mai-août i801).

Successivement il essaya de nouer contre l'Angleterre deux coalitions maritimes : celle du Nord échoua par la mort de l'aul 1" de Russie (mars) et par la capitulation de Copenhague (avril 1801); mais celle du Sud aboutit, après la chute do Pitt, à la paix d'Amiens ('.'5 mars IK02).

Digne dos deux grandes nations qu'elle réroiiciliait, et féconde, si elle pouvait durer, en résul-

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tats que Fox et Bonaparte se plaisaient à escompter, cette paix fut malheureusement rompue au bout d'un an, le 17 mai 1x03.

Pendant cet intervalle, la France avait réglé souverainement le sort de l'Italie, annexé le Piémont, créé 1 ' royaume d'Etrurie, la république du Valais. Bonaparte était intervenu en Suisse pour créer sous le nom û'nite i<e méiliatiou une constitution fédérale, et en Allemagne pour régler le grand débat excité par la question des icndunsations. Enfin le rachat de la Louisiane et l'expédition contre les nègres révoltés de Saint-Domingue attestaient son dessein d'étendre partout l'action de la France, déjà prépondérante sur le continent.

Cette liaule situation de notre pays, un désaccord survenu à propos de Malte et de l'Egypte, d'imprudentes paroles dans les deux pays, ramenèrent la guerre.

Cette fois, la paix du monde allait être troublée pour plus de douze ans! S'il y a injustice à prétendre que cette rupture de la paix doit être imputée à Bonaparte seul, la suite de l'histoire prouve surabondamment qu'il fut plus d'une fois le maître d abréger la durée ou de restreindre les proportions de la guerre.

Ce n'est plus, dès lors, en magistrat responsable, investi d'un pouvoir limité, qu'il use du droit de guerre ou de paix, mais en souverain, fondateur de dynastie, et qui subordonne les intérêts du pays aux calculs sensés ou non d'une politique toute personnelle.

Quelques efforts que l'on fasse, la politique napoléonienne ne peut donner le change à l'histoire. Malgré la solennité des déclarations de Napoléon, s'il aime la France, c'est parce qu'elle met à la disposition de ses fantaisies impériales des ressources que sa passion de gloire et de conquêtes aime à croire inépuisables. La France n'est qu'un moyen d'action ; le but, c'est la grandeur de Napoléon, empereur, roi des rois, remaniant l'Europe, faisant et défaisant des rois, des princes, des nobles, rendant la France solidaire des haines qu'il excite, ripostant i d'utiles conseils par l'injure, et quand la défaite vient avec l'épuisement, ne sachant encore accuser que les hommes ou les éléments, puis tombant sans autres remords que l'échec.

C'est en isni, le 18 mai, qu'un sénatus-consulte, suivi d'un plébiscite (l! nov . ), rétablit le régime monarchique au profit de Bonaparte. Déjà, prévenant ou satisfaisant ses secrets désirs, en l'an X on lui avait décerné de la même façon une dictature véritable sous le nom de consulat à vie (3 août 1802).

Le nom d'empereur faisait meilleur efl'et, et pour rehausser l'éclat de sa couronne, Napoléon I" n'épargna aucune des coûteuses fantaisies de ce qu'on appelle une cour. La complaisance intéressée des pouvoirs publics et des personnages les plus illustres assura le succès de cette parodie de l'ancien régime ; et bientôt même le pape vint en personne, à Paris, donner le sacre à cette majesté sortie de la Révolution.

Il faut rendre cette justice à Napoléon qu'il n'avait pas rêvé l'empire pour s'endormir au pouvoir.

Préludant par l'occupation du Hanovre à son projet de descente en Angleterre, il eût voulu prendre corps à corps sa grande ennemie. De juillet IxOi au mois d'août ISnb, quatre tentatives furent faites par la marine française ; mais la mort de Latouche Tiéville, celle de Bruix, les tempêtes, enfin l'incapacité de Villeneuve firent avorter le dessein. Le camp de Boulogne fut levé, et comme l'Angleterre avait trouvé le moyen de former sur le continent une troisième coalition. Napoléon courut sur le Rhin chercher une revanche éclatante.

L'Autriche, la Russie, la Suède, Naples, irritée» de la constitution du royaume d'Italie par Napoléon et de l'annexion de Gênes à la France (marsjuin ISi'.S), avaient signé une alliance (9aoûl). L'empereur, devançant l'attaque et prévenant la jonclion de ses ennemis, passe le Rhin, manœuvre par le Meiu et le Neckar. coupe les Autrichiens de la rou'O de Vienne, les fait capituler à Ulm (VO oct.). et court au-devant des Russes. Avant son entrée dans Vienne (i'i nov.), il avait appris la destruction de sa flotte par Nelson k Trafalgar (vl oct.). Il la venge par sa victoire d'Austerlitz '2 déc), suivie de la paix de Prcsbourg qui coûte à l'Autriche Venise et son territoire.

De plus, en se retirant. Napoléon bouleversa l'Allemagne du sud-ouest au profit de ses trois alliés, la Bavière, Bade et le W urtembeig. En face de la Co7i/é'lernlioii du fi''î", placée sous le protectorat de la France, l'Autriche dut abdiquer le titre impérial en Allemagne (I '2 juillet 1806). D'autre part Naples et Amsterdam étaient devenues capitales de deux Bonapartes, Joseph et Louis ; tonte une première série d'Etats feudataires s'implantait sur l'Europe occidentale, sans qu'il y eût profit ou nécessité pour la France. A ce système d'annexions ou d appendices, uniquement inspiré par la vanité. Napoléon se flattait d'avoir assuré l'appui de l'Espagne et de la Prusse.

Or, au milieu de négociations trompeuses avec l'Angleterre, l'empereur fut surpris par une quatrième coalition. Sans consulter ses forces, et convaincue qu'elle servait de jouet à Napoléon, la Prusse déclarait la guerre !li oct), s'appuyant d'une part sur l'Angleterre, de l'autre sur la Russie qui n'avait pas traité en 1n05.

Sans tenir compte de la mauvaise humeur de l'Espagne fatiguée d'une alliance exigeante et compromettante, Napoléon marcha sur l'Elbe par le Mein. En un mois la monarchie prussienne fut détruite ^batailles d'iéna et d'Auerstœdt, octobre I8UG); les Russes furent devancés dans la Pologne, que notre approclie enflamma d'espérances bientôt déçues (déc. 1806).

Ici la victoire fut plus lente et plus difficile ; les boues de la région polonaise, la rigueur de 1 hiver, la résistance de Dantzig, l'équivoque batnille d'Eylau H-S fév. 1807) donnèrent à réfléchir à Napoléon. Il sentit la nécessité d'une grande alliance; et par force ou par caprice, plus que par préférence calculée, après la bataille de Friedland (U juin), il acheta l'alliance russe au traité de ïilsitt, dont la Prusse, la Pologne et l'Allemagne firent tous les frais : une nouvelle fournée de rois et de princes fut faite (Jérôme Bonaparte, roi de ■\Vestphalie, le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie, etc.) : après quoi, Napoléon revint h son idée fixe, la guerre avec l'Angleterre.

De Berlin, le décret du b/ocus fontinental (Il nov. IH06) avait répondu aux violences de l'amirauté anglaise contre nos marchands ou nos alliés. Napoléon voulait empêcher l'Angleterre de trouver nulle part en Europe un débouché pour ses marchandises. Pour que cette politique sauvage aboutit, il fallait deux choses : à la France une marine qui pût tenir la mer et assurer à l'Europe son appiovisionnementde denrées coloniales ; à l'Europe une résignation absolue à toutes les exigences d'une politique qui ne permettait plus à personne de garder la neutralité.

En elTet, résolus ou contraints i ne plus admettre qu'il y eût des neutres entre eux. Napoléon et Canning saisirent ou atteignirent tout ce qui était à leur portée ou à leur convenance. Le bombardement de Copenhague inaugura cette époque de terreur en Europe (août 1807).

Au tsar, avec l'assentiment de Napoléon, la Finlande à défaut des provinces danubiennes qu'on lui laisse espérer ; aux Anglais, la mer et les

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colonies laissées sans défensfi ; à Napoléon, tout ce qu'il peut atl''indre; les porls de l'Adriatique, la Toscane, le Portugal ("27 oct. IS07), Flossin^ue, Wcsel (IKHS), enfin l'Kspagne. Prise depuis ilOi, sinon malgré elle, du moins au deli de sa volonté et de ses iniéréts, dans notre alliance contre l'Angleterre, et visiblement lasse depuis is()6. l'Espagne fut indignement trompée en isng, h l'entrevue de iiayonnc, où, sous prétexle d'interposer entre Cliarles IV et son fils Ferdinand une médiation amicale. Napoléon retint les deux rois prisonniers, et, de sa soûle autorité, donna aux Espagnols pour roi son propre frère, Joseph.

L'injure fut vivement sentie, et si terrible que fût Napolénn, le peuple espagnol entreprit de lui résister énergiquement.

Cette guerre fut recueil où se brisa la fortune de Napoléon. Engagée d'une façon immorale, mal conduite avec des contingents insuffisants et dispersés, aggravée par des jalousies d'état-majnr, elle aboutit en 1811 à l'invasion de la France (V. Gun-re it'Espnyne.)

L'Europe — bostile ou sujette, — n'avait pas assisté inerte k cette lutte d'un peuple sans armée régulière contre l'empereur ou ses lieutenants. Dès IS"!), en elîcr, créant une diversion favorable à l'Espagne, I Autriche avait repris les armes.

Cette cinquième coalition a été définie « l'alliance des dynasties, des peuples, du sacerdoce et du commerce contre Napoléon » : ceci sera plus vrai de la sixième, car en I8'i9, l'Autriche fut seule h. soutenir le choc. Elle fut vaincue encore, soit en Bavière (batailles d'Abensberg, Landshut,Eckmulil, Katisbonne en avril), soit auprès de Vienne, mais non sans avoir tenu la fortune indécise pendant les six semaines qui séparèrent les deux batailles d'Essling (22 mai) et de Wagram ((i juillet). Réduite à signer la paix, puisque personne n'entrait en ligne et que les Anglais venaient d'échouer sur Anvers et sur Madrid, elle fut encore démembrée par le traité de Vienne (14 oct.).

Napoléon avait eu un moment do grande inquiétude dans l'île Lobau, quand le pape s'était enhardi jusqu'à lancer contre lui une excommunication, motivée par des violences politiques ou par l'àpreté des débats relatifs aux Aitichs orgnniques. Pour détruire les espérances de ceux qui l'avaient cru battu, et pour accroître les effets de sa victnirej Napoléon poussa alors ses annexions, au nord jusqu'à Lubeck, au centre jusqu'au Simplon, au sud jusqu'à Rome ,18iiS-l810j. Peuples, rois, pape, femme, frères, sa volonté, sa police, ses armées ne ménageaient plus personne : garnisons partout; le pape enlevé et prisonnier, l'impératrice Joséphine répudiée, le roi Louis de Hollande détrôné, etc., etc.

Bientôt la splendeur de son mariage nouveau avec la fille de l'empereur d'Autriche (1" avril ISlO) parut ajouter à sa puissance un nouvel éclat ; et le 20 mars 181 1 , la naissance de celui qu'il proclama pompeusemer.t roi île R'^me mit le comble à la fortune du soldat parvenu : il y avait dès lors une dynastie napoléonienne!

Maître d'un empire de 131 départements et de CO millions d'habitants, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin et de la Suisse, suzerain des rois de iXaples, d'Espagne, de VVestpIialie et des grands feudataires, entouré d'une haute noblesse qu'il a créée, plus obéi, plus riche et plus fort que ne le fut jamais Louis XIV, gendre do 1 empereur d'Auirich", patron des rois de Saxe, B.ivière et Wuitemberg, allié du tsar et des rois de Danemark, de Suède, il se trouva si haut placé que la têt.; acheva de lui tourner.

Cependant, dès le In avril 1810, le tsar rompait le blocus continental. L'infatuation était alors telle chez Napoléon que, loin de redouter celte guerre,

il semblait l'avoir désirée. Pendant une année, il fit ses préparatifs, levant dans toute l'Europe des contingents nombreux, mais peu sûrs ; puis quand tout fut prêt, il franchit le Niémen (24 mai 1812), sans se soucier de la Suède qu'il avait irritée, ni de l'Espagne. Par Wilna, Smolensk, au prix d'une seule bataille à Borodino, sur la Moskowa (7 sept.), il arrive à Moscou.

Mais la paix qu'il est venu chercher fuit devant lui, et un mois plus tard, quand l'heure de la retraite arrive, l'hiver tombe si rudement sur la grande armée que , lorsqu'elle repasse le Niémen, le 3'i décembre, ce n'est plus qu'une informe et lamentable cohue d'hommes débandés, estropiés par le froid, sans canons, sans bagages et sans chef : car Napolron a pris les devants, et comme lui. Murât a déserté, sentant chanceler son trône de Naples.

Tout autre se serait rendu à l'évidence et se fût résigné à traiter. Mais Napoléon, incorrigible, ne voulut voir dans cet effroyable désastre qu'une surprise de l'hiver dont le printemps devait le venger. Sans écouter les plaintes de la France, sans considérer les dispositions ini|uiétantes de l'Europe, il leva de nouvelles troupes, substituai la vieille garde presque anéantie une jeune garde héroïque encore, et reparut sur la Saale et l'Elbe pour rallier les débris de la grande armée ramenés par le prince Eugène de Beauliarnais, toujours fidèle et dévoué, malgré l'injure faite à sa mère, l'iraporatrice Joséphine.

Une dernière fois la victoire sourit à Napoléon, mais à quel prix ! Les victoires de Lûtzen et de Bautzen lui coûtaient une armée (mai 1813).

La paix lui fut offerte, à des conditions si honorables qu'il fallait être insensé pour s'y refuser. Oii comprend dès lors que pour éviter de porter cette lourde responsabilité. Napoléon ail essayé de travestir toutes les ouvertures qui lui furent faites en autant de manœuvres déloyales destinées à masquer la trahison de l'Autriche. La publication des papiers de Metternicli a jeté un peu de lumière sur cet entêtement meurtrier de Napoléon qui, ne pouvant se résigner à ne plus paraître dicter la paix au monde, rompit l'armistice de Pleswitz, rendit inutiles les conférences de Prague et reprit les armes.

Du Ifi au l'J octobre fut jouée et perdue autour de Leipzig la partie décisive. On l'a nommée avec raison la Bataille des nalions. La Prusse était vengée, l'Allemagne délivrée. La revanche commençait pour nos ennemis.

Ce fut à grand'peine que Napoléon put atteindre la frontière de France, c'est-à-dire le Rhin, laissant en Allemagne plus de 100 0 m hommes de bonnes troupes dispersés en garnisons inutiles, tandis que, pour faire face à l'invasion qu'il fallait prévoir, il n'avait que des invalides ou des recrues.

Les trois souverains, vainqueurs à Leipzig, déclarèrent que, puisque Napoléon était le seul obstacle à la paix du monde, leur devoir était de l'anéantir ou de lui imposer un traité. Dans ces conditions, ils lui firent parvenir de Francfoitun projet de traité sur la base de celui de Lunéville ; pui>, n'ayant pas reçu de réponse en temps utile, ils lancèrent une proclamation à la France, renvoyant la respon.sabilité de la guerre à l'Implacable ennemi du repos de tous.

Ceci fait, trouvant le Rhin dégarni de troupes, ils le franchirent; 1 Alsace ne fut pas défendue; la Lorraine ne le fut qu'à peine. C'est à Châlons-sur- Marne que les maréchaux eurent l'ordre de se concentrer autour de Napoléon.

Le 2h janvier I81i commence ce qu'on a appelé la campagne de France. Après une jonction que l'empereur ne put empêcher 11" févrierj, BIfichor et Scliwartzenborg se séparèrent p lur marcher

NAPOLEON

NAPOLÉON

sur Paris par la Marne et par la Seine, afin de diviser les forces de Napoléon.

Avec une admirable rapidité, l'empereur court sur llluclier, et du 10 au H février l'écrase et le réduit de moitié à Champaubert, Cliàteau-Tliierry, Montmirail et Vauxcliamps. Se tournant aussiiot contre Schwarizenberg, il le bat, essaie de le couper à Montereau, et rentre vainqueur dans Troyes. (Cependant un congrès s'était ouvert à Cliàiillon-sur- Seine, sous la direction de lord Castlereagli, offrant cette fois à la France les froiitiè es de 179;; et ralliaiice de Cliaumoiit assignait le 20 mars comme dernier délai à Napoléon avec qui la coalition refuserait h l'avenir de traiter. Les liostiliiés ne s'étaient pas interrompues. Malheureuses ave c Soult aux Pyrénées, avec Au^ereau dans la vallée du Rhône, elles le devinrent dans la vallée de la Seine, quand BIQchcr, opérant entre la Marne et l'Aisne, eut réussi à donner la main h l'armée du nord après la capiiulation de Soissons et les combats de Craonne, de Laon (7, lo mars).

Napoléon si-ntait approclier l'heure suprême. Son activité éiait redevenue prodigieuse; ses ressources étaiejit nulles. Il appelait le peuple aux armes; il essayait d'exalter le palrioiisme; mais comme il en avait tari la source, le pays épuisé n'opéra pas cette levée en masse que l'empereur espérait et qu'en d'autres temps la hainn de l'invasion et l'enthousiasme pour la République avaient réussi à provoquer.

Tentant sur les derrières de l'ennemi une manœuvre désespérée. Napoléon découvrit Paris. Le .tl mars, presque sans bataille, après quelques heures de vive fusillade, les alliés y entrèrent, au milieu d'une population anéantie de surprise et désarmée.

Le gouvernement avait fui sur la Loire ; Napoléon, revenu en hâte, campait dans Fontainebleau. Alors on vit quel néant laissait derrière lui le régime impérial, le pays qu'il avait ruiné d'hommes et déshabitué des discussions politiques ne fut pas consulté.

Trois éléments seuls concoururent h l'œuvre de la déchéance de Napoléon, ei le silence du pays ratifia cette sentence prononcée par le sénat, h. la requête du tsar Alexandre et au profit des rois Bourbons, qui suivaient de si près les alliés qu'on a pu dire qu'ils étaient rentrés dans leurs fourgons.

Talleyrand. confident disgracié de Napoléon, et personnellement lié au tsar, conduisit cette courte campagne. Le 2 avril la déchéance est volée au Sénat ; le 3 elle est ratifiée par le Corps législatif; et le 4 un gouvernement provisoire de cinq membres lance une proclamation annonçant ce fait à la France et au monde.

Cependant Napoléon, tiraillé entre la colère et l'impuissance, rêvant de folies aventures, accusant son entourage de trahison, se refusait à l'é vidence d'une situation si netie. Il e^^ayait de sauvegarder au moins les droits de son llls, et n'abdiquaiique sous cette réserve. Mais leU' corps, qui lui seivait d'avant garde, et que commandait Marmont, ajant fait défection, l'abdication pnre et simple fut signée le G avril. Le sort du vaincu fut réglé avec générosité ; on lui assignait un domaine, un revenu; on lui laissait une garde. Il partit. A la poétique et légendaire scène des adieux do Foiiiaineblean, s'oppnse la longue série des malédictions et des menaces qui, dans le voyage de Fontainebleau à l'ile d'Elbe, vinrent troubler les sombres inédilaiions et mettre même une fois en péril la vie du niuîirc déchu.

L'cniui, le dépit, la crainte d'être enlevé, le remords, !'• spociacle des avides coii'pétiiion^ dont le par agedr ses dépouilles était l'objet au congrès de Vienne, 1 invincible conviction (|ue tout n'était pas perdu, enfin quelques flatteuses consolations

prises pour un ordre pressant de venir délivrer la France du joug des Bourbons, lui donnèrent la fatale idée de tenter une restauration.

Son imagination voyait déjà la l'rance éclatant en bravos, l'aigle volant de clocher en clocher jus- (|u'au)i tours de Notre-Dame, l'Europe acceptant le fait accompli au prix de promesses pacifii|ues, et la dynastie des Napoléon sauvée du naufrage ! Hélas ! cette lugubre folie s'appelle les Cent jours. De mars à juin 1SI5, Napoléon s'est donné la satisfaction de remplir encore une fois le monde du bruit do son nom.

Il débarque au golfe Juan le 1" mars 181.'). Dérobant sa marche à travers la montagne, il arrive le s à Grenoble, le 12 à Lyon ; et comme sou parti se grossit, il fait acte de souverain dès lors, dissout les Chatnbres, convoque les collèges électoraux, et poursuivant sa marche, embrasse le 17 à Auxerre Ney venu pour l'arrêter. Le 20 il est à Paris, et cet étourdissant voyage s'est accompli sans que la royauté des Bourbons ait rien su ou ■ pu faire pour l'arrêter,

« Je suis la liberté et la paix, >• disait Napoléon voulant rassurer d'un coup la Franco et l'Europe. Mais le moyen de se faire croire lui manquait. La liberté, ne l'avait-il pas traitée pendani quinze ans comme une ennemie de sa gloire? Après l'avoir outragée au 18 brumaire, quelle place lui avait-il faite dans ses conseils? Cependant, connue il ne pouvait pas faire moins que les Bourbons eux- , mêmes, il substitua à la ( harle de lxi4 un Acle adUilioimel aui consUfution^ de l' Empire, dont les principes étaient ceux d'un gouvernement vraiment libéral, mais don! le titre déplut à tous ceux I à qui le régime impérial avait laissé de si tristes I souvenirs. Publié le "^ mai, sous forme de décret, et solennellement adopté au Champ de mai du 1" juin, cet acte de réconciliation de Napoléon avec la liberté était au fond peu sincère. L'article t;7, qui interdisait au peuple français le rappel des Bourbons, dévoilait les préoccupations auxquelles avait obéi l'empereur. Or l'intrigue s'agitait déjà pour ménager celte restauration; et le mini-tre Fouché s'y mêlait sans trop de secret. En somme, la France restait défiante, et l'enthousiasme ne la gagnait pas. En Vendée, il Bordeaux, à Toulouse la réaction royaliste avait écla;ô.

1 Quant à l'Europe, elle avait retiré ses ambassadeurs dès le Ti mars, puis refusé de recevoir ceu.\ de Napoléon (30) ; et par deux fois le ".'.S mars, le il mai, le mettant au ban des nations, elle avait préparé ses armées. Un million d hommes allait être levé contre nous : c'était la guerre à I mort.

Napoléon, qui s'était hâté d'appeler Carnot au minisicre, ouvrit les Chambres le 7 juin, confia à j ses ministres le soin de présenter un rapport sur I la siluat on, et courut à la froniièie : il eût voulu du moins épargner à la France 1 horreur de l'iii i vasion. De plus, il coiupiait surprendre ses ennc [ mis en voie de formation. Ce fut vite fait de et > . dernières ressources amassées à grand'peiin' \ Passage de la Sambre, bataille de Ligny et des Quatre Bras, enfin bataille de Waterloo (18 juin) : I en cinq jours tout était fini ! Vingt jour.-- plu.s tard. I le 8 juillet ISI.S, Louis XVLl se réinstallait au\ Tuileries. S'échappant sur lo soir du champ d ■ I bataille où il n'avait pu trouver la moit, Napo- I léon avait du VO au Vil juin tenté de retenir le poiivoir. Encore une fois la pensée d'un coup d'Etat 1 hanta son esprit; mais, avertie par Fo. clié, la Chambre prit les di'vants. Contraint \ s gner un j acte d'abdication qu'il ne consentait que sous ] léserve des droits de son fila (ri juin , quittant j Paris le 2.S, la Malmaison le 2!l au moment nvi 1 Fnuché s'abouchait avec M. de Viirolles et avec I Wellington pour précipiter, en dehors et en dépit ■

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13iH

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de ses collègues du {gouvernement provisoire, la rcstiiuralion des Bourbons, Niipoloon vint il Rochefort Ne pouvant écliapper b. la surveillaiico des croisrurs anglais, il prit le parti de se remettre à la géi'.érosito de l'Angleterre il5 juillet). Mal lui en prit : car, s'il faut écarter la légende des tortures do toute sorte méchamment multipliées par sir Hudson Lowe, on peut sans peine imaginer (luel long et rude supplice fut pouç Napoléon déchu l'oisiveio dans la. solitude effroyable do Sainte- Hélène. 11 y mourut le 5 mai |s21, et ses restes n'ont été lamenés en France que le 15 décembre l.s4n par les soins du gouvernement de Louis- Philippe.

Ainsi finit l'homme extraordinaire dont l'histoire commence à pouvoir êire écrite, et dont la puissante originalité impose à tout patriote plus d'ef froi que d'admiration.

Le pouvoir de Napoléon reposait sur le prestige qui s'attache aux noms glorieux, sur la reconnaissance due aux services rendus, mais aussi sur une équivoque. Comme il était le fils de la liévolution, on l'en croy.iit le continuateur; on voyait en lui l'incarnation de la France nonvelle.' Cènes l'histoire a le droit de lui demander des comptes sévères : car jamais il n'en rendit au pays qui s'était livré à lui avec cette imprudence assez commune aux nations héroïques.

Dans l'ordre politique, la constitution im|iériale de l'an XII revenait au vieu principe de la transmission héréditaire du pouvoir. Sous le nom de majorats et de substitutions, le droit d'aînesse reparaissait dans notre droit civil en faveur de la noblesse impériale. Les dotations, les sénaloreries, le niaréchalat, la création de grands dignitaires, l'organisation d'une cour que le maître voulut très luxueuse, reconstituèrent et cette tradition servile de l'ét quelte où les caraclèies s'anioindiissent, et cette iradiiion de p odigalité, si dangereuse poui la fortune publique. L'Acte additionnel, qui maintint la pairie héréditaire, et les décrets de Lyon du 1; mars i815, témoignèrent que jusqu'au dernier jour Napoléon testa entiché de Cl! système de distinctions absolument aniidéniocraiiques.

Assisté de douze ministres, parmi lesquels quatre seulement ont eu un instant d'itifluence (Talleyratid jusqu'en 18(13, Fouette jusqu'en l«iO, Cantbucérès et Maret), il garda jusqu au dernier moment la passion de connaître le détail de toutes les affaires. On eût dit que l'adminisi-ation le reposait des soucis de la guerre. Le Conseil d'Etat, qui dans sa pensée devait être une pépinière d'administrateurs, rendit en quatorze atis plus de soixante mille décisions. Les .trois codes de procédure civile, de commerce, d'instruction criminelle et le Code pénal furent i ubiiés. Quant au Sénat, ce fut la cheville ouvi ièie du gouvernement. Il Fait pour proscrire et conscrire, " a dit Daunou, c'est lui qui eut la garde et la police de toutes nos libertés publiques. C'est entre ses mains que tomba la totalité du pouvoir législatif, après la suppression du tribu at (ISliT) et au dolrinientdu corps législatif, devenu après isl» u tat lorps siins voix, .v/,n< ijeux, sari' O'eilti-^ ! v

Depuis la réorganisation des collèges électoraux à vie, sous la hante direction d'un grand électeur, l'élection n'était plus qu'un rouage inutile.

Le césarisme dès lors touchait à son idéal : l'ordre dans le despotisme, la police coitime premier riiuage de gouvernement, l'état de siège comme régime politique!

Pour les budgets pas de discussion D'ailleurs les finances sont exactement régies, mais dans le secret. M. Mollien, ministre du trésor ( t.sOC), organise une caisse de service et surveille la cottiptabilitéen partie double du budget ordinaire. Quant au domaine extraordinaire (ISiti), l'empereur en

dispose seul, sans contrôle ; la dette flottante, il la liquide d'un trait de plutne par la consolidation en bloc de l'arriéié (l,Si;i) ; la Banque de Fiance lui avance en ([uatorze ans 880 raillions; entiii la saisie des biens communaux lui fournit de nouvelles ressources. Quand il fallut faire le bilan de l'einpire au i" avril 1814, le chifi're de la dette inscrite n'était iiue de ij'i millions de rente.s ; mais un an plus tard, après les Cent jours, la dette était accrue de plus de 1.5t)U millions !

D'ailleurs, au milieu de ces baiailles à peine interiotïipues, la Franco souffrait. Malgré les admirables découvertes de cette époque, et les travaux de ceux qu'il appelait, dans un jour de bon sens, >«■ (jruiiils ieue'nntx j.oiir la bonne ijucrre, Chaptal. BerthoUet, Foutcioy, 'l'einanx, Oberkampf, Richard et Lenoir, Bicguet, etc., le rapport de Monlalivet (l«li) constatait la gène. L'abus des conscriptions, le blocus avaient désolé les campagnes, enrayé le commerce. Par contre l'industrie, sollicitée do se développer pour suffire aux besoins du pays et profiter de l'éloigneraent momentané des concurrents anglais, avait accompli de réels [irogrès. Mais la disette sévissait, dans cette tnême atinée 1810 oij tout semblait promettre à l'empire la gloire et la durée.

Dans l'ordre matériel, d'immenses et impérissables travaux attestent l'activité excitée | ar I empereur. Mais dans l'ordre moral, quelle stérilité I quelle inqui'te surveillance I L'armée, cette pépinière de citoyens, était devenue moins nationale qu'impériale. La conscription devint odieuse, et il lallut une véritable armée pour traquer les déserteurs. Mais on ne put étouffer « le cri fies mères. » Pour suffire aux besoins de la guerre, on leva des cnniingotils étrangers, mais ils donnèrent plus d'inquiétude que de secours; enfin on mobilisa la garde nationale; niais on se défiait tant de cette force vive, que Paris assiégé ttianqua d'armes ou de poudre pour se défendre en 1814 !

On avait tracé pour l'instruction publique en ISilS un cadre splendide; mais si 1 Université impériale, docile et menée comme un régiment, trouva des élèves pour ses lycées, et des étudiants pour ses facultés, le gouvernement smible s'être peu soucié de peupler les écoles primaires. Dans l'ordre littéraire, pauvreté absolue : l'Institut trouve des candidats pour ses prix décennaux ; mais l'historien littéraire ne peut qu'indiquer les désastreux effets de la censure implucable et de la presse officiidle. (;'est seulement dans les rangs de l'oppositi m littéraire, et parmi ces idèoloijifs que la police impériale tra(|uait partout, qu'il faut chercher des noms illustres : Chateaubriand, M"" de Staël. Royer-Collard, de Maistre, etc. La science et l'an, naturellement moins redoutables, puisque Irur domaine ne confine pas à la politique, eurent une pan plus grande aux faveurs du maître et moins du tracasseries à subir. Laplace, Lalande, Lagratige, Monge,Gi'offi oy Saint-llilairo.Cuvier, Bicliat,Brungniart; David et son école, les Drouais, les Gérard, les Gros, les Girodet, les Vernet, enfin Prudhon et (Chaude', etc., enrichirent de découvertes précieuses et de chefs-d'œuvre nombeux la science et l'art français pendant l'époque consulaiie et impériale.

Ce qui suit est de moindre importance. Si de 1815 à I8:i2 il y eut un parti napoléonien, si en I«I5 et en 1 3.', les rois de la Sainte-Alliance, les Bourbons et le gnuveinement de Juillet crurent devoir prendre di'S précautions de police contre la famille lion.iparte, il ne faut pas en conclure <|ue celui <|U on a l'Iiiibitude d appeler iVapoléon 11 ait joué un rôle quelconque ou manifesté la lenlalioii

NAPOLÉON

NAPOLEON

de reprendre la place de son père. Après 18'3I, •chef officiel d'une dynastie déchue et d'une famille proscrite, le duc de Reiclistadl n'a pas d'histoire. Ce pauvre enfant, qui mourut sans laisser d'héritier, n'avait eu à aucun moment la direction du parti qui gardait, en face des Bourbons, sa foi à l'empereur.

Ce parti était un étrange amalgame de libéraux ardents et de soldats fidèles qui, pi'ndantle temps de la Restauration, entretinrent pieusement la légende napoléonienne et continuèrent à exalter ce rég me si peu libéral et si tristement tombé du faite de sa gloire. Si l'on cherche la cause qui fit «e rallier alors au bonapartisme des amis de la liberté, il faut se rappeler la crainte, fondée ou non, qu'eurent pendant quinze ans tant de Français do voir sombrer dans une réaction cléricale et aristocratique toutes les conquêtes de la révolution de nS'J.

C'est sur cotte équivoque que s'est établie la fortune de celui qui s'appelait le prince Louis, et dont il nous reste à raconter l'histoire comme chef de l'Etat français sous les deux titres de princeprésident de la République, puis d'empereur Napoléon III. — Pour le détail des faits qui suivent, nous préférons renvoyer à la série chronologique de l'article Modernei {^Tenps). parce qu'il nous semble prématuré de prétendre donner à l'exposé de ce règne la forme rigoureuse d'un récit historique.

Napoléon III était né le 20 avril ISng. C'était le troisième fils du roi de Hollande, Louis Bonaparte, et de la reine Hortense. Esprit cultivé, caractère singulier fait de dissimulation et d'audace, mais plv»tôt mystique que réellement actif, le prince Louis n'était guère connu, avant I8:f2, que par quelques ■ouvrages techniques sur l'artillerie, ou par quelques entreprises qui témoignaient de son besoin de se produire. En IsSI, il avait combattu dans les rangs de l'insurrection romaine, et reçu des Polonais révoltés l'invitation de se mettre à leur tête.

La mort de son cousin le duc de Reichstadt faisait de lui un personnage. Pour se révéler à ses partisans, il ne lui suffisait plus de quelques écrits; le 30 octobre ls3(i, à Strasbourg, il vint tenter la fidélité de la garnison. Cette téméraire aventure ne pouvait aboutir. Il fut pris, mais non gardé prisonnier. On a nié qu'il ait fait le serment de ne jamais revenir. Quoi qu'il en soit, la mort de sa mère {'i oct. 1S37) le ramena d'Amérique en Europe. Forcé do quitter la Suisse pour ne pas exposer ce pays à la colère du gouvernement de Juillet, il se réfugia en Angleterre.

C'est alors que, sous le titre li'li/ées napMéoniennes, il fit une apologie si peu déguisée du césarisme, que ce livre ne peut manquer de paraître à tout esprit un peu libéral la meilleure critique de cette fausse démocratie impériale dont on a essayé tant de fois de faire un idéal de gouvernement.

Bientôt après, il voulut tenter de nouveau la fortune, et vint débarquer à Boulogne avec quelques compagnons. Arrêté aussitôt, il fut cette fois traduit devajit la Cour des pairs.

Condamné à la prison perpétuelle et enfermé au fort de Ham, il employa les loisirs de sa captivité à des études politiques et sociales, collaborant à divers journaux, et publiant un livre sur VExtinction du paupérisme.

Enfin, le 25 mai 184C, il réussit à tromper la surveillance de ses gardiens et gagna la Belgique, puis l'Angleterre. Deux ans plus tard, la Révolution de 184s abaissait la barrière qui lui fermait les portes de la France.

Aussitôt l'agitation commença autour de son nom. Une quadruple élection lui permettait un retour presque triomphal. Le prince différa pour-

tant, et déclara qu'il n'avait pas recherché l'honneur d'être représentant du peuple. « Si le peuple m'imposait des devoirs, ajoutait-il, je saurais les remplir. «

Le V4 septembre seulement, il arrivait à Paris; le 26, il siégeait à l'Assemblée constituante, et le 12 octobre il obtenait l'abrogation des lois de 1815 et de \i.A contre les Bonaparte.

A la fin de l'année eurent lieu les élections pour la présidence de la République : ce fut le nom du prince Louis-Napoléon Bonaparte qui sortit de l'urne le lO décembre 1848, avec cinq millions et demi de suffrages, contre un million et demi de voix pour le général Cavaignac.

L'élection s'était faite sur le nom de Bonaparte. Le président s'en prévalut pour reprendre la tradition consulaire. On vit commencer alors le duel déloyal de la République et du magistrat qui, lié à elle par un serment solennel, n'eut qu'une idée fixe : la détruire pour refaire l'empire. De môme que son oncle, il mit quatre ans à franchir tous les degrés du trône ; mais tandis que le premier consul avait à son actif en 1804 d'éclatantes victoires, une grande situation en Europe, et la réputation bien établie d'un chef d'Etat actif, ingénieux, habile, son neveu ne s'était révêlé ni comme capitaine, ni comme politique.

Ses adversaires furent à coup sûr fort maladroits; ils manquèrent de clairvoyance, d'esprit de conduite et de mesure; ils lassèrent l'opinion sans la satisfaire : en un mot ni la Constituante, ni la Législative ne furent à la hauteur de leur tâche. Mais le prince, qui ne fut supérieur parle talent il aucun de ses adversaires, n'eut la victoire qu'au prix d'un forfait.

Le 2 décembre 1851, un coup de force coupa court à toute discussion, et sur le terrain déblayé par la terreur, le prince, servi par la nouvelle constitution de 1852, n'eut aucune peine à fonder l'empire.

Sept raillions et demi de suffrages ayant donné raison au président dès le20-.'l décembre 1851, l'empire, qui fut proclamé le jour anniversaire du coup d'Etat, se prétendit invinciblement fondé sur la volonté nationale.

A cause de son origine, et sans manquer à ses engagements envers ce parti ultra-conservateur et clérical, qui s'était livré au prince pour échapper au spectre du socialisme, le gouvernement impérial semble avoir pu la pensée d une organisation sociale. Napoléon III ne pouvait oublier en effei qu'il avait écrit autrefois sur l'extinction du paupérisme ; de là une multiplicité de lois intéressant l'ouvri(!r : loi déterminant le nombre des heures de travail dans les fabriques, loi des logements insalubres {18.S0-52), crèches et salles d'asile (1852- I85:t), gratuité des secours médicaux (18 i4), sociétés de secours mutuels (I8(i0j, asiles du Vésinet et de Vincennes; organisation do l'assistance judiciaire (1851), caisse de retraite pour la vieillesse (1850) ; plus tard orphriinats sous le patronage de l'impératrice Eugénie ou du prince impérial, société du prince impérial (IsGJ), etc. .Mais la tutelle intéressée de la philanthropie impériale ne laissait aucune place à la liberté dont l'ouvrier est au moins aussi soucieux que de son bien-être. Bientôt l' Internationale donna aux travailleurs l'idée d'une organisation plus indépendante. Le pouvoir en prit ombrage; les poursuites ordonnées en 1868 prouvèrent que le charme était j rompu.

La b mrgeoisie française s'était ralliée à l'empire par amour de l'ordre et parce que le nouveau gouvernement lui avait promis, avec la paix dans la rue, la prospérité et le mouvement des affaires. L'empire lui donna longtemps saiisl'action : immenses travaux de construction et île démolition , dans les grandes villes, îi Paris, Lyon, Marseillej

NAPOLEON

NATURALISTES

surtout, dcvoloppement de notre premier roseau do cliemins de fer, et création d'un deuxième réseau, expositions universelles d'industrie de 1855 et 18tn ; multiplication ou réorganisation d'établissements de crédit : Crédit foncier, Crédit mobilier { 1 S52), Comptoir d'escompte ( 1 854 ), Banque de France (1857), Crédit agricole (18.S8J, Caisse de la boulangerie (1853-54, etc.) ; enfin inauguration d'un nouveau régime commercial sur la base du libre échange (janvier 186U). Mais peu h peu la situation tinancièro s'assombrissait; la faculté d'ouvrir des crédits en l'absence des Chambres fut un péril signalé dès 1861; les ministres gardèrent encore le droit d'opérer des virements de fonds de chapitre h chapitre; le contrôle des budgets était nul ; les déficits s'entassaient, mal compensés par des emprunts toujours couverts avec un empressement trompeur, mais pleins de périls que la voix impuissante de l'opposition dénonçait au pays. Les élections générales de 1861) manifestèrent nettement cette réaction de l'opinion publique. Les troubles recommencèrent dans la rue, servant de prétexte aux brutalités de la police. La nouvelle génération grandissait avec un sentiment d'hostilité visible contre le gouvernementimpérial ennemi des « libertés nécessaires n qu'avait dès 1861 réclamées M. Thiers. « Le 2 décembre est un crime! » s'était écrié M. Ernest Picard en 1865. En dépit de la volte-face pseudo-libérale que se chargeait d'exécuter le cabinet du "2 janvier 1870; en dépit du succès douteux du plébiscite de la même année, l'empire était décidément impopulaire dans les villes.

Les campagnes étaient moins hostiles. A l'aide des concours régionaux (1850-BOj, de plus de 700 comices agricoles, d'expositions universelles agricoles (1855- 56); à l'aide surtout de la loi municipale, l'empire disposait là d'une popularité réelle. D'autre part la prospérité de notre agriculture avait répandu le bien-êlre dans les campagnes ; et ce bien-être y éteignait toute autre passion.

L'attitude du clergé n'était pas aussi bonne. Comme l'empire n'a jamais su jusqu'à quel point il convenait à ses intérêts d'épouser la cause de l'Eglise, l'Eglise de son côté n'a jamais eu pour l'Empire qu'une sorte de fidélité intéressée. Le maintien entêté du pouvoir temporel du pape, l'influence manifeste de l'impératrice réagissant contre les tendances anti-cléricales de quelques ministres, étaient des gages auxquels le clergé s'est montré sensible, mais sans se départir d'une certaine réserve qui témoigne que le régime impérial ne lui inspire pas une confiance absolue.

Une formule restée célèbre rappelle la première et la plus populairedes promesses de Napoléon III : « Ueiiipire, c'est la paix! » avait-il dit à Bordeaux. Jamais assertion plus formelle n'a reçu démenti plus complet. Toujours en quête de quelque aventure, mêlant d'une façon singulière l'audace et l'indécision dans ses projets, sans crédit eu Europe, excitant des rancunes ou des craintes par la mobilité de son attitude souvent agressive, finalement sans alliés en face du terrible ennemi qu'il provoque en 1870, Napoléon 111 a porté dans toutes les parties du monde les forces de la France, et quelquefois avec lionneur. Mais ces forces, que son caprice a souvent gaspillées sans profit pour notre pays, il n'a su ni les réparer, ni les tenir en état. Fier de la bonne tenue de sa garde impériale, satisfait de quelques inventions techniques dont ses flatteurs exaltaient la puissance, il ne se rendit jamais compte ni de l'insuffisance des approvisionnements, ni de celle des contingents. L'art de la guerre se renouvelait chez nos voisins, sans qu'il y prît garde, quoique provenu. Au jour suprême, l'armée, qu'on croyait prête, ne se trouva ni suffisante en nombre, ni pourvue : matériel de siège ou de campagne, moyens de concentra- 2° Pautie.

tion, intendance, état-major, vivres, armes et direction : tout fit défaut à nos soldats, sauf le courage désespéré et impuissant. La loi militaire de 1868, qui pouvait être le salut, était restée lettre morte, soit par incurie, soit par défiance politique; et la garde mobile se trouva inexpérimentée, incapable de servir.

Aussi c'est par un désastre presque sans exemples que finit l'histoire militaire du second empire.

Il était allé bien loin dans toutes les directions, mais il ne sut pas préserver le pays de l'invasion, ni l'en délivrer : 1852, conquête de la Kabylie ; 1854-56, guerre de Crimée contre la Russie ; 1859, guerre d'Italie contre l'Autriche, annexion de Nice et de la Savoie (en 1860); 1857 et 1861, guerres de Chine; 1857 à 1862, guerre de Cochinchine; 1861, expédition de Syrie; 1861-66, guerre du Mexique, cette triste et coûteuse aventure qu'on a osé appeler la «plus grande pensée du règne;» 1807, expédition de Montana pour la défense du pouvoir temporel du pape ; 1870 enfin, guerre contre la Prusse, pendant laquelle Napoléon III capitula le 2 septembre à Sedan, perdant du même coup sa dynastie et la France que d'autres ont réussi à sauver, sans pouvoir éviter toutefois de livrer au vainqueur implacable, comme la rançon des fautes de l'empire, l'Alsace et la Lorraine.

Depuis ce jour. Napoléon III est mort le 9 janvier 1873 à Chislehurst en Angleterre; et la mort de son fils unique, le prince Loui.s-Napoléon, tué au pays des Zoulous le l" juin 1879, a marqué l'extinction d'une dynastie dont la déchéance avait été ;9olennellemeut proclamée le 38 février lb71 par un vote de l'Assemblée nationale.

[I. Melouzay.] NATURALISTES. — De tout temps l'attention de l'homme a été sollicitée par le globe sur lequel il vit, par les animaux et les plantes qui se multiplient autour de lui. On peut donc dire que l'observation delà nature est aussi ancienne que l'homme lui-même ; il s'en (aut, cependant, que cette étude se soit constituée dès l'abord en science distincte ; que les premiers observateurs aient été des luiturtilistes, dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce mot. En Europe, c'est dans les œuvres des poètes et des philosophes qu'il faut chercher les premières notions des anciens sur les plantes et les animaux. Esculape, Orphée, Cliiron de Thessalie sont donnés comme ayant connu aUx temps mythologiques les propriétés médicinales de certaines plantes; l'armée grecque qui assiégea Troie avait pour médecins deux fils d'Esculape, Machaon et Podalire, dont Linné a donné les noms aux deux plus beaux papillons de notre pays, Homère, Hésiode possédaient des connaissances précises sur un assez grand nombre de plantes et d'animaux.

Mais quittons les temps légendaires, et arrivons à l'époque historique. Anaximandre (610-547 av. J.-C. I, disciple de Thaïes, avait déjà spéculé sur les origines de l'humanité; il pensait, comme on l'a supposé bien souvent depuis, que les hommes avaierit été successivement poissons, reptiles et mammifères. Pythagore 1 608-50'.) av. J.-C.) s'était occupé de botanique ; Alcméon de Crotone (500 av. J.-C.) est le premier qui ait disséqué des animaux et se soit occupé de lour mode de développement; il annonça que chez eux la tète se développe la première ; Empédocle (444 av. J.-C.) attribuait aux plantes un sexe ; il les croyait douées de sensibilité et avait entrevu certaines analogies entre l'œuf et la graine.

Anaxagore (.')00-428 av. J.-C), maître de Socrate, admettait que la lune et les planètes étaient habitées comme la terre. Leucippe, inventeur des atomes, eut pour disciple Démocrite (490-381 av. J.-C), qui étendit la théorie de son

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maître, découvrit les canaux de la bile, assigna ;\ ce liquide un rôle dans la digestion, et écrivit sur diverses parties de la botanique.

On doit à Socratc (nO-400) d'avoir sévèrement critiqué les liypotbèses diverses à l'aide dosquelles ses prédocessesseurs et ses contenipo- j rains essayaient d expliquer le monde ; il mérite d'être considéré comme l'un des fondateurs de la ! méthode scientifique. Le plus célèbre des méde- | cins de l'école de Cos qui ont porlé le nom d'Hippocrate parait avoir vécu de son temps. Malheureusement, dans toute cette longue période, les observations sont rares, et servant de points de ! départ à des spéculations hasardées, qui remet- 1 tent sans cesse en question les faits déjà découverts; il en résulte que ces faits ne sont ' jamais réunis en un faisceau qui puisse porter le j nom de science. i

Malgré le nombre considérable des philosophes qui se succèdent, il faut arriver jusqu'à Aristote 1 (ïSi-.322!, pour trouver un liomme qui, ayant fait lui-môme un nombre considérable d'observations, I soit en môme temps capable de les grouper en corps de doctrine.

La Chine, sous ce rapport comme sous tant d'autres, avait précédé l'Europe. L'empereur Yu a écrit un traité d'histoire naturelle, le Clian-Hai-King, 2vOO avant notre ère. Les connaissances scientifiques des autres peuples de l'Orient sont généralement consignées dans leurs livn's sacrés, où l'on trouve souvent des preuves incontestables d'une étude attentive de la nature.

L'œuvre d'Aristote, dont les études avaient été favorisées par les conquêtes d'Alexandre son élève, est l'une des plus considérables qui aient jamais été produites par un seul homme. Ce grand homme s'était occupé de toutes les branches de l'histoire naturelle ; observateur savarjt et judicieux, il était arrivé à acquérir sur les êtres vivants des connaissances dont la justesse et l'étendue nous étonnent encore aujourd'hui. Ses œuvres de botaniques sont perdues ; mais ses divers traités sur VHisloire des anininux, sur les Parties des animaux et sur la Génération îles animmix, sont demeurés comme des monuments de son génie. Dans le premier, il divise les animaux en animnur san/fums et eu animiui ex-^angurs. Ces deux grandes divisions correspondent aux Vertébrés et aux Invertébrés de Lamarck. Chacun do ces groupes est divisé en groupes secondaires dont plusieurs diffèrent à peine de ceux que nous adoptons aujourd'hui. C'est là un véritable essai de classification. Le traité des Parties 'les animaux est une sorte d'anatomie comparée. Dans le traité de la Génération des animaux, on trouve déjà des observations précises sur le développement du poulet dans l'œuf, et sur les métamorphoses des insectes, auxquels Aristote attribue cependant une génération spontanée.

Théophraste (371-286 av. J -C), successivement le disciple de Platon et d'.\ristote, fut surtout botaniste et minéralogiste, et devint le chef d'une brillante école. Il ne connaissait pas moins de 400 plantes et en réunit un grand nombre dans une sorte de jardin botanique qu'il légua à sa mort à la république d'Athènes.

Les guerres qui suivirent la mort d'Alexandre firent passer la plupart des savants grecs en Egypte, où les Ptolémées favorisèrent longtemps la science, qu'ils cultivaient eux-mômesavec succès. On attribue à Ptolémée Philadelphe (-309-277; un ouvrage sur les animaux vrais et fabuleux, qui suppose un esprit critique très éclairé. Ce sont toutefois, dans l'école é.'yptienno, les sciences médicales, principalement l'anatomie, qui l'emportent sur l'histoire naturelle proprement dite. Proxagoras distingue les veines des arières, Héropliile (■'îî") mo lire que les nerfs sont différents des tendons,

reconnaît l'isochronisme du pouls et des battements du cœur; Erasistrate découvre que le cerveau tient tous les nerfs sous sa dépendance, et décrit le premier les vaisseaux chylifères. Les persécutions de Ptolémée Physcon et de son fils Ptolémée Sotor mirent fin aux succès de l'école d'Alexandrie (8i).

On peut encore compter parmi les naturalistes Nicandre (i" siècle av. J.-C), médecin d'Attale III, dont les traités Theriaca et Alexijjharmaca sont respectivement consacrés aux animaux venimeux et aux poisons. Dans toute celte longue période, les sciences naturelles sont cultivées surtout en vue de leur application, et semblent perdre le caractère philosophique qu'Aristote avait réussi à leur donner.

Les Romains sont loin de s'élever, môme dans cette direction pratique, à la hauteur des Grecs. On trouve, cependant, dans les Commentaires do César, de précieux renseignements sur les animaux de la Germanie, et Lucrèce ('.15-44), contemporain de César, consacre à la science un sublime poème où il développe d'une fav'on magistrale la philosophie d'Epicure et expose relativement à la Nature des clioses des idées qui se rapprochent à certains égards de quelques-unes des conceptions de la science moderne. Lucrèce croit que les premiers animaux avaient des lormes monstrueuses et n'étaient même parfois que des organes privés de corps et capables cependant de vivre ainsi isolés. Virgile et surlout Ovide se montrent en plusieurs passages de leurs poèmes excelleLits observateurs; Ovide peut môme compter comme ayant possédé des connaissances fort étendues en histoire naturelle. Les jeux du cirque, le goût des Romains raffinés pour la bonne chère et les mets extraordinaires, firent connaître à Rome un assez grand nombre d'animaux étrangers à l'Europe. Tout ce qui concerne ces animaux se trouve opars dans des ouvrages traitant des sujets les plus divers. Le géographe Strabon (50 av. J.-C.) a exactement décrit les poissons du Nil ; le médecin Dioscoride (qui vivait dans le 1" siècle de notre ère) a joui longtemps d'une réputation de botaniste que ne justifie pas la valeur de ses ouvrages. De tous les naturalistes romains, celui qui s'est acquis la plus grande célébrité est Pline l'Ancien [a-'i'i apr. J.-C), mort victime de la science en voulant observer la première éruption du Vésuve. L'Histoire naturelle de Pline ne comprend pas moins de trente-sept livres, et traite en réalité de tontes les sciences d'observation. C'est u)ie immense compilation de plus de deux mille ouvrages dont un grand nombre sont perdus .aujourd'hui. .Malheureusement Pline semble avoir peu observé par luimême, et il a recueilli côte à côte d'excellentes observations et les récits les plus fantastiqiies. Les onvrages d'Athénée et d'Elien ne sont guère, comme ceux de Pline, que de simples compilations. Elien cite cependant soixante-dix espèces de mammifères, cent neuf espèces d'oiseaux, cinquante espèces de reptiles, cent trente espèces de poissons dont la plupart ont pu être reconnus. On peutconsidérer comme un naturaliste Oppien, dont les trois poèmes, les Cynéyétiijues, les Halieuliqw's et les lieutiques contiennent de précieux renseignements sur les animaux que l'on chassait ou que l'on pochait habituellement de son temps. Nous arrivons enfin à un homme dont l'influence a longtemps été considérable sur la médecine, Galien, né à Pergame l'an 131 de J.-C, mort vers l'an 2011. Galien s'attache surtout à faire revivre les doctrines d'Hippociate; cherchant à tout expliquer par quai re éléments, l'eau, la terre, l'air et le feu, quatre qualités, le chaud, le froid, l'humidité, et le sec, quatre humours, le sang, la bile, la pituite et l'atrabile. Ses principaux ouvrages ont pour titre :

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Des miminislratiom aniitomiques. De l'usaye des parties, Tln'rapeulique, etc. Son nom est Ih dernier (]ui mérite d'ûtre cité parmi les hommes de science de l'antiquité.

An moyen âge les Arabes sont à peu près les seuls héritiers des philosophes de l'antiquité. A partir du ix' siècle on voit les sciences médicales prendre chez eux un épanouissement remarquable. Hippocrate, Aristote sont traduits en langue vulgaire. Mais dans cette période singulière la magie se trouve sans cesse alliée à la science et à la métaphysique. Rhazes (850-923), Avicenne, Avenzoar (lO^O-llOI), Averrhoès (1120-1198) son élève, ont laissé la réputation de médecins fort habiles et fort instruits ; néanmoins les savants arabes s'abandonnent beaucoup plus h la spéculation qu'à l'observation ; le philosophe domine ordinairement en eux, et s'ils ont largement contribué à nous conserver les traditions scientifiques des anciens, il faut reconnaîtra qu'ils ont fait faire à l'anatomie, à la physiologie et au diagnostic des maladies peu de progrès réels. Ils avaient cependant une connaissance approfondie des propriétés des plantes, et on leur doit l'inlroduciion dans la thérapeutique d'un assez grand nombre de médicaments.

L'influence des Arabes fut considérable sur l'esprit des hommes qui cultivèrent la science en Occident durant le moyen âge. C'est h elle, en ;;rande partie, qu'il faut attribuer ce mélange sin- ^'U lier de l'astrologie et de l'alchimie à la science véritable, mélange dont les plus grandes intelligences ne surent pas toujours se garder et qui eut pour résultat d'amener dans l'esprit du vulgaire une confusion complète entre les savants et les sorciers. Kogcr Bacon (1214-1292) lui-môme, quoique ]irotcstant de la nullité de la magie, sacrifia largemcr,t à l'alchimie. C'était un homme d'un vaste savoir et un expérimentateur habile ; à lire cortains passages de son Opns majus, on croirait qu'il a deviné les plus belles inventions modernes ; il parait aussi avoir connu l'art de fabriquer des poudres explosibles. Ce fut un de ceux qui coniiibuérent le plus i ramener les hommes d'études L l'observation de la nature. Les savants de cette i pu. |ue cultivaient d'ailleurs simultanément toutes 1' • sciences : ils unissaient étroitement la pratilUC de la médecine, les discussions philosophi- <jU0S ou mime théologiques, à la reciierche de la pierre philosophale et de la transmutation des métaux. Aussi peut-on considérer comme des naturalistes les alchimistes tels qu'Arnaud de Villeneuve (I23«-I3i4;, qui découvrit l'alcool, Raymond LuUe, et Albert le Grand (l 133-1 280\ dominicain, puis évêque de Ratisbonne; et qui abandonna l'épiscopat pour se livrer exclusivement à la culture et i l'enseignement des sciences. Albert le Grand écrivit de nombreux ouvrages d'alchimie et d'hisioire naturelle. On compte parmi ses disciples le fameux saint Thomas d'Aquin (122"-I2Ti), iqui Pic de laMirandole attribue un ouvrage d'alchimie, et que l'Eglise catholique place encore au rang le plus élevé parmi ses hommes de science. Durant le vu" siècle quelques voyages, tels que ceux de Guillaume Hubruquis et de Marco Polo, firent connaître l'Asie orientale ; Marco Polo est le premier qui ait pénétré en Chine et au Japon, mais le récit de ses voyages fut longtemps considéré comme une œuvre d'imagination. Malgré l'invention de l'imprimerie (l43l), malgré les grands voyages de Christophe Colomb et U découverte de l'Amérique (1492 , le xv" siècle poursuit encore longtemps les errements scientifiques du xni« et du xiv'; mais au xvi= siècle la lumière commence à se faire dans les esprits, et d'importantes recherches scientifiques sont entreprises. André Vénale (l5U-l.^(il) régénère l'anatomie; Fallope, Eustache, ^Spicgel, Ingrassias, Botal,

Varole, ont tous attaché leur nom k la découverte de quelque organe ou de quelque particularité de structure du corps humain. Les recherches de Fabrice d'Acquapendente (1537-1CI9), celles de Colombo et de Césalpin,qui fut aussi un botaniste remarquable, préparent la découverte de la circulation du sang, nettement entrevue parle malheureux Michel Servet (I. 509-1 ;i5.')), briilé à Genève, comme hérétique, par Calvin. C'est aussi à cette époque que vécut le célèbre cliirurgien de Henri II, Anibroise Paré (1517-1590), qui, en dehors de son mérite comme praticien, songea le premier à comparer le squelette des oiseaux i celui des mammifères. A côté de cette renaissance de l'anatomie se manifeste aussi une renaissance évidente de la botanique et de la zoologie. Jean et Gaspard Bauliin, morts le premier en ICJIS, le second en ÎC24, publient, toutou s'occupantde médecine, d'importants ouvrages do botanique; Pierre Belon, né en 1518, assassiné au bois de Boulogne en 15G'i, ècrbiii \\n& H stiiire ■•'"itureUe des poissons mnrini et une Histoire des oiSfWix; il compara entre eux les organes des divers animaux qui avaient fait l'objet do ses études, et ouvrit ainsi la voie à l'anatomie comparée. Ala même époque, Rondelet (1507- 1566) publia une fort belle Histoire naturelle des poitsoHS, où l'on trouve un véritable essai de classification naturelle. Mais les naturalistes de ce siècle les plus remarquables par leursavoir furent Conrad Gessner, de Zurich (l510-laC5) et l'Italien Aldrovande( 1527-1605). Gessner publia, outre divers tra. vaux philosophiques et scientifiques, une Histoire des animaux en quatre volumes in-folio, et divers écrits de botanique dans lesquels il établit sur les organes de fructification la première classification scientifique des végétaux; il traite aussi dos cristaux, et pense que les fossiles peuvent bien être les dépouilles d'êtres vivants. Aldrovande est l'auteur d'une vaste Histoire naturelle dans laquelle il traite des trois règnes de la nature, et qui fut imprimée en grande partie sous les auspices du sénat de Bologne. Ce fut aussi un des titres de gloire du grand artiste Bernard de Palissy (15110- 1589) d'avoir énei-giquement soutenu que les fossiles étaient des restes d'animaux, la plupart marins, et que les mers avaient autrefois couvert une vaste étendue des continents. La foi dans l'observation, dans l'expérience, dans la raison se substitue ainsi peu à peu à la foi dans l'autorité, aux discussions sans fin sur les opinions dos mai- Ires, dont la philosophie scolastique nous offre le triste tableau. Tandis que de nombreux investigateurs prêchent d'exemple et ajoutent h nos connaissances dans toutes les directions, sans trop de souci de l'autorité, quelques hommes hardis comme Argentier proclament leur confiance exclusive dans la raison et préparent ainsi l'avènement de François Bacon (I561-1U2U) dont Vln-tauratio nvKj'ia posa pour la première fois les vrais principiîs de la piiilosophie et de la méthode scientifique. Bacon déclare que l'homme de science doit avant tout appuyer ce qu'il affirnu' sur l'expérience, et il étend même la méthode expérimentale à la recherche de l'origine des êtres. Dans sa Noya Atlantis, sorte de projet d'un établissement uniquement consacré au progrès des sciences naturelles, comme l'est notre Muséum d'histoire naturelle, il recommande de tenter la métmwtriihose des organes et de rechercher, en faisiiid varier les espèces, comment elles se sont multipliées et div ■rsifiie^. C'est la première expression scieniificiue de l'idée que les espèces de plantes et d'animaux ne sont pas immuables, et que le monde vivant n'est parvenu h. l'état actuel que par une série de lentes et graduelles modifications. L'illustre philosophe put connaître avant de mourir l'une des plus belles découvertes ducs \ la méiiiode expérimentale, celle do la cir-

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culation da sang annoncée dès t619 par Harvey, médecin de Jacques I" et de Charles I", et élève de Fabrice d'Acquapendente qu'il avait assisté dans ses recherches sur les valvules des veines. Cette découverte donne un nouvel élan aux recherches anatomiques. Aselius retrouve les vaisseaux chylifères, Pecquet montre qu'ils sont destinés i puiser dans le sang les matières assimilables et qu'ils les transportent dans le canal tlioracique par lequel elles sont versées dans la circu

1634 doit marquer dans l'histoire des sciences naturelles, comme date do la fondation h Paris, sur les instances de Guy de Labrosse, du jardin botanique qui devait plus tard devenir le Jardin des plantes et que la Convention réorganisa sous son nom actuel de Muséum n'histoire naturelle.

Cependant le nombre des animaux et des plantes recueillis en Europe ou rapportés de leurs voyages par les navigateurs augmente considérablement. Tout d'abord il était facile de les diviser

ui.>.ulation. Rudbeck et Bartholin se disputent la | en groupes plus ou moms étendus dans lesquels découverte des vaisseaux lymphatiques ; Wirsung I une description ordinairement réduite à une courte fait connaître le canal pancréatique; Bartholin et : phrase permettait de reconnaître chaque espèce. Sténon complètent l'étude des glandes salivaires. L'espèce était elle-même designée soit par 1 un de Wepfer, Schneider, 'iVillis, Vieussen, étendent sesnomsvulgaires.soitparlaphrasecaracteristique, les connaissances acquises sur le cerveau, dont ils \ à laquelle on tentait parfois de substituer des noms précisent le rôle; enfin Ruysch, par l'application tirés du grec, mais trop souvent forgés de la façon la aux recherclies anatomiques d un procède qui consiste à injecter des liquides colorés dans les vaisseaux et les cavités, fit faire de grands progi'ès à l'histoire de l'appareil vasculaire.

Vers la même époque, l'application à l'étude des organismes d'une autre méthode d'investigation fut encore plus féconde. Presque en même temps, Malpighi, professeur de médecine à Bologne (1G2S-Ii.9f), Leuwenhock de Delft (Ir,;i2-1T^3) et Swammerdamm (lf;3"-16S0), introduisent l'emploi des verres grossissants dans les recherches d'histoire naturelle, et sont aussitôt récompensés par de magnifiques découvertes Malpighi fait connaître un grand nombre de particularités de structure des organes humains, découvre les trachées des insectes et étudie le développement du poulet; on doit à Leuwenhoek d'avoir révélé aux n«turalistes l'existtnce des infusoires; il paraît aussi avoir connu la reproduction des pucerons sans le secours de la fécondation, dont la réalité fut mise hors de doute bien plus tard par Bonnet de Genève, et il fit sur la génération par bourgeonnement des polypes des observations qui devaient demeurer oubliées jusqu'aux recherches de Trembley. Swammerdamm, qui publia une grande partie de ses travaux sous le litre de Bihlin naturœ,

plus étrange. Les plus sages nomenclateurs arrivent peu à peu à l'idée de désigner chaque espèce par un nom générique et un nom spécifique, correspondant le premier au nom de famille, le second au prénom que l'on emploie pour désigner les individus dans la vie civile. C'est là l'idée fondamentale de la nomenclature binaire, quo Linné (HOÎ- ITÎS) appliqua avec une admirable netteté à tous les êtres vivants. Son S>/stème de ta nature,' -pwblié en 1135, fit époque dans la science et lui valut une réputation universelle. On a dit de lui qu'il avait été le législateur de l'histoire naturelle, et de nombreux naturalistes ont, en effet, convenu — ce qui est du reste une injustice — de ne pas accepter dans la science de nom antérieur à Linné. Le système de classification adopté par Linné pour les végétaux eut surtout un prodigieux succès; les découvertes récentes relatives à la sexualité des plantes y étaient pour la première fois appliquées ; ce n'était pourtant, comme Linné en prévenait luimême, qu'un sysième, c'est-à-dire un moyen commode d'arriver au nom d'une plante, et non une méthode naturelle de classification dans laquelle toutes les plantes auraient été disposées d'après leur degré réel de ressemblance. Mais le système de Linné se recommandait par son admirable prè-

le monde savant : Redi combat par des expériences d'une réelle précision l'hypothèse, morte aujourd'hui, des générations spontanées. Newton signale déjà, à la fin de son Optique, cette uniformité de structure des animaux à la démonstration de laquelle Geoffroy Saint-Hilaire devait consacrer sa vie scientifique; et Pascal, dépassant Bacon, croit que les êtres animés n'étaient à leur début que des individus informes et ambigus dont les circonstances permanentes au milieu desquelles ils vivaient ont décidé originairement la constitution ; Sylvius Leloë, de Leyde, soutient que tous les phénomènes qui se produisent dans les viscères sont analogues aux réactions qu'on voit s'accomplir dans les cornues des laboratoires de chimie; Swammerdamm établit les bases de la doctrine du développement des animaux par formation successive des parties; Jean Ray, rompant avec les traditions aristotéliques, propose un système de classification des animaux et des plantes d'une admirable précision, et il contribue largement h faire connaître la sexualité des végétaux, soupçonnée autrefois à diverses reprises, mais démontrée par les recherches de Millington, Grew, Bobart, Camerarius, Buccone, etc. Tournefort (16.')6-1"08) combat cette grande découverte; nia'is ses Inslilutiones rei herbariœ ne lui assurent pas moins une incomestable illustration; on y trouve une classification des plantes fondée sur la structure et la disfiosition des fleurs, et le groupe naturel que les naturalistes désignent sous le nom de genre y est pour la première fois clairement défini. L'année

raliste suédois. . , ■

Il s'en faut cependant que les travaux de Linnu aient été dès l'abord universellement acceptés. 11 rencontra d'ardents contradicteurs, parmi lesquels Héaumur (l«83-n:.7), Bufi-on (1707-1788), Adanson (17'27-180li), Charles Bonnet (I i2(i-l (93), de Genève etc Réaumur, physicien et naturahste, doit surtout sa grande réputation sous ce dernier titre a ses Mémoires pour servir a l lastoire des insectes, où sont consignées les plus patientes et plus ingénieuses recherches sur les mœurs et les métamorphoses de ces animaux. Adansnn eut le courage de demeurer pendant cinq ans au Sénégal dont il voulait faire connaître les productions ; son Histoire naturel e dn Sémgnl n'a jamais ete terminée; ses Familles d';s p'a7ite< témoignent d'une grande justesse de vues; Adanson était un esprit d'une vaste étendue : il avait conçu le plan d'une encyclopédie des sciences humaines qu'il voulait réaliser à lui seul, et les matériaux qu'il recueillit pour cela formaient un ensemble tellement formidable, que la publication na même pu en être entreprise. Buffon s est eleve au premier rang des naturalistes, non pas tant par la beauté de ses descriptions qui ont rendu 1 histoire naturelle attrayante pour tous, que par les vues générales vraiment grandioses qui signalent ses écrits. 11 fut tour à tour épris de mathématiques, de physique et d'histoire ""'"'^'le- s^ première œuvre de naturaliste est sa Tiéoncde la terre (1749), la dernière ses Epoques de la Salure (1778) qui eurent un si grand retentissement;

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V Histoire (te minéraux, celie des unimaux et cell(> de, Vtwinme tionnetit entre ces deux dates. Buffon admet que la terre et les planètes ont d'abord été des globes incandescents qui se sont graduellement refroidis, mais conservent encore une plus ou moins prande clialeui- intérieure. La terre a été à un certain moment couverte par les eaux. Ce sont les eaux qui en ont façonné la surface et ont déterminé lentement la formation de ses reliefs, produisant ainsi « des effets qui arrivent encore tous les jours; » les couches parallèles des stratifications géologiques, les fossiles répandus partout par bancs immenses, sont pour Bufl'on les preuves irréfutables de l'action des eaux. Il croit à la disparition d'espèces anciennement existantes, pense qu'un grand nombre d'animaux peuvent naître par géiiération spontanée, admet la création d'espèces primitives distinctes, mais attribue cependant à ces espèces une variabilité suffisante pour qu'elles aient graduellement donné naissance à. un grand nombre d'autres espèces différentes les unes des autres. Le climat, la nourriture et la domesticité sont pour lui les principales causes de variation. Il considère les climats comme ayant déterminé le mode de distribution des animaux sur la terre, fait le premier remarquer qu'aucune espèce n'est commune aux régions chaudes des deux mondes, et pose ainsi les bases de la géographie zoologique. Seule l'espèce humaine aurait échappé à cette influence et se retrouverait essentiellement une dans toutes les parties du globe. Buffon insiste sur l'uniformité du dessein qui a présidé à la création des animaux ; cette uniformité , que démontrent les travaux anatomiques faits pour lui par Daubenton, il essaie de l'expliquer par l'hypothèse qu'il existe une foule de petits êtres, de molécules viuanies identiques, sauf les dimensions, aux êtres vivants de grande taille qui résultent de leur association. Il y aurait enfin, suivant lui, des passages gradués entre la plupart des formes animales. Si l'on peut retrouver dans ces idées quelques-unes des opinions émises avant Buffon, il faut reconnaître qu'il les fait absolument siennes par la façon dont il les expose et dont il les enchaîne; d'autres sont des vues de génie dont l'influence sur les sciences naturelles a été considérable ; nous les retrouverons plus tard développées et conlirmées par les successeurs de l'illustre intendant du jardin du roi.

Buffon ne s'est jamais occupé que des animaux supérieurs. Cependant autour de lui d'importantes découvertes sur les animaux inférieurs préparent une révolution dans les idées courantes sur le règne animal. Peysonnol démontre (1T27) l'animalité du corail et fournit ainsi le premier exemple d'animaux bourgeonnants les uns sur les autres à la façon des plantes et demeurant unis toute leur vie dans une étroite communauté comme peuvent le faire les branches d'un arbre. Les naturalistes les plus compétents se montrent d'abord incrédules ; mais les mémorables recherches de Trembley sur Ieshydresd'eaudouce(n40) déterminent un revirement d'opinion. Bernard de Jussieu se rend au bord de la mer pour étudier à nouveau les flustres, les cschares et les organismes voisins, que tous les naturalistes classaient jusque-là parmi les algues, et reconnaît en eux, à son grand étonnernent, de véritables animaux. Cette découverte d'animaux composés, d'animaux vivant en colonies, est fondamentale, mais son importance n'a guère été comprise que de nos jours. Quelques années après (UàQ), Bernard de Jussieu yWM-Vill) formulait sa méthode naturelle de classiflcation des végétaux, publiée seulement d'une façon complète en 1789 par son neveu Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836). Abandonnant les errements de Lmné, qui ne s'était servi dans son système que

d'une seule série de caractères, les do Jussieu font appel h tous les caractères fournis par la plante, mais ils établissent que ces caractères n'ont pas tous la même valeur; il en est d'importants, d'autres de secondaires : c'est le principe même de la sut/ordination (les caractères, dont Cuvier devait faire à son tourcinquante ans plus tard la pierre angulaire de sa classilication du règne animal. Le degré d'importance des caractères est établi au moyen de leur degré de généralité : un caractère présenté par un très grand nombre de plantes est évidemment plus important qu'un caractère restreint à quelques espèces ; le premier pourra servir h distinguer des divisions très étendues telles que les classes, le second sera un caractère de genre, et dans l'intervalle on trouvera de même des caractères de familles, d'ordres ou de tribus. Ainsi les caractères fournis par les différents organes de la plante peuvent intervenir tour à tour dans la classification, et l'ordre de leur succession est en quelque sorte déterminé expérimentalement. Le principe de la méthode naturelle était trouvé ; mais l'application peut en être faite de manière très diverse; i mesure que l'on connaît plus exactement la structure d'un plus grand nombre de plantes, limportanco relative des caractères peut se modifier, et des caractères nouveaux peuvent réclamer «lans les méthodes une place qu'on ne leur avait pas faite tout d'abord. H n'y a donc pas lieu de s'étonner que Bernard et Laurent de Jussieu ne soient pas arrivés d'un seul coup à la perfection ; on n'a cessé depuis eux de chercher à représenter dune façon plus complète, dans la méthode, les véritables affinités des plantes, et ces tentatives ont illustré des botanistes tels que de CandoUe, Adrien de Jussieu, Lindley, Endlicher et surtout Adolphe Brongniart.

On n'est arrivé que plus tard à une classification naturelle des animaux. Le système de Linné a conservé la prédominance jusqu'au moment où Cuvier (i7C9-1832), dans son Hàr/ne animal distri- Ijué d'après son organisatiimilUlG), montrant l'importance exceptionnelle du système nerveux, introduisit dans la science l'idée des types de structure, et démontra que tous les animaux connus de son temps étaient conformés suivant quatre types, quatre plans généraux caractérisant autant d'embi-ajichements.

Pendant que vers la fin du xviii' siècle se dégagent les idées qui doivent conduire i une appréciation de plus en plus exacte des rapports que les organismes présentent entre eux, une révolution profonde, accomplie dans les sciences physiques, montre sous un jour tout nouveau les rapports des organismes avec le milieu qui les entoure. Ce milieu était pour ainsi dire inconnu. Les découvertes de Scheele, de Priestley, do Lavoisier nous dévoilent sa constitution: eu 1774, Scheele en Suède, Priestley en Angleterre découvrent l'oxygène ; en 1776, Lavoisier démontre qu'il fait partie intégrante de l'air et qu'il donne en se combinant avec le carbone le gaz môme qu'exhalent les animaux et qui est l'aliment par excellence des végétaux, l'acide carbonique. Presque en même temps, l'eau perd comme l'air le caractère d'élément que lui attribuaient les anciens chimistes ; Cavendish on extrait l'hydrogène, el Lavoisier démontre irréfutablement en 1783 que cet hydrogène, se combinant avec l'oxygène de l'air, forme de l'eau, de même que le charbon forme de l'acide carbonique en brûlant dans l'air. La théorie de la combustion est établie ; celle de la respiration en est une conséquence immédiate: alors apparaît entre le règne animal et le règne végétal une admirable harmonie : les animaux versent sans cesse dans l'atmosphère des torrents d'acide carbonique formé aux dépens de l'oxygène de l'air. Les végétaux s'emparent de cet acide carbonique, le décomposent, en

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gardeni U' carbone et restituent à l'air l'oxygène C|ue les animaux lui enlèvent; la substance même des végétaux sort ensuite à l'alimentation des animaux, et ceux-ci, après leur mort ou même de leur vivant, rendent au sol, où les végétaux les retrouvent, les substances qu'ils ont prises à ces derniers. Haies (16'i7-l"i)l), dans sa Statique des rniimnux et dans sa Statique liesvégélmiT, avait déjà clierché h déterminer ces rapports des êtres vivants avec le milieu qui les entoure; il peut être considéré comme ayant jeté les bases de la physiologie végétale ; mais que pouvait être la pliysiologie à une époque où ni l'oxygène, ni l'ijydiogène, ni l'azote n'étaient connus, où la nature de l'air, de l'eau, de l'acide carbonique restaient à déterminer, où l'on ignorait même en quoi pouvait consister ce phénomène fondamental : la comijinaison chimique? Ingenhonsz. de Saussure, Sennebier. poursuivent dans des voies nouvelles l'œuvre de Haies. Au temps do Lavoisier, on commence d'ailleurs à peine à entrevoir les liens qui unissent entre eux ce que l'on nomme les agents physiques ; les propriétés les plus importantes de l'électricité sont encore inconnues , les iiliysiciens ont bien imaginé des ftuide'i pour expliquer la ehaieur, la It/mièi'", Yéleriricité, le magnéti'" e, des fcrces pour expliquer Yatlra'tion de? astres, la culiésinn des molécules des corps, Vulfinité qui pousse les éléments i\ se combiner; mais rien ne relie ces conceptions diverses, et telles sont encore les habitudes de l'esprit humain que l'on accepte ces mots de ftvide et de force, comme désignant des êtres mystérieux dont l'existence est au<si inexplicable que celle des êtres vivants eux-mêmes. La science n'en a pas moins trouvé ses voies: toutes les questions s'agrandissent, les horizons prennent la plus vaste étendue ; un immense travail se fait dans les idées et prépare l'avènement des hommes de génie dont la brillante pléiade resplendit au seuil du xix' siècle. En France, la Convention, sur le rapport de Lakanal, inspiré par les héritiers scientifiques de Buffon, organise, avec une hauteur de vue qu'on a rarement retrouvée depuis, le Muséum d'histoire naturelle, et s'efforce d'y concentrer tout ce qui peut en faire un véritable <> Temple de la nature. » Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvjer, donnent bientôt aux sciences naturelles une portée que l'on ne connaissait pas. Comme introduction à son cours de zoologie du Muséum, Lamarck (n44-lfi2:i)f d'abord botaniste et collaborateur de Candolle, publie en 1809 sa Philosophie zoologique, ]iremière et puissante tentative d'explication de l'origine des animaux. Il y regarde les espèces actuelles comme descendant d'espèces qui les ont précédées qui se sont graduellement transformées sous l'influence des milieux et de l'habitude, et dont les individus modifiés ont transmis par liérédité h leur descendance hMirs nouveaux caractères. Son Histoire natwelte des animaux sans vertèhres {18IG à 182'.'). où il classe et décrit avec une méthode rigoureuse la multitude des animaux inférieurs, lui a mérité d'être appelé le Linné français. Etienne Geoffroy Saint-Hihiire (l"72-IH44), font entier dominé par l'idée de démontrer Yunité de composition du régne animal, dote l'anatomie comparée de ses véritables moyens d'investigation , trace le chemin dans lequel elle n'a cessé de marcher depuis lui ; montre le parti que l'on peut tirer de l'embryogénie par les comparaisons anatoniiques, explique par les lois naturelles du développement la formation, chez l'homme et les animaux, de ces monstrtn.S'tés que tant de gens considèient encore comme miraculeuses, et crée ainsi une science nouvelle, la tcratolngie. Il croit aussi à la mmab lité des formes spécifiques, et attribue à la seule influence des milieux les changements qu'elles ont subis. Cuvier soutient au contraire limmuabilité absolue des espèces. Tandis que ses deux col

lègues considèrent, dans une certaine mesure, les ' êtres vivants comme le résultat de l'action du monde extérieur sur une ou plusieurs formes primitives, qui se sont modifiées a\ ce le milieu dans lequel elles devaient vivre de manière à être toujours en harmonie avec lui, Cuvier pense que le» êtres ont été créés d'un coup pour vivre dans des conditions déterminées. Geoffroy recherche dans les animaux les traces plus ou moins effacées du type primitif d'où ils dérivent, Cuvier nie ce plan primitif: pour qu'un animal puisse vivre dans des conditions données, il faut que ses organes présentent certains rapports déterminés par ces conditions ellesmêmes, et qu'ils soient en harmonie les uns avec les autres : il y a donc entre le's formes des organes une coirélaliim, qu'il appartient à l'anatomie comparée de déterminer. Les lois de ces corrélations une fois établies, il doit être possible de reconstituer presque entièrement un animal dont quelques parties seulement sont connues. C'est en s'appuyant sur ce principe, devenu le principe fondamental de \n paléontologie', qwe Cuvier a pu démontrer que la terre a été jadis peuplée d'animaux dont les espèces ont aujourd'hui complètement disparu, et reconstituer dans une certaine mesure les formes de ces animaux. En présence de ce fait, Cuvier se trouve conduit par ses idées sur l'invariabilité de l'espèce à admettre de périodiques cataclysmes, de périodiques révotuUons du globe qui auraient détruit le plus grand nombre des espèces vivant à un moment, espèces périodiquement remplacées aussi par des créations successives. La géologie, à laquelle les travaux de Cuvier devaient donner un si brillant essor, la paléontologie, qu'il a fondée, sont venues depuis infirmer ces deux hypothèses; le géologue anglais Ch.Lyell, reprenant l'idée de Buflbn.a montré bien nettement que les causes actuelles, qui agissent lentement sous nos yeux, mais accumulent leurs effets pendant de longs siècles, suffisent à expliquer tous les phénomènes géologiques; et d'autre part les innombrables recherches des paléontologistes modernes s'accordent àprouver que les espèces animales et végétales d'une période géologique donnée n'ont jamais disparu en bloc, mais se sont éteintes graduellement, une à une, tandis que desespèces nouvelles prenaient successivement leur place.

Au moment mêmeoùenFranceCuvier et Geoffroy Saint-Hilaire captivaient l'attention des savants par les grandes luttes scientifiques qui s'élevaient entre eux. en Allemagne se développait, sous l'influence de SchcUing, l'école de la Philosophie de lu nature, qui attribuait à la raison humaine uno puissance suffisante pour découvrir sans le secours de l'observation les lois du monde physique. Oken (ITig-lSôl) fut, parmi les naturalistes proprement dits, le plus éminent représentant de cette école; il acquit une influence considérable sur ses compatriotes. On lui doit d'avoir attiré l'attention sur les similitudes qui existent entre les diverses parties d'un même organisme, et d'avoir exprimé, en même temps que le grand poète Gœthe, la pensée probablement vraie, que le crâne dos animaux supérieurs n'est autre chose qu'une association de vertèbres modifiées. Cette idée qu'un même organe peut se répéter chez un être vivant tout eri prenant des formes variées, conduisit Goethe à démontrer quelques années après que, chez les végétaux, les divers appendices et notamment les parties variées de la fleur, pétales, étamines, etc . ne sont autre chose que des feuilles modifiées. Comparer ■ ensemble les diverses parties d'un même orga- I nisme, comme le faisaient Gœthe et Oken; comparer dans des animaux différents les organes qui se correspondent, comme le faisait Geoffroy Saint- Hilaire; rechercher dans des animaux de même type les modifications de formes qu'entraînent

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dans les divers organes les modifications d'un orgnno donné, comme lo faisait (Uivier : ce sont li trois des points de vue essentiels de Yannlomie compiiri'e; une part dans la fondation de cette science revient donc h chacun des grands hommes que nous venons de nommer. Une place doit ôtrc réservée auprès deux à Vicq d'Azir (17)8-1794), et à IWockel (17SI-1S33). Pendant que l'anatomie comparée se constiiuait ainsi, un autre naturaliste cminent, Von BaCr, fondait l'embryogénie comparée ou science du développement des animaux et, par une méthode Ji lui, arrivait, relativement au nombre de types du rf'gne animal, h des résultats dont la concordance avec ceux de Cuvier a été fort remarquée. M. Milne Edwards a depuis nettement précisé IIS44) tonte limporlance de lombryogénie pour l'appréciation dos rapports des êtres; il n'y a aujourd'hui encore que bien peu de chose à ajouter à ce qu'il disait il y a trente-six ans. Aux côtés de ces hommes illustres, une part plus modeste, mais grande encore, revient à deux zoologistes, Savigny et Latreille. Le premier a laissé d'immortels Mémoires sur les ntiimauv sans verlébres; le second eut lo mérite de concevoir avant Cuvier une méthode de classification naturelle des insectes : c'est lui qui a donné h. l'entomologie cette précision qui en fait l'une des branches de la zoologie la plus propre à former déjeunes naturalistes. De Blainville (i777-l.s50), Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1361), .4udouin (1797-1841) soutiennent la gloire scientifique de leurs prédécesseurs. Le premier s'efforce même de créer une école indépendante; il croit à une sn-ie nnimalt qui ne comprend pas tous ces organismes, mais 'un certain nombre d'entie eux, autour desquels viennent se ranger des lypes dégradés qui rompraient la série générale si on essayait de les y intercaler, mais qui forment eux-mêmes série quand on les range autour du type fondamental auquel ils se ratiai'hcnt. De Blainville rejette la classification de Cuvier et lui en substitue une autre, fondée sur le mode de symétrie des animaux.

Les découvertes paléontologiques de Cuvier devaient amener dans la géologie une révolution profonde. VVerner (175i'-1817), le grand minéralogiste de Freiberg, partisan résolu de l'explication de tous les phénomènes géologiques par l'action des eaux, classait les diverses couches de l'écorce terrestre d'après leurs caractères minoralogiques; Alexandre Brongniart (1770-184") eut le premier l'idée de faire appel aux fossiles pour déterminer l'âge relatif des couches et distinguer, en dehors de tout caractère niinéralogii|UO, les couches contemporaines de celles qui ne le sont pas. Cette méthode de classification des-terrains devait devenir plus tard, grâce aux patientes recherches du savant concliyliologiste Deshayes(n!)5-1K75) et aux généralisations de sir Charles Lyell, la méthode exclusive des géologues. Enfin, comme si toutes les branches de l'histoire naturelle devaient à cette époque recevoir une impulsion nouvelle du grand établissement que la Convention avait en France consacré à leur culte, Haiiy (I743-:8Î'2) achevait d un coup la crist(dlo<irapi:ie dont Bergmann et Rome de Lille avaient à peine avant lui Jeté les bases.

A l'école de médecine de Paris, Bichat (1771- 180.3) faisait de son coté entrer l'anatomie dans des voies nouvelles. 11 professait que les divers organes et appareils étaient constitués de parties essentiellement les mêmes dans tout l'organisme, les éléments aiiatomiques. groupés eux-mêmes en tissus et en systèmes d'organes semblables; il devint ainsi le fondateur d'une science nouvelle, l'histologie ou science des tissus; mais il ne put connaître, faute de procédés de recherche suffisants, les véritables éléments anatomiques. 11 mourut à l'âge de trente et un ans, avant d'avoir vu réa-

liser les découvertes qui devaient donner un élan si remarquable à la science qu'il venait de fonder.

Vers 1S15 seulement, l'invention du microscope achromatique et les. perfectionnements rapides do cet instrument par Amici, Chevallier, etc., mettent dans les mains des naturalistes un procédé d'investigation d'une grande puissance. On pénètre plus avant dans la structure des animaux et des végétaux, et l'on suit avec plus d'attention les phénomènes intérieurs qui s'accomplissent en eux. Turpin( 1775-1 84"), de Mirbel(177G-lS54) signalent dans les végétaux, comme constituant essentiellement la base de leurs tissus, de petits utricules sur lesquels Raspail attire de nouveau l'attention, et que Schwann finit par considérer comme les éléments nécessaires de tout organisme, comme produisant par leurs associations et leurs transformations diverses tous les tissus; ce sont les cellules, dont la considération produit dans les sciences de la vie une révolution aussi complète que celle produite en chimie par la découverte et la détermination précise des corps simples. C'est grâce au microscope qu'Adolphe liroiigniart (1801- 1S76) peut entreprendre ses recherches sur la fécondation des plantes, et fonder la paléontologie végétale par ses éludes sur les végélaux fossiles. En Allemagne le microscope permet encore h. Ehrenberg (1795-1876) de saper les fondements mêmes de la u philosophie de la nature », en détruisant la croyance Ji la génération spontanée des animaux et des végélaux les plus simples, dont il fait connaître les nombreux modes de reproduction. On doit à Ehrenberg d'avoir décrit et figuré une multitude infinie d'êtres microscopiques dont l'existence était à peine soupçonnée, et d'avoir montré la part immense que ces petits êtres ont prise à l.i formation des couches géologiques les plus puissantes. Mais, enthousiasmé par ses découvertes sur quelques-uns d'entre eux, les Uoiifères, séduit par certaines idées théoriques, Ehrenberg se laissa entraîner â attribuer aux infusoiros une organisation beaucoup trop compliquée. 11 fut vivement attaqué sur certains points, et l'un de ses contradicteurs les plus ardents fut notre compatriote Dujardin, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, à qui l'on doit la découverte de ce fait important qu'il existe une substance douée de vie, sans être organisée, qui forme le corps des infusoires, et à laquelle il a donné le nom de sarcode. Cette substance, retrouvée depuis dans tous les éléments constitutifs des êtres vivants, n'est autre chose que le protoplasma, dont Hugo von Mohl et IVlax Schultz ont montré l'importance hors ligne, et qui doit être considéré comme la substance vivante fondamentale, la base physique de la vie. Comparable à certains égards â un composé chimique, mais possédant toutes les facultés qui sont l'essence de la vie, le protoplasma n'existe jamais qu'à l'état de petites masses indépendantes qui revêtent ordinairement la forme de CHtule-^: Ce sont là les véritables éléments anatomiques, ceux que Claude Bernard a appelés les ouvriers de la vie, ceux dont les propriétés contiennent l'explication do la structure comme aussi des fonctions diverses des organismes. L'idontité de ces éléments dans les deux règnes a ramené ce grand physiologiste à concevoir, à l'exemple de Lamarck, une science générale de la vie, la biologie, ayant pour objet de réduire à un cnseml)le de lois communes les phénoiuènes, jujque-là considérés comme antagonistes, do la vie végétale et de la vie animale. Ce fut la préoccupation constante des dernières années de l'homme de gériie qui fixa à la physiol'ii/ie ejcpéritnentale une voie définitive, jalonnée déjà par les travaux de Spallanzani, de Réaumur, de H,iUer (17r8-m7), à la fois poète, médecin, botaniste et physiologiste, de

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— l'iOO —

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Charles Bell {n7i-1842), de Jlagendie (1783-1S55), (le riomens.

Longtemps on s'était, à quelques exceptions près, borné à étudier les êtres vivants à leur état adulte, à classer et à décrire les formes que l'on découvrait sans trop se préoccuper de suivre un même organisme dans les diverses phases de son existence. Les insectes, avec leurs métamorphoses, paraissaient une exception unique parmi les êtres vivants. Les grands voyages, tels que ceux de Pérou et Lesueur, de Lesson, de Quoy et Gaimard, etc., font connaître un grand nombre de formes nouvelles de zoophytes et d'autres animaux marins, et ramènent l'attention sur ces singuliers organismes. Lesueur, décrivant certains acalèphes (1815), est amené à les considérer comme des colonies flottantes d'animaux qui, bien que nés les uns des autres, et demeurant tonte leur vie associés, revêtent cependant dans la même colonie les formes les plus différentes. Dans l'un de ses voyages, Adalbert de Chamisso, à la fois poète, romancier et naturaliste, fait connaître (1819) des animaux, les Salpes, qui revêtent alternativement deux formes différentes h chaque génération, de sorte que les enfants ne ressemblent jamais à leurs parents, mais bien i leurs grands parents. Un pasteur norwégicn, Sars, de Bergen, découvre (1835) des faits entièrement analogues sur les D'édiises; le grand physiologiste Johannes Millier (1801-1 s58) fait connaître le mode de développement plus étrange encore des étoiles de mer et des oursins; une série de découvertes successives de Boianus, von Baër, Mehlis, Nordman, Creplin, Dujardin, Zeder, von Siebold, de Filippi font entrevoir des phénomènes analogues dans le mode de propagation encore mystérieux •les helminthes ou vers parasites de l'intestin et de divers autres organes de l'homme et des animaux ; enfin, un éminent naturaliste danois, Japetus Steenstrup, réunit tous les faits observés jusqu'à lui sur les zoophytes et les vers, et développe en 1842 sa grande théorie des g'néralioju alter- 7tantes. qui a reçu de P -J. van Beneden et de M. de Quatrefages d'importants développements. Les travaux de von Baër, de Prévost et Dumas, de Wagner, de Purkinge, de Lallemand, de l'ouchet, de Cosle, avaient établi sur des bases inébranlables la généralité de la reproduction par voie sexuée ; la théorie des générations alteinantes donnait à la reproduction par voie de simple bourgeonnement ou de division transversale du corps une importance qui s'accroît chaque jour et qui paraît destinée à devenir de premier ordre. Les faits de génération alternante ne sont pas limités d'ailleurs aux animaux: on les retrouve chez un très grand nombre de cryptogames, et la connaissance du mode de propagation de ces plantes, celle de leurs singuliers éléments reproduct'-urs, doués de mouvement comme de petits infusoires, constitue encore un progrès important du principalement aux travaux tl'Agardh, de Loger, de Berkeley, de MohI, de Thuret, de Derhès et Solier, de Pringsheim, de de Eary, etc. Des liens nouveaux se trouvent ainsi établis entre les animauxet les végétaux.

La géologie fait à son tour de rapides progrès, î^es anciens géologues se partageaient en plutoniens et en neptuniens, les uns attribuant à l'action exclusive du feu, les autres à l'action non moins exclusive de l'eau la conformation actuelle de la surface du globe. En 1811, Lreislak à Rome, dans son ouvrage sur la structure extérieure du globe, fait la part de ces deux éléments: le globe, d'abord à l'éiat de fusion, s'est refroidi, sa surface s est solidifiée ; les eaux s'y sont condensées et n'ont cessé depuis lors de contribuer ;\ la modifier. Mais le feu central n'a pas cesse pour cela d'intervenir. On distingue nettement les roches ignées

' des roches sédinuntnires, dont quelques-unes ont subi au contact de ces dernières, portées à une haute température.des modifications importantes; Hutter appelle l'attention sur ces modifications, et désigne les roches qui les présentent sous le nom de roches ' métamori'hiqu's. Alexandre de Humboldt il'69- 1859), esprit encyclopédique, recueille dans ses I voyages une foule de documents relatifs à la consi titution physique du globe et les expose d'une I façon magistrale dans son grand ouvrage, le Cos- \ mus. Léopold de Buch et Elle de Beaumont éta- ! blissent d'une façon définitive 1k théorie du soulèvement des montagnes. Elle de Beaumont (1798- 1874) tente même d'exprimer la disposition générale des principaux systèmes de montagnes au moyen de lois géométriques. C'est à. cet illustre géologue et à son collaborateur Dufrénoy que l'on doit la carte géologique de France. Mais le feu et l'eau à l'état liquide ne sont pas les seules causes qui ont contribué à modifier le relief du globe. On s'aperçoit qu'il faut aussi faire intervenir dans une large mesure l'action des glaciis. Les observations de Venetz, de Charpentier ont montré que les glaciers de la Suisse ont eu autrefois une plus grande étendue. Louis Agassiz reprend ces observations et arrive à conclure que les glaces ont couvert, pendant une période relativement récente, une grande partie de l'hémisphère boréal et ont laissé en maints endroits des traces de leur passage. On a cru longtemps que la fin de cette période glaciaire marquait la date de l'apparition de l'homme sur la terre, mais des découvertes récentes tendent à reculer beaucoup plus l'époque de cette apparition. Non moins paléontologiste que zoologiste et géologue. Louis Agassiz tente de préciser les caractères des innombrables fossiles découverts depuis Cuvier et de déterminer leurs rapports avec les êtres qui vivaient de nos jours. Les uns lui semblent conserver toute leur vie les traits des embryons des animaux actuels : ils constituent des tfijies embryonnaires ; d'autres paraissent présager par certains de leurs caractères l'apparition prochaine de types nouveaux : ce sont les tijpes prophétiques ; d'autres enfin réunissent en eux des caractères que l'on ne trouve plus aujoiird'hui qu'isolés sur des êtres assez éloignés les uns dos autres : ce sont les types ■•ynthétigufs. Tous ces fossiles étendent singulièrement l'idée que les êtres vivants nos contemporains peuvent nous donner de la nature et de la variété des formes organiques. Louis Agassiz croit, comme Cuvier, à la fixité de ces formes ; mais les paléontologistes sont pressés sans relâche par les conséquences inévitables de leurs découvertes; il est hors de doute que les espèces animales et végétales ont été plusieurs fois totalement renouvelées à la surface du globe. Ce renouvellement a eu lieu sans cataclysme ; \es espèces ont disparu une à une, ont été remplacées une à une de telle façon que leur ensemble a subi une transformation lente et graduelle. Comment se sont produites les espèces nouvelles? Ont-elles été tirées du néant; leurs premiers représentants ont-ils été faits d'un coup à l'aide de la matière inerte; ou bien chaque forme spécifique nouvelle n'est-elle que le résultat de la transformation d'une forme analogue qui l'a précodée? Il faut décider entre ces trois alternatives ; les probabilités en faveur de la dernière augmentent chaque jour.

En 1H59, un naturaliste qui s'était déjà illustré par un voyage autour du mondej, où il avait recueilli d'innombrables observations et qui lui avait permis de donner l'explication, bien des fois tentée avant lui, de la formation des îles de coraux cjui abondent dans le Pacifique, Charles Darwin, publie son livre sur VCrigine d<s espècis, en même temps qu'un de ses compatriotes, A.-R. Wal-

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laco, exprime des vues analogues dans uu ouvrage sur la Sélection naturelle. Les idées de Lamarck reviennent au jour ; mais Darwin et Wallace montrent par quel mécanisme la varinbililé des formes, et la transmission par /icrMiié des caractires acquis, peuvent produire dfs espèces nouvelles et non de simples variétés sans aucune stabilité. Les variations qui constituent un avantage pour les êtres qui les présentent sont seules conservées : elles sont l'objet d'un choix, d'une détection nnturelli', conséquence de la lutte pour la vie dont les animaux et les végétaux nous offrent l'émouvant spectacle. Les impossibilités apparentes qui n'avaient pas permis aux théories de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire de résister h l'opposition de Cuvier s'évanouissent. Quoiqu'il reste encore bien des points obscurs dans la théorie de la transformation des formes spécifiques, un grand nombre de naturalistes se rallient à une doctrine qui leur donne l'espérance de soulever un jour le voile qui couvre l'origine des êtres vivants : de là un mouvement scientifique dont il est impossible aujourd'hui de nier la grandeur Les rapports des Êtres, les classifications, l'anatomie comparée, l'embryogénie, la répartition géographique des formes vivantes apparaissent sous un jour nouveau. A l'ancienne conception de la nature vient s'opposer une conception toute difl'érente. Nous avons essayé de montrer dans cet article les pierres successives que les siècles ont portées i l'édifice que nous voyons subir de nos jours une métamorphose nouvelle. [Kdmond Perrier.]

NAVIGATION. — Temps anciens. — La navigation remonte :\ la plus haute antiquité, et l'on s'égare dans les récits fabuleux lorsqu'on tente d'en pénétrer l'origine. Les notions que l'on possède sur l'art nautique des anciens peuples se bornent à quelques images grossières peu propres à fixer les idées. Ce n'est d'ailleurs que lorsque la navigation a acquis un certain développement et qu'elle est devenue l'un des principaux agents de la civilisation, que son histoire est intéressante à étudier.

La pirogue des anciennes populations lacustres ou des Océaniens, creusée dans un simple tronc d'arbre, et le radeau, composé de roseaux assemblés, de tronçons d'arbres réunis, sont probablement les premiers flotteurs employés par les hommes pour se mouvoir sur l'eau; la perche, appuyée au fond, dut être le premier engin de propulsion.

L'invention des rames et du gouvernail remonte aussi aux temps les plus recules; ces créations d'ailleurs, comme celle du navire, ont dû être communes à tous les peuples établis sur les rivages de la mer.

Après être resté longtemps informe, l'art nautique reçut sa première impulsion des Phéniciens; c'est ce peuple qui semble tout d'abord avoir compris que la mer, loin d'être un invincible obstacle aux transactions des hommes, était au contraire appelée à les rendre plus faciles. C'est aux Phéniciens que nous devons les premiers perfectionnements des navires de mer, 1 emploi des voiles, l'usage de l'ancre, d'abord simple pierre lourde, puis crochet en fer, celui du lest pour assurer la stabilité des embarcations, de la sonde pour mesurer la profondeur des chenaux, de la rose des vents, etc.

Les Phéniciens furent longtemps les maîtres de l'empire des mers; Sidon et Tyr, aujourd'hui délaissées, montrent encore les vestiges de leurs anciens ports. Ils conquirent les lies voisines de leur pays, Chypre, Rhodes, la Crète, les Cyclades. Parla mer Rouge, ils entrèrent dans les golfes Arabique et Persique, et avancèrent jusqu'aux Indes, où ils se rendirent maîtres de Taprobane (Ceylan). Duns la

Méditerranée, ils naviguèrent lo long du littoral africain, où ils fondèrent Carthage, et créèrent des établissements sur les côtes de la Gaule et de l'Espagne jusqu'au détroit de Gadès. C'est h l'Hercule des Phéniciens qu'est attribuée la célèbre légende des colonnes d'Hercule.

Des Phéniciens la suprématie sur mer passa aux mains des Carlhaginois, dont la domination s'étendit sur toutes les lies connues de la Méditerranée, et qui possédèrent pendant plusieurs siècles l'empire absolu de la mer. Dans ses luttes avec Syracuse, qui durèrent près de deux cents ans, Carthage équipa des flottes considérables, se chiffrant par plusieurs milliers do navires, et livra de nombreuses batailles navales. Elle ne réussit cependant pas à subjuguer sa rivale, qui parvint même à la menacer sur le sol africain.

Syracuse ne fut pas du reste sa plus redoutable ennemie; elle eut à soutenir contre Rome une lutte terrible, pendant laquelle elle disputa longtemps à cette dernière l'empire du monde et où elle finit par succomber. C'est au début des guerres puniques que les Romains, jusqu'alors sans marine, équipèrent leur première flotte, que Duilius conduisit cependant à la victoire, malgré l'infériorité des bâtiments qui la composaient. Dans cette première bataille navale, lo général romain craignant, avec ses lourds vaisseaux construits à la hâte et ses équipages peu exercés, de ne pouvoir lutter avantageusement contre les navires légers et maniables des Carthaginois, inventa les corbemix, sorte de mains de fer destinées à accrocher les bâtiments ennemis et à faciliter l'abordage ; ces terribles engins, en portant l'épouvante parmi les Carthaginois, contribuèrent à leur défaite.

La troisième guerre punique amena, à la suite d'un siège mémorable, la chute de la puissante ville africaine.

Carthage avait dû son origine au trafic des Tyriens ; l'activité de sa navigation avait contribué au rapide développement de sa grandeur; sa situatioii était d'ailleurs plus avantageuse que celle de Tyr. Les transactions des Carthaginois s'étendirent au delà des colonnes d'Hercule, .sur la côte occidentale d'Afrique, visitée par Hannon, auquel on attribue un périple resté célèbre, et sur la côte d'Europe, explorée par Hiniilcon. Les historiens rapportent même qu'une grande île de l'Océan fut découverte et habitée par les Carthaginois.

Les Grecs furent également d'habiles navigateurs; mais il est difficile de préciser l'origine de leur marine, les faits de leur histoire étant dénaturés par les légendes et les fictions de l'époque fabuleuse. Bien que Thucydide attribue aux Corinthiens la première construction des galères à trois rangs de rames, il est présumable que ceux-ci tinrent des Phéniciens leurs connaissances sur la navigation et la construction des vaisseaux. Quoi qu'il on soit, les colonies grecques contribuèrent puissamment au progrès de la civilisation. Phocée et Milet, en Asie Mineure, marchèrent en tête de toutes les autres : les Phocéens fondèrent Marseille, dont les vaisseaux, sous la conduite du Massilien Pythéas, remontèrent les côies de l'Europe occidentale et colonisèrent la Gaule et l'Espagne ; Milet fonda de nombreuses villes dans la mer Noire.

L'asservissement de l'Asie Mineure par les Perses arrêta le développement colonial des Grecs et provoqua les guerres médiques, qui placèrent Athènes au premier rang des villes maritimes. La bataille de Salamine, la plus belle bataille navale des temps anciOTis, fut gagnée par Thé.mistocle qui, avec 'lOO voiles, défit la flotte des Perses forte de 1300 bâtiments.

La guerre du Péloponèse entraîna ensuite la

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mine d'Ailièncs, en consolidant la puissance de Sparte. Après Sparte, 1 hèbes occupe quelque ^ temps le premier rang. On arrive ensuite à la décadence de l'empire des Grecs et au berceau de la puissance macédonienne, puissance qui se de- ^ veloppe rapidement, mais en restant plus continentale que maritime, car les exploits sur mer de • Philippe et d'Alexandre se bornent en somme au siège de Byzance et à la prise de Tyr. !

Alexandre avait cependant conçu de vastes pro- i jets maritimes; il avait fondé, entre Tyr et (Cartilage dont il voulait anéantir la piiissajice commerciale, la ville d'Alexandrie, que sa situation même destinait à être l'entrepôt du commerce de l'Egypte et de la mer Rouge. Il se proposait encore d'envoyer des colonies sur les côtes du golfe Persiquo et do porter ses armes dans l'Arabie; ses idées de conquête s'étendaient aussi sur l'Afrique et il méditait la destruction de la puissance des Cartliaginois, alors à son apogée. Ce fut dans ces vues et pour d'autres desseins maritimes encore plus hardis qu'il avait réuni une grande quantité de navires, qu'il avait équipé de nouvelles flottes et fait construire, aux bouches de l'Euplirate, un immense port pouvant contenir plus de mille vaisseaux.

Les successeurs du grand conquérant stiivirent les traces qu'il avait marquées dans la voie maritime. Les Ptolémées, à qui échut l'Egypte, ouvrirent une route d'Alexandiie aux Indes : l'un d'eux, Philadelphe, se rendit puissant par l'étendue de ses flottes et exerça son empire sur la Syrie, la Cilicie, la Lydie, les Cyclades, où il fit aTfluer par le trafic des mers les richesses de 1 Orient. Séleucus, qui hérita de la Babylonie, s'appliqua aussi au progrès de la marine; dans les guerres qu'il eut avec Antigène, l'un et l'autre couvrirent de leurs flottes la mer Méditerranée. Le fils de ce dernier, Dcmétrius Poliorcète, pour se rendre maître de l'Asie, équipa une flotte de 5i 0 voiles, où l'on voyait, dit Plutarque, des vaisseaux de quinze rangs de rames, qui, malgré leurs dimensions extraordinaires, possédaient toutes les qualités nécessaires pour la marche et révolution.

Les Homains, avant la première guerre punique, n'avaie:it aucune idée des choses de la mer, du moins pour la réunion des flottes et leur emploi à la guerre. A la suite de la victoire de Duilius, les progrès de leur marine furent rapides et, après avoir longtemps disputé à Carthage l'empire de la mer, ils finirent par anéantir cette puissance Cependant les circonstances seules les conduisirent par la suite à équiper des flottes. Au début de la guerre contre Miihridate, roi de Pont, Sylla reconnut la nécessité d'avoir une flotte pour agir contre un ennemi dont la puissance consistait principalement en forces maritimes, et chargea Luculhis d'en assembler une. Plus tard, lorsque Jules César, après avoir soumis les Gaules, songea i la conquête de l'Angleterre, il dut faire venir des vaisseaux et des matelots de toutes les provinces conquises.

Après avoir vaincu Pompée et être parvenu à la suprême puissance. César donna ses soins à la navigation, fit construire des ports, des jetées, des phares sur le littoral, et rendit l'embouchure du Tibre et le port d'Ostie accessibles aux plus forts navires. La bataille d'Actium vit aux prises les deux plus formidables flottes qu'eussent encore équipées deux puissances ennemies, iprès l'établissement de l'empire, lorsque la Méditerranée connut la sécurité de la « paix romaine, » la marine marcliande prit un développement considérable, tandis qu'au point de vue militaire, l'art naval n'ofl're plus guère de faits intéressants, ni de progrès marqués.

Pour terminer ce rapide aperçu de l'histoire de la marine des anciens peuples, disons quelques

mots des navires dont ils se sfrvaient. Les vaisseaux en usage étaient de deux sortes : les uns, diis vaisseaux ronds, étaient destinés au commerce et au transport; les autres, appelés vaisseaux longs, mus par les rames et les voiles, étaient généralement connus sous le nom de galères. Les Giecs divisaient ces dernières en nt'ûières, diètes, trières, etc.. selon qu'elles étaient maiiœuvrées par une, deux ou trois rangées de rames. Les Komains employaient les termes correspondants de vnirrme'i, hirènies, trirèmes, etc.

Jusqu'à trois rangs de rames, on conçoit la possibilité de superposer les bancs de vogue ; mais lorsqu'il s'agit d'expliquer les dispositions adoptées pour les rameurs dans les quatrirèmes, quinquérèmes, etc., et surtout dans les galères h seize ou i. quarante rangs de rames, on se trouve arrêté par la longueur démesurée que la superposition eût donnée aux rames supérieures, dont la manœuvre eût été impossible. Il faut admettre que ce sont là des appellations défectueuses et que l'on doit entendre, non pas seize ou ([uarante étages de rameurs, mais seize ou quarante files, rangées probablement en échelon, comme les mai|clies d'un escalier, en pariant de l'une des extrémités de la galère pour aller vers l'autre.

Les trières des Grecs, ou les trirèmes des Romains, étaient les galères les plus employées, ayant les meilleures qualités nautiques pour la marche et l'évolution ; elles portaient à l'avant un éperon pour l'attaque par le choc, et l'on estime à 150 hommes en moyenne l'équipage qui les manœuvrait. Elles étaient pontées de l'avant h l'arrière et généralement gréées de deux mâts. Moyen âge. — De la chute de l'empire d'Occident jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, la géographie fit peu de progrès, la navigation et l'architecture navale restèrent à peu près stationnaircs. Les galères à un seul rang de rames furent en grand usage sur la mer Méditerranée : d'une longueur de 40 à 50 mètres, sur une largeur de 5 à G mètres, et assez basses sur l'eau, elles difl'éraient peu, potir la forme et les dimensions, des anciennes tri'ères grecques. Los 7iefs. nni'ft, ou vaisseaux ronds de haut bord, étaient particulièrement en usage dans l'Océan ; phis courts et plus creux que les galères, ces bâtiments naviguaient surtout à la voile. Les Scandinaves employèrent pour la haute mer des Drakars à rames et à voiles. Mais toutes ces construciions ne présentaient pas un progrès bien marqué sur celles des anciens navigateurs.

Parmi les nations maritimes du moyen âge, il faut citer en première ligne les Northnions, hardis navigateurs ou plutôt pirates, conduits par leurs terribles Wlk^ngs, dont la guerre é'ait la continuelle occupation. Au ix' siècle, les Norwegiens déjà établis aux Orcades, aux Hébrides, aux Shetland et aux Féroc, découvrirent l'Islande, qu'ils colonisèrent et qui devint le point de départ d'expéditions nouvelles; celles-ci amenèrent à leur tour la découverte du Groenland et de Terre-Neuve.

Au commencement de ce même siècle les Normands ou Danois ravagèrent les côtes de la Grande- Bretagne, ainsi que celles de la Gaule, dont ils disputèrent le territoire aux Francs. Pendant longtemps leurs navires firent des acscontes sur les côtes et remontèrent le cours des grands fleuves, pillant et dévastant tout sur leur passage. Vn siècle après la mort de Charlemagne, ils finissent par s'étaldiren Neuslrie. Plus tard, ils se signalèrent par de grandes expéditions; en I06G, Guillaume de Normandie conquit l'Angleterre; vers la même époque des chevaliers normands s'établissaient an midi de l'Italie et en Sicile.

A peu près abandonnée au début de la nfonarchie française, la marine fut l'objet de la soUici-

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tudo de, r.liarlemagne, qui ontrctint plusieurs flottes suf les deux mers, dont les côtes étaient fréf|uemment ravagées par les Normands et les Sarrazins.

A l'exception dos expéditions d'outre-mer provoquées par les Croisades et des épisodes qui ont fait arriver jusqu'à nous les noms do Primauguct et d(î Prégent, l'histoire maritime de la France n'offre jusqu'à François 1" aucun fait saillant digne d être mentionné ici.

Les républiques italiennes, au contraire, brillèrent au moyen <àge par leur marine. Gênes, au commencement du x" siècle, après s'être débarrassée des Sarrazins, s'enrichit par le commerce et la navigation et fournit aux princes chrétiens de puissants secours pour le transport des Croisés. Elle fut la rivale de Pise, avec laquelle elle eut à soutenir de nombreuses luttes et dont ellu consomma la ruine après la célèbre victoire navale qu'elle remporta eu 1234 auprès de l'île de la Mt'loria.

Venise fut de bonne heure maîtresse de l'Adriatique. La quatrième croisade, qui amena la prise de Consiantinople, lui donna les plus belles stations maritimes de l'Empire grec» les ports de la Morée, l'Arcliipel, l'île de Crète et une partie de Constantinople. Mais la part que les Génois prirent ensuite au rétablissement des empereurs grecs sur le trûiie de cette dernière ville amena la lutte des deux puissantes républiques. Après avoir été sur le point de succomber, Venise finit par dominer sa rivale jusqu'à la fin du moyen âge et ne perdit ses colonies de l'Archipel et de la Morée qu'après l'entrée des Turcs à Consiantinople.

Dans le Nord, la célèbre Ligue hanséaiique rendit de son côté à la navigation de grands services par les ra|iports commerciaux qu'elle établit entre les peuples. D'abord formée en TMI par un traité entie Hambourg et Lubeck, la Hanse se grossit rapidement de nombreuses villes maritimes et pendant plusieurs siècles étendit sa navigation et son trafic sur le littoral de la mer du Nord et de la Baltique.

L'invention do la boussole avait ouvert une ère nouvelle à la navigation et à ses progrès ; elle amena de grandes découvertes maritimes qui changèrent la face des choses et firent passer aux nations occidentales l'empire des mers, jusque-là réservé aux peuples de la Méditerranée.

C'est au napolitain Flavio Ginja que l'on attribue généralement cette grande invention ; mais il est cependant reconnu que dès le xii" siècle les marins provençaux, et au xiii« les Normands, employèrent la rnarinelte, barre de fer aimantée, maintenue en suspension sur l'eau à l'aide d'un morceau de liège. Il semble également avéré que les Arabes se servirent dès le SI' siècle de la boussole, dont ils tenaient l'invention des Chinois. Quoi qu'il en soit, c'est à cette importante découverte que la navigation dut de prend] e un développement extraordinaire.

11 est intéressant de remarquer que les premiers efforts tentés pour franchir les limites maritimes connues ne furent pas l'œuvre des Etats qui avaient le plus cultivé jusqu'alors l'art de la navigation. C'est aux Portugais et aux Espagnols que lut réservée la gloire d'ouvrir la voie" des grandes découvertes.

Le Portugal avait cependant déjà acquis une certaine renommée dans la science nautique. L'infant don Henri, quatrième flls de Jean le Grand, après s'être distingué à Ceuta et à Tanger, organisa plusieurs expéditions, qui amenèrent la déccuverte de Madère, l'occupation des Canaries, déjà reconnues par le français Jean de Béiliencourt, la découverte des Açores, celle des îles du Cap-Veit, l'exploration des côtes occidentales d'Afrique, où l'échange de quelques captifs mau-

res donna liea à la traite des noirs. Don Henri, surnommé le navigateur, fonda auprès du cap Saint-Vincent une académie nautique ; c'est à lui que l'on attribue l'invention des cartes plates, les seules en usage sur mer avant les cartes réduites de Mercator. En liTI, les Portugais franchissaient l'équateur et observiiient les étoiles, inconnues jusqu'alors, de l'hémisphère austral; quinze ans plus tard, Barthélémy Diaz atteignait le cap des Tempêtes, que Jean JI appela le cap do Bonne-Espéranci', dans la pensée, prompteinent réalisée, que cette découverte devait un jour ouvrir la route des Indes.

Ce sont ces entreprises hardies des Portugais qui engagèrent le Génois Christophe Colomb à venir offrir ses services à Jean II, roi de Portugal. Repoussé par ce dorjiier, il s'adressa à Isabelle d'Espagne, qui lui confia trois caravelles, avec lesquelles le grand navigateur découvrit l'Amérique (.U octobre 149"^). Nous renvoyons à l'article liécouverfes pour le récit de cette glorieuse expédition et de celles de Vasco de Gania aux Indes orientales et de Magellan autour du monde.

Temps modernes. — De cette époque mémorable datent les grands progrès de la navigation et le perfectionnement rapide de la construction navale. Aux caravelles de Colomb, longues de '.'i à 30 mètres et larges de " à S mètres, succédèrent des navires de mer de ."iO à 60 mètres de longueur, de 9 à IC mètres de largeur et de 6 àS mètres de profondeur. Les galions d'Espagne, affectés à l'importation des richesses du Nouveau Monde, atteignirent jusqu'à lOnO et 1200 tonneaux.

L'usage de la poudre à canon, (jui avait suivi de près celui do la boussole, contribua aussi à l'accroissement des dimensions des bâtiments; les avaries considérables que causaient les boulets dans des navires de faible échantillon amenèrent l'augmentation de l'épaisseur dos membrures et des murailles; celles-ci furent ensuite percées de sa/iurds pour la volée des pièces d'artillerie, longtemps placées sur les ponts ou dans les encombrants châteaux d'avant et d'arrière. Les batteries se superposèrent ensuite l'une à l'autre, et le vaisseau do ligne fut créé.

La découverte des Indes occidentales et orientales ne fut pas laseule conséquence de l'invention de la boussole; la navigation s'étendit aussi vers les deux pôles : les Anglais, les Allemands, les Hollandais cherchèrent longtemps un passage par le nord de l'Europe, pour aller en Chine ; la Nouvelle-Zemble, le Spitzberg. furent découverts la même année par le navigateur anglais Willoughby (I65:i). La grande pèche, cet auxiliaire puissant de l'alimentation publique, reçut également un essor considérable dès la fin du xv= siècle.

Les conquêtes des Espagnols dans le Nouveau Monde donnèrent à Charles-Quint un empire colonial immense .- le Mexique, la Floride, les Antilles, la Nouvelle-Grenade, le Chili, le Pérou étaient autant de provinces espagnoles. Toutcfoii cette domination n'éiait effective que sur le littoral, et il fallut de longues années pour que ces établissements, fondés par des poignées d'aventuriers, pussent acquérir la forme d'Etals réguliers, et pour que la civilisation s'étendit dans l'intérieur de ces vastes contrées; il fallut surtout attendre que l'agriculture et l'industrie succédassent à la soif trop ardente des richesses faciles.

A la mort de Charles-Quint, la marine espagnole atteignait son apogée; Philippe II, son fils, assista à la ruine de sa flotte, l'inoinKibte Armada, détruite par l'Angleterre. L'Espagne perdit alors la plus grande partie de ses colonies et de celles des Portugais dont elle s'était emparée. L'empire des mers passa aux Anglais et aux Hollandais.

11 convient de mentionner ici un événement

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maritime, important par ses conséquences : c'est sous le règne de Pliilippe II que don Juan d'Autiiclie, choisi pour commander les forces navales réunies de l'Espagne et de l'Italie, défit la flotte ottomane à la célèbre bataille de Lépante. De cette défaite datent les débuts de la décadence des Turcs, dont la puissance devenait inquiétante depuis les exploits des frères Barberousse, qui avaient tenu tète h Charles-Quint et à. Doria, l'un des plus grands marins de ce siècle.

Les Hollandais profitèrent les premiers, après les Portugais, des grandes découvertes de Vasco de Gama et de Magellan. Après un premier voyage aux Indes orientales, ils s'établirent dans les Moluques, que les Portugais avaient découvertes, et créèrent, en 1G02, la célèbre compagnie des Grandes Indes, qui fonda un comptoir i Java, et bâtit la ville de Hatavia, encore aujourd'hui le centre du commerce néerlandais dans le grand archipel d'Asie. Ils s'établirent ensuite successivement à Sumatra, h Bornéo, h Malacca et même au Japon, dans le port de Nangasaki, où, dès ICàO, ils purent, à l'exclusion de tous autres étrangers, faire, jusqu'à nos jours, le trafic avec les Japonais.

Les Hollandais firent en même temps d'importantes découvertes : le détroit de Lemaire, dans le sud de l'Amérique, entro la Terre de Feu et la ! Terre des Etats, le cap Horn, déji vu par l'Anglais j Drake, une partie de la Nouvelle-Hollande, la terre de Van Diénicn, appelée aussi Tasmanio, du nom du célèbre navigateur Tasman.

Au milieu du XMi' siècle, la Hollande était la première puissance maritime du monde. Plus de lîOfl navires entretenaient son commerce extérieur et ses importantes flottes de guerre étaient conduites par les Tromp et les Ruyter.

En IGol éclatèrent les premières hostilités entre la Hollande et l'Angleterre. L'amiral Tromp, après avoir battu les anglais à Douvres, fut défait h son tour dans les batailles de Portland, des Dunes et de Catvvyk ; les Provinces-Unies durent alors se soumettre à VA'.te de navir/aiion et reconnaître la suprématie de l'Angleterre.

En IGJl, dans la guerre qu'ils firent au Portugal, les Hollandais perdirent le Brésil qu'ils avaient conquis peu à peu et occupé pondant quinze ans; mais ils s'emparèrent de la colonie du Cap, où ils fondèrent la ville de ce nom, chassèrent les Portugais de Ceyian, de Bornéo et de Célèbes, et les dépouillèrent de leurs principaux établissements du Malabar.

La seconde guerre qu'ils eurent à soutenir contre l'Angleterre et qui fut en partie provoquée par la traite des noirs, dont chacune des deux nations voulait avoir le monopole, leur fit perdre Nieuw- Amsterdam, aujourd'hui New-York, dont ils avaient jeté les premiers fondements en Ia21. Ils acquirent Surinam.

Après que Louis XIV eut dissous la triple alliance, formée contre lui par la Hollande, l'Angleterre et la Suède, la France attaqua les Pays- Bas par terre et par mer. Les Hollandais, sous la conduite de Piuyter, avec 50 vaisseaux, tinrent tête, dans plusieurs batailles remarquables, à la flotte franco-anglaise forte de 80 vaisseaux, et l'habileté du célèbre amiral contribua puissamment au rétablissement de la prospérité de son pays.

Lorsque Guillaume III monta sur le trône d'Angleterre, la marine hollandaise ne fut plus qu'une annexe de celle de l'Angleterre ; elle servit à accroître la puissance de cette dernière et, à partir de cette époque, elle courut rapidement ^ers sa décadence. La guerre de l'indépendance des Etats-Unis lui porta le dernier coup et fit perdre à la Hollande une partie de ses colonies. Mais cette nation occupe cependant aujourd'hui encore le second rang comme puissance coloniale.

Ce n'est guère que du règne d'Elisabeth que datent les débuts de la prospérité navale de l'Angleterre. Avant cette époque l'histoire anglaise mentionne bien quelques grands faits maritimes, des descentes en France, et même plusieurs victoires navales, parmi elles, celle de l'Ecluse en l:!40, mais ces faits isolés ne justifiaient pas les prétentions de souveraineté des mers que s'arrogeait cette nation. A l'époque des grandes découvertes, qui rendirent si puissantes l'Espagne et le Portugal, à l'exception des deux Cabot, Vénitiens d'origine au service de l'Angleterre, qui firent plusieurs voyages d'exploration, et de Hugues Willoughby, qui découvrit en 15531eSpitzberg. les annales britanniques ne mentionnent aucune illustration maritime.

La lutte contre Philippe II d'Espagne donna la première impulsion h. la marine anglaise. Pour tenir tête à X'invmcihle Aniwda, Elisabeth fit d'énormes préparatifs de défense sur les côtes et réunit, k force de sacrifices, une flotte d'environ 200 bâtiments de guerre. L'inhabileté de l'amiral espagnol et de ses équipages, aussi bien que les mauvai"s temps, facilitèrent la victoire des Anglais, victoire qui ne leur coûta que la perte d'un bâtiment, alors que les Espagnols virent disparaître 80 vaisseaux et plus de 12 000 hommes; cette expédition avait englouti 300 millions (1588). Quelques années après, l'amiral Howard, le vainqueur, avec Drake, de VAnnaila, précipitait la ruine de la marine espagnole, en s'emparant de Cadix et en brûlant dans ce port une nouvelle flotte.

La compagnie des Indes orientales, fondée ensuite par Elisabeth (ICnO), donna l'essor au mouvement maritime commercial de l'Angleterre et ouvrit la voie à de nouvelles découvertes géographiques. Plusieurs navigateurs avaient déjà illustré ce règne par des voyages d'exploration remarquables; parmi eux il faut citer : Francis Drake, qui, en 1577, franchit le détroit de Magellan, prit possession de la Californie et revint en Europe par les Indes et le cap de Bonne-Espérance; Davis, qui donna son nom au grand détroit glacé qui sépare le Groenland du Cumberland ; Raleigh, qui entreprit de coloniser l'Amérique du nord et qui fonda en 1584 l'établissement de la Virginie. Les explorations de ce dernier furent l'origine, sous Jacques I"', de nombreux établissements des Anglais dans l'Amérique du nord, dont la colonisation fut par la suite très rapide, grâce aux puritains. Plusieurs expéditions, qui honorent les navigateurs anglais, furent aussi entreprises en vue de rechercher un passage au nord du Nouveau Monde. En 1610 Hudson explora l'immense baie qui porte aujourd'hui son nom, mais que le Danois Anskold avait déjà découverte ; le pilote Baffin, l'un des compagnons d'Hudson, parvmt en iei6 jusqu'à cette vaste mer qui lui doit son nom. L'exploitation des pêcheries reçut également un grand développement au xvii* siècle ; les armements pour la pèche do la morue et celle de la baleine acquirent en Angleterre une extension considérable.

En 1651 fut promulgué par Cromwell le fameux Ade de 7iavigufion,âe&ùn6 à exclure les marines étrangères des ports de la Grande-Bretagne et à réserver aux seuls marins anglais le monopole du commerce avec les colonies. Cet acte, auquel l'Angleterre a dû en grande partie sa prospérité maritime, et qui n'a été aboli qu'en 1850, frappait la Hollande dans son commerce et sa navigation et provoqua la première guerre de l'Angleterre avec cette puissance maritime.

Jusqu'à François If, nous l'avons dit, la manne fut à peu près délaissée en France comme force militaire; les diverses expéditions maritimes qui avaient précédé cette époque avaient été entreprises avec des flottes mercenaires rapidement

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cnnipéos. Ce règne vit les premiers efTorls tentés en vue do créer une marine nationale permanente. François I" appela auprès de lui le célèbre marin pénois André Dorla; colui-ci, à la tête des galères françaises, battit en 15-24 la flotte de Charles- Quint sur la côte do Provence, mais tourna ensuite ses armes contre les Français qu'il cliassa de Gènes, à la suite de sa rupture avec François I" qui n'avait pas tenu les promesses faites en faveur de sa patrie.

Kn l.'iVS le HorentinVerazzani, envoyé par l'ranrois I" en exploration sur les côtes d'Amérique, prenait possession do Terre-Neuve; en 1534 le Français Jacques Cartier remontait le fleuve Saint-Laurent et donnait le Canada h la France.

Sous Henri IV, en 159s, l'Acadie, déjà visitée par Verazzani, était colonisée par les Français du Canada, et en 1G04 se fondaient les premiers établissements de la France équinoiiale, devenue plus tard la Guyane. Telles étaient nos colonies à l'avènement de Louis XIII.

Notre flotte était alors à peine ébauchée ; Richelieu fut chez nous le véritable créateur de la manne. Ce ministre fonda des arsenaux, fit construire des bâtiments, organisa la flotte et la marine du commerce, créa l'académie royale de marine, destinée i former la jeunesse au métier de la mer, et des écoles d'hydrographie dans les principaux centres maritimes. Il commença les établissements du Sénégal, de Cayenne, de Madagascar, de Bourbon et d'une partie des Petites Antilles.

Mazarin laissa ensuite dépérir l'œu\Te de son prédécesseur ; mais le génie et l'activité de Colbert portèrent bientôt la puissance navale de la France à son plus haut degré de grandeur ; sous ce ministre l'élan fut dunné h nos colonies languissantes, qui s'accrurent des comptoirs de Chandernagor et de Pondichéry; la marine fut reconstituée, la construction navale transformée par la suppression des châteaux d'arrière et d'avant qui alourdissaient inutilement les vaisseaux; la flotte, considérablement accrue, comptait «00 1. aliments, dont 110 vaisseaux de ligne, portant l.jOilli canons et plus de liiO.OOO hommes d équipage. Les arsenaux furent agrandis, des bassins de radoub creusés, le port de Rochefort créé, do vastes travaux entrepris à Dunkerque et au Havre. Le recrutement du personnel de la flotte fut assure par l'institution des classes, devenue par la suite l'inscription maritime, qui a survécu jusqu'ici à toutes nos révolutions. Enfin une caisse de retraite créée pour les gens de mer, les ordonnances de la marine promulguées, l'administration organisée, tels sont les faits qui témoignent de l'activité et du génie ds grand ministre de Louis XIV.

Le premier soin de Colbert fut de purger la Méditerranée des corsaires barbaresques qui l'infestaient; les flottilles d'Alger et de Tunis furent détruites. Lors des premières hostilités entre l'Angleterre et la Hollande, Louis XIV, allié de cette dernière, ne participa que faiblement aux luttes maritimes des deux puissantes nations et ménagea ses forces navales, qu'il réservait à d'autres vues. Unie plus tard â celle des Anglais, notre flotte, conduite par d'Estrées, prit part contre Ruyter h plusieurs actions dont le résultat fut indécis. De nouvelles expéditions dirigées par Duqucsne contre les corsaires de Tripoli, le bombardement d'Alger, la soumission de cette dernière ville par TourviUe, le bombardement de Gènes, sont les premiers faits qui illustrèrent notre marine avant qu'elle eût à se mesurer avec celle de l'Angleterre. C'est à la chute de Jacques II que commença entre les deux nations celte lutte trrrible qui devait durer plus d'un siècle et où s'illustrèrent en France, sous LouisXIV, avecToiirville, Jean Bart, Duguay-Trouin,Forljin et Cassard.

Notre cadre restreint ne nous permet pas d'entreprendre le récit détaillé de l'histoire maritime de la France et des autres Etats d'Europe dans les temps modernes. Nous nous bornerons â rappeler brièvement les faits les plus importants, et à mentionner les progrès réalisés tant dans la marine de guerre que dans la marine marchande.

Sous la Régence, la marine française sembla s'être éteinte avec les dernières illustrations du règne précédent; mais nos colonies reçurent cependant une certaine impulsion. Sous Louis XV, nos armes reprirent quelque éclat dans les Indes orientales : La Bourdonnais s'illustrait au siège de Mahé, à Négapatam, â Madras, et Dupleix, à Pondichéry, montrait un génie supérieur.

C'est sous ce règne que disparurent les galères, dont la chiourme de vogue fut versée dans les bagnes créés à Toulon, à Brest et â Rochefort. Des expéditions scientifiques restées célèbres furent entreprises : Mauportuis, Clairaut et d'autres savants étaient envoyés, en nsii, en Laponie par le ministre Maurepas, pour la mesure d'un arc de méridien. La Condamine et Bouguer se rendaient dans le même but au Pérou, auprès de l'équateur. Lacaille, en 1750, allait au cap de Bonne-Espérance observer le ciel austral. Enfin d'autres savants étaient envoyés aux Indes et â l'Ile Rodrigue pour observer le passage de Vénus sur le soleil.

Lorsque la guerre de Sept ans éclata, notre marine, qui avait fait des efforts pour se relever, n'était cependant pas en mesure de tenir tète à la flotte puissante de lAnglelerre.

La France perdit le Canada, que Montcalm, sans secours, disputa glorieusement aux troupes du général Wolf et à la flotte de l'amiral Saunders. Partout les revers poursuivirent nos colonies, sans flotte pour les protéger ou les ravitailler. En 1761 Lally, bloqué à Pondichéry, sans un seul bâtiment, sans vivres, après avoir longtemps résisté, avec 700 hommes, à une armée de 20 OilO hommes et à une escadre de 14 vaisseaux, fut contraint de se rendre. L'année suivante voyait la perte de la Martinique, de Sainte-Lucie et de la Grenade. En 176:) le traité de Paris consacrait la perte irrévocable du Canada et de l'Indoustan et l'abandon définitif de la Louisiane, donnée i l'Espagne, notre alliée, qui échangeait la Floride contre les Philippines et Cuba, que leur rendaient les Anglais.

Choiseul et après lui Praslin travaillèrent activement à relever la marine; ils réorganisèrent les arsenaux et le personnel et s'occupèrent de la flotte, qui s'éleva bientôt à 75 vaisseaux de ligne.

Des navigateurs expédiés dans les différente.* mers du globe enrichirent â cette époque les sciences nautique et géographique d'importantes découvertes. Bougainville visita les lies Pomotous (Touamotou), Tahiti, les Samoa, les Nouvelles- Hébrides, les grandes Cyclades, les lies de la Louisiade, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Guinée. L'Angleterre envoya Cook entreprendre plusieurs voyages de circumnavigation. L'illustre navigateur commanda trois e.xpédiiions restées célèbres; il fit le tour de la Nouvelle-Zélande, découvrit le détroit qui sépare les deux grandes lies et qui porte aujourd'hui son nom ; il visita les côtes orientales de 1 Australie, les terres australes, en pénétrant dans la znne glaciale, reconnut dans l'Océanie l'archipel de Cook, les îles Tonga, la Nouvelle- Calédonie, les lies Sandwich, franchit le détroit de Behring, sans pouvoir trouver le passage qu'il pensait exister au nord de l'Amérique, et revint aux Sandwich, où il fut tué par les naturels.

Sous Louis XVI, la marine, relevée de ses désastres, paiticipa glorieusement à la guerre de l'indépendance des Etats-Unis; les noms de d'Estaing, de Vaudreuil, de Du Couédic, di: Laniotto- Piquet, de Guichen, de Sufl'ien, méritent d'être rappelés.

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Après la conclusion de la paix, Louis XVI s'eflorça de maintenir la flotte au niveau où l'avait placée cette dernière guerre ; des travaux importants furent entrepris dans nos ports, la digue de Clierbourg fut commencée , nos constructions navales furent perfectionnées par l'illusiro ingénieur Sané, de nouveaux voyages de circumnavigation entrepris, parmi lesquels celui de l'ijiforiuné Lapérouse, qui s'était fait connaître déji dans la baie d'Hudson , en détruisant les forts de Wales et d'York. Mais le recrutement de l'état-niajor de la flotte, continuant à se faire dans les seuls rangs de la noblesse, devait bientôt avoir des conséquences fatales pour nos armes. Lors de la révolution, Icniigralion amena rapidement la disparition à peu près complète de nos officiers de marine. La Convention fit d'inutiles efl'orts pour reconslituer le personnel naval; elle ne put remplaciT ces cbefs expérimentés qui venaient de diriger nos flottes victorieuses; elle dut envoyer à la mer des escadres mal équipées et surtout indisciplinées.

A cette époque appartiennent néanmoins quelques faits remarquables, parmi lesquels il faut citer la fin héroïque du Vengeur (1794).

Les guerres de la Révolution, du Consulat et l'Empire, où la France ne put opposer à l'Angleterre, sur mer, des forces égales, eurent pour résultat la perte de presque tout ce qui nous restait de colonies. C'est en vain que par le hlccui continental (180"), Napoléon essaya de frapper le commerce anglais : dans cette luite implacable, ce fut le conquérant de l'Europe qui eut le dessous. A !a chute de l'Empire, l'Angleterre était maîtresse absolue de la mer.

Sous la Restauration, la marine française se reconstitua cependant. Favorisée par la paix générale, la navigation reprit son rôle de progrès : de nombreuses expéditions sillonnèrent les mers du globe. Les Français Freyciiiet, Duperrey, dans le grand Océan, le Russe Kotzebue, les Anglais John lloss, Parry, Franklin, dans les régions polaires, contribuèrent au développement des connaissances géographiques.

En 1823 notre marine restaurée se montrait de nouveau : la guerre d'Espagne amenait devant Cadix une flotte de 07 bâtiments et l'amiral Uuperré, déjà célèbre par ses exploits dans l'Inde, bombardait les forts et obtenait la reddition de la place.

Le règne de Charles X fut également marqué par plusieurs expéditions autour du mond*!. L'Anglais Beecliey fut envoyé au détroit de Behring ; iîoss entreprit un second voyage dans les mers antiques; Dumont d'Urville, guidé par les indications du navigateur anglais Dillon, retrouva à Vanikoro les débris des bâtiments de Lapérouse.

En 18"27, les escadres réunies de la France, de I Angleterre et de la Russie couraient au secours de la Grèce et anéantissaient à Navarin la flotte turque. Cette même année, l'insulte faiie à notre consul par le dey d'Alger amenait le blocus de cette ville et, trois ans plus tard, le vice-amiral Duperré, avec une flotte de lOil bâtiments de guerre, convoyant une autre flotte do .iOO navires de commerce, débarquait à Sidi-Fen'uch une armée de i" OiiO hommes, commandée par le général Bourraont, qui s'emparait d'Alger et jetait les premiers fondemeats de notre domination en Algérie. Sept bâtiments à vapeur faisaient partie de cette flotte.

La vapeur, destinée à apporter dans la marine, comme dans l'industrie, ujie révolution complète, avait fait son apparition en France peu de temps auparavant. C'est au marquis de Jouff'roy que l'on attribue la première application de la vapeur à la navigation fluviale; mais les premiers essais qu'il

tenta en 1776 sur le Doubs et en 1783 sur le Rhône, n'aboutirent pas à une solution pratique de la question. L'Américain Fulton, après des échecs en France et en Angleterre, réussit, dans son propre pays, à mettre ses idées à exécution. En 181)7 un bateau à vapeur naviguait sur d'Hudson, entre New-York et Albany. En 1819 un autre navire à vapeur partait de l'Amérique et traversait 1 Atlantique. En 181'2 seulement l'Angleterre fit les premiers essais, sur la Clyde, de ce mode de navigation, qui ne commença à être appliqué en France qu'eu 1SI9 et dont l'adoption définitive fut assez lente. Ce ne fut que vers 184» que l'hélice commença à être en usage pour la propulsion des bâtiments de mer.

Sous Louis-Philippe, la marine i voiles atteignit son plus haut degré de perfection. Ce règne compte quelques faits maritimes, dont les plus importants sont : pour la France, l'expédition du Tage, dont l'entrée fut forcée par l'amiral Roussin tn 1S31; celle de Saint Jean-d'Ulloa, le blocus de Buenos-Ayres, la prise de possession des îles Marquises, le bombardement de Tanger et de Mogador; du côté de l'Angleterre, la prise de possession de la Nouvelle-Zélande, l'occupation d'Aden, la guerre de Chine, amenée par la question de l'opium, dont le gouvernement de Pékin voulait interdire la vente, l'occupation des îles Chusan, la prise de Canton et de Shanghai, succès qui décidèrent le traité de Nankin (1842", ouvrant aux nations européennes cinq ports du Céleste-Empire et reconnaissant aux Anglais la possession de l'ilc de Hong-Kong.

En 1845, une division navale française, sous les ordres de l'amiral Tréhouart, livrait aux Argentins le combat d'Obliga'lo, qui ouvrit la libre navigation du Rio de la Plata. Vers cette même époque, Franklin entreprenait son dernier voyage au pôle nord; trois ans plus tard, commençaient les fameuses expéditions anglaises et américaines envoyées à sa recherche et qui amenèrent la découverte, en 1SS3, du passage du nord-ouest par Mac Lure et, en 1854, celle de la mer de Kane par l'Américain de ce nom.

Sous le second empire, la marine i vapeur, qui avait déjà pris un certain essor à la fin du règne de Louis-Philippe, acquit, surtout lors de la guerre de Russie, un développement important; l'emploi de 1 hélice comme propulseur définitif permit de créer, en France, le véritable vaisseau do ligne à vapeur, qui provoqua la rapide transformation des flottes. Les approvisionnements amassés dans nos arsenaux maritimes depuis les dernières guerres de Napoléon 1" servirent à créer de nouvelles constructions. Dans la guerre qui commença en 1 5'i contre les Russes, le rôle de la marine fut immense; le bomiiardement des villes du littoral, le transport et le débarquement dos troupes en Crimée, leur ravitaillement, les expéditions de la mer Baltique, de la mer Blanciie, de Petropaulovski, le blocus des côtes russes, la destruction dos ports de la mer Noire et de la mer d'Azoff', lenvoi des marins aux batteries de siège, sont autant de faits qui ont contribué au succès de cette guerre. Aucune bataille navale ne fut cependant livrée. La marine russe, dont les débuts ne datent que de Pierre le Grand, était pourtant nonibi'euse, mais impuissante à lutter contre les flottes alliées des deux plus grandes nations maritimes.

Cette môme guerre, qui avait déjà amené la transformation des bâtiments à voiles en bâtiments à hélice, et où la marine française avait brillé par des types admirables de Taisseaux à vapeur, donna également naissance aux navires cuirassés. Les résultats obtenus par les lourdes, mais puissantes batteries blindées, employées au siège de Kinburn, firent décider la construction,

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sur nos chantiers, des premières frégates cuirassées qui marquèrent alors le mouvement vers le progrès récent.

I.a guerre de Russie fut bientôt suivie d'autres événements militaires qui nécessitèrent l'emploi «le notre marine. En 18i8, l'amiral Uigault de Ge- : nouilly, à la tète d'une expédition franco-cspa- \ gnole, occupa Tourane, en Cochiiicliine, et enleva Saif;on, qui devait devenir le siège de notre gouvernement colonial de l'extrême Orient. L'année j suivante éclatait la guerre d'Italie, pondant laquelle le rôle de notre marine se borna à des transports de troupes et à l'envoi dans l'Adriatique d'une imposante flotte, que la rapidité des événements du continent rendit inactive.

lin ISGO, les forces navales alliées de la Franco et de l'Angleterre ouvraient à nos troupes le cliemin de lu capitale du Céleste-Empire, et la p.aix était à peine signée avec cette nation, que l'amiral Oliarncr emportait, en Cocliincliine, les lignes de Ki-lioa, pendant que l'amir.il Page remontait le Cambodge et s'emparait de Mytho.

En 18UI éclata aux Etats-Unis la fameuse guerre de la sécession, où les combats de Monilnn donnèrent naissance à une forme particulière de bâtiments. En 1SG2 avait lieu l'expédition du Mexique. En 18ii6 la guerre de la Prusse et de l'Italie contre l'Autriche donna lieu à un fait marilime d'une grande importance pour l'avenir des batailles navales : ce fut le premier clioc des bâtiments cuirassés. La flotte italienne, composée de 36 bàdmenis, dont 12 cuirassés, se rencontra à Lissa avec l'escadre autrichienne de l'amiral Tegethof, forte seulement de 7 frégates blindées et de 2 1 bâtiments en bois ; elle se retira après avoir perdu une frégate cuirassée coulée par le choc d'une frégate autrichienne également cuirassée, un monilor incendié et environ 700 hommes.

Enfin, pour clore cette nomenclature des faits de l'histoire maritime contemporaine, nous parlerons du rôle de la flotte pendant la guerre de Prusse. Au début des hostilités, il avait été question d'expédier dans la Baltique une escadre cuirassée et une flotte de transports avec 40,000 hommes. Mais la rapidité de nos défaites sur terre mit à néant ces projets, et deux escadres bloquèrent dans leurs ports les forces navales prussiennes. L'absence de petits bâtiments spéciaux empêcha toute opération offensive; mais nos divisions navales lointaines tinrent la mer libre à nos nationaux et arrêtèrent le mouvement commercial des Allemands

Nous finirons cet aperçu de l'historique de la navigation et de la marine par l'examen de l'état actuel des choses.

La science nautique a acquis aujourd'hui un degré de perfection qu'il semble difficile de dépasser. Les grandes voies maritimes sont sillonnées par des milliers de bâlimonls à voiles et à vapeur, par des lignes régulières de magnifiques paquebots, â bord desquels on retrouve toutes les commodités de la vie. La météorologie nautique, à laquelle l'essor a été donné par les remarquables travaux de l'Américain Maury, a conduit progressivement à la connaissance des meilleures routes <i suivre pour utiliser les vents et les courants régnant îi chaque époque de l'année. L'hydrographie des mers, poursuivie par les principales nations maritimes, a établi la confignialion exacte, et dans ses moimlres détails, des côtes maritimes du globo et des dangers qui les bordent. Six mille phares régulièrement entretenus sur le littoral du monde entier guident le marin par la puissance et la diversité de leurs feux ; des balises nombreuses lui signalent l'existence des écueils sous-marins, «oit en attirant ses regards, soit en frappant ses oreilles par la production, à l'aide de la houle do sons d'une graniie puissance. Des

règlements internationaux sont adoptés par les marines pour prévenir les terribles catastrophes des rencontres k la mer. De nombreuses stations de sauveta','0, munies de tous les engins propres à sauver la vie des naufragés, sont échelonnées le long du littoral des pays civilisés. La terre est partout fouillée pour alimenter de combustible ces hottes immenses qui traversent les mors. Des dépôts do charbons sont établis partout où le sol n'a pas encore été creusé. De vastes pêcheries sont entreprises dans les parages reconnus les plus poissonneux, en Islande, à Terre-INeuve où cette industrie occupe plus de trois mille bâtiments. D 'S câbles télégraphiques transmettent la pensée i travers les océans.

Une voie nouvelle, ouverte en 1860, rapproche aujourd'hui de l'Europe les peuples de l'extrème- Oi-ient et de l'Océanie. L'isthme de Suez est percé; un canal long de 162 kilomètres, large de 60 mètres et profond de 8 mètres, fait communiquer la Méditerranée à la mer Rouge : grande œuvre de civilisation qui immortalise le nom de son créateur, M. de Lesseps, dont la ferme velouté poursuit encore cet autre projet grandiose de séparer les deux Amériques et d'inaugurer une nouvelle route pour le Pacifique. Enfin le passage du nord-est, reconnu récemment par les Suédois Nordenskiôld et Palander, au nord de l'Europe et de l'Asie, est appelé, sinon à devenir une route commerciale pratique, du moins à étendre le domaine scientifique et peut-être même les relations de certains peuples.

Le temps semble proche où les antiques nations orientales et les peuplades océaniennes, subissant l'influence civilisatrice des nombreuses relations que créeront ces voies multipliées, seront entraînées il leur tour dans le grand mouvement maritime, auquel elles n'ont pas encore participé. Déjà le Japon, renversant ses anciennes traditions, s'est lancé dans le progrès, et le vieil empire chinois lui-même a commencé à ébranler ses antiques institutions.

En ce qui concerne les flottes actuelles destinées à la guerre, l'introduction des cuirasses et des tourelles en a amené la transformation complète. Les anciens vaisseaux do cent et de cent vingt canons ont fait place à des bâtiments portant un petit nombre de pièces d'une artillerie formidable, destinée â percer les plaques de cuirasse, dont l'épaisseur atteint jusqu'à 60 centimètres. Un éperon terrible en acier, placé à une certaine profondeur sous la ligne de flottaison, arme le taillemer de ces colosses bardés de fer. L'adoption des torpilles pour la destruction instantanée de ces coûteuses constructions, dont le prix atteint plusieurs dizaines de millions, modifie également les conditions de la guerre maritime dont elle anéantit les anciennes tactiques.

Ces torpilles, dont la première application fut faite par les Russes, en I8.i5, dans la mer Baltique, sont aujourd'hui de plusieurs espèces selon leur destination : les unes, dites doi-'iianlc'. reposent sur le fond ou sont mouillées entre deux eaux ; chargées de poudre ou do coton-poudre, elles sont enflammées soit par l'électricité, soit par le choc même des bâtiments; d autres, dites automotrices, sont de véritables petits navires sousmarins, en forme de cigares ; lancées tout d'abord au moyen de l'air comprimé, elles conlinuetit leur course dans une direction rectiligtie ou circulaire prévue, à l'aide de petites hélices mises en mouvement par une machine à air comprimé placée à l'intérieur. Elles peuvent atteindre une vitesse de vingt-cinq nœuds (46 kilomètres à l'heure). D'autres sont remorquées par les bâtiments en marche dont elles défendent les approches; d'autres enfin sont portées au bout d'un mâtereau disposé à lavant d'embarcations à vapeur filant jusqu'à vingt nœuds

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