PHONÉTIQUE
PHONETIQUE
français, il conserve ses parties essentielles, qui sont la syllabe accentuée ou tonique et la lettre initiale du mot.
1 . La srjllahe acce7ituée en latin subsiste donc en français, et de plus elle conserve l'accent toniqne originel ; mais comme cet accent frappe la voyelle et non pas la consonne, c'est la voyelle qui persiste et se développe même en un son plus plein, tandis que la consonne médiale, c'est-à-dire placée entre deux voyelles, si c'est une muette ou la spirante V, se déi/rai/e, c'est-à-dire descend d'un degré l'échelle des articulations (la foite passe à la faible, et la muette à la spirante), ou tombe complètement : aeutus, aiju; capillus, clieweu ; doiare, douer.
S. La partie essentielle de la syllabe initiale est la coiiso?me et non pas la voyelle; mais on ne peut appuyer sur la consonne sans appuyer sur la voyelle ; c'est pourquoi la syllabe initiale se maintient en général très ferme, mais souvent avec une modification de la voyelle : captiviis, chétif.
Il s'établit ainsi dans les mots polysyllabes une espèce d'équilibre entre la sijUabe accentuée, où la voix appuie sur la voyelle, et la syllabe initiale, où domine la consonne. Cette loi i'équilibre entre les éléments phonétiques du mot est la cause principale de la syncope ou chute des voyelles et des consonnes à la médiale.
De là il résulte que les mots français (simples) formés d'une manière organique ne sauraient dans la règle renfermer plus do deux syllabes; les mots à terminaison féminine peuvent avoir une syllabe de plus, mais cette syllabe, étant formée par l'e muet, compte à peine. Ainsi les mots latins blasp/icmare, ministeriio», tesrtmonîam, nau!cella, etc., deviennent en français blûrner, métier, témoin, nacelle.
Quelle que soit la transformation que subisse une lettre, cette transformation ne s'opère que lentement et ne fait jamais qu'un pas à la fois. Une lettre ne change pas d'un seul coup d'ordre, de degré ou de famille ; elle ne peut réaliser en une fois qu'un seul de ces changements : c'est cette règle qu'on a appelée principe de transition. Ainsi le latin anima n'est point venu brusquement au français moderne dnie: il a passé par les formes successives anime au dixième siècle, aneme au onzième, anmc au treizième.
C'est au moyen de ces intermédiaires qu'on peut faire l'histoire d'un mot et remonter à sa véritable origine, ainsi qu'au sens primitif: on ne doute plus que déluré indique celui qui ne se laisse plus tromper, quand on a sous les yeux l'ancienne forme deleurré.
Dans le passage du latin au français, le son des lettres dépend, soit de leur nature même, soit du contact de certains sons, lorsque ce contact produit un hiatus (de voyelles) ou une dissonance (de consonnes).
Si les lettres latines ne se conservent pas intactes, elles peuvent subir trois sortes de modifications :
^ 1° Tantôt la lettre latine se maintient, mais en s'altérant en un son d'une autre nature {permutation), ou en se déplaçant pour s'associer à une autre lettre dont le son l'attire et s'harmonise mieux avec le sien [trunsposilion).
2° Tantôt la lettre latine disparaît entièrement, soit qu'elle manque d'appui ou qu'elle soit incompatible avec une autre lettre (éliswn).
3° Tantôt les deux lettres voisines se maintiennent 1 une et l'autre, mais en appelant au milieu Q elles un son étranger, destiné à rendre leur choc impossible, savoir une spirante {h, y et v) pour sé- P^fP"" 'es voyelles, et une muette ('linguale d et t) ou labiale i et p) pour séparer les consonnes iaddition de lettres euphoniques).
Ainsi le latin crescere a donné régulièrement I ancien français croistre : 1» par la permutation du
e en oi ; 2" par l'élision du e pénultième ; Z" par l'addition do la linguale t entre .s et »■ : crois-i-re , enfin croistre a perdu le s, qui a été remplacé par l'accent circonflexe, d'où la forme moderne croître. Gloria a donné gloire par la transposition du i fît la permutation du a en e muet. Scribere est devenu écrire par l'élision de la syllabe médiale he et par l'addition d'un e initial, addition qui est de règle devant se, si, sp, d'où esc, est, esp, dans le vieux français, et éc, et, ép, dans le français moderne, par l'élision de l's: escrire, écrire.
A. Histoire des voyelles latines. — La langue; latine n'avait que les voyelles a, e, i, o, u, que l'on peut grouper ainsi :
Les voyelles a, i, n (ou français) sont les voix primitives qui sont communes à toutes les langues; les autres, eet o, sont les voyelles accessoires, qui sont intermédiaires entre les voix primitives et en dérivent de diverses manières : e est intermédiaire entre a et i, o entre a et u.
Ces cinq voyelles ont subi en passant en français un sort bien différent, selon qu'elles étaient accentuées ou non accentuées (atones).
I. Voyelles toniques. — Les voyelles latines accentuées ou toniques persistent toujours en français, mais en se modifiant de la manière suivante :
1. Les voyelles brèves &e diphtonguent toujours et prennent ainsi un son plus ferme et plus plein : e cto brefs se diplitonguent avec les voyelles inférieures correspondantes i et u, comme prépositives, d'où ie : fèbris, fièvre, et uo qui est devenu eu, son intermédiaire entre e et o : fôcus, feu: — i et u brefs se transforment d'abord en e et o longs, puis se diphtonguent avec les voyelles inférieures correspondantes i et m, comme postpositives, d'où ei, qui est devenu ot : smus, sein ; hibe.TP, boire, et on: h'^pus, loup; — quant à l'a, il se diphtongue exceptionnellement devant les liquides : manus, main.
2. Les voyelles longues par nature ne se traitent pas de la môme manière. Les voyelles inférieures i et u se maintiennent intactes, bien que ti ait perdu son ancienne prononciation pour prendre le son qu'il a actuellement et qui est intermédiaire entre le son i et le son ou {u latin) : amfcus, ami ; acHtus, aigu. Mais les voyelles longues supérieures a, e,o se comportent comme les brèves, et u long se confond presque avec a bref, e long avec i bref et o long avec o bref, de manière que a long devient e ou ai: clavis, clé; panis, pain; — e long devient ei, d'où oi: vena, veine; sérum, soir ; — et 0 long devient eu (uo italien) : solus, seul.
.3. Les voyelles longues par position, c'est-à-dire suivies de deux consonnes dont la seconde commence une nouvelle syllabe, persistent en général, excepté les deux voyelles inférieures i, qui se change en e, fi'rmus, ferme, et m, qui devient o et plus souvent ou (u latin) : ce/lmen, comble; gîftta, goutte.
Voici le tableau général des permutations des voyelles accentuées :
Les diphtongues, qui étaient peu nombreuses en latin, sont devenues en français des voyelles simples ou combinées : chose de e«Msa, proie de prfleda.