ROMANES (LANGUES
ROME
au nombre ilc quatre : l'italion, l'espagnol, le provençal et l'ancien fran<,'ais. Elles dérivent du parler populaire des Romains et l'on peut, h un certain point de vue, les considérer comme quatre grands dialectes de la langue latine, divisés euxmêmes en sous-dialoctos, tels que le portugais et le catalan pour l'espagnol, le normand, le picard et le bourguignon pour l'ancien français, etc. Il convient d'y ajouter le lan^'age, fortement mêlé de slave, parle par les Vainques et les Moldaves dans le pays encore appelé Houmnnie.
Malgré l'analogie profonde qui existe, quant au vocabulaire et à la syntaxe, entre les langues romanes et le latin, dont elles sont sorties, elles appartiennent toutefois h. un système grammatical différent. Le latin, comme le sanscrit et le grec, est une langue syntliétique ; les langues romanes, au contraire, sont des langues analytiques, et la transition d'un état :'i l'autre s'est opérée i l'aide du latin populaire. Ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs (V. Grammçiire historique), c'est ce qui fait comprendre l'uniformité de création des langues romanes. En effet, on peut signaler certains points essentiels où, tout en se séparant absolument du latin classique, elles demeurent unies par la plus étroite analogie :
1° Dans les noms et dans les a'fjectifs les cas disparaissent, la déclinaison latine est détruite. Il n'existe d'exception que pour le provençal et l'ancien français, qui conservent, pendant plusieurs siècles, une déclinaison k doux cas que nous avons signalée (V. Grammaire liistoritjuc). Les genres sont réduits à deux : le masculin et le féminin ; le neutre disparaît.
2° La création de deux sortes d'articles, l'un défini, venant à'itle, l'autre, indéfini, venant d'imu?, est la conséquence presque nécessaire de la suppression des cas.
3° La tendance analytique des idiomes modernes se manifeste d'une manière très frappante dans les rerlies. Cinq temps de l'actif sont remplacés par des temps composés : iNnicATtr, plusque-parfait nmaverum, j'avais aimé ; futur passé umavei'O, j'aurai aimé. SiiBJONCTiF, passé amaverim, que j'aie aimé; plus-que-parfait amavissein, que j'eusse aimé. Pauticipe, futur nmnturus, devant aimer. Quant au passif amor, je suis aimé, il disparaît entièrement comme forme, et ce n'est plus autre cliose à tous ses temps que le verbe cire suivi d'un participe passé. Il faut surtout noter avec soin la création d'un futur, tout différent du futur latin, par une fusion organique de l'infinitif aimer et du verbe avoir; le sens primitif est : j'ai à aimer; d'où: i'aimer-ni, j'aimerai. Enfin, un mode nouveau, le conditionnel, est créé dune façon analogue par la réunion de l'infinitif du verbe et de la terminaison de l'imparfait à'acoir : i'uii>ier{av)ais ;
4° Le mot latin mens, îi l'ablatif mente (esprit), est devenu le signe grammatical de l'adverbe ; employé dans le sens de manière, façon, il s'est ajouté, eu forme de suffixe, aux adjectifs, qui ont été mis au féminin afin de s'accorder avec ce mot, féminin en latin. U'iine manière saine a donc été exprimé :
en italien et en espagnol par sanamenle en provençal, — sanament
en français, — sainement.
Il est fort inutile de faire ressortir l'importance de ces études nouvelles, qui permettent à la fois de mieux déterminer les lois générales du développement des langues et de pénétrer plus profondément dans l'iiistoire do cliacuno d'elles ; elles sont très dignement appréciées aujourd'hui, et il ne manque pas d'érudits qui consacrent leur vie au progrès de la philologie romane.
Ce qui est peut-être plus nécessaire, c'est d'insister ici sur l'utilité qu'on devrait tirer de
ces découvertes, non plus seulement dans le domain(! de l'érudition, mais dans l'enseignement courant et pratique.
Si nous voulons apprendre l'italien ou l'espagnol, nous le prenons au moment actuel de son développement et pour ainsi dire à son point d'arrivée ; ne serait-il pas meilleur de remonter au point de départ, à l'origine, et d'observer la langue que nous désirons savoir dans ses rapports avec la notre '.'En procédant ainsi, nous avancerions, il est vrai, un peu plus lentement, mais nous pourrions compter sur un succès beaucoup plus complet.
Il y a là aussi un secours qu'il importe de ne pas négliger, si l'on veut seulement se livrer h une étude sérieuse de la langue française. On commence à comprendre qu'il faut la connaître, au moins d'une façon générale, depuis son origine, qu'il faut se rendre un compte historique de la formation successive des règles diverses qui la régissent ; mais on se borne encore i l'étudier en elle-même ou tout au moins k la comparer à sa mère, la langue latine, sans la rapprocher des langues sœurs. Cependant, si nous sommes une fuis persuadés, comme il importe tant que nous le soyons, que l'enseignement doit de nos jours être, non pas dogmatique, mais expérimental, nous nous convaincrons que les exemples tirés dos autres langues romanes peuvent nous être d'une aide journalière dans les démonstrations que nous avons à faire au sujet de la langue française. Au lieu, par exemple, de nous contenter d'affirmer que les adverbes de manière se forment en ajoutant ment au féminin de l'adjectif, ou même, en faisant un pas dans le domaine historique, de faire remarquer que ment vient de nteiis, n'est-ce pas donner une preuve décisive à l'élève qui doute encore que sainement soit la transcription du latin sana mente, que do lui montrer ces deux mots persistant sous It'ur forme purement latine dans l'italien et dans l'espagnol, où ils ne présentent d'antre différence qu'un rapprochement plus immédiat, qu'une sorte d'agglutination? Il peut en être de même dans beaucoup d'autres cas analogues. Ainsi la formation du futur français, ye vous dirai, de i'oi à vou^ dire, devient d'une évidence complète lorsqu'on trouve indiffé remment en provençal dir vos ai et vos dirai.
Ce n'est pas seulement la partie grammaticale de notre langue qui peut être éclaircie par des conipar.-iisons de ce genre. Elles sont également utiles pour l'étude de la formation du vocabulaire. Une étymologie n'est démontrée qu'autant qu'on peut rétablir toute la série des intermédiaires ; lorsqu'ils manquent, ce qui arrive souvent, on est forcé, à défaut d'une démonstration directe, d'avoir recours i une démonstration pour ainsi dire collatérale, et d'établir la transformation des mots latins en mots français h l'aide do la comparaison avec les termes analogues des autres langues romanes. L'étude de ces idiomes est donc indispensable, au moins dans une certaine mesure, pour la connaissance historique et raisonnée de notre propre langue.
Ouvrages à consulter. — Bruce "Wliytc, Histoire des langues romanes et de leur liltérature. Paria, 1841, 3 vol. in-â«. Ouvr<ige curieux, mais qui ne doit être lu qu'avec précaution. — Fréd. Diez, Grammaire des langues romanes, 3 vol. in-S*» (traduction fi'ançaiso par M.M. Gaston Paris, Brachet, etc.). — Litti'é, Ilisloire de lu lamine frnnraise. i vol. in-8°, introduction. —Jlomnniurccueil périodique fondé en 1872 par MM. Paul M. vit 'I Gaston Paris. [Ch. Marty Laveaux. J
UOME. — Histoire générale, Xl-X'i'l. — Préliminaires. — Sources. — L'histoire romaine nous est connue par trois sortes de documents : 1° les textes des écrivains, historiens, géographes, grammairiens, jurisconsultes, orateurs, poètes même, etc. : I écrivains latins, comme Cicéron, Varron, Tite-
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Live, Sallusfe, César, Plino, Tacite, Gains, etc. ; écrivains grecs, comme Polybe, Denys d'Halicarnasse, Strabon, Diodore, Plutarque, Àppien, Dion Cassius, etc. Ces écrivains nous font connaître les événements, mais ils sont muets le plus souvent sur les institutions, qu'ils supposent connues des hommes de leur temps ; — 3° les insciiptions sur pierre, marbre, bronze, plomb, etc. : inscriptions tumulaires (ex.: tombeau des Scipions), ex-voto, rituels de corporations (ex. : tables Eugubines), actes diurnes, espèces de bulletins officiels, lois (ex. : loi Julia, loi Regia), actes du pouvoir public (ex. : monument d'Ancyre), discours, réclames, feuilles de route, etc. Le principal recueil d'inscriptions latines est le Corpus publié par l'.\cadémie de Berlin. L'épigrapliic, science du déchiffrement des inscriptions, a renouvelé l'histoire romaine ; les inscriptions, d'apparence aride, ont sur les livres deux avantages : pures d'altérations, elles nous donnent les noms exacts, les dates précises, les chifl'res vrais; en second lien, elles nous mettent sous les yeux les mœurs des anciens, leur vie sociale, leur gouvernement; — 3" les vestiges matériels de la civilisation romaine, qui subsistent sur le sol ou dans le<: musées, œuvres d'art et travaux publics, tels que murailles, temples, cirques, théâtres, thermes, colonnes, tombeaux, prisons, égouts, ponts, aqueducs, routes, etc., — statues, peintures, mosaïques, vases, bijoux, monnaies, etc. Les fouilles de Pompéi ont rendu à la lumière une ville romiine.
Les principales histoires romaines écrites de nos jours sont celle de Duruy, qui va jusqu'à Dioclétien, et celle de Mommsen,qui s'arrête à l'empire ; la première est la plus complète et la plus claire; le savant allemand, jMonimsen, insiste sur les institutions; son histoire est traduite.
Géographie de l'Italie ancienne. — L'Italie se divise naturellement en trois parties : Vltalie continentale ou Haiite-Itnlie; l'Italie propre, péninsulaire ou npennine; les iles. La Haute-Italie, appelée par les Roiuains Gaule Cisalpine, comprend la Vénétie,\di Gaule TranspadaneM Gaule Cispadane, la Ligune. L'Italie péninsulaire se divise en dix régions, cinq sur la mer Adriatique : ÏOmbrie, le Picemcm, le Sanmiuyn, VApulie, la Cataire; cinq sur la mer Tyrrhénienne, VEtrurie, le Lattum, la Campante, la Lucanie, le Bruttium (V. la géographie physique à l'article Italie).
Division de l'Iiistoire romaine. — On peut diviser l'histoire romaine en trois grandes périodes.
Dans la période primitive, depuis les origines jusqu'à 609, Rome est un petit Etat, gouverne par un roi.
Dans la période républicai7ie, de 509 à 30 avant J.-C, Rome développe ses institutions aristocratiques, puis elle les laisse périr; il l'extérieur elle fait la conquête de l'Italie et du monde.
Dans la période impériale (de 30 av. J.-C. à 47G ap. J.-C.), la nouvelle constitution politique donne au monde deux siècles de prospérité, puis entraîne Rome dans sa chute.
PÉRIODE PRIMITIVE (Depuis les origines jusqu'en 500).
Anciennes populations. — La population de l'Italie ancienne a été formée de plusieurs couches successives, qui correspondent ;\ des états difl'érents de civilisation. L'histoire serait impuissante à les distinguer, si elle était réduite h chercher la vérité dans la légende; mais une autre science, la philologie, lui vient en aide pour démêler les diverses races au moyen do leurs idiomes, et juger de leur culture par leur langage. On peut établir ainsi l'existence de trois races primitives dans l'Italie péninsulaire. 1° Les Swules, dits vulgairement Aborigènes, semblent ôtre les
parents des Hellènes. — 2° Les Ombro-Lalins, ou Ilaliotes, sont à coup sûr de proclies parents des Hellènes, mais ils sont leurs frères et non leurs fils ; ils se divisent en Latins et en Ombro-Sabel- /ie?!j, d'origine commune, mais devenus étrangers les uns aux autres; la langue des Latins nous est entièrement connue; des Ombro-Sabolliens nous n'avons que des débris d'idiomes divers, entre autres Vombrien et Vosque : les tables Eugubines, inscriptions ombriennes trouvées .'i Gubbio, sont un document important pour la philologie et pour l'histoire. — 3° Les Etrusques diffèrent essentiellement des Grecs et de tous les peuples connus; leurs inscriptions sont jusqu'à présent intraduisibles, et leur civilisation ne nous est révélée que par les œuvres d'art qu'ils nous ont laissées.
On ne peut assigner aux migrations de ces divers peuples que des dates hypothétiques. Les Sicules, venus vingt siècles environ avant notre ère, auraient été conquis vers le xiV par les Orabro- Latins, nouveaux venus en Italie. Les Omhro- Latins, peuples de race supérieure, ont eu des destinées très diverses: les Ombriens proprement dits, après une période de grandeur, subissent l'influence étrusque vers lex' siècle, puis sont de bonne heure latinisés ; les autres peuples de la même famille ombro-sabellienne, Subiiis, Sainnites, Picentins, Hirpins, Marses, etc., demeurent longtemps enfermés dans leur pays montagneux, et ils seront assez forts pour lutter contre Rome. Les Lntms proprement dits jouent le premier rôle dans l'histoire de la péninsule: établis dans la plaine accidentée du Latium, entre le Mont- Albain, l'Apennin, le Tibre et la mer (moins de 300 kilomètres carrés), ils se construisent des refuges fortifiés (Albe, Lanuvium, Tibur, Préneste, Tusculum, enfin Rome); ils assainissent et fertilisent le pays, et s'unissent les premiers en confédération. Les autres peuples latins, les Eques, les Berniques, les Volsques, etc., ou seront exterminés par Rome, ou s'associeront à sa fortune.
Outre les Sicules, les Ombro-Latins et les Etrusques, qui forment la population de l'Italie proprement dite, les Grecs ont colonisé la partie méridionale, et les Gaulois ont envahi l'Italie dii Nord: de là les noms de Grande Grèce et de Gaule Cisalpine. Les légendes sur les premiers établissements des Grecs après la guerre de Troie ne sont que des traditions poétiques; ce qui est sûr, c'est que le Sud de l'Italie et la Sicile furent fréquentés par les Grecs de bonne heure (vers le viii" siècle) ; les Ioniens y fondèrent Citmes, Kaples, lihégium, Messane, Cutané, etc. ; les Achéens, Si/baris, Crotone, Métapnnte, etc. ; les Dorions, Syracuse, Gela, Agrigente, Tarente, Héraclée, etc. Ces villes sont toutes commerçantes et peu militaires : elles ouvrent 1 Italie à la civilisation hellénique, mais elles seront facilement conquises par Rome. — L'Italie du Nord semble avoir eu pour habitants primitifs, outre les Ombriens et les Etrusques: à l'Ouest, les Ligures, qui ressemblent plus aux Celtes qu'aux Ibères ; à l'Est les Vénètes et les Liburnes, venus dTUyrie ; plus tard, du vi° au IV siècle, viennent d'au delà des Alpes des Gaulois, appelés Insubres, Cénomans, Boies, Sénons. dont l'avant-garde poussera jusqu'à Rome. La Sicile, avant d'être colonisée par les Grecs, paraît avoir été peuplée par les Sicules et par d'autres fuyards d'Italie.
Période royale {753-509). — Incertitude des premiers siècles de Home. — L'histoire romaine pendant la période royale nous échappe en partie, faute de documents contemporains, textes ou inscriptions. Les principaux historiens qui nous la racontent, Tite-Live et Denys, ont vécu sept siècles après Romulus,et se proposent l'éloquence plus que la critique ; plusieurs érudits modernes.
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parmi lesquels l'Allemand Niebulir, considèrent le Ijcau l'ocit de Tite-Live comino le résumé de compositions poétiques aujourd'iiui perdues, et lui refusent pour toute cette période le titre d'historien . Cependant, il est certain qu'il a compulsé et comparé des historiens antérieurs h lui de plusieurs siècles, et que ceux-ci ont eu entre les mains des documents authentiques échappés îi l'incendie de 390. La vulgate légendaire popularisée par Titc-Live ne manque pas de valeur : la vérité s'y trouve à côté de la fable.
I. HisToiBE TRADITIONNELLE. — D'après la tradition, Rome se rattache .'i ce qu'il y a de plus grand au ciel, h Saturne, père des dieux, et à ce qu'il y a de plus grand sur la terre, à Troie (légendes de Janus, d'Hercule, d'Evandre, de Latinus, d'Enée, de Sylvia). — tiomulus, premier roi de Rome (753-710), fonde la ville du Palatin en 753 ; il ouvre un asile aux aventuriers, enlève les Sabines, agrandit son territoire par 'la guerre, réunit les Sabins aux Romains, et disparaît mystérieusement. — Le Sabin Niimu, deuxième roi (715-C73), pacifique et pieux, évite les guerres et organise la religion. — Le Romain Tullus Hostiliiix, troisième roi (6'3-64y), fait la guerre aux Albains : l'exploit des Horaces décide de la victoire, et les Albains sont réunis aux Romains. — Le Sabin Ancus Marcius, quatrième roi (640-CIG), suit l'exemple de Numa, rétablit la religion, construit un pont et une prison ; mais il est forcé à la guerre, et il étend le territoire de Rome jusqu'à la mer. — Le cinquième roi, Tarquin l'Ancien (ClC-.i78;, apporte dEtrurie l'art des grands travaux publics. — Un autre étranger, Servius Tulliiis, sixième roi (57S-534), agrandit Rome, accroît le territoire, conclut une alliance avec les villes latines, et opère une révolution dans la constitution. — Au bon roi Servius succède Turquin le Superbe, septième roi (53'i-5IO), qui établit la suprématie de Rome dans le Latium, embellit la ville, mais gouverne en tyran ; la haine qu'il inspire, et l'attentat de son fils Sextus.sont la cause et l'occasion de sa chute (510).