‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 31 sur 459 · LANGAGE · texte numérisé non relu

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duii'e à expiiiiier par ces lettres ou par des syllabe» qui les renferment, les qualités de stabilité, lie repos. Platon examino successivement à ce point de vui! les articulations primitives, et essaie d'en déterminer la signification. Les applications de détails de cette théorie peuvent sembler parfois puériles ; mais le principe en est accepté par les plus autorisés des pliilosoplios contemporains.

On voit par là quel rôle considérable l'analogie a dû jouer dans la formation des mots. N'est-ce pas en effet procéder par analogie que de peindre avec des sons articulés la rapidité, la lenteur, la stabililé, et généralement les propriétés extérieures des objets ? Mais dans cette voie, les progrés sont en quelque sorte illimités. Si, par e«emple, une articulation rapide et brève traduit i l'oreille un mouvement de même nature, elle pourra aussi bien donner l'idée d'un espace court, car un tel espace est vite parcouru; par suite, elle exprimera tout objet petit, faible, insignifiant. C'est encore h l'analogie qu'il faut rapporter ce procédé, si fréquent dans les idiomes sauvages, de la répétition. Il servira k traduire, tantôt la continuation de l'action, tantôt l'agent ou l'instrument de celte action, tantôt la grandeur pu la petitesse de l'objet.

Il faut admettre enfin qu'à l'origine, ces différents procédés ont donné naissance dans le même idiome à plusieurs formes diverses pour traduire la même idée. Les formes les plus simples, les plus intelligibles, ont peu à peu éliminé leurs rivales. Ce travail inconscient de sélection dut être d'autant plus rapide, que l'idiome était de form,ition plus récente ; par suite, des dialectes sortis d'une souche commujie ont dû promptement diverger, au point que leur parenté devint promptement méconnaissable.

Mais si la philologie la plus récente semble aboutir à des conclusions assez différentes de celles de Max Mullor sur la question de l'origine du langage, il ne s'ensuit pas qu'elle supprime toute barrière entre le langage émotionnel et le langage intellectuel, et qu'elle se refuse à reconnaître dans la formation des mois l'opération de facultés exclusivement propres à l'homme. En effet, le procédé de l'imitation, tout naturel et spontané qu'en paraisse l'emploi, implique déjà la réflexion et la volonté. La bête en est incapable. On n'a jamais vu l'agneau, le bœuf, le singe môme, après avoir échappé à la poursuite d'un lion, exprimer la cause de leur terreur par un rugissement. L'onomatopée n'est déjà plus la cri soudain, irrésistible de lémotion; elle est une traduction, par l'intelligence, de quelque chose d'extérieur; elle est analogue au dessin qui retrace à l'œil le contour des formes, et il n'y a pas, que nous sachions, d'exemple d'un animal qui ait dessiné sur le sable, avec sa patte ou son bec, l'image, si grossière qu'elle fût, d'un objet. C'est que la production imitative des sons et des formes n'est possible -qu'à la suite d'une abstraction, et que la faculté d'abstraire semble bien être le privilège de notre espèce, en même temps que la source de tout lajigage.

Une remarque analogue s'applique à l'imitation des mouvements, si bien décrite par Platon dans le passage mentionné plus haut. Si le son que produit l'émission rapide de l'air par l'organe vocal a primitivement exprimé l'idée d'un objet qui s'écoule rapidement, il a fallu d'abord dégager cet attribut de tous ceux qui sont communs à cet objet. L'eau d'une rivière est brillante. froide, sonore; elle étanche la soif; elle engloutit le baigneur imprudent, la barque mal dirigée, etc.; voilà bien des caractères que les premiers hommes qui ont parlé, ont dû laisser à l'écart pour aller droit au trait essentiel, qui est la rapidité de l'écoulement. La condition d'un tel choix, c'est donc toujours

, la faculté d'alistrairc, de considérer une qualité à

j l'exclusion d(!s autres,

î On peut aller jusqu'à dire qUe le langage ne

I nomme pas proprement des choses, mais seulement des qualités. Pourtant les mômes qualités

1 conviennent souvent à plusieurs choses différentes ;

' le même signe pourra ainsi servir à désigner plusieurs réalités d'espèces distinctes qui se ressemblent par un trait commun. Quelque imitatif qu'il

, ait été à l'origine, le mot fut donc dès le principe un produit, non senlement de l'abstraction, mais de

I la généralisation. Ajoutons que le mot estdouble-

' ment abstrait et général, car le signe qui a été tout d'abord choisi pour exprimer lioji, arbre, ri- Wièce, etc., a dû servir immédiatement à nommer non pas tel individu spécial et isolé, mais tous ceux de la même espèce. Par là se trouve sufflsam-

I ment réfutée l'assertion des évolutionnistes qui prétendent que les sauvages n'ont pas de termes abstraits. Tout mot est abstrait, par cela seul qu'il est un mot.

Quant aux choses qui ne tombent pas sous les sens, il est infiniment probable que primitivement elles furent toutes nommées par analogie avec certains objets ou phénomènes matériels. La métapliore a été et est encore aujonrdliui l'une des sources les plus fécondes du langage. Sans doute, ces analogies furent d'abord superficielles, presque arbitraires ; la plupart nous échappent; mais l'important pour l'homme, c'est qu'un sigue soit attaché à une idée ; l'usage, la tradition consolident le lien, fragile au début, qui les unit. Et ces procédés analogiques et métaphoriques ne sont au fond que l'application de ces mêmes pouvoirs d'abstraire et de généraliser, condition essentielle du langage humain.

On doit conclure de tout cela que le langage est l'œuvre volontaire et réfléchie de l'homme. S'il est vrai que la grammaire d'une langue traduit au dehors des lois nécessaires de la logique, et, par suite, peut être considérée comme l'expression spontanée de la pensée en acte, il n'en est pas de même du vocabulaire. Celui-ci se forme peu à peu, par additions successives; il s'enrichit et se modifie incessamment et dans la plus large mesure. Les mots qui le composent ont tous été créés et cela par une volonté expresse ; chacun d'eux a commencé d'exister un certain jour, quelqu'un l'a lancé dans le inonde, et la société tout entière est devenue sa mère d'adoption. Fut-il donc un temps où l'homme ne parlait pas'? Cotte hypothèse n'a rien d'invraisemblable; nuis elle n'implique pas qu'un état d'isolement absolu ait précédé dans l'histoire du genre humain les premières formes de l'existence sociale; l'homme a pu d'abord communiquer avec ses semblables par gestes, par signes, par différents moyens inarticulés d'expression. Elle n'implique pas davantage que la pensée et la réflexion aient été absentes au début; loin d'être fille du langage ou même de naître en même temps que lui, la pensée lui est logiquement et chronologiquement antérieure, comme l'ouvrier à l'instrument. D'ailleurs, tout en admettant que le langage soit en toute rigueur une invention de l'Iiomme, rien n'empêche de supposer que cette découverte fut une des premières et qu'elle a été presiiue contemporaine de l'humanité et de la société. Quoiqu'il en soit, nous pensons que le langage est l'ueuvre, non d'une faculté spéciale d'expression et d'interprétation, comme le voulaient Jouffroyet Garnier, mais simplement de ces facultés d'abstraire et de généraliser qui, essentielles à l'esprit humain, furent en acte dès le premier jour, et ont créé avec la parole tous les arts, toutes les sciences, toutes les manifestations infiniment variées de la pensée réfléchie.

Ces facultés à leur tour ont dû au langage de rapides et merveilleux développements. Nous n'a-

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