‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 30 sur 459 · LANGAGE -1118- LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE -1118- LANGAGE

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signes artificiels. D'une part, il semble que les mots qui composent toutes les langues connues n'ont avec les idées qu'ils expriment que de rapports purement conventionnels; autrement, une seule langue devrait exister, dont tous les hommes auraient l'intelligence sans l'avoir jamais

parfois prodigieuse de la musique' comme expression de la passion.

Qu'on nous permette ici de nous citer nousmênie, en nous résumant:

" Diminuez le volume de la voix, supprimez les notes qui dépassent une certaine hauteur moyenne,

langues modernes dérivent de langues plus an tiennes, mortes aujourd'hui, et ces dérivations s'accomplissent suivant des lois nullement arbitraires que déterminent les philologues. Et en remontant aussi haut qu'il nous est possible dans le passé, nous ne saurions trouver l'homme de génie qui fut l'inventeur du langage, si rudimentaire qu'on veuille le supposer à l'origine. En sorte que la parole paraît bien être le produit spontané d'une faculté essentielle à l'âme humaine, l'expression naturelle de la pensée.

C'est là le problème célèbre de l'origine du langage, problème si souvent agité par les philosophes, depuis Pythagore, Démocrite et Platon jusqu'à nos jours. Parmi les solutions qu'il a reçues, mentionnons, mais seulement pour mémoire, celle de M. de Bonald, pour qui le langage était l'œuvre de la révélation, et avait été directement donné par Dieu au premier homme. Hypothèse à peine digne de la discussion, si l'on entend, comme on le fait ordinairement, que l'iiomme reçut de Dieu une langue toute faite, et dont toutes celles qui ont été parlées depuis ne sont que des images défigurées; mais peut-être est-ce pousser la doctrine de M. de Bonald au deh'i de ce qu'il a voulu dire.

L'hypothèse du langage considéré comme une invention purement artificielle, a été soutenue par Démocrite et réfutée avec éclat dès l'antiquité par Lucrèce. Un si merveilleux instrument ne saurait être l'œuvre volontaire et réfléchie d'une intelligence qui ne l'aurait pas déjà à son service. « La parole, dit Rousseau, serait nécessaire pour inventer l'usage de la parole. »

La troisième hypothèse, généralement adoptée de nos jours, fait du langage, comme nous le disions tout à l'heure, le produit spontané d'une faculté essentielle à l'âme humaine, l'expression naturelle de la pensée. Mais, ainsi présentée cette solution, dont se contentaient Joufîroy et Garnier est vague et superficielle. Elle ne saurait suffire' en présence de la théorie transformiste et des travaux des philologues contemporains, qui ont entièrement renouvelé le problème.

On sait que, pour les transformistes, l'homme dérive dune espèce animale, aujourd'hui éteinte et qui fut la souche commune de tous les singes anthropomorphes. Ceux-ci sont donc, comme on 1 a dit, non pas précisément nos ancêtres mais nos cousins germains. Attribuant ainsi une origine purement animale au genre humain, le transformisme ne saurait reconnaître, sans se contredire lui-même, 1 existence d'une faculté du langage qui soit le privilège exclu-.if de l'homme, et e^tablisse une barrière infranchissable entre lui et l'animal. Mais entre le cri de la bète et le verbe qui traduit la pensée humaine, quel abîme ! et comment le combler ? Le chef du transform

. que le ton passionné

se soit abaisse peu à peu à celui de la raison tranquille. .N'est-ce pas là ce que confirme la marche historique de l'esprit humain? La prose n'est-elle pas née partout de longs siècles après la poésie qui, à l'origine, se confondit avec le chant ?

» L'explication précédente rend à peu près compte de l'évolution générale de l'expression vocale; mais elle ne nous apprend pas d'où est sorti l'élément même du langage articulé, le mot. Sur ce nouveau point, qui est décisif, le transformisme aurait, semblet il, gain de cause, s'il pouvait établir que le mot est dérivé naturellement, soit des interjections inarticulées, qui traduisent les sentiments primordiaux de l'âme humaine, soit de l'imitation des sons extérieurs, et particulièrement du cri des animaux. Rien, en elTet, ni dans l'interjection, ni dans l'imitation, qui dépasse les capacités mentales des animaux supérieurs. »

D'éminents philologues, notamment l'illustre Max Millier, se sont attachés à montrer que l'une et l'autre était également insuffisante pour expliquer l'origine des mots. C'est aux racines que Max Muller attribue, pour la formation du langage, une importance décisive ; elles marquent, selon lui, le point précis où commence la parole vraiment humaine, et établissent entre le langage émotionnel, qui pourrait nous être commun avec la bête, et le langage intellectuel, qui nous appartient en propre, une ligne de démarcation infranchissable.

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rain, M. Darwin, inrlme à croire que le chant pourrait bien fournir la transition cherchée

Il semble en efi'et prouvé que certains singes peuvent produire une série régulière de note

Mais de graves autorités repoussent aujourd'hui la tliéorie de Max Muller. On peut toujours se demander, en efi'et, d'où viennent les racines ellesmêmes. Max Muller refuse de poser cette question, sous prétexte qu'elle échappe, par sa nature, aux conditions de la science expérimentale. Sans doute, si l'on s'en tient aux langues entièrement constituées et susceptibles d'être étudiées dans des monuments écrits, on ne peut remonter au delà des racines et on doit les considérer comme les éléments ultimes auxquels l'investigation positive puisse atteindre. Mais ces limites relativement étroites, l'induction peut essayer de les franchir. D'autre part, les innombrables idiomes des tribus sauvages ont beaucoup à nous apprendre, et en recueillant et concentrant ces diverses sources d'information, plusieurs philologues contemporains sont arrivés à cette conclusion que l'interjection, l'onomatopée, l'imitation des bruits extérieurs ou des cris des animaux, suffisent pour expliquer l'origine, sinon de tous les mots, au moins d'un fort grand nombre. Par là se trouve confirmée la théorie que Platon proposait déjà dans le dialogue du Cratyle.

Selon lui, les articulations les plus simples, voyelles ou consonnes, sont limitation, par l'organe vocal, de certaines qualités élémentaires des objets. Ainsi la lettre R, pour la prononciation de laquelle la langue tourne rapidement, a dû traduire naturellemeut le mouvement. Dans la prononciation du D et du T au contraire, la

mtrsicàles'^ On nent ronfeè','' '''^"T^ '^' "°'<'^ '^"8"'= P^''^^''' ^PP»'«- ^''"^''> P»"^ ""'«' dire, musicales. On peut conjecturer, selon les prinei- contre les dents ou le palais ; l'analogie a du con-

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