‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 217 sur 459 · PHÉNOMÈNES OPTIQUES · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES OPTIQUES

PHILIPPE

l'horizon, et la nuit entière n'y est qu'un long crépuscule, comme les jours d'iiiver.

Halos. — Ce sont des cercles et des lignes brillantes qui, dans des circonstances exceptionnellement favorables, peuvent atteindre un degré de complication difficile h décrire. Us se disiniguent de l'arc-en-ciel en ce qu'ils apparaissent entre l'observateur et le soleil. Ils sont colorés comme les couronnes, mais mieux limites, plus complexes, souvent accompagnés de cercles blancs plus ou moins pâles qui se coupent et donnent h leurs points de rencontre des images brillantes qu on prendrait pour des images du soleil, et qu'on nomme parlièlies. .

Il existe des lialos lunaires comme il existe des couronnes lunaires; mais, tandis que ceux-ci se montrent dans les cumulus, nuages formés de "lobules de vapeur condensée en eau, les premiers se montrent dans les cirrus, beaucoup plus élevés que les cumulus et composés de fines aiguilles de glace II n'est aucun de ces nuages qui n'en oflre des traces; mais les halos complets sont très rares. , , , .,

Les cercles colorés des halos dont le soleil ou la lune occupe le centre sont dus à des phénomènes de rétraction de la lumière passant au travers des prismes formés par les aiguilles de glace ; les cercles blancs qui passent par le soleil ou par la lune sont dus à des réflexions sur les faces antérieures de ces cristaux orientés par leur chute.

Mirage. — Le mirage est un phénomène de tout autre ordre, qui n'est pas rare dans nos climats et qui est très fréquent dans les pays chauds.

La lumière ne se propage en ligne droite que dans un milieu bien homogène. Dans de l'air dont la température changerait rapidement de la surface du sol jusqu'à, une certame hauteur, les rayons qui rasent obliquement la surface du sol se relèvent ou s'abaissent suivant le sens de la variation de la température. Si le sol est plus chaud que l'air à une certaine hauteur, ce qui est le cas pendant le jour, dans les pays chauds et secs, les rayons tendent à se relever, h s éloigner du sol. parce que l'air est plus réfringent là où il est le moins chaud que là où il l'est le plus. Si donc un rayon de lumière parti d'un objet lointain situé près de l'horizon est lancé vers nous dans une direction à peu près horizontale, en parcourant une couche d'air de même température en ses divers points, ce rayon r.ous parviendra à peu près sans déviation et nous donnera la vue directe de l'objet. Si en même temps un autre rayon parti du même objet, mais plongeant un peu vers le sol, rencontra sur son chemin des couches d'air de plus en plus chaudes et moins réfringentes, chaque couche le redressera un peu. Ce second rayon parcourra donc une sorte d'arc de cercle dont la concaviio sera dirigée vers le haut, et il pourra venir jusqu'à l'œil en paraissant venir d'en bas; il donnera une seconde vue de l'objet analogue à celle qui serait produite par la réflexion d une glace couchée sur le sol. C'est cette réflexion particulière, donnant une image renversée des objets placés près de l'horizon, qui constitue le mirage.

Le plus ordinaire est celui que nous venons d'esquisser; il produit l'efl'et d'une nappe d'eau sur laquelle se réfléchissent les nuages, les arbres, les objets terrestres faisant peu de saillie sur le sol. Mais le phénomène peut être renversé quand c'est ad contraire le sol ou la mer qui est plus froid que l'air. On voit alors les objets éloignés donner une image renversée, placée au-dessus d'eux au lieu d'être au-dessous, comme si le miroir était dans le ciel et non sur le sol. Il est enfin des cas, sur le bord de la mer, où le mirage se produit latéralement comme si le miroir était verticalement placé près de la mer.

A l'époque où le mirage et sa cause étaient peu

connus, ce phénomène a été rendu célèbre parles snufl'rances qu'il a fait endurer aux soldats pendant la campagne d'Egypte. Il est cependant presque quotidien on France, notamment dans la plaine de la Crau. [Marié-Davy.]

PHILIPPE. — Nom de six rois de France, et de divers souverains étrangers.

1° France.

' Philippe I", — Histoire de France, VIII, — le quatrième des rois capétiens, successeurd'HenriP', régna pendant près d'un demi-siècle (1060-1108), mais ne prit aucune part aux grands événements qui agitèrent la Franco durant cette période. Il avait treize ans, lorsque son vassal, le duc Guillaume de Normandie, conquit l'Angleterre (10B6). Pendant les trente années qui suivent, on voit Philippe engagé à diverses reprises dans d'obscures guerres féodales contre les seigneurs ses voisins, guerres où souvent il avait le dessous. Son union illégitime avec Benrade, femme du comte d'Anjou, attira sur lui les anathèmes de l'Eglise; il était excommunié lorsque le pape Urbain II vint en Au vergne prêcher la première croisade, à laquelle le roi de France resta étranger. Vers la hn de son règne, il associa à sa couronne son hls Louis, dont l'activité et Ihabileté allaient donner à la royauté une importance qu'elle n'avait pas eue jusqu'alors. Philippe l" ajouta au domaine royal le Gàtinais, le Vexin, et la vicomte de Bourges.

Philippe II Auguste, — Histoire de France, IX, - fils et successeur de Louis VII, monta sur le tiône en IlSO. Ce monarque, politique astucieux et négociateur habile bien plus qu homme de guerre, visa constamment à étendre 1 autorité royale, et à s'emparer des possessions des Plantageiiets en France. Pendant les dernières années du règne d'Henri II d'Angleterre, il lutta contre ce prfnce en s'associant à ses fais révoltes. Après la .nort d'Henri H, le pape Clément III ayant prêché une croisade, il dut conclure la paix, et se rendit en Orient avec Richard Cœur-de-Lion, successeur d'Henri. Il en revint bientôt, ma gre le blâme que sa défection lui attira. Prolitant de l'absence et de la captivité de Richard, i essaya de lui enlever la Normandie ; mais Richard revint à son tour (U91), et une trêve fut conclue En non Philippe, ayant répudié sa fenime Ingelburge de Danemark pour épouser Agnès de Meranie, vit son royaume mis en interdit par Innocent ni; trop faible pour lutter contre le P^Pe. Jj céda, reprit Ingelburge, et obtint son P^'^Jon- En même temps, il citait à comparaître devint u pour être jugé par la cour des pairs, qui se réunit alors pour la première fois, le nouveau loi d Angleterre, Jean sans Terre, accuse d avoir assassiné fon neveu Arthur de Bretagne- sur son refus de se présenter, Phili,.pe s'empara de la Pl"P"^ 1e= liefs que les Plantagenets possédaient en I ance, Normandie, Maine, Tourame, .A"J"" "/"''""• Cestà cette époque qu'un certain nombre do se gneurs français s'embarquaieut pour la ; "oi Lde (\. Cro.sa,les). Philippe les 1^'*^^ Pf "'. ^''"^ se joindre à eux; il était trop occupe du soin de ses propres intérêts. Tout en agrandissant^ e domaine royal, il créait une milice (es ribaud,), Srçait de se concilier la bourgeoisie en fayoi ant'îe développement des institutions mumc pales, protégeait 'U'uversue de Paris et y faisa enseigner le droit romain. En U08, Innucei.t i i prêcha la croisade contre les Albigeois (V. AJOileois) : Philippe-Auguste laissa les ^<='S"f"" f"» Nord marcher contre les hérétiques du Midi naa.s malgré les avantages qui devaient ,'''îf"'^^«„^^ P»^'^ la royauté française de la conquête f '^ P/-^^^'^^^ il ne se joignit pa.s aux croises. S'^s d^.'"'^'"",,^^';? Jean san's Terre n'étaient l»^,^"'"'"^*(i„f, '"'.y avait pour alliés l'empereur d'Allemagne Ollion IV,

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et plusieurs seigneurs vassaux du roi do Franco, entre autres le comte de Flandre. « J'ai aux nancs, écrivait Philippe au pape, doux lions grands et terribles, Otiion l'empereur et Jean d'Ansleterro; aiusi je ne puis sortir de France. » Bientôt la guerre éclata entre le roi de France et ses adversaires. Otiion, aidé des Flamajids, avait réuni une puissante armée : riiilippe le battit à Bouvines (l'.'U); en môme temps Jean sans Terre, défait près de Nantes, fut contraint à la paix. L'année suivante, les barons anglais, lévoltes contre leur roi, offrirent la couronne au fils du roi de Fiance, Loms. Celui-ci passa en Angleterre; mais Jean étant mort, les barons préférèrent son fils à un souverain étranger, et l'expédition française échoua. Philippe-Auguste d'ailleurs avait désapprouve cette tentative; il aimait mieux consolider ses premières conquêtes, se fortifier dans son propre royaume, que d'aller chercher au dehors (les possessions nouvelles ou une gloire stérile, t. est ainsi qu'il refusa de participer à' la cinquième croisade (|-J17), et qu'il refusa également a accepter le don que voulait lui faire de la Provence Amaury, fils de Simon de Montfort : c'est A Louis yiH qu'il était réservé de prendre possession de la France méridionale. Philippe-Auguste mourut en 122:!, âgé de cinquante-huit ans; sa prudence, son habileté, sa sage administration, ■ont lait de lui l'un des principaux fondateurs de la ■a-oyauté française.

P^jllPPe III le Hardi, — Histoire de France, X, — his de saint Louis, prit la couronne en Afrique, à la mort de son père qu'il avait accompagné i la 8'croisade(1270) ; il se hâta de conclure la paix avec le bey de Tunis, et de revenir en France. Il réunit i la couronne I héritage de son oncle, le comte de Toulouse ; puis, à la mort de Henri le Gros, comte de Champagne et roi de Navarre, qui ne laissait j';'"''"'S"C':e'ier qu'une fille, il fiança celle-cii son nis Philippe ; la Champagne se trouva ainsi réunie ,iu domaine royal, et une expédition au delà des Pyrénées assura au roi de France l'obéissance des Navarrais (127C). A la fin de son règne, Phiqjpe 111 porta de nouveau ses armes en Espagne: e roi Pierre III d'Aragon était en guerre Ivec Charles d Anjou, roi deNaples et oncle de Philippe: celui-ci envahit TAragon avec vingt mille chevaliers : Il prit Girone après un siège difficile. Mais la lotte française fut battue par les marins catalans ; 1 armée de terre était épuisée par "les maladies. Phiippe dut battre en retraite, et mourut en arrivant à Perpignan (1285).

Ce fut sous le règne de Philippe III qu'eut leu le premier anoblissement ; en même temps les rotuneis obtinrentle droit d'acquérir des fiefs. Philippe IV le Bel. — Histoire de France, XI — Le roi etjes conseillers. — La personne de Philippe le Bel est peu connue; il n'y a pas eu auprès de lui un Joinville pour noter les détails de sa vie

royauté prit de plus eu plus le caractère juridique l^nt I /°'" w''".'^'^ ^ '"' ''»"'""• saint Louis. Mais suHnm ,r ' T'f '^''" '*'' 'a J^^t'-^e ; Philippe fit re, n"^M »f "^^ 'ï ''^''"'^"^- S«s principaux niinissei^neurs • ""' ^'' '"""""'^^ '^'«P'^" "' de grands de fa hn,,.,; ' .^""^'ent de la petite noblesse ou cilmhpM f °;T-/"S"«™'«i de Marigny, qui fut ^areT n ,i f •" '■'é^°"<^'^ du roi, Pierre Flotte, No- ?]an .rii "'" successivement chanceliers, Plavoln'ntfpp. !.,'":"'' '!"'' Philippe employait le plus mêmei fl'.f'';""'',-'^'""'"'' ''« s'inlitulaient c-uxrite" Ttaiem ,fT^'"-' '' '"''■ ^"''^'^ ''""«« favouient to,^ n, '? '"'«s embrouillés qu'ils commeude nrocS."' ^T •''=, ""^'"6 ««"» et les ruses de procédure que la violence venait au besoin sou-

2'^ Partie.

Organisation administrative. — L'organisation administrative ébauchée sous les règnes précédents se continue et se complète sous Philippele-Bel. Cotte organisation est surtout judiciaire ; elle a son centre dans le parlement. Le parlement est divisé en trois parties : 1° le grand conseil, corps politique où siègent les principaux officiers de la couronne; "2» la cour des comptes, qui surveille déjà la gestion financière; 3° le parlement proprement dit, comprenant une grand' chambre qui juge sur plaidoiries, une chambre des enquêtes et une chambre des requêtes. Dans les provinces, aux baillis et sénéchaux, prévêts et viguiers établis précédemment, s'ajoutèrent une foule de fonctionnaires nouveaux : procureurs du roi, notaires, avocats, maîtres et peseurs des monnaies. Avec les sergents, sorte de milice qui assistait les prévôts, cette administration devenait nombreuse et compliquée.

Nouunau.x besoins de la royauté. Caractère général de ta politique de Philippe le Bel. — Elle était surtout coûteuse. Jusqu'alors le roi n'avait eu d'autre charge que l'entretien de sa maison, le revenu du domaine y suffisait amplement. Mais alors se produisirent des besoins nouveaux ; Philippe le Bel chercha donc à se procurer des ressources nouvelles. C'est là le véritable mobile de sa politique, le secret de son activité inquiète, de ses ruses, de ses intrigues, de ses violences. II avait besoin d'argent, et pour s'en procurer tout moyen lui était bon. La question d'argent domina sa politique intérieure, sa politique étrangère, sa politique ecclésiastique.

Pulitir/iie Ultérieure. Les Elats-généraux. — Sous le règne de Philippe le Bel se produit un événement considérable dans l'histoire politique de la France. Le premier, il convoque des i tats-généraux, c'est-à-dire des assemblées où figurent, à côté des nobles et du clergé, des députés des villes représentant le Tiers-Etat. Ce ne fut point pour accomplir une réforme libérale ni pour associer la nation aux affaires que Philippe le Bel se décida à cette innovation. Il convoqua les Etats quatre fois en 1-302, en V.iU'S, en I3US et en 1314. c'est-à-dire pondant sa lutte avec Boniface VIII, pendant le procès des Templiers et au plus fort de la guerre de Flandre. Il était sûr de trouver dans ces assemblées une adhésion à ses actes et un point d'appui pour sa politique. Il comptait surtout sur elles pour se procurer des ressources. A chaque fois il arracha aux Etats des votes de subsides, Aussi était-ce un honneur peu recherché que de venir siéger aux Etats-généraux. Les députes des villes savaient bien qu'ils seraient obligés de se taxer eux-mêmes, eux et les leurs, et ils ne vouaient qu'à regret.

Itapports- avec la noljlesse. — A l'égard de la noblesse, Philippe le Bel poursuivit la politique de saint Louis, s'efforçant d'étendre la Quurantainele-Roi/, les cas royaux; mais là aussi sa politique eut surtout un caractère fiscal. A tout propos il prononçait des confiscations. Il exigea pour les flefs qui passaient des mains de la noblesse dans celles de la bourgeoisie le paiement d'un droit de franc fief. Mais les propriétés qu'on mettait en vente perlaient ainsi de leur valeur, et c'était sur la noblesse que pesait en définitive le nouvel impôt. La noblesse manifesta à plusieurs reprises son mécontentement. Vers la fin du règne elle formait des ligues contre le roi.

Persécutions contre les Lombards et les Juifs, — Il y avait des classes de la population plus faciles à rançonner. Le commerce de l'argent était alors tout entier dans les mains des Lombards et dos Juifs. Plus d'une fois on arrêta en masse tous les Lombards et on les obligea à acheter leur liberté. Quant aux Juifs, tantôt on leur faisait payer des tailles spéciales, tantôt on les emprisonnait pour

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les mettre à rançon. De temps en temps le roi simulait une vertueuse indignation, leur reprochait de maltraiter les chrétiens par l'usure, et les chassait du royaume. Alors il s'emparait da leurs biens, prenait" en main leurs créances et les faisait valoir pour son compte, se gardant de rien rabattre des intérêts. On pardonne h saint Louis son intolérance en faveur de sa sincérité. Philippe le Bel mérite d'être jugé plus sévèrement.

Aliéialion dus monnuies. — Dans sa Divine Comédie, Dante a dépeint le supplice du roi fauxmonnaycvr. C'est de ce nom que les contemporains appelaient le roi Philippe, et ce nom était mérité. Quand il avait à payer, il augmentait la valeur des monnaies; quand il avait à recevoir, il la diminuait. Des perturbations désastreuses résultaient de ces brusques changements. Il n'y avait plus de sécurité dans les transactions. A plusieurs fois le peuple exaspéré fit des émeutes. En 130G la maison de l'argentier Etienne Barbette fut brûlée, et le roi, vivement poursuivi, n'échappa qu'en se réfugiant dans la forteresse du Temple. Poliliiiuf: étrangère. Traité de ïarasœn. — En r28.j, quand Philippe le Bel devint roi, il trouva la France engagée dans une lutte contre l'Aragon. Cette guerre avait été entreprise par Philippe III dans l'intérêt de la maison d'Anjou ; on y gagnait plus de coups que de profits. Philippe le Bel se hâta d'y mettre fin. Dès 1291 il signait le traité de Tarascon. Le roi de Naples Charles le Boiteux, prisonnier de l'Aragon, était remis en liberté. Il abandonnait la Sicile à une branche cadette de la maison d'Aragon. D'autre part, Charles de Valois, flore du roi de France, renonçait à la couronne d'Aragon que lui avait attribuée le pape et, en compensation, recevait du roi de Saples l'Anjou et le Maine.

Affaires i:'e Guyenne. — VhiMpps le Bel avait fait la paix avec l'Aragon pour avoir les mains libres. Il convoitait la riche province de Guyenne, déjà florissante par la culture de la vigne et le commerce des vins. Il aggrava à dessein une querelle insignifiante survenue entre des matelots français et des matelots gascons, sujets du roi d'Angleterre. Il exigea que celui-ci vint en personne lui donner satisfaction. Edouard 1" fut très embarrassé- Il était pour la Guyenne le vassal lie Philippe, et n'osait se mettre en rébellion ouverte contre son suzerain. H avait assez à faire de soumettre dans son ile les Gallois et les Ecossais. Philippe lui proposa un accommodement : il se contenterait d'une simple formalité ; son chancelier Pierre Flotte irait occuper en son nom quelques places de la Guyenne, les quitterait aussitôt et tout serait dit. Edouard accepta. Pierre Flotte alla en Guyenne, mais avec des troupes, et quand il eut les villes il les garda. Edouard indigné commença la guerre. Mais les hostilités ne furent jamais poussées très vivement; en 1 303, après un arbitrage du pape, Philippe le Bel rendit la Guyenne.

Affaires de Flandre. — Au nord de la France était un pays plus riche encore que la Guyenne. La Flandre était alors la première contrée manufacturière de l'Europe : on y fabriquait des draps, des étoffes, des dentelles, les villes étaient grandes, florissantes; la population nombreuse, active, avait conscience de sa richesse et de sa force. La féodalité pesait bien peu à côté de villes comme Bruges ou Gand. Les nécessités du commerce avaient établi des rapports intimes entre les Flamands et les Anglais. L'Angleterre, qui n'était alors qu'un pays de pâturages, fournissait les laines, matière première de l'industrie flamande.

Pour donner satisfaction à ses sujets, le comte de Flandre, Guy de Dampierre, négocia un mariage entre le roi Edouard et sa fille Philippa; le roi de France, parrain de la jeune princesse, manifesta le

désir de la voir avant son départ. On la lui amena, et quand elle fut près de lui il refusa de la laisser partir (1300 . Aux réclamations du comte il répondit pardesmenaces, et une armée entra en Flandre. Mal secondé par ses sujets, négligé par EdouardI",Guy de Dampierre fut battu et pris. On l'enferma au Louvre, et Philippe le Bel prit possession de la Flandre. C'était une belle conquête, mais il fallait savoir la garder. Philippe gâta ses affaires par trop de précipitation et d'avidilé. Dans un voyage qu'il fit en Flandre, les femmes flamandes étalèrent un luxe écrasant qui fut remarqué par la reine avec dépit, mais dont le roi prit bonne note. Jacques de Châtillon, envoyé comme gouverneur, montra k la fois l'insolence d'un baron féodal et la cupidité d'un chevalier es lois. Les Flamands, si jaloux de leur indépendance, furent soumis à la tyrannie la plus violente et la plus maladroite. On établissait des impôts sur tout, on frappait d'une taxe proportionnelle le salaire des ouvriers. On employait, pour des travaux faits au compte du roi, des hommes qu'on refusait ensuiie de payer. Les réclamations des notables et des chefs de métiers furent brutalement repoussées par le gouverneur. Pour montrer aux plaignants qu'ils avaient tort on les emprisonnait. Le parlement de Paris, devant qui avait été portée l'affaire, donna raison aux gens du roi. Les Flamands n'étaient pas habitués à la patience : ils se firent justice eux-mêmes. Un soulèvement éclata i Bruges : 4 0U0 Français périrent dans les \'épres flamandes. Une armée entra en Flandre pour les venger. Elle rencontra les luilices flamandes près de Courtrai. Les Flamands n'avaient que de l'infanterie, ils la rangèrent en bon ordre le long d'un canal. Une attaque de front était dangereuse. Le connétable de Xesie et les chefs les plus expérimentés parlaient de tourner la position ; mais l'imprudente ardeur de Bobert d'Artois entraîna toute l'armée à un désastre. La lourde cavalerie féodale s'embourba dans le fossé qu'elle voulait franchir, et les Flamands n'eurent que la peine d'achever leurs ennemis (1302). L'année suivante ils osèrent pénétrer en France, et brûlèrent Thérouanne. Philippe le Bel en personne dirigea la campagne de 13ii4. Il trouva les Flamands fortement retranchés dans leur camp de Mons-en-Puelle, et se garda bien de les attaquer. 11 resta en observation avec le gros de ses forces, tandis que ses troupes légères couraient la campagne et promenaient partout l'incendie. Les Flamands firent alors une brusque sortie et faillirent enlever l'armée française.Le roi montra beaucoup de sang-froid, rétablit le combat et remporta la victoire. Mais quelques jours après, une nouvelle armée de 60 000 hommes venait lui présenter la bataille. Philippe comprit qu'il lui serait difficile de venir à bout d'une telle résistance. Il fit la paix avec les Flamands, remit en liberté leur jeune comte, fils de Guy d& Dampierre, et ne garda que la Flandre française i avec la ville de Lille, plus une indemnité de- j 20n 000 livres.

Luile de Philippe le Bel et de Boni/ace VlII. — jl La lutte de Philippe le Bel et du pape BonifaceJJ VIII, qu'on a regardée quelquefois comme la suite» de la querelle des investitures, a eu en fait soj>l origine dans une question d'argent. Il s'agissait de savoir si les papes pourraient se faire payer lesexpectatives, les annales, les grâces conciliatoires, s'ils pourraient vendre des dispenses et des indulgences, lever des dîmes, ou si les rois avaient le droit, comme fondateurs ou collateurs de bénéfices, d'en prendre leur part et d'établir des impôts. Le roi et le pape se montraient pleins de sollicitude pour défendre, chacun contre son rival, les intérêts du clergé et ceux des fidèles français. Boniface VIII apporta dans la lutte toute la fougue d'un caractère violent et absolu. Philippe le Bel

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fit prumn d'opiiiiàtrolù et de l'absenco do scrupules qui lui était lialiituclle.

Lp. roi avait (Staljli dans ses Etats un impôt nouveau, la nialtote.dont il exigeait le paiement même du chTgiS. Boniface publia la bulle Clericis laïcos, par lai|uelle il défendait sous peine d'interdit Ji tout cIci'C de payer, à tout laïque de faire payer. Philippe riposta en interdisant tout envoi d'or ou d'argent à Rome. Cette fois le pape se montra conciliant. Il était engagé dans de violentes querelles avec la famille romaine des Colonna, et ne voulait pas se faire du roi de Trance un ennemi qu'il savait devoir être redoutable. Il autorisa la levée d'un décime et d'une année des revenus et bénéfices qui deviendraient vacants. Les deux cours parurent réconciliées.

En l'an 130rt,Boniface VIH tint à Rome un jubilé : 300,000 pèlerins y affluèrent. Le pape fut transporté de joie et d'orgueil. Il se déclara lui-même le roi des rois et le chef de tous les fidèles. En même temps il traitait rudement Pliilippe, lui envoyant, pour le sommer d'aller en croisade, son ennemi personnel Bernard Saissct, évoque de Pamiers. On prétendait en France que Saisset intriguait pour déterminer dans le sud-ouest une révolte contre le roi et la formation d'un royaume du Languedoc. Philippe le fit arrêter et demanda qu'il fût dégradé. Le pape lança la bulle Ausculta fiii, dans laquelle il tenait le langage le plus hautain : « Dieu nous a constitué, quoique indigne, au-dessus des rois et des royaumes. » 11 réclamait la mise en liberté de l'évêque. Pierre Flotte alla lui déclarer que Saisset resterait prisonnier et que l'or et l'argent ne sortiraient plus de France à destination do Rome. La bulle était déjà très vive, Philippe la falsifia et publia une contrefaçon conçue dans des termes d'une violence odieuse. Il fit paraître une réponse du même style et brûla la bulle. Le pape convoqua un concilCj le roi réunit les Etats-généraux

papauté h Avignon, inaugurant ainsi ce qu'on devait appeler plus tard la captivité de liabi/lo7ic.

Destruction des Templiers. — Cependant le procès intenté i la mémoire de Boniface VIII durait toujours. Nogaret faisait venir d'Italie tout un cortège de faux lémoins. Le pape n'obtint qu'en 131 1 de faire cesser cette scandaleuse affaire ; mais pour obtenir l'assentiment du roi, il dut sacrifier les "Templiers. L'ordre des Templiers, après la chute des ICtats chrétiens d'Orient, s'était fixé tout entier en Europe. L!i, les chevaliers vivaient paisiblement des donations qui leur avaient été faites autrefois. D'assezmecliants bruits couraient sur leur compte; on les accusait de mener une vie scandaleuse, de se livrer à la débauche, et de commettre des profanations dans leurs cérémonies secrètes. Il esC difficile de savoir ce qu'il y avait de fondé dans ces imputations. Philippe le Bol s'in<iuiéta peu de rechercher la vérité. Il avait vu un jour les richesses entassées dans la forteresse du Temple, et ce jour-là il avait songé às'en rendre maître. Il essaya d'abord de se faire recevoir parmi les Templiers, qui déclinèrent cet honneur. Il chercha un autre moyen. Le 1-3 octobre i:iu7, dans toute l'étendue du royaume les Templiers furent saisis et emprisonnés. Alors commença un prucèsqui est resté célèbre dans l'histoire d(!s grandes iniquités. En i:ill le pape prononça la suppression de l'ordre. En 1.313 eut lieu le supplice du grand-maître Jacques de Molay et de plusieurs chevaliers. Mais les dépouilles du Temple furent adjugées aux Hospitaliers ; Philippe le Bol n'en put arracher que quelques lambeaux.

Il mourut peu après (1314). Par ses rapines, ses extorsions et ses violences il s'était rendu odieux à toutes les classes de la nation. Le peuple le comparait h l'Ante-Christ. Cependant son règne n'avait pas été inutile. Il avait complété l'œuvre administrative de ses prédécesseurs. Au dehors.

Mais le concile se montrait favorable à Boniface, l'influence de la France s'étendait sur tous les pays qui préparait une bulle d'excommunication. Le environnants : l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, roi le prévint. Nogaret partit pour l'Italie avec la Un contemporain dressait déjà le plan d'une moraission d'enlever le pape; ou devait l'amener à narchie universelle qui aurait eu pour chef le roi Lyon, le faire comparaître devant un concile corn- , de France. jMaurice Wahl.]

posé avec soin, et provoquer sa déposition. No- Philippe 'V le Long, — Histoire de France, XI, — garet s'adjoignit Colonna, l'ennemi mortel du pape; , second fils de Philipppe le Bel, devint régent du tous deux levèrent une petite armée et surprirent royaume à la mort de son frère Louis le Hutin, Boniface dans la ville d'Anagni. Le vieux pontife i qui laissait une fille et sa femme enceinte (1316). plus qu'octogénaire monti a une fermeté invincible. La veuve de Louis accoucha quelque temps après Il s'attendait à tout et il était décid'é à tout sup- d'un fils; mais cet enfant, proclamé roi sous le nom porter. Ses ennemis le trouvèrent assis, la tiare de Jean I", ne vécut que cinq jours. Philippe en tête, revêtu de tous ses ornements pontificaux, alurs invoqua la loi salique pour écarter du On lui demandait d'abdiquer. Il s'y refusa énergi- trône sa nièce Jeanne, et se fit donner la couquement malgré les injures, les menaces et les roime par l'assemblée dos barons (V. Guerre de mauvais traitements. A la fin le peuple d'Anagni , Cent aux). Jeanne reçut toutefois plus tard le indigné chassa Nogaret et Colonna. Mais la se- royaume de Navarre.

cousse avait été trop violente pour ce vieillard de Les six années du règne de Philippe V furent 86 ans. Il mourut un mois après (octobre 1303). | utilement remplies par des mesures d'adminis- Benoil XI. Election de Clément V. — Son suc- i tration : organisation du conseil d'État, du parcesseur BenuH XI, homme doux et pieux, prononça , lement et de la cour des comptes, chartes données une absolution générale dont il excepta le seul aux municipalités de l'Auvergne et du Périgord, Nogaret. Celui ci, furieux, affirma n'avoir agi que ordonnances pour la gestion des forêts, pour l'étapour le bien de l'Eglise, et produisit contre le pape i blissement d'un système de mesures uniques pour défiinl des accusations infâmes. Benoit XI mourut les denrées, etc. La paix fut définitivement conen juillet 130i. Le saint-siège demeura vacant due avec les Flamands. Mais de cruelles persé-

pendant toute uni; année. Le parti français et le parti italien, égaux en force dans le conclave, ne pouvaient parvenir à s'entendre. On arriva enfin à une transaction. Les cardinaux italien.-; désignèrent trois candidats, parmi lesquels les cardinaux français devaient faire le choix définitif. Les Italiens ne désignèrent que des ennemis de Philippe le Bel; mais l'un de ceux qui montraient le plus d'animation, Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, avait été gagné secrètement. Il lut élu sous le nom de Clément V, et se mit à la discrétion du roi de France. Il créa douze cardinaux nouveaux.

tuus du parti français, et transporta le siège do la | de Garcassonne

cutions furent exercées contre les franciscains, qui attaquaient le luxe du haut clergé, contre les juifs et les lépreux accusés d'empoisonner les fontaines. En 13.0, on vit se produire dans une partie de la France un mouvement analogue à celui des pastoureaux sous Louis IX ; le peaple des campagnes se leva, disant qu'il voulait aller reconquérir la Terre Sainte, abandonnée par les rois chrétiens. Rassemblés en une armée, les pastoureaux entrèrent dans Paris, puis se dirigèrent vers le sud, ravageant le pays sur leur passage ; mais ils furent exterminés en Provence par le sénéchal

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PHILOSOPHIE

Philippe V mourut en 1323, et eut pour successeur son frère Charles IV le Bel.

Philippe VI de Valois.—Hisloire de France, XII,— fils de Charles de Valois et neveu de Philippe IV, prit la couronne du consentement des pairs et d'-s barons, à la mort de Charles IV (13-28) ; nous avons expliqué à l'article Guerre de Cent ans comment se fît ce transfert de la royauté à la branche des Valois par l'extinction de la ligne directe des Capétiens.

Une courte guerre contre les Flamands (victoire de Cassel, 1328) inaugura ce règne. Quek|Uos années après éclata entre Edouard III d'Angleterre et le roi de France cette querelle qui devait enfanter cent années de luttes sanglantes. Les épisodes de la première période de la guerre, bataille de l'Ecluse, bataille de Crécy, prise de Calais, ont été racontés ailleurs (V. Guerre de l'eut ans, p. 920). Nous n'avons donc pas h insister sur la fin du règne de Philippe VI, qui mourut en 1350.

2° Allemagne.

Philippe de Souabe, — Histoire générale, XIX, XXVIl, — fils de Frédéric Barberousse et oncle de Frédéric 11, fut élu empereur par le parti gibelin à la mort de son frère Henri VI (1 197). Les guelfes, appuyés par le pape, lui opposèrent d'abord Berthold de Za?hringen,puis Othon de Brunswick, fils de Henri le Lion, duc de Bavière. 11 finit par triompher, après une lutte do plusieurs années, des prétentions d'Othon, qui dut se réfugier en Angleterre (l'206). Mais bientôt après (I20s), Philippe de Souabe fut assassiné par un seigneur de son propre parti, Othon de Wittelsbach. Othon de Brunswick revint alors en Allemagne et régna sous le nom d'Othon IV.

3° Espagne.

Philippe I«' le Beau, —Histoire générale, XXII, XXIX, — fils de Maximilien I", empereur d'Allemagne, hérita de sa mère Marie de Bourgogne, en 1482, la souveraineté des Pays-lias ; épousa en 1496 Jeanne (surnommée plus tard la Folle), fille de Ferdinand V et d'Isabelle la Catholique ; et à la mort d'Isabelle en 1304, fut proclamé roi de Castille par les Cortès. Il mourut jeune, en 150(1, usé par la débauche. Son beau-père Ferdinand prit alors la régence du royaume de Castille, dont l'infant Charles (Charles-Quint), fils de Philippe, restait l'héritier présomptif.

Philippe II, — Histoire générale, XXII, XXIX, — fils de Charles-Quint, roi d'Espagne de 1556 à 1593 jo"^ ^^ grand rôle dans les afïaires générales de l'Europe. Les événements principaux de son règne ont été mentionnés à l'article Espagne et dans plusieurs articles spéciaux (Guerres de religion Angleterre, Pays-Bai, Italie, etc.,); nous n'aurons pas h y revenir ici. Nous rappellerons seulement que, dès 1540, Philippe était devenu duc de Milan; qu'en 1544 il avait reçu la couronne de Naples et de Sicile, et en 1545 la souveraineté des Pays-bas. H avait en 15H épousé la reine Marie d'An°-leterre (qui mourut en 1558 et après la mort de" laquelle Philippe épousa Elisabeth de Valois en 1559). Philippe II se trouva ainsi le prince le plus puissant de son temps, et se constitua le défenseur de la foi catholique dans toute l'Europe. Mais toutes ses entreprises échouèrent : il perdit les Pays-Bas, vit sa puissance maritime détruite par les Anglais, fut contraint de reconnaître Henri IV comme roi de France, et maigre la conquête du Portugal en 1580, laissa h sa mort l'Espagne amoindrie et déchue ^.^■,„ ^,.,..

Philippe III, — Histoire générale, XXllI, XX1.\. — fils et successeur de Philippe II, fut gouverné pendant presque tout son règne (I558-1U21) par son premier ministre le duc de Lerme, qui conclut

la paix avec l'Angleterre et les Pays-Bas, expulsa les Maures (1609), faisant perdre ainsi h l'Espagne ses sujets les plus industrieux, et maria la fille de Philippe 111, Anne d'Autriche, au roi do France Louis XIII (1G151. Philippe III, sous le gouvernement duquel l'Espagne continua à décliner, prit part à la guerre de Trente ans, comme allié de l'empereur Fcrdinandll (V. Guerre de Trente ans). Philippe IV, — Histoire générale, XXIII-XXIV, XXL\, — fils et successeur de Philippe III, eut pour ministre de 1621 à I(;42 le comte d'Olivarès, qui recommença sans succès la guerre contre les Pays-Bas, et se joignit à l'empereur dans la lutte contre Richelieu (V. Guerre de Trente ans). Le Portugal se souleva en 1610, et recouvra son indépendance. .\près la disgrâce du comte d'Olivarès, Philippe IV n'en continua pas moins la guerre contre la France ; les armées espagnoles furent battues à Rocroi(1643) et à Lens (1618), et, malgré le secours que leur apporta Condé, elles essuyèrent encore de nouvelles défaites h Arras (1654) et aux Dunes (1658). Naples. révoltée sous Masanieilo (1647\ avait failli échapper à l'Espagne. Enfin Philippe conclut avec Mazarin la paix des Pyrénées fl659), cimentée par le mariage de l'infante Marie- Tliérèse avec Louis XIV. 11 mourut en 1665, laissant l'Espagne, toujours plus affaiblie, il un enfant débile et sans intelligence qui fut Charles II.

PhUlppe V, — Histoire générale, XXV, XXIX, — duc d'Anjou, pelit-fils de Louis -XIV et second fils du dauphin Louis, lut appelé au trône d'Espasne par le testament du roi Charles II (1700). Cefut en acceptant cet héritage pour son petit-fils que Louis XIV prononça le mot célèbre : // n'y a plus de Pyrénies. Mais l'avènement de Philippe V fut le signal d'une guerre européenne qui dura treize ans (V. Guerre de la succesUon d'Espagne), et qui aboutit à la reconnaissance du prétendant français par l'iîurope moyennant la cession de Naples, du Milanais, de la Sardaigne et de la Belgique à l'Autriche, de la Sicile au duc de Savoie, et de Gibraltar h l'Angleterre. Philippe V fut, comme ses prédécesseurs, constam- ' ment gouverné par des favoris : d'abord par la princesse des Ursins, puis par le cardinal Albe- I roni, devenu premier ministre en 1715. Celui-ci I forma le projet de rendre h son maître les provin- ' ces que lui avait enlevées le traité d'Utrecht, et ' de lui donner en outre la couronne de France ; mais après une courte guerre, ses projets échouèrent, et il fut disgracié (V. Guerre de ta quadruple alliance). Philippe V fut encore mêlé à la guerre de la succession de Pologne, qui donna ;t son second fils don Carlos les couronnes de Naples et de Sicile, et à celle de la succession d'Autriche, dont il ne vit pas la fin. Il mourut en 1746, et eut pour successeur son fils Ferdinand VI. Il avait, dans la seconde partie de son règne, encouragé les sciences, le commerce et l'industrie, et fait quelques efl'orls pour régénérer l'Espagne. PHILOSOPHIE (Histoire de la). — Psychologie, Logique, Morale, XXI. — Toute science a son histoire qui raconte les efforts de ses fondateurs, les travaux de tous ceux qui ont contribué à l'organiser. Mais il s'en faut que l'histoire du passé offre le même intérêt pour tous les ordres de recherche scientifique. Certaines sciences, en effet, comme les sciences exactes, ont eu la bonne fortune de trouver tout de suite leur méthode définitive et d'entrer dès leur premier pas dans la voie des découvertes incontestables et incontestées. D'autres, comme la physique ou la chimie, n ont été à l'origine iiu'un tas de rêveries ridicules, de préjugés absurdes dont l'expérience des siècles suivants a fait justice. Dans le premier cas, l'histoire de la science se confond avec la science ellemême : dans le second, n'ayant guère à raconter que des erreurs, elle est nécessairement peu inte-

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ressnnle et jicu instructive. L'iiistoire de la pliilosophii^ a un caractère tout autre : car d'une part la pliilosopliie a passé par une série de tâtonnements et do vicissitudes qui semble n'être pas close encore ; tandis que les axiomes de la géométrie demeuraient immuables depuis Euclide, la plupart des théories de Platon et d'Aristote vieillissaient et passaient de mode ; d'autre part la nature des conceptions pliilosophiq\ies est telle que, même fausses et destinées îi faire place h d'autres, elles contiennent toujours une part de vérité et constituent un fragment important de la pensée humaine.

Ainsi, à part quelques novateurs qui, comme Descartes, pour réagir plus violemment contre les préjugés du passé, feignaient de l'ignorer — Descartes disait : « Je ne veux même pas savoir s'il y a eu des hommes avant moi, » — les philosophes se sont toujours complu à étudier de près les doctrines de leurs devanciers, à suivre dans les. écoles de tous les temps et de tous les pays la marche et le progrès des idées vers la vérité. Outre le plaisir que trouve l'esprit à entrer en commerce intime avec les grands penseurs, avec ceux qui ont médité sincèrement, sinon résolu à fond, les grands problèmes philosophiques, il est évident que la philosophie elle-même a beaucoup de vérités partielles î recueillir éparses dans les systèmes, dont Leibnitz disait: « Les systèmes sont généralement vrais dans ce qu'ils affirment et faux dans ce qu'ils nient. »

Ce n'est pas d'ailleurs forcer les choses qu'attribuer à la philosophie un rôle considérable dans les affaires humaines, et par suite accorder une extrême importance à son histoire. La place des philosophes a été grande dans le monde. Ce sont des noms de philosophes que l'on retrouve k l'origine des lois sociales, des constitutions politiques, des grandes fondations morales. Ce sont des philosophes encore qui ont combattu au premier rang pour la tolérance et la liberté. Ce sont aussi des doctrines philosophiques qui ont présidé aux plus mémorables entreprises de l'esprit scientifique. Sans doute nous n'irons pas jusqu'à cette exagération d'un philosophe contemporain (Alfred Fouillée) : a La Grèce du V siècle et du iv» siècle avant J.-C. est tout entière dans Socrate, Platon et Aristote. » Ce serait faire tort aux arts, à l'industrie, aux événements militaires, à l'histoire elle-même, à l'histoire publique ou privée qui n'a aucun rapport avec la philosophie ; ce serait supprimer presque la réalité, dont la philosophie, cet idéal, n'est pas, tant s]en faut, la fidèle image. Les philosophes et la philosophie ne gouvernent pas le monde, si ce n'est dans la République de Platon : mais ils y ont leur part d'influence par l'éducation qu'ils inspirent, par les mœurs qu'ils s'efforcent de régler, par les sciences dont ils déterminent les méthodes: de sorte que l'histoire de la philosophie est bien véritablement l'histoire d'une des parties les plus essentielles et les plus intimes de l'évolution humaine.

Les opinions philosophique.s, même prises dans leurs généralités et sans entrer dans les nuances infiniment variées des doctrines, sont si nombreuses et si différentes les unes des autres, qu'il était naturel que l'on s'efforçât d'établir quelque ordre dans cette diversité, et de ramener à l'unité l'éparpillcment confus de la pensée libre.

Sans parler d'autres tentatives du même genre, nous citerons seulement deux essais .systématiques qui appartiennent l'un et l'autre à, la philosophie française et à notre siècle, l'un à l'école spirituahste, l'autre à l'école positiviste. D'après Victor Cousin, l'histoire de la philosophie serait une perpétuelle oscillation entre quatre systèmes qui se succéderaient selon une loi régulière et un rythme fatal, le sensualisme matérialiste, l'idéalisme, le

scepticisme et le mysticisme. La pensée humaine, sollicitée par les sens extérieurs et séduite par le spectacle du monde matériel, aurait d'abord incliné vers le matérialisme absolu. Puis, par une tendance inverse, se repliant sur elle-même et scrutant la conscience, elle se serait éprise de l'idéalisme, c'est-à-dire de la doctrine qui n'admet d'autre réalité que les idées immatérielles. De la contradiction de ces deux systèmes, impuissants à s'accorder, serait né le scepticisme, c'est-à-dire l'état de doute permanent qu'engendre la lassitude de l'esprit. Mais, comme la pensée ne peut se résigner à douter toujours, et qu'elle a besoin de croyance, n'importe à quel prix, le mysticisme, c'est-à-dire le renoncement à toute reclicrche scientifique et l'adhésion aveugle, la foi non raisonnée aux suggestions du sentiment, viendraità son tour clore le cycle où évolue la pliilosopliie.

Pour écarter ce système plus ingénieux que juste, il suffit de consulter l'histoire: les faits démentent absolument la loi de succession que Cousin prétendait imposer aux doctrines philosophiques; le mysticisme ne parait nullement destiné à devenir la formule définitive de la pensée humaine : à mesure qu'il progresse, l'esprit aspire au contraire de plus en plus à des soluiions positives et à des croyances raisonnées. Ajoutons que la multiplicité des conceptions, la variété des formes de la philosophie n'autorise pas la classification arbitraire qui les ramène de force h quatre types exclusifs.

Sans être entièrement vraie, la théorie d'Auguste Comte et de l'école positiviste est cependant plus satisfaisante. Elle distingue dans le développement intellectuel de l'humanité trois états successifs : l'âge théologique, l'âge métaphysique, enftn l'âge positiviste. La première tendance des peuples a été mythologique : avec plus d'imagination que de raison, ils voyaient partout, derrière les phénomènes physiques ou moraux, des êtres personnels, des dieux. Plus tard la réflexion a écarté les mythes, et dépeuplé la nature des mille divinités qu'une fantaisie naïve y avait installées; mais à la place des dieux détrônés, elle a admis des êtres métaphysiques, des substances, des âmes. C'est à l'ère du positivisme qu'il appartenait de congédier sans retour ces entités abstraites, ces êtres de raison, pour ne voir dans les choses que ce qui est immédiatement saisi par les sens ou par la conscience, le fait positif, le phénomène.

Telle est la n loi des trois états » : telle est la théorie que le positivisme cherche à accréditer avec d'autant plus de zèle qu'elle serait, si elle exprimait la vérité absolue, la consécration de son triomphe et le gage de son avènement définitif dans la pensée moderne. Mais tout en reconnaissant que les positivistes ont raison de distinguer et de démêler avec finesse trois tendances opposées de la pensée humaine, il est permis de contester la prééminence qu'ils réclament pour l'une d'elles. La négation de toute existence substantielle n'est peut-être pas aussi nouvelle qu'ils le croient ; et d'autre part ni la religion, ni la métaphysique ne semblent disposées à abdiquer devant un système qui interdit à l'homme toute recherche sur son origine et sur sa fin, toute croyance qui dépasse l'observation et l'expérience.

Les vues générales, les classifications esquissées à grandes lignes, fussent-elles de beaucoup supérieures en exactitude à celles de Cousin et d'Auguste Comte, ne dispenseraient pas d'ailleurs d'étudier dans leur ordre chronologique les faits particuliers de l'histoire philosophique. Il ne saurait être question ici d'entrer dans le détail et d'exposer, même succinctement, les opinions, le rôle historique des différentes écoles; nous nous contenterons d'indiquer les divisions du sujet.

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d'examiner les périodes principales avec leurs caractères les plus saillants.

C'est d'abord une question de savoir quelles sont les limites vraies de l'histoire de la philosophie. Faut-il, comme un historien allemand, Brucker, remonter par deli le déluge, et se demander sérieusement si Adam a été philosophe ? Faut-il au contraire restreindre ses recherches : dans la période classique de l'histoire de l'humanité et fixer, comme point de départ de la philosophie, les premières spéculations de la Grèce, le sixième ou le cinquième siècle avant Jésus-Christ? A vrai dire, la philosophie étant l'usage de la raison réfléchie, il ne convient pas de comprendre dans son histoire les fables et les légendes de l'antiquité, les religions primitives, en un mot ] tout ce que l'école positiviste appelle l'âge mythologique. Néanmoins, jusque dans les conceptions les plus grossières de l'Inde, de la Perse, de ' la Chine et de l'Egypte, il y a déjà des germes de | vérités philosophiques, et l'histoire de la philosophie a le devoir d'étudier soii la métaphysique panthéiste et la belle morale, par tant de côtés analogue à la morale chrétienne, du brahmanisme et du boudhisme indien, soit les doctrines de Zoroastre, le législateur de la Perse, soit la mo- ' raie indépendante et exclusivement rationnelle de Confuciuset de Mencius (600 et 400 avant J.-C), soit enfin les idées religieuses enveloppées dans les fables du polythéisme égyptien. De leur côté les Hébreux, avec leur déisme sévère, avec ] leurs doctrines individualistes, les Celtes et les Gaulois avec leur amour de la liberté personnelle, avec leur mépris de la mort et leur foi pro- ' fonde à l'immortalité, réclament aussi quelques ' pages dans une histoire complole de la philosophie.

Avec la Grèce seulement commence la véritable philosophie, émancipée de toute théologie et exclusivement fondée sur les libres efforts de la raison. Désormais il y aura une tradition philosophique, une succession non interrompue d'écoles qui essaieront, chacune avec ses tendances propres, mais avec des méthodes communes, de déchiffrer l'énigme de la nature humaine.

La division adoptée pour l'histoire en général peut être appliquée également à l'iiisloire particulière de la philosophie. On aura donc à étudier tour à tour la philosophie ancienne, la philosophie du moyen âge, enfin la philosophie moderne.

La PHILOSOPHIE ANCIENNE Se subdivise elle-même en diverses périodes, à raison des contrées où elle s'est développée, ou des caractères communs qui relient entre elles plusieurs écoles.

Pi eniière péi'iode. — Elle comprend tous les philosophes antérieurs à Socrate, qui ont vécu et enseigné soit sur les côtes de l'ionie, soit dans la Grande-Grèce, soit dans la Grèce elle-même. Les penseurs de ce temps ont cette ressemblance entre eux, que, dans leurs spéculations un peu ambitieuses, ils prétendent expliquer la nature entière et découvrir le principe des choses ; mais ils se divisent sur la nature de ce principe. Les uns sont dt's physiciens ; leur doctrine est matérialiste : ils voient la cause et la substance du monde, ou bien dans un élément matériel unique, l'eau, l'air, le feu (Thaïes, vers 60n ; Anaximène, 557 ; Heraclite, 500), ou bien dans une multitude d'atomes corporels (les atomistes, Lcucippe et Démocrite). Les autres sont dos mathématiciens ; leur doctrine est idéaliste : ou bien ils considèrent les nombres comme les principes de toutes choses (école itiiUi/iie ou pythagoricienne, Pythagore, 5S4, Philolaiis, Archytas), ou bien ils n'adiueitent d'autre existence que celle de l'être abstrait, absolu, éternel (école éléote, Xénophane, 550 ; Parménide, 500; Zenon d'Eléc, 400). Enfin, entre ces deux systèmes également al'firmatifs, quoique leurs

affirmations diffèrent, se place une école de scepticisme dont la vogue fut grande au temps de Périclès (les so/ihistes, Protagoras, Gorgias, etc.). Deuxième pé7-iode. — C'est l'âge d'or de la philosophie grecque. Trois noms y figurent, les plus grands que la philosophie puisse citer, Socrate, Platon, Aristote. Socrate (470-400) fut avant tout un moraliste, préoccupé de rendre l'homme bon et heureux. Délaissant les recherches de ses prédécesseurs sur ia nature de l'univers, il rappela l'esprit humain à l'étude de lui-mêiue. 11 avait appris d'ailleurs, de son maître Anaxagore, que le monde est gouverné par une intelligence divine, et quoique condamné pour crime d'impiété par les fanatiques de son temps, il fut le plus sage, le plus religieux des hommes.

Disciple de Socrate, Platon agrandit encore le spiritualisme de celui-ci, et développa, quelquefois jusqu'il la chimère, la théorie des idées, essences et types éternels des choses, dont le monde matériel ne serait que l'image périssable. Après lui Aristote, son élève, dirigea dans un autre sens la pensée philosophique : à l'intuition entliousiaste et un peu arbitraire, il substitua l'expérience et l'observation, il s'astreignit aux lois d'une logique sévère qu'il a transmise à ses successeurs; enfin, génie universel et véritable encyclopédie vivante, il a légué à presque toutes les sciences des principes féconds et durables.

Troisième période : écoles socratiques. — C'est une époque de décadence philosophique comme d'abaissement politique. La spéculation déserte les hautes questions de la métaphysique pour se rattacher h la morale. Un grand nombre d'écoles se produisent et définissent, chacune â sa manière, le souverain bien. Les principales sont l'école stoïcienne et l'école épicurienne. La première, fondée par Zénnn de Cittium (né vers l'an .36Î avant J.-C), qui n'admet d'autre bien que l'honnête, et qui, par le mépris des passions, par le dédain des caprices de la fortune, par une haute idée des devoirs, s'élève jusqu'au plus noble idéal de la vertu; la seconde, qui placelebien dans le plaisir, dans le plaisir délicat et raffiné d'abord, puis, avec les disciples dégénérés d'Épicure (34t-270), dans le plaisir quel qu'il soit, de sorte que l'épi- [ curisme, après avoir à ses débuts rivalisé avec le 1 stoïcisme en fait de sagesse et de vertu, est tombé vers la fin dans tous les excès de l'immoralité voluptueuse.

Quatrième période : philosophie latine. — Les Romains n'ont été en philosophie que les imitateurs et les copistes des Grecs. Ils ont emprunté à la Grèce, avec Lucrèce, la doctrine matérialiste et athée d'Épicure, avec Cicéron et Sénèque les belles maximes morales de Zenon et des stoïciens.

Cinquième période : philosophie ah'xandrine. — Née dans les premiers siècles de l'ère clirétienne, du mélange des traditions orientales avec les idées platoniciennes, l'école d'Alexandrie (Plotin, 205-'270 ap. J.-C, Porphyre, Jambliquc, Proclus, 412-485) est la dernière manifestation de la philosophie ancienne : elle lutte contre le christianisme, quoique profondément religieuse à sa façon ; elle confond le monde avec Dieu et aboutit au panthéisme ; elle se perd dans l'extase et sacrifie la raison à je ne sais quelle contemplation mystique.

La PHILOSOPHIE DC MOYEN AGE est de toutes les périodes de l'histoire de la pensée humaine la plus stérile, la moins originale. Asservis soit â la théologie chrétienne, soit à, l'autorité d'Aristote, dont le nom est entouré d'un respect superstitieux, les philosophes de ce teiups ne songent guère qu'à commenter les dogmes religieux, à appliquer le syllogisme à la foi. Des disputes verbales, des argumentations pédantesques remplacent les oxpé.

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ricnfHs fécondes et les raisonnements inventifs. Quel(|ues esprits originaux, comme saint Anselme (xi' siùcle), ou indépendants comme Abélard (xii" siècle) viennent pourtant attester l'énergie vivace do l'esprit liumain et rompre la froide monotonie de la scolastiqne.

La PHILOSOPHIE MoDEnNE s'ouvre avec la philosophie de lu liennissanci:, que certains historiens rattachent k tort au moyen âge, tandis qu'elle est incontestablemrnt, par la liberté de ses allures et do ses opinions (Rabelais, Montaigne, Giordano Bruno), par ses recherches et ses découvertes scientifiques (Copernic, Galilée), lo vrai commencement et comme la préface hardie de la pensée nouvelle.

A partir de cette époque, l'iiistoire de la philosophie exige de longs développements et comporte une multitude de détails. Les documeuts ne manquent plus, comme pour certaines écoles de la philosophie ancienne, et la fécondité de, la pensée moderne contraste avec la slériUté de la pensée scolastique.

Pour mettre quelque ordre dans cette partie de son sujet, l'historien de la philosophie étudiera tour à tour et séparément le xvii', le xviii", le XIX' siècle, dans chacun des trois grands pays qui semblent être la patrie privilégiée de la philosophie, l'Angleterre, l'Allemagne, la France.

xvii' siècle. — La philosophie française a son point de départ au xvii" siècle dans les travaux de Descartes (i59G-16r>0), Le cartésianisme a pour principe la distinction absolue de l'âme et du corps, l'âme étant ramenée à la pensée, le corps à l'étendue; la croyance rationnelle à, un Dieu parfait et infini, distinct de l'univers qu'il a créé; ■enfin l'idée d'un mécanisme universel, dont les lois gouvernent le monde, après l'impulsion première donnée par Dieu. La plupart des philosophes français du siècle de Louis XIV subirent l'influence de Descartes : Bossuet, Fonelon, les solitaires de Port-Uoyal allient à la philosophie chrétienne la méthode cartésienne. Malebranche (1638-1715) mêle ses rêveries mystiques à la métaphysique de Descartes.

En Angleterre, c'est l'influence de Bacon qui domine Bacon (1561-lfi'JC) a surtout le mérite d'avoir le premier codifié les lois de la méthode expérimentale et inductive. Il suit en cela une voie tout opposée i celle de Descartes, qui pratique la méthode déductive. Ses successeurs Hobbcs (1588-11.79) et Locke (1072-1704) aboutissent le premier à un matérialisme décidé, le second â un sensualisme empirique.

En Allemagne, la philosophie du xvii' siècle n'a guère à revendiquer qu'un grand nom, celui de Leibnitz (leifi-niB;, d'abord disciple de Descartes dont il se sépara plus tard. Aux substances passives du mécanisme cartésien, Leibnitz substitue, dans son système, des causes, des substances actives, qu'il appelle des monades. La matière elle-même est composée, d'après lui, de forces simples dont la nature est analogue à celle de nos âmes. L'univers n'est plus une machine, dont les ressorts inertes sont mis en mouvement par Dieu : c'est un vaste ensemble de forces agissantes, dont les rapports harmonieux ont été réglés par le Créateur.

A côté des trois pays classiques de la philosophie, la Hollande seule a le droit de figurer, avec Spinoza (lG;l2-lG-7) ; ce philosophe part de quelques principes cartésiens et construit un système panthéiste qui confond Dieu avec le monde, qui nie la volonté libre et qui soumet toutes choses aux lois d'une nécessité absolue.

xviii« iiécle. — L'influence de Descartes, toutepuissante jusque-là en France, disparaît ou s'éteint dès les premières années du xviii' siècle : les doc- •trines. sensualistes et empiriques de Locke, qui

au siècle de Louis XIV n'étaient représentées que par Gassendi et quelques beaux-esprits, acquièrent une influence prépondérante. En outre, la philosophie politique et sociale, négligée de parti pris par Descartes, remplace dans les préoccupations des penseurs la philosophie spéculative. Enfin, tandis que le cartésianisme ne se servait du libre examen que pour mieux s'assurer la po.ssession de certaines croyances essentielles, la philosophie du sensualiste CondiUac (17l.')-1780), des matérialistes d'Holbach et Helvétius, du naturaliste Diderot, du déiste Voltaire, est avant tout critique et négative. Rousseau seul, avec ses effusions sentimentales et son déisme oratoire, représente avec quelque éclat la tradition spiritualiste.

Par un mouvement inverse h celui qui entraîne vers l'empirisme la philosophie française du dixhuitième siècle, la philosophie anglaise du même temps échappe à l'influence de Bacon pour devenir métaphysique et morale. Dès le début du siècle, Berkeley (1085-1753) professe dans ses ouvrages un idéalisme absolu : il nie l'existence de la matière et n'admet que l'âme et Dieu. Hume, il est vrai (1711-1776), s'inspire de Locke et reprend en les exagérant encore les traditions empiriques. Mais son scepticisme positiviste n'éveille pas d'écho en Angleterre, et la fin du siècle voit se développer l'école écossaise, dont les chefs, Reid (1710-1796), Dugald-Stewart (1753-18-^8), sans être des métaphysiciens, soutiennent avec énergie les croyances spiritualistes en se fondant sur le sens commun et les vérités premières de la raison.

Le plus grand événement philosophique du dixhuitième siècle s'est accompli en Allemagne, par l'apparition de la philosophie de Kaiit (1724-1804). L'auteur de la Critique de la liaison pure et delà Critique de la Raison pratique a ouvert une voie nouvelle à la pensée humaine, en associant i, la critique spéculative la plus impitoyable le dogmatisme moral le plus sincère. Pour lui, l'esprit est incapable de connaître les choses en elles-mêmes ; enveloppé dans ses conceptions subjectives, il ne peut saisir autre chose que les phénomènes, c'està-dire les choses telles qu'elles apparaissent à nos facultés ; la métaphysique ordinaire se trompe quand elle prétend avoir l'intuition immédiate et certaine de l'âme, do la liberté, de Dieu. Mais en revanche toutes ces vérités, qui ne sont compromises et rejetées que comme affirmations rationnelles, redeviennent certaines comme conditions de la morale. La morale exige en effet que l'âme soit libre, qu'elle soit immortelle, que Dieu existe. De sorte que si la philosophie est impuissante à établir une science raétapliysiquo, du moins elle détermine des croyances métaphysiques fondées sur la morale.

xix" siècle. — Il ne saurait être question ici de tracer même une esquisse rapide des diverses opinions philosophiques qui se sont succédé dans notre siècle et se partagent encore les esprits. Indiquons seulement d'un mot les principales écoles, ou tout à fait nouvelles ou renouvelées du passé, que notre siècle a vues paraître.

En France, le cartésianisme a repris crédit, avec des modifications importantes, soit dans le spiritualisme profond et religieux de Maine de Biran (n70-l«2i), soit dans le spiritualisme éclectique de Cousin (179'2-18()M) et de ses disciples. En même temps, la philosophi' politiqu' et sociale du dix-huitième siôcl-, se développe sous des formes nouvelles dans les utopies de Saint-Simon (17«;j-1825) et de Fourier (1772-1837). Avec Auguste Comte (1798-I857J se fonde le positivisme, c'est-à-dire une doctrine scientifique qui, réduisant la connaissance à l'étude des faits et de leurs rapports, exclut toute spéculation métaphysique et transcendante. Enfin et sans que nous

PHONETIQUE

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prétendions tout embrasser dans ce court résumé, l'école critique, avec M. Ronouvier, importe en France, a\ec quelques changements, les doctrines morales de Kant.

L'Angleterre continue soit l'école écossaise, avec Hamilton (IT-S-ISÛG), soit la tradition de Hume, avec Stuart Mill et les autres positivistes contemporains. D'autre part, en soutenant l'iiypothèse de la transformation des espèces, M. Darwin inspire une philosophie nouvelle dont M. Herbert Spencer est le plus illustre représentant, et qui explique la nature humaine, comme l'ensemble du monde, par une évolution universelle.

En Allemagne, avec Fichte (n63-18l4), Hegel (mO-1831), et Schelling (1175-1854) la spéculation, que la critique de Kant n'a pas découragée, se remet à l'œuvre et se perd dans les nuages d'un panthéisme optimiste ; tandis que sous l'influence des études physiologiques le matérialisme s'aftirme dans les écrits de Feuerbach et de Bùchner, et que le pessimisme le plus bizarre fait un nom à Schopenhauer (nsS-lSGOj.

Arrivé au terme de ses études, l'historien de la philosophie n'a pas à se prononcer sur l'avenir réservé aux efforts de plus en plus opiniâtres de la raison humaine poursuivant la vérité. Seulement, éclairée par le spectacle que lui offre le perpétuel renouvellement des systèmes, toujours les mêmes au fond, malgré les physionomies diverses qu'ils prennent à travers les siècles et où se reflètent les théories scientifiques des différents âges, il a le droit d'augurer que la lutte des opinions ne finira pas; que les grandes tendances de l'esprit humain, tendance matérialiste et tendance spiritualisle, n'abdiqueront jamais définitivement l'une vis-h-vis de l'autre ; qu'elles continueront à inspipirer des systèmes exclusifs ; qu'enfin la philosophie, tout en se transformant et en se rapprochant de plus en plus des méthodes rigoureuses de la science, ne cessera pas, malgré les objurgations du positivisme qui la condamne au silence, de proposer en sens divers des conjectures raisonnées sur la nature de l'homme, sur l'origine et la fin des choses. [Gabriel Compayré.]

PHONÉTIQUE. — Grammaire française, 111.

— La phonéiique ou mieux la -phonologie est cette partie de la grammaire qui traite des sens et de leur représentation par des lettres. H y a cette difl'érence entre les sons et les lettres, que les sons appartiennent au langage parlé et les lettres au langage écrit: dans le mot chapeau, par exemple, il y a sept lettres et seulement quatre sons: ch-ap-eau.

I. Les soxs. — Les mots sont formés de sons articulés que l'on divise ordinairement en voyelles et en consoimes ; mais la véritable unité phonétique, ce que l'on pourrait appeler l'élément primordial ou la molécule du mot, c'est la syllabe. « La syllabe, a dit un profond linguiste, G. de Humbnldt, ne se compose pas, comme nous semblons l'indiquer par notre manière d'écrire, de la réunion de plusieurs sons divers: c'est un son simple, instantané. La séparation en consonnes et voyelles est purement artificielle. En fait, la consonne et la voyelle forment une unité inséparable pour l'oreille, unité que notre écriture brise. La voyelle ne peut pas plus être prononcée seule, comme on a coutume de l'enseigner, que la consonne. Son émission est toujours nécessairement précédée, sinon d'une consonne bien déterminée, au moins d'une aspiration, quelque légère qu'elle soit, et qui n'est qu'une consonne affaiblie. Ainsi la consonne et la voyelle ne sont que des conceptions Idéales, qui n'ont aucune existence dans la réalité.» En d'autres ternies, la syllabe est essentiellement formée par la voyelle, et la voyelle dans la syllabe a toujours la consonne pour appui ou soutien. Or on distingue dans la syllabe trois propriétés

phonétiques ; la nature des sons qui la composent,. sa7i(anh'W, et son ac<.'p«(; et l'on divise les voyelles, d'après leur nature, en voyelles pures, voyelles nasales et diphtongues; d'après leur quantité, en voyelles longues et voyelles brèves ; et d'après la place de l'accent, en voyelles accentuées ou toniques et voyelles inaccentuées ou atones. Quant aux consonnes, on les classe, d'après les organes articulateurs et d'après l'intensité ou le plus ou moins de force de l'articulation, en ordres (gutturales, linguales ou dentales, et labiales), en degrés (muettes ou explosives, spirantes, et liquidas), et en familles (fortes et faibles). En outre les consonnes peuvent être simples ou combinées entre elles (consonnes consécutives); ces dernières sont aux premières comme les diphtongues sont aux voyelles simples (pures ou nasales). — 'V. Lettres et Accentuatioji.

II. Les LETTBES. — Les sons de notre langue se représentent dans l'écriture par les lettres de l'alphabet latin. On appelle orthographe la manière reçue par l'usage de transcrire les sons au moyen des lettres, %t prononciation la manière dont ces lettres doivent se faire entendre dans le langage parlé. En français l'orthographe et la prononciation ont réagi continuellement l'une sur l'autre. Si l'orthographe a subi d'un siècle à l'autre de très grands changements, la prononciation a varie aussi, comme toutes les choses de la langue. Quoiqu'on puisse soutenir avec Génin qu'en gros cette prononciation nous a été transmise traditionnellement et que les sons fondamentaux du français ancien existent dans le français moderne, il est certain aussi que la façon de prononcer les lettres s'est modifiée de diverses manières, principalement sous l'influence de l'orthographe, et il faut ici tenir compte de la tendance générale qu'on a, de nos jours, à conformer la prononciation h l'écriture. Or, comme Littré l'a fait remarquer, dans une langue comme la nôtre, il ne peut rien y avoir de plus défectueux et de plus corrupteur qu'une pareille tendance. — V. Orthograplte et Prononciation.

Mais, pour bien connaître la valeur des lettres en français, il faut remonter à leur origine. Or le français est, malgré l'influence que les idiomes germaniques ont exercée sur sa formation, une langue essentielleiuent latine. H s'agit donc de montrer commetit les mots ont passé du latin au français, ou suivant quelles lois se sont modifiés et transformés les sons de la langue populaire [lingua romima 7'îtstica) apportée en Gaule par les colons et les légionnaires romains; on d'autres termes, il faut faire l'histoire des lettres latines. Voici les traits essentiels de cette histoire, qui a été écrite pour la première fois par le célèbre Diez, le maître de la philologie romane.

Les sons de la langue ne se ir/odifient jamais au hasard, et l'on peut ramener à un certain nombre de lois les changements qu'ils subissent. Ainsi, dans le passage du latin aux langues romanes modernes et en particulier au français, on constate leur tendance générale à la simplification et une disposition naturelle à éviter l'efl'ort que nécessite l'émission de certains sons ; c'est ce qu'on a appelé le principe de la moindre action. Ce besoin d'une plus grande commodité dans la prononciation a produit l'affaiblissement général des lettres latines; par exemple le p latin s'adoucit en i'.sapn, sèi'e ; l'affaiblissement devient tel, en certains cas, que la lettre latine disparaît entièrement : aujustus, août.

Comme la langue française est, entre les idiomes romans, celui qui est à la plus grande distance géographique du latin, c'est aussi celui qui, dans la façon des mots, s'éloigne le plus de la forme latine. Mais, quelles que soient les modifications qui atteignent le mot latin dans son passage au

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