‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 29 sur 459 · IV. PUEMU'OIIES AJIÉLIORATIO.NSIJA.N'S l'État DESjoll'S · texte numérisé non relu

IV. PUEMU'OIIES AJIÉLIORATIO.NSIJA.N'S l'État DESjoll'S

Ji sgu'A l'exji. d'Esi'agne (13UII-I ii>2). — Le .xiv" siècle commence mal pour les Juifs. Philippe le Bel les chasse de France pour prendre leurs biens ; Louis X les rappelle pour les rançonner ; les Pastoureaux les massacrent; et sur la recommandation du pape Jean XXll, désireux de les convertir, Philippe V lo Long les sauve, mais en leur prenant 47000 livres (1321). Les tueries continuent en Navarre malgré le roi Charles le Bel, et, malgré le pape Clément VI et l'empereur Louis V, s'étendent en Allemagne (i:M8). La peste avait éclaté; pour la conjurer, le peuple malheureux, ignorant et saisi

d'une sorte de folie, se tlagolli; lui-mèmo et tombe sur les Juifs qu'il accuse d'avoir empoisonné les fontaines. 11 se passe partout d'épouvantables scènes ; ici des Juifs sont mis dans des tonneaux et jetés dans le Uhin; lii, on en roue et on en décapite un grand nombre ; ailleurs, on les brûle par milliers; dans quelques villes, notamment ii Paris, ils n'obtiennent la vie qu'il prix d'or.

Pendant cetli^ horrible explosion, la Pologne, sous Casimir le Grand, inspiré par une autre Esther (1333), et les rois d'Espagne qui ont besoin d'eux pour la lutte contre les Maures, leur accordent une grands influence. Jean le Bon, Charles V le Sage, Charles VI de France et l'Iiilippe le Hardi, duc de Bourgogne, leur assurent, moyennant do fortes redevances, un peu de sécurité. On leur fait porter un signe distinctif et on leur assigne des quartiers spéciaux, afin de les protéger plus facilement ; mais on leur permet de devenir médecins ii la condition do fréquenter les universités de l'État. Les savants juifs continuent à jouir en Provence d'une réelle faveur ; à Luuel, la famille des Tibbon traduit en hébreu les ouvrages arabes et les fait connaître ainsi aux savants chrétiens ; à Bagnols, Leviben-Gerson, maître Léon, cultive l'exégèse avec hardiesse, et il peut nier le dogme de la création ex nikilo sans être, de la part de ses coreligionnaires, l'objet d'aucun anathème (1360) ; ii Alger enfin fleurit une grande école, dans laquelle on enseigne les sciences profanes avec la théologie.

Pendant les désordres qui avaient suivi la] folie de Charles VI, un édit avait expulsé les Juifs de France; Charles VII les rappelle, et la situation continue il s'améliorer partout pour eux. Le pape Martin V interdit de les forcer au baptême, leur permet la célébration de leur culte et engage les souverains aies traiter avec humanité (1419). Cette voix tolérante ost entendue; dans le Dauphiné et le Comtat d'Avignon, les autorités protègent les Juifs contre le peuple (1436), et en Castille le roi Jean II les défend contre le pape Eugène IV, oublieux des traditions de son prédécesseur. Sixte IV est plus clément ; les persécutions venaient de recommencer en Allemagne, en Bohême et en Pologne; le bruit s'était répandu que des enfants chrétiens avaient été assassinés; les Juifs sont aussitôt torturés et brûlés ; le magnanime pontife refuse avec sévérité d'accueillir ces calomnies odieuses (1475). En Orient, la situation était meilleure encore ; Mahomet II, après la prise de Constantinople (1453), avait appelé le grand-rabbin dans son conseil suprême avec les chefs des autres cultes ; et les Juifs fournissaient aux sultans de savants médecins et d'habiles diplomates.

L'Espagne et le Portugal, où les Juifs occupaient aussi de hautes positions, étaient loin de cette tolérance. Depuis longtemps le clergé, chez lequel s'était réveillé l'esprit des anciens Visigoths, s'irritait de voir les Juifs persister dans leurs croyances, pratiquer ouvertement leur culte et occuper les emplois civils ii l'égal des chrétiens. Les représentations qui avaient été faites aux princes étaient restées sans résultat comme les tentatives de prosélytisme. L'Inquisition fut établie malgré la noblesse, et les persécutions commencèrent (1478). Isaac Abravanel, grand hébraîsant et politique habile, qui avait été ministre d'Alphonse V de Portugal, était alors chargé des finances de Ferdinand et d'Isabelle; son crédit ne put améliorer la situation qui devenait chaque jour plus périlleuse. La chute de Grenade, dernier boulevard des Maures en Espagne (1492), amena la catastrophe. Sous l'inspiration de Torquemada, grand-inquisiteur, Isabelle et Ferdinand décrétèrent contre les Juifs l'exil ou le baptême. Un certain nombre crut pouvoir, à l'exemple du passé, trouver la sécurité sous les apparences du christianisme ; traites avec

JUIFS

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mépris par le peuple, qui les appelait Marranos (maudits), ils devinrent pour la plupart la proie de l'Inquisition. Mais environ 600 000 Juifs, fidèles à leur foi, partirent dans le plus affreux déiiùnient. Les uns furent réduits en servitude, ou périrent par la traliison de ceux à qui ils s'étaient confiés. Les autres, après d'iiorribles soufl'rances, purent se réfugier dans le midi de la France, en Afrique, en Italie, en Turquie et dans les Pays-Bas. Le fanatisme avait étouffe cliez Ferdinand et Isabelle le sentiment même de leurs véritables intérêts; l'expulsion des IVlaures et des Juifs eut pour l'Espagne des conséquences plus fatales encore que, deux siècles plus tard, en France, l'exil des protestants ; ce pays cessa d'être un centre de science, d'industrie et de commerce. Depuis le commencement du XV' siècle, des penseurs remarquables, philosophes et littérateurs s'y étaient montrés, ainsi qu'en Italie, où les papes accueillent les savantsjuifs. En Allemagne, ce sont toujours les études talmudiques qui prédominent ; l'illustre Reuclilin, qui avait eu un Juif pour maître d'hébreu, y gagna, devant l'empereur Maximilien, la cause du Talniud qu'un Juif apostat voulait faire briiler (lôlO). Peu après, le Talmud était imprimé à Anvers, ainsi que l'Ecriture sainte et ses grands commentateurs, et se trouvait désormais sauvé du fanatisme.

V. Fin des persécutions, .wiii" siècle. — RÉvoLL'TioN FRANÇAISE. — L'inventiou de l'imprimerie, la Réforme p'Otestante, le progrès général des sentiments d'humanité devait avoir pour résultat d'adoucir en général le sort des Juifs. « La dispersion de ceux d'Espagne dans l'Europe fut, pour ainsi dire, l'invasion d'une nouvelle civilisation. » (Miclielet, Réforme.) La plupart des Etats les reçurent et surtout les républiques commerçantes d'Italie ; Ravenne demande à Venise de lui en envoyer une colonie. L'Allemagne, où le fanatisme éclate encore, entend Luther réclamer pour ceux qu'il appe'le n les frères du Christ, » et demander qu'on leur permette les travaux utiles afin qu'ils puissent abandonner l'usure. La Turquie, toujours largement ouverte aux Juifs, mot h profit leurs services. Le sultan Sélim se fait représenter à Venise par un ambassadeur juif (1Ô12). Le grand Soliman a pour ministre Joseph , un ancien Marruno écliappé d'Espagne après les plus étonnantes aventures. Elevé à la dignité de prince de Naxos, Joseph fait écrire par son souverain une lettre menaçante qui arrache à l'Inquisition d'Ancùne quelques-uns de ses coreligionnaires, sur le point d'être brûlés (15G6;. Les Juifs du nord de l'Afrique se vengent noblement des souffrances de leurs pères; sous le règne de Don Sébastien, arrière- petit-fils d'Isabelle , les Portugais sont battus près de Fez ; ils sont heureux d'être achetés par les descendants des victimes, chez lesquels ils retrouvent leur langue maternelle et la plus touchante humanité (1678). La France enfin commence en faveur des Juifs une réaction de justice et de tolérance qui ne s'arrêtera plus ; des lettres patentes d'Henri II, en 1550, et d'Henri III, en 1574, autorisent les Marranos, qu'on nommait alors nouveaux -cluétiens et marchands espuipiots et portuijais, à s'établir à Rayonne et à Bordeaux. Les Juifs du Dauphiné sont admis par un arrêt du parlement, et ceux de Metz par une ordonnance royale (1607). La Pologne, lolérante aussi, donne aux Juifs vers 1548 l'égalité et la liberté, que les intrigues des jésuites devaient plus tard leur faire perdre.

La Hollande avait d'abord refusé de s'ouvrir aux exilés d'Espagne , qu'elle prenait pour des émissaires de Philippe II, utils ne purent célébrer leur culte qu'en secret; mais ensuite ils obtinrent la permission d'élever une synagogue (ISiiS). Peu à peu, leur nombre s'accrut par l'arrivée de

leurs frères de la Péninsule, dont la position continuait à être horrible ; parfois ils étaient autorisés à quitter le pays ; presque constamment ils étaient abandonnés k l'Inquisition, qui, pendant le xvi" et le xvii'^ siècle, fit brûler plus de 30 000 victimes et en condamna environ 270 000 aux galères. Les malheureux Marranos sont poursuivis jusqu'au Brésil, où ils n'obtinrent un peu de calme que lors de la conquête de ce pays par les Hollandais et où vint les trouver une colonie envoyée par les Israélites d'Amsterdam (1C24).

Il souffle à cette époque dans plusieurs pays un esprit de tolérance envers les Juifs. Henri IV de France, Christian IV de Danemark et le duc de Savoie leur sont favorables. Une émeute sanglante contre ceux de Francfort est réprimée par les autorités (1614) ; ceux de Prague sont attaqués par le peuple qui les accuse d'avoir assassiné deux chrétiens, mais une enquête démontre leur innocence (1C34). Louis XIV règle la situation de ceux de l'Alsace , nomme leur grand rabbin et confirme les édits de ses prédécesseurs pour ceux de Metz et de Bordeaux (1057). Croniwell, sur l'envoi d'une députation juive d'Amsterdam, autorise leur retour définitif en Angleterre ( 1 05 1 ) , et leur accorde le droit de propriété qu'ils conservent sans entraves sous Charles II. Jean-Casimir et Sobieski maintiennent leurs privilèges en Pologne (1674). Quelques troubles ont lieu en Turquie, suscités, sous Mahomet IV, par un imposteur juif qui se fait passer pour Messie et trouve des adhérents même dans l'Europe chrétienne; mais ils n'amènent aucune persécution et n'atteignent pas sérieusement la tranquillité des Israélites d'Orient (,1665).

La Hollande, qui est le centre de toutes les libertés, offre le plus curieux spectacle. Un de ses plus illustres enfants, Grotius, le créateur de la science du (Iroit des yens, revendique pour tous les hommes les droits de la conscience. Les Juifs, qui contribuent à la prospérité de son commerce et la soutiennent par leurs sacrifices dans ses guerres d'indépendance, ont donc toute liberté pour leurs doctrines religieuses et leurs écoles. A la tête du mouvement intellectuel à Amsterdam se place Manassé-ben-Israel, né à Lisbonne où son père était mort victime de l'Inquisition ; il écrit et imprime en hébreu, en latin, en portugais et en anglais ; c'est lui qui négocie avec Cromwell le retour des Juifs en Angleterre. A côté de lui se trouvent de nombreux écrivains et savants, des professeurs et des médecins qui avaient réussi à quitter l'Espagne où ils vivaient sous les apparences du christianisme. C'est de ce milieu aussi que sort, à cette époque, un génie, l'un des plus grands philosophes des temps modernes, Baruch Spinosa (1632-1677). Disciple de Maîmonides et d'Ibn-Ezra, autant que de Descartes, mais surtout penseur original, Spinosa interprète rationnellement la Bible, mais s'éloigne par sa doctrine panihéiste, qui confond en une seule substance Dieu, la nature et l'homme, du judaïsme pour lequel ses frères d'Espagne et de Portugal versaient encore tous les jours leur sang. Les rabbins d'Amsterdam le frappent d'interdit, jugement sévère, qu'explique la situation pénible des Juifs à cette époque, mais non la tradition Israélite, toujours favorable à la liberté de penser.

Le progrès des idées de justice continue et le judaïsme devient l'objet de l'attention générale ; les détracteurs ne lui manquent pas, mais les esprits sérieux l'étudient sans prévention ; nous sommes arrivés au xviii» siècle, au siècle des revendications intellectuelles et de l'émancipation politique des hommes. Richard Simon, Basuage, l'évêque Lowth en Angleterre, Herder en Aile-

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magiio, tous chrétiens, étudient la langue sainte, riiistoire et la poésie dos Hébreux. L'abbé Guénée, rn France, réfute les railleries de Voltaire qui attaque la Bible sans la comprendre. Moïse Mendelssolni enfin, Juif de Berlin, prend liautement, ni;iis avec tact, la défense rte sa religion. Célèbre déjà par son Phédon, entretiens philosophiques sur l'immortalité de l'àme, et ses Matinées, ouvrage sur l'c^xistonce de Dieu, Mendelssohn donne une traduction du Pentateuque où dominent les idées de Maimonides; dans un écrit intHulé Jérusalem, il met en relief les principes juifs qui accordent le salut il tous les justes sans distinction de culte, et il demande que les droits civils et politiques de l'homme ne dépendent plus de sa croyance religieuse (n«l). Mendelssobn est soutenu par toute une pléiade de Juifs intelligents qui deviennent avec lui les fondateurs du judaïsme moderne.

De si légitimes revendications ne pouvaient pas ne pas triompher des dernières résistances du fanatisme. Quoique la situation des Juifs fût précaire encore dans bien des pays, l'heure de la liberté approchait pour eux. Au commencement du .wiii' siècle déjà, le jeune roi d'Espagne, Philippe V, avait refusé d'assister à un autodafé ; c'était un signe des temps. Les Juifs obtiennent en Prusse la juridiction commune et, en Angleterre, la confirmation de leurs anciens droits (ITia). En Lorraine, où la liberté leur avait été donnée, puis reprise (1728), le roi Stanislas les organise et nomme leurs syndics (T 5 i). Clément XIV, Louis XV et les parlements français défendent qu'on leur enlève leurs enfants pour les baptiser (1764). L'empereur Josepli II, plus tolérant que ses sujets, leur accorde une égalité presque complète, fait soutenir leurs écoles par l'Etat, et prescrit aux prêtres d'enseigner au peuple envers eux des sentiments de justice (1782). Les Etats-Unis d'Amérique, après la guerre de l'indépendance, les admettent aux fonctions publiques (1783). Les philosophes surtout plaident leur cause avec ardeur. Lessing, le grand apôtre de la tolérance, attaque de front l'intolérance dans son drame, Nathan le Baye, qui établit une assimilation com- |ilète entre les doctrines des différents cultes. Dohm, conseiller militaire à Berlin, Voltaire et Mirabeau réclament hautement pour les Juifs les droits de citoyens. Louis XVI accueille leurs délégués et nomme une commission chargée de préparer pour eux des réformes. Mais la Révolution éclate. Sur la proposition de l'abbé Grégoire, en 1790, et sur celle de Duport, en 1791, l'émancipation des Juifs est proclamée par l'Assemblée constituante.

Quelques années plus tard, de nouveaux progrès s'accomplissent ; Napoléon convoque à l'Hôtel de Ville de Paris une réunion de notables juifs et un grand sanhédrin, et il organise officiellement le judaïsme (1808) La Restauration fondeun séminaire à Metz pour les rabbin»; et, après 1830, le culte Israélite reçoit, comme les autres, les subsides de l'État en France, en Belgique et en Hollande. Dos lors, les Juifs, devenus citoyens, entrent dans toutes les carrières et s'unissejit étroitement aux pays qui les ont adoptés. Si quelques explosions haineuses se produisent de temps en temps, elles deviennent de plus en plus rares, et sont l'objet de l'universelle réprobation. Quelques petits pays résistent encore à la justice; mais, sous l'inspiration de la France, l'Europe, réunie en congrès, admet dans le droit public des peuples la liberté de conscience et l'égalité de tous les citoyens devant la loi (1859 et 1878). [E.-A. Astruc]

JUMENTES. — Zoologie, X. — Sous le nom de Jumeiités on a, dans ces derniers temps, proposé de désigner certains mamjnifères herbivores, tels que les Chevaux, les Rhinocéros et les Ta- I>irs, qui, pour la plupart, atteignent de grandes 2» Partii;.

dimensions, et qui, dans les classifications anciennes, étaient associes aux Eléphants et aux Porcins pour constituer la grande division des Pachydermes.

Les Jumentés sont conformés pour se mouvoir à la surface du sol; les quatre membres se terminent par des doigts généralement eu nombre; impair, munis d'ongles indivis, en forme de sabots. Leurs dents sont de trois sortes, des incisives, des canines qui font parfois défaut, ou sont peu distinctes, au moins h la mâchoire inférieure, et des molaires séparées des dents précédentes par une lacune et ofi'rant sur leur couronne des replis plus ou moins compliqués. Ces replis, étant constitués par une substance dure qu'on appelle Vémnil, s'accusent naturellement par l'usure de la portion tendre ou osseuse de la dent. L'estomac des Jumentés est simple, c'est à-dire ne consiste qu'en une seule poche, et les intestins, fort longs, présentent sur leur trajet au moins un appendice terminé en cul-de-sac, ou rœcum. Le cerveau montre à la surface de ses hémisphères des circonvolutions plus ou moins nombreuses, ce que l'on considère ordinairement comme l'indice d'une intelligence développée. Enfin la peau est tantôt très épaisse et presque entièrement dénudée, tantôt plus souple et complètement revêtue de poils.

La plupart des Jumentés ont des habitudes sauvages et un naturel brutal ; ils vivent généralement en troupes, dans les prairies ou dans les forêts humides, et se nourrissent presque exclusivement de substances végétales, de plantes fourragères, de feuilles, d'écorccs et de branches d'arbres. Aux époques antérieures à la nôtre, dans les plaines marécageuses de l'Europe habitaient de nombreux représentants de l'ordre des Jumentés; mais de nos jours on ne trouve plus dans nos régions une seule espèce do ce groupe vivant à l'état sauvage.

Le genre Clœoal (Eqmis) comprend non seulement le Cheval proprement dit, mais l'Ane, le Zèbre, l'Hémione, etc. Il est essentiellement caractérisé par la conformation du pied, terminé par un seul doigt apparent, dont l'extrémité est enfermée dans un ongle en sabot. De là vient le nom de sotipi'de, qui a été imposé à ces animaux.

Chez les chevaux, on compte, à chaque mâchoire et de chaque côté, six incisives tranchantes, six, molaires, et parfois une petite canine. Entre celleci et la première molaire est l'espace vide nommé ban-e, dans laquelle on place le mors qui sert à diriger ces animaux. Les molaires offrent les replis caractéristiques des Jumentés; quant aux incisives, elles sont creusées, sous la couronne, d'une fossette qui disparaît avec l'âge. L'œil est vif et saillant, l'oreille longue et mobile; les narines sont dépourvues do mufle, et la lèvre supérieure peut s'avancer de manière à constituer un organe do préhension. Tout le corps est revêtu d'un poil bien fourni, qui s'allonge sur le dessus du cou pour former une crinière. La queue présente également une touffe de poils allongés.

Le cjjeval proprement dit se distingue de l'âne, du zèbre et de ses autres congénères, par sa robe, de couleur uniforme et par sa queue touffue à, partir de la base. Il est généralement d'une taille élancée et de formes élégantes. Sa patrie d'origine parait être l'Asie centrale; inais il est maintenant répandu dans toutes les parties du monde ; introduit en Amérique à l'époque de la conquête, il y est revenu à l'état sauvage sur certains points, particulièrement dans les Pampas de Buenos- Ayres. En Europe, la domestication du cheval remonte à une époque extrêmement reculée, et, avec le temps, se sont formées des races (|ui ont chacune des mérites particuliers. Citons seulement le clieval anglais, le cheval percheron, le

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cheval des landes, le cheval corse, etc. — V. C/ie-

A l'état de liberté, le cheval préfère les pâturages secs; en domesticité il peut être nourri avec du foin, de la luzerne, du trèOe, de l'avoine, de la vesce, de la paille d'orge, de froment et d'avoine et des feuilles de mais.

L'âne, presque toujours d'une stature moins élevée que le cheval, a les oreilles plus longues, la queue plus grêle à la base, le poil plus rude et de couleur plus terne. Une croix noire se dessine sur ses épaules. Doué d'une patience et d'une sobriété exemplaires, l'âne rend dans beauîoup de contrées d'éminents services aux gens de Ta campagne ; malheureusement il perd de sa vivacité en vieillissant, et devient avec l'âge d'un «ntètement stupide. — V. Ane.

L'hémione, au pelage lustré, offrant des teintes fauves qui se fondent, d'une part dans du blanc pur, de l'autre dans du brun foncé, habite la Perse et ia Mésopotamie. Le couagga, le daw et le zèbre, qui ont des couleurs plus vives, des raies brunes ou noires sur fond jaunâtre, se trouvent au contraire dans le sud et dans l'est de l'Afrique, jusqu'en Abyssinie. Ces superbes animaux sont d'un naturel farouche et rebelles à toute domestication.

Beaucoup plus lourds de formes que les Juraentés du genre Cheval, les Rhinocéros se font remarquer encore par leur peau extrêmement épaisse, généralement dénudée, verruqueuse, et fortement plissée sur certains points du corps, par leurs membres terminés chacun par trois doigts, par leur queue courte et presque nue, et enfin par la protubérance cornée, simple ou double, qui surmonte leur nez. Cette protubérance, reposant sur une voûte constituée par les os du nez, adhère h la peau et parait résulter de l'agglutination d'un sraiid nombre de poils. Les rhinocéros ont pour patrie les contrées les plus chaudes de l'ancien continent, c'est-à-dire le centre de l'Afrique, le sud de l'Asie et les îles avoisinantes, telles que Java, Sumatra et Bornéo. Ils vivent dans les endroits liumides et ombragés, et se vautrent dans la boue à la manière des porcs.

Les Tupii-s ont une taille moins élevée et des formes moins massives que les Rhinocéros; ils ont aussi la peau moins rugueuse, le nez dcpourvu de corne, mais prolongé en avant en forme de trompe. Par l'aspect extérieur et par les mœurs ils rappellent les cochons, mais ils n'ont pas comme ces derniers les pieds fourchus; leurs membres antérieurs sont terminés par quatre doigts et leurs membres postérieurs par trois doigts seulement. Ils vivent dans l'Inde et dans l'Amérique tropi-

Parfois enfin on réunit aux Jumentés des mammifères de petite taille, qui sont connus depuis la plus haute antiquité, puisqu'il en est déji question dans la Bible. Ces mammifères sont les Damans ou HyvjcHés, qui ressemblent extérieurement aux marmottes et aux cochons d'Inde, et qui ont les pattes tourtes, avec cinq doigts en avant et trois doigts en arrière, le corps assez allongé et tout couvert de poils, la tête amincie en avant et surmontée d'oreilles arrondies, les mâchoires pourvues seulement d'incisives et de molaires. Les damans sont des animaux fort doux, mais peu intelligents, qui se nourrissent de végétaux, mais qui n'ont pas la faculté de ruminer. Us ont pour patrie l'Afrique australe et orientale, la Syrie et la Palestine, et se tiennent dans les endroits rocailleux, où ils se creusent des terriers entre les pierres. Dans la Bible ils sont désignés sous le nom de Saphans et rangés parmi les animaux impurs. lE. Oustalet.]

JUSTICE. — Législation usuelle, X. — Nous donnons dans cet article quelques notions élé-

mentaircs de droit pénal, en renvoyant, pour l'organisation judiciaire et pour ce qui concerne les attributions des tribunaux en matière civile, à l'article Trihuuarix.

PniNciPES GÉNÉRAUX. — Le droit pénal est cotte pariie de la législation qui établit les peines applicables â certaines infractions réprimées par la loi, et qui détermine les formes i suivre pour arriver à la répression de ces faits. Le droit pénal se divise ainsi en deux parties bien distinctes : le droit pénal proprement dit, qui définit et détermine les faits punissables et les peines qui doivent être prononcées; et l'instruction criminelle, qui s'occupe des juridictions et de la procédure. La législation pénale se trouve contenue en grande partie dans deux codes : le Code pénal et le Code d'instruction criminelle.

Division des iléhis 't des peines. — Les faits prévus par la loi pénale, compris sous la dénomination générale de délits, se divisent en trois classes : les crimes, les délits de police correctionnelle, les contraventions de simple police. Les crimes sont punis de peines afflictives et infamantes et jugés par les cours d'assises ; les délits sont punis de peines correctionnelles et jugés par les tribunaux de police correctionnelle ; les contraventions de simple police sont punies des peines de simple police et jugées par le juge de paix, statuant comme juge de simple police.

Peines en matière ertm-nelte. — Les peines en matière criminelle sont : l°la peine de mort, réservée pour quelques crimes d'une gravité exceptionnelle; 2° la peine des travaux forcés à perpétuité ou h temps, qui est subie dans des établissements créés aux colonies ; la durée de la peine des travaux forcés à temps est de cinq ans au moins et de vingt ans au plus ; 3° la réclusion, dont la durée est de cinq ans au moins et de dix ans au plus, et qui est subie dans les maisons centrales. Il faut ajouter les peines réservées aux crimes politiques, la déportation et la détention, et deux peines dont le caractère est seulement infamant, le bannissement, qui consiste dans l'expulsion du territoire français, et la dégradation civique, qui entraine la privation des droits politiques et la privation de certains droits ci vils, par exemple du droit de faire partie d'un conseil de famille, d'être témoin dans les actes. Les peines criminelles entraînent comme conséquences accessoires : la dégradation civique, l'interdiction légale, qui prive le condamné pendant la durée de la peine de l'administration de ses biens, la surveillance de la haute police, qui permet à l'administration d'assigner une résidence au condamné après l'expiration de la peine. Peines correctionnelles el peinesde simple police .

— Les peines qui peuvent être prononcées par les tribunaux correctionnels sont l'emprisonnement, dont la durée est de six jours au moins, de cinq ans au plus; l'amende, qui ne peut être inférieure à seize francs ; l'interdiction de certains droits, tels que le droit de vote et d'élection, le droit de port d'armes, le droit de faire partie d'un conseil de famille et d'exercer la tutelle ; enfin la surveillance de la haute police. Le juge de simple police peut prononcer un emprisonnement de un i cinq jours et une amende de un à quinze francs.

Personnes punissables, responsables ou excus.v BLES. — Personnes qui ne sont pus responsables.

— Il y a certains cas dans lesquels l'auteur d'un l'ait coupable échappe à toute responsabilité : celui ([ui est en état de démence au moment de l'acte, ou qui a agi sous l'empire d'une force à laquelle il n'a pu résister, n'est pas responsable. L'homicide ou les blessures ne sont pas punissables, lorsque celui qui en est l'auteur se trouvait en état de légitime défense, par exemple s'il repoussait une attaque nocturne, ou se défendait contre les auteurs d'un vol commis avec violence. Aucune

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peine ne peut être prononcée dans ces diverses circonstances.

Excuses. — La loi a établi en outre certaines «xcuses qui font disparaître la peine ou la diminuent. Ainsi le vol commis par un fils au préjudice de son père, ou rcciproquenieiil, ne peut être puni, à raison de la relation de parenté qui unit l'auteur et la victime du délit. La provocation est une cause d'excuse qui atténue seulement la peine : te meurtre, les blessures et les coups sont punis d'une peine moins sévère, lorsqu'ils ont été provoqués par des coups ou des violences graves envers les personnes.

Minorité (le seize ans. — La responsabilité pénale complète ne s'applique qu'à l'individu qui a atteint l'âge de seize ans. Lorsqu'un mineur âgé de moins de seize ans est traduit devant la cour d'assises ou le tribunal correctionnel, le jury ou les juges ont à résoudre cette question : n-t-il agi sans discernement ? S'il est décidé que le mineur de seize ans a agi sans discernement, il est acquitté, rendu à ses parents ou envoyé dans une maison d'éducation correctionnelle. S'il est reconnu que le mineur a agi avec discernement, il est condamné, mais la peine qui lui est appliquée est considérablement réduite ; il ne peut jamais être condamné qu'à l'emprisonnement, quelle que soit la gravité du crime.

Circonstances atténuonics . — Los circonstances particulières peuvent dans cliaque affaire influer sur la culpabilité. Pour que le juge puisse tenir compte de ces circonstances, la loi fixe pour les peines temporaires un minimum et un maximum entre lesquels la condamnation peut être prononcée. En outre, le jury de la cour d'assises ou le tribunal correctionnel peut déclarer qu'il existe en faveur do l'accusé ou du prévenu des circonstances atténuantes. Cette déclaration entraîne une diminution de la peine à appliquer; elle fait descendre la peine d'un ou de deux degrés suivant les distinctions indiquées dans l'art. 4(i3 du Code pénal.

Tentative. — La loi ne punit pas seulement le crime accompli; la simple tentative criminelle, manifestée par un commencement d'exécution et qui n'a été suspendue ou n'a manqué son effet que par une circonstance indépendante do la volonté de son .lutcur, est punie comme le crime lui-même. Les 1 Putatives de délits ne sont punies comme le délit lui-même qu'en vertu d'une disposition spéciale cil la loi.

Cuinplicilé. — Les complices, c'est-à-dire ceux c|ui ont coopéré au crime ou au délit, sont punis rnmmo l'auteur principal. La complicité existe clirz ceux qui provoquent l'auteur du crime ou du délit à le commettre, ceux qui lui donnent des instructions, lui fournissent des armes, l'aident uu l'assistent dans l'accomplissement du fait coup:il)le, ou qui recèlent sciemment les choses enlevéf'S à l'aide du crime ou du délit.

lié'idive. — Lorsqu'un individu déjà condamné commet un nouveau délit, la condamnation déjà subie peut être une cause d'aggravation de la peine. La récidive manifeste en effet chez le délinquant une perversité plus grande, et une peine plus forte doit lui être appliquée, puisque la première condamnation n'a point eu pour effet de le détourner de commettre un nouveau délit.

Instruction cnuiiNELLE. — Notions (ii'némles sur l'action pu/ilirjue et ■ iuile. — Le fait délictueux donne naissance à une double action: l'action pulilique, qui tend à l'application de la peine, et l'action civile, qui a pour objet la réparation du dommage causé par le délit à celui qui en a été victime. L'action public] ue est exercée,' par les magistrats du niiiiistère public; l'action civile, parla personne 'lésée. Ces deux actions peuvent être réunies: en elTei, celui qui a été victime d'un délit peut se

porter partie civile devant la juridiction répressive, qui statue en même temps sur l'action publique et sur l'action civile; lorsque la personne lésée ne s'est point portée partie civile, elle peut former devant les tribunaux civils une demande en dommages-intérêts soumise aux règles ordinaires de la procédure en matière civile. — V. Tribunaux.

Prescription en matière pénale. — Le droit de poursuivre le fait punissable et l'exécution de la condamnation prononcée se prescrivent par un certain délai ; le temps, en effaçant le souvenir du fait coupable, fait disparaître la nécessité do la répression. Lorsqu'il y a condamnation prononcée, le délai de la prescription est de vingt ans pour les condamnations en matière criminelle, de cinq ans pour les condamnations correctionnelles, de deux ans pour les condamnations de simple police. Ces délais expirés, la peine est prescrite. L'action publique et l'action civile résultant d'un crime, d un délit ou d'une contravention se prescrivent lorsqu'aucune poursuite n'a été exercée contre le coupable, pendant dix ans, si le fait est qualifié crime; pendant trois ans, s'il s'agit d'un délit; pendant un an, si le fait est une contravention de simple police.

Diverses pluises de la procédure ou instruction criminelle. — La procédure en matière pénale se divise en deux phases distinctes : la première, qu'on appelle instruction préparatoire, a pour but de rassembler les preuves du fait coupable. L'instruction préparatoire a toujours lieu lorsque le fait présente les caractères d'un crime; elle est facultative, lorsqu'il s'agit d'un simple délit de police correctionnelle. Après l'instruction, l'affaire est portée devant la juridiction cliargée de juger le coupable : la cour d'assises, s'il s'agit d'un crime; le tribunal correctionnel, s'il s'agit d'un délit de police correctionnelle. Pour les contraventions, il n'y a point d'instruction préparatoire, et l'affaire est directement portée devant le juge chargé de statuer.

Instruction préparatoire. — Dans chaque arrondissement, la poursuite des crimes et des délits appartient au procureur de la République. Lorsqu'une plainte a été adressée au procureur de la République ou lorsqu'un fait coupable parvient à sa connaissance ou à celle de ses auxiliaires, juges de paix, officiers de gendarmerie, maires, commissaires de police, le procureur de la République requiert une information. L'instruction est faite par un magistrat attaché à chaque tribunal de première instance, le juge d'instruction.

Pouvoirs du juge d'instruction. — Le juge d'instruction a pour niission de recueillir les preuves du crime ou du délit: il entend l'inculpé, fait ou ordonne dos perquisitions, saisit ou fait saisir les papiers ou les pièces qu il peut être utile de mettre sous la main de la justicie, entend les témoins, procède à toutes les constatations qu'il croit nécessaires. Le juge d'instruction a la faculté de délivrer contre l'inculpé un mandat de dépôt ou d'arrêt en vertu duquel il peut être saisi par les agents de la force publique et incarcéré.

Détention préventive; mite en liberté provisoire. — Cet emprisonnement de l'inculpé avant le jugement, mesure souvent nécessaire pour qu'il n'écliappe point aux poursuites, s'appelle la détention préventive. L'inculpé peut obtenir du juge d instruction sa mise en liberté provisoire, à charge par lui de prendre l'engagement de se représenter, et de fournir un cautiontiement, si le magistrat le juge nécessaire. Le cautionnement consiste soit dans le dépôt d'une somme d'argent, soit dans l'engagement d'une personne solvable. La mise en liberté provisoire est de droit lorsque le fait poursuivi est un délit corrrclionnel, (|Ue l'inculpé a son domicile dans l'arrondissement, n'a point encouru do condamnation grave, et enlia lorsc|iie le

JUSTICE

JUSTICE

maximum de la peine prononcée par la loi pour 1 conseillers, si la cour d assises se tient au siège "fàk à raison duquf'l il est poursuivi n'atteint de la cour d appel ; dans e cas contraire, les point un emprisonnement de deux années I assesseurs sont cris parmi les magistrats du tn-

assesseurs sont pris parmi les magi:

«»)''miw'"VmJ;w";ion!'— "Lorsque 1 Imnal du lieu où se tiennent les assises.

Jiay. — Le jury se compose de citoyens appelés à donner leur avis, en leur âme et conscience,

Comment .. .

le juge d'instruction a réuni tous les éléments qui sont de nature i l'éclairer, il clôt l'instruction. Si Il fait ne lui parait pas établi ou s'il ne constitue ni crime ni délit, il rend une ordonnance de non lieu, il la suite de laquelle l'inculpé détenu est mis en liberté. L'ordonnance de non lieu ne fait pas obstacle à ce que l'instruction soit reprise, si de nouveaux indices sont recueillis. Lorsque le fait constitue un délit, le juge d'instruction renvoie devant le tribunal correctionnel ; si le fait a les caractères d'un crime, l'inculpé est renvoyé devant la cour d'appel, qui statue sur la mise en accusation et le renvoie devant la cour d'assises

sur la culpabilité de l'accusé. Une liste de toutes les personnes aptes à remplir les fonctions de juré est chaque année dressée pour le département. Dix jours au moins avant l'ouverture de la session des assises, il est procédé, à, l'audience publique de la cour d'appel ou du tribunal clieflieu judiciaire, au tirage au sort de trente- six noms pris dans la liste annuelle ; on y ajoute quatre jurés suppléants également tirés au sort. Les jurés ainsi désignés par le sort forment la. liste de session, et auront il juger les affaires ins-

JiminicTioNs DE JUGEMENT. — Les juridictions de ; crites au rôle pour cette session jugemen on .comité nous l'avons^dit, les tribu- Formation du tableau du jury. - Sur 'a liste J natix de simple police pour les contraventions, les de session on procède pour chaque affaire et au ribÙnaux Xec^tionnels pour les délits de police I jour indiqué pour e ugement à la formation du correctionnelle, la cour d'assises pour les crimes, tableau du jury, c'est-à-dire de la liste des jures l\i^u,Z de simple volice. - Le juge de paix qui doivent connaître de l'affaire. Le tirage du taren pi t Tanfcl qu cin on foncLns déjuge bleau du jury est fait par le président de a cour de simple police; les fonctions du ministère pu- d'assises entre tous les jures composant la liste de Mie sont confiées au commissaire de police. Le tri- session, en présence de accuse et de son defenbunal desimpie police peut prononcer une amende seur. L'accusé et le minis ère public ont le droit de quinze Trancs et un emprisonnement de cinq de récuser un nombre égal de jures sans avoir à iou?s au plus La personne citée devant le tribunal i indiquer les motifs de la récusation ; le droit de rshupleVlice comparait en personneou par fondé récusation ^'^'-rete orsqu .1 ne reste plus que deuouvoir Les iu^ements par défaut sont suscep- douze noms dans 1 urne. Le jury est con.çtitue tiblesd opposition dans les trois j.mrs de la si- lorsqu'il est sorti de l'urne douze noms de jure^ gnifiLtion Les jugements de simple police qui ' qui n'ont point ete l'objet de récusation, nrinoncc la peine de l'emprisonnement ou qui , Procédure devant la cour d assises. - L accuse ?oSn^'nt une condamnation supérieure à cinq ' comparait devant la cour d assises en état de de-

nromèré ^stlnce Û"é,;t comme tribunaux cor- : l'accusation, le président interroge 1 accusé, puisr'eTonnels ts faitr^ialifiés délits, c'est-à-dire procède à ''-«l'"»" /„«„' ^^-"i^^^i.VacraUoTpunis de peines correctionnelles. Le prévenu doit , public prend la Pf"''' P^^.^f ''""="^ ' ^'^k \^^^^^^ ' - ine devant le tribunal cor- le défenseur de 1 accuse lui répond et ooit tou

'- ' ^ r. Le pi'"'."^""* "'»-

les prei

, donne

prévenu qui ne comparait pas est jugé par défaut ; '■ jury des .qie^'ionf q"i 1»' sont posées.

comparaître en personne uevani ik uiuu..ai ^.u.- -^ „....,..™-. -- - .--, .„„„■/ t„ ,,,.A<.iripnt r^.U ^ ■ •■ "^ faire représenter par un jours avoir la parole le dernier. Le pi esident re-.

,ar lequel il est poursuivi , sume les débats en rappelant les preuves princi-; n'entraîne pas la peine de l'éniprisonnement. Le | pales pour ou contre l'accuse donne lecture a» neniraine pas .a (ji „,5i„„a „,. Héfant : ' iurv des Questions qui lui sont posées, et 1 envoie

rectionnel ; il ne peut se

avoué que si le délit pour lequel

interjeté dans les dix" jours du jugement par une I comprenant les éléments constitutifs du fait coudSation au greffe M'appol est porté à la cour pable, puis de questions spéciales sur chacune des d appel dansle'ressort de' laquelle se trouve '« Circonstances aggravante, .élevées par 1 accusa- ^ ..*^*^ , I i,n,t rvii i^aa faits n exp.iises IceaK

tribunal. |

Cours d'assises. — La cour d'assises est la

juridiction la plus élevée en matière criminelle; |,.»..vv,o „. ,'rVo",„,i,,Vito rprnnnaiire des

iue juge les crimes, c'est-à-dire les faits les plus jures qu ils P''-"^?"' ^ ',^„ "j^J" ''^..^/S'^'m^ ' - ... -•-'■'■:-:--- -irconstances atténuantes en laveur ae 1 accuse.

I lion ou des faits d'excuses légales invoqués par l'accusé Il n'y a point de question pour les circonstances atténuantes; mais le président avertit les

graves, ceux qui sont punis d'une peine afflictive ou infamante. Il n'existe dans chaque département qu'une cour d'assises, qui se tient au siège de la cour d'appel, s'il en existe une dans le département, sinon au siège du tribunal, qui est le cheflieu judiciaire du département. Les assises ne sont pas une juridiction permanente ; elles sont réunies une fois au moins par trimestre; le jour de l'ouverture de> assises dans chaque département est

Délibération du jury; mnjorité. — Les jures délibèrent et votent au scrutin secret sur les différentes questions : ils sont présidés par le chef du jury, qui est le premier juré désigne par le sort lors de la formation du tableau ou celui que d un consentement unanime les jurés ont choisi comme chef du jury. La décision contre 1 accuse se forme à la majorité, c'e>t-à-dire par sept voix,

verlure ue> assises uans cnaque ucpaiicucu. »3v .jv- .„.,..„ . ...-j-----, „„,v,,.,7p Io nar-

fixé par le premier président de la cour d'appel et s exprime ainsi ■OU'aJa '"^/^''l'-^^J^^'^

K,-, -, r- "^ I tage est en faveur de 1 accuse. Aussi ta aecision

du jury, qui reconnaît l'accusé non coupable,

et publié à l'avance

Composition de la cour d'assises; maiislrnts. — La cour d'assises se compose de deux éléments : les magistrats ou la cour, et le jury. Le

s'exprime par ce simple mot : Non, sans ajouter à la majorité. Il faut la majorité pour l'admission

ments : les magistrats ou la cour, et le jury, i^u ^ .» .i.^jv,. ..>-. - — ": , "7 ; , rippi^irm du

jurysutue sur la culpabilité de l'accusé, et, si des circonstances ''"enuantrs et la décision du •accuse est reconnu coupable, la cour lui appli- jury sur ce point '^ /°'"lf^.^ Znte, m fZr que la peine portée par la loi. La cour d'assises ,-jté ,t y a des "''''."'«'"«f' ""f "''" f f' ^^ est présidée dans chaque département par un rfe ruccisé.Si le jury " ?^P°'"/,f^'^,'"i'i.%^^^^^^ conseiller à la cour d'appel désigné pour chaque [ stances atténuantes, il n en est pas fait mention session ; le président est assisté de deux autres 1 dans la décision.

KHALIFES

KHALIFES

Verdict ; acquittement ; cnndamnotion. — Lorsque la décision du jury esl formée, les jurés reviennent à l'audience; le ciicfdu jury donne lecture du verdict. L'accusé est ramené et il lui est donné connaissance de la réponse du jury. Si cotte réponse est négative, le président de la cour (l'assises prononce l'acquittement de l'accusé, et ordonne sa mise en liberté. Lorsque le jury a reconnu l'accusé coupable, la cour rend un arrêt le condamnant à la peine portée par la loi. Le président avertit le condamné qu'il a trois jours pour se pourvoir en cassation.

Cour de cassation. — Les arrêts de la cour d'assises portant condamnation, de même que

toutes les décisions rendues en dernier ressort par les tribunaux de répression, peuvent être déférés à la cour de cassation. Le délai pour S6 pourvoir est de trois jours h. compter de la décision attaquée. Le pourvoi formé en matière de simple police ou en matière correctionnelle doit être accompagné de la consignation d'une amende de 150 fr., qui est restituée si la décision attaquée est annulée. La consignation d'amende n'est point exigée pour les pourvois contre les arrêts des cours d'assises. Le pourvoi est suspensif : il est jugé par la chambre criminelle de la cour do cassation.

|E. Delacourtie.l

KHALIFES. — Histoire générale, XVIIL — Le mot Khalife ou plus exactement Kludifat signifie lieutenant. Après la mort de Mahomet en (i32, Abou-Bekre, choisi pour le remplacer, prit le nom de Khalifal mçout AUali, lieutenant de l'envoyé de Dieu. Ses successeurs, chefs religieux et politiques du monde musulman, conservèrent le titre qu'il avait adopté.

Khalifat parfait. — Los successeurs immédiats de Mahomet, Abou-Bekre, Omar, Othman, Ali, forment ce que l'on appelle le khalifat parfait. Comme le prophète lui-même, ils vivaient sans apparat : Abou-Bekre prenait dans le trésor quelques pièces de monnaie qui suffisaient à ses besoins. Omar faisait son entrée dans Jérusalem monté modestement sur un àne. Mais en 6GU, après la mort d'Ali, Mohawia fonda la dynastie de;s Ommiades ou Omeyades, et transporta le siège de l'empire il Damas.

Les Ommiades. — Le pouvoir jusqu'alors électif ■devint héréditaire. Le khalifat perdit son caractère de simplicité primitive pour devenir, comme les anciennes monarchies de l'Orient, fastueux et despotique. Cette transformation ne s'opéra pas sans résistance. La famille et les partisans d'Ali, plusieurs autres prétendants soulevèrent l'Arabie et les provinces voisines. Il fallut quarante ans pour les soumettre.

Conquêtes des Arabes. — Aux guerres civiles succédèrent des guerres de conquête. Déjà, au signal donné par Abou-Bekre, les Arabes s'étaient jetés sur les empires grec et persan. A. l'ouest, ils s'emparèrent rapidement de la Syrie, puis de l'Egypte. Longeant ensuite le littoral de la Méditerranée, ils soumirent à leur domination et convertirent à leur foi toute l'Afrique du nord. En 711, le Berbère Tarik, qu'ils avaient lancé en avant, gagna la décisive bataille de Xérès,. qui leur donna l'Es- ;pagne. Les Pyrénées furent franchies, et la G.aule à son tour allait être soumise, quand Charles- Martel arrêta à Poitiers la conquête musulmane (732). A l'est, les Perses avaient été écrasés, et les Arabes en les poursuivant avaient pénétré jusque dans l'Asie centrale.

Vers le milieu du vin' siècle, l'empire arabe était à l'apogée do sa puissance. Il comprenait toute l'Afrique septentrionale, divisée en deux gouvernements, Egypte et Maghreb. En Europe, il s'étendait sur l'Espagne avec la Septimanie et les Baléares. En Asie, il occupait l'Arabie, la Syrie, une partie de l'Asie-Mineure, et tout l'ancien empire perse, dontles limites avaient même été dépassées.

Les A/jha.i'idrs. — Une nouvelle révolution se produisit alors. Les Abbassides, alliés à la famille •d'Ali, se mirent ii la tête d'une insurrection. Ils furent vainqueurs dans une grande bataille. Presque toute la famille des Ommiades fut exterminée.

Les Abbassides transportèrent le siège de leur puissance dans les provinces oriejitales. Leur capitale fut d'abord Anbar, puis la ville nouvelle de Bagdad qu'ils construisirent sur les bords du Tigre. Mais, pendant ce temps, l'Occident leur échappait, L'Ommiade Abd-cl-Rhaman, qui avait survécu au massacre de sa famille, s'était réfugié en Espagne. Il y fut reconnu comme souverain et fonda le khalifat de Cordoue. Un peu plus tard, un royaume séparé se constituait en Afrique et faisait reconnaître son indépendance politique sous la dynastie des Agiabites.

L'empire arabe se divisait donc, mais cette rupture de l'unité n'annonçait pas une décadence. Chacune des trois fractions du monde musulman commença une existence particulière et développa une civilisation originale et puissante.

Khalifat de Bagoad. — En Orient, les Abbassides ne commencèrent à décliner qu'à la fin du IX" siècle, quand ils se furcnit asservis à la milice turque. Mais ils eurent auparavant une période glorieuse avec Almanzor, Almahadi, Alhadi, Haroun-al-Haschid,Motassem. Ces Khalifes tournèrent surtout vers le gouvernement intérieur l'attention de leur politique. Ils avaient trouvé une organisation déjà ébauchée par les Ommiades. Il y avait une chancellerie d'Etat, et quatre conseils ou divans préposés à la solde des troupes, à la perception des impôts, à la nominaiion des fonctionnaires subalternes, au contrôle de la comptabilité. Un grand-juge assistait ou suppléait le souverain pour prononcer sur les appels interjetés contre les juges ordinaires ou cadis. Les Abbassides conservèrent ces institutions et les complétèrent, en appelant auprès d'eux une sorte de premier ministre, le vizir, ou porteur de fardeaux, chargé de préparer par un travail préliminaire les décisions du khalife. Ils établirent un véritable budget; la quotité des contributions qui devaient être fournies par chaque province fut réglée d'une manière fixe. Il y avait un impôt direct et un impôt indirect. L'im pôt direct comprenait : le djezié ou capitation établie sur les habitants infidèles de l'empire; le karadj, établi sur les terres des infidèles ; la dime prélevée sur les terres que les musulmans avaient acquises par la conquête ; les prestations en nature fournies par les peuples tributaires. L'impôt indirect se composait des droits de douane, du produit des péages, mines, etc. Le revenu total au temps d'Haroun-al-Raschid montait à 4,420,000 dinars et 270,37.1,000 dirhems, soit environ 21C millions de notre monnaie.

Pros/iérité générale. — Ces immenses ressources étaient en grande partie employées à des travaux d'utilité publique. Des caravansérails furent établis et des citernes creusées de distance en distance sur le long parcours qui s'étend depuis

KHALIFES

— illO

KHALIFES

Bagdad jusqu'à la Mecque, lue route fut créée entre la Mecque et Modine. Une police bien organisée protégeait les personnes. La sécurité dos transactions était garantie par des syndicats de marchands. Une agriculture et une industrie florissantes alimentaient le commerce Les fruits de la Perso, les vins de Cliiraz et d'ispalian étaient demandés dans tout l'empire. Les ressources du sol, mines, carrières, salines étaient exploitées avec intelligence. Dans l'Irak et dans la Syrie, surtout dans les villes de Damas, de Mossoiil et d'Alep, on commençait i fabriquer des étofTcs magnifiques.

Beaux-arts. — De l'industrie à l'art, le passage est rapide. Les vases d'or, les vêtements précieux, les lapisseries qui ornaient les palais des khalifes étaient souvent des chefs-d'œuvre. Le Coran interdisait la reproduction de la figure humaine et la représentation matérielle de la divinité ; mais il n'interdisait pas la construction des monuments qui couvrirent bientôt les principales villes, surtout Bagdad, Bassora, Mossoul et Samarcande.

Lettres et sciences. — Depuis longtemps, les Arabes avaient une poésie. Mahomet en écrivant le Coran avait créé la prose. Les khalifes de Bagdad encouragèrent les lettres et déterminèrent un mouvement scientifique en établissant dans leur capitale même un collège qui fut fréquenté par 6000 étudiants, des bibliothèques ouvertes à tout le monde, des observatoires pour les travaux astronomiques, des hôpitaux et des laboratoires pour l'étude de la médecine et de la pharmacie. Le goût national des Arabes pour la poésie continua de produire des œuvres remarquables. Leur langue, qui avait maintenant sa grammaire et sa rhétorique, fut maniée avec succès par les historiens Maçoudi, Tabari, Ibn-el-Atliir, Ibn-Khaldoun. Mais ce fut surtout dans les sciences que ce peuple se signala. Les mathématiques lui doivent de remarquables progrès. Les premiers, les Arabes introduisirent la méthode des tangentes dans les calculs trigonométriques ; ils appliquèrent l'algèbre à la géométrie et résolurent les équations cubiques. En astronomie, ils ont calculé l'obliquité de l'écliptique, l'excentricité de l'orbite terrestre, la durée de l'année. Dans les sciences physiques et na turclles.ils ontétélesmaitresdel'Europe moderne. Leurs médecins atteignaient i un tel savoir, k une telle habileté pratique, que le vulgaire attribuait leurs cures à l'emploi de moyens surnaturels. Quelques-uns d'entre eux consignaient dans des traités les résultats de leurs observations et posaient les principes de leur science. L'un de ces livres, les Cmwm d'Avicenne, a servi de base à l'enseignement médical pendant cinq siècles dans les universités de France et d'Italie.

Khalifat de Connot'E. — A l'autre extrémité du monde musulman, en Espagne, un mouvement analogue se produisait sous la domination des Ommiades. L'Espagne avait été partagée on quatre provinces; la Septimanie, tant qu'elle appartint aux Arabes, en forma une cinquième. Chaque province était administrée par un vali ou gouverneur, et se divisait en cités dont chacune était régie par un caid. Les impôts étaient : X'azaque ou dîme sur les produits de la terre, le taiidil ou imposition sur toutes les richesses du pays, un droit d'entrée et de sortie sur les marchandises, et enfin une capitation payée par tous les habitants non-musulmans. Le revenu total représentait à peu près 140 millions de notre monnaie. Agriculture et industrie. — Jamais l'Espagne n'avait été aussi florissante. La seule ville de Cordoue comptait un million d'habitants. Les conquérants musulmans avaient apporté avec eux Ifcs savants procédés de culture employés dans l'Egypte, la Syrie, la Chaldée. Ils savaient emmagasiner leurs eaux dans des barrages, les distri-

buer dans d'innombrables canaux, les attirer à la surface du sol au moyen de puits et de norias. Bien irrigué, le sol de l'Espagne donnait jusqu'ît trois moissons par an. Des productions jusqu'alors étrangères au pays, la canne à sucre, le riz, le coton, le safran, la myrrlie, le miirier, avaient été introduites et acclimatées. L'Espagne est riche en mines de fer, de cuivre, de mercure, en gisements de soufre. L'exploitation, abandonnée depuis le temps des Carthaginois, en fut reprise avec activité. Des industries puissantes se développaient dans les principales villes et obtenaient une réputation presque universelle. Cordoue était renommée pour ses cuirs, Tolède pour ses armes, Murcie pour ses draps, Grenade, Alméria, Séville pour leurs soieries.

Lettres, sciences, arts. — L'activité intellectuelle n'était pas moindre. L'Espagne musulmane avait ses bibliothèques et ses écoles i Séville, à Cordoue, h Grenade, à Tolède. Elle forma des astronomes dont le plus célèbre est Arzachel, des historiens qui racontaient la conquête, des poètes dont les nouvelles et les romances servirent plus tard de modèles aux écrivains espagnols et aux troubadours français. Mais ce furent surtout les arts qui atteignirent à une véritable perfection, et entre tous les arts, l'architecture. Los architectes musulmans de 1 Espagne sont partis do l'imitation du style byzantin. Un des monuments les plus remarquables qu'ils aient élevés, la mosquée de Cordoue, rappelle les églises que construisaient les Grecs. Mais bientôt l'ornementation sera jugée insuffisante ; on multipliera les détails, les festons, les arabesques ; des courbes variées accidenteront la monotonie de l'arc byzantin. Plus tard, la Giralda et l'Alcazar de Séville, l'Alhambra de Grenade seront les types achevés d'une architecture tout à fait originale parvenue à son point de perfection.

AFniQtiE. Roijaume rie Fez. — Moins éclatante qu'en Orient et en Espagne, la civilisation arabe d'Afrique ne manquait cependant pas d'une certaine grandeur. Les Edrissites, qui se rattacliaient à la famille des Alides, après avoir enlevé aux Agiabites la ville de Tlcracen et le Maglireb occidental, fondèrent la ville de Fez dont ils firent leur capitale. Fez fut en même temps le centre d'un grand commerce avec l'Espagne. A côté d'une mosquée magnifique, des bibliothèques et des écoles s'y élevèrent.

Aiitabitei. — La dynastie des Agiabites, bien qu'elle eut perdu une partie de ses possessions, montra beaucoup d'activité et d'intelligence. Des flottes construites et équipées dans ses ports allaient piller les côtes européennes de la Méditerranée et faisaient la conquête de la Sicile. En même temps, l'agriculture, l'industrie et le commerce étaient favorisés par un gouvernement habile. Des relations s'établissaient avec le désert. Un service de postes et de courriers traversait tout le pays depuis le Fezzan jusqu'à l'Egypte. Les villes importantes, Tunis, Kairoan, Tripoli, se couvraient de monuments. Les sciences et le& lettres étaient étudiées avec la môme ardeur qu'en Asie et en Espagne.

Fiithiuiilei. — Les Agiabites furent renverséscn 9US par un certain Abou-Obéidolla qui se donnait comme le descendant d'Ali et de Fathima, fille du prophète. En yOX, ses successeurs les Fathimites s'emparèrent de l'Egypte et y créèrent un nouveau centre de civilisation. Ils réglèrent avec soin l'organisation administrative et la perception des impôts. Glace à la prospérité du pays, ils obtinrent un revenu presque aussi élevé que celui qu'avait eu Haroun-al-Raschid. Ils fondèrent la nouvelle ville du Caire, qu'ils embellirent de monuments et de mosquées. Là aussi des écoles s'ouvrirent et de.* savants se formèrent. Un d'entre eux, Ibn-Iounis,

LABIEES

— mi —

LABIEES

drossa des tables astronomiques qui firi;iU longtemps autorité.

Kn face de l'Occident clir6ticn plongé on pleine barbarie, le monde musulman développait de toutes

paris une civilisation brillante. Les croisades devaient mettra en contact ces dou\ mondes si différents et instruire l'Europe il l'école de ses ennemis. — V. Croisades. [Maurice Wahl.]

LABIÉES. — Botanique, XXI. — Etym. : Du latin labium, qui signifie lèvre. Ce nom fait allu- .sion \ la forme do la corolle.

Définition, — Les plantes de la famille des Labiées ont toutes une corolle gamopétale liypogyne irrégulière et d'apparence labiée; selon les groupes, cette corolle est uni ou bilaliée. Toutes les labiées ont entre elles de très grandes affinités; elles forment un groupe très naturel que Brongniart réunissait aux Verbénacées pour former sa classe des Verbéninées.

Caractères botaniques. — Les graines des labiées demeurent toujours enfermées dans le fruit ; leurs téguments séminaux sont minces, aplatis ; leur embryon, tantôt droit, tantôt courbé, est entoure d'une couche d'albumen très peu développé.

Les racines des labiées sont fasciculées et sonvent traçantes.

Leur tige est presque toujours herbacée, très rarement ligneuse (romarin), ordinairement dressée, toujours tétragone ; cette forme particulière de la tige des labiées est souvent employée pour reconnaître à première vue un végétal de cette famille. Chaque tige se ramifie dès la base ; elle porte des feuilles opposées ou vcrticillées dépourvues de stipules. Ces fouilles entières ou découpées ont une nervation pennée-réticulée. Do même que la tige, elles sont couvertes de nombreuses glandes qui sécrètent une huile volatile très odorante (sauge, thym, lavande).

L'inflorescence des labiées est toujours pourvue de feuilles ; elle est composée ; le plus ordinairement c'est un épi de cynies (lamier blanc) ; plus rarement, l'épi présente des fleurs solitaires ou géminées à l'aisselle de chacune de ses bractées.

Les fleurs sont hermaphrodites; elles présentent, de l'extérieur à l'intérieur :

1° Un calice gamosépale i cinq lobes; lorsque ceux-ci sont égaux, le calice a un aspect régulier ; plus ordinairement ces lobes sont inégaux et groupés de façon à former deux lèvres; la lèvre supérieure est composée de trois lobes, l'inférieure n'en présente que deux. Ce calice est persistant : il continue à protéger le fruit jusqu'à sa maturité.

2" A l'intérieur du calice est une corolle gamopétale à deux lèvres; l'une supérieure, bilobée ; l'autre inférieure, trilobée .(lamier, sauge, etc.).

Dans le genre Bitgle (Ajuya), la lèvre supérieure est remplacée par une échancrure; dans le genre Germandrée (Teucrium), la lèvre supérieure est représentée par deux lobes filiformes qui sont rejetés sur les côtés de la lèvre inférieure. Dans les Menthes, la corolle presque régulière n'a plus que quatre lobes égaux.

i° Sur la gorge de la corolle sont insérées quatre étamines didijiiamei, ce qui signifie que deux d'entre elles sont plus longues que les deux autres. Dans le genre .Menthe, toutefois, les quatre étamines sont égales ; dans les genres Lycope, Koniarin, Sauge, Cunile, il n'y a que deux étamines; ce sont les inférieures qui ont persisté. Dans les genres Sauge et Romarin, une seule des loges de ch.i(|ue anthère est fertile.

4" Au centre de la fleur, on trouve un ovaire libre, supère, composé de deux carpelles bilobés et surmonté d'un style gynobasique, lequel se termine par un stigmate bifide. Cet ovaire ren-

ferme quatre logos dont chacune contient un .seul ovule dressé anatrope. A la maturité le fruit se sépare en quatre niicules ou akènes.

Les genres de la famille des labiées sont extrêmement voisins les uns des autres ; leur classification très compliquée repose sur l'ensemble des caractères tirés des diverses parties de la fleur et du port de la plante ; nous ne pouvons, sans dépasser les limites qui nous sont assignées, dresser une clef dichotomique des genres.

Usages des Labi^'es. — Nous ne citerons, parmi les labiées usitées, que les principaux genres; toutes tirent leurs propriétés de l'huile volatile contenue dans les glandes do leur tige, de leur feuille ou de leur calice.

Les Basilics, originaires de l'Inde, sont cultivés dans les jardins comme plantes aromatiques.

Les Lavandes, séchées, servent à parfumer les armoires à linge et à préserver les vêtements de laine des attaques des mites. La Lavande Spic, originaire d'Afrique et de Sicile, donne une essence employée en peinture; on l'emploie aussi en frictions contre les douleurs rhumatismales. La Lavande officinale est cultivée en bordure dans les jardins; on en extrait un alcoolat qui sert à faire une eau de toilette. Les fleurs de la Lavande Stœchas, originaire de Provence, forment la base d'un sirop connu en pharmacie sous le nom de sirop do Stœchas composé.

Le Patchouhj est une labiée aromatique originaire de l'Inde; son odeur forte le fait rechercher comme parfum et aussi comme préservatif des fourrures contre l'action des teignes.

Presque toutes les espèces de Menthes ont été utilisées en médecine; aujourd'hui la menthe poivrée est seule employée; sa saveur aromatique est accompagnée d'une sensation de grande fraîcheur dans la bouche. On retire de la menthe poivrée une essence qui est la base des pastilles et des liqueurs de menthe. L'essence de menthe poivrée la plus estimée est celle qui nous vient d'Angleterre ; on attribue cette supériorité à la précaution que l'on prend de détruire toutes les autres espèces de menthe dans le voisinage des cultures de menthe poivrée ; on évite ainsi l'abâtardissement de l'espèce. Il nous vient de Bourgogne un extrait de menthe poivrée qui peut rivaliser avec celui qui est fabriqué en Angleterre. On suppose que la menthe poivrée est originaire d'Asie ; les Chinois en font un grand usage comme médicament.

VOrigan, la Marjolaine, employés comme aromatiques, stimulants et toniques, sont surtout connus à cause de leur parenté avec le Dictante de Crète, dont les anciens se servaient pour la guérison des blessures.

Tout le monde connaît le Thym, employé camme assaisonnement.

On fait usage du Serpolet contre les catarrhes chroniques.

On emploie encore la Sarriette comme assaisonnement, les infusions de Mélisse, d'Hi/sope, de Cat'iment, de Sauge, pour leurs propriétés stomachiques et stimulantes.

Le Lierre terrestre est antiscorbutique.

Le Marruhe, les Germandrées ont des propriétés toniques.

LABOURS

LABOURS

Les feuilles de la Bétoine officinale sont quelquefois employées comme celles du tabac, dans les cas de catarrhes chroniques.

Le Romarin est un arbrisseau originaire du midi de l'Europe ; rest à sa présence dans les environs de Xarbonne que le miel de ce pays doit sa saveur aromatique particulière.

[C.-E. Bertrand.]

LABOURS. — Agriculture, IV. — Les labours sont des travaux qui ont pour but d'ameublir la terre arable à une profondeur variable, d'i-nfouir les engrais et les amendements, de détruire les mauvaises herbes qui se développent i la surface.

L'amoublissement du sol est le principal objet des labours. Mais en même temps que la tranche . de terre attaquée par l'instrument est déplacée, elle doit être retournée aussi complètement que possible, atin que la partie inférieure vienne à la surface et réciproquement. « La couche superficielle, dit M. Girardin, toujours plus fertile en raison de son exposition à l'air et de la décomposition à sa surface des matières organiques, se trouve ainsi mise en contact avec les racines des plantes, et la couche inférieure, privée depuis quelque temps du contact de l'air, vient réparer les pertes qu'elle a éprouvées sous l'action absorbante des racines. »

Les labours sont exécutés soit avec des instruments à mains, soit avec la charrue. Les labours exécutés à la main sont toujours les plus parfaits; mais, dans la culture, il est impossible d'y avoir recours ; les labours ne seraient jamais achevés, dans une exploitation rurale, s'il fallait les faire à la bêche et à la houe. Les charrues sont d'autant plus parfaites que leur travail se rapproche davantage de celui fait à la main.

On vient de voir que les labours à bras s'exécutent soit avec la bêche, soit avec la houe. Le labour à la bêche a été décrit au mot JurUin; il n'y a donc pas à y revenir ici. Quant au labour h la houe, voici comment il s'exécute :

Après avoir ouvert une tranchée, l'ouvrier, tourné du côté du terrain à labourer, enfonce la houe dans le sol, attire à lui la terre dans la tranchée formée, où il l'émiette ; puis il continue à avancer, en marchant sur la partie du sol qu'il vient de labourer, tandis qu'en travaillant avec la bêche, il marche en arrière, sur la terre non encore remuée. Ce travail n'est pas aussi parfait que celui de la bêche; la terre n'est que partiellement retournée.

Dans quelques pays, notamment dans plusieurs parties de l'Auvergne, la bêche est remplacée par une fourche à deux dents ou à trois dents. Le travail s'exécute, avec cet instrument, de la même manière qu'avec la bêche.

Le labour à la houe est celui qui est le plus souvent adopté dans la culture des vignes, surtout dans le midi de la France.

Le travail à la charrue doit être fait de manière à se rapprocher autant que possible du labour à la bêche. Dans ce but, la charrue détache, verticalement par lecoutre, horizontalement par le soc, une bande de terre, que le versoir rejette sur le côté en la retournant. Si ces trois organes fonctionnent régulièrement, avec leur maximum d'effet, le travail sera excellent.

Les labours doivent être considérés d'abord au point de vue de la profondeur à laquelle ils atteignent la couche arable, et ensuite à celui de la forme qu'ils donnent à la surface du champ.

Au point de vue de la profondeur, les labours peuvent être divisés en trois catégories ; les labours de défonoement, les labours ordinaires et les labours supei-ficiels.

Les labours de défoncement sont ceux qui dépassent 30 centimètres de profondeur. Leur utilité est facile à démontrer. En effet, serrées les unes

contre les autres, ainsi que cela se pratique dans la grande culture, les plantes tendent à s'étendre en profondeur. Si les racines rencontrent une couche meuble, elles y pénètrent facilement, se développent, et la tige de la plante suit la même progression. Au contraire, si les racines rencontrent un sol dur, plies ne peuvent y pénétrer, et l'arrêt de leur développement entraîne celui de la tige. La profondeur des labours a donc pour conséquence naturelle l'augmentation du produit des récoltes: l'expérience a toujours démontré l'exactitude de ce raisonnement. Il faut aussi ajouter que, quand le labour a été exécuté plus profondément, les plantes ont beaucoup moins à redouter les excès de sécheresse ou d'humidité.

il est rare que, dans des labours de défoncement, on n'atteigne pas le sous-sol et qu'on n'en entraîne pas une partie. Dans ce cas, la conduite à suivre dépend de la composition du sous-sol. Lorsque celui-ci est de même nature que le sol superficiel, il n'y a aucun inconvénient à les mélanger, et le labour se fera comme à l'ordinaire. Il en sera de même lorsque le sous-sol, sans être de même nature que le sol, ne sera pas apte à nuire aux plantes cultivées ; dans cette circonstance, on augmente sans inconvénients la couche de terre arable. Mais il peut arriver que le sous-sol soit impropre h la végétation, et que son mélange avec la terre arable soit de nature k diminuer la valeur de celle-ci. Alors, il faut bien se garder de faire le labour de défoncement en suivant les pratiques ordinaires, et on agira différemment. La charrue ordinaire atteignant à la profondeur du sous-sol, on la fait suivre par une charrue fouilleuse qui attaque celui-ci, l'ameublit, mais ne le ramène pas à la surface. A cet effet, cette charrue n'a pas de versoir, son soc est en forme de coin allongé qui pénètre dans le sous-sol et le travaille à la profondeur que l'on veut atteindre. Lorsque la charrue fait la raie suivante, elle renverse au-dessus de ci'tte partie du sous-sol ainsi ameublie la terre arable, sans que le sous-sol soit ramené à la surface. Peu à peu, il se mélange avec la partie inférieure de la couche arable, et il s'améliore en quelques années.

Quand on opère des labours de défoncement, il est toujours prudent de les faire progressivement. Le premier labour mélange avec la terre arable une couche de sous-sol de 3 à 4 centimètres ; le deuxième labour attaque une deuxième couche de même profondeur; et ainsi de suite jusqu'i ce qu'on ait atteint la limite voulue.

En même temps qu'ils augmentent la couche de terre arable, les labours profonds présentent le grand avantage de détruire les plantes nuisibles à racines vivaces et traçantes que les labours ordinaires ne peuvent atteindre qu'imparfaitement.

Les labours de défoncement sont toujours une opération coûteuse. Ils exigent des charrues spéciales, des attelages puissants, et ne se font que lentement. Il faut donc calculer avec un grand soin, quand on veut y procéder, les frais qu'ils entraîneront. Les charrues do défoncement exigent des attelages de huit à dix chevaux, suivant la nature du sol; elles paraissent donc d'un accès difficile à la petite culture, et ce n'est que par l'association que celle-ci pourrait réunir les attelages nécessaires pour cette opération fructueuse. Il existe d'excellents types de charrues pour labours profonds : les principaux sont la charrue Dombasie |ierfectionnée à Grignon, la charrue Bonnet, la charrue Vallerand, les charrues Bajac, Bodin, etc.

La difficulté de se procurer les attelages ou les instruments pour les labours profonds a fait adopter, dans certaines localités, une méthode mixto que M. Girardin décrit ainsi : " On ouvre avec la

LABOURS

LA FONTAINE

cliaiTue ordinaire une raie profonde de 0'','iO environ, puis on y place une vingtaine d'ouvriers, armés de bCclies, qui enlèvent une nouvelle couche de 32 cent, de profondeur qu'ils rejettent sur le labour. Si l'opération est dirigée de manière que l'attelage n'attende pas après les ouvriers, ou ceuxci après l'attelage, il peut en résulter un travail très satisfaisant. Ce procédé est usité avec avantage dans le département du Nord et en Belgique. Si, au contraire, le défoncement doit être exécuté de telle sorte que le sous-sol soit seulement pulvérisé, mais non ramené b. la surface, le travail ne diffère qu'en ce que les ouvriers, armés d'un bident au lieu de bêche, laissent retomber au fnod de la raie la terre, sans la placer sur la bande do terre renversée par la charrue. Ce mode de défoncement, usité dans la vallée de la Garonne, y prend le nom de pelleversage. On peut, à l'aide de ces procédés, défoncer environ 20 ares de terre par jour. »

La saison la plus favorable pour les labours de défoncement est l'automne. Les terres ramenées à la terre sont plus tôt mûries, selon l'expression consacrée, sous l'influence des gelées et des pluies do l'hiver.

Les labours ordinaires sont ceux qui se font à la profondeur de 15 à 30 cent. ; la profondeur de 20 à 25 cent, est celle qui est la plus usitée, dans la plupart des circonstances. Le plus souvent, ils suivent les labours profonds, et ils servent à achever l'ameublissement du sol avant les semailles.

Les labours superficiels sont ceux dont la profondeur n'excède pas 10 cent. Ces travaux sont faits, tantôt avec une charrue légère, tantôt avec un extirpateur. Ils ont pour but, ou bien de détruire les mauvaises herbes, ou de déchaumer un champ de céréales, ou d'enfouir des engrais pulvérulents, ou enfin, de recouvrir les semences. Quelle que soit la profondeur h laquelle on laboure, quand un sillon est tracé avec la charrue ordinaire, le laboureur doit revenir à l'extrémité d'où il est parti, pour faire un deuxième sillon à côté du premier, ou bien en revenant tracer son sillon à une certaine distance du premier, pour ■ne pas rejeter sur celui-ci la terre retournée. Afin ■d'éviter les inconvénients de ces pertes de temps, ■on a imaginé des charrues appelées tourne-oreilles. Ces charrues peuvent renverser alternativement la terre de gauche i di'oite ou de droite à gauche, de telle sorte qu'on peut, en allant et en revenant, renverser toujours la terre dans le même sens. Ces charrues rendent des services signalés dans le labour des terrains en pente. Klles sont disposées de telle sorte que le versoir et le soc peuvent basculer autour de l'âge. C'est dans le même but que sont construites les charrues dites trabant doubles.

Depuis quelques années, les charrues k plusieurs corps ont commence à se répandre en f rance. Elles sont surtout à deux socs ou à trois socs. Avec les charrues bisocs on peut tracer deux sillons parallèles, avec les charrues trisocs on fait trois sillons. Ces charrues présentent une grande économie de temps et de main-d'œuvre, mais elles no peuvent être adoptées que pour les labours superficiels et pour les labours ordinaires.

Si l'on considère maintenant les labours au point de vue de la forme qu'ils donnent à la surface du champ, on les divisera en labours en binons, labours en planches et labours à plat.

Le labour en billons partage le cliamp en planches bombées étroites, séparées par des rigoles profondes. Ce système présente des avantages dans les terres fortes ou reposant sur un sous-sol non perméable ; il permet l'é^^outtement de la terre et l'écoulement des eaux en excès. En outre, quand la couche arable n'a qu'une faible profon- ■deur, il augmente artificiellement celle-ci. Mais il

présente des difficultés pour l'opandage régulier des fumiers et pour les semailles ; il rend difficile l'emploi des instruments perfectionnés, des herses, etc. ; enfin, il met des obstacles aux charrois pour l'enlèvement des récoltes.

Dans les labours en planches, on divise le sol en parallélograinmes plus ou moins larges, séparés par une raie moins profonde que pour les billons. D'un côté, la terre labourée est renversée à droite, de l'autre elle est renversée à gauche. La largeur des planches varie suivant beaucoup de circonstances; elle est généralement plus grande pour les terres légères que pour les terres fortes.

Quant aux labours îi plat, ce sont ceux qui se rapprochent le plus du labour à la bêche. La surface du champ est nivelée aussi complètement que possible, et on obtient ce résultat par des labours dans lesquels la terre est toujours renversée du même côté.

Les labours en planches et les labours à plat ne présentent pas les inconvénients des labours en billons. La terre peut être facilement assainie par des rigoles tracées suivant le sens de la plus grande pente. Tous les instruments perfectionnés peuvent être employés sur les champs labourés suivant l'un de ces systèmes. C'est donc à l'adoption de ces labours que l'on doit pousser, quand des circonstances particulières ne commandent pas l'adoption des labours i billons. Pour la culture des plantes qui demandent à être buttées dans la première période de leur végétation, les planches et les labours à plat s'imposent d'une manière presque absolue.

Pour être profitables, les labours doivent être faits aux saisons convenables. La condition indispensable pour leur bonne exécution est l'état favorable de la terre. Il faut (jue celle-ci soit dans un état moyen d'humidité, et surtout qu'elle ne présente ni excès d'eau, ni excès de sécheresse. Quand le sol est trop humide, il se forme en grosses mottes et ne s'ameublit pas, ce qui est le but principal du labour. Si. au contraire, il est trop sec, il oppose souvent une très grande résistance aux instruments ou il se pulvérise à l'excès.

Quant au nombre des labours que doit recevoir un champ, il dépend à la fois de la nature du sol, de la récolte qu'il a portée, de celle qu'il est destiné à recevoir, etc. 11 est donc impossible de donner des règles absolues à cet égard.

[Henry Sagnier.J LA FONTAINE. — Littérature française, XIII. — Jean de La Fontaine, né le 8 juillet IG21 à Château- Thierry en Champagne, où on lui a élevé une statue, était d'une bonne famille bourgeoise du pays, fils de Charles de La Fontaine, maître des eaux et forêts, et de Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son enfance n'offrit rien de remarquable ; sa première éducation fut même assez négligée. Il commença ses études h Château- Thierry et les acheva au collège de Reims. Doué d'une imagination vive, il lut, au sortir du collège, Lactance et quelques livres ascétiques qui firent snr lui une telle impression qu'il se crut la vocation ecclésiastique ; il entra à vingt ans aux Oratoricns de Reims, puis au séminaire de Sâint- Magloire : peut-être, après tout, sans vouloir suivre la carrière religieuse, ne voulait-il prendre que les ordres nécessaires pour obtenir des bénéfices. Il se repentit: un an après, renonçant i la théologie, il rentra dans le monde où il se lit remarquer par ses distractions, son indolence, un goût vif pour les plaisirs et même la dissipation : il menait une vie désœuvrée, soit dans la maison paternelle, Boit à Reims, qui parait avoir été le théâtre de ses premières erreurs et qu'il aima toujours beaucoup.

LA FONTAINE

LA FONTAINE

On a raconté partout qu'un an après sa sortie du séminaire, âgé de viiigi-deui ans, il entendit un officier en garnison à Cliâteau-Thierry lire l'ode de Malherbe:

Que dii

i futures..

Cl que cette lecture éveilla chez lui le génie poétique. La vérité est que son père aimait beaucoup la poésie et l'engageait à la cultiver, et que le jeune homme avait déjà rimé quelques vers de circonstance fort prisés à Chàttau-Tliierry. Toutefois il se passionna dès lors pour Malherbe, il le lut beaucoup, ainsi que Voilure : il lut encore les poètes et les conteurs du moyen âge et du .wi" siècle, les auteurs anciens et étrangers qu'il s'essayait à imiter. Son goût le portail aux écrivains italiens. Tout cela risquait de l'égarer: des amis le sauvèrent. Pintrel, tisducteur de Sénèque, et lo chanoine Maucroix, traducteur de Platon, l'initièrent aux œuvres des Grecs et des Latins : cette étude le guérit de son admiration pour le bel esprit à la mode; Horace, surtout, lui destilla le^ yeux.

Pendant quatre ans il ne s'occupa que de plaisirs et de poésie. Cette inutile vie de province ne le menait i. rien. Son père, pour fixer son humeur volage, lui céda sa charge et le maria il Marie Héricart, fille du lieutenant au bailliage de la Ferlé- Milon, patrie de Racine, un autre Champenois. La Fontaine avait alors vingt-six ans (l(i47) : c'était l'homme le moins capable de liens , l'esprit le moins propre aux affaires : caractère insouciant, il négligea sa place et son ménage : il n'apprit jamais son métier, et, regardant le mariage comme un esclavage, il s'éloigna peu à peu du toit conjugal. Sa femme ne manquait ni de beauté ni d'esprit, elle avait même de l'inslruciion et du goût, et son mari la consulta plusieurs fois avec profil pour ses vers. Mais elle était trop jeune (seize ans) pour prendre de l'empire sur lui: dans la vie inoccupée que lui faisait son mari, elle lisait beaucoup de romans ; elle n'avait ni l'amour de l'ordre et du travail, ni la fermeté de caractère qu'il aurait fallu pour attacher La Fontaine. Le poète qui a écrit l'hilémou et Baiicii, la plus touchante image du bonheur de deux époux qui ont su vieillir ensemble en se suffisant à eux-mêmes, était peut-être capable de goiiler les calmes et sereine.s jouissances du foyer domestique. A vrai dire, il ne parait pas qu'il Ht de grands efforts pour vaincre ses penchants volages ; et, après plusieurs séparations momentanées, non sans avoir doimé à sa femme bien des sujets de plainte, il finit par l'abandonner complètement. Dès lors sa vie n'eut plus rien de régulier : il vendit peu i peu pour vivre son patrimoine, morceau par morceau :

Jean s'en alla comme il était venu.

Mangeant le londs avec le re\enu.

Du moins il ne mangea pas la fortune de sa femme : séparée de biens, elle fut à l'abri du besoin ; il semble même qu'elle s accommoda de l'isolement.

Plus tard, quand La Fontaine était h Paris depuis longtemps déjl, ses amis. Racine, Boileau, intervinrent pour opérer un rapprochement entre sa femme et lui. Tout le inonde connaît cette anecdote. Il partit pour voir sa femme à Château- Thierry et se rapprocher d'elle. Deux jours après, il était de retour; ses amis d'accourir, empressés de savoir ce qui s'était passé. « Eh bien! avezvous vu votre femme? — Eh! non! elle était au salut. )i La Fontaine était trop heureux d'esquiver un rapprochement qu'il redoutait, ne voulant point se plier aux devoirs d'époux ni de père. 11 avait eu en effet un fils : il ne s'en occupa pas plus que de sa femme. On a raconté que, plus lard, cet enfant devenu grand, son père, le rencon-

trant dans le monde, sans le connaître, le trouva charmant, mais ne s'en soucia point davantage. Il faut se méfier de ces anecdotes qui expriment plaisamment l'aversion du poète pour les devoirs de la vie positive. Celle-ci a sans doute été exai^érée à plaisir, comme tant d'autres ; on sait en effet que M"'" de la Sablière recommanda cet enfant au président de Harlay, qui se chargea de lui : à qui fera-t-on croire que le père n'ait pas connu ces démarches "? I)isons tout de suite que La Fontaine, ce semble, n'aima jamais les enfants : ce petit peuple dont il fallait tant s'occuper, lui parut toujours exigeant, importun, insupportable.

La Fontaine n'avait encore écrit que l'Eunuque, imitation de Térence, où l'invention paraît lui manquer (1654), lorsqu'il fut présenté à Fouquet par un oncle do sa femme, i. Jaimart, substitut au parlement de Paris. Fouquet se l'attacha comme poète et lui fit une pension de 1,0U0 livres, lui imposant l'obligation d'acquitter chaque trimestre de rente par une pièce de vers. La Fontaine n'y manqua jamais. La reconnaissance ne l'attacha pas seule au surintendant : Fouquet lui plaisait par les qualités de sa personne, par son esprit, son enjouement, ses grandes manières. Cette situation dura sept ans ; elle faisait à La Fontaine la vie la plus conforme à son humeur ; il y trouvait une société brillante, une véritable cour qui préludait par la grâce, par l'éclat des lettres et des arts, au grand siècle de Louis XIV. Le plus bienveillant accueil y fut fait à La Fontaine : les hommes les plus distingués par leur talent, les femmes les plus aimables surent l'apprécier. C'est là qu'il connut Molière : il le devina. « C'est mon homme, » dit-il. Molière de son côté comprit la valeur (le La Fontaine : « Vos beaux esprits auront beau se trémousser, le bonhomme ira plus loin que nous, n

La disgrâce de Fouquet, qui appartient à l'histoire politique, donna à La Fontaine l'occasion de montrer une vertu rare, la fidélité h un protecteur tombé : tandis que les anciens courtisans du surintendant, comblés de ses faveurs, se taisaient ou reniaient leur bienfaiteur, la reconnaissance inspirait à La Fontaine ses premiers accents vraiment poétiques. Son Elégie aux Nt/7nphes de Vaux changea en pitié l'anîmosité publique soulevée contre Fouquet, coupable de dilapidations, coupable surtout d'avoir déplu à Louis XIV que des sentiments de jalousie personnelle de diverse nature poussèrent à des rigueurs excessives.

Jannart, exilé à Limoges après la disgrâce du surintendant, emmena avec lui (IBOï) La Fontaine, qui a fait une relation très agréable en prose et en vers de ce voyage : il y décrit les villes, les campagnes qu'il ne fait qu'apercevoir en passant, sans rien étudier de près : on relit encore avec plaisir ses observations faites du seuil de l'auberge où il relaie. Le vojage n'est cependant pas tellement rapide qu'il ne l'utilise pour ses plaisirs et la galanterie : la relation en est d'autant plus piquante qu'elle est adressée à sa femme. Revenu de Limoges, il partage son temps entre Cliàteau- Thierry et Paris, tantôt avec sa femme, tantôt seul, jusqu'à ce que la séparation fût devenue définitive.

C'est à ce moment qu'il connut la duchesse de Bouillon, Marie-Anne Mancini, nièce de Mazarin, qui était venue résider dans sa terre de Château- Thierry pendant une absence de son mari. La duchesse se déclara sa protectrice, et la Fontaine s'en est toujours souverm : il l'a célébrée jusque dans les derniers efforts de iU ?nuge (Fables, XII, n) :

Mazaiiu, dos amours déesse tutélairc.

Elle exerça sur la direction de son esprit une influence décisive et moralement pernicieuse. Bien

LA FONTAINE

LA FONTAINE

(lUc menant uiir vie plus régulière que ses sœurs, la ducliesRC, licencieuse d'imagination, ne s'effarouchait pas de la liberté des mœurs, et pardonnait volontiers en faveur du talent aux crudités de la muse : elle seconda do toute son influence l'inclination naturelle du poète pour les légèretés italiennes.

En IG64, La Fontaine donna ses premiers Cojiies et Nouvelles en vers, écrits pour la duchesse de Bouillon, et pour la plupart imités de l'Arioste, do Hoccace, de Machiavel. Joconile est le début. Les lois de la morale et de la décence y sont trop offensées pour que nous en parlions ici. La Fontaine s'y montra un conteur par excellence; il a, dans ce genre, surpassé les Grecs et les Romains, les Italiens du nioyonàge, la reine de Navarre, Marot lui-même, et n'a pas été égalé depuis, même par Voltaire.

Il avait quarante-sept ans quand il commença à publier l'ouvrage qui a fait sa réputation, les Fables que tout le monde connaît: les fruits de l'automne sont les plus savoureux. Les premières parurent en Ui(!8 : elles étaient dédiées au dauphin, qui avait alors six ans et demi, et dont le précepteur était le président de Périgny (car Bossuet ne fut chargé de l'éducation du fils de Louis XIV qu'en 1070). Ces fables étaient modestement intitulées FaOlea d'Esope mises en vers pn M. de La Fontaine. Les .six premiers livres, achevés l'année suivante, devaient former l'ouvrage complet, comme le prouve l'épilogue qui les termine :

BorDons ici notre carrière ;

Les liings ouvrages nie font peur.

Loin d'épuiser une matieie,

Ou n'en doit prendre que In (leur.

C'était sa manière, c'était sa nature. Il dit ailleurs :

.te suis chose légère et vole a tout sujet ;

Je vais de fleurs en fleurs et d'objet en objet.

Cinq autres livres, formant une troisième et une quatrième partie, parurent seulement en 16Î8 et lOlil : un second épilogue les termine. Enfin, en IGOO, il y ajouta un douzième et dernier livre, qu'il dédia au duc de Bourgogne.

On a encore de La Fonlaine le Songe de Vaux, Adonis, poème mythologique où il y a de l'élégance, de la grâce, le sentiment et l'amour de la nature, chose rare au xvii' siècle; un poème sur le Quinquina, uu autre sur la Captivité de Saini- Malc, des épitres, des ballades, des rondeaux : dans tous ces ouvrages, on trouve des choses dignes de La Fontaine, une imagination brillante, la magie du style. Il publia encore un roman, Psyché, imité d'Apulée, en prose niôlée d'excellents vers : le cadre est une lecture faite à la campagne dans Uiie réunion de quatre amis « dont la connaissance avait commencé par le Parnasse », La Fontaine, Boileau, IWoliùre, Racine, sous les noms de Polyphile, Ariste, Gélaste, Acanthe. Molière, Corneille et Quinault reprirent cet ouvrage et en firent un opéra dont Lulli composa la musique. Enfin, outre VEunut/Uf, La Fontaine a composé quatre ou cinq comédies et deux opéras qui n'ajoutent rien à sa gloire.

Voili toute l'œuvre de La Fontaine. Depuis longtemps il avait vendu sa charge : son incapacité pour les affaires, sou insouciance pour ses intérêts matériels, son peu de conduite avaient achevé d'anéantir sa petite fortune. Ses amis lui obtinrent une charge de gentilhomme servant de la duchesse douairière d'Orléans, Marguerite de Lorraine, veuve de Gaston, qui l'admit parmi les familiers do sa petite cour du Luxembourg. M°" de Montespaa protégea aussi notre poète, qui dédia !x la favorite le septième livre de ses fables, un des plus beaux, La Fontaine fut lié avec les

hommes les plus illustres de son temps, et, si l'on en excepte le bilieux Furetière, il n'eut pas d'ennemis. Il était d'un commerce charmant; les gejis du monde, comme les écrivains, le recherchèrent pour la supériorité de son talent et le chérirent pour la douceur de son caractère, dont une candeur enfantine fut toujours le trait principal. Ses distractions sont célèbres : peut-être est-il permis d'y voir, outre le laisser-aller d'une nature indolente, une sorte de calcul tin pour s' oler au milieu des importuns et sauver cette indu, endance d'esprit dont il était si jaloux.

La mort de la duchesse d'Orléans avait fait retomber La Fontaine dans une position précaire : M"" de la Sablière retira le ipiind enfant chez elle. C'était une femme aussi distinguée par los qualités du cœur que par les dons de l'esprit. La Fontaine retrouva i l'hôtel de la Sablière la plus brillante société : La Fare, l'ami particulier de la maîtresse de la maison, Bernier, que Saint-Evremond appelait le joli philosophe, et qui initia notre poète à la philosophie épicurienne de Gassendi, plus conforme à ses goûts que celle de Descartes. M"" de la Sablière fut pour lui une véritable mère et lui épargna les mille soucis de la vie pour lesquels il n'était pas fait. Il sentit tout le prix de cette amitié délicate. C'était juste ce qu'il fallait au poète qui a écrit ces vers charmants :

Qu'un ami véritable est une douce chose!... Le vivre et le couvert : que faut-il davantage!... Bon soupe, bon gîte et le reste.

Pondant vingt ans, la sollicitude de M"" de la Sablière ne se démentit pas ; elle ne crut jamais pousser trop loin son rôle de tutrice attentive, qui contribua sans doute à entretenir cet état do perpétuelle enfance où se complaisait le bonhomme. Lasse de la vie, trompée par La Fare, délaissée à son tour par son mari, elle se retira peu à peu du monde : elle réforma sa maison et ne garda, ditelle, « que ses bêtes : son chien, son chat et son La Fontaine. » Surveillé de moins près, La Fontaine se laissa facilement entraîner par les princes de Vendôme et toute cette société d'aimables et brillants débauchés qui égayaient le fameux hôtel du Temple, Chapelle, Chaulicu, La Fare, etc.

En Iti'j i, à la mort de sa protectrice, La Fontaitie restait encore seul à soixante-douze ans, quand la tutelle et l'appui d'un ami lui devenaient plus indispensables que jamais : il trouva tout cela chez M. d'Hervart, conseiller au Parlement de Paris, un des amis de M'"'^ de la Sablière, qui vint le chercher : « Venez loger chez moi. — J'y allais », répondit La Fontaine avec une admirable simplicité qui honore le bienfaiteur et l'obligé. M"' d'Hervart remplaça M"" de la Sablière dans son rôle maternel, et La Fontaine passa le reste de ses jours, entouré de soins ciue l'àgo rendait plus touchants. Sa protectrice, plus jeune et plus sage, lui faisait de la morale. l\inon aussi prêchait la sagesse à La Fontaine, qui ne la pratiquait pas, pas plus que sa conseillère.

Il jouissait de sa gloire de son vivant. Féneloii apprenait i son élève, le duc de Bourgogne, à l'admirer et à l'aimer. Louis XIV seul ne lut rendait pas justice. Le poète eut beau, comme les autres, payer son tribut d'éloges k la gloire du grand roi : il n'eut jamais part aux faveurs de Louis ni aux bienfaits dont Colbert était le dispensateur. On ne saurait croire que le roi et le ministre aient gardé si longue rancune il la courageuse fidélité de l'ami de Fouquet. Peut-être méconnurent-ils la valeur d'un genre jusque-là modeste, et ne comprirent-ils pas quels trésors y avait épanchés le génie du poète Car on ne saurait croire à un excès de vertueuse indignation, chez un prince si peu sévère dans sa conduite, contre l'auteur de contes licencieux. Madame de Mainte-

LA FONTAINE

LANCASTIIE

non le tint-elle à l'écart des faveurs royales, parce qu'il l'avait connue quand elle n'était que la femme ■de Scarron ? Quoi qu'il en soit de ces rigueurs officielles, dont Boileau s'est rendu complice en ne parlant pas de La Fontaine dans son Art poélique, La Fontaine avait soixante-trois ans quand il se présenta à l'Académie, qui fit un acte d'indépendance unique à cette époque en le nommant en remplacement de Colbert, de préférence à Boileau que protégeait la cour. Le roi mécontent refusa son adhésion. Une nouvelle vacance eut lieu : Boileau fut nommé à son tour. " Le choix que vous avez fait de M. Despréaux, dit le roi aux délégués de l'Académie, m'est fort agréable ; il sera approuvé de tout le monde. Vous pouvez maintenant recevoir La Fontaine ; il a promis d'être sage. » L'âge avait d'ailleurs amendé le caractère et les mœurs du fabuliste. Tne maladie grave qui faillit l'emporter le ramena à la religion qu'il avait fort négligée toute sa vie. Son confesseur le tourmentait, au grand étonnement de sa garde-malade qui trouvait que « le bon Dieu n'aurait pas le courage de le damner. » Il fit amende honorable pour ses Contes. Ce ne fut pas sans peine ; il désirait vivement en publier une dernière édition, offrant naivemcnt d'en donner le produit aux pauvres. 11 se repentit de son mieux des erreurs de sa jeunesse, et les expia par des exercices d'une austère piété. Il y eut bien quelques rechutes :

Proniettr^

; et tenir est un autre.

C'est ainsi que le cinquième et dernier livre de ses (ouïes, publié depuis sa conversion, est aussi licencieux que les premiers. Toutefois, ses dernières lettres à Maucroix le montrent tout aux sentiments religieux. Sa mort fut douce : il s'éteignit le 13 avril 1695 à l'hôtel d'Hervart.

Rien ue trouble sa ùd, c'est le soir (l'un beau jour,

Maucroix, en apprenant sa mort, écrivit : « Nous avons été amis plus de cinquante ans... Je lai tendrement aimé, autant le dernier jour que le premier... C'était l'âme la plus sincère et la plus

■candide que j'ai connue. Jamais de déguisements. Je ne sais s'il a menti de sa vie. »

Il est difficile de faire un choix parmi ses plus belles fables. Citons pourtant : Le Loup et l'Ag7ieou,Le Chêne el le Rust-au, Le Chat et le vieux Hat, Les Animaux malmtes de la peste. Le Héron, Les Deux Piyeins, Le Chat, la Belette et le petit Lapin, La Laitière et Ir- Pot au lait. Le Vieillatdet les trois jeu7>es hommes. Le Pai/sau du Danulte. Ce sont autant de chefs-d'œuvre, et l'on pourrait en multiplier la liste.

La Fontaine a peu inventé : il emprunte ses fables à Esope, à Pilpai, à Phèdre, au moyen âge,

^ la Renaissance. Mais

Son imitation n'est pas un esclavage.

11 imite de façon à avoir mérité le nom d'inimitable. Il dérobe les ajiciens, et nul n'a été plus original ; il est tellement créateur dans ce genre, que La Fontaine n'est plus le nom d'un fabuliste, mais le synonyme même de la Fable. Ce qui le ■distingue surtout, c'est la vérité, la vie : il ne connaît pas l'abstraction, il rend l'humanité visible dans une action continue qui est la peinture la plus vivante de l'honinic de tous les temps et de la société du xvn" siècle. Ses fables sont

: cent actes divers l'univers.

Les auteurs de ces drames sont tout le monde, nous, nos semblables. Les bêtes nous prêtent leur masque et leur langage (V. Fable). .Mais c'est aussi une épopée véritable el ([ui descend en droite ligne des vastes épopées du moyen âge;

elle représente toute la société, rois, nobles, curés, moines, magistrats, bourgeois, paysans.

On a contesté la moralité des fables de La Fontaine : il est nécessaire de réfuter ici cette erreur. Le poêle ne tire pas toujours directement la morale de ses récits, sans doute ; il ne fait pas la fable pour la morale, comme La Motte ; il la laisse découler des faits qu'il généralise. Ce n'est pas sa faute si

La raison du plus fort est toujours la meilleure...

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir,

etc., etc. Il en va ainsi dans le monde. Bousseau et Lamartine, qui ont entre autres critiqué la moralité de ces fables, n'ont pas compris que La Fontaine nous fait voir ce qui est, et que c'est à chacun de nous â tirer la leçon des faits. La nature a ses lois invariables ; il nous les met sous les yeux et les dégage à. la lumière d'une mise en scène admirable : à nous de conclure, comme dans la vie. Lessing a essayé de refaire les fables de La Fontaine pour les rendre plus « morales » : il en a fait des bei quinadei plus puériles qu'honnêtes, innocentes, vertueuses, mais qui n'ont rien de réel. \e dissimulons pas la vérité à l'enfant : devenu homme, il viendrait se heurter douloureusement à la réalité.

Il est une autre erreur que nous devons relever. On a pu croire que La Fontaine écrivait facilement. La duchesse de Bouillon l'avait appelé son fablier, croyant qu'il produisait des fables naturellement, sans effort, comme un pommier produit des pommes. Elle n'avait pas compris ce que ce style si naturel et si facile cache d'art, de travail : « ses négligences mêmes ne sont pas toutes des bonnes fortunes, c'est le fruit d'un art profond et caché. » (Tissot.) C'est une perfection savante. Aussi, sa langue est-elle à. lui ; c'est la plus personnelle que jamais écrivain ait parlé, sans excepter Molière. Une seule qualité lui est naturelle, c'est la naïveté : il la doit à la sincérité de son âme; il ne l'a pas cherchée. La Motte ne la connaît pas, qui l'a poursuivie.

Chamfort a porté sur La Fontaine ce jugement, qui est définitif :« Il offrit le singulier contraste d'un conteur trop libre et d'un moraliste excellent : il reçut en partage l'esprit le plus fin qui fut jamais, et devint en tout temps le modèle de la simplicité. Il posséda le génie de l'observation, même de la satire, et ne passa jamais que pour un bonhomme. II dérobe sous l'art d'une négligence parfois réelle les artifices de la composition la plus savante, fait ressembler l'art au naturel, souvent même à l'instinct ; cache son génie par son génie môme..., et fut, dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus étonnant. »

Finissons par ces lignes de Féueion : « Lisez-le, et dites si Anacréon a su badiner avec plus de grâce, si Horace a paré la philosophie et la mo'raie d'ornements plus variés et plus attrayants; si Térence a peint les mœurs des hommes avec plus de naturel et de vérité ; si Virgile, enfin, a été plus touchant et plus harmonieux, n

[A. Pressard.]

LAIT. — V. Aliments.

LANCASTRE. — Histoire générale, XXVIll. — Nom d'une branche de la famille des Plantagenets, qui a donné trois rois à l'Angleterre. Henri IV, Henri V et Henri VI. La maison de Lancastre ayant dans ses armes une rose rouge, on appelle aussi ces trois souverains rois de la rose rouge, par opposition aux rois de la rose blanche ou de la maison d'York.

Henri IV, OU Henri de Bolingbroke (les princes anglais ajoutaient i leur nom le nom delà ville où ils étaient nés!, né en 136", eut |)Our père Jean de Gand, duc de Lancastre et troisième fils d'E-

LANCASTHE

LANGAGK

(limard III. Le roi Ricliiiril II, successeur et putittils d'Iîdouard Hl, avait banni et dépouille do ses hiensson cousin Henri : celui-ci, réfugié en France, forma un complot dans le(|ucl entrèrent la plupart des grands seigneurs anglais. Comptant sur le mécontentement causé par la tyrannie de Richard, il tenta un débarquement à la tète de quelfines partisans, et vit bientôt la plus grande partie de la nation se rallier à lui. Uicliard H, fait prisonnier, dut abdiquer, et le Parlement donna la couronne h Henri de Bolingbroke (131)9). Par cet acte se trouvaient écartées du trône, au profil de la famille de Lancastre , non seulement la brandie aînée des Plantagenets, en la personne du roi déposé, mais encore la descendance du dnc de Clarence, second fils d'Edouard III.

Quelques amis du souver.iin déchu tentèrent un soulèvement; ils furent vaincus, et Richard fut mis k mort dans sa prison (I4U0). Un peu plu; tard, une autre révolte, celle du comte de Porcy et de son fils, !e fameux Hotspw, mit en danger le trône d'Henri IV ; les Gallois avaient pris parti pour les rebelles. Ceux-ci furent néanmoins défaits à la bataille de SInewsbury , où périt Ilotspur (1403). Plusieurs fois encore, Henri IV eut à lutter contre des tentatives de révolte. Aussi, pour consolider son pouvoir, s'appuya-t-il sur l'Église d'une part, dont l'influence, ébranlée quelques années auparavant par les prédications de VViclefT, s'exerça au profit de la maison de Lancastre ; et (l'autre part sur le Parlement, à qui Bolingbroke devait sa couronne, et qui obtint par cette raison une part considérable dans le gouvernement. Henri IV mourut en U13.

Henri 'V, de Monmouth, succéda à son père Henri IV. Il avait dans sa jeunesse mené l'existence la plus dissipée ; Shakespeare en a retracé quelques épisodes dans les deux parties de son drame û' Henri IV, en immortalisant sous le nom de Falstaff l'un des compagnons de débauche du jeune prince. Mais, i peine sur le trône, Henri V montra toutes les qualités d'un souverain à la fois ferme et prudent. Il continua la politique de son père à l'égard de l'Église et du Parlement; et, voyant l'occasion favorable, il résolut de réclamer de la Franco l'exécution du traité de Brétigny. Lors de la déposition de Richard II, le duc d'Orléans, qui gouvernait alors la France au nom de son frère Charles VI, avait refusé de reconnaître l'usurpateur Bolingbroke comme roi d'Angleterre. Or, c'était justement le parti d'Orléans ou des Armagnacs qui, en I4I3, après l'écrasement des Cabochiens, venait de ressaisir le pouvoir à Paris. Henri V déclara la guerre il Charles VI, gagna la bataille d'Azincourt, et obtint, par le traité de Troyes, plus qu'il n'avait demandé d'abord. Devenu gendre et héritier de Charles VI, il mourut en 14"J2. Il laissait un fils au berceau. Il Henri de Monmouth, dit-il à son lit de mort, aura régné peu et conquis beaucoup ; Henri de Windsor régnera longtemps et perdra tout. »

Henri VI, de \A indsor, fut proclamé roi de Franco et d'Angleterre à la mort d'Henri V. Après un règne long et malheureux, il devait, selon les paroles prophétiques de son père, perdre ses deux couronnes. Nous avons raconté ailleurs (V. (iufrre (le C'eil Ans) comment les Anglais furent chassés de France. La trêve de Tours (1444) mil fin à la longue lutte entre les deux peuples voisins, et Henri VI épousa alors une princesse française, Marguerite d'Anjou. Mais bientôt éclata la sanglante guerre civile des Deux Roses,causée par les prétentions de la maison d'Yoïk, qui avait hérité des droiis de la maison de Clarence, et qui revendiquait la couronne {V. Guêtre des neu.rlioses}. llanri VI, faible d'esprit, était incapable de défendre lui-même son autorité ; mais Marguerite d'Anjou déploya, dans la lutte implacable engagée onlre les deux mai-

sons rivales, une énergie virile. Elle ne put empêcher toutefois la défaite du parti de la rose rouge. Henri VI, fait prisonnier une première fois par ses adversaires, puis délivré, retomba entre les mains d'Edouard IV d'York, fut rétabli un instant sur le trône en 14T0, par Warwick, puis, captif de nouveau, fut mis à mort en 1411.

LANGAGH. — Psychologie, XIV. — Dans son acception la plus générale, le mot lanr/age désigne tout système de signes destinés à exprimer les sentiments ou la pensée. Par suite, on peut distinguer autant d'espèces de langage qu'il y a d'espèce de signes pouvant servir à établir entre les hommes la communication dos pensées ou des sentiments. L'ancien télégraphe aérien étaitainsi uns sorte de langage ; de même les signaux de marine, encore en usage aujourd'hui. Los Orientaux ont composé un langage symbolique par le moyen des fleurs, etc.

Les mouvements du corps (jeux des muscles du visage ou physionomie, gestes) sont également un langage, et celui-lh. très expressif et très varié. Néanmoins, sauf chez les sourds-muets, il ne fait qu'accompagner, accentuer le langage articulé, qui est la manifestation la plus parfaite du langage vocal ou auditif.

n L'organe qui est le siège de la voix est le larynx. La voix est produite par l'air expiré qui, exerçant une certaine pression sur ce qu'on appelle les cordes vocales, les fait entrer en vibration. Or les, sons de la voix sont de deux sortes, articulés ou innrticulcs.

n On appelle articulés les sons qui, ayant leur origine dans le larynx, sont modifiés au passage par le pharynx, la bouche et les fosses nasales...

» Les sons inarticulés, qui ne subissent pas ces modifications, s'appellent les cris.

» Les sons articulés sont ce que l'on appelle la parole.

" Le langage inarticulé est commun à l'homme et aux animaux ; le langage articulé est propre h. l'homme. Quelques animaux sont capables d'articuler des sons ; mais ils ne s'en servent pas comme d'un langage, c'est-à-dire pour exprimer leurs besoins. Lorsque le perroquet a faim, il crie, il ne parle pas. La parole est pour lui un amusement, non un instrument de communication avec ses semblables. « (P. Janet.)

Une des distinctions les plus généralement usitées, est celle qu'on établit entre le langage naturel et le langage artificiel. Le langage naturel comprend les signes que l'homme emploie indépendamment de toute réflexion et de toute volonté: tels sont les cris de la douleur, de la joie, de la colère, etc., et en général tous les gestes, toutes les attitudes qui traduisent les émotions ou les passions les plus simples. Les deux caractères principaux des signes naturels, c'est qu'ils sont idoniiques chez tous les hommes sous l'empire de la même passion (i moins que par un elTort énergique et assez difficile de la volojité la manifestation extérieure de la passion ne soii supprimée) ; c'est ensuite qu'ils sont instinctivement compris par tous les hommes, de la même manière, comme expression d'une passion donnée.

Le langage artificiel ou conventionnel est formé par des signes inventés ou choisis expressément et arbitrairement par les hommes. Il est évident que pour une même idée les signes artificiels peuvent varier il l'infini, et qu'ils ne sont compris que de ceux-là .seuls qui sont au courant de la convention. Parmi les différentes espèces de langages artificiels, il faut citer, suivant M. Janet : 1° les langues scientifiques, notatnnnint la nomenclature chimique, la langue algébrique, la nomenclature botanique; 2° la notation musicale; 3" les chiffres ; 4" le langage sténographique, l'écriture, les systèmes de signaux dont il a été parlé plus haut ,

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