‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 264 sur 459 · POUDRE A CANON — 1703 — POUDRE A CANON · texte numérisé non relu

POUDRE A CANON — 1703 — POUDRE A CANON

de navires, ce sont là ses plus réi^Ues prouesses, et qui ne prouvent pas des facultés bien pai'ticuliènjs, car cette besogne de dévastation n'est pas de difficile accomplissement : le moindre composé résineux s'en acquitte i merveille. Quant à ses usages dans la guerre ordinaire, nous pourrions citer, par exemple, le témoignage bien autorisé de Joinville, qui, l'ayant vu souvent à l'œuvre pendant la première expédition de saint Louis, affirme qu'on en pouvait être pour ainsi dire couvert sans en éprouver « grand déplaisir <>, et qui, de plus, dément complètement l'impossibilité où l'on aurait été de l'éteindre. Il y a donc une part toute légendaire dans le renom de cette sorte de miraculeuse invention, qui semble n'avoir été qu'un très vulgaire mélange de naphte, de résine, de soufre, et autres corps facilement inllammables et d'une combustion persistante, que l'on jetait ou lançait à l'aide d'appareils plus ou moins ingénieux. D'ailleurs nul doute qu'on n'ait ramené à celte seule dénomination de feu grégeois maints composés incendiaires de natures bien différentes. Quoi qu'il en soit, et si terrible qu'ait été la réputation du feu grégeois, son rôle réel doit nous paraître bien effacé quand nous songeons à celui qu'a joué depuis la poudre à canon, u Depuis », disons-nous, peut-être à tort, car les avis étant en absolu désaccord sur l'origine, parmi nous, do cette dernière composition, nous croyons être dans le vrai en la faisant remonter, par un peuple aux très lointaines annales, à des temps bien antérieurs à ceux que terrifia la légende plus que l'histoire du feu grégeois. Chez nous en effet les uns ont voulu en attribuer l'invention à Roger Bacon, moine anglais qui au xiii' siècle dut à son grand savoir d'être obstinément persécute pour prétendu crime de sorcellerie ; d'autres, la retardant d'un siècle, l'ont prêtée îi certain bénédictin allemand du nom de Benhold Schwartz, qui semblerait avoir eu, lui aussi, dans l'opinion de ses contemporains, des connivences avec l'esprit malin. Toujours est-il que pour les siècles qui ont précédé le nôtre, le moine chercheur et le diable inspirateur sembleraient inséparables dans l'opinion vulgaire, à propos de cette découverte. C'est d'ailleurs ce que consacre le frontispice des plus vieux traités de pyrotechnie, où l'on voit un religieux entouré de balances, de creusets, pilant k tour de bras dans un mortier les substances explosives, pendant que derrière lui Satan, pieds fourchus, tête cornue, langue tirée et queue frétillante, donne les signes du plus vif coiitentemciit. Et comme en réalité il est possible de trouver des textes antérieurs, où l'on reconnaît non pas la poudre h canon proprement dite, mais des mélanges analogues où peu i peu s^introduisent les V^érilables éléments de sa composition, nous ne devons pas hésiter à reconnaître que l'invention première de la poudre remonte en principe aux Chinois. Les Chinois, en effet, connurentde toute antiquité des compositions détonantes ayant pour base le salpêtre, qui, comme on l'a très justement remarqué, abonde chez eux à l'étaid'inflorescence fréquente du sol. De toute intiquité, ils surent tirer parti de cette substance, dont ils eurent bientôt observé la propriété /usante, et •S ils n'ont jamais fait de remarquables progrès en 1 art de la balistique, au moins furent-ils longtemps et peut-être même sont-ils encore sans rivaux comme artificiers d'agrément. Donc, partie de 1 exirême Orient, la poudre à artifice, d'abord connue et employée par les Arabes, puis parles Turcs comme adjuvant des compositions de feux grégeois jusque-li formées plus particulièrement de résines, d'huiles minérales, dut graduellement arriver, par les études des alchimistes, par les essais des praticiens spéciaux, à l'état de corps essentiellement explosif, préparant les terribles destinées de l'artillerie moderne.

Ce fut incontestablement au retour des croisades, où ils avaient vu des tuOns lançnnt du ft:u, que les Occidentaux, qui avaient surpris plus ou moins e.xactoment le secret des préparations employées par leurs adversaires, tentèrent de faire usage de m.achines analogues. Mais nulle date certaine, nulle mention précisant que tel ou tel peuple se servit de la poudre et du canon comme agent, ou comme arme absolument nouvelle.

Longtemps on avait tenu pour premier en date dans l'histoire de l'artillerie le passage où l'roissard attestait que le gain de la bataille de Crrcy, de si désastreuse mémoire en nos annales, et livrée en 1.3i6, était dû aux canons qu'employèrent les Anglais ; mais un chercheur aussi patient qu'habile, M. L. Larchey, est dernièrement venu témoigner, documents en mains, que lors du siège soutenu en 13'1't par la ville de Metz, les assiégés sortirent un jour avec une couleuvrine et un canon, dont les effets causèrent une telle frayeur aux assiégeants qu'un de leurs chefs fit aussitôt sonner la retraite. Il est en outre prouvé aujourd'hui qu'en 132G, les Florentins avaient, pour la défense de leur ville, plusieurs pièces d'artillerie lançant des projectiles dum'lal. (Ce que nous notons, parce que longtemps on ne se servit guère pour les pièces de gros calibre que de boulets en pierre taillée, tandis que celles de moindres dimensions étaient chargées avec des cailloux. L'époque n'est pas d'ailleurs si éloignée où les pierriers ou canons à lancer des pierres, des galets pris sur les grèves, faisaient partie de l'armement régulier des navires.) Pendant tout le xiV siècle, des documents font foi qu'un grand nombre de villes ou de corps armés avaient dos canons. Et parmi toutes ces mentions, aucune, remarquons- le encore une fois, no semble attester que ce mode d'armement constituât une innovation. Nous devons donc reconnaître que si le xiv" siècle vit l'enfance des armes à feu, il put fort bien n'en pas voir, si nous osons ainsi dire, la naissance. Nous pourrions encore citer un passage du Traité des plaies d'arquebuses, par Ambroise l'are, qui dit, mais sans indiquer la source de ce renseignement, qui> l'on fit usage des bortibardes dans une bataille navale livrée au xii* siècle sur les côtes d'Espagne. Quoi qu'il en soit, longtemps encore devait se prolonger l'âge vraiment primitif des canons et autres « bâtons à feu », comme on disait alors, ([ui souvent, par leur construction défectueuse et l'incertitude des dosages de la poudre, faisaient courir de réels dangers à ceux qui les employaient. Si les progrès ne furent pas décisifs, n'en accusons pas cependant le défaut d'ingéniosité des chercheurs et des constructeurs, car 01 n'imaginerait que difficilement la variété qui existait alors dans les armes e. engins à poudre. Ecoutons par exemple ce que disait, dans la dernière moitié du xvi° siècle, ce même Ambroise Parc dont nous évoquions tout à l'heure le témoignage, et qui, placé mieux que personne pour ' auprécier les terribles effets de la poudre, ne savait proférer assez d'exécrations contre l'auteur ; de tels maux. Après s'être félicité que le nom et '' la profession de l'inventeur des bombardes soit resté ignoré de tous comme indigne de mémoire ! pour Une si malheureuse et damnable invention, ! " Depuis, continue-t-il, à cette invention, en soi j rude et imparfaite, le temps, l'art et surtout la I malice des hommes ont beaucoup ajouté. De li sont venus ces horribles monstres de canons, ; doubles canons, mousquets et pièces de campagne; ces furieuses bêtes de coulcvrines, serpentines, dragonneaux, basilics, faucons, fauconneaux, sacres, fiùtes, orgues et autres espèces, I toutes de divers noms non seulement pris de leurs figures et qualités, mais bien davantage da 1 leur effet et cruauté. En quoi certes se sont

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montrés sages et bien entendus ceux qui leur

ont impose de tels noms, pris non seulement des animaux les plus ravissants comme sacres (gorfautsl et faucons, mais aussi des plus pernicieux ennemis du genre humain, comme serpents, basilics, etc., pour montrer que telles machines n'ont été inventées à autre fin et intention que pour lavir promptement et cruellement la vie aux hommes, et qu'en les entendant seulement nommer, nous les eussions en horreur et détestation. De cette misérable boutique et magasin de cruauté sont venus les mines, contremines, sapes, pots à feu, grenades, fagots brûlants, carreaux, carcasses d'enfer (machines infernales), très misérables inventions, par lesquelles nous voyons souvent une milliasse de pauvres hommes fricassés sous une mine ou casemate, et les autres en l'ardeur du combat qui, quoique légèrement blessés par quelques-uns de ces engins, brûlent cruellement dans leurs liarnois... « On le voit, le nombre était grand des instruments ou des dispositions imaginés pour utiliser avec plus d'efficacité l'agent explosif; et il y a cela de curieux à noter que, dès le xvi« siècle, nous trouvons découverts les principes sur lesquels devaient reposer la plupart des systèmes qui ont successivement amené les derniers perfectionnements des armes à feu. Citons par exemple Vorgiie, qui n'est autre qu'un ensemble de tuyaux à feu montés sur un même affût en plusieurs rangées, auxquels la même traînée de poudre mettait le feu : point de départ évident de la mitrailleuse. Presque dès le même temps aussi nous trouvons le bâton à feu se chargeant par la culasse, et même celui qui peut tirer plusieurs coups avec le môme canon, à l'aide d'un culot tournant, présentant des cartouches successives; nous ne pouvons que reconnaître les ancêtres indéniables du moderne refolier et d'autres armes analogues, etc.

Après avoir abominé la poudre et les armes à feu. Paré conclut ainsi: « De même qu'h bon droit nous détestons les auteurs de si dommageables et pernicieuses inventions, de même nous devons au contraire estimer dignes de grandes louanges ceux qui tâchent de ilétmo-ner les princes et rois de la pratique d'aussi miséraltles et funestes marhines.» Dans ce dernier passage le père de la chirurgie française non seulement traduit une aversion personnelle, mais encore il s'attend d'autant mieux à ce que ses paroles trouvent de l'écho que, depuis l'adoption des nouveaux engins de destruction, toujours parmi les gens qui approchaient 0 les princes et rois », les plus braves, les plus vaillants s'étaient signalés par leur obstination à déconseiller, à répudier même un système qui d'après eux était à la guerre tout son noble caractère. L'usage de la poudre en effet ne tendait à rien moins qu'à faire prédominer l'art technique et mécanique de déiiuire sur les vertus militaires ; et il va de soi que l'esprit chevaleresque, encore de mise en ces temps-là, s'accordait mal de cette dérogation à ses fiers privilèges. Longtemps d'ailleurs, dans les armées, où toute la gentilhommerie gardait ses anciens modes de s'armer etde combattre, le maniement des engins à pondre fut laissé à des soldats ou servants d'ordre inférieur. Cette déconsidération morale pourrait au besoin expliquer la lenteur des progrès que firent pratiquement ces armes.

Vers le commencement du xvii« siècle cependant, quelques heureux perfectionnements apportés aux engins portatifs ayant permis d'établir des corps nombreux qui s'en servaient exclusivement, et des actions décisives ayant démontré les bons effets de leur usage, force fut à l'antique tradition de céder la place aux nouvelles méthodes. Ce fut seulement alors que disparurent les derniers chevaliers bardés de fer, et que les

I chefs d'armées, aussi bien que leurs plus noble» auxiliaires, acceptèrent le concours régulier, constant de la poudre, tant pour servir les combinaisons stratégiques que pour venir en aide h l'intrépidité iiidividuelle. Ainsi commença pour les

' hommes de guerre une période bi-séculaire durant laquelle, au cours de longues, de terribles luttes, étant donné que la science balistique et les arts divers qu'elle embrasse s'attardaient encore en des progrès tout relatifs, la poudre laissa une part très notable encore aux manifestations de la valeur personnelle.

A notre époque enfin, il semble en être fait de cette dernière concession à l'héroïsme guerrier; au seul emploi perfectionné de la poudre semblent en quelque sorte devoir revenir tous les mérites et tous les succès : par leur immense portée, par leur impitcyablo précision, les engins actuels tendent à être tout et à faire tout, en la terrible besogne que trop souvent réclament d'eux les rivalités internationales ou les dissensions intestines. Sur terre, plus de luttes où l'homme se mesure à l'homme, car très souvent c'est presque sans que les combattants se soient vus distincti ment à l'œil nu qu'une armée peut être détruite, et le sort d'une bataille décidé ; sur mer, plus de ces abordages où l'audace, l'intrépidité forçaient l'admiration à ne plus voir les horreurs du carnage. Des léviathans de fer rasant l'onde se canonnent et s'éventrent à longue distance. De la côte, à peine aperçue à l'horizon, arrive une masse d'acier sur un géant bardé, qui sombre, et tout est fait, tout est dit. Voilà ce que la poudre, maniée avec toute Yingéninsité dont notre savant siècle est capable, a fait de la guerre. Toujours épouvantable, toujours barbare, la guerre empruntait cependant un prestige réel, une grandeur indéniable à l'intervention directe, immédiate et souventsuperbe des combattants; mais, transformée ainsi en opération purement mécanique, elle nous porte à regretter ses primitifs mais héroïques débuts. A la vérité, l'on aime à penser que, par ces raffinements inouïs, l'art de la guerre, nousdevrions dire l'art des armes à poudre, qui d'ailleurs absorbe aujourd'hui tant de milliards au détriment de tant d'autres progrès pacifiques, tend à se paralyser dans l'extension de sa propre puissance, et à faire que l'effort et la résistance s'annihilent réciproquement. Dieu veuille que vienne le jour où il en sera ainsi. Toutefois l'échéance n'en est pas si proche que nous puissions dédaigner d'avoir quelques notions sur la nature de l'agent qui, depuis six ou huit siècles, tient tant de place dans nos histoires.

La force explosive ou balistique de la poudre est due, chacun le sait, aux gaz qui se développent lors de son inflammation, et qui, pouvant occuper un espace consrdérablement plus vaste que celui où la poudre a été renfermée, tendent, selon la disposition des lieux ou des appareils où on l'emploie, soit à briser les parois qui la coiuiennent, soit à chasser, par un orifice ménagé à cet efîet, un corps mobile qui devient le projectile. On s'explipliquera l'effort produit en appi-enant que, d'après les calculs les mieux établis, le volume des gaz résultant de l'inflammation de la poudre est égal à 4 0110 fois son volume primitif. Chacun sait aussi que trois substances entrent dans la composition de la poudre : salpêtre, ou azotate de potasse, charbon et soufre. Le salpêtre vient là comme générateur principal des gaz, à la rapide formation desquels contribue d'ailleurs le charbon, qui en ajoute un certain contingent; quant :iu soufre, qui n'est pas cependant sans participer à la transformation gazéiforme dos deux autres corps, il est plus spécialement appelé à faciliter l'inflammation du composé. Somme toute, l'indispensable présence de chacune des trois substances, quelle que soit

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