‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 265 sur 459 · POUSSIÈRES · texte numérisé non relu

POUSSIÈRES

la nature ou l'importaiiri.' do son rôle, a toujours été si bien reconnue que non seulement l'idée n'est pas venue de tendre h en supprimer aucune, mais encore qu'il n'y a jamais eu que do léi^ères variantes dans les proportions d'abord fixées pour le mélange. A une certaine époque cependant, et dans le but d'ailleurs illusoire d'en accroître la puissance, on y introduisit une certaine proportion d'arsenic. C'est niiime h cela qu'il faut attribuer, bien que cette adjonction ait été presque aussitôt abandonnée, l'ancien préjugé prêtant un caractère vénéneux aux blessures faites par dos projectiles lancés i l'aide de la poudre. En vertu de cette opinion, les cliirurgiens se croj aient tenus d'arroser d'Iiuile bouillante les plaies ainsi faites, cruauté inutile dont Ambroise Paré eut la gloire d'abolir la pratique. Aujourd'Imi les variantes de composition sont surtout déterminées par l'emploi auquel les poudres (car il y en a de plusieurs sortes) sont destinées. Etant reconnu, par exemple, que c'est au soufre que sont principalement dus les résidus produisant l'encrassement des instruments de tir, il va de soi que l'on tend à en diminuer le plus possible les quantités pour les poudres destinées au service des armes de petite dimension, tandis qu'on pourra sans inconvénient les augmenter pour le tir du canon, et bien plus encore quand il s'agira de la poudre de mine, dans l'usage de laquelle il no saurait être question d'encrassement des blocs à faire sauter.- En France donc les formules actuelles de composition des poudres sont les suivantes : poudre h canon, pour lOn parties, salpêtre 75, soufre 12,5, charbon 12,.i; poudre h fusil de guerre (dite à mousquet), salpêtre 'li, soufre 10,5, cbarbon 15,5; poudre de cliasse, salpêtre 78, soufre 10, charbon 12; poudre de mine, salpêtre t>2, soufre 18, charbon 20. Dans les principaux pays d'Europe les formules de la poudre de guerre ou à fusil sont les suivantes (le premier chiffre se rapportant au salpêtre, le second au soufre, le troisième au charbon) : Allemagne 75, 11,5, 13,5; Suisse 76, 10, 14; Espagne 7i;,5, 10,8, 12,7; Russie 75, 10, 15; Angleterre 7.S, 9, 16; Portugal 75,7, 10,7, 13,6. La poudre chinoise, toujours la même depuis bien des siècles, a pour formule : salpêtre, 75,7 ; sou- Ire, 9,9; charbon, l'i,4.

Etant donnés ces divers dosages, qui, on le voit, diffèrent bien peu, et dont l'observation précise est d'une grande importance pour la qualité des poudres, nous devons remarquer une autre condition de fabrication qui ne concourt pas moins à l'excellence des résultats. A l'origine, et longtemps même après l'invention, le mélange intime des substances était fait par la pulvérisation ; on employait la poudre en cet état primitif (auquel d'ailleurs elle doit son nom). Plus tard on eut la preuve qu'il y avait avantage à granuler la poudre, linflammation étant beaucoup plus rapide quand le feu venant d'un grain peut se répandre dans les interstices dos autres, que quand le pulvérin forme masse. Depuis, la granulation a toujours été l'objet d'un soin particulier. On la fait varier toutefois pour les diverses espèces de poudres. Par exemple, la poudre à canon et la poudn^ de mine sont en grains mesurant jusqu'à 2 millimètres et demi, tandis que les grains de la poudre à mousquet no dépassent jamais 1 millimètre, et ceux de la poudre de chabse surfine un quart do millimètre.

La fabrication de la poudre nécessite dos matières de premier choix. Le salpêtre doit être amené au plus parfait degré de raffinement. On n'emploie que du soufre obtenu par distillation du souf.e brut du commerce. Quant au charbon, qui, selon la qualiié de poudre, est fourni par de jeunes branches de châtaignier, bourdaine, saule, fusain, peuplier, tilleul, etc., que l'on a eu le soin d'écorcer, il est ordinairement préparé dans des cylin-

dres de fonte, où il y a souvent même moins carbonisation proprement dite qu'extraction des parties aqueuses et torréfaction du ligneux. Les trois substances ayant été d'abord triturées, on en opère le mélange intime en les plaçant d'abord dans des tonneaux où elles tournent pendant huit ou dix heures, en compagnie d'un certain nombre debilles de bronze. On soumet ensuite ce mélange humecté soit à des pilons, soit i des meules d'un poids énorme, qui le broient longuement. L'on a alors une masse malléable qu'on laisse se ressuyer un peu de son humidité et que l'on soumet S la granulation, qui commence par un mouvement de la masse sur un crible où va et vient un bloc jouant le rôle de brisoir. C'est par des tamisages successifs que l'on arrive à la dimension égale des grains, que l'on met ensuite à sécher sur des toiles, quand ils sont à la grosseur voulue. La siccité obtenue, la fabrication est terminée pour les poudres de guerre ou de mine ; mais pour la poudre de chasse on procède à l'opération dite du liisage, qui doit donner du brillant aux grains, et qui consiste i faire tourner la poudre pendant quelques heures dans un cylindre dont le pourtour intérieur est garni de baguettes obligeant les grains i un frottement continuel les uns contre les autres. En dertiier lieu toujours, les poudres sont soumises à \'é/imcssetage, qui se fait sur des tamis à très petits trous, et qui a pour but d'enlever toutes les poussières pour ne laisser que des grains bien distincts.

En France, la fabrication et la vente de la poudre sont exclusivement réservées à l'Etat, et des peines graves sont applicables h la fabrication ou à la vente clandestines de ce produit. Il y a également interdiction d'introduire sur le territoire les poudres étrangères. Une administration spéciale, d'ailleurs fort importante, est chargée du service des poudreries, qui comprend une vingtaine d'établissements, tant usines épurant le salpêtre ou le soufre que procédant à la fabrication proprement dite des poudres, lesquelles no peiivent être livrées au public que par des entrepositaires débitants dûment autorisés.

Depuis quelques années la poudre à canon, jusque-là chargée à peu près seule de tous les effets balistiques ou explosifs nécessités par la guerre ou les travaux du génie civil, a cédé une grande et importante partie de sa lâche i de nouvelles combinaisons: niti-o-ylyeériiie, dynnmite, lilhofracteur, watasieite, etc., qui ne sont autres, du reste, que des applications du même principe sous des noms divers. Quoi(|ue récemment découvertes, ces substances ont déjà une histoire si féconde en terribles épisodes que le temps n'est pas loin où nous nous surprendrons à regretter le règne exclusif de « la vieille et bonne poudre à canon ». Puisse l'heure ne pas sonner où les re grets seront pour ces nouveaux venus.

[Eugène Muller.]

POUMONS. — V. Respiriilion et Ci'culation.

POUSSIÈRES UE L'ArMOSPIIÈRE ET UES EAUX. — Météorologie, I IV ; Hygiène, XVII. — L'air, en dehors de ses composés accidentels gazeux, tient pres(|ue toujours en suspension des poussières minérales, des poussières organiques mortes et des poussières org.iniques vivantes.

Poussières minh-ales. — Elles varient beaucoup suivant les pays et la force du vent. Elles peiivent être incommodes; il est très rare qu'elles nuisent à la santé, à moins qu'on ne vive habituellement dans une atmosphère qui en soit chargée, ou qu'elles no proviennent de substances vénéneuses. Les vents peuvent les transporter à de très grandes distances. Assez souvent on y remarque des globules microscopiques de fer qui proviennent des aérohtlies portés à l'incandescence par leur passage rapide au travers de notre atmosphère.

POUSSIERES

POUSSIERES

Poiisiicres oignniqiies mortes ou 7ion V!va7iies. 1 — Elks sont généralement composées de grains d'amidon cuit ou non cuit, de dobris d'épitliéliuni de la peau de l'homme ou des animaux, de débris de poils ou de tissus, etc. Elles sont, comme les précédentes, généralement sans aucun danger par elles-mêmes.

Poussié7-es organiques vivnnies. — On les distingue en deux classes : les spores de cryptogames, et les bactériens.

Les spores sont des sortes d'œufs ou de graines rudimentaires par lesquels certaines espèces végétales, les algues, les mousses, les licliens, les cliampignons, se propagent au loin. Plusieurs de ces plantes ont des dimensions relativement considérables; beaucoup d'entre elles, connues sous le nom vulgaire de moisissures, ont au contraire des proponions extrême ment petites et jouent un rôle considérable soit dans nos liabitations, soit dans la préparation ou la conservation de nos aliments. Certains fromages n'acquièrent leurs qualités que quand leur pâte est envahie par le mycélium de certains champignons microscopiques; au contraire, les conserves alimentaires périssent souvent par suite de l'invasion d'autres champignons. Le charbon et la carie du blé sont dus à des champignons dont les spores forment la poussière noire qui remplit les grains att.nqués. Or c'est du sol que part la plante; sa tige extrêmement ténue se prolonge au travers du chaume jusqu'à l'épi, où sa fructification s'effectue.

Les fructifications étant aériennes et les spores étant très légères, celles-ci sont prises et enlevées par les moindres brises: l'humidité ainsi que la chaleur étant d'autre part favorables au développement des moisissures, on ci mprend que le nombre des spores cryptogamiques contenues dans l'air augmente en été et diminue en hiver par l'effet de 1 inégalité des températures dans ces deux saisons; on comprend aussi qu'il égale température les temps humides en donnent plus que les temps secs. Les moyennes des nombres des spores cryptogamiques renfermés dans 1 mètre cube d'air du parc de Montsouris, à Paris, ont été de 3 000 en mars 18«u, de ' 000 en avril, de 4 "00 en mai et de 54 500 en juin de la même année.

Les bactériens et surtout leurs germes sont beaucoup plus petits que les spores de cryptogames; il en pourrait tenir huit on neuf cents côte à côte dans la longueur d'un millimètre; aussi passent-ils sans difficulté au travers de tous les filtres quand ils sont mêlés à l'eau. C'est parmi eux qu'on trouve les micrococcus du choléra des poules, de la vaccine, du croup (diphthérie) ; les bacilles du charbon et de la putréfaction; le vibrion de la pourriture d'hôpital, etc., et en général les germes des diverses maladies infectieuses. Les bactériens, comme les spores de cryptogames, croissent en nombre avec la température; mais, contrairement à ce qui a lieu pour les spores, leur nombre est d'autant plus grand dans l'air que le temps est plus sec, d'autant moindre que le temps est plus humide. Ils sont généralement beaucoup moins nombreux à l'air libre que les spores, et leur nombre moven par mètre cube a été trouvé, dans le parc de Montsouris, de 93 en mars, de .'iC en avril, de 181 en mai et de 39 en juin de l'année 1880. Mais il peut être de cinquante à cent fois plus élevé dans les salles mal tenues renfermant un grand nombre de personnes. L'évaporation spontanée d'un liquide en putiéfac-

tion n'en donne point à l'air; les émanations qui

se dégagent d'un sol infect n'en donnent pas davantage, tant que ce sol est humide. L'humidité fait adhérer fortement les bactériens aux particules solides sur lesquelles ils se fixent. Mais, dès que

le sol se dessèche, les vents les entraînent avec

les poussièies auxquelles ils adhèrent. Les

miasmes paludéens sont peu à craindre pendant les hautes eaux; ils sont surtout dangereux à l'arrière-saison, quand le niveau des eaux marécageuses baisse et que les sédiments qu'ils déposent sur leurs bords se dessèchent et livrent leur poussière aux vents. Le nombre relativement très grand de bactériens qu'on trouve dans l'air des hôpitaux, des casernes et de certains appartements, provient des poussières qui s'en détachent du sol et des murs et qu'un nettoyage à sec, non accompagné d'une aération suffisamment large, rejette périodiquement dans l'atmosphère. Sous ce rapport, le blanchiment des murs à la colle et au blanc d'Espagne est absolument mauvais^ surtout si on le compare au lait de chaux de nos campagnes. Mais, au blanchiment des ninrs à la chaux, répété au moins deux fois par an, dans les salles où séjournent beaucoup de monde, il faut joindre : le lavage du sol au moins une fois par semaine; son nettoyage quotidien soit au balai sec après arrosage, soit avec des linges humides, et une large aération par les fenêtres toutes grandes ouvertes chaque fois que la salle est inoccupée ou vient d'être nettoyée. Ces précautions, Tiéiessaires en tout temps, le sont particulièrement en temps d'épidémie.

Les bactériens sont beaucoup plus nombreux dans les eaux que dans l'air. Les eaux des sources limpides en contiennent fort peu quand on les prend à leur sortie même de la terre. Mais dans la plupart des villages de France, le lavoir public est mis à la source mémo, et les eaux pures qui s'en écoulent sont presque immédiatement contaminées parles microgermes des vêtements qu'on y lave. Puis, on jette à l'eau toutes les ordures du village. Aussi, tandis que les eaux de source, mémo celles qui proviennent des terres de Gennevilliers largement irriguées depuis huit ou dix ans avec les eaux des égouts de Paris, renferment de 10 à 20 bactéries par centimètre cube, que l'eau de pluie recueillie dans le parc de Montsouris en renferme 30 à 40. l'eau de la Vanne en arrivant h Montrouge en contient déji 00. Mais l'eau de Seine avant d'entrer à Paris en renferme de 1 '200 à 1 iOO. et plus de 3 000 par centimètre cube à sa sortie de Paris. Pour les eaux des égouts de Paris le nombre est de 20000. Fort heureusement, tous ces microgermes sont loin d'être nuisibles pour nous. Le plus grand nombre nous vient, au contraire, en aide en activant la nitrification de tous les déchets de la vie animale et végétale et en les préparant pour de nouvelles vies. Mais il en est, les uns connus et admirablement étudiés par M. Pasteur, les autres encore inconnus, qui, non contents de s'attaquer aux déchets de la vie, s'attaquent encore aux êtres vivants et les tuent. Tels sont entre autres les microgermes du charbon, du sang de rate, du choléra des poules, etc. Les animaux qu'ils ont fait |.érir, s'ils sont jetés à l'eau, y sèment leurs germes qui s'y multiplient et se propagent. Enfouis dans le sol, ils y déposent encore leurs germes qui y sont retenus avec une grande énergie ; mais le travail de la terre par Ihomme ou par les animaux (les vers de terre d'après les beaux travaux de M. Pasteur) peut les ramener à la surface où la sécheresse les livre aux vents. Les plantes, qui seraient impuissantes à les retirer du sol. peuvent se charger de ces poussières empoisonnées , et si les animaux qui s'en nourrissent ont quelque solution de continuité, quelque éraillure dans la muqueuse de la bouche ou de l'inteslin, ils s'inoculent le microgerme de l'infection. 11 faut enfouir l'animal moit des atteintes du mal, el l'enfouir dans un terrain choisi, aride ou sableux, et interdire aux autres d'aller paître sur cet emplacement.

Des épidémies graves peuvent incontestablement so transmettre par les microgermes errants '

PRAIRIES

PRAIRIES

de l'air ; mais ceux qui adhèrent aux poussières des lieux liabitos et aux vêtements niême<, ou ceux qui se trouvent molanp;és aux boissons ou aux aliments, sont bien plus il craindre, en temps d'èpidèmifl surtout, et ce sont ceux dont souvent on se défie le moins. Les désinfectants chimiques, les feux de plantes aromatiques dans les rues et les habitations, ne sont que des palliatifs sans efficacité réelle. Une propreté rigoureuse du corps et des habitations ; une aération largo, prolongée et fréquente des chambres à coucher; une vie sobre, active, le plus possible au grand air ; l'usage d'aliments cuits et de boissons bouillies, telles que des infusions ; telles sont les précautions les plus efficaces en temps d'épidémie, comme en temps ordinaire. A cela se joint naturellement l'inoculation de la vaccine contre la seule maladie qui le comporte actuellement : la variole. |Marié-Davy.]

PRAIRIES. — Agriculture, X. — On appelle prairie toute surface produisant du fourrage h faucher ou i pâturer, que ce fourrage provienne de semis ou qu'il ait poussé naturellement. On distingue les prairies nulurelles ou permanentes, dans lesquelles l'ensemencement a été fait par la voie de dissémination naturelle des graines, et les prairies artificielles ou temporaires, semées par l'homme et durant seulement un petit nombre d'années. Il y a lieu de distinguer aussi entre les prairies à faucher et les prairies à pâturer ; les premières sont communément appelées simplement prairies, et les secondes sont désignées par le nom de pâtures. Le produit des prairies fauchées est b- plus souvent converti en foin, c'est-à-dire desséché par l'action du soleil, de manière à pouvoir être consommé en toutes saisons et dans toutes les ciiconstances.

Prairies nutwelles. — Les prairies naturelles ou permanentes ne sont jamais formées par une seule espèce de plantes; elles sont constituées par des mélanges, en proportions variables, de plantes herbacées appartenant à un grand nombre de familles naturelles, mais dans lesquelles les graminées et les légumineuses entrent pour la plus grande part. Chaque nature de terrain se couvre, suivant le climat, d'une végétation qui l\ii est propre ; c'est cette végétation qui fait le plus souvent le fond de la prairie. Les plantes qui constituent les prairies ont des valeurs très diverses au point de vue de l'alimentation du bétail. Suivant leur prédominance, elles donnent leurs qualités ou leurs défauts à l'ensemble du fourrage. Ces plantes forment trois grands groupes suivant qu'elles viennent principalement dans les terrains humides, les terrains frais ou les terrains secs; on pourrait y ajouter un quatrième groupe, celui des plantes propres aux terres acides.

Dans le premier groupe, on trouve comme plantes principales les fétuques, les pàturins, les fléoles, les phalarides, les agfostides, et des légumineuses. Quand il y a excès d'humidité, on voit prédominer des espèces plus grossières, les fétuques, les joncs, les carex et autres plantes d'une valeur très médiocre.

Le deuxième groupe comprend quelques-unes des plantes déjà indiquées, et en outre la houlque, le fromental, le dactyle, la candie, etc.

Au troisième groupe appartiennent d'une manière spéciale plusieurs espèces de fétuques, de bromes, de chiendent, de dactyle, de lotus, de trèfle. ■*

Enfin, la végétation des terres acides est caractérisée par la présence de [liantes des familles des ryperacées et destyphinées, qui ne donnent qu'un fourrage de qualité tout à fait secondaire.

Les plantes qui forment les prairies n'arrivent pas ensemble au degré de maturité nécessaire, soit pour la pâture, soit pour la faucliaison. Une

prairie est d'autant meilleure que le plus grand nombre des plantes qui la forment, passent à peu près en môme temps par les diverses phases de leur végétation.

Pour créer une prairie, on peut suivre diverses méthodes. Dans les terrains de qualité médiocre, on se contente le plus souvent de répandre sur le sol le fond des greniers à foin et de laisser pousser les herbes, en ayant toutefois le soin d'enlever les arbustes, les chardons et autres plantes nuisibles, en même temps qu'on nivelle les taupinières. Mais, pour avoir un produit plus rapide, en même temps (|ue plus certain, il convient d'avoir recours à des semailles directes de graines de plantes des prairies.

Suivant la nature du sol, les mélanges de graines sont variables. En voici plusieurs exemples qui ont été plusieurs fois recommandés. Les quantités de graines à semer sont indiquées pour un hectare.

Dans une terre humide et tourbeuse : ray-grass d'Italie, 15 kilog, ; agrostide traçante, 3; flcole des près, 3; vulpin, '2; houlque laineuse, i; trèfle blanc, 3; trèfle hybride, 2; niélilot, 2. — Dans une terre argileuse : ray-grass commun, 15 kilog.; fétuque des prés, 3 ; vulpin des prés, 3 ; fléole, 3 ; houlque laineuse, 2 ; agrostide traçante, 2 ; dactyle, 1 ; flouve, (1,5 ; trèfle ordinaire, 4 ; trèfle blanc, 3 ; trèfle hybride, 2 ; mélilot, I. — Dans une terre Calcaire et sèche : ray-grass commun, Vit kilog. ; brome des prés, 1(1; fromental, 10; dactyle, 6; lupuline, 3; trèfle ordinaire, 2; trèfle blanc, 2; mélilot, 2 ; sainfoin, 20.

Il faut ajouter que, en faisant les semailles, on ne doit réunir ensemble que les graines ayant à peu près le même poids et le même volume ; on fait ainsi deux ou trois mélanges qui sjnt semés séparément, afin que chaque nature do graine soit uniformément répandue sur toute l'étendue. On a eu soin de niveler le sol et d'en ameublir la surface. La semence est recouverte par un léger coup de herse. L'automne est le moment le plus favorable pour faire ce travail. La première pousse des jeunes plantes, au printemps suivant, doit toujours être fauchée ; après cette opération, on peut y mettre des moutons à pâture, mais en les surveillant bien afin de voir s'il n'y a pas de plantes arrachées. La deuxième année, on peut faire pâturer la prairie dès le printemps.

Dans la formation d'une prairie, il arrive toujours que les plantes qui la composent définitivement ne conservent pas les proportions relatives indiquées par les quantités de graines employées. (Quelques plantes sont étouffées par la végétation des autres; il en vient d'ailleurs qui ne sont pas semées, et qui parfois môme deviennent dominantes.

Les soins de conservation des prairies varient suivant qu'il s'agit de prairies à faucher ou de prairies à pâturer. En ce qui concerne les prairies fauchables, les soins les plus indispensables consistent à pratiquer des sarclages afin de détruire les mauvaises plantes, surtout les cliardons ; à faire la chasse aux taupes et à détruire les taupinières, à entretenir les rigoles quand les prairies sont soumises à l'irrigation. La fauchage doit être fait au mois de mai ou au mois de juin, quand la plus grande partie des graminées sont en fleur. Il ne faut ni trop avancer ni trop reculer cette importante opération. Si on la fait do trop bonne heure, on perd sur la quantité ; si on la retarde au delà du point le plus favorable, on obtient, il est vrai, un plus grand rendement, mais le foin n'est que de médiocre qualité. 11 ne faut pas répéter les fauchages à des intervalles trop rapprochés, car on court le risque d'éloufi'er dans leur croissance les plantes les plus abondantes et les plus fortes. Dans les circonstances ordinaires,

PRAIRIES

PRAIRIES

deux ou trois coupes sont, pour la plupart des saisons et des climats, la meilleure proportion à adopter.

Puur les pâturages, les soins d'entretien en ce (|ui concerne la destruction des mauvaises plantes sont i peu près les mêmes que pour les prairies faucliable-i ; mais ils sont encore plus importants. Quant à la conservation et à l'amélioration des pâturages, elles dépendent surtout de la nature des animaux qui y vivent. Les meilleurs pâturages sont consacres aux vaclies ou aux bêtes bovines à l'engrais ; les autres sont réservés aux moutons. Un pâturage ne peut être considéré comme propre aux bêtes à cornes que lorsque chaque vaclie peut y être nourrie sur une surface d'un hectare et demi. Afin de juger si un pâturage convient à un troupeau, le comte de Gasparin a conseillé la méthode suivante : on choisit dix bêtes, parmi les grosses, les moyennes et les petites ; on les pèse avant de les mettre sur une partie déterminée du pâturage, et on les y laisse pendant dix jours. Si, au bout de ce temps, elles n'ont pas perdu de leur poids, le pâturage sera réputé suffisant; si elles ont gagné sensiblement, le pâturage sera réputé bon ; si enfin l'accroissement a été de 3 pour KIO du poids, le pâturage peut être considéré comme pâture d'engrais ou d'embouche. Lorsque le terrain a été rendu humide au point que les animaux laissent sur le pâturage l'empreinte de leurs pas, il convient de ne pas les y faire entrer. Des enclos sont ménagés, afin que les botes parcourent successivement toutes les pariies de la pâture, pour revenir à la première lorsque toute l'étendue a été une fois tondue. Si l'on n'a que de faibles étendues de pâtures et peu d'animaux, on fait pâturer au piquet: chaque animal est relié par une corde h un piquet fixé en terre, et on lui livre chaque jour la surface nécessaire pour .sa nourriture.

Les pâturages reçoivent les déjections des animaux qu'ils nouirissent, et par suite ils n'ont que rarement besoin d'engrais. Mais il est toujours utile de les soumettre à l'irrigation (voir ce mot), si on le peut. Quant aux prairies à faucher, l'emploi des engrais ou des amendements est indiqué, soit qu'on veuille accroître le rendement, soit qu'on veuille faire disparaître des plantes nuisibles en les étouffant par une végétation plus forte. On comprend aussi que, pour une prairie fauchée, comme pour toute terre à laquelle on enlève lu récolte qu'elle a produite, il est nécessaire de restituer l'équivalent des principes qui ont été enlevés ; la fertilité ne peut pas se maintenir indéfiniment. Les engrais à employer varient suivant la nature du sol. D'une manière générale, les engrais liquides, tels que le purin, l'urine, les eaux grasses, etc., sont excellents pour les prairies. De même les engrais pulvérulents, qui sont d'un épandage facile, tels que les tourteaux, le guano, la poudre d'os ; les composts bien consommés peuvent aussi produire do très bons effets. Dans les terres acides, ou dans celles qui sont marécageuses, les phosphates modifient d'une manière très heureuse la végétitioti des prairies. La saison h adopter pour répandre les engrais sur les prairies est l'hiver, avant la pousse de l'herbe; la raison en est facile à comprendre. C'est aussi la saison qui cojivient pour les travaux de nivellement, de curage des fossés.

Une pratique répandue dans quelques contrées est de •< déprimer » les prairies au printemps. C'e&t y mettre les animaux convalescents ou même tout le troupeau, de telle sorte qu'ils pâturent la première herbe poussée. Le rendement de la prairie au fauchage est diminué, mais il est do meilleure (|nalité, car les plantes les plus précoces ont été arrôiées par le pâturage. C'est une méthode qu'on ne peut adopter que lorsqu'il est

impossible de faire autrement; car, au printemps, le sol est souvent humide, et la prairie peat être détériorée par le piétineinent des animaux. Le fauchage des prairies est fait soit avec la faux, soit avec la fauclieuse mécanique. On a indiqué plus haut l'époque qui est la plus convenable pour cette opération. 11 est inutile d'insister sur la nécessité de couper aussi près de terre que possible. En effet, près du sol l'herije est toujours plus fournie, et c'est la base des tiges qui fouroit le plus de fourrage. Après la coupe, l'herbe doit être fanée pour être transformée en foin ; faner, c'est rendre l'herbe propre à se conserver, en lui enlevant la plus grande partie de l'eau qu'ellecontient. L'herbe, après avoir été coupée, est disposée sur le sol en lignes qu'on appelle andains. On la laisse ainsi pendant deux ou trois jours, puis on la retourne sans la secouer trop violemment, afin que les parties les plus fines ne seperdent pas. Dans la soirée, on dispose l'herbe à moitié desséchée en moulons, pour la soustraire à l'action de la rosée; le lendemain, on l'éparpillé à nouveau sur le sol, et on répète ces opérations jusqu'à ce que la dessiccation soit complète. Ces opérations sont faites, soit avec des fourches et des râteaux, soit avec la faneuse et le râteau mécaniques. Si des pluies surviennent pendant l'opération du fanage, il faut mettre l'herbe en moulons, afin de la soustraire le plus possible hj l'action de l'eau, qui est tout à fait nuisible pour la préparation du bon foin. Le foin fané doit exhaler son odeur caractéristique, ne pas être cassant, avoir une coloration légèrement dorée, tout en conservant un peu de la teinte verte de l'herbe. Le foin brun, qui a perdu en grande partie son odeur, et qui présente une couleur noirâtre, est celui qui a été fané par un temps excessivement humide; sa valeur marchande est sensiblement, amoindrie.

Le rendement des prairies varie suivant un très grand nombre de circonstances. Quand le printemps est très sec, les prairies qui ne peuvent pas être arrosées ne donnent presque rien ; si le printemps manque de chaleur, le même fait peut se manifester. Pour évaluer les rendements, il faut supposer une saison normale. Dans ces conditions, une prairie soumise à un bon système dirrigalioit peut donner SiinO à lOodO kilog. de foin sec par hectare ; quelquefois le rendement s'élève jusqu'i 12 000 et même 15 000 kilog. en trois ou quatre coupes. Dans la catégorie des prairies non arrosées, on considère comme très bonnes prairies celles dont le rendement peut atteindre, en deux coupes, 7 500 kilog. Les prairies ordinaires donnent 3 0iiOà4 5liO kilog. Les prairies médiocres sont celles dont le rendement n'atteint pas 3 0;i0 kilog. On est généralement d'accord pour admettre qu'il ne faut pas laisser en gazon les terres qui ne donnent pas 1 000 kilcg. de foin par hectare.

Quelquefois sur une partie de prairie on veut obtenir de la graine. Dans ce cas, on ne fauche que lorsque les plantes sont arrivées â maturité ; on fait sécher la coupe, et on en relire ensuite les graines.

Le foin est une denrée d'un transport difficile à raison du grand volume qu'il présente sous un faible poids. Le mètre cube de foin bottclé ne peso pas plus de 90 h r20 kilog. Pour faciliter le transport, on a imaginé de le soumettre à une forte pression avec des appareils spéciaux, et d'en faire des balles dont le poids spécifique soit de 300 & ■iOO kilog. par mètre cube. Le foin pressé se conserve très bien pendant plusieurs années, avec toute sa valeur nutritive.

Prairies artificielles. — Les prairies artificielles, qu'on appelle aussi plus justement prairie» temporaires, sont celles qui sont semées par le cultivateur en plantes spéciales, pour durer pen-

PUAIHIES

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