‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 27 sur 459 · MOI · texte numérisé non relu

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;!. Jugements ù piioi-i et jugements à posteriori. Los jugements à priori sont ceux dans lesijuels le r^ipporl entra les deux termes est affirmé antérioui-emcnt il toute expérience, comme : " tout coi'ps est dans l'espace. » Ils sont enroro nécesnairfs, c'està-iiii-e qu'ils expriment une vérité dont le contraire est impossible. Nécessaires, ils sont par conséquent universels et absolus, et constituent ce qu'on appelle des vérités premières (V. Idées], Les jugements à posteriori sont ceux où le rapport n'est donné que par l'expérience ; ils sont aussi contingents et relatifs.

4. Jugements f/i>iiéraui, jugements particuliers, jugements individuels. Les jugements généraux sont ceux par lesquels on affirme un attribut de toute une classe d'êtres : « tous les corps sont pesants. i> Les jugements particuliers sont ceux où l'attribut n'est affirmé que d'un nombre plus ou moins grand d'individus d'une classe : « quelques liommcs sont ambitieux. » Enfiji les jugements individuels ne s'appliquent qu'à un seul être déterminé : « Shakespeare est le plus grand poète dramatique de l'Angleterre. »

h. Jugements classés d'après leurs objets : — jugements portant sur des réalités ou des faits : ce sont les jugements à' expéi'ience ou de perception (comprenant eux-mêmes les jugements des sens et ceux de la conscience) ; — jugements portant sur des idées premières et sur des vérités absolues: ce sont les jugements rationnels ou principes de la raison pure ; — jugements portant sur des notions abstraites ou idées conçues par l'esprit, mais sans réalité correspondante : ce sont les jugements de conception (qui comprennent les produits de l'abstraction et de la généralisation, de la mémoire, de l'imagination, de l'association des idées) ; — enfin jugements portant sur le rapport logique de plusieurs idées ou de plusieurs jugements: ce sont les ruisonnemeiits (raisonnement par déduction, raisonnement par induction). V. Intelligence. ["L. Carrau.]

Jl'lFS. — Histoire générale, XVI-XXVI. — l. Les

JtIFS sous LES EMPEREURS ET LES BARBARES JUSQU'A l'invasion des ARABES en ESPAGNE (135-711). — Api'ès

la chute de la Judée (V. Israélites), les Juifs ne songent plus qu'à la conservation de leurs doctrines; leurs écoles florissent en Palestine et en Babylonie, sous la direction des Tunaïm (rabbins dépositaires de la tradition). Leurs affaires civiles sont présidées en lalestine par un Nassi (prince) et en Babylonie par un Hesch-Caloutha (chef de l'exil). Le plus célèbre de tous, Juda le Saint, petittils de Gamaliel, descendant d'Hillel, est, vers 220, le chef de l'école de Tibériade et le prince des Juifs; il écrit la Mischna (recueil des traditions orales). Cet ouvrage reçoit plus tard dans les deux pays un complément (Guenuira) qui contient les discussions des rabbins ; l'ensemble, qui porte le nom de Talmud (étude), n'est achevé que vers la fin du cinquième siècle. Oans cet intervalle, d'autres travaux importants sont accomplis, par exemple, la fixation du calendrier juif par le calcul, et des traductions chaldéennes du Pentateuque où dominent des idées spiritualistes. Le Talmud, dont le but est d'assurer l'unité du judaïsme, contient de nombreuses décisions casuistiques très minutieuses ; il porte la trace des superstitions du temps et des souffrances cruelles des Juifs; mais il reste fidèle à la morale du Pentateuque et maintient la liberté de penser.

Dès que les Juifs eurent renoncé à toute velléité de révolte, les Romains les laissèrent travailler en paix ; ils reconnurent leurs chefs et parfois les entourèrent de considération ; ils leur permirent de fonder librement des communautés dans tout l'Empire et même d'exercer un certain prosélytisme ; ils leur ouvrent l'accès des charges et leur accordent le titre de citoyen romain. Constantin met

sans doute quelques restrictions à ces avantages ; mais Julien, au contraire, va jusqu'à vouloir rebâtir lo temple de Jérusalem.

Pendantles deux premiers siècles, il n'éclate pas de graves dissentiments entre les chrétiens et les Juifs, réunis dans une destinée commune; mais, à partirda Concile de Nicée, qui fixe le dogme catholique (325), la division s'accentue et les deux communions entrent en lutte. En Espagne, des colloques théologiques ont lieu (311), et les prêtres se plaignent de ce que leurs ouailles font bénir les moissons par les rabbins. Valens, Maxime et Théodose le Grand interviennent pour empêcher les évoques do faire démolir les synagogues; saint Ambroise s'oppose àces mesures de protection (395), et Honorius exclut les Juifs des fonetions publiques (399). Dans Alexandrie, partagée entre les catholiques orthodoxes, les ariens, les Juifs et les païens, les excitations du fougueux évoque Cyrille soulèvent chaque jour des luttes armées, et les églises, les synagogues et les temples sont tour à tour pillés et brûlés (419). AMinorque,une communauté juive entière est violemment convertie au christianisme après un assaut donné à la synagogue sous la conduite de l'évoque. Tous les chrétiens ne tombent pourtant pas partout en d'aussi tristes excès. Saint Hilaire, évêque d'Arles, vers 430, Sidoine Apollinaire, de Clermont, vers .472, et les princes goths d'Italie et du midi de la Gaule, prennent le parti des Juifs, qui reconnaissent ces bienfaits; ils contribuent à la défense d'Arles attaquée par Clovis (508), et à celle de Naples contre Bélisaire (537).

Justinien fait passer l'intolérance dans les lois ; irrité peut-être du concours que les Juifs de Perse avaient offert contre lui à leur roi Cliosroès, il restreint leur aptitude à posséder et à recevoir des héritages, et leur interdit la lecture de la Bible en hébreu et de la Mischna (537). Les conciles les excluent de l'état militaire et de la magistrature; Avitus, évêque de Clermont-Ferrand, les oblige à opter entre le baptême et l'exil (579), et ceux qui fuient dans le Midi sont soumis aux mêmes violences parlesévêques d'Arles et de Marseille (587). Le pape Grégoire !«' le Grand intervient en leur faveur; il veut qu'on leur laisse pratiquer librement leur culte et qu'on ne les amène au christianisme que par la persuasion et la charité.

Ni le clergé, ni les rois ne s'inspirent de cette mansuétude; à Paris, où se trouve déjà en 582 une synagogue, un concile tenu à l'avènement de Clotaire II déclare les Juifs impropres à tout emploi public; Dagobert renouvelle ces exclusions et décrète le baptême forcé. Les princes visigoths d'Espagne et la plupart des conciles de Tolède vont jusqu'au comble de l'intolérance ; malgré les services des Juifs qui participaient vaillamment à la garde des fameux défilés des Pyrénées, le bannissement est prononcé contre tous ceux qui refusent d'apostasier. Un évoque, saint Isidore de Séville, fait dominer momentanément les idées de Grégoire le Grand et cherche, mais sans succès, à convertir les Juifs par la discussion pacifique, vers 630. Mais les conciles et les rois continuent à prendre des mesures où se montre nar avance l'esprit de l'Inquisition. Une surveillance domestique est organisée ; les enfants sont enlevés et mis au couvent; la bastonnade, la confiscation, l'exil frappent les récalcitrants, les lettres de noblesse sont accordées en récompense à l'apostasie.

Il était impossible que les Juifs, traités ainsi, ne se tournassent pas vers l'Orient qui allait leur offrir des libérateurs. Depuis quatre siècles déjà, ils étaient en contact dans l'Yémen avec les Arabes, et ils avaient converti au mosaïsme un de leurs princes, Tobla, et quelques-unes de leurs tribus. Ils

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s'étaient, non sans combat, soumis à Mahomet, et h Jérusalem, à Alexandrie et en Perse, ils avaient reçu Omar à bras ouverts . Après les rapides victoires des califes, les Juifs étaient devenus les compagnons d'études des Arabes et avaient vu Ali lionorer leurs chefs et leurs savants. Ils ne pouvaient donc en Espagne rester fidèles aux princes ingrats qui les persécutaient. Dès que ïarik eut passé le détroit, ils se donnèrent ouvertement h lui, et, commandés par un des leurs, Kaula-al-Vehudi, ils prirent part à la bataille de Xérès, qui eut pour résultat l'établissement de la monarchie arabe dans la péninsule ibérique (711).

II. Royaumes musulmans et chrétiens jusqu'aux CROISADES (71i-10!l5). — Les écoles juives d'Orient avaient pris sous les khalifes un nouvel essor; dirigées par des chefs spirituels qui portent le nom de Gaon (liscellonce), elles accomplissent une œuvre importante, la Massore (critique traditionnelle), qui fixait non seulement la prononciation du texte, mais encore le nombre des versets et même des lettres de la Bible; ces précautions étaient nécessaires à cause des discussions dont l'Ecriture sainte était alors l'objet. Un prétendu Messie, Sérène, suscité par les persécutions du calife Omar II, rejetait le Talmud (720,, et une secte, celle des Karaiies (textuaires), vers 750, voulait, en s'appuyant sur le texte du Pentateuque comme autrefois les Sadducéens, répudier toute interprétation biblique et par suite tout progrès. Sous Haroun-al-I\ascUid, les Juifs continuent leurs travaux et jouissent d'une certaine autonomie. Sous les rois français de la deuxième race, leur situation est presque aussi favorable. Charlcmagne institue un mailre des Juifs qui veille à leurs intérêts; Louis le Débonnaire et Charles le Chauve facilitent leur commerce et obligent certains évêques fanatiques i les laisser en paix ; mais, après la mort de ces princes, les conciles de Meaux et de Paris organisent des prédications pour les convertir. Les Juifs émigrent alors vers le Midi où, Sràce au voisinage des Arabes, il régnait une certaine tolérance. Abd-el-Rahman III (Abdérame), khalife de Cordoue, de la race des Omeyades (J4ô), prince instruit et juste, avait pour médecin et pour ministre un Juif, Chasdai-Ibn-Schaprout, qui faisait fleurir à la cour de son maître et chez ses coreligionnaires les sciences et la littérature. Cliasdai se mit en rapport avec le royaume juif des Khazares, en Tartarie. près de la mer Caspienne, et obtint de leur roi, Joseph, fils d'Aaron. de curieux détails sur leur histoire et leur situation. Il paraît que, vers 760, un des ancêtres de Joseph, Eoulan, pressé par les chrétiens et les musul mans d'abandonner le paganisme, s'éiaît décidé à adopter le mosaisme. Son royaume avait alors 30 milles d'étendue et se trouvait en lutte contre les Russes, sous les atteintes desquels il succomba peu de temps après. C'est grâce à Cliasdai aussi qu'il se fonda à Cordoue une école talmudique importante, qui devint bientôt elle-même un centre de science et de littérature.

Les penseurs juifs de tout genre abondent à cette époque. En Babylonie, le Gaon Saadya, vers 930, écrit une œuvre théologique, le Livre des croyances et des opinions, où l'autorité de la raison est reconnue à côté de ci-lle de l'Ecriture. En Italie se fonde l'école de médecine de Salerne, dont les premiers professeurs sont des Arabes et des Juifs. En Espagne, plusieurs Juifs distingués sont appelés au visirat et rendent aux lettres de grands services. Le ïalmud est traduit en arabe, les études grammaticales sont approfondies; Gabirol, poète sublime, connudansle mondechrétiensousle nom d'Avicebron, est l'auieur d'une œuvre phîloso phique, la Source de la vie, vers lOôO. En France, le célèbre Raschi compose sur la Bible et le Tahnud des commentaires considérables qui témoignent

d'autant d'érudition que d'intelligence vraie des textes. A Worms, le rabbin Gerson, nommé la luiniéi-e de l'exil, préside un synode qui proscrit la polygamie. En général, les Juifs sont protégés; Philippe 1" de France, Guillaume II d'Angleterre, Renaud, comte de Sens, le pape Alexandre II, don Pedro d'.\ragon, ainsi que le clergé espagnol, résistent aux excès que les populations veulent commettre contre eux.

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