‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 322 sur 459 · ROMANES (LANGUES · texte numérisé non relu

ROMANES (LANGUES

drame, ni la comédie n'ont rien à redouter du succès du roman : ce qu'il a proprement remplacé, c'est l'épopée ; ou à parler plus justement encore, le roman n'est autre chose que l'cpopce moderne, et voilà pourquoi, à vrai dire, l'épopée a cessé du jour où le roman est apparu. S'il ne fallait se défier des formules absolues, on pourrait dire : l'épopée est le roman de làge théologii|ue ; le roman est l'épopée do l'âge laïque. Ainsi le dernier terme de l'évolution de l'humanité se rapproche du premier. Comme l'épopée, le roman tour à tour raconte, décrit, fait agir ou parler les personnages i comme elle il mêle à la fiction la vciiié morale : mais il a sur l'épopée cette supériorité de ne prendre ses acteurs que dans l'humanité, et de ne coûter à la raison du lecteur aucun effort. Il n'a rien à redouter des hardiesses de la science. Et à ce premier avantage on en peut joindre un second; c'est que l'épopée est essentiellement solennelle : en compagnie des êtres surjiaturels elle ne peut admettre que les plus nobles des hommes, les héros, les rois, les princes et les princesses. Le ciel ne saurait se mettre en branle au service des manants. Le roman ne connaît pas ces fiertés ni ces dédains : il peut mettre en scène tour à tour les plus nobles personnages ou les plus humbles. Son domaine, c'est l'Iiumanité : rien n'est si haut qu'il n'ose l'aborder; rien n'est si bas qu'il le dédaigne. Sa devise est celle du poète antique :

Homo sum, Immani nihil ^

alienum puto.

Et maintenant quel est l'avenir du roman ? Il est aussi impossible d'éluder en finissant cette question qu'il est impertinent de prétendre y répondre. Le roman a traversé déjà bien des vicissitudes. Il s'est contenté d'abord du rang humble qui lui était accordé : il a borné ses prétentions à désennuyer, à délasser, à distraire. Puis ses ambitions ont grandi avec sa fortune. Pour nous borner à la France, il a présenté des thèses philosophiques et politiques avec Rousseau, avec M"' de Staël ; avec Chateaubriand, il a prétendu assez étrangement servir la cause de l'Eglise et de la religion. On a vu, après 1830, le roman ressusciter, entre les mains de Victor Hugo, h. la fois le moyen âge prêt à s'effacer et la Renaissance qui se lève : on l'a vu avec George Sand chanter la poésie de la nature, glorifier les passions ardentes, la révolte contre les conventions et parfois les insti'utions sociales; on l'a vu avec Eugène Sue apporter son concours aux revendications socialistes, aux passions religieuses, sonner la charge d'une révolution ; on l'a vu avec Alexandre Dumas raconter Ihistoire au gré de la fantaisie, éblouir et fasciner jusqu'aux plus sévères par la gaité, la verve endiablée du plus merveilleux conteur qui fut jamais.

En ce moment même, Balzac se levait, s'imposait, poursuivait durant vingt années d'un travail opiniâtre une œuvre colossale. Il écrivait la Comédie humaine. Comme Molière avait peint l'humanité du XVII» siècle, il entreprenait de peindre l'humanité du xi.\«, La main de Balzac s'est imposée au roman moderne, et depuis lors il n'a pas secoué cette autorité. D'autres sont venus qui ont surtout voulu peindre l'humanité en ses vulgarités, d'autres qui ont vu surtout l'être malade, détraqué, ultra-nerveux. On a fouillé avec un soin curieux toutes les laideurs, toutes les difl'ormités, les désordres physiques et moraux, les cas pathologiques, les folies. Après l'école réaliste, nous assistons aujourd'hui au triomphe de l'école naturaliste, qui durera ce qu'elle pourra. Quoi qu'il arrive, sans prétendre au rôle toujours ridicule de prophète, on peut affirmer trois choses qui serviront de conclusion à cette élude :

1° Que le roman, comme forme de la littérature,

continuera à se développer de plus eu plus, quoi que les romanciers puissent faire pour le compromettre ;

2° Que le roman naturaliste, qui a la prétention d'apporter la formule définitive de l'art, passera lui aussi, comme ont passé les formules précédentes, comme ont toujours passé les formules prétendues définitives, car il n'est au pouvoir de personne d'arrêter l'évolution de l'esprit humain ;

3° Enfin, et c'est là le point capital, que la littérature est toujours l'expression de la société, que la société fait les artistes au lieu que les artistes fassent la société, et que l'humanité trouvera toujours dans les livres ce qu'elle-même y aura mis. C'est là la vérité qui peut cire selon l'événement ou triste ou consolante. Qu'une génération se lève vaillante et forte, soutenue par une ferme croyance, saine dans ses mœurs, robuste dans ses caractères, aimant ce qui est vrai et poursuivant ce qui est juste : les romanciers célébreront la vertu comme aux âges héroïques les chantres d'épopée la célébraient. Si on lui offre aujourd'hui des œuvres équivoques et malsaines, la faute en est à elle d'abord ; et ellemême ensuite, en les achetant, en les admirant, en les prônant, achève de prononcer sa propre condamnation. [Charles Bigot.]

RO.llAKES (Langues). — Littérature française, 1. — Les langues sorties du latin ont reçu diverses dénominations. On les a appelées néo- Intines, ce qui indique tout à la fois leur point de départ et le nouvel élément qu'elles contiennent; toutefois, ce composé hybride, grec quant à la première partie, latin quant à la seconde, choqua quelques puristes qui tentèrent d'y substituer l'expression homogène, mais assez mal accueillie, de noL-c-latines. Aujourd'hui, on a généralement adopté le nom plus simple, plus clair, et surtout mieux justifié historiquement, de lanyues romanes.

Cette expression a été employée par les Romains eux-mêmes. D'ordinaire, ils appelaient latine (hitina) leur langue nationale, mais parfois aussi ils la nommèrent romana. Ce terme se trouve dans des vers que Pline r.\ncien cite dans son Histoiiv naturelle (XXXI, 2). D'assez bonne heure le nom de Remanie (liomanîa), sorte de synonyme populaire et abrégé à'imperiimi rornanum, s'applique à tout le pays conquis et civilisé par Rome. Paul Orose raconte (VII, 43) qu'un habitant de la Xarbonnaise, visitant un jour saint Jérôme dans sa grotte de Bethléem, lui disait qu'il avait connu le roi Goth Ataulf et que ce roi, ayant cessé d'être l'allié de l'Empire, avait rêvé de détruire et de changer en Gothie toute la Remanie (RiiuKiniu) . Ces expressions qui remontent, on le voit, assez haut, ont été pendant fort longtemps en usage. Tandis que le latin véritable et officiel, langue exclusive de la religion, du droit et des sciences, conservait son nom, ceux de loman, roman rustique, hinrjue roinime ou romance étaient indifféremment appliqués à tous les idiomes nouveaux, parlés dans les pays de race latine, et employés dans les affaires, le commerce, la prédication familière, et aussi dans les œuvres d'imagination. C'est ce qui explique comment les noms de roman, rumance, romancero ont été donnés aux récits d'aventures et aux chants historiques et légendaires qui sont le point de départ des littératures modernes. La dénomination de roman a désigné la langue française jusqu'au commencement du xvi'' siècle. Un livret fort rare, non daté, mais sorti des presses de Guillaume Nyvert et contenant des verbes français conjugués, a pour titre : « Sequitur forma romanlii seu gallici yerhoram. »

Comme nous l'avons déjà fait remarquer, — V. Française [Lanijue), — les langues romunes sont

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