‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 251 sur 459 · POMMES DE TERRE — 1668 — POMMES DE TERRE · texte numérisé non relu

POMMES DE TERRE — 1668 — POMMES DE TERRE

et très vigiureuse. Plantée au printemps, en mars ou avril, elle parcourt dans le courant de l'été toutes les phases de sa végétation, et elle arrive i. maturité h l'autonine. C'est par la planiation des tubercules que se fait sa reproduction.

Partout où les céréales sont cultivées, la pomme de terre peut venir avec avaiilagc. C'est dire que l'aire sur laquelle peut se faire sa culture est d'une grande étendue. Les terres qui lui conviennent le mieux sont les sols légers ou de consistance et d'humidité moyennes, les terres d'alluvion. et celles où domine le calcaire. Néanmoins elle s'accommode de la )ilus grande partie des natures de sols, quoique, dans les terres argileuses, elle ne donne généralement qu'un assez maigre produit. Dans tous les cas, pour que la récolte viei.ne bien, il faut que le sol soit profondément labouré et parfaitement ameubli, afin que les racines puissent y prendre tout leur développement. La pomme, de terre viendra bien après des labours de défoncemcnt, après des défrichements de luzernières qui exercrnt sur le sol l'action d'ameublissement qui est nécessaire pour sa bonne végétation. Quant aux fumures, elles sont nécessaires pour avoir une abondante récolte. Sans insister sur les nombreuses expériences qui en ont donné la preuve, il suffit de dire que jusqu'ici le fumier est l'engrais qui convient le mieux à cette culture ; une fumure copieuse donne toujours d'excellents produits. Toutefois, il parait résulter d'essais faits avec soin que la fumure avec le purin aurait pour résultat de diminuer la richesse des tubercules en fécule.

Le plus généralement, on prend la récolte des pommes de terre entre deux céréales. Il arrive, dans les petites cultures, que l'on fait succéder la pomme de terre plusieurs fois à elle même ; celte pratique est surtout usitée en Irlande ; la récolle se maintient, à la condition que les soins de culture soient bien donnés.

On a vu plus haut que c'est au printemps qu'on plante les tubercules des pommes de terre. Cette opération doit être faite aussitôt que possible, mais il faut éviter trop de précipitation dans les pays sujets aux gelées tardives qui frapperaient les plantes levées. Quelques agriculteurs ont préconisé la plantation automnale. Dans ce cas, le tubercule mis en terre profite de la première chaleur pour germer. Mais cette pratique ne s'est pas généralisée. On plante ordinairement derrière la charrue à versoir ou derrière un araire. Une deuxième charrue recouvre les tubercules déposés dans le sillon. Cette pratique présente deux inconvénients : d'abord, les tubercules sont souvent plantés trop profondément; ensuite, la plantation est irrégulière, d'où il résulte que le buttage et le binage présentent des difficultés. Le mieux est de tracer les lignes, à l'espace voulu, avec un rayonneur, et de placer ensuite au fond de la raie les tubercules que l'on recouvre de terre par un coup de herse. Par ce ce .système, la profondeur de la plantation est toujours la même, et il y a une grande régularité dans les lignes.

Les tubercules dos pommes de terre portent à leur surface un certain nombre de boutons ou yeux qui sont autant de germes d'où sortiront des plantes nouvelles. De là est venue, dans certaines contrées, l'habitude de couper les tubercules en autant de morceaux qu'ils portent d'j eux, et de planter chacun de ces morceaux. L'expérience a démontré que le produit était, dans ce cas, inférieur à celui que donnent les pommes de terre entières ; il ne faut donc avoir recours à cette méthode que dans le cas de disette ou de cherté excessive des pommes de terre de semence.

La planUtion des tubercules doit être faite à

une profondeur de 15 à 20 centimètres. Le meilleur espacement entre les plantes parait être de 30 centimètres, et entre les lignes de 40 i 50 centimètres.

Les soins de culture à donner pendant la végétation de la pomme de terre sont importants. Lorsque le plant a atteint dix à quinze centimètres de hauteur, on pratique un premier binage pour détruire les mauvaises herbes. Un peu plus tard, on butte, c'est-à-dire on ramène une certaine hauteur de tcne autour de la tige, afin que celle-ci soit enterrée plus profondément. Les avantages du buttage ont été mis en doute à diverses reprises; mais il est certain que cette opération, si elle a pour effet de diminuer un peu le rendement, compense largement cet inconvénient par la plus grande facilite qu'elle présente pour faire la récolte. Dans tous les cas, il ne faut pas que le buttage soit trop élevé; il ne doit pas dépasser environ le tiers de la hauteur que les tiges atteignent. Le buttage se fait soit à la houe, soit, dans les grandes cultures, avec une charrue spéciale dite buttoir, et qui porte deux versoirs disposés dos à dos.

On a quelquefois conseillé de supprimer les fleurs et même une partie des feuilles, sous prétexte que la plante, ne produisant pas de graines, donnerait des tubercules plus abondants. Des expériences bien faites ont démontré que cette opinion était erronée.

La dessiccation des tiges et des feuilles indique le moment où il convient de procéder à la récolte. L'arrachage des tubercules est fait le plus souvent à la houe fourchue; des femmes suivent les ouvriers et enlèvent les tubercules. On peut aussi procéder à l'arrachage avec un appareil spécial, consistant en une charrue dont le soc est surmonté par une sorte de grille inclinée ou griffe qui pénètre dans le sol, et, soulevant les pieds de pommes de terre, amène les tubercules à la surface, où ils sont enlevés par des ouvrières. Il convient de choisir un temps sec pour procéder à l'arrachage, autrement les pommes de terre sont terreuses, humides et se conservent moins bien. Les tubercules doivent être ramassés dès qu'ils sont arraches et chargés sur des tombereaux pour être portés à la ferme.

Le rendement des pommes de terre varie beaucoup. Il est moindre, quand on les récolte avant leur maturité complète; mais dans le Midi, où l'on fait beaucoup de pommes de terre de primeurs, on ne lient pas compte de cette infériorité qui est d'ailleurs largement compensée par le pm élevé auquel on vend la récolte. Dans les conditions ordinaires, on estime le produit moyen d'un hectare de pommes de terre bien cultivé de 350 a 280 hectolitres; le poids moyen de l'hectolitre étant de 80 kilog., la récolte en poids est, dans ces conditions, de 20,000 h 22,500 kilog.

Les tubercules sont conservés dans des caves ou dans des silos creusés dans les champs. Il est important qu'ils soient à l'abri de la geloe. Au printemps, il convient de les retourner et de les étendre par des pellet..ges ou de les placer dans un lieu sec et aéré, afin de retarder le développement des germes.

La pomme de terre est sujette à diverses maladies La plus importante, celle qui, à certains moments, a sévi d'une manière désastreuse, est la pourriture provoquée par un champignon auquel on a donné le nom de Buhytts mfeittms ou de Perenosrora iiifeslans. Ce champignon opère, pendant la végétatio» de la plante, une véritable migration du tubercule de semence à la lige et aux fiuilles, cl de là aux racines où il atteint les tubercules en formation. Sa présence se manifeste par des taches d'un brun-violet entourées d une ligne blanchâtre, que l'on remarque sur les

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feuilles. On n'a pas encore trouvé le moyen de détruire ce champignon ; mais on a observé que la maladie se développe surtout h la fin de l'été, dans les années pluvieuses et dans les cultures en sol argileux. On la prévient, autant que possible, en cultivant des variétés précoces, et en ne plantant que des tubercules absdlumcnt sains. On conseille aussi do couper les feuille-; atteintes, et surtout de les rejeter loin du cliamp, afin d'empêclier le développement de la maladie, ou mieux de les brûler.

Aux Étals-Unis d'Amérique, le développement extraordinaire d'un coléoptère, le Do'-yphora deremlinea/a, a été la cause de la disparition presque complète de la pomme de terre dans un certain nombre d'États. Cet insecte n'existe pas en Europe; des mesures ont été prises par tous les États pour en prévenir l'importation. A deux reprises il a été importé en Allemagne ; mais on s'en est débarrassé par des mesures très énergiques, consistant principalement dans la destruction de la récolte et dans la désinfection du sol .

[Henry Sagnier.]

POMPE. — Pliysiquo, XII. — Les pompes sont les appareils le plus fréquemment employés pour élever les liquides. Dans toute pompe se trouvent un cylindre creux ou corps de pompe dans lequel se meut un piston, et des pièces mobiles appelées soupapes qui établissent ou interceptent, au moment voulu, la communication entre le corps de pompe elles tuyaux qui l'accompagnent

Le piston est ordinairement un cylindre métallique, d'un diamètre moindre que celui du corps de pompe, et sur lequel on enroule un cuir gras ou des éloupes fortement serrées, de manière que le piston remplisse exactement le corps de pompe tout en conservant la possibilité d'y glisser.

Les soupapes sont de plusieurs formes : c'est une sphère ou une portion de sphère, guidée par une tige et posée sur l'orifice qu'elle doit fermer ; ou bien c'est un clapet, c'est-i-dire une rondelle métallique mobile autour d'une charnière fixée sur le bord de l'ouverture.

Quelle que soit la disposition particulière adoptée, les pompes peuvent être groupées en trois types principaux :

Les pompes aspirantes, les pompes foulantes, les pompes aspirantes et foulantes.

t. — Pumpe aspirante. — Dans cet appareil, le corps de pompe est à une certaine distance du niveau de l'eau et il est prolongé par un canal étroit plongeant dans l'eau et qui est le tuyau d'aspiration. A la soudure de ce tuyau avec le corps de pompe est une soupape s'ouvrant de bas en haut.

Le piston est percé d'un canal qui porte également une soupape s'ouvrant comme la première. Le canal de déversement esta la partie supérieure du corps de pompe.

Le jeu de 1 aiipareil est simple. Au début, l'eau est au même niveau dans le réservoir et dans le tuyau d'aspiration; celui-ci est plein d'air d'une force élastique égale à celle de l'air extérieur. On soulève le piston, le vide se fait en-dessous de lui; l'air du tuyau d'aspiration soulève la soupape inférieure et se répand dans le corps de pompe. L'eau s'élève au-dessus de son niveau jusqu'à ce que la pression due à la colonne d'eau soulevée, ajoutée à celle de l'air resté dans le tuyau, fasse équilibre à la pression extérieure. Sitôt que le piouvement ascendant du piston cesse, la soupape inférieure retombe et toute communication est fermée entre le corps de pompe et le tuyau d'aspiration. Lorsque l'on redescend le piston, il comprime l'air renfermé dans le corps de pompe ; et quand cet air est assez réduit de volume pour acquérir une pression supérieure à celle de l'atmosphère,il soulève la soupape du piston et s'échappe. Ainsi, au commencement, toute pompe aspirante \

fonctionne comme une machine pneumatique : elle extrait l'air contenu dans le tuyau d'aspiration. Mais l'eau s'élève il chaque coup de piston dans le tuyau, et si la première soupape est à moins ' de 10 mètres au-dessus du niveau do l'eau dans I le puits, l'eau pénètre dans le corps de pompe. A partir de ce moment, l'eau peut passer au-dessus du piston et s'écouler ensuite par l'ajutage supérieur.

' L'eau monte par l'effet de la pression atmo- I sphérique «'exerçant sur la nappe liquide du réservoir ; or cette pression ne peut tenir en équilibre qu'une colonne d'eau de \(i'".ii. Si donc la première soupape se trouvait, au-dessus du niveau du puits, à plus de 10 mètres, l'eau ne pourrait la franchir, et la pom|)e ne fonctionnerait pas. C'est le cas qui se présenta aux fontainiers de I Florence qui voulaient établir une pompe dont le tuyau d'aspiration avait 'iO mètres. Dans la pratique, on ne met guère que S à 9 mètres entre le ] niveau inférieur de l'eau et la position supérieure du piston, à cause des imperfections inhérentes à I l'appareil qui font que le piston ne peut jamais faire au-dessous de lui un vide absolu. Alors, dès que l'eau a atteint le corps de pompe, elle suit le piston dans son mouvement et remplit le cirps de pompe. L'appareil est amorcé, et chaque fois qu'on I soulève le piston, on fait sortir par le canal de déversement un volume d'eau égal au volume que parcourt le piston dans le corps de pompe.

Habituellement on produit le mouvement du piston h l'aide d'un levier. Comme la plus grande résistance alleu pendant le mouvement ascendant du piston, le levier doit être disposé pour que le poids de celui qui manœuvre la pompe agisse précisément quajid le piston monte, que celui-ci soit mu par un levier ordinaire ou par une bielle fixée à un volant mobile par une manivelle.

L'effort à faire pour soulever le piston, quand la pompe est amorcée, est égal au poi /s d'une colonne d'eau ayant pour buse la section du piston et pour hauteur la ilistauce à loquclle l'eau est élevée. On s'en rend compte en cherchant la pression que l'eau exerce sur chaque face du piston, et en retranchant, de celle qui s'exerce en dessus, celle qui agit en dessous. Ainsi, en élevant l'eau à 9 mètres avec un piston de 50 centimètres carrés de surface, l'effort à faire serait de 9uOx5U = 4500l) grammes ou 4.S kilogrammes,

H. — Pompe fiiulante. — Dans la pompe foulante, le tuyau d'aspiration est supprimé et le piston est plein. Le corps de pompe plonge directement dans le réservoir. Il porte d'un côté une soupape qui s'ouvre du dehors au dedans, de l'autre un tuyau d'écoulement ou d'élévation à la naissance duquel est une soupape s'ouvrant du corps de pompe vers l'extérieur.

Vient-on à soulever le piston, il fait le vide audessous de lui, l'eau du réservoir ouvre la première soupape et vient remplir ce vide. Sitôt que le mouvement ascendant cesse, la soupape se ferme. Si alors on redescend le piston, il comprime l'eau ; celle-ci fait ouviir la secondo soupape et passe dans le canal élévatoire.

Dans ces sortes d'appareils, la plus grande résistance a lieu quand le piston descend ; outre le frottement, l'effort il déployer est égal au poids d'une colonne d'eau d'une section comme celle du piston et de la hauteur comprise entre le déversoir et le réservoir.

3. Pompe aspirante et foulante. — En réunissant les eft'ets des deux pompes précédentes, on obtient un appareil appelé pompe aspirante et foulante. Cette pompe emprunte il la pnmpe aspirante son tuyau d'aspiration avec la soupape qui le termine; elle emprunte à la pompe foulante son piston plein et son canal élévatoire. Quand le piston monte, il aspire l'eau dans le corps de pompe;

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quand il descend, il comprime l'eau et la fait passer dans le canal élévatoire. L'effort du piston est considérable pendant les deux moitiés de son mouvement alternatif, aussi a-t-on ordinairement recours à un Tolant pour le faire mouvoir. Avec cette pompe, on tire l'eau d'un puits qui est à 9 mètres au-dessous de la soupape d'aspiration, et à partir de li on peut l'élever i une hauteur qui n'a de limite que l'effort auquel peuvent résister les parois de l'appareil.

Emploi d'un piston plongeur. — Lorsqu'on veut élever l'eau à une grande hauteur, ou la lancer dans une enceinte à haute pression comme une chaudière de machine à vapeur, on ne peut employer les pistons ordinaires avec leurs lames de cuir ou leurs étoupcs grasses; on les remplace par un piston plongeur. C'est un cylindre plein dont le diamètre est un peu plus petit que celui du corps de pompe ; il glisse à frottement dans une boîte il étoupes placée à la partie supérieure du corps de pompe ; durant le reste de la course, il ne touclie pas les parois. Quand ce piston est soulevé, il fait dans le corps de pompe un vide que l'eau vient remplir après avoir ouvert les soupapes. Quand on le redescend, il comprime l'eau et en chasse hors du corps de pompe un volume égal au sien.

Usage des pompes. Pompes à incendies. — La pompe aspirante est employée pour tirer l'eau des puits ou réservoirs peu profonds, quand il ne faut pas élever le liquide à plus de 8 à 9 mètres de son premier niveau. On en fait au besoin une pompe élévatoire.

On la remplace par la pompe aspirante et foulante dans le cas où l'on veut conduire l'eau d un puits profond dans un réservoir élevé d'où on la distribuera ensuite à tous les étages d'une maison. La pompe foulante sert pour arroser les jardins, pour épuiser une pièce d'eau ou tout réservoir dans lequel la pompe elle-même peut être mise et manœuvrée.EUe sert à prendre l'eau à une rivière pour l'élever jusqu'au réservoir qui la dispensera à toutes les maisons d'une ville. Enfin c'est elle qui forme l'organe principal des pompes i incendies.

La pompe à incfndin résulte de l'accouplement rie deux pompes foulantes montées de manière à donner un jet régulier et continu. Les tiges des deux pistons sont articulées sur un même balancier, de sorte que l'un des pistons monte quand l'autre descend. L'eau est apportée dans un réservoir attenant à l'appareil; elle est puisée là par chaque pompe qui l'envoie dans un réservoir à air. C'est cette boîte à air qui assure la continuité du jet : l'eau en y arrivant comprime l'air qui se trouve à la partie supérieure, et le gaz réagissant par sa force élastique chasse l'eau dans le tuyau de sortie. Celui-ci est terminé par un ajutage conique nommé lance qui sert à diriger le jet. Et comme l'orifice de sortie ne peut débiter tout le liquide que le jeu un peu précipité des pistons amène dans la boîte i air, la force de l'eau k la sortie de la lance acquiert très vite une très grande puissance de projection que l'on utilise pour envoyer l'eau assez loin de la pompe.

Cette pompe est d'un très grand secours pour l'extinction des incendies. On en fait des modèles d'un transport et d'une manoeuvre très faciles. On l'alimente par un puits, par une borne-fontaine ou par une prise d'eau sur la voie publique, et h défaut de CCS moyens, en apportant de l'eau, à l'aide de seaux, dans son réservoir. S'il faut envoyer leau de la pompe à une certaine distance, aux points où elle est nécessaire, on prolonge le tuyau de sortie à l'aide de boyaux en cuir cousu portant à leurs extiémités des douilles à vis pour raccordement ; le dernier est muni de l'ajutage ou lance qui débite l'eau. Veut-on une grande force de pro-

jection pour le liquide, on prend une pompe à grand réservoir d'air : une manœuvre rapide amène dans ce réservoir assez d'eau pour comprimer l'air à plusieurs atmosphères et le liquide est lancé avec cette force que l'air comprimé lui communique. [Haraucourt.]

PO.XCTrATION.— Grammaire, XXV. — Etym.:

du latin punctum, point, — La ponctuation est l'art de distinguer par des signes conventionnels les phrases entre elles, les diverses parties de chaque phrase, et les différents degrés de subordination qui conviennent à cliacune de ces parties.

Utilité et pbincipes de la ponctuation-. — Une bonne ponctuation sort à donner de la clarté audiscours ; elle soulage les yeux et l'esprit du lecteur, en lui faisant voir et sentir l'ordre, la liaison et la distinction des éléments qui entrent dans la composition d'une phrase. « Il y aurait, dit l'Encyclopédie, autant d'inconvénient à supprimer ou à mal placer dans l'écriture les signes de ponctuation qu'à supprimer ou h mal placer dans la parole les repos de la voix. Les uns comme les autres servent à déterminer le sens ; et il y a telle suite de mots qui n'aurait, sans le secours des pauses ou des caractères qui les indiquent, qu'une signification incertaine et équivoque, et qui pourrait même présenter des sens contradictoires, selon la manière dont on y grouperait les mots. »

Ces saines notions sur le rôle et l'utilité de la ponctuation remontent à une assez haute antiquité, el cependant encore de nos jours elles sont peu comprises et souvent mal appliquées. La faute en est aux grammairiens, qui par négligence, et peut-être bien par pure ignorance, se contentent de lui consacrer un chapitre tout à fait insuffisant, où il n'est pas rare de rencontrer des principes erronés. Ces principes sont exposés avec autant de clarté que de simplicité dans une lettre que M. Guizot écrivait, le 28 juin 1839, à sa fille, alors âgée de dix ans,

" Ma chère Henriette, je te ferai encore la guerre sur ta ponctuation ; il n'y en a point ou presque point dans tes lettres. Les phrases se divisent sans aucune distinction ni séparation, comme les mots d'une môme plirase. Quand cela n'aurait d'autre inconvénient que de causer à chaque instant, à la lecture de tes lettres, une sorte d'embarras et de surprise, il y aurait là une raison bien suffisante pour te corriger et pour ponctuer comme tout le mondo... Toute ponctuation, virgule ou autre, marque un repos de l'esprit, un temps d'arrêt plus ou moins long, une idée qui est finie ou suspendue, et qu'on sépare par un signe de celle qui suit. Tu supprimes ces repos, ces intervalles; tu écris comme l'eau coule, comme la flèche vole. Cela ne vaut rien, car les idées qu'on exprime, les choses dont on parle dans une lettre, ne sont pas toutes absolument semblables et toutes intimement liées les unes aux autres comme les gouttes d'eau. 11 y a entre les idées des différences, des distances, inégales mais réelles, et ce sont précisément ces distances, ces différences entre les idées que la ponctuation et les divers signes de la ponctuation ont pour objet de marquer. Tu fais donc, en les supprimant, une chose absurde; tu supprimes la difi'érence, la distance naturelle qu'il y a entre les idées et les choses. C'est pourquoi l'esprit est étonné et choqué en lisant tes lettres ; le défaut de ponctuation répand, sur tout ce que tu dis, une certaine uniformité menteuse, et enlève aux choses dont tu parles leur vraie physionomie, leur vraie place, en les présentant toutes d'un trait et comme parfaitement pareilles et contigucs. u

Il ne suffit pas de dire à un enfant de mettre des points et des virgules dans ses lettres ou dans ses devoirs. Si l'on n'y joint ni les règles ni les exemples, la recommandation est souvent inutile.

PONCTUATION

PONCTUATION

L'enfant essaiera sans doute de ponctuer; mais, faute d'un guide sûr, il placera les signes au hasard, avec plus de bonne volonté que d'intelligence. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver à la (ille de M. Guizot. lîn effet, quelques jours après, le père lui adressait ces observations :

« Ma chère enfant, tu me trouveras bien contrariant; mais, je t'en prie, ne me jette pas à la tête tant de virgules. Tu m'en accables, comme les Romains accablèrent cette pauvre Tatia de leurs boucliers. — Bonne maman n'a pas viulu, que nous allassions à la pépinière parée que, il faisait trop ehaud. Nout avons toutes deux, très bienprls nos leçi-ns depiuno ; j'oi pris bien, eelle d'écriture. — Quelle raison pourrais-tu me donner de celles que j'ai soulignées? Il n'y a évidemment lii aucune suspension, aucun intervalle entre les choses et les idées ; elles se tiennent au contraire très étroitement, et il faut passer sans s'arrêter de l'une à l'autre. Pense à ce que tu fais ; penses-y pour mettre une virgule ou ne pas la mettre, comme pour prendre un chemin au lieu d'un autre quand tu veux aller quelque part. «

Une conséquence de la définition que nous avons donnée plus haut, c'est que les signes de la ponctuation ne doivent servir qu'à indiquer les coupures logiques du discours, c'est-i-dire les divisions qui résultent de la décomposition d'une idée ou d'un fait en parties plus ou moins indépendantes. Or, une phrase n'étant autre chose que la forme matérialisée ou le vêtement d'une idée ou d'un fait, il est évident que dans l'écriture on ne doit pas réunir des mots qui sout séparés dans la pensée, ni séparer des membres de phrase intimement liés dans l'esprit. C'est donc avec raison que M. Legouvé, l'habile propagateur de la lecture à haute voix, pose comme première règle de l'art de lire l'observation des pauses indiquées par la ponctuation.

Cependant il y a une différence fondamentale entre ce que nous appellerons la pause oratoire et les pauses indiquées par la ponctuation. La première est laissée jusqu'à un certain point à la volonté de l'orateur, tandis que la seconde est assujettie aux lois de la logique ; l'une est personnelle et variable, l'autre est générale et soumise à des règles fixes.

C'est pour avoir méconnu cette distinction que certains auteurs donnent comme première règle de ponctuation le besoin de respirer. Un peu de pratique et de réflexion leur auraient fait reconnaître que la respiration est un acte purement physiologique, qui varie d'un individu à l'autre, qui dépend de l'état de santé du lecteur ou de l'orateur, qui s'affaiblit par la fatigue et se fortifie par l'exercice. Comment dès lors prendre pour règle et pour guide des mouvements de la pensée humaine un besoin physique sujet à tant de variations?

Cette distinction n'a pas échappé aux anciens. Ckéron, si versé dans les moindres détails de l'art oratoire, dit dans le De Oratore : « Les repos de la respiration ne doivent pas être commandés par la fatigue de l'orateur ou par les signes des copistes, mais bien par la disposition des mots et des phrases. » De ce passage de l'orateur romain on peut conclure que, si la fatigue ne doit pas être la règle de la respiration oratoire, elle ne doit pas davantage être celle de la ponctuation. Les mots « par les signes des copistes » prouvent que les artistes qu'on appelait à cette époque li/jraires, ■c'est-à-dire confectionneurs de livres, employaient certaines marques qui n'étaient autre chose que des signes de ponctuation. Mais pourquoi Cicéron permet-il à l'orateur de ne tenir aucun compte des pauses indiquées par les copistes? C'est qu'apparemment alors comme aujourd'hui on faisait parfois de ces signes un emploi peu judicieux ;

I c'est que, comme la plupart des écrivains de nos jours, ils n'avaient d'autre guide que la routine du métier, d'autre règle que le caprice du moment. L'orateur peut donc reprendre haleine avant que sa provision d'air soit épuisée, avant que les muscles de sa poitrine aient perdu leur ressort: il peut arrêter, ralentir ou précipiter son débit, suivant l'action qu'il veut exercer sur son auditoire. C'est là une question de tempérament, d'habileté et de passion. Il est vrai que la plupart du temps les arrêts ou pauses oratoires coïncident avec les coupures logiques du discours; mais il ne manque pas de cas où cette coïncidence n'a pas lieu : de sorte que l'on a eu raison d'établir une différence entre la ponctuation parlée et la ponctuation écrite. En d'autres termes, le lecteur ou l'orateur peuvent faire une pause partout où il y a une ponctuation écrite ou imprimée, mais il est interdit à l'écrivain de figurer par un signe tous les repos du débit oratoire.

On trouve cependant dans les Plnideurs de Racine un exemple de figuration de la ponctuation parlée. Mais il est évident que le poète n'a eu d'autre intention que de guider le débit de l'acteur. Voici le passage tel qu'il est ponctué dans l'édition de l(j09:

l'intimé, d'un ton posant.

Puis, donc, qu'on nous, permet, de prendre H ileine, et que l'on nous, défend, de nous, étendre. Je vais, sans rien obmcttre, et sans prévariquer, Cotnpendieusement énoncer, expliquer.

Exposer, â vos yeux, l'idée universelle De ma cause, et des faits, renfermés en icelle.

On reconnaîtra sans peine que cette profusion de virgules n'a rien à voir avec la ponctuation grammaticale.

C'est donc à tort qu'un très grand nombre d'auteurs ponctuent comme ils parlent : ils séparent par une virgule les membres de phrase les plus étroitement liés entre eux, le sujet de son verbe, l'antécédent de son conséquent, les compléments, les modifications, les adverbes les plus inséparables. De là des phrases coupées, hachées, divisées en tronçons dépourvus de tout lien logique.

Le principal rôle de la ponctuation est de rendre la phrase bien claire. Or ce qui distingue la langue française entre toutes les langues, soit anciennes, soit modernes, c'est son admirable clarté. Quand une phrase n'est rendue claire qu'à grand renfort de ponctuations, on peut affirmer qu'elle n'est pas française.

La ponctuation est en général fort négligée d.ins li's écoles primaires : témoin les devoirs et les exercices recueillis par M. Buisson à l'Exposition universelle do 1878. La même insuffisance se rencontre dans l'enseignement des lycées et des collèges. C'est dans les bonnes imprimeries que se sont conservées les saines traditions de l'art de ponctuer. Ayant constamment affaire à des manuscrits qui présentent les ponctuations les plu< arbitraires et les plus contradictoires, les correcteurs d'imprimerie ont du adopter une règle commune, fondée sur l'analyse logique, c'està-dire sur la structure même de la phrase. Dans l'application de cette règle il y a sans doute parfois certaines divergences : cela est inévitable dans une matière souvent assez délicate ; mais ces divergences ne portent que sur des points secondaires, où l'emploi de telle ponctuation plutôt que de telle autre n'affecte en rien ni le sens ni la clarté du discours. Il suffit que l'on soit d'accord sur les principes généraux. Ce sont ces principes que nous nous proposons d'exposer dans cette étude, en les justifiant par de nombreux exemples, tirés pour la plupart do nos auteurs classiques.

PONCTUATION

PONCTUATION

Avant d'aborder l'étude pratique de la ponctuation, nous croyons devoir en faire succinctement l'histoire : question d'érudition pleine d intérêt, qui a été l'objet des recherches de nos savants paléographes.

HibTOBiQUE. — La ponctuation remonte à une haute antiquité. Dès les premiers temps, on voit les points servir à distinguer les mots. Dans les fameuses tables Eugubines, en lettres étrusques, chaque mot est suivi de deux points, et dans celles qui sont en caractères latins, un seul point suit chaque mot. Un des exemples les plus anciens de l'emploi des signes de ponctuation est une inscription qui fut trouvée h Athènes et qui date de l'année même de la mort de Cimon, 450 ans avant l'ère chrétienne : les mots de cette inscription sont séparés par trois points disposés verticalement. 11 est cependant vrai de dire que les siècles anciens fournissent un grand nombre de manuscrits gravés ou écrits dans lesquels les signes de ponctuation n'ont jamais existé ou n'ont été ajoutés qu'après coup.

Ponctuation dans les inscriptions. — L'emploi du point dans les inscriptions n'avait pas pour but en général de distinguer les parties d'une phrase et les phrases entre elles, mais d'établir la séparation des mots, abstraction faite des divisions que le sens aurait pu exiger. Aussi le point, qui est le signe le plus simple et en même temps celui dont on a fait le plus fréquent usage, a-t-il été remplacé par des figures d'une forme complètement arbitraire. Mais d'abord il est bon de faire observer que le point lui-même a été employé do bien des manières différentes. On le voit placé soit au bas, soit au milieu, soit au haut de la lettre; au lieu d'un point, on en trouve deux, trois, quatre et jusqu'à neuf; cependant, sous ces différentes formes, le point a toujours la même valeur. On trouve aussi des points disposés horizontalement, obliquement, en triangle, en losange, en carré, etc. On s'est servi de lignes droites et de lignes courbes, et on les a combinées pour former des croix, des triangles, des carrés, des losanges, des trapèzes, des demi-cercles, des cercles, des rosaces, des cœurs, etc. Ces courtes indications suffisent pour donner une idée de la variété des signes qui tenaient lieu du point dans un grand nombre d'inscriptions.

De la ponclU'ition dans /es manuscrits . — Les anciens ne mettaient dans leur écriture aucune séparation entre les mots : ce qui eu rendait la lecture très pénible. Il en serait de même de nos jours, si les écrivains et les imprimeurs n'avaient soin de faire cette séparation. On en jugera par l'exemple suivant :

LHOMMENESTQUCNROSEAliLEPLUSrAIBLEDELANATUBEMAIS CESTUNROSEAVPE.NSANTILNEFAUTPASQtiELCiNIVERSENTIE- RSARMEPOURLÉCRASERUNEVAPEURUHEGOUTTEDEAUSUFFI- TPOURLETUER (PaSCAl).

Cet usage s'est maintenu jusqu'au xi= siècle de notre ère.

Cependant la ponctuation était connue depuis longteaips. On trouve des points dans plusieurs manuscrits de la plus haute antiquité, quoique les mots n'y soient point séparés : tel est le Virgile de Médicis et quelques autres. Il y en a de très anciens où l'on n'aperçoit ni points, ni séparation de mots, pas même aux endroits qui offrent un sens naturellement suspendu. Ce n'est pas que les points ne soient beaucoup plus anciens que les manuscrits ; mais les copistes se déchargeaient de la ponctuation sur les correcteurs, et ceux-ci la négligeaient ordinairement.

La manière la plus connue de suppléer îi la ponctuation dans les premiers temps fut d'écrire par versets, et de distinguer ainsi les membres et sous-membres du discours. A l'exemple de Cicé-

ron et de Démosthènes, saint Jérôme introduisit cette distinction par versets dans l'Ecriture Sainte. Souvent on mit au commencement d'une nouvelle phrase ou d'un verset une lettre un peu plu» grande et qui débordait sur les autres lignes. Les vides en blanc suppléaient encore aux interponctions ; et c'est la plus ancienne manière de ponctuer. Ces espaces vides, servant de points et de virgules, donnèrent naissance à la distinction de chaque mot dans l'écriture des manuscrits et des diplômes. Dans le vii° siècle, les séparations de mots commencent à se montrer plus fréquemment, et dans le viii° elles deviennent plus nombreuses.

La ponctuation succéda à la distinction du discours par versets et aux intervalles laissés en blanc pour marquer les divers membres et la fin de la phrase. Selon Montfaucon, la ponctuation des manuscrits ne remonte pas au delà d Aristophane de Byzance, qui vivait environ deux cents ans avant l'ère chrétienne. Ce grammairien inventa les signes des différentes distinctions du discours, et ces signes ne consistaient que dans un seul point, mis tantôt en haut, tantôt en bas, et tantôt au milieu de la dernière lettre. Le point placé en haut de la lettre indiquait le sens fini ou la distinction parfaite. Le point mis au bas désignait la petite pause ou sous-disiinction. Le point marqué au milieii était le signe d'une pause plus grande, mais qui laissait encore l'esprit en suspens. On remarque ces différentes positions du point dans le Virgile de Médicis, corrigé par Apronien en l'an 41H.

Quoique la virgule ne soit pas aussi ancienne que le point, on la rencontre dans des maiiuscrits qui remontent au commencement du vi= siècle. Sa forme et surtout sa position ne sont pas toujours les mêmes. Elle ressemble quelquefois à une petite s, h un accent circonflexe, h un v diversement incliné. Quand elle ne s'éloigne pas de la forme actuelle, le trait courbe qui sert i la représenter prenait toutes les positions intermédiaires. Dans plusieurs manuscrits antérieurs au viii' siècle, le point et la virgule se combinent ensemble potir former notre point-virgule (;). A compter du VIII" siècle, la ponctuation devint plus ordinaire, mais sans règle certaine, le même signe servant à la fois pour séparer les mots et pour indiquer les divisions du sens, ou plusieurs signes de forme différente remplissant les mêmes fonctions. Après le X' siècle, rien de plus ordinaire que de rencontrer le point surmonté d'une ligne ondulée, ou d'une courbe semblable à celle qui indique les syllabes brèves dans les livres de prosodie.

Au xvi« siècle, les règles de la ponctuation n'étaient pas encore universellement observées. Ce résultat peut s'expliquer par la négligence ou l'ignorance des copistes. Denys Sauvage, historiographe du roi Henri II, avoue qu'il lui a falu suuventes fois deviner dans la lecture des manuscrits de Froissart, principalement m fnute de les avoir trouvés ponctués. Les règles posées par les anciens grammairiens étaient donc inconnues de la plupart des copistes, et les premiers imprimeurs ne suivirent pas non plus un système uniforme. Toutefois les bonnes traditions se retrouvent dans un petit nombre d'éditions du xV siècle; quelques copistes soigneux y étaient d'ailleurs restés fidèles. La typographie n'eut, à vrai dire, qu'un choix \ faire dans les anciens manuscrits pour y rassembler les différents signes qu'elle emploie aujourd'hui. Etienne Dolet, imprimeur à Lyon, publia * en \hW un petit traité de ponctuation dans lequel il assigne le rôle de chaque signe. 11 semble n.^ pas connaître le point-virgule, qui est remplacé j par le deux-points. Son système est assez arbi ' traire ; mais c'est celui de son temps, si l'on en 'juge par ces paroles : « Lisant les bons authcurs, ! et bien imprimés tu pourras congnoistre ma tra- ! dition estre vraie. »

PONCTUATION

PONCTUATION

A partir du xviii' siècle, la ponctuation devientà peu près uiiironne dans les langues néo-latines et dans les langues germaniques. Avec le xix' siècle une amélioration importante s'introduit dans les livres : la différence entre la fonction du pointvirgule et celle du deux-points se précise. Au lieu de les confondre et de les cmpiojer l'un pour l'autre, on assigne à chacun d'eux son véritable rôle, en se fondant uniquement sur la structure de la phrase et sur les besoins do la clarté.

Analyse logique. — La ponctuation ayant pour base les rapports logiques des différents membres d'une phrase, nous croyons devoir rappeler succinctement les principaux termes employés dans l'enseignement de l'analyse logique.

Toute proposition est l'énoncé d'un jugement. Elle se compose de trois termes essentiels, savoir : le sujet, le verbe et l'attritiut.

Le sujet est simple quand il n'exprime qu'une idée.

L'attribut est simple lorsqu'il n'exprime qu'une seule qualité du sujet.

La réunion de ces deux conditions constitue une proposition simple :

L'homme est mortel.

Les compléments d'une proposition sont des idées secondaires qui s'ajoutent aux idées principales pour les compléter ou les modifier. Un complément est déterminatif, quand il précise la signification du substantif auquel il est joint :

Le livre de Pierre.

Le complément ou régime direct est celui qui reçoit l'action exprimée par le verbe :

J'aime Dieu.

Le complément indirect est celui qui s'unit par le moyen d'une préposition au mot dont il dépend :

Le juste obéît aux lois.

Une phrase se compose ordinairement de plu sieurs propositions.

On appelle proposition principale celle à laquelle se rattachent une ou plusieurs propositions secondaires ou subordonnées :

Je crois que Dieu est juste.

Craignez Dieu qui puait les méchaats.

La proposition participe est celle dont le verbe est un participe :

Les parts étant faites, le lion parla ainsi.

Parmi les propositions subordonnées, les plus importantes à reconnaître au point de vue de la ponctuation sont les propositions incidentes . Ce sont celles qui sont ajoutées à, la proposition principale pour en déterminer ou en expliquer le sens, ou pour y ajouter quelque circonstance. Il y a donc deux sortes de propositions incidentes : les détermiaatives et les explicatives.

Les incidentes determinatives restreignent ou précisent la signification de la proposition principale :.

Les livres que vous m'avez prêtés ne me plaisent pas.

Les incidentes explicatives ajoutent une explication, un développement à. la proposition priacipale :

L'homme, qui est un être raisonnable, devrait s'attacher à régler ses passions.

Le caractère fondamental de l'incidente déterminative est de se rattacher à la proposition principale d'une manière tellement intime, qu'on ne saurait l'en séparer sans dénaturer le sens de la phrase. Elle doit donc rester on contact avec les

mots qu'elle détermine. C'est pour rendre ce con tact visible que nous avons écrit sans aucune interposition de ponctuation :

Les livres que vous m'avez prêtés ne me plaisent pas.

Au contraire, l'incidente explicative devra toujours être isolée pour le regard, comme elle l'est pour l'esprit :

L'homme, qui est un être raisnimabla, devrait s'attacher à régler ses passions.

Enfin nous appellerons incise une petite phrase qui, formant un sens partiel, entre dans le sens total de la proposition :

Signes de ponctuation. — Il y a quatre signes principaux, qui à lii rigueur pourraient suffire à tous les cas possibles. Ce sont : la virgule (,), le point' virgule ( ; ), le deux-points ( : ) et le point (.).

Les grammairiens y en ont ajouté trois autres : le point d'interrogation (?), le point d'exclamation ( 1 ), les points suspensifs (...).

Enfin les imprimeurs en ont introduit quelques autres, qui sont plutôt des signes typographiques. Ce sont : les parenthèses ( ), les guillemets a », et le tiret — , que les typographes appellent mdns, h. cause de sa signification en arithmétique.

\. — DE LA VjRSULE,

La virgule (du mot latin virguln, qui signifie petit biUun, petite verge) est le plus faible de tous les signes de ponctuation; c'est aussi le plus fréquemment employé. Il faut se garder d'en faire un usage abusif et d'imiter les écrivains et les imprimeurs qui, sous prétexte de faire ressortir les moindres circonstances do temps, de lieu, de manière, mettent entre deux virgules la plupart des incises. Ici comme en toute chose, ce qui n'est pas utile est nuisible. Nous poserons donc comme règle générale : Quand toutes les parties d'une phrase sont tellement unies entre elles qu'elles ne présentent aucune séparation dans la pensée, il faut s'abstenir de toute ponctuation, quelque longue que soit la phrase. Exemple :

La tyrannie d'un prince ne met pas un État plus |)rès de sa ruine que l'indifférence pour le bien commun n'y met une république.

Il serait difficile de lire cette phrase, qui contient vingt-quatre mots, sans faire au moins une pause. La place naturelle do ce repos serait après le mot rui7ie. Mais il est facile de voir que, les mots plus près... que étant grammaticalement et logiquement inséparables, il n'y a pas plus de raison pour mettre une virgule après le motruine qu'il n'y en aurait à en placer une dans des phrases de construction semblable, mais moins longues. Exemple :

L'Étal est plus près de sa ruine que de sa prospérité.

Cet exemple et les suivants démontrent clairement la différence que nous avons établie plus haut entre la pause oratoire et la ponctuation écrite :

Une autre suite du principe de la guerre continuelle fut que les Romains ne firent jamais la paix que vainqueurs.

La dernière chose qu'on trouve en faisant un ouvrage est de savoir celle qu'il faut mettre la première.

Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que; quand on le fait par conscience.

Ce principe nous conduit à cette règle fondamentale : Quand le sujet d'une phrase est formé d'une longue suite de mots inséparables, il est

PONCTUATION

PONCTUATION

interdit de séparer par une virgule le sujet de son verbe. Exemple :

Vn des plus beaux artifices des Égyptiens pour conserver leurs .tnciennes maximes était de les revêtir de certaines cérémonies qui les imprimaient dans les esprits.

Cela posé, nous allons étudier l'emploi de la virgule dans les nombreuses formes que peut affecter une phrase ; et pour répandre un peu de clarté dans une matière assez étendue, nous suivrons l'ordre des parties du discours.

SCnSTANTIFS.

Sdjets. — Sujets simples. — On sépare par une virgule tous les sujets d'un même verbe :

Les femmes, les enfants, les -vieillards, furent massacrés sans pitié.

La virgule placée entre le dernier substantif et le verbe est indispensable, parce que le verbe ne se rapporte pas seulement au mot rieil/ards, mais aussi aux deux autres sujets.

Sujet principal. — Quand plusieurs sujets d'un verbe forment une énumération résumée par un des mots aucun, chacun, tout, rien, etc., on ne met pas de virgule après le mot qui, devenu sujet principal, commande le verbe :

Femmes, vieillards, enfants, tout fut massacré sans pitié. Ce sacrifice, votre intérêt, votre honneur. Dieu vous les commande.

Sujets réunis pnr et ou par ou. — On ne met pas de virgule entre le sujet et le verbe lorsque les substantifs sont réunis par les conjonctions et et ou :

Le soleil et la lune éclairent le monde.

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse

Sujets suivis d'un complément. — Lorsque les substantifs ont un complément, la virgule se met après chacun de ces compléments :

La sagesse de Nerva. ia cloire de Trajan, la valeur d'Adrien, la vertu des deux Antonins, se firent respecter des soldats.

Sujets réunis par et. — Quand le sujet de la proposition se compose de plusieurs termes réunis deux à deux par et, on place une virgule entre chaque groupe :

Et le riche et le pauvre, et le faible et le fort, Vont tous également des douleurs à la mort.

Inversion du sujet. — Précédé de sou verbe, le sujet ne prend pas de virgule :

Périsse le Troyen, auteur de nos alarmes I

RÉGIMES. — Régimes simples. — Les régimes ou compléments sont soumis à la môme règle que les sujets, c'est-à-dire qu'on sépare par une virgule tous les compléments d'un même verbe, soit ■directs, soit indirects :

Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs. J'ai fourni mes chariots, mes chevaux, mes bœufs, mes <lomestiques, mes manœuvres, ma contribution.

Régimes suivis d'un complément. — La virgule se met après chaque complément :

une virgule après le nom s'il se trouve au commencement de la phrase, et entre deux virgules s'il est dans le corps de la phrase :

Prêtres, voilà le roi que je vous ai promis.

Avant que d'entendre l'histoire de ma vie, écoute, ami lecteur, un conte que je vais te faire.

Car toi, loup, tu te plains quoiqu'on ne t'ait rien pris,

Et toi, renard, as pris ce que l'on te demande.

Noms en apposition. — L'apposition est l'état de deux substantifs qui se rapportent l'un à l'autre et se suivent immédiatement : U?îe table, meuble utile. Pierre apôtre.

Le substantif mis en apposition est tantôt explicatif, tantôt déterminatif.

Dans le premier cas on le place entre deux virgules :

Sylla, homme emporté, mène violemment les Romains à liberté ; Auguste, rusé tyran, les conduit doucement à

(itude

Nos bons éeriva

mployaicnt toujo

, Fénelon, Bossuet, Ra ; le mot propre.

e, Despréa

Bocehorii îité pour le;

• de la glo

umanité pour les étrangers, ni curioi estime pour les hommes vertueux.

Inversion du régime direct ou indirect. — Même «bservation que pour l'inversion du sujet :

Quel funeste artifice il me fallut chercher ! A travers les soldats il court d'un pas rapide. Néron de vos discours commence ii se lasser.

Noms en apostrophe. — Quand on adresse la parole à une personne ou à une chose, on met

Dans le second cas la virgule doit disparaître : Après le 18 bi Laplacc fut appelé ;

Si dans cet exemple on mettait M. de Laplace entre deux virgules, on semblerait dire qu'il n'y avait alors qu'un seul mathématicien illustre : ce qui ne serait pas exact. Cette faute est assez fréquente chez les écrivains et les typographes.

Noms de nombre. — Dans l'enseignement de la numération écrite, on prescrit de séparer les nombres en tranches de trois chiffres à partir de la droite. Cette séparation est marquée tantôt par des points, tantôt par des virgules. Cet usage, très utile au tableau, ne saurait sans inconvénient être introduit dan< les devoirs des élèves. En arithmétique, la virgule a une fonction bien déterminée : elle sert à séparer la partit entière d'un nombre de sa partie décimale. Ainsi .32,457 représente trente-deux unités quatre cent cinquante-sept millièmes , et non trente-deux mille quatre cent cinquante-sept unités. Cependant, dans les écrits ou imprimés qui traitent de matières financières, on ne manque presque jamais de séparer par une virgule les tranches des nombres entiers. Des livres de banque cet abus a passé dans d'autres ouvrages. Pour éviter la confusion ou l'erreur qui pourrait résulter de l'emploi de la virgule dans la transcription des nombres entiers, il existe un moyen bien simple : c'est de mettre un certain écartoment entre les tranches des nombres qui contiennent plus de quatre chiffres. Puisque l'emploi de la virgule séparative n'a été imaginé que pour rendre la lecture des nombres plus facile, on obtiendra le même résultat par l'espacement des tranches. Ainsi, au lieu d'écrire 3'2,-iô7,C'.lO, on mettra 3--' 457 690. Nous avons dit qu'il ne faut étendre cet écartement qu'aux nombres de plus de quatre chiffres. C'est qu'en effet la lecture des nombres qui n'ont pas plus de quatre chiffres n'offre aucune difficulté : l'enfant le moins exercé les embrasse du premier coup d'œil. D'ailleurs il n'est jamais venu à l'idée de personne d'introduire une virgule dans les millésimes : par exemple, l'an 1880.

La même règle s'applique à la numération écrite. Ainsi l'on écrira sans virgules :

lille cinq cent vingt- Trois hectares quatre ares cinquante-neuf centiares.

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